Le mois le plus cruel

Durant le week-end de Pâques, le village de Three Pines s’anime le temps d’une grande chasse aux œufs. Lorsqu’une étrangère ayant le don de communiquer avec les esprits s’installe au gîte d’Olivier, sa présence éveille la curiosité. Une soirée de spiritisme est organisée dans la vieille maison abandonnée des Hadley. La séance destinée à libérer la demeure du mal qu’elle recèle est tragiquement interrompue par la mort d’une participante. Morte de peur, vraiment ? C’est ce qu’Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec, va devoir découvrir en revenant dans les Cantons-de-l’Est avec son équipe. Alors que le printemps explose de vie, le mal, lui, reste tapi dans l’ombre et Gamache le sait mieux que quiconque.

Voici la troisième enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache, lue dans le cadre du défi Un Penny par mois. Cette fois, l’histoire se déroule à Pâques, au printemps, à cette période de l’année entre le renouveau et la possible neige. L’ambiance est très agréable et nous retournons à nouveau à Three Pines. Entre la chasse aux œufs et les repas autour d’une bonne table, Gabri apprend qu’une visiteuse de l’auberge est médium. Même si elle est en vacances, il s’impose et organise une séance de spiritisme. Rien de tel que Pâques et la commémoration d’une résurrection pour tenter de faire venir les morts, non?

Les amis se regroupent, mais le bistro est un endroit trop joyeux pour attirer les esprits et le petit groupe propose – non sans quelques frissons – de se déplacer dans la vieille maison des Hadley. Cette maison qui est au centre du premier tome et qui revient ponctuellement dans les romans. C’est là qu’une participante meurt. Les premières conclusions: elle est morte de peur. Est-ce possible? On fait appel à Armand et à toute son équipe pour tenter de résoudre cette enquête.

Ce livre est intéressant à plusieurs niveaux. Il se déroule à Pâques, qu’on n’associe pas forcément aux histoires de « maisons hantées ». La psychologie des personnages rencontrés dans les autres enquêtes est beaucoup plus élaborée ici. L’humain et sa complexité sont toujours au centre des romans de Louise Penny, qui sonde les sentiments – bons comme mauvais – et tente de dresser un portrait complet et complexe des personnages qu’elle met en scène. Plus les romans avancent, mieux on apprend à connaître Beauvoir, Lacoste, Nichol, Lemieux, Clara et Peter, ce que cachent les uns, ce qui ronge les autres, ainsi que tout ce qui se trame dans les couloirs sombres de la Sûreté du Québec. On découvre à quel point chacun peut être vulnérable. Dans ce troisième livre, on apprend beaucoup de choses sur les personnages. On sait maintenant ce qu’était l’affaire Arnot dont il est fait allusion dans les autres tomes et on comprend mieux ce à quoi Gamache doit faire face. Sa famille prend aussi une place importante et on les découvre un peu plus: Reine-Marie, Daniel et Annie. 

Dans cette enquête, il y a des revirements de situations qui m’ont surprise, mais surtout, des révélations sur certains personnages auxquelles je ne m’attendais pas. L’enquête dans ce roman est assez intrigante. Louise Penny revisite l’histoire d’une « maison hantée » à sa sauce, donc très différemment de ce à quoi on a l’habitude. Le fait aussi d’instiller l’idée que la maison des Hadley est maudite et n’apporte que des malheurs, et ce depuis plusieurs tomes, amène l’histoire d’une façon intéressante.

« Que veut cette maison? se demanda Gamache. Tout ce qui y entre vivant en sort mort ou différent. »

Au fil des pages on découvre que l’enquête a des ramifications beaucoup plus anciennes que ce que l’on croit. C’est une affaire qui déterre des secrets enfouis depuis longtemps, dans le décor tranquille du petit village de Three Pines.

Comme toujours, l’histoire est truffée de scènes cocasses et on retrouve un côté humoristique et parfois un peu cinglant dans les dialogues. Ruth est un bon exemple d’un personnage profondément détestable qu’on adore, justement parce qu’elle n’a pas la langue dans sa poche et qu’elle est surprenante. Cette histoire de canards justement est assez amusante (et même touchante par moments). Les personnages complètent bien l’enquête. C’est l’atmosphère générale de ces romans qui ajoute beaucoup au plaisir de lecture.

Le mois le plus cruel est un roman qui parle des secrets qui nous rendent malades et des amitiés toxiques. J’ai beaucoup aimé cette enquête, c’était bien mené et vraiment intéressant!

Je termine cette chronique en reprenant la citation en exergue au tout début du livre, que je trouve tellement appropriée au roman:

« Avril est le mois le plus cruel, il engendre
Des Lilas qui jaillissent de la terre morte, il mêle
Souvenance et désir… »
[T.S. Eliot, La terre vaine]

Le mois le plus cruel, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 432 pages, 2011

 

Atuk, elle et nous

« Michel, l’indien, tu l’as en toi. »

Elle a prononcé ces mots dans un murmure, comme une confidence. Comme on dit un secret. Jeannette, fille d’Almanda et de Thomas Siméon, parlait peu de ses origines innues. Pourtant, cette femme toujours vêtue et coiffée avec soin a vécu le quotidien des chasseurs de la forêt boréale jusqu’à sa rencontre avec celui qui allait transformer son existence. Dans Atuk, elle et nous, une grand-mère et son petit-fils remontent les sentiers de leurs parcours respectifs. Les chemins se croisent, tressant peu à peu le portrait d’un monde d’ombres et de lumière. 

Je découvre la plume de Michel Jean dont j’entends le plus grand bien depuis un bon moment. J’avais envie de commencer par Atuk, qui raconte la belle histoire de la grand-maman de l’auteur. J’étais certaine d’aimer, mais j’ai été surprise d’apprécier autant. Ce livre a été un très gros coup de cœur pour moi. L’histoire est passionnante, la plume est belle et délicate et j’ai souvent été très émue par le texte. Parfois, parce que c’était beau sans bon sens, parfois parce que c’était très émouvant.  

Le roman raconte l’histoire de Jeannette, la grand-mère de Michel Jean. Les chapitres alternent entre «Elle» (Jeannette) et «Lui»(Michel) et racontent le parcours de toute une vie, ainsi que de l’héritage laissé par une aïeule que les plus jeunes n’ont pas forcément bien connue. Il y a une part de l’histoire de Jeannette qui est restée dans l’ombre.

« Dans cet ultime instant, alors qu’elle offre encore son visage aux siens, Jeannette Siméon rassemble une dernière fois autour d’elle les deux hémisphères de sa vie et deux mondes. Pourquoi le destin nous a-t-il placés, nous, ses enfants, de ce côté-ci? Et pas dans celui où elle a grandi? Qu’est-ce qui a provoqué cette fracture? Quel événement l’a fait dévier de la voie qui lui était destinée, de cette voie que le reste de sa famille a suivie? »

Dans les chapitres consacrés à «Elle», on découvre la vie traditionnelle innue de Jeannette, son enfance passée dans les bois ou au bord du lac. C’est une vie au grand air, avec une bonne part de nomadisme et de vie dans la nature. Dès que l’hiver arrive Jeannette et sa famille quitte leur campement d’été pour retrouver leurs territoires de chasse. Des territoires qui, aujourd’hui, ont été déboisés. On suit la vie de cette jeune fille, qui connaît la dureté de la vie au grand air en hiver et les coutumes de sa propre famille. Quand elle découvre certains secrets et qu’elle tombe par la suite amoureuse, elle devra faire des choix déchirants qui auront une grande influence sur sa vie et sur ses descendants.

Les chapitres consacrés à «Lui» parlent de Michel et de sa relation avec sa grand-mère. Nous la découvrons à travers ses yeux. Aujourd’hui, alors qu’elle est décédée, il aurait tant de questions à lui poser! Des questionnements sur son identité et sur la part d’autochtone en lui, qui resteront sans réponse. Ces passages sont aussi l’occasion pour l’auteur de s’interroger sur sa famille, sur son héritage autochtone et la façon dont il a été perçu à travers les années, de l’école de son enfance jusqu’aux rencontres qu’il a pu faire lors de son travail comme journaliste. Il y a de belles réflexions sur la vie autochtone, sur la perception des différents peuples, sur l’identité et sur le statut octroyé par le gouvernement. 

« Il est difficile de se reconnaître chez les autres et de déterminer sa place quand on n’arrive pas à définir sa propre identité. »

Ce livre est magnifique à tous points de vue. L’écriture est belle et les réflexions sont essentielles. C’est un récit personnel et intime, qui m’a vraiment fait vibrée. J’ai savouré chaque mot de cette histoire, pleine d’un grand héritage familial. J’ai tellement aimé découvrir la vie de Jeannette, une femme forte et une vie pleine de moments passés dans la nature. J’ai trouvé touchantes les réflexions sur les choix de vie, le tiraillement entre la culture des Blancs et celle des autochtones.

Atuk, elle et nous est un livre qui m’a profondément émue. Un texte merveilleux sur l’amour, la famille, la filiation, l’héritage de ceux qui nous ont précédés.

« Parfois, la vie offre des hasards aussi improbables que merveilleux. »

Un coup de cœur, porté par une très belle plume. Un texte délicat et magnifique, à lire assurément!

Atuk, elle et nous, Michel Jean, éditions Libre Expression, 232 pages, 2021

Élise sur les chemins

Élise vit dans la colline, au sein d’une famille libertaire parfois sauvage, souvent joyeuse. Ce qu’elle sait, elle l’a appris de ses frères et sœurs, des arbres et des sentes, des rivières et des combes. Mais un jour, sur les conseils d’une femme-serpent, la jeune fille quitte ses terres pour retrouver deux aînés vagabonds. Elle se lance ainsi à la découverte d’un monde où réel et fantastique se mêlent amoureusement.

J’avais lu, il y a quelques temps, De pierre et d’os de la même auteure et je l’avais beaucoup apprécié. La sortie de ce nouveau titre était l’occasion de la relire. Et j’ai beaucoup aimé!

Élise sur les chemins est un roman très poétique, écrit en vers. Il s’inspire librement de la vie familiale d’un personnage qui a réellement existé: Élisée Reclus, un écrivain et géographe français. L’histoire s’inspire de la vie de sa famille, plutôt particulière, qui vit recluse dans les bois. Une famille nombreuse marquée par de nombreux bouleversements. Dès le début du livre, la maman fait l’école dans la forêt, où elle enseigne la botanique et les bienfaits de ce qui les entoure. Elle leur apprend aussi ce qu’ils doivent craindre et de quoi ils doivent se méfier. La nature prend une place très importante dans l’histoire. La mère éduque ses enfants en fonction de leur milieu de vie et de la forêt. Jusqu’à ce que les aînés quittent le foyer pour aller en ville. 

Onésime écrit à sa famille, mais ils sont sans nouvelles d’Élisée. Le jeune homme a un esprit aventurier. Il a profité de son absence pour voyager, partir à l’aventure et faire des découvertes. Il aime apprendre, chanter et voir de nouvelles choses. 

Ce roman a aussi un côté fantastique. Alors que ses frères sont partis, Élise recevra la visite de la Vouivre, une femme serpent, sorte de personnage mythique qui l’informe que ses frères sont en danger et qu’elle doit les sauver. Ils pourraient être sous l’emprise des cousines de la femme serpent. Élise sur les chemins est un roman poétique qui prend des allures de conte, avec un personnage fantastique et mystérieux. La Vouivre offre des outils à Élise pour combattre les cousines et permettre à son frère de rentrer. Le roman s’inscrit donc un peu comme une quête pour Élise qui doit sauver son frère.

« Je ne regarde pas dans les trous
Parce que ses petits yeux gris, je m’en fous
Je veux voir la jeune femme en flammes
Celle qui s’enroule autour des arbres
Je sais qu’elle me voit
Qu’elle est quelque part
Puisque c’est elle qui m’envoie
À la rencontre d’Élisée »

J’ai aimé cette lecture qui mêle à la fois la poésie et le fantastique, qui se déroule en pleine nature et qui s’apparente un peu aux contes. L’auteure nous raconte en même temps l’histoire d’une famille qui vit loin de la civilisation et parle du parcours de ses membres. Le côté fantastique est surprenant mais je l’ai apprécié puisqu’il mêle la poésie au roman et en même temps, s’inspire librement du parcours familial d’un personnage réel. J’ai apprécié le fait qu’il s’agisse d’un roman en vers, ce qu’on retrouve finalement assez peu dans la littérature. L’écriture est magnifique.

C’est assurément un roman différent et ça m’a beaucoup plu! J’ai très envie de découvrir maintenant Née contente à Oraibi, sans doute l’un de ses livres qui m’attire le plus. 

Élise sur les chemins, Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, 176 pages, 2021

Ma vie dans les bois t.10: la fin n’est que le début

Cela fait bientôt treize ans que Shin Morimura est parti vivre dans la nature, accompagné de son épouse. Et depuis, le quotidien lui a réservé de nombreuses surprises. Malgré le temps passé, il ne cesse de s’émerveiller devant ce que lui offre la nature. Sa dernière passion en date : le canoë. Mais dans l’ombre de cette expérience de vie, c’était un projet d’une tout autre envergure qui se préparait… Peut-être est-il temps, pour lui, de reprendre les crayons?

J’avais tellement hâte de lire ce dernier tome de la série Ma vie dans les bois: la fin n’est que le début. Cette série m’a suivie pendant quelques années et elle demeure ma série manga préférée. Le thème ne pouvait que me parler: le passage de la vie en ville à celle des bois ainsi que l’autarcie et l’écologie. Ce qui fait la grande force de cette série de mangas c’est l’humour de Shin Morimura, sa sincérité et son autodérision. C’est un vrai bonheur de suivre ses aventures et de découvrir tout ce qu’il apprend à faire pour mener la vie qu’il souhaitait mener.

« Grâce au canoë, j’ai découvert un monde inconnu, la sensation de flotter sans résistance, et je vois la nature se refléter à la surface de l’eau au gré de la vitesse. Dans ces moments, mon esprit vagabonde dans un tout autre univers. »

Ce dixième tome, c’est un peu un regard en arrière sur ce qu’a été la vie dans les bois ces dernières années. Shin et Miki ont quitté la ville il y a déjà treize ans pour aller vivre une vie plus simple, avec des hauts et des bas, mais toujours en symbiose avec leurs rêves. Désireux d’être le plus autonomes possibles, Shin (parfois aidé de Miki) a construit et expérimenté une foule de choses pendant toutes ces années, qu’il documente dans cette série manga.

Abordant l’écologie, des réflexions sur la nature, ses différents projets, la vie en autarcie, la faune, la flore, l’agriculture, la pêche et une foule d’aventures, Shin fait, avec ce dixième tome, le bilan de sa vie en forêt au fil des ans. Il raconte également ses expéditions de pêche, la canicule qui s’abat sur le Japon pendant un été particulièrement difficile et ses rêves de suivre les explorateurs le long du Yukon. Les mangas sont aussi propices à différentes réflexions sur la vie sauvage, les animaux, la société de consommation, l’argent, la vie urbaine, les changements climatiques. 

Dans ce tome, Shin va beaucoup pêcher, principalement avec le boss, son mentor. Celui-ci en a assez de chavirer et met au défi Shin de construire un canot qui ne chavirera pas. C’est le début d’une grande aventure pour Shin qui va, encore une fois, sortir ses outils et découvrir la construction de quelque chose de nouveau. Il se prend de passion pour les canots et a du mal à s’arrêter d’en confectionner de nouveaux chaque fois. 

« Le fait de « concevoir des choses » que ce soit par nécessité ou pour le plaisir, c’est ce qui a permis à l’espèce humaine de survivre. »

Un dixième tome qui complète bien la série. Ces mangas passionnants ont été pour moi l’une de mes plus belle découverte, tellement dans l’esprit de ma façon de percevoir la vie. De plus, Shin fait preuve de beaucoup d’humour et il sait rire de ses erreurs. Les mangas ont toujours une partie « journal » à la fin des chapitres principaux et l’auteur y ajoute quelques photos de ce qu’il fait. Je pense que la série s’achève avec ce dixième tome. C’est avec une certaine tristesse que j’ai refermé ce livre. Je me suis attachée à lui et sa conjointe, à leurs animaux, à leur façon de raconter leur grande aventure. Peut-être y aura t-il éventuellement d’autres publications différentes, quoiqu’il en soit je ne peux que vous conseiller cette série de mangas si la vie dans la nature, l’autarcie, l’écologie et les projets un peu fous vous intéressent. Ma vie dans les bois c’est un peu tout ça, un manga entre l’autobiographie et le documentaire. À découvrir assurément! 

« La moitié de nos rêves est composée d’ignorance et de risques, c’est ce qui les pimente. »

Mon avis sur les autres tomes de la série, qui abordent tous différents sujets bien intéressants:

Ma vie dans les bois t.10: la fin n’est que le début, Shin Morimura, éditions Akata, 172 pages, 2021

Retenir la lumière

À l’heure où tout nous distrait de nous-mêmes, des petits riens s’invitent dans les cahiers d’Hélène Bouchard. Au rythme des saisons, quelques morceaux d’elle, sans prétention. De courts tableaux du quotidien pour réveiller les couleurs oubliées, échapper à l’amertume, recoudre une histoire. Témoins de l’attention au précieux, au minuscule, ils vagabondent entre décor extérieur et intérieur. Des fragments de vie entre le souffle poétique du haïku et la respiration plus profonde du haïbun.

Retenir la lumière. Quel beau titre et combien il est parlant. Avec ce livre, j’ai découvert pour la première fois le haïbun. Il s’agit d’un mélange de prose et de haïku. Ces textes sont décrits comme des « Fragments de vie entre le souffle poétique du haïku et la respiration plus profonde du haïbun. » J’ai déjà lu Hélène Bouchard dans le passé, avec son recueil Petits fruits nordiques et j’avais vraiment apprécié sa plume. Je dois dire que j’ai particulièrement apprécié le haïbun, qui me plaît presque plus que le haïku, même si j’adore cette forme de poésie. Le haïbun s’accorde parfaitement bien à Hélène Bouchard. Elle est douée pour transmettre l’émotion et la beauté des petites choses. Le mélange de prose et de haïku permet ici d’aller encore plus loin. C’est donc une lecture très agréable.

Le livre, en tant qu’objet, est superbe. Une mention spéciale pour la couverture hivernale que je trouve si belle et lumineuse. On retrouve également de belles citations en haut de page, d’écrivains différents. C’est inspirant. Le livre est accompagné de quelques photographies en noir et blanc, prises par l’auteure.

« Naissance du jour. Ma tasse de café dans les mains, dans un geste d’offrande.
Quelques gorgées, le temps de réveiller le matin.

une brindille
dans le bec de l’oiseau
peut-être un poème »

Retenir la lumière est un recueil qui parle du quotidien. Ce que l’on retient, c’est la présence de la lumière. Savoir retenir le petit côté lumineux de chaque instant, même les plus tristes ou difficiles. Le titre est d’ailleurs très représentatif du livre parce que ce sont des textes vraiment magnifiques. On y retrouve également la nature, bien présente, mais surtout les saisons qui se déploient au fil des mois, des événements de tous les jours.

À travers des bribes du quotidien, la beauté de cette poésie c’est de savoir conserver ce qui est plein de lumière, ce qui scintille ou qui nous offre un cadeau de la vie et de la nature, quelque chose à cueillir, à conserver. C’est un recueil au ton très positif, qui célèbre les petites choses de la vie, même à travers la maladie ou les épreuves. L’auteure joue avec les mots d’une façon réconfortante. Certains poèmes sont touchants, beaux, et savent nous inspirer, même lors de moments plus tristes. L’auteure a une plume fabuleuse pour parler de la vie, en faisant ressortir la lumière.

« Janvier
-30° Celsius
échoué sur les glaces
le soleil

froid polaire
sur la promenade du Vieux-Quai
seul avec mon ombre

Si lent cet hiver, ton rire, un goût de printemps. »

Le côté visuel de ses textes est très fort. Quand on tourne la dernière page, on a envie de sourire et on se sent bien. C’est une poésie lumineuse, qui fait un bien fou. Réussir à capter les petits moments de lumière et à les retenir un peu plus longtemps, voilà le pari réussi d’Hélène Bouchard.

Retenir la lumière est un livre vraiment magnifique, un coup de cœur pour moi. Les mots sont beaux, la nature est très présente. Je l’ai adoré. J’ai beaucoup aimé le mélange de prose et de haïkus qui permettent de saisir l’instant parfait. L’auteure décrit ces moments de façon très lumineuse. Elle raconte le quotidien, les petites choses qui sont belles, simples, mais finalement tellement essentielles. Si vous n’êtes pas familiers avec la poésie, ce texte pourrait être une merveilleuse façon d’y plonger.

Un recueil scintillant, joyeux, qui fait du bien. À lire, simplement parce que c’est si beau! 

Retenir la lumière, Hélène Bouchard, éditions David, 100 pages, 2021