Ma vie dans les bois t.10: la fin n’est que le début

Cela fait bientôt treize ans que Shin Morimura est parti vivre dans la nature, accompagné de son épouse. Et depuis, le quotidien lui a réservé de nombreuses surprises. Malgré le temps passé, il ne cesse de s’émerveiller devant ce que lui offre la nature. Sa dernière passion en date : le canoë. Mais dans l’ombre de cette expérience de vie, c’était un projet d’une tout autre envergure qui se préparait… Peut-être est-il temps, pour lui, de reprendre les crayons?

J’avais tellement hâte de lire ce dernier tome de la série Ma vie dans les bois: la fin n’est que le début. Cette série m’a suivie pendant quelques années et elle demeure ma série manga préférée. Le thème ne pouvait que me parler: le passage de la vie en ville à celle des bois ainsi que l’autarcie et l’écologie. Ce qui fait la grande force de cette série de mangas c’est l’humour de Shin Morimura, sa sincérité et son autodérision. C’est un vrai bonheur de suivre ses aventures et de découvrir tout ce qu’il apprend à faire pour mener la vie qu’il souhaitait mener.

« Grâce au canoë, j’ai découvert un monde inconnu, la sensation de flotter sans résistance, et je vois la nature se refléter à la surface de l’eau au gré de la vitesse. Dans ces moments, mon esprit vagabonde dans un tout autre univers. »

Ce dixième tome, c’est un peu un regard en arrière sur ce qu’a été la vie dans les bois ces dernières années. Shin et Miki ont quitté la ville il y a déjà treize ans pour aller vivre une vie plus simple, avec des hauts et des bas, mais toujours en symbiose avec leurs rêves. Désireux d’être le plus autonomes possibles, Shin (parfois aidé de Miki) a construit et expérimenté une foule de choses pendant toutes ces années, qu’il documente dans cette série manga.

Abordant l’écologie, des réflexions sur la nature, ses différents projets, la vie en autarcie, la faune, la flore, l’agriculture, la pêche et une foule d’aventures, Shin fait, avec ce dixième tome, le bilan de sa vie en forêt au fil des ans. Il raconte également ses expéditions de pêche, la canicule qui s’abat sur le Japon pendant un été particulièrement difficile et ses rêves de suivre les explorateurs le long du Yukon. Les mangas sont aussi propices à différentes réflexions sur la vie sauvage, les animaux, la société de consommation, l’argent, la vie urbaine, les changements climatiques. 

Dans ce tome, Shin va beaucoup pêcher, principalement avec le boss, son mentor. Celui-ci en a assez de chavirer et met au défi Shin de construire un canot qui ne chavirera pas. C’est le début d’une grande aventure pour Shin qui va, encore une fois, sortir ses outils et découvrir la construction de quelque chose de nouveau. Il se prend de passion pour les canots et a du mal à s’arrêter d’en confectionner de nouveaux chaque fois. 

« Le fait de « concevoir des choses » que ce soit par nécessité ou pour le plaisir, c’est ce qui a permis à l’espèce humaine de survivre. »

Un dixième tome qui complète bien la série. Ces mangas passionnants ont été pour moi l’une de mes plus belle découverte, tellement dans l’esprit de ma façon de percevoir la vie. De plus, Shin fait preuve de beaucoup d’humour et il sait rire de ses erreurs. Les mangas ont toujours une partie « journal » à la fin des chapitres principaux et l’auteur y ajoute quelques photos de ce qu’il fait. Je pense que la série s’achève avec ce dixième tome. C’est avec une certaine tristesse que j’ai refermé ce livre. Je me suis attachée à lui et sa conjointe, à leurs animaux, à leur façon de raconter leur grande aventure. Peut-être y aura t-il éventuellement d’autres publications différentes, quoiqu’il en soit je ne peux que vous conseiller cette série de mangas si la vie dans la nature, l’autarcie, l’écologie et les projets un peu fous vous intéressent. Ma vie dans les bois c’est un peu tout ça, un manga entre l’autobiographie et le documentaire. À découvrir assurément! 

« La moitié de nos rêves est composée d’ignorance et de risques, c’est ce qui les pimente. »

Mon avis sur les autres tomes de la série, qui abordent tous différents sujets bien intéressants:

Ma vie dans les bois t.10: la fin n’est que le début, Shin Morimura, éditions Akata, 172 pages, 2021

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone

Si les loups terrifient les personnages des contes de fées, leur histoire porte en elle une magie sauvage qui a autrefois permis de restaurer une terre stérile. Quatorze Loups nous raconte cela : d’abord l’expérience de réensauvagement menée avec succès en 1995 dans le parc américain de Yellowstone, d’où l’espèce avait été chassée par les hommes ; puis les effets bénéfiques de cette réintroduction sur l’ensemble de l’écosystème. Les peintures de Jenni Desmond incarnent magnifiquement cette meute de loups et évoquent, dans des planches plus naturalistes, l’équilibre écologique et les actions de réensauvagement.

Cet album de Catherine Barr, illustré par Jennifer Desmond, est une vraie petite merveille! J’ai tout aimé de ce livre: l’histoire vraie qu’il raconte, les splendides illustrations et le format de l’album, agréable à manipuler.

Ce livre raconte l’expérience de réintroduction des loups dans le parc de Yellowstone, alors qu’ils avaient tous disparus, tués et chassés. S’attaquant parfois au bétail, les bêtes ont été pourchassés, en une véritable chasse aux sorcières. On les a aussi chassés pour leur fourrure. Quand ils ont totalement disparus, c’est tout l’écosystème qui en a été perturbé. Il aura fallu des années, jusqu’en 1995, avant que l’on décide de tenter le tout pour le tout: la réintégration du loup à Yellowstone, en espérant rétablir le fragile équilibre de la nature. Cet album documentaire présente ce qui a été fait pour amener les bêtes à y vivre de nouveau et ce que les loups, les premiers qui ont été réintégrés, sont devenus au fil du temps.

« Le loup suscite autant de peur que d’admiration. Dans les contes de fées, le hurlement du loup fait frémir les uns, et courir les autres à leur porte pour la fermer à double tour. Mais pour beaucoup, la plainte lancinante du loup est riche d’une magie sauvage – une magie qui, un jour, a redonné vie à une contrée désolée. »

Au fil des pages et des images, on découvre également les paysages époustouflants de la nature sauvage et du parc de Yellowstone. Des images de forêts, de bêtes sauvages, de la façon dont les espèces cohabitent entre elles et des paysages enneigés ou verdoyants. Si on aime la nature, on est plus que servis avec cet album. Ce livre jeunesse (à partir de six ans) convient parfaitement bien à tout le monde. Visuellement, c’est splendide! Les peintures de Jennifer Desmond sont délicates, magnifiques et nous plongent en pleine nature sauvage, à travers le passage des quatre saisons. J’ai adoré le visuel du texte qui donne l’impression d’être écrit à la main et de se fondre par moments dans le paysage.

L’ouvrage est excellent pour expliquer avec simplicité pourquoi la disparition d’une seule espèce peut avoir de graves répercussions sur tout un écosystème, incluant la flore, la faune et l’être humain. Elle peut modifier le paysage, le cours des rivières, chasser toutes sortes d’animaux et d’oiseaux, détruire des arbres. En quelques pages, on réalise tout de suite comment fonctionne le cycle de la nature.

Le livre aborde également ce qui a suivi la réintégration des loups: les changements écologiques, la réapparition d’autres animaux qui avaient déserté le parc, le fonctionnement des nouvelles meutes de loups qui se sont naturellement formées après leur intégration et les nouvelles portées qui ont contribué à la survie de l’espèce jusqu’à aujourd’hui. Les auteures nous donnent aussi des nouvelles des premiers loups qui ont été les pionniers du réensauvagement du parc de Yellowstone. Elles donnent aussi des exemples de réintroduction qui ont été de belles réussites, ailleurs dans le monde.

J’ai toujours été fascinée par Yellowstone et par les loups. Ce livre était donc tout trouvé pour moi. J’ai eu tellement de plaisir à lire et regarder cet album, qu’il aura une place de choix dans ma bibliothèque. Un gros coup de cœur!

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone, Catherine Barr, Jenni Desmond, éditions Albin Michel Jeunesse, 56 pages, 2021

Meurtre au petit déjeuner

Abandonnant le Texas pour l’air salin du Maine, Natalie Barnes a risqué le tout pour le tout en achetant l’auberge de la Baleine grise, un charmant Bed & Breakfast situé dans le Maine, sur Cranberry Island. Cuisinière hors pair, elle adore préparer pour ses invités des gâteaux décadents aux bleuets et des carrés au chocolat au goût d’enfer. Mais le jour où l’un de ses hôtes est retrouvé mort, la police – et la plupart des habitants de l’île – croient qu’elle a en plus trouvé la recette du meurtre parfait. Natalie doit donc mettre la main à la pâre pour trouver le véritable meurtrier si elle ne veut pas perdre l’auberge de la Baleine grise. Ou tout simplement la vie…

J’ai ce livre dans ma pile à lire depuis plusieurs années. Je l’ai lu une fois à sa sortie en 2008 et j’avais bien envie de le relire. Meurtre au petit déjeuner est le premier volet de la série Mystères de l’auberge de la baleine grise qui compte seize titres jusqu’à maintenant. Toutefois, seuls les deux premiers ont été traduits en français, malheureusement. L’éditeur n’a jamais poursuivi la traduction de la série. Avec la mode des polars réconfortants, ce pourrait être une belle idée de les éditer à nouveau. Pour ma part j’ai aussi le second tome dans ma pile à lire, que je compte lire cet automne.

Meurtre au petit déjeuner met en scène une aubergiste, Natalie, nouvellement arrivée dans le Maine. Elle a tout quitté pour ouvrir son auberge et y a investit toutes ses économies. Quand le roman commence, sa nièce Gwen vient de s’y installer pour lui donner un coup de main. L’auberge, la Baleine grise, est située sur une petite île pittoresque appelée Cranberry Island. L’auberge vient tout juste d’ouvrir, elle en est à ses premiers pas et l’argent se fait rare. Un gros promoteur immobilier lorgne sur le terrain adjacent à l’auberge. Il souhaite y construire un complexe hôtelier de luxe. Il détruira du même coup l’habitat et les nids des sternes qui y vivent. Les villageois se mobilisent et un conseil tente d’arrêter l’investisseur. Quand un des hôtes de l’auberge est retrouvé mort, Natalie, qui est encore la petite nouvelle de l’île – dont certains se méfient – devient la coupable parfaite! Elle décide d’enquêter de son côté pour prouver son innocence… ce qui ne se fera pas sans heurts.

Je gardais un bon souvenir de cette lecture et ma relecture a confirmé le plaisir que j’avais eu à lire ce roman. J’ai beaucoup aimé! C’est divertissant et agréable à lire. L’enquête est classique, les personnages sont sympathiques. Il y a un petit côté écologique avec la sauvegarde des nids des sternes et l’aspect maritime (les pêcheurs, les bateaux, le homard) est bien présent. Mais c’est surtout l’ambiance qui est intéressante. Une île du Maine magnifique où l’esprit maritime est très présent, avec ses bateaux et l’éloignement avec le continent. Un lieu où les gens vivent doucement et où les touristes viennent peindre la nature et se ressourcer dans les sentiers.

L’auberge, endroit accueillant par excellence, avec la description des pièces, la cuisine réconfortante de Natalie qui prépare le petit-déjeuner pour ses hôtes. L’épicerie du village tenue par Charlene, qui sert le thé d’après-midi et où Natalie va livrer de petites douceurs à vélo. Une ambiance, une île et une auberge qui donnent assurément envie d’y être. De plus, si vous êtes gourmands, le livre regorge de descriptions de gâteaux et de biscuits. On dévore de bonnes choses à toutes les pages. La fin du livre offre également quelques recettes des plats concoctés par Natalie dans le roman. 

« Après avoir attaché la boîte de scones à l’arrière de mon vieux vélo Schwinn, j’empruntai la route menant à l’épicerie. Tout en pédalant, je respirais à pleins poumons l’odeur des épinettes et des sapins. Seul le bruit de mes roues et des vagues au loin venait briser le silence. C’était si bon d’être dehors au grand air. »

L’enquête, sans être complexe, est quand même intéressante. Les rebondissements sont nombreux et on lit avec plaisir les aventures de Natalie, qui met son nez partout et a tendance à se mettre les pieds dans les plats. On découvre les habitants de l’île et leurs caractéristiques amusantes. 

Une lecture fort agréable, un polar réconfortant et mystérieux où l’atmosphère nous permet de passer un très bon moment!

Meurtre au petit déjeuner, Karen MacInerney, éditions Ada, 337 pages, 2008

Les Rois du Yukon

Long de plus de trois mille kilomètres, le Yukon traverse le Canada et l’Alaska avant de se jeter dans la mer de Béring. Chaque été, depuis la nuit des temps, les saumons royaux (ou chinooks) remontent ses eaux pour retourner pondre et mourir sur leur lieu de naissance. C’est l’un des derniers endroits sauvages de la planète. En entreprenant ce long et difficile voyage en canoë afin d’accompagner les saumons dans leur migration, Adam Weymouth souhaitait constater les effets du réchauffement climatique sur une nature presque vierge et coupée de tout. A terme, c’est l’existence même du saumon royal qui est menacée, mais aussi celle des communautés autochtones qui dépendent de lui, et dont l’auteur dresse un portrait inoubliable. S’interrogeant sur notre relation de plus en plus complexe avec le monde vivant, il nous offre le récit captivant d’une aventure extraordinaire, et nous invite à une immersion élégiaque au cœur des mystères de la vie.

Coup de cœur pour ce livre vraiment passionnant qui est bien plus qu’un récit de voyage. L’auteur entreprend la traversée du Yukon en canoë, avec comme projet de suivre le saumon royal et d’aller à la rencontre des gens qui vivent le long du fleuve. Dans un décor encore sauvage et parfois impitoyable, Adam Weymouth entreprend de raconter les changements climatiques et la façon dont les communautés et le saumon en sont affectés. Il nous raconte également son voyage, d’un bout à l’autre du Yukon, jusqu’à son retour en Angleterre. La navigation en canoë, les rencontres au fil de l’eau, le camping, les orages, les ours, les soirées improvisées avec des gens du coin. 

« Si tu veux vraiment essayer de mieux comprendre le Grand Nord, me suis-je dit, alors peut-être devrais-tu partir à la recherche de l’une de ses espèces les plus caractéristiques avant qu’elle ne disparaisse à jamais. »

Un périple sur un si long cours d’eau, rythmé par les températures, le temps et les intempéries, demande une grande préparation. Cette partie du voyage nous est aussi racontée. Adam partira d’abord avec un ami, avant de pagayer seul un moment puis de retrouver sa compagne pour la fin du voyage. Le Yukon est un lieu magnifique, qui impressionne et qui donne un sentiment plus grand que nature. C’est aussi ce que nous raconte ce livre. La solitude face à un aussi grand territoire. Le voyage exaltant. L’aventure. 

Le Yukon c’est également son aspect touristique. Les vestiges de la ruée vers l’or. Dawson City. La moitié de la cabane de Jack London. Le fameux Sourtoe Cocktail, sorte de rite de passage qui consiste à boire un shooter contenant un orteil humain momifié. C’est aussi tout son aspect mythologique et ceux qui lui ont donné son image qui fait rêver. Les grands espaces. Les auteurs qui y sont passés. Ceux que l’on voit dans les émissions de télévision et qui nous montrent un Yukon grandiose et parfois effrayant. 

Comme le but premier de son voyage est de suivre aussi la progression du saumon, principalement le Royal (ou Chinook), plusieurs réflexions écologiques sont en lien avec ce poisson tant apprécié à travers le monde. Avec un recul qui m’a plu et sans jugement, Adam Weymouth raconte l’histoire du saumon, d’un point de vue biologique, mais aussi historique et folklorique. Aliment essentiel et mode de subsistance pour bien des habitants des berges du Yukon, le saumon est victime des changements climatiques, de la surpêche et de l’industrie. Weymouth tente de comprendre l’impact des modifications sur le territoire et le climat, ainsi que sur le poisson.

« C’est donc ainsi qu’est fait le caviar rouge: par des adolescents yupiks le soir après l’école, dans un Algeco barbouillé de sang au milieu d’un marécage boueux, avec les haut-parleurs qui crachent du Puff Daddy. »

Dans ce livre, la nature époustouflante côtoie les préoccupations écologiques. L’histoire évolue en parallèle aux récit des locaux, qu’ils soient autochtones ou qu’ils se soient installés dans la région pour fuir une vie qui ne leur convenait pas. La petite histoire des gens est souvent aussi intéressante que la grande. L’auteur prend le temps de les rencontrer, de les laisser raconter leur mode de vie, leurs expériences et la façon dont ils évoluent au bord du Yukon. Ces rencontres sont riches en anecdotes et en réflexions. Ce sont les gens qui font l’histoire en fin de compte.

Adam Weymouth réussit à combiner tout cela en nous offrant un texte qui se lit comme un roman d’aventure. C’est un constat de la façon dont fonctionne le Yukon et surtout, les saumons qui y vivent. Des œufs de saumons jusqu’au morceau de poisson acheté en Angleterre des mois plus tard, Weymouth nous raconte la vie sauvage et les contraintes du monde moderne, qui a un impact toujours grandissant sur les communautés autochtones qui vivent en bordure du Yukon et survivent grâce au saumon. Le poisson est désormais plus petit, plus rare, parfois la pêche est interdite, on constate un décalage des événements saisonniers et certaines communautés doivent être relocalisées à cause du niveau de l’eau qui ne cesse de monter. 

« Il n’y a plus guère de grandes migrations. Les colons européens ont décimé soixante millions de bisons au fil de leur progression à travers les Grandes Plains; il n’en reste plus que cinq mille aujourd’hui. Des nuées de tourtes voyageuses obscurcissaient autrefois le ciel des jours durant; la dernière est morte en 1900, l’espèce ayant été chassée jusqu’à son extinction. Du milliard de papillons monarques qui, chaque printemps, effectuaient le voyage du Mexique au Canada, seule une fraction a survécu à la perte de l’habitat, à l’usage des pesticides, aux parasites et au changement climatique. Qu’un animal puisse avoir besoin non seulement d’un biotope intact, mais également que nous lui accordions les vastes étendues de territoire nécessaires à sa migration semble être une exigence presque anachronique sur une planète aussi anthropocentrique que la nôtre, où l’homme se sent à l’étroit. »

L’ouvrage débute par un croquis expliquant le cycle des saumons ainsi qu’une carte du trajet parcouru par l’auteur. Pendant la lecture, je me suis amusée à suivre son périple pour mieux comprendre l’évolution de ce qu’il percevait au fil de son voyage: les changements dans la nature, les animaux, les gens et leur mode de vie, le changement vécu par les saumons. Son récit est l’histoire de la complexité d’un fleuve, de la vie qui l’agite et des gens qui y vivent.

Ce texte passionnant est une lecture vraiment intéressante à tous points de vue. J’ai adoré! Je ne peux que vous suggérer ce livre si les récits d’aventure, l’écologie et la nature vous intéresse.

Les Rois du Yukon: trois mille kilomètres en canoë à travers l’Alaska, Adam Weymouth, éditions Albin Michel, 336 pages, 2021

Écotopia

Trois États de la côte ouest des États-Unis — la Californie, l’Oregon et l’État de Washington — décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale, baptisée Écotopia. Vingt ans après, l’heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain, William Weston. Au fil des articles envoyés au Times-Post, il décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l’autogestion, la décentralisation, les vingt heures de travail hebdomadaire et le recyclage systématique. D’abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d’amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes.

J’ai bien aimé ma découverte du roman utopique Écotopia de Ernest Callenbach. Ce roman, qui se déroule dans un hypothétique futur, m’attirait beaucoup. Trois états américains, s’inspirant alors du Québec ayant quitté le Canada, décident de se séparer aussi et de fonder Écotopia, une sorte de société écologique radicale. Vingt ans plus tard, un journaliste américain y est envoyé afin de faire un grand reportage sur ce pays qui provoque les plus folles rumeurs.  Tombé passionnément amoureux d’une femme écotopienne, William va devoir choisir: rester ou repartir?

Écrit en 1975, ce roman raconte un monde utopique où l’écologie, la nature, le temps, les relations ouvertes et sincères sont au cœur du quotidien. Le recyclage est un vrai mode de vie, les gens ne travaillent que vingt heures par semaine, le quotidien est mené à un autre rythme que le nôtre et que le reste de la planète. Les relations amoureuses et sexuelles sont très libres, le concept de la famille est élargi et tout ce qu’on achète est pensé pour être recyclé. On est très loin du mode de vie américain.

Ce que William découvre en allant à Écotopia est un choc. Pas parce que cette société est si effroyable qu’on le raconte, mais parce qu’il commence à en voir les bons côtés. À prendre goût à cette nouvelle façon de vivre. Écotopia n’est pas parfait. Il existe une face sombre à ce monde utopique. Cependant, par rapport à notre course effrénée pour travailler et gagner toujours plus d’argent, à notre productivité infernale, à notre consommation hallucinante et aux déchets que nous produisons, Écotopia est un monde tout de même très attirant. Et William commence à se remettre complètement en question à force d’y vivre, même si ça bouscule ses valeurs et son mode de vie habituel.

« Les Écotopiens sont imbattables pour transformer quasiment n’importe quelle situation en un moment de plaisir, d’amusement et souvent d’intimité. »

Ce roman est encore très actuel et aurait pu être écrit aujourd’hui. J’ai trouvé passionnant l’idée d’un tel lieu de vie où les objets peuvent être compostés et recyclés à l’infini, où les gens savent jardiner dès l’enfance, fabriquent leurs vêtements, n’utilisent pas la voiture et plantent des fleurs ^dans les trous des routes. Pour apprendre aux gens d’où vient ce qu’ils utilisent, chacun doit travailler en forêt avant de pouvoir acheter du bois, afin qu’ils comprennent bien tout ce qui se cache derrière une simple planche. Les priorités des écotopiens sont axées sur le plaisir et sur l’humain plutôt que sur la performance et la production. L’idée d’un monde plus vrai est très alléchante.

La particularité de ce roman est que sa construction alterne entre les articles de journaux écrits par William et son carnet de notes personnel. Le texte est donc très descriptif et le ton assez froid. C’est loin d’être inintéressant, mais la lecture est très journalistique. On y aborde tous les aspects d’Écotopia: la politique, la scolarité, l’environnement, le rôle des hommes et des femmes, la sexualité, le travail, les coutumes, les arts, les loisirs, la famille. Il y a assez peu d’action. C’est un roman qui raconte la découverte d’un nouveau monde par les yeux d’un personnage qui apparaît au départ plein de préjugés et qui fait le constat d’un mode de vie bien différent de celui que nous connaissons. William décrit ce qu’il voit, commente aussi en fonction de ses valeurs. Ce roman se lit comme un reportage. 

« … l’homme n’est pas fait pour la production, contrairement à ce qu’on avait cru au XIXe siècle et au début du XXe. L’homme est fait pour s’insérer modestement dans un réseau continu et stable d’organismes vivants, en modifiant le moins possible les équilibres de ce biotope. »

De mon côté, j’ai trouvé que l’angle de vue était intéressant. Différent. Ce choix nous donne l’impression de découvrir Écotopia aux côtés de William. Comme si on lisait le journal et ses articles. On fait l’apprentissage des particularités d’Écotopia par les textes de William. Cependant, les idées qui y sont développées sont passionnantes et poussent à la réflexion. Le texte sous forme d’articles permet sans doute d’en dire plus, de décrire plus en détails le mode de vie des écotopiens et de confronter cette « nouvelle » réalité à la nôtre.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Dans les notes de ce roman, j’apprends qu’Ernest Callenbach connaissait Edward Abbey. Je n’en suis pas surprise. Les deux ont définitivement beaucoup de choses en commun!

Écotopia, Ernest Callenbach, éditions Folio, 336 pages, 2021