Il faisait beau et tout brûlait

il faisait beau et tout brulaitUne fin d’été dans un tout-inclus en Tunisie, où une mère accompagnée de son fils handicapé sombre peu à peu dans un besoin toujours plus inavouable de liberté, tandis que tourne à l’obsession l’image récurrente d’une cliente solitaire qui a croisé son regard. Une histoire d’amour sensible entre un cordonnier timide et une belle cliente, qu’il ne sait pas comment aborder, avec en toile de fond la ville de Punta Arenas, dans le grand sud chilien. Une jeune Australienne qui souffre d’éco-anxiété devant la dégradation économique et écologique de la planète, oscille entre colère contre la génération précédente et inertie face à un avenir incertain.

Il faisait beau et tout brûlait contient trois nouvelles bien différentes. Dans un recueil de nouvelles, il y a toujours certaines histoires qui nous touchent plus que d’autres. De mon côté, j’ai préféré les histoire dans leur ordre de publication, ma préférée étant la première histoire.

« Ce soir, la respiration arythmique de Julien est couverte par le souffle d’un vent clair et je repense à l’amour comme à des vacances lointaines, trop lointaines pour y revenir, sans même parvenir à savoir si ma peau, quand parfois je la touche, est encore douce et veloutée, si mes joues prendraient encore ces reflets pourpres au contact d’une autre peau. »

J’aime beaucoup l’écriture de l’auteur, sa façon d’amener ses personnages et de nous partager ses mots. Il y a un peu de poésie dans sa plume, ce qui naturellement vient toujours me chercher comme lecteur.

Voici donc un aperçu de chacune des nouvelles:

Franchies les frontières
Cette première nouvelle aborde la vie quotidienne d’une mère partie en voyage avec son fils atteint d’amyotrophie spinale, un handicap demandant des soins constants. C’est
une mystérieuse rencontre qui changera certaines choses pour cette mère, l’amènera à poser un autre regard sur son présent et son passé. Cette histoire joue beaucoup avec l’émotion. C’est un portrait sensible d’un parent qui vit avec un enfant ayant un handicap important qui ne laisse aucun répit. J’ai trouvé ce texte particulièrement bien écrit. L’auteur amène son histoire d’une façon originale.

Région XII
Cette nouvelle qui se déroule à Punta Arenas raconte l’histoire d’amour entre un cordonnier très timide et une très belle cliente. C’est une histoire pleine de légèreté et de douceur, qui se lit très bien. La simplicité de cette histoire, qui amène quelques sourires, est un beau point positif. J’ai beaucoup aimé, parce que le texte est poétique.

Kim
Cette troisième nouvelle parle d’une femme, Kim, qui souffre d’éco-anxiété. C’est toujours elle qui parle et transmet ses émotions face aux différentes situations auxquelles elle doit faire face. Cette histoire est axée sur les échanges entre Kim et plusieurs personnages. Elle parle beaucoup de sa nostalgie d’un temps passé, alors que sa génération doit vivre avec les conséquences de ceux qui l’ont précédé. C’est un personnage malheureux qui trouve refuge dans la drogue. L’univers de cette nouvelle est dur, avec peu d’espoir. J’ai moins accroché à cette histoire. J’avais l’impression de me perdre un peu dans le monde de Kim, même si je comprend son mal de vivre en fonction des problèmes liés à l’écologie et aux changements climatiques. Ça demeure un enjeu important.

Dans l’ensemble, ce recueil m’a beaucoup plu. Si j’ai préféré les deux premières nouvelles et que j’ai eu un peu de mal avec la langue utilisée par moments pour la troisième, l’auteur a une très belle plume, à la fois poétique et artistique. J’aimerais bien le relire éventuellement, C’est une belle découverte pour moi. Sa façon d’amener ses personnages et de créer de petits univers, m’a beaucoup parlé. Le livre se lit très bien, les histoires sont intéressantes et les personnages sont entiers et attachants.

Un recueil que je recommande, principalement pour les deux premières nouvelles, qui valent la peine. Un auteur à surveiller!

Il faisait beau et tout brûlait, Vincent Giudicelli, Annika Parance Éditeur, 132 pages, 2019

L’Arbre Monde

L'arbre mondeAprès des années passées seule dans la forêt à étudier les arbres, la botaniste Pat Westerford en revient avec une découverte sur ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Autour de Pat s’entrelacent les destins de neuf personnes qui peu à peu vont converger vers la Californie, où un séquoia est menacé de destruction.

Je n’avais jamais lu Richard Powers avant de lire L’Arbre Monde. Celui-ci m’a particulièrement attirée à cause de son thème: les arbres et leurs liens avec nous, les humains. C’était donc vendu juste avec le résumé. Et aussi parce que Powers figure dans ma liste d’auteurs à lire depuis des années. C’était le bon moment pour franchir le pas. J’ai donc débuté ma lecture et après quelques pages, j’étais déjà émerveillée.

Bien écrit et fascinant, avec des liens entre les personnages et les arbres qui me coupaient un peu le souffle chaque fois. C’est beau, troublant, touchant. Vous savez quand on entre dans un livre et qu’on se dit qu’on est en train de lire quelque chose de rare? L’arbre monde c’est ça. Une rareté dans le monde littéraire. Un chef-d’oeuvre. Un immense coup de cœur.

L’auteur construit son livre d’une façon particulièrement étonnante. Il y a d’abord les Racines, puis un chapitre par personnage de l’histoire. Neuf personnages que nous allons suivre. L’auteur commence par nous parler de leurs premières expériences auprès des arbres. De cet ancêtre arrivé sur une terre avec des châtaignes plein les poches et qui photographiera pendant cent ans, avec ses descendant, le seul arbre qui en résultera; de cette famille qui a planté un arbre différent pour chacun de ses enfants; en passant par ce petit bonhomme tombé du haut des branches et paralysé qui créera des mondes virtuels peuplés de plantes; chacun des personnages de ce livre se découvre à travers les arbres. L’écologie, la science, l’étude, l’éco-terrorisme, la désobéissance civile, l’art, le monde naturel et virtuel, tout parle d’arbres, de ce qui nous entoure, de cette verdure totalement essentielle à notre vie. Notre santé dépend des arbres, notre quotidien dépend des arbres. Notre bien-être aussi.

« Douglas Pavlicek replante une clairière aussi vaste que le centre-ville d’Eugene, et salue chaque plant qu’il borde affectueusement.
Tenez bon. Il suffit de tenir un ou deux siècles. Pour vous, les gars, c’est un jeu d’enfants. Il suffit de nous survivre. Alors il n’y aura plus personne pour vous emmerder. »

L’auteur tisse des liens entre ses personnages, qui finiront par se croiser, d’une façon ou d’une autre. C’est brillant et presque miraculeux. Les hommes sont liés, tout autant que les arbres. Par la suite, l’auteur élargit ses thèmes en passant par le Tronc, la Cime et les Graines. Le roman forme en quelque sorte lui-même un arbre. C’est une image puissante.

L’Arbre Monde est l’histoire de tous ces arbres plantés au cours d’une vie. Des arbres qui unissent les hommes. De ces forêts sauvées par des gens qui ont cru en ce qu’ils faisaient. C’est un livre sur les livres qui parlent de la nature, qui nous poussent à vouloir en savoir plus, à comprendre les arbres qui nous entourent. C’est un livre sur le temps qui passe, sur la notion d’évolution, sur la beauté de la nature et souvent, la cruauté de l’homme. C’est un livre sur l’injustice, sur l’incompréhension, sur la sauvegarde d’un patrimoine naturel. Sur cet arbre qui offre calme et verdure, protection et souvenirs, et qui nous permet de grandir. C’est aussi et surtout un livre sur l’arbre, le premier, celui qui est à la base de la vie, la nôtre, la vôtre et celle de tous les autres arbres.

« Nous traversons la Voie lactée tous ensemble, arbres et hommes. À chaque promenade avec la nature, on reçoit bien plus que ce qu’on cherche. L’accès le plus direct à l’univers, c’est une forêt sauvage. »

Au cours de ma lecture, j’ai épuisé tous les post-it que j’avais sous la main. Chaque chapitre m’apportait des phrases toutes plus belles les unes des autres. Chaque personnage me troublait, me fascinait, me touchait. Il y a quelque chose de rare et d’unique dans ce roman qui tisse des liens entre l’homme et la nature, qui nous fait comprendre à quel point les arbres sont essentiels à la vie. Et que l’homme court à sa perte à se fermer les yeux et à exploiter à outrance toutes les ressources naturelles qu’il a sous la main.

« Quand vous abattez un arbre, ce que vous en faites devrait être au moins aussi miraculeux que ce que vous avez abattu. »

Je suis passée par une gamme d’émotions tout au long de ma lecture. J’ai été émue quand certains personnages trouvent leur salut dans la nature. Émerveillée quand l’auteur nous raconte, telle une fresque historique, l’évolution des arbres à travers les générations d’humains qui ont vécu sous ses branches. J’ai été triste quand les promoteurs et les bûcherons coupaient sans se soucier de la grande richesse des arbres (et je ne parle pas d’argent), allant jusqu’à sacrifier l’humain et la nature pour l’appât du gain. J’ai été en colère quand la justice n’était pas du bon côté et se contentait de soutenir l’idée d’un monde capitaliste où seule l’expansion et la construction n’a de valeur.

« La terre se déploie, crête après crête. Ses yeux s’adaptent à cette exubérance baroque. Des forêts de cinq teintes différentes baignent dans la brume, chacune une aire biotique pour des créatures encore à découvrir. Et chaque arbre qu’il regarde appartient à un financier texan qui n’a jamais vu un séquoia mais entend les éradiquer tous pour rembourser la dette contractée pour les acheter. »

Ce livre m’a touchée, remuée, je me suis battue aux côtés de ceux qu’on appelle les « éco-terroristes », j’ai été remuée par le pouvoir de la nature, par ce monde d’arbres et de beauté pure que nous donne à voir l’auteur. C’est un roman qui offre une riche réflexion sur notre monde et ce que l’homme en fait. C’est aussi une histoire d’émerveillement, car la nature, toujours, saura nous offrir des moments de pure magie.

« Elle raconte comment un orme a contribué à déclencher l’Indépendance américaine. Comment un énorme prosopis vieux de cinq cents ans pousse au milieu d’un des déserts les plus arides de la Terre. Comment la vue d’un châtaignier à la fenêtre a redonné l’espoir à Anne Frank, dans le désespoir de sa claustration. Comment des semences sont passées par la lune avant de bourgeonner sur toute la Terre. Comment le monde est peuplé de merveilleuses créatures inconnues de tous. Comment il faudra peut-être des siècles pour réapprendre ce que jadis on savait sur les arbres. »

Pendant ma lecture, j’ai souvent pensé au très bel essai du vulgarisateur Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres. Je trouve que les deux livres se complètent bien. L’idée derrière L’Arbre Monde est un peu la même que celle avancée par Wohlleben: celle que les arbres communiquent, tissent des liens entre eux, s’entraident, se soignent, sont réceptifs à ce qui les entoure et ne sont pas que de simples « choses » qui existent pour notre bon plaisir de les exploiter.

« La Terre sera monétisée jusqu’à ce que tous les arbres poussent en lignes droites, que trois personnes possèdent les sept continents, et que tous les grands organismes vivants soient élevés pour être abattus. »

L’Arbre Monde est un livre magnifique, époustouflant dans sa construction et aussi un signal d’alerte. Toutes les pages crient: « Mais faites quelque chose avant qu’il ne soit trop tard! » Reste à voir si quelqu’un, quelque part, entendra le message. Car derrière la fiction se cache la bêtise humaine, toujours en quête de « plus »: plus d’exploitations, plus de terres à cultiver, plus d’espaces pour construire des immeubles. Il reste bien peu de gens aujourd’hui prêts à écouter ce que les arbres ont à dire. Pourtant, nous sommes liés à eux, ils nous sont essentiels.

« Vous et l’arbre de votre jardin êtes issus d’un ancêtre commun. Il y a un milliard et demi d’années, vos chemins ont divergé. Mais aujourd’hui encore, après un immense voyage dans des directions séparées, vous partagez avec cet arbre le quart de vos gênes… »

Ce livre a remporté le Prix Pulitzer 2019. Un prix largement mérité! Richard Powers écrit merveilleusement bien. J’ai très envie de découvrir autre chose de lui.

L’Arbre Monde, Richard Powers, éditions Cherche midi, 550 pages, 2018

Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps

ma vie dans les bois 7L’hiver s’en est allé… Et avec le retour des beaux jours, la faune et la flore se réveillent. Malgré des années à vivre dans les bois, Shin et Miki restent émerveillés par la beauté de ce renouveau ! Mais le quotidien est parfois difficile. Aussi, Miki demande à son époux de lui construire un nouveau loft, pour qu’elle puisse profiter des ses loisirs dans le calme.

Un nouveau tome de Ma vie dans les bois, c’est un petit plaisir chaque fois! J’adore cette série manga différente et rafraîchissante. Elle touche naturellement à une corde sensible chez moi: la vie en forêt, la recherche de l’autonomie et les préoccupations écologiques. Shin Morimura me rejoint beaucoup dans sa façon de penser: une pensée visant la durabilité de l’écosystème, même quand il va à la pêche ou gère son poulailler et la rotation de ses poules dans le but de se nourrir.

Dans ce septième tome, l’hiver est terminé et laisse place à l’éclatement du printemps! Nouvelles pousses, jardinage, Shin et Miki font aussi face aux sangliers qui dévastent tout sur leur passage! Le printemps, c’est aussi le retour des allergies saisonnières et le moment d’attirer des oiseaux chez soi, mais le couple n’a pas plus de chance de ce côté-là. Shin raconte avec lucidité et humour leurs aventures qui sont parfois plutôt rigolotes.

Miki reproche aussi à Shin de passer tout son temps à construire des cabanes en rondins sur leur bout de montagne… mais demande alors à en avoir une à elle pour pouvoir travailler sur son métier à tresser tranquillement. On en apprend un peu plus sur elle, sur son enfance et la vie qu’elle avait en ville. La construction de la cabane occupe une grande partie de ce septième tome et Shin nous raconte de façon détaillée la façon dont il s’y prend, ainsi que ses moyens pour se procurer les matériaux. Si on s’intéresse à l’autarcie et à ce mode de vie, c’est réellement passionnant!

L’auteur nous parle aussi des invasions de punaises, des mantes religieuses, des serpents, du poulailler, de la récupération comme moyen écologique de diminuer la surconsommation.

« Le déchet est le symbole de l’époque moderne et de la société de consommation. Plus on consomme, plus on jette, plus il y a d’objets en abondance et plus on perd la valeur des choses. Et comme on utilise moins de personnel partout, même l’humain est considéré comme un déchet. »

La dernière portion du manga raconte une partie de pêche dans un coin reculé à la recherche des ombles sauvages, qui prend une tournure inattendue pour Shin, digne d’un véritable jeu de survie! Campement, escalade, confrontation entre pêcheurs, écologie et cuisine sont abordés dans ce chapitre.

Le manga est complété comme d’habitude d’une page de « journal » avec photos de la vie de l’auteur et d’un chapitre bonus sur les chiens.

Un bon manga, comme chaque fois! Si vous ne connaissez pas encore cette série et que l’écologie et l’autarcie vous intéressent, c’est une lecture parfaite pour vous!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Bonne lecture!

Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps, Shin Morimura, éditions Akata, 172 pages, 2019

Irineï et le Grand Esprit du mammouth t.1

irinei et le grand esprit du mammouth 1Au cours d’une expédition scientifique en Sibérie, des paléontologues américains extraient du sol gelé une femelle mammouth parfaitement conservée. A leur retour à Los Angeles, ils se trouvent rapidement face à une incroyable énigme : la femelle mammouth porte un petit, les cœurs de la mère et du bébé battent encore…
Seul Irineï, un jeune chaman de 12 ans qui vit dans une tribu de nomades éleveurs de rennes, connaît la clé du miracle: lors d’un voyage dans le monde des Esprits, il a redonné vie au Grand Esprit du Mammouth qui veut reprendre sa place sur Terre… Mais, bien loin des steppes glacées de Sibérie, le mammouth et son petit ne peuvent pas survivre sans Irineï. Pour les sauver, le jeune garçon va vivre loin de chez lui une formidable aventure humaine et spirituelle. Il va se battre pour le respect de la vie des animaux, et l’avenir de la planète.

J’ai été très attiré dès le départ par la superbe couverture du roman qui reflète en fin de compte très bien l’esprit du livre. Irineï et le Grand Esprit du mammouth nous amène sur les traces de chercheurs et de scientifiques qui nous offrent une histoire pleine d’aventure, avec une découverte totalement surprenante.

L’histoire débute avec celle d’Irineï, issu de la tribu des Dolgans, un peuple de Sibérie qui élève des rennes. On apprend beaucoup sur leur mode de vie, leurs coutumes, leurs croyances, leur quotidien, leurs résidences qu’on appelle baloks et qui sont montées sur des skis, facilement déplaçables. Cet aspect descriptif est très intéressant.

Le jeune Irineï suit les traces de sa grand-mère et de son père. Il est un grand chamane en devenir. Les Dolgans sont en harmonie avec nature et la respectent. Quand ils voient les gens de la ville arriver dans leur coin de pays, c’est souvent pour installer un puits de pétrole ou défaire ce que la nature a de beau.

« Quand les puits sont abandonnés, continua Sergueï, les ouvriers partent en laissant derrière eux tout un tas de détritus qui polluent le sol. Les rennes ne peuvent plus pâturer dans ces zones et leurs territoires se resserrent de plus en plus rapidement. »

On voit dans ce livre les deux modes de vie bien différents, ceux qui aiment et respectent la nature et ceux de la ville qui ont l’abondance et qui sont quand même malheureux. Lorsqu’Irineï est amené en ville, c’est à un choc culturel que nous assistons. Il ne comprend pas le but de mettre des animaux en cage, ni les itinérants qui manquent de nourriture, juste à côté d’une épicerie bien garnie. Dans son peuple à lui, ce genre de contradiction n’existe pas.

Le roman, même s’il nous présente une histoire passionnante sur une découverte fascinante, est aussi un livre sur l’environnement et qui aborde le thème des changements climatiques et ses conséquences sur la nature. Il parle de ce que l’homme fait à la planète et à sa façon de tout détruire. L’aspect scientifique est abordé quant à lui à travers la découverte du mammouth et tout ce qui suivra. Cet animal est très important dans l’histoire.

Le roman amène également un côté spirituel, avec Irineï et ces premiers pas dans son rôle de chamane qui communique avec les esprits. Il peut donc entrer en contact avec l’esprit du mammouth et comprendre les motivations de l’animal. Toute cette notion de communication aborde les croyances du peuple d’Irineï.

« Le mammouth que tu emportes est très particulier car il contient le Grand Esprit du Mammouth. Alors il se passera peut-être des choses qui te sembleront bizarres. Mais quoi qu’il arrive, tu dois prendre soin de ce mammouth. »

Irineï et le Grand Esprit du mammouth est un roman jeunesse bien écrit, qui peut intéresser aussi les adultes. J’ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture, l’univers du roman m’a particulièrement intéressé. La fin de l’histoire par contre est abrupte et nous laisse totalement en plan. On reste sur notre faim concernant plusieurs réponses à nos questions et au dénouement de l’intrigue. Les réponses arriveront dans le tome 2 qui vient de paraître en France et heureusement paraîtra sous peu chez nous. J’ai bien hâte de connaître la suite!

Pour écrire l’histoire d’Irineï, l’auteure s’est inspirée de l’expédition du paléontologue français Bernard Buigues. L’activiste Isabelle Goetz lui a, quant à elle, inspiré le personnage de Marion. Irineï et le Grand Esprit du mammouth est un roman d’aventure et une histoire passionnante, mais également un roman éducatif sur la nature. Le roman se veut une belle sensibilisation à l’écologie et à l’importance de chaque animal. Un très beau roman, intelligent, sur le respect des êtres vivants.

Irineï et le Grand Esprit du mammouth 1, Val Reiyel, éditions Slalom, 304 pages, 2018

 

Ma vie dans les bois t.6: Pêche hivernale

ma vie dans les bois 6L’hiver est tombé sur le Japon… Mais ne croyez pas qu’il n’y a rien à faire d’autre que de rester cloîtré chez soi, au coin du feu, en cette froide saison. Non, plutôt que de se tourner les pouces à se morfondre en attendant le retour des beaux jours, Shin décide de se lancer dans de nouvelles expériences : il se lance cette fois-ci dans la pêche hivernale !

Le manga commence tout d’abord en automne, alors que Shin et Miki nous expliquent la cueillette des ignames, principalement des petits tubercules comestibles qui poussent à la base des feuilles. On apprend comment ils les repèrent et la façon d’en faire la cueillette. Le tubercule est aussi comestible mais sa cueillette est un vrai parcours du combattant! Ce qui laisse naturellement place à quelques scènes humoristiques dont Shin a le secret!

Puis enfin, c’est l’hiver! Shin pense s’installer tranquillement chez lui en attendant la belle saison, mais c’est sans compter l’arrivée inopinée du « boss », le mentor de pêche de Shin, déjà rencontré dans les autres tomes de la série. Il propose la pêche hivernale: ils iront pêcher le wakasagi, un poisson introduit dans la région comme attrait touristique pour la pêche récréative. Ce qui ne devait être à la base qu’un joyeux passe-temps pour rapporter de la nourriture supplémentaire sur la table devient un véritable défi!

Shin et le Boss rencontrent un jeune garçon, Gon, alors qu’ils testent leur matériel et s’exercent à pêcher sur une plateforme flottante en attendant la formation de la glace. Frondeur, un peu mal poli, celui-ci pêche accompagné de son grand-père et perçoit l’activité comme un jeu high-tech en pleine nature. La confrontation se solde en véritable pari de celui qui pêchera le plus de poissons, Gon avec sa canne électronique, Shin et le Boss avec des cannes fabriquées à la main.

C’est à cette aventure de performance et au travail de création de cannes à pêche que nous amène Shin dans cette histoire hivernale de pêche sur la glace. La confrontation finale se jouera entre les deux hommes et le garçon, par une journée d’hiver rude et glacée.

Autour de ce pari enfantin, Shin amène une réflexion sur les traditions versus les produits de haute technologie. C’est aussi l’occasion de confronter deux générations différentes à travers une même passion et de tester leurs connaissances en bricolage afin de réussir la canne parfaite.

Comme toujours, un tome instructif, plein d’humour et qui se lit avec grand bonheur. Est-ce que j’ai déjà dit que j’adorais cette série? Je vous laisse découvrir mes autres billets sur les tomes précédents, afin de vous convaincre que ce manga vaut largement le détour!

Bonne pêche!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Quelques mots de la postface, extrait d’un livre de Michio Hoshino:

« La nature nous a toujours un peu enseigné les réussites et échecs d’une vie la plus éloignée des normes sociales. »

Ma vie dans les bois t.6: pêche hivernale, Shin Morimura, éditions Akata, 160 pages, 2018