Trouver les mots

trouver les motsElle n’a plus envie de parler. Il n’a jamais su communiquer. Ensemble, ils vont s’aider.
Le jour où Kit Lowell, l’amour secret de sa vie, s’assoit à sa table de cantine, David est bouleversé. Il comprend que c’est le moment ou jamais de démarrer une conversation. Mais quoi de plus difficile pour un garçon solitaire, qui ne comprend rien aux conventions sociales ? Kit, elle, cherchait un endroit où on la laisserait enfin tranquille, après la mort de son père. Elle est loin de se douter de ce qu’elle va trouver en posant son plateau à côté de celui de David…

David souffre du syndrome d’Asperger, un trouble du spectre de l’autisme. Kit a perdu son père dans un accident de voiture et vit un deuil très douloureux pour de nombreuses raisons que l’on découvrira au fil des pages. David a du mal à vivre en société. Il est maladroit, ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui et parle rarement. Il est toujours seul à sa table à la cafétéria (depuis 622 jours précisément), avec son casque d’écoute sur les oreilles. Dans la vie, il ne dit que la vérité. Il ne comprend pas bien le concept de mensonge. Il dit les choses comme elles sont, même si parfois c’est rude. Kit en a assez des mensonges, des secrets et que tout le monde marche sur des œufs en parlant de la mort de son père. Elle souffre tellement qu’elle n’a plus envie de parler. Ses amies l’étourdissent et elle les fuit. Elle fuit tout le monde. David est donc le compagnon de tablée tout trouvé pour elle. C’est la raison pour laquelle, un beau midi, elle vient s’asseoir à sa table. Ce petit geste aura une très grande incidence sur les deux adolescents.

Le titre Trouver les mots fait à la fois référence à la façon pour Kit d’exprimer sa douleur et à David qui doit souvent chercher ses mots pour communiquer avec les autres. C’est aussi une façon de démontrer qu’ensemble, ils n’ont pas besoin de chercher les mots pour se parler. Le silence n’est pas gênant entre eux. Le roman met en relation un duo improbable. Kit est pourtant moins superficielle qu’elle n’en a l’air et David s’avère de meilleure compagnie qu’il n’y paraît. Leur relation, qui commence par quelques dîners partagés dans une cafétéria bondée va se transformer en amitié et en quelque chose de plus fort.

« Pourquoi faut-il que j’avance dans la vie en ne voyant qu’une partie du tableau, alors que tous les autres ont une vue d’ensemble? »

Le roman est écrit en donnant en alternance la parole à chacun des deux personnages. Avec eux, nous vivons les problèmes inhérents à la vie adolescente au secondaire. L’intimidation, la difficulté d’être différent des autres, la marginalité, les problèmes des réseaux sociaux. Chacun des adolescents doit gérer ses propres problèmes. Kit par rapport à la mort de son père et à la lourde charge des sentiments qu’elle peut ressentir. Heureusement, Kit a sa mère pour comprendre son deuil, avec qui elle partage une relation intéressante. Pas toujours facile, mais les mots échangés avec elle par exemple sont souvent plein d’esprit.

« À l’enterrement, quatre personnes ont eu le culot de me dire que mon père nous avait quittés pour un monde meilleur. Comme si se faire enterrer six pieds sous terre revenait à partir en vacances aux Caraïbes. Encore plus gonflé: les collègues de mon père ont osé dire qu’il était trop bon pour la vie ici-bas. Si on prend ne serait-ce qu’une seconde pour réfléchir, cette phrase ne veut RIEN dire. Seuls les méchants ont le droit de vivre, alors? C’est pour ça que je suis encore là? »

David lui, essaie de ne pas trop se faire remarquer et de gérer au mieux sa différence dans une école où il s’ennuie à mourir et où les gens le traitent de taré et de toutes sortes d’autres insultes. David a sa sœur, Lauren, qui l’aide à mieux comprendre la vie en société. Ils ont établi une liste de « personnes de confiance » et d’autres « de qui il faut se méfier ». Ça permet à David de savoir vers qui se tourner pour ne pas trop souffrir. La relation de David avec sa sœur m’a fait penser à la série Atypical (Atypique) que j’aime bien. Il ne saisit pas toujours  bien les émotions et les choses à dire. Lauren l’aide à ne pas perdre pied, même s’il est souvent décalé par rapport aux autres.

« Soudain, je comprends qu’il est tout à fait possible, voire vraisemblable, que j’aie vécu les deux plus belles minutes vingt-neuf secondes de toute ma vie pendant que Kit, elle, pleurait. »

Le roman nous permet de suivre le parcours des deux adolescents et de mieux les comprendre. Aux côtés de Kit, c’est le difficile thème du deuil et de la culpabilité qui est abordé, alors qu’avec David, c’est la différence et l’intimidation. David est d’autant plus attachant qu’il est maladroit. À son contact, Kit sort peu à peu de sa bulle et commence à se confier à lui. Ensemble, ils essaieront de régler le « dossier accident ». Non sans heurts…

J’ai lu ce livre en très peu de temps. C’est un roman très adolescent, mais dont les personnages nous accompagnent complètement tout au long de l’histoire. J’ai aimé cette alternance des deux voix, celle de Kit et celle de David, à tour de rôle. David est sans doute le personnage auquel on s’attache le plus. Sa différence le rend particulièrement intéressant et c’est aussi ce qui plaira à Kit. C’est également cet aspect qui apporte beaucoup d’humour à l’histoire, tant les réflexions de David sonnent parfois si justes, même si elles sont socialement moins appréciées ou acceptables. Son souci du détail et la clarté dont il a besoin au quotidien pour toutes les petites choses qui semblent anodines aux autres, apportent un plus à l’histoire. Kit, elle, changera considérablement à son contact et fera face à certaines choses qu’il était plus « facile » d’enfouir pour ne pas y réfléchir.

« À quel moment a-t-on décidé que ces gens-là seraient nos amis? Et si on prenait le temps de sympathiser avec des élèves d’autres groupes genre artistes ou théâtreux, si on sortait des schémas établis et qu’on ravalait nos stupides étiquettes, quelles découvertes ferait-on? »

Trouver les mots est une histoire sensible, triste et drôle. Même si ce roman n’est pas parfait, avec certains clichés sur l’adolescence, il aborde des thèmes importants et se lit avec grand plaisir. Une bien jolie lecture!

Trouver les mots, Julie Buxbaum, éditions Pocket jeunesse, 368 pages, 2018

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Évasion

evasion1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

J’ai lu ce livre en lecture commune avec My books my wonderland et Chinouk, avec lesquelles j’ai eu de beaux échanges. Il y en aura forcément d’autres puisque je l’ai terminé avec un peu d’avance. Il est toujours agréable de voir comment trois lectrices perçoivent le même livre.

Je dois l’avouer, je m’attendais à autre chose en commençant ce livre. J’aime les romans noirs et je m’attendais à en lire un. De ce côté-là j’ai été largement (trop?) servie! Par contre, le résumé du livre me laissait penser à une traque en plein bois, dans une tempête de neige, avec pour toile de fond la présence constante et implacable de la nature en hiver. C’est cet aspect qui m’a déçue. La nature, n’est pas vraiment présente. Elle est plus anecdotique qu’essentielle. Oui, les évadés ont froid. Oui, ils se sauvent dans la neige. Sauf qu’ils tournent en rond, ne vont jamais bien loin et ceux qui les traquent mettent rapidement la main sur eux, pour les tuer ou les torturer.

Je n’ai pas détesté ce roman, j’ai souvent été happée par des parties du récit qui me poussaient à lire encore un chapitre, encore un autre. Sauf que plusieurs aspects m’ont moins plu et finalement, j’en sors un peu mitigée. J’ai aimé, mais avec certains bémols. Ma lecture a d’abord débutée un peu plus laborieusement. J’ai mis un temps fou à entrer véritablement dans le livre. Il y a tellement de personnages, qui ne sont pas très attachants, que j’avais tendance à tous les mélanger. Il m’est arrivé souvent de devoir revenir en arrière pour chercher qui était qui.

Ça prend aussi beaucoup de temps avant que l’on comprenne les motivations des uns et des autres. Je peux lire des romans très noirs sans problème, tant que les personnages me donnent l’impression d’avoir un but ou une motivation quelconque, même si elle est largement tordue. Ici, ça prend plus des trois quarts du roman avant de commencer à comprendre ce qui pousse les personnages à agir comme ils le font, à comprendre leur passé ou bien ce qui les fait réagir. Vu le niveau de violence du roman, j’aurais eu besoin de plus que ça. J’ai parfois eu l’impression que c’était un peu gratuit. Il y a des choses dans l’histoire qui me semblent floues, même en ayant tourné la dernière page. Je suis un peu déçue puisque j’attendais énormément de ce roman. J’avais lu cet été une entrevue avec l’auteur à propos de son livre qui m’avait interpellée. Mon problème a peut-être été de me faire une autre idée du livre avant de le commencer.

Ce qui a poussé l’auteur à écrire ce roman, c’est l’histoire de la prison qu’on retrouve dans le roman:

« Elle a été construite à l’époque où le Colorado est passé du statut de territoire à celui d’État. Le gouverneur territorial avait donné le choix aux gens de la ville. Une fois le nouveau statut en place, ils pourraient soit accueillir la prison d’État du Colorado, soit l’université. Les gens de la ville jugèrent qu’ils ne voyaient pas bien quand le Colorado allait pouvoir avoir besoin d’une université, mais qu’en revanche ils avaient déjà grand besoin d’une prison. »

« Les murs de six mètres de haut que les détenus avaient construits eux-mêmes avec de la pierre taillée dans la montagne juste derrière la prison. C’est comme ça que cette prison avait été construite […] En travaux forcés, avec la sueur et le sang des prisonniers. On dit que plus de cent hommes furent enterrés sous ces murs, tués à la tâche. »

Ce choix d’un prison plutôt que d’une université est à la fois incongru et un peu terrifiant. Cependant, ça colle tout à fait bien à l’atmosphère qui règne dans la ville décrite dans l’histoire et aux choix faits par la population. La violence est là, dans l’ombre et n’attend qu’un déclencheur pour bondir. Le carnage en fin de compte, n’est jamais bien loin. Les gens prêts à le mettre en marche sont à l’affût de tout ce qui leur permettra d’assouvir leurs instincts de chasseur. La traque est grisante, même si elle se termine bien souvent dans un bain de sang.

La ville décrite dans Évasion est une ville de violence, de pauvreté, tant matérielle que spirituelle. C’est une ville d’anciens combattants portant le poids des horreurs de la guerre, qui finissent tous par devenir gardiens de prison (ou prisonniers, selon leurs choix de vie), sous le joug de Jugg.

« Aucun homme n’aime qu’on lui rappelle qu’il appartient à quelqu’un d’autre. »

C’est une ville faite de femmes violentées, de citoyens drogués aux amphétamines, d’armes, de racisme, de manque de scolarité et de magouilles.

J’ai aimé plusieurs personnages, comme Dayton, la seule femme réellement forte et présente tout au long de l’histoire. Avec sa ferme et son petit commerce illégal, je trouve que ce personnage apporte beaucoup au roman. J’ai même envie de dire: « Une chance qu’elle est là! ».
J’ai bien aimé Mopar, qui incarne le personnage qui se fait justice lui-même (et qui en même temps, rend justice à d’autres), même s’il est assez sadique. Il inspire une réflexion autour du crime. Charles qu’on rencontre en fin de livre me plaît aussi, même s’il est à la fois stoïque et extrême. C’est un personnage qui aurait gagné à être développé. Il est étonnant dans sa façon de faire face à la violence et d’y participer également.
J’ai par contre détesté plusieurs des détenus, comme les gardiens de prisons ou les journalistes. Ils sont peu attachants. Jim est si particulier qu’on éprouve à la fois du dégoût pour lui et de la pitié. C’est un personnage vraiment étrange. Jugg, qui s’occupe de la prison et semble avoir main basse sur toute la ville, est vraiment un personnage horrible. Il fait faire le sale boulot par les autres et pense que le monde lui appartient. On se demande comment une ville toute entière a pu sombrer sous ses commandements.

« Ainsi était la ville. Bordel de Dieu merci, c’est tout ce qu’on y trouvait. Ça suffisait pour vous donner envie de garder votre cœur dans un pot de chambre sous votre matelas. »

Les personnages de Benjamin Whitmer m’inspirent en fait une grande pitié. Ils vivent des existences dont ils ne veulent pas, s’enlisent dans des problèmes sans solution, sont assommés par la drogue, la boisson et la violence. Ils rêvent à d’autres lieux, mais ne font que tourner en rond dans la même ville, toute leur vie, sans pouvoir la quitter et sans pouvoir s’enfuir. La seule porte de sortie envisageable est, pour la plupart d’entre eux, la mort. C’est d’une tristesse implacable et d’une froideur qui glace le sang.

« Avec une bonne arme à feu le monde est une toile vierge offerte à l’imagination. »

Un roman qui ne laisse certes pas indifférent, tant par sa noirceur, sa vision d’une vie que l’on subit, que par sa grande violence. C’est un livre à ne pas lire si vous êtes déprimé, car l’espoir y est inexistant.

« Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. »

C’est une histoire marquante et troublante, avec des personnages englués dans une vie étouffante. Un roman noir, vraiment très noir, qu’il est quand même difficile d’oublier tant certaines scènes de l’histoire sont perturbantes.

Évasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister, 406 pages, 2018

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

minuit douze histoires d'amour a noelLa neige, les fêtes, les longues soirées d’hiver… C’est le moment de tomber amoureux! Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado.

J’ai lu cette anthologie présentée par Stephanie Perkins pendant les vacances de Noël, à raison d’une histoire (parfois deux) par jour. J’ai adoré cette façon de découvrir ce livre puisqu’elle permet de mieux savourer chaque histoire. Les auteurs regroupés dans cette anthologie sont d’ailleurs des auteurs pour la jeunesse reconnus. C’est agréable de les retrouver dans une toute autre forme, celle de longues nouvelles.

Chaque histoire du recueil Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, raconte effectivement une histoire d’amour. Sauf que chacune est bien différente et ne parle pas uniquement d’amour. Plusieurs sujets importants sont abordés, comme l’amitié, la famille, les choix, la pauvreté. Certaines histoires nous plongent aussi dans une ambiance plus fantastique alors que d’autres sont plus réalistes. Elles ont cependant toutes un brin de magie, pour une lecture propice à Noël ou à la saison hivernale.

« Il y a deux sortent d’enfants. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Chaque année, il semble que le nombre de ceux qui croient diminue encore. Papa dit qu’il n’est pas facile de demander à un enfant de croire en quelque chose qu’il ne peut pas voir; il dit que c’est bien ça qui le rend magique. Il dit que si l’on possède cette magie, il faut toujours la protéger et ne jamais la laisser disparaître parce que, une fois disparue, elle ne reviendra plus jamais. »

J’ai envie de vous proposer un petit tour rapide des différentes histoires qui composent l’anthologie. Vous verrez qu’on y retrouve de très bons auteurs pour la jeunesse!

Trois, deux, un (Rainbow Rowell)
J’adore Rainbow Rowell et la retrouver ici était un vrai plaisir. Cette histoire est à l’image de ses romans habituels. Une belle histoire d’amitié/amour qui trouve son dénouement la veille du Nouvel An. C’est une belle histoire sur le changement, les traditions, le plaisir d’être bien à deux et… les allergies!

La dame et le renard (Kelly Link)
Cette histoire puise dans le fantastique et c’est son atmosphère quelque peu intemporelle qui fait tout le charme de ce texte. Une histoire d’amour à travers le temps et une veste particulière avec une broderie de renard, recousue par des doigts de fée, vont changer le cours des choses.

Des anges dans la neige (Matt de la Peña)
L’histoire d’une rencontre particulière, un soir de tempête, entre deux étudiants qui semblent n’avoir rien en commun. C’est aussi une histoire de tuyaux gelés, de bouffe, de musique et de quelques mensonges. J’ai aimé cette histoire parce qu’elle aborde la pauvreté et le fait de se sentir comme un imposteur quand on se sent un peu à part des autres ou issu d’un milieu différent.

Sapin de solstice (Stephanie Perkins)
Cette histoire me plaît particulièrement pour plusieurs raisons. Elle met en scène un garçon dont la famille est propriétaire d’une exploitation de sapin de Noël, et une fille qui rêve de travailler pour un studio d’animation et est en quête de la voix parfaite pour son projet. C’est une histoire de sapin qui sera le prétexte à leur rencontre. Une histoire sensible et touchante sur la solitude et la famille qui doit se reconstruire.

Polaris, c’est là que tu me trouveras (Jenny Han)
L’auteure du populaire roman À tous les garçons que j’ai aimés (adapté par Netflix) présente ici une histoire fantastique sur une jeune fille adoptée par le père Noël et amoureuse d’un elfe. C’est un conte original sur la magie de Noël, mais aussi sur les amours qui ne sont pas partagées, avec un soupçon de magie et d’espoir.

Ton père Noël pour une nuit (David Levithan)
L’excellent David Levithan revient ici avec une histoire de Noël amusante et touchante. Connor, en grand frère dévoué, demande à son petit ami de se déguiser en père Noël pour surprendre sa petite sœur Riley. Il accepte de jouer le jeu. Une histoire sur les blessures familiales et les nouvelles amours. On retrouve ici l’univers bien connu de l’auteur, entre le rire et les larmes.

Krampuslauf (Holly Black)
Une fête de Noël où c’est plutôt Krampus que l’on célèbre, une créature munie de cornes, présent pour punir les enfants qui ne sont pas sages. Des adolescents décident d’organiser une fête pour régler certains comptes. L’arrivée d’invités particuliers bouleverse les choses. Krampuslauf, c’est une histoire d’amour et de tromperie, de clans différents dont certains proviennent des beaux quartiers de la ville et d’autres, des coins mal famés. Le tout avec une petite touche fantastique!

Bon sang, Sophie Roth, qu’est-ce qui t’a pris? (Gayle Forman)
Sophie n’arrive pas à s’adapter dans sa nouvelle université de Trou-perdu. C’est une remarque sur Les Simpson qui lui fait rencontrer Russell avec qui elle a beaucoup d’affinités, mais qui lui fera voir certaines choses qu’elle n’envisageait pas et l’aidera à déconstruire plusieurs de ses préjugés. Une belle histoire sur les différences et sur ce qui est imparfait.

Seaux de bière et petit Jésus (Myra McEntire)
Cette nouvelle est bien intéressante à plusieurs niveaux. Elle commence alors que Vaughn a mit le feu à l’église, rien de moins. Juste à temps pour Noël et pour la représentation de la crèche vivante. Comme il veut absolument quitter cette ville pour aller à la fac, il opte pour la seule option possible offerte par le juge: faire des heures de travaux communautaires pour l’église. C’est une histoire pleine d’humour et un comparatif entre ce que l’on considère comme « bien » et « mal », doublé d’une jolie histoire d’amour.

Bienvenue à Christmas, Californie (Kiersten White)
Christmas en Californie, un bled perdu au milieu de nulle part où Maria travaille comme serveuse dans un café au thème très inspiré de Noël. Son unique but dans la vie: partir très loin de Christmas. L’arrivée d’un nouveau cuisinier va changer certaines choses dans sa vie. Cette nouvelle est intéressante parce qu’elle aborde l’héritage familial et l’incompréhension au sein d’une famille dont le dialogue fait cruellement défaut. L’histoire est bien jolie. Et donne envie de plats réconfortants sortis de nos meilleurs souvenirs.

L’étoile de Bethlehem (Ally Carter)
Lydia est à l’aéroport quand elle fait la connaissance de Hulda qui souhaite faire changer son billet. Comme c’est impossible, elle lui propose alors de changer de place, du moins pour la période des Fêtes. L’embarquement est immédiat, elles n’ont pas de temps de faire une mise au point. Lydia se retrouve donc à prendre la place de Hulda, en route pour Bethlehem, un coin perdu au milieu de nulle part en Oklahoma…
Une histoire agréable, mais un peu précipitée, qui m’a quand même plu. Elle parle de la famille et du choix de faire de sa vie ce que l’on a envie.

Le réveil du rêveur (Laini Taylor)
Je suis un peu mitigée quant à la place de cette histoire dans ce recueil. Je trouve qu’elle parle d’un monde très loin de ce à quoi nous nous attendons avec un livre festif axé sur des histoires amoureuses qui trouvent leur dénouement pendant la période de Noël. C’est une histoire qui se rapproche plus d’une ambiance à la Servante écarlate, avec un monde restrictif régit par de drôles de règles, que d’une histoire de Noël. Dans le contexte du livre, c’est celle qui m’a le moins plu.

Toutes les nouvelles abordent, malgré leur apparente légèreté, des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. C’est ce qui m’a plu dans ces histoires, qui peuvent convenir autant aux ados qu’aux adultes. Ces derniers aurons sans doute un recul différent, mais n’en auront pas moins de plaisir à les découvrir. L’humour est régulièrement présent et la petite touche de fantastique de certaines histoire amène juste ce qu’il faut de magie à ce recueil.

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël est une anthologie que j’ai adoré, si l’on excepte la dernière histoire, qui détonne un peu dans l’esprit du recueil. Elle n’est pas très festive ni très romantique, en plus de ne pas avoir réellement d’atmosphère de Noël. Autrement, je vous suggère fortement ce recueil, les onze autres histoires en valent vraiment la peine. Elles sont parfaites pour se plonger dans l’ambiance des Fêtes et présentent un contexte à la fois magique (la magie étant aussi dans de petits gestes du quotidien) et romantique. Un livre que je relirais bien Noël prochain!

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, Collectif, éditions Gallimard Jeunesse, 485 pages, 2015

Deceptive desserts: A Lady’s Guide to Baking Bad!

deceptive dessertUn court résumé en anglais: Internet star Christine McConnell bakes, decorates, sews, and styles it all . . . with a twist—now she shows you how to do it on a shoestring budget.

Je ne lis pas vraiment de livres en anglais, c’est l’un des rares que vous retrouverez sur ce blogue, mais j’ai emprunté ce titre à la bibliothèque après avoir vu la série Les curieuses créations de Christine McConnell (The Curious Creations of Christine McConnell).

Avant toute chose, voici la bande annonce:

Cette série est totalement étonnante. Je l’ai regardée cet automne, avec l’Halloween qui approchait c’était de circonstance pour se mettre dans l’ambiance. On dirait un croisement entre un cours de cuisine et les muppets, avec un brin d’humour noir. Ça a quelque chose d’étrange et d’assez addictif. Les créations culinaires de McConnell sont absolument époustouflantes, qu’elle construise un service à thé entièrement fait de chocolat ou qu’elle crée une réplique d’une planche de Ouija qui se mange! C’est le genre de série qu’on aime ou qu’on déteste, qui détonne complètement dans le paysage de la « fiction », mais qui moi, me fascine énormément.

C’est en faisant une recherche sur cette série sur le net que je suis tombée sur le livre Deceptive Desserts paru bien avant la diffusion. Il s’agit donc d’un livre de recettes de desserts, qui reprend en quelque sorte l’univers si particulier de Christine McConnell. On y retrouve des recettes en trompe-l’œil (un plat de poulet frit et légumes par exemple qui se trouve en fait être des beignes et des bretzels) ou alors des gourmandises revisitées, comme un « terror misu », une version à la McConnell d’un dessert bien connu!

Deceptive Desserts est divisé en quatre parties selon les saisons. C’est un choix qui m’a beaucoup plu. On retrouve des desserts appropriés pour chaque saison et des photographies qui passent d’un pique-nique ensoleillé d’été aux délices terrifiants de l’Halloween. L’univers de l’ouvrage plaira à ceux qui aime la série puisqu’on y retrouve sensiblement le même genre de créations. Celles présentées pour l’automne et l’hiver se rapprochent encore plus de ce que l’on retrouve dans la série. Plus macabres, plus « effrayantes ».

Ce livre contient les recettes et la marche à suivre pour créer les gâteaux et les desserts qui s’y trouvent. On est loin d’un ouvrage de diététique, le but étant de s’amuser et de tester certaines choses. Je l’ai surtout choisi pour le plaisir des yeux et parce que c’est une curiosité originale que de s’y plonger après avoir regardé la série.

Les fans devraient y trouver leur compte, c’est un complément amusant, en attendant une possible saison 2!

Deceptive desserts: A Lady’s Guide to Baking Bad!, Christine McConnell, éditions Regan Arts, 288 pages, 2016

Boréal-Express

boreal-expressIl y a longtemps, une nuit, la nuit de Noël, un train s’arrête dans la rue devant la fenêtre d’un petit garçon. Invité à y monter, celui-ci y retrouve quantité d’autres enfants vêtus de pyjamas ou de chemise de nuit. Commence alors un voyage fantastique à travers bois, sur des montagnes enneigées, jusqu’au Pôle Nord, le pays du… Père Noël ! Rêve ou réalité?

Le livre de Chris Van Allsburg, paru en anglais pour la première fois en 1985 (1986 pour l’édition française) est devenu un album classique du temps des Fêtes, surtout depuis l’adaptation cinématographique sortie en 2004.

L’histoire qui se cache derrière ce livre s’adresse autant aux petits, qui y verront une très belle histoire de Noël, qu’aux adultes qui y comprendront sans doute beaucoup mieux le message que l’auteur souhaite faire passer. Derrière un album magnifique (le film l’est tout autant), l’auteur parle de la foi et du fait de conserver son cœur d’enfant. Par le fait même, d’être ouvert à ce qui va au-delà du quotidien, de notre monde, pour être réceptif à la magie qui oeuvre autour de nous. Le parallèle avec la petite clochette est tellement bien trouvé, qu’on ressort de cette lecture terriblement touché.

Boréal-Express est une des plus belles histoires de Noël à mon avis, parce qu’elle touche à ce qui est le plus important dans cette fête: l’émerveillement. C’est ainsi que tant d’adultes, qui n’ont plus cette capacité, détestent cette période de l’année et ne sont accaparés que par l’aspect commercial de Noël. Ici, Noël devient une aventure, sans couleurs clinquantes ni extravagances. C’est un moment pour croire et rêver, pour faire entrer un peu de magie dans notre vie.

Une histoire qui, étonnamment, trouvera peut-être plus d’écho chez les adultes. Pas parce que les enfants ne l’apprécieront pas, au contraire, mais parce que le second message du livre, au-delà de la belle histoire de Noël, marquera les adultes d’une toute autre façon.

présents de noelJ’ai profité de la relecture de ce merveilleux album pour relire le chapitre de Robert Hurley dans le livre Présent(s) de Noël en littérature de jeunesse contemporaine, qui aborde la spiritualité et le traitement du mystère dans Boréal-Express. Cet ouvrage est très intéressant et le chapitre sur le livre de Chris Van Allsburg plutôt éclairant. Pour les intéressés, on retrouve ce texte au chapitre 5 de cet ouvrage paru chez Novalis. Cet essaie aborde la représentation de la fête de Noël dans la littérature jeunesse.

En ce qui concerne Boréal-Express, c’est un album que je relis presque chaque année, parce que je trouve que son message est parfait. Il incite à renouer avec le magique et à garder son cœur d’enfant. Cultiver la capacité de s’émerveiller est sans doute l’un des plus beaux cadeaux que l’on peut se faire.

Un incontournable!

Boréal-Express, Chris Van Allsburg, éditions L’école des loisirs, 30 pages, 1986