Le dernier homme

le dernier hommeUn monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’ « humains » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

En commençant ce roman, je m’attendais à lire une seule histoire alors que je découvre que Le dernier homme fait partie d’une trilogie, avec Le Temps du déluge et MaddAddam. Deux titres que je voudrais bien lire également.

Le dernier homme de Margaret Atwood nous transporte donc dans le présent et le passé de Snowman (autrefois appelé Jimmy). Une catastrophe humaine a changé le cours de l’humanité et le monde que nous avons connu. Nous sommes alors transportés dans le présent de Snowman et très souvent, dans ses souvenirs. C’est à un voyage dans le temps que nous convie l’auteure. Le passé de Jimmy est en quelque sorte notre futur à nous, les humains d’aujourd’hui. Il y a des reliques du monde que nous connaissons, dans les décombres que l’on retrouve dans le l’univers de Snowman. Dans les méandres de l’internet qu’il consulte, du temps où il s’appelait Jimmy, on retrouve un peu de notre culture et de ce que nous avons été. Les personnages de ce monde futuriste critiquent notre monde, notre mode de vie, notre façon de gérer nos relations avec les autres.

L’auteure alterne entre le passé de Jimmy et le présent. Son présent, par rapport à nous, est un monde futuriste. Cependant, on a l’impression que son univers pourrait ne pas être si éloigné du nôtre dans un proche avenir. Le monde décrit dans le roman est très détaillé et offre un regard assez noir sur ce que pourrait devenir notre futur. C’est un univers particulier, rempli de vestiges du temps passé.

Dans le passé, nous voyageons aux côtés de Snowman, de son meilleur ami Crake et de Oryx dont il est follement amoureux. Nous découvrons des compounds, des sociétés plus avancées qui évoluent à l’écart des autres. Ce monde est peuplé de créature particulières, comme les porcons et les louchiens, issus de la manipulation génétique. Le monde décrit dans Le dernier homme est très avancé du point de vue des technologies, de la science et de la génétique.

Crake, devenu adulte, façonne quant à lui ce qui sera le nouvel humain dans un présent désolé où tout est détruit et où il ne reste que des décombres et des déchets de l’ancien monde.  Il travaille beaucoup sur les créations transgéniques. Son but: créer la perfection, sans les défauts de l’humain. L’auteure offre avec ce personnage, une forme de critique et un avertissement concernant les manipulations génétiques qui peuvent s’avérer très dangereuses. En souhaitant effacer ce qui lui semble inégal et injuste, comme les hiérarchies et la jalousie, ses nouvelles créations ne sont pas forcément mieux. Le monde manque de saveur, de couleurs, d’identité.

L’histoire est un peu un constat et une critique du chemin que prend l’humanité avec les traitements génétiques et transgéniques, et l’envie de créer des êtres les plus parfaits possibles. L’auteure invoque du même coup les conséquences d’un monde futur, où l’obsession de l’homme à rechercher constamment la supériorité et la domination sur les autres espèces et sur la nature, l’amène plutôt à tout détruire autour de lui.

La pollution et l’écologie sont des thèmes qui reviennent souvent dans le livre. Certaines créations ou innovations faites par les scientifiques dans le roman le sont en cherchant à améliorer le monde que nous leur avons laissé. On ne peut s’empêcher de faire un certain parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui, surtout que dans le roman, un virus créé par l’humain est en voie de détruire l’humanité. Ici, il s’agit d’un roman naturellement, mais qui trouve certains échos à ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette histoire qui nous raconte un monde qui pourrait être probable, avec les avancées technologiques et scientifiques que nous connaissons.

Le dernier homme est ma première rencontre avec l’univers de Margaret Atwood. J’ai trouvé le roman très original, l’idée de cette vision futuriste est très intéressante et que dire de cette plume riche en vocabulaire et imagination! La traduction est également excellente et agréable à lire. J’ai par contre trouvé quelques longueurs au roman. La construction de l’histoire est assez lente. Il y a beaucoup de passages qui se déroulent dans le passé et j’avais souvent l’impression qu’il y en avait plus que dans le présent, alors que c’est à cette période que j’aurais préféré passer le plus de temps. Je la trouvais plus intéressante et plus intrigante.

Il y a donc des passages qui s’étirent en longueur et que l’on aurait pu raccourcir un peu. Le roman n’en est pas moins bon, mais il m’a manqué un peu de suspense pour rester totalement accroché à l’histoire. Peut-être est-ce parce que le livre est le début d’une trilogie? Ce que je ne savais pas en le commençant. Ma perception par rapport au dénouement et à mon envie de connaître les réponses plus rapidement aurait peut-être été différente de ce côté-là, en sachant que Le dernier homme place les bases d’une histoire beaucoup plus longue. Peut-être que cette impression sera plus ténue en lisant les autres volumes de la trilogie. Dans l’ensemble, je dirais que l’auteure réussit à pousser notre curiosité suffisamment loin pour avoir envie de découvrir la suite.

Malgré ce bémol, Le dernier homme m’a permis de passer un bon moment. J’ai trouvé le roman très intéressant, surtout parce que l’auteure réussit à créer un monde fascinant et terrifiant. Elle nous décrit un monde qui n’est pas très reluisant et qui est rempli d’incertitudes quant à ce qu’il adviendra dans le futur. C’est une lecture que j’ai aimé et qui m’a donné envie d’en savoir plus, surtout avec la façon dont l’histoire se termine. Je lirai assurément Le Temps du déluge et MaddAddam qui complètent le cycle commencé avec Le dernier homme.

Le dernier homme, Margaret Atwood, éditions 10-18, 480 pages, 2007

Il faut prendre le taureau par les contes !

Il faut prendre le taureau par les contesIl porte son village comme une attache. De naissance. Saint-Élie de Caxton l’habite, autant que l’inverse, et se transvide dans sa tête en fables et légendes. Son village est vaste malgré sa petite taille et chargé d’un monde qui dépasse l’idée que l’on s’en fait. Aussi, son histoire, depuis les débuts jusqu’à demain, s’invente sur des personnages que la rumeur nourrit d’incroyable. Sur la route des oreilles, Fred Pellerin en transmet la surréalité. Saint-Élie de Caxton est son point de départ, son point de fuite mais, surtout, son point de retour.Il faut prendre le taureau par les contes !

Ça faisait un petit moment que je n’avais pas lu un livre de Fred Pellerin. J’avais très envie de me replonger dans son univers. Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre parfait pour renouer avec le monde merveilleux de Saint-Élie de Caxton.

Il faut prendre le taureau par les contes ! c’est l’histoire de Babine, le fou du village de Saint-Élie de Caxton, condamné à mort plusieurs fois, sauvé à la toute dernière minute. C’est aussi une petite parcelle de l’histoire d’Ésiméac, l’homme fort qui n’avait pas d’ombre. L’histoire de Babine s’entrecroise avec celle d’Ésimésac, qu’on retrouve aussi dans d’autres livres de Fred Pellerin. Il fut un temps ou chaque village avait son fou et Saint-Élie de Caxton n’était pas différent des autres village.

Pour écrire ce livre, l’auteur s’inspire de Roger Lafrenière, le fou du village où il vivait et qu’il a connu alors qu’il était enfant. Il lui dédie aussi son livre. Afin de colorer quelques portions de son récit, il lui a donné le surnom de Babine. 

Dans le monde de Fred Pellerin, l’imaginaire est vaste, les jeux de mots sont très riches et très représentatifs d’un monde merveilleux qui n’est pas très loin du monde réel. Quand on entre dans ses contes, on se retrouve dans un tout autre univers. Les jeux de mots et l’humour sont omniprésents. Fred Pellerin manie les mots et la langue française de façon admirable. Il nous raconte toutes sortes d’histoires étonnantes et passionnantes inspirées par le village et ses habitants.

« Quand le visage de ce bébé-là apparut au village, ça consterna d’une commotion tant il était lette. Sa mère le traînait partout, enrobé dans des guenilles. Les gens s’approchaient pour le voir et se décevoir. Puis on avait beau chercher, parce qu’on sait que les enfants sont toujours  beaux un minimum, il restait lette partout. Habituellement, on attend d’un petit qu’il présente un minimum acceptable. Au moins un grain de beauté. Mais lui, rien. Et je ne vous parle pas d’une laideur qui déclenche le « c’est-plate-pour-lui », mais plutôt de celle qui engendre un « c’est-l’fun-pour-nous-autres ». La seule vue de sa grimace semait crises d’asthme et d’hyperventilation, pour cause de rire. Plusieurs habitants de l’actuel village ont encore traces aux poumons des crampes de leurs ancêtres. »

Il y a de la magie presque tangible dans les histoires de Fred Pellerin. L’objet-livre en lui-même est magnifique, représentatif du contenu de l’histoire qui nous est racontée. Fred Pellerin est l’un de mes auteurs préférés. C’est un artiste multidisciplinaire, sensible, merveilleux et profondément inspirant. Il incarne le passé, les histoires de notre patrimoine, une parlure bien de chez nous. C’est une richesse que d’avoir un auteur comme lui au Québec. Il offre un nouveau souffle au conte et nous permet de nous plonger dans nos histoires passées. Il y a un immense travail de recherche et d’écriture dans ses ouvrages. Il nous permet de garder vive une mémoire et une richesse culturelle qui serait autrement sans doute perdue. Les contes, c’est l’histoire d’un peuple.

« L’amour, mon Babine, c’est un frisson dans la colonne vertébrale. Tu vas voir, tu vas le sentir. Si jamais ça te pogne, ça va te branler à partir du bas du dos, ça va te faire vibrer jusque dans la tête. L’amour, Babine, c’est un chatouillage vertical à double sens. »

Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre-cd, un objet qu’on a envie de conserver tant son contenu est riche. Dans l’ouvrage, on retrouve aussi des photos en noir et blanc tirées des archives du village. Au début du livre, l’auteur présente un bel hommage à sa grand-mère, qui racontait toujours beaucoup d’histoires. Une forme de passation du plaisir de raconter, de l’aînée au jeune garçon.

Les contes de village ont tous comme point commun le village de St-Élie de Caxton, sans doute le village québécois porté le plus par les histoires et l’imaginaire. Toujours avec beaucoup d’humour et des jeux de mots qui sont un vrai plaisir à découvrir.

Quelques mots sur le CD qui accompagne l’ouvrage. Il s’agit d’une lecture de l’histoire par Fred Pellerin. Bourré d’humour, le texte est enregistré un peu sous forme de spectacle. Si vous aimez vous faire raconter des histoires, avec l’ambiance qui l’accompagne, ce livre-cd est pour vous. Fred Pellerin offre une brillante performance, très agréable à écouter. Un monde imaginaire qui s’ouvre complètement devant nous, par le pouvoir des mots.

Un immense plaisir de lecture! Fred Pellerin est un incontournable à découvrir absolument!

En complément: 

Tout le long de ma lecture, j’ai eu envie de revoir les films qui ont été tirés des contes de Fred Pellerin. J’ai donc ajouté à ma pile à visionner, Babine et Ésimésac, que nous avons regardé l’un à la suite de l’autre, pendant une fin de semaine. Toujours d’excellents films. Les contes de village de Fred Pellerin sont très imagés et se prêtent merveilleusement bien à une adaptation au grand écran.

Il faut prendre le taureau par les contes!, Fred Pellerin, éditions Planète rebelle, 136 pages, 2003

 

La politique du rire

la politique du rireVoici le bonbon électoral dont vous aviez toujours rêvé. Une collection de 150 blagues politiques à saveur québécoise et canadienne, recueillies au cours des 20 dernières années par les journalistes Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas. Les Harper, Couillard, Marois. Chrétien, Charest, Labeaume et compagnie passés à la moulinette du rire et de l’absurde. Mais ne vous y trompez pas. Les blagues ont aussi une histoire. Les plus fameuses circulent depuis très longtemps, sur plusieurs continents. Seuls les noms et les lieux changent, au gré de la fantaisie de ceux qui les racontent. Comme le conte populaire ou la chanson folklorique, la blague politique traverse les âges en recyclant une série de canevas. Pour ajouter un peu de piquant, chaque chapitre s’ouvre sur des citations authentiques de politiciens, agrémentées d’une esquisse du caricaturiste André-Philippe Côté. Après cela, le premier qui dit que la politique est une chose ennuyeuse sera privé de dessert ! 

On le sait, l’humour fait partie de notre quotidien et il a toujours fait partie du paysage politique. La politique du rire est en quelque sorte un essai sur l’histoire de la blague, de choses dites par des politiciens au Québec et au Canada qui n’ont pas toujours de sens, ou qui ont mal été formulées. Le livre relate ces histoires-là, en mettant l’accent sur le côté historique de la blague.

Par moment, l’humour et la blague trouvent leur place en politique. L’humour peut servir à cacher certaines choses pour permettre aux politiciens de faire passer leurs messages tout en cachant d’autres choses qui sont moins glorieuses à présenter sur la place publique. Le livre partage aussi des mots drôles qui ont beaucoup de sens et qui sont parfois poétiques. Ou encore des phrases très bien placées pour imager une idée ou pour étoffer le sens que le politicien souhaite donner à ses paroles.

« Les statistiques sont aux économistes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: elles sont plus utiles pour s’appuyer que pour s’éclairer.
-Jacques Parizeau, premier ministre du Québec, 1994. »

Le livre regroupe de nombreuses blagues, qui ont voyagé à travers le temps, les différentes cultures ou les différents pays. Adaptée à la société en cours, on peut alors penser que la blague entendue a commencé chez nous, mais ce n’est pas forcément le cas. Une blague pourra être modifiée au fil du temps, tout comme les noms et les lieux, pour s’adapter aux circonstances politiques d’un pays. Dans l’ouvrage, des notes de bas de page racontent d’où provient la blague, de quelle façon elle est racontée, par exemple si elle vient d’un autre pays, et de quelle façon elle a été adaptée à notre réalité.

« Un loup se rend à la boucherie. Il regarde le menu. Le lièvre poète se vend 10$ le kilo. Le lièvre musicien: 10$ le kilo. Le lièvre politicien: 500$ le kilo. Le loup interpelle le boucher.
« Franchement! Le lièvre politicien à 500$ le kilo, ça semble exagéré. »
Le boucher le regarde droit dans les yeux.
« Le lièvre politicien trop cher? On voit bien que vous n’y connaissez rien. Vous n’avez aucune idée du temps qu’il faut pour en nettoyer un! »

Le livre contient six chapitres. Les cinq premiers racontent des choses qui ont réellement été dites par un politicien et qui sont amusantes; ou alors des blagues sur les politiciens du Québec et du Canada. Le sixième et dernier chapitre offre quant à lui un panorama international des blagues de différents pays. À la fin de chaque chapitre, on retrouve une blague de type caricature, illustrée.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé les blagues, la façon de les raconter et d’en expliquer l’histoire, ainsi que l’anecdote reliée à la provenance, très agréables à lire. C’est intéressant de connaître la source des histoires et leur évolution jusqu’à ce qu’elles se rendent à nous. C’est un ouvrage qui aborde l’histoire, mais qui est aussi drôle et divertissant. Il nous offre l’occasion de sourire et les deux auteurs ont fait un beau travail de recherche.

Un ouvrage plutôt unique en son genre, qui aborde la place de la blague en politique. Instructif, mais aussi drôle et divertissant. Un livre qui mêle l’histoire, la politique et l’humour. Si ces sujets vous passionnent, ce livre devrait vous plaire!

La politique du rire, Jean-Simon Gagné et Pascale Guéricolas, Éditions du Septentrion, 150 pages, 2015

Natalia Z

Natalia ZOslo, juin 1945. Natalia accouche d’un garçon qu’elle abandonne à la naissance.
Plus de soixante années se sont écoulées lorsque Tollef met la main sur son dossier d’adoption. Il apprend alors que le destin de sa mère est intimement lié à l’état du monde pendant la Deuxième Guerre mondiale. Décontenancé par ce qu’il découvre, il décide d’entreprendre les démarches qui feront la lumière sur les événements entourant sa venue au monde. À sa grande surprise, sa mère n’habite plus en Norvège, mais au Québec, dans la petite ville de Chambly. Par l’entremise d’une amie québécoise, il parvient à établir un premier contact avec elle. Mais Natalia paraît peu disposée à lever le voile sur son passé. Ces retrouvailles inattendues ravivent chez elle de profondes blessures. Les images de l’enfer auquel elle a survécu reviennent la hanter, des souvenirs se situant à la frontière de la vérité et du mensonge.

Ce livre a été une agréable surprise. Natalia Z est un très beau roman, inspiré de faits réels.

On se retrouve rapidement happé par l’histoire de cette femme, Natalia Z, qui a dû traverser tellement d’horreurs au cours de la Seconde Guerre mondiale et dont la paix tant espérée est maintenant troublée par cette nouvelle qu’un fils non désiré qui avait été abandonné dans un orphelinat de Norvège (dans le but d’être adopté par une famille norvégienne), cherche maintenant à entrer en contact avec elle. Il souhaite connaître son histoire et ses origines, alors que Natalia Z. cherche à oublier le passé.

« Tollef avait des interrogations? Elle y avait répondu dans la mesure de ses capacités. Se contenterait-il de cela? Il le faudrait bien, car il était hors de question d’approfondir le sujet. Hier encore, elle se plaignait de la monotonie des jours qui se suivent et, pourtant, elle n’était pas prête à échanger la platitude de son quotidien contre de grands bouleversements. »

C’est un roman qui intrigue et happe le lecteur dès le début. Le roman est remplit d’émotions. L’histoire de Natalia Z, son passé sombre, les questionnements, la peur et pour son fils, l’envie absolue de tout savoir, se heurtent régulièrement à travers tout le roman. C’est donc un concentré de questions et d’émotions que l’on retrouve dans cette histoire.

D’un côté, Tollef, qui a envie de connaître son histoire, de tout déterrer du passé de sa mère pour comprendre qui il est et d’où il vient. Il souhaite ainsi pouvoir tracer une ligne plus claire pour sa descendance, mieux saisir ce qui est arrivé lors de sa venue au monde et essayer de comprendre pourquoi sa mère a dû l’abandonner. Il cherche constamment des réponses et tente de remonter le fil de son arbre généalogique pour sa propre famille.

« Il n’y avait pas l’ombre d’un doute. Il suffisait d’associer la date où il avait vu le jour, le 7 juin 1945, avec le fait qu’il avait été abandonné à l’orphelinat pour conclure que la guerre, d’une manière ou d’une autre, était responsable du drame provoqué par sa naissance, car, bien sûr, il ne pouvait s’agir que d’un drame, d’un échec, de l’envers d’une médaille qu’on aurait attribuée à des héros. »

De l’autre côté, Natalia et la peur, l’angoisse. Elle se pose énormément de questions. Elle cherche à comprendre ce que veut ce fils qu’elle n’a pas connu. Pourquoi tient-il à déterrer toutes ses souffrances et ses secrets, à rouvrir des plaies qu’elle a mit tant de temps à essayer de refermer. Elle refuse sans condition de se replonger dans cette douleur qui permettrait à son fils de mieux se comprendre lui-même.

De nombreux thèmes sont abordés dans ce roman et à travers l’intrigue. Les amateurs d’histoire, de généalogie, les gens qui s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale et tous les lecteurs qui recherchent de l’émotion pure seront bien servis. Natalia Z. est un roman qu’on peut lire facilement d’un trait, tant il est difficile de refermer le livre entre les différents chapitres. Tout comme Tollef, on veut découvrir ce qui se cache dans le passé de Natalia et mieux comprendre les personnages, dans le but de connaître le fin mot de l’histoire.

L’écriture du roman nous permet d’avoir l’impression d’habiter les personnages du livre. On se surprend à vouloir calmer un peu les ardeurs de Tollef, qui est trop insistant face à sa mère âgée. Parfois, on aimerait le pousser un peu car il se fait beaucoup trop hésitant à prendre des décisions. On a envie de secouer un peu Natalia pour qu’elle s’ouvre d’avantage à ce fils en recherche d’identité. Et que dire de Jeanne également, qui tente par tous les moyens de réunir les pièces du puzzle d’un passé déchiré.

Les échanges écrits entre le fils et sa mère, les recherches de Tollef pour savoir d’où il vient, les échanges de Jeanne qui servira d’intermédiaire entre Tollef et Natatia, permettent de démontrer les séquelles psychologiques qu’engendre la guerre. La réalité des moments durs et inhumains que ces rescapés de la Seconde Guerre mondiale on pu subir. La honte qu’ils peuvent, même encore aujourd’hui, ressentir face au passé. Ces jardins secrets que ces gens refusent d’ouvrir de peur que ce mal revienne à nouveau les hanter, eux et leur descendance.

C’est un roman psychologique très fort qui nous donne à voir les deux côtés d’un même événement et la façon dont il est vécu tant par la mère que par le fils, avec pour toile de fond la guerre, la recherche d’identité et l’histoire.

Une lecture captivante que je conseille fortement. Chantal Garand est une nouvelle auteure que je viens de découvrir et que je relirai assurément. J’adore sa façon de transmettre l’émotion et de transporter le lecteur dans l’univers de son roman.

Un livre à mettre dans votre liste d’achat pour Le 12 août, j’achète un livre québécois!

À noter que les droits en norvégien ont été cédés aux Éditions Cappelen Damm et en ukrainien à Anetta Antonenko Publishers. Natalia Z a aussi été finaliste du Prix des Nouvelles voix de la littérature 2020 du Salon du livre de Trois-Rivières.

Natalia Z, Chantal Garand, Annika Parance éditeur, 324 pages, 2018

Crow

CrowDes déserts arides du Mojave jusqu’aux Brooks Mountains dans le nord de l’Alaska, du pays des crotales au territoire des ours et des loups, une chasse à l’homme haletante et sans pitié. Traqueur ou traqué, homme ou femme, prédateur ou victime, peu importe : le système ne pardonne jamais. Surtout pas aux innocents !

Après avoir été happé et avoir dévoré le premier tome, Hunter, de cette trilogie américaine, c’est avec enthousiasme que j’ai ouvert le second tome. J’étais vraiment impatient de lire enfin la suite puisque le premier roman m’avait vraiment plu.

Crow est donc le second tome de cette histoire écrite par Roy Braverman. C’est en fait Ian Manook qui se cache derrière ce pseudonyme pour cette histoire. Ici, il plonge le lecteur en Alaska où la shérif de la région de Fairbanks, Sarah Malkovich, sera aux prises avec deux meurtres dans la région. Le premier meurtre porte la griffe de Hunter alors que le second ressemble plus au modus operandi de Crow. Ce qui laisse donc présager que les deux fugitifs, dont on avait perdu la trace, ont sans doute recommencé à tuer.

Est-ce possible? Est-ce que ces deux hommes sont réellement les auteurs de ces meurtres, même si certaines choses ont changé? Ou s’agit-il d’un imitateur? Cesser les investigations et se contenter des solides doutes qu’a la police pourrait permettre enfin de fermer le dossier de cette enquête une bonne fois pour toute. C’est tentant d’y succomber…

Avec ce roman, chasse à l’homme et poursuite policière sont au rendez-vous. L’auteur cherche aussi à transmettre une certaine leçon de vie sur la vengeance qui pousse à commettre des crimes et qui aveugle au point de faire de mauvais choix et d’aller dans la mauvaise direction.

« À l’intérieur, le désordre le panique. Les quelques meubles robustes qu’ils ont taillés à même des troncs sont renversés. La table en bois plein, fracassée. Les lourdes et épaisses étagères, arrachées. Le sol est jonché de tout ce qui était nécessaire à leur survie. Poudre, cartouches, vivres, vaisselle, livres. On s’est battu dans cette pièce. Sauvagement. »

J’aime beaucoup le cadre des romans de cette « trilogie américaine ». La nature est très présente. Certains personnages la respectent alors que d’autres, non. On y retrouve les grands espaces, les montagnes, les ours, les loups et les baleines. À travers les paysages grandioses décrits dans le texte, l’auteur tente d’apporter bien des réflexions sur des thèmes qui sont très actuels encore aujourd’hui, comme l’homosexualité mal acceptée, la place de la femme à un poste dit masculin (la place de Shérif par exemple ou sur une ligne de trappe), sur la vengeance et le droit que s’octroie celui qui la pratique à donner la vie ou la mort.

« Sarah Malkovich fixe l’homme qui l’a interpellée. Longtemps. Puis elle se résigne à descendre les quelques marches pour fendre la foule jusqu’à celui qui la provoque du regard, de ses tatouages, de sa barbe de plusieurs jours et du fusil qu’il tient en travers de la poitrine. Les autres, prudents, s’écartent quand elle se colle à lui, face à face, les yeux dans les yeux. »

Ce roman est très prenant et donne envie de poursuivre l’intrigue d’un chapitre à l’autre. L’écriture et la forme que prend l’histoire nous pousse à lire rapidement le roman. Si le premier tome était un vrai suspense d’une page à l’autre, Crow prend plus de temps avant de démarrer. Ce n’en est pas moins intéressant. Dès que la chasse à l’homme reprend le dessus, on se laisse à nouveau porter par la vitesse des dénouements et de l’histoire.

Ma rencontre avec cet auteur, qui a l’habitude d’écrire sous différents pseudonyme, a été une très bonne découverte. Les thrillers ne sont pas mon genre de prédilection et pourtant, avec la plume de Roy Braverman, j’embarque totalement. L’auteur sait mettre beaucoup d’interrogations dans son intrigue. La fin étant un vrai « coup de poing », c’est avec beaucoup de questions et une grande hâte de poursuivre l’aventure avec Freeman, le troisième tome de la trilogie, qui m’attend d’ailleurs dans ma pile à lire. Une lecture est donc prévue pour très bientôt et je viendrai naturellement vous en parler.

En attendant si vous ne connaissez pas encore Hunter et Crow, et que vous aimez les livres prenants et les thrillers, c’est le moment de faire leur découverte!

Crow, Roy Braverman, éditions Hugo, 364 pages, 2019