Anna et l’homme-hirondelle

Anna et l'homme hirondelle - photoCracovie, 1939. Que sait-on de la guerre, quand on n’a pas encore 8 ans ? Quelle langue peut dire à une petite fille que son père ne reviendra pas, sinon celle des oiseaux ? Anna erre dans les rues de la ville lorsque l’Homme-Hirondelle la prend sous son aile. Cet étrange personnage, longiligne, sombre et mystérieux, sait parler aux oiseaux, éviter les soldats, connaît le secret des routes et les dangers des hommes. Un long voyage va commencer pour eux, à travers champs et forêts, pour échapper à la guerre. Dans un monde qui a perdu la raison, seuls les fous savent les chemins qu’emprunte encore la vie…

J’ai beaucoup aimé ce roman. J’ai vécu avec les personnages pendant quelques jours et c’était une lecture vraiment intéressante. C’est un livre dont l’écriture est agréable. Le roman se développe autour de deux personnages principaux: Anna, une petite fille et l’homme-hirondelle, un homme mystérieux qui se dévoile assez peu en fin de compte.

Le livre se déroule essentiellement dans la nature. On assiste par exemple aux changements des saisons. Le côté « survie » du roman est captivant. Il y a la description des lieux, les méthodes de survie, l’homme-hirondelle a énormément de connaissances de la nature. Pendant les années où il s’enfuira avec Anna à travers différents pays, le duo traversera des frontières et devra survivre au quotidien. L’homme-hirondelle trouve toujours de quoi se nourrir. Il sait lire les pistes, il parle avec les oiseaux (d’où son surnom), il sait reconnaître les plantes comestibles, trouver les fruits. Il sait aussi comment aborder les gens en temps de guerre et faire face aux épreuves. C’est un personnage d’une très grande force. On peut voir la sagesse de l’homme-hirondelle à travers les pages, une sagesse qu’il va transmettre en partie à la jeune Anna.

 » S’il était d’humeur éducative dans les forêts, et songeur dans les collines et les plaines, monsieur Hirondelle ne se sentait jamais aussi bien que dans les terres marécageuses. »

Dans le monde d’Anna et de l’homme-hirondelle, le silence est essentiel pour survivre. Les choses se compliquent quand ils se retrouvent avec un troisième comparse, beaucoup plus exubérant…

Le livre nous donne une idée de ce que pouvait vivre au quotidien les gens qui fuyaient la guerre. Le père d’Anna parle sept langues avec aisance et il les a apprises à sa fille. Il y a de belles choses autour des langues parlées dans le livre, qu’Anna associe à différents types de personnes. Le père de la fillette étant professeur et lettré, il est réquisitionné par le gouvernement. Une façon de mettre hors d’état de « nuire » les gens du peuple ayant des connaissances qui pourraient contrecarrer les plans de la guerre.

Le côté dur et froid que la guerre pourrait apporter au roman est adoucit par la relation entre les deux personnages. Le livre est centré sur eux, du moment où ils vont se rencontrer jusqu’à la fin du livre. À travers eux, le lecteur vit l’émotion et l’attachement qui les unit et ça rend le livre plus léger, sans doute plus abordable aussi.

« Elle s’était appliquée à suivre à la lettre toutes les règles, tous les principes, tous les systèmes que Monsieur Hirondelle avait institués; mais l’organisation et la logique ne peuvent pas vous protéger de tous les dangers. »

Plus on arrive à la fin du livre, plus on a hâte de voir la fin. On s’imagine voir l’après-guerre et le dénouement de la relation entre Anna et l’homme-hirondelle. La fin cependant nous laisse sur notre appétit. Elle m’a déçu alors que c’était tellement bien comme roman. L’attente de la fin qui n’en est pas vraiment une est décevante. C’est une fin très ouverte, qui laisse le soin au lecteur de s’imaginer le dénouement, mais c’est trop vaste. La fin ne me semble pas logique, si je me fie aux propos sur la confiance et la méfiance face aux inconnus qui est véhiculée tout au long du roman.

J’ai vraiment adoré le livre et c’est d’autant plus décevant que la fin m’a semblée inexistante. J’aurais aimé une fin, peu importe qu’elle soit positive ou négative, car en temps de guerre tout peut arriver. On s’en doute. Les personnages étant tellement liés, qu’on a le sentiment que quelque chose de fort va se poursuivre, mais les dernières pages ne vont pas dans ce sens. J’aurais préféré ne pas avoir l’impression d’être laissé en plan.

Par contre, je relirais assurément cet auteur. Parce que l’écriture est maîtrisée et que c’est un roman surprenant pour un premier livre. On sent qu’il connaît bien son sujet. Il sait rendre captif son lecteur. Le problème étant vraiment la fin. Je suppose que ma déception doit être aussi celle d’autres lecteurs.

Il n’y a pas juste l’histoire qui se termine un peu dans le brouillard, mais beaucoup de choses concernant les personnages restent dans le flou. On a beaucoup de questions qui ne trouvent pas de réponse malheureusement.

Un livre malgré tout qui m’a embarqué et dont j’ai adoré l’histoire. J’aurais juste aimé que ça se termine différemment…

Anna et l’homme-hirondelle, Gavriel Savit, éditions Pocket, 224 pages, 2018

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Les Rêveries du promeneur solitaire

reveries promeneur solitaireÀ l’automne 1776, Rousseau, alors au crépuscule de sa vie, trouve refuge loin du « torrent du monde », dans une bienheureuse solitude magnifiée par la beauté de la nature. Au gré de ses promenades, le philosophe marche à la rencontre de lui-même, dans une introspection lyrique, admirablement sensible : entre souvenirs et méditations, il y embrasse le plaisir de la mémoire et de l’écriture, dans la pure conscience d’exister.

C’est à cause de la couverture du livre que j’ai eu envie d’aborder ce classique, qui reprend le tableau de Caspar David Friedrich, Le Promeneur au-dessus de la mer de brouillard. C’est une lecture qui n’est pas forcément légère. C’est dense et philosphique. Il faut prendre le temps de s’y arrêter. De manière générale j’ai apprécié ce livre, je suis content de l’avoir lu, même si je ne pense pas lire ses autres ouvrages. Il y a certaines promenades qui m’ont plus interpellé que d’autres.

Au début du livre, l’auteur est fâché contre les gens et le monde qui l’entoure. Les premières promenades sont beaucoup moins accrocheuses. L’auteur donne l’impression de se plaindre et d’être amer face aux gens. Il se sent persécuté. Puis, quand il se retrouve dans la nature, qu’il s’y plonge, ses propos sont plus allégés, plus calmes et le ton change. Ça devient vraiment de la belle lecture.

Il parle beaucoup de la botanique, des plantes et de la nature qui représente le lieu où tu peux prendre le temps de te reposer, de te laisser aller aux rêveries. Il préfère la nature aux gens. Il parle beaucoup du fait que les hommes ne sont pas foncièrement bons, qu’ils cherchent à rabaisser les autres, à mentir.

Les Rêveries, c’est un peu comme un journal de sa vie, de ses pensées. Ses pensées qui le tourmentent, qui le hantent sans cesse. Il a l’impression d’être tombé d’une autre planète. Il ne comprend pas que les gens ne voient pas les choses pour lesquelles lui, il éprouve une grande sensibilité. Il ne comprend pas comment les gens fonctionnent. Le côté religieux est très fort à son époque. Pour lui c’est une image qui cache une forme d’hypocrisie dans laquelle il ne souhaite pas être enrôlé. Il se retrouve donc plutôt seul. Il est toutefois heureux dans sa solitude, il essuie les moqueries des gens, mais pour lui, c’est une façon d’affirmer que son impression face au monde est bonne.

Écrit sous forme de journal à lui-même, nous découvrons assez rapidement dans la lecture des premiers chapitres, les raisons de sa solitude et de ses rêveries tourmentées dûes à l’incompréhension des gens autour de lui. Ces gens qui attisent la haine et s’attaquent à la sensibilité de son âme. Ce journal des rêveries d’un solitaire nous laisse entrevoir toutes les visions de l’état mental du personnage, nous apportant une piste de réponse quant à son retrait du monde.

J’adore l’idée de l’auteur d’écrire, non pas des chapitres, mais plutôt des promenades. Chaque chapitre est une nouvelle promenade qui nous téléporte vers une rêverie différente où la philosophie, racontée sous forme de journal de vie, nous mène à de nouveaux questionnements. Des raisonnement remplis de sagesse qui permettent à l’auteur de se questionner sur les individus, la société et sur sa propre personne.

 » Tout ce qui m’est extérieur m’est étranger désormais. Je n’ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni frère. Je suis sur la terre comme dans une planète étrangère, où je serais tombé de celle que j’habitais.  »

Dans son recueil, l’auteur se questionne beaucoup sur son passé, son présent et ce qu’il va devenir, ainsi que sur l’expérience acquise au cours de sa vie. Pourquoi d’ailleurs avoir toutes ces réponses vers la fin de sa vie alors qu’on en aurait eu encore plus besoin au départ? On le sent continuellement tourmenté sur la question de son existence, sur les démons qui le hantent et sur la méchanceté de l’être humain dans l’unique but de faire du mal à autrui.

Il fait beaucoup référence dans une certaine partie de son carnet au questionnement du mensonge et de la vérité. Qu’est-ce qu’un vrai mensonge? Un bon mensonge? Une vérité bonne à dire ou non? Y a t-il des mensonges qui sont « bien »? Son questionnement est entremêlé de philosophie qui nous amène à aborder son univers à la fois complexe et intéressant.

Un fait qui retient l’attention au cours de cette lecture: lors d’une de ses promenades, l’auteur fait plusieurs fois allusion à Plutarque. Il parle du fait qu’il fut la première lecture de son enfance et qu’il sera la dernière de sa vieillesse. Il est toujours intéressant de découvrir ce qui a pu donner un certain goût à la lecture à un auteur et surtout, le fait qu’en fin de vie il revient à ses premières lectures.

 » Dans le petit nombre de livres que je lis quelquefois encore, Plutarque est celui qui m’attache et me profite le plus. Ce fut la première lecture de mon enfance, ce sera la dernière de ma vieillesse. »

De toutes les habitations qu’a eu Rousseau dans sa vie, celle de l’Île St-Pierre est celle qui lui a donné le plus de bonheur. Il parle beaucoup de tout le bien que la nature lui procure et la place que la flore a dans sa vie, lui amenant des espaces de paix et des moments propices à la rêverie.

 » Je m’enfonce dans les vallons, dans les bois , pour me dérober autant qu’il est possible au souvenir des hommes et aux atteintes des méchants. Il me semble que sous les ombrages d’une forêt, je suis oublié, libre et paisible comme si je n’avais plus d’ennemis, ou que le feuillage des bois dût me garantir de leurs atteintes comme il les éloigne de mon souvenir. »

Dans ses Rêveries, Rousseau aborde de nombreux thèmes associés à la morale. Par exemple, la générosité, le fait d’offrir de bon coeur. Il en parle comme d’un grand bonheur lorsqu’on offre à l’autre avec son coeur et de ce que ça peut nous apporter. Les enfants et les animaux lui rendent bien cette appréciation tandis que l’humain (l’homme adulte) va, pour lui, se servir de cette belle sensibilité pour blesser celui qui offre un moment de bonheur.

Lors de sa dernière et courte promenade, Rousseau nous amène marcher sur le sentier qui l’a conduit vers madame Warens et les sentiments d’amour qu’il a éprouvé pour elle. Toutefois l’auteur n’aura pas eu la chance de terminer cette ultime promenade. Il est décédé d’une crise d’apoplexie, nous laissant dans une certaine confusion face à ce dernier chapitre non terminé. Il nous oblige, tout comme lui l’aurait fait, à rêvasser et imaginer une fin pour son autobiographie personnelle.

Les Rêveries du promeneur solitaire est un livre qui m’a bien plu, il aborde la philosophie et la réflexion, à travers la vie et le point de vue personnel de Rousseau. Un classique qui ne plaira pas forcément à tout le monde mais qui ira chercher les lecteurs un peu rêveurs, qui ont un penchant pour la philosophie, la nature (il en parle magnifiquement bien), même si certains passages sont un peu longs.

Les Rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau, éditions Pocket, 176 pages, 2018

Manger en pleine conscience

manger en pleine conscience« Quand nous mangeons, nous pouvons essayer de porter notre attention uniquement sur deux choses : la nourriture que nous mangeons, et les amis qui nous entourent et mangent avec nous. C’est ce qu’on appelle la pleine conscience de la nourriture. Quand nous mangeons en pleine conscience, nous sommes attentifs à tout le travail et à toute l’énergie à l’origine de la nourriture qui est devant nous. » Et si vous aussi vous appreniez à manger en pleine conscience ?

Dès le début de ce recueil, notre lecture nous amène à prendre conscience, en sagesse, de la place que prennent les aliments dans notre vie, les fruits par exemple et tout ce que peut nous offrir la terre. L’auteur nous présente les clés du pouvoir pour ainsi vivre en pleine conscience dans la joie, la paix, l’amour et la satisfaction. Il aborde de nombreux thèmes entourant l’heure du repas: la préparation, le repas en lui-même, le compostage, la vaisselle.

Lorsque vient le temps du repas, l’importance de focusser notre esprit sur le moment présent, apprécier chaque bouchée, prendre le temps de manger, prendre le temps de profiter des gens qui nous entourent dans le moment présent. Il met l’emphase sur l’importance de manger tranquilement pour notre bien-être, celui de la terre et des gens qui y vivent.

« Il suffit d’un instant pour prendre une inspiration et une expiration en pleine conscience avant de manger. Ramenez votre esprit à votre corps. Votre corps est toujours disponible pour vous. Vous pouvez cesser de porter votre attention sur votre tête et la diriger vers votre corps. « 

Manger en pleine conscience c’est être ancré dans le moment présent. C’est d’apprendre à apprécier la préparation du repas, avoir une pensée pour les gens qui ont préparé ce repas, ceux qui ont cultivé les produits que l’on mange. Quand on prend conscience de tout cela, on aborde le moment de manger avec conscience et sérénité, on est plus attentif aux choix que nous faisons, à ce que nous mangeons et aux moments passés à table. L’importance d’être pleinement présent lorsqu’on mange est primordial, pour une meilleure santé et pour des moments de qualité passés avec nos proches.

C’est un livre très intéressant et très pertinent, surtout dans le monde dans lequel nous vivons. Les gens mangent rapidement et ne prennent plus le temps de s’arrêter. Le repas est souvent le seul temps de la journée où les gens cessent un peu de courir. Ce devrait être un moment pour en profiter pleinement. Le livre de Thich Nhat Hnat a vraiment sa place dans le monde stressant dans lequel nous vivons. Il nous apprend à revoir notre façon de manger et à méditer positivement sur les bonnes choses qui nous entourent.

Ce livre est une très belle découverte, un coup de coeur pour moi. La lecture est aisée, sage et porte énormément à la réflexion. L’écriture est simple et s’adresse à tout le monde. L’accessibilité du texte est un gros point fort du livre. Je vous le suggère assurément!

Manger en pleine conscience, Thich Nhat Hanh, Éditions Pocket, 128 pages, 2018

L’Âge des ténèbres tome 2: Mage de sang

mage de sangLe Protecteur de la Paix Byrne enquête sur une série de meurtres dont les victimes ont été littéralement vidées de toute substance. Fray, expert en magie, serait d’une aide précieuse… si son père n’était pas mort des années plus tôt, justement au service des Protecteurs. Choss, ancien lutteur, devra apprendre à oeuvrer pour la paix s’il veut éviter que les bas-fonds du royaume ne se muent en rivières de sang. Katja, insaisissable espionne, doit faire appel à toutes ses compétences pour empêcher un massacre qui renverserait deux dynasties et condamnerait Perizzi à une fin irrémédiable…

Mage de sang est le second tome de la trilogie L’âge des ténèbres de Stephen Aryan. J’avais lu et chroniqué le tome 1 il y a quelques temps, tome que j’avais bien aimé, mais qui comportait des points positifs et négatifs. J’avais toujours en tête la fin prenante du premier tome lorsque j’ai débuté la lecture de celui-ci.

Mage de sang se déroule à Perrizzi un an après la guerre présentée dans le premier livre. Au départ, dans les premiers chapitres l’auteur parle vaguement de trois personnages du premier tome, Balfruss le mage de guerre, Vargus le guerrier et puis la Reine de Seveldrone. Très rapidement dans le roman, on peut voir que des complots se trament pour faire tomber la royauté. C’est en quelque sorte un acte de vengeance en lien avec le premier chapitre. Le second tome est plus axé sur l’espionnage entre groupes, dans le but de découvrir et d’empêcher les complots qui se trament dans le dos des deux reines.

En commençant ma lecture, le second livre me rappelait énormément la construction du premier livre. Stephen Aryan prend beaucoup de chapitres pour raconter ses personnages, qui ils sont, avant d’enclencher le début de son histoire. Dans ce second livre, à l’inverse du premier tome où la magie et la guerre sont très présents, la magie doit restée cachée car les gens ont peur de tout ce qui tourne autour d’elle. La magie a fait énormément de dégâts dans le passé et les gens ne veulent plus en entendre parler. Tout se joue donc en secret.

Ici, les clans ennemis sont infiltrés et l’histoire de ce second tome amène l’apparition d’un Mage de chair. Certains usent de la force, d’autres de la magie, pour réussir à parvenir à leurs fins. Un personnage qui lui, a hérité de la magie, mais n’a pas vraiment apprit à l’utiliser, jouera un rôle important. En avançant dans le roman, on réalise que l’auteur procède toujours de la même façon pour ses romans: un début très long, un milieu de roman un peu plus actif et une fin qui donne envie de lire la suite.

Dans la première partie du livre il y a de nombreux combats dans des arènes. Choss est un lutteur. Ce personnage est l’un de mes préférés. Dévoué, courageux et malgré ses blessures, il continue à foncer. J’ai aimé que ce personnage soit une sorte d’emblème de cette société où la lutte dans les arènes est un divertissement apprécié. C’est intéressant de le suivre, on le voit surtout dans la première moitié des chapitres comme lutteur, puis dans la seconde où il aura un rôle très important dans la guerre des familles. Dans les espions, ma préférée reste Katja qui est une espionne de Seveldrone.

Ce second tome comporte pratiquement que de nouveaux personnages et par le fait même, de nouveaux ennemis. J’ai plutôt aimé ce roman, mais la construction du roman est semblable au premier tome, très longue et très descriptive au début. Comme il y a de nombreux personnages dans chaque tome et que chaque livre donne sa place à de nouveaux héros, il est difficile de reprendre le roman en étant dans le feu de l’action. La mise en place prend donc toujours une grande partie de chaque livre. Du moins, c’est le cas avec le premier et le deuxième tome. J’imagine que ce sera la même chose pour le dernier de la trilogie.

J’ai lu plusieurs avis sur ce livre et les gens apprécient généralement plus le second tome que le premier. J’ai l’impression que c’est parce qu’après avoir lu le premier, on est en quelque sorte « habitué » à la façon de faire de l’auteur, qui débute toujours ses romans très longuement, en s’attardant énormément sur les personnages. J’ai l’impression qu’en lisant ce second livre, le lecteur a moins d’attentes qu’au début de la trilogie. Il sait en fait à quoi s’en tenir. Comme le premier livre, l’histoire de celui-ci devient plus active vers la fin. Le récit est plus captivant, plus prenant et le dernier tiers du livre garde beaucoup plus l’intérêt du lecteur.

Fidèle à lui-même, la fin nous apprend certaines choses surprenantes sur les personnages et nous laisse un peu en attente. Comme la finale est prenante, elle donne envie de lire la suite. Je crois que c’est à cause des fins de ses livres qu’on poursuit l’aventure. Pas que ce soit de mauvais livres, l’histoire est intéressante mais traîne toujours un peu.

Je crois que les deux points les plus forts de ce roman sont principalement l’écriture, qui est agréable à lire, et les personnages, qui sont complexes et attrayants. C’est ce qui fait de cette série sans doute les raisons pour lesquelles elle reste captivante malgré ses points faibles.

« Il se souvint de son enfance, quand il s’asseyait au fond de l’église du Créateur. À l’époque, il écoutait les sermons sans jamais regarder les fidèles ou leur parler. Les yeux baissés, il s’intéressait au bois des chaises, suivant du bout d’un doigt les veines plus claires ou plus sombres qui le faisaient penser à des fleuves, sur une fabuleuse carte au trésor. »

Jusqu’à maintenant, cette série me plaît assez bien. Cependant c’est un livre qui met du temps à se placer. Ceux qui ont l’habitude de laisser tomber une lecture qui commence lentement, ne trouveront sans doute pas ces livres à leur goût. Toutefois, comme Aryan excelle dans l’art d’écrire des fins qui nous gardent en haleine, je suis tout de même impatient de connaître le dénouement du troisième tome.

Mon avis sur le tome 1: L’Âge des ténèbres tome 1: Mage de guerre

L’âge des ténèbres t.2: Mage de sang, Stephen Aryan, éditions Milady, 566 pages, 2016.

Navires de guerre

Navire de guerreRien de mieux qu’un peu de poésie pour parler d’un recueil de poèmes!
Le livre d’Élise Turcotte est une magie poétique ou s’entrelace l’amour, la frustration, le rêve.
Un rêve, une plume qui s’envole, qui trace toutes sortes d’arcs-en-ciel, de couleurs, de fraîcheur, de noirceur et de chaleur nous rappelant que la vie est une montagne russe dans un parc d’amusement, où on peut toucher le soleil, la lune, la mer, la rosée et la magie des mots qui nous ramènent au rêve.

Dans un imaginaire insaisissable ou l’auteure surplombe un navire de guerre immobile dans une mer morte, c’est avec une mémoire fictive remplie de silence, assaisonnée d’un désir et d’une passion inventée qu’elle nous rend ainsi possible d’accéder à son imaginaire. Le désir inventé nous permet de caresser la peau de ses mots dans la mémoire des pages blanches qui s’écrivent, meurent et recommencent. Une naissance qui s’éteint puis renaît.

L’auteur présente une plume exeptionnelle qui nous pousse à lire ce livre d’une traite, sans pause, sans répit. Elle nous hypnotise du début à la fin. On entre dans la peau d’une jeune fille qui va fantasmer, rêver et qui désire des choses qui semblent réelles mais qui ne le sont pas tout à fait. Elle fait un peu la même chose face à la mort et à ce qu’elle imagine quand elle sera plus vieille. Le recueil est fait comme si chaque fois on recommençait une nouvelle page, un nouvel imaginaire, un nouveau rêve.

Le titre provient d’un rêve d’un navire de guerre abandonné au milieu de la mer. Elle s’imagine toutes sortes de scénario en rapport avec l’amour, le regret, les grandes passions, le sexe. C’est un livre magnifiquement écrit, il y a de beaux jeux de mots et un bel entrelacement des images qu’ils provoquent.

Le contexte du livre est peu marqué au début, mais on réalise rapidement que c’est l’imaginaire qui est en fait le point d’ancrage du livre. La poésie laisse percevoir toutes sortes d’illusions, d’évasion. À travers le rêve d’un navire de guerre sorti de nulle part, une jeune fille rêve d’amour et de sensualité.

Navires de guerre nous donne l’impression que les mots virevoltent. Je ne savais pas du tout ce que j’allais entamer comme livre, étant donné qu’il m’a été offert. Comme j’aime énormément la poésie, c’était un livre bien choisi, intéressant et différent. Le titre ne relate pas ce à quoi on s’attend du livre, mais ce fut une belle surprise. L’amour, la rêvasserie, la mémoire, le silence et la passion sont au coeur du recueil.

« Y aura-t-il une image?
Ou alors comment parler d’un mouvement, celui des décors apparus, disparus, celui d’une main dans la répétition, ou alors l’histoire est un cabaret dans lequel je chantais, intensément, pour que tout revienne, pour que les traces s’écaillent miroitantes. Et maintenant, une autre ville où je n’oublie pas. »

L’écriture et le texte sont bien maitrisés. C’est une poésie très imagée, ce qui rend la lecture très intéressante. Un lecteur habitué à lire de la poésie devrait apprécier les couleurs que l’auteure apporte à son histoire. C’est peut-être une poésie moins accessible pour ceux qui n’ont pas l’habitude d’en lire. Pourtant, c’est un livre qui vaut le détour.

Navires de guerre, Élise Turcotte, Les Écrits des Forges, 61 pages, 1984