Buveurs de vent

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Matthieu, qui entend penser les arbres. Puis Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

J’ai tout de suite été attiré par ce livre. Déjà, j’adore la couverture du roman, qui va tellement bien avec l’image que je me fais de cette histoire. L’auteur m’était inconnu et ça été une très belle découverte puisque j’ai eu un gros coup de cœur pour ce livre. J’ai adoré le style d’écriture et tout le mystère qui tourne autour du Gour Noir. C’est tout à fait le genre de roman qui aurait pu avoir cent ou deux cents pages de plus et ça m’aurait comblé. Être plongé dans cette histoire est un vrai plaisir. On y entre sans pouvoir lâcher le livre. 

Le roman raconte à la fois l’histoire d’une fratrie et celle d’une petite ville reculée, qui évolue à l’écart du monde. Le fondateur des lieux, Joyce, veut montrer que la ville lui appartient et que tout ce que les habitants ont, est de son fait. Les rues portent son nom, il espionne tout, dirige le shérif, décide qui épouse qui. C’est lui qui a le pouvoir de choisir les destinées de tous et chacun.

Le fait que Joyce se soit approprié la ville et décide pour tous les habitants demeure à la fois inquiétant et choquant. Une vie toute tracée, un quotidien qui fonctionne sous la peur et le poids des décisions de Joyce, qui agit comme un dictateur sur les habitants. Peu autonomes, sous l’emprise de cet homme, les habitants vivent avec la peur au quotidien. L’arrivée de certains personnages est une promesse d’avoir un peu d’espoir et de se réapproprier leurs vies.

Tout tourne autour de la centrale nucléaire que Joyce a construit. Toutefois, on suit également une fratrie et leur évolution au fil du temps. Le roman est construit pour présenter cette famille, quatre enfants pour qui la nature est essentielle et leurs parents qui sont froids et durs. L’histoire suit cette famille, ainsi que Joyce le dirigeant du village et les lieux les plus fréquentés: la centrale et le bar. Tout évolue autour de ce petit monde pour nous offrir une fresque à la fois intrigante et mystérieuse. 

« Marc lisait entre deux contrôles, guettant le moindre craquement du plancher au-dessus pour ne pas être surpris par Sokal. Malgré l’interdiction de son père, il continuait de lire aussi dans sa chambre, affinant une conception idéale du monde qui le conduirait plus tard à poser ses propres mots sur des feuilles blanches. Bien plus tard, lorsque, ayant beaucoup lu, il s’y autoriserait. »

Le texte fracassant m’a happé dès le début de ma lecture. Buveurs de vent est un livre où l’on s’attache énormément aux personnages et pas seulement aux quatre enfants qui sont en quelque sorte les personnages principaux du roman. J’ai également adoré le personnage du grand-père, qui m’est très sympathique, alors que les parents des enfants ne le sont pas du tout. Les parents choisissent une forme d’éducation pour leurs enfants qui n’est pas vraiment admirable. Ils sont glacials et violents. Les frères et la sœur quant à eux, ont une relation exceptionnelle. C’est une fratrie tissée serrée.

« Quatre ils étaient, un ils formaient, forment et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir. »

La nature est très présente dans le texte et les quatre personnages principaux sont très proches d’elle et du monde qui les entoure. La nature leur permet d’échapper à leur quotidien. Les gens dans cette histoire ne vivent pas vraiment. On décide pour eux, ce qu’ils vont être, ce qu’ils feront comme travail et leur quotidien est déjà décidé d’avance. La nature permet de s’évader et de se retrouver, l’espace d’un instant. D’être eux-mêmes. Les enfants l’expérimentent très souvent. La nature y est présentée comme un refuge pour être épargné de la folie de certains hommes. La nature comme lieu d’évasion. L’auteur offre une belle description du paysage où se déroule son histoire et de l’environnement qui entoure ses personnages. J’ai vraiment apprécié cet aspect.

« Matthieu retira ses bottes et ses chaussettes, son pantalon et son caleçon. Se tint droit, les bras le long du corps, les pieds posés sur un lit de feuilles. Désir farouche de s’enraciner, de devenir un arbre. Il sentit grouiller des vies nouvelles sous ses pieds, en pénétrer la plante, escalader ses chevilles. Sentir la sève monter dans ses jambes, comme quant on serre dans un étau une branche coupée au printemps. Il appartenait enfin à ce monde, devenu un simple filtre des puissances souterraines. »

La qualité du texte de ce roman est exceptionnelle. On sent que Franck Bouysse a construit tout un monde avec Joyce et son village. Il y a un bon dosage entre les personnages qui sont attachants et ceux qu’on déteste. L’auteur réussit à en faire un roman prenant et une histoire qui est à la fois intrigante et mystérieuse. Il crée tout un univers et des personnages plus grands que nature qu’il est impossible d’oublier. Le roman baigne dans une atmosphère mystérieuse qui se rapproche de la légende et c’est peut-être la raison pour laquelle on est rapidement entraîné dans le roman. Le village crée ses propres histoires au fil du temps. Le village en lui-même est un endroit mythique qui fait vivre ses propres légendes.

J’ai eu un très gros coup de cœur pour ce roman qui se lit vraiment bien et qui est l’une de mes très belles découvertes cette année. C’est un auteur que j’ai découvert avec un immense plaisir et je m’offrirai assurément un autre rendez-vous avec ses histoires. J’ai de la chance: il a quand même plusieurs livres à son actif!

Buveurs de vent, Franck Bouysse, éditions Albin Michel, 400 pages, 2020

Une forme claire dans le désordre

À l’occasion du vingtième anniversaire de leur résidence à la Villa Médicis, quatre amis artistes louent ensemble un appartement à Rome pour y passer un long weekend. Deux décennies durant, Adèle, Thomas, Peter et Yosr ont beaucoup vécu. Alors qu’ils arpentent les rues d’une cité dont le dessin leur semble à la fois familier et déroutant, une question résonne à chacun de leurs pas : qui sont-ils devenus?

J’ai terminé Une forme claire dans le désordre (quel beau titre!) d’Éléonore Létourneau et j’ai passé un beau moment de lecture. C’est ma première rencontre avec la plume agréable et l’écriture soignée de l’auteure. J’ai beaucoup aimé sa façon d’amener son sujet et de parler de ses personnages. 

Ce court roman nous raconte l’histoire de quatre amis artistes qui se retrouvent après vingt ans, à Rome. Ils étaient une douzaine de pensionnaires à l’époque, à créer et profiter des lieux, ils ne seront que quatre pour ces retrouvailles: Adèle, française ayant vécu au Japon et qui est écrivaine; Yosr, photographe, native de Tunisie, impliquée dans sa communauté; Peter, artiste de land art, qui tente de faire le deuil de Mia; et Thomas, musicien de Brossard, qui espérait vivre le rêve américain. Des personnages que l’on suit au fil du temps et qui se livrent, peu à peu.

« Ils étaient revenus comme on renverse le cours du temps. »

L’histoire nous raconte leur séjour à Rome alors qu’ils tentent de se retrouver eux-mêmes, de définir leur parcours et leur évolution après toutes ces années. Les retrouvailles se déroulent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, même si le temps a fait son œuvre, que les expériences se sont accumulées, parfois pour le meilleur comme pour le pire. Ce retour à Rome est l’occasion pour eux de se redéfinir, de réaliser qui ils ont été et qui ils sont maintenant. Entre les souvenirs et les réflexions sur leur vie actuelle, l’histoire brosse un portrait délicat de personnages qui ont vécu pour et par leur art.

Le roman est aussi ancré dans l’actualité. On y retrouve des réflexions sur les changements climatiques, les guerres, les injustices et les révolutions. Le texte nous fait voir les combats et les implications de chacun des personnages, dans leur vie personnelle et à travers leur art. L’écriture est vraiment agréable, les chapitres défilent vite. J’ai trouvé le livre à la fois dépaysant, puisqu’il m’amenait vraiment hors de mes habitudes de lectures, et intéressant dans son questionnement sur ce que nous choisissons de faire de nos vies, sur l’amitié et sur la création.

« Dans la vastitude des territoires inexplorés, des millions, des milliards de personnes conduisaient des vies solitaires et entrelacées, faites de continuité et de ruptures, de lutte et d’abnégation, d’effusions et de déchirements. Ce tissu d’existences tenait le monde, comme une trame, en dépit des guerres et des enjeux nationaux. On ne vivait pour rien d’autre que pour sentir ça. Cette grandeur jusque dans l’infime, ces marées intérieures berçant l’univers. »

Un roman dont la lecture m’a beaucoup plu. Une belle découverte! 

Une forme claire dans le désordre, Éléonore Létourneau, VLB éditeur, 144 pages, 2021

Croire aux fauves

«Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné.»

Ce livre m’attirait beaucoup, tant à cause de sa couverture que de son résumé. C’est un récit que j’ai vraiment apprécié, où l’auteure, une jeune anthropologue, nous raconte ce qu’elle a subi le 25 août 2015, alors qu’elle est attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka. Je n’étais pas certain en commençant ce récit qu’il s’agissait de l’histoire de l’auteure, mais après quelques recherches, il s’agit bien d’une histoire vraie et donc, d’un récit autobiographique. Croire aux fauves est l’histoire de son tragique accident alors qu’elle se retrouve face à un ours et à tout ce qui en a découlé par la suite. C’est son histoire personnelle que Nastassja Martin nous raconte.

Cette rencontre brutale a naturellement changé sa vie. Son parcours est semé d’embûches, afin déjà de guérir, physiquement, puis de se libérer de ce tragique événement et de comprendre ce qui lui est arrivé. Elle va puiser de la force et de l’aide non pas dans notre monde « moderne » et urbain, mais plutôt dans la culture d’un peuple, les Évènes, qui va l’aider à y voir plus clair.

Le récit se déroule sur une année et chacun des chapitres porte le nom d’une saison. Tout le récit est en lien direct avec la nature, ce qui m’a évidemment beaucoup plu. Le travail d’anthropologue de l’auteure la pousse à aller dans les régions éloignées. Elle a un intérêt marqué pour les peuples qui y vivent et leur culture. Ici, il est surtout question des Évènes: leurs croyances, leur façon de se nourrir, de chasser, leurs mythes, leur regard sur la vie qui est différent du nôtre. Depuis qu’elle est toute petite, l’auteure a toujours eu une attirance et une soif de connaître ces modes de vie et d’en savoir plus sur la relation unique que ces peuples entretiennent avec la nature. C’est ce qui l’amène vers le métier qu’elle pratique. 

Pour les Évènes, les rêves ont une signification et leur perception des choses est différente de la nôtre. L’ours a une présence significative dans le récit. Il est à la base de l’accident, mais il est aussi perçu différemment de notre façon moderne de voir cet incident. L’ours devient une part de l’auteure. Une part de ce qu’elle est. Sa compréhension de cet incident la poussera à trouver le moyen de se reconstruire.

« Je pense à mon histoire. À mon nom évène, matukha. Au baiser de l’ours sur mon visage, à ses dents qui se ferment sur ma face, à ma mâchoire qui craque, à mon crâne qui craque, au noir qu’il fait dans sa bouche, à sa chaleur moite et à son haleine chargée, à l’emprise de ses dents qui se relâchent, à mon ours qui brusquement inexplicablement change d’avis, ses dents ne seront pas les instruments de ma mort, il ne m’avalera pas. »

Après l’accident, elle est soignée en Russie puis elle retourne en France. Mais son parcours médical est rempli de difficultés: sa présence en Russie est considérée comme suspecte et son retour en France est difficile, avec sa blessure, mal perçue par la société. Elle a besoin de prendre du recul face au regard des autres, de tout le système médical. Elle a besoin de s’éloigner de tout cela pour revivre, pour être elle-même. Elle n’arrive pas à se sentir chez elle et elle retourne en Russie pour apprendre à vivre avec les conséquences de son accident et guérir, peu à peu. Retourner là-bas est une façon de retrouver une partie d’elle-même.

Dans le récit, le lecteur va vivre l’attaque de l’ours aux côtés de l’auteure, les hôpitaux et les chirurgies, ainsi que tous les questionnements relatifs à son état. Par la suite, l’auteure va tenter de comprendre la façon de penser des Évènes afin de guérir. Elle cherche le juste milieu, entre les croyances du monde moderne et les croyances ancestrales de ce peuple. Psychologiquement, juste avec le côté urbain et moderne d’aujourd’hui, il lui manque des réponses. Alors que ces peuples ont des connaissances qui permettent à une personne blessée ou souffrante, et ne retrouvant plus ses repères, de reprendre le cours d’une vie plus riche, d’élever son âme afin de se reconstruire.

« Maman, je dois redevenir matukha qui descend dans sa tanière pour passer l’hiver et reprendre ses forces vitales. Et puis, il y a des mystères que je n’ai pas fini de comprendre. J’ai besoin de retourner auprès de ceux qui connaissent les problèmes d’ours; qui leur parlent encore dans leurs rêves; qui savent que rien n’arrive par hasard et que les trajectoires de vie se croisent toujours pour des raisons bien précises. »

Un récit où la nature est omniprésente, un véritable parcours psychologique et spirituel, passionnant. C’est le récit d’une guérison et de l’apprentissage d’être à nouveau bien avec soi-même après une grande épreuve. C’est la recherche du juste milieu entre la part brutale de la bête et l’âme humaine. J’ai adoré ce livre. Je sais que l’auteure a écrit un autre livre avant celui-ci, qui aborde la résistance d’un peuple d’Alaska. Il me tente beaucoup.

Croire aux fauves est tout à fait le genre d’ouvrage que je relirais dans quelques années. Le côté psychologique est très intéressant car bien développé, entre les croyances ancestrales et le monde plus moderne de l’homme d’aujourd’hui. La plume est très belle. Je relirai bien cette auteure à nouveau, dont le travail d’anthropologue m’interpelle particulièrement. 

Croire aux fauves, Nastassja Martin, éditions Gallimard, 152 pages, 2019

Sur les ossements des morts

Janina Doucheyko vit seule dans vin petit hameau au cœur des Sudètes. Ingénieure à la retraite, elle se passionne pour la nature, l’astrologie et l’œuvre du poète et peintre William Blake. Un matin, elle retrouve un voisin mort dans sa cuisine, étouffé par un petit os. C’est le début d’une série de crimes mystérieux sur les lieux desquels on retrouve des traces animales. La police mène l’enquête. Les victimes avaient toutes pour point commun une passion dévorante pour la chasse

J’ai choisi ce roman car il m’intriguait beaucoup. Le résumé laisse planer quelque chose de mystérieux et d’inquiétant. J’avais très envie de découvrir ce que c’était, d’autant plus que je ne connaissais pas du tout l’auteure, Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature en 2018. 

Ce que je retiens essentiellement de cette lecture, c’est son atmosphère si particulière. Des chalets plantés sur un plateau au cœur des Sudètes, des gens qui vivent doucement, se passionnent pour des choses simples comme l’entomologie, la traduction de poésie ou les longues promenades dans la nature. Le tout baigne peu à peu dans une brume un peu mystérieuse et inquiétante, lorsqu’un premier corps, puis un second, puis encore un autre sont découverts. Au centre de l’intrigue, une vieille femme, professeure, qui s’occupe des maisons de saisonniers qui viennent habiter dans le coin quelques mois par année. C’est elle qui découvre les corps. C’est avec elle également que nous suivons le développement de l’affaire et la vie quotidienne sur ce plateau un peu à l’écart du monde. 

« La vie st une sorte de champ d’expérimentation d’une extrême exigence. Tout compte dans une vie, tout ce qu’on entreprend, aussi bien nos pensées que nos actes, non pas à cause d’un châtiment futur ou d’une récompense, mais parce qu’ils servent à construire notre monde. »

Janina Doucheyko est un personnage particulier. On l’imagine sans mal, se promener dans de longs lainages, s’occuper de son petit coin du monde, converser avec ses voisins et ses amis. C’est aussi une femme qui a des convictions et n’hésite pas à harceler les policiers pour faire connaître ses opinions. Elle sème des lettres à tout vent pour partager son point de vue et ce qui la choque. La nature lui est importante. Elle est végane, contre la chasse, détonne un peu dans son entourage, même si elle a des amis qui la soutiennent. Par moments, je comprenais son point de vue et ses idées sur la nature, ainsi que ce sentiment d’impuissance quand les autorités ne font rien face à des désastres écologiques. Par moments aussi je la trouvais aussi un peu agaçante.

Le roman rappelle le polar, de par sa construction ascendante vers le mystère, mais ce n’en est pas tout à fait un non plus, à cause de la façon dont l’intrigue se déroule. Du moins, ce n’est pas un polar au sens propre, comme on peut s’y attendre. L’histoire met en scène des sujets assez rares pour ce type de roman: le droit animal, la chasse, le véganisme. J’ai par contre trouvé le propos un peu trop tranché. Tout n’est pas que noir ou blanc, que l’on soit végane ou chasseur. L’histoire, cependant, va aussi au-delà de cela en abordant la question humaine et son rôle dans la nature. Il y a des propos intéressants dans ce roman.

L’écriture m’a beaucoup plu. Elle est à la fois poétique et intelligente. C’est un roman qui est vraiment bien écrit, la traduction est aussi très agréable à lire. J’ai lu de nombreux chapitres avec beaucoup d’intérêt, mais quelque chose m’a fait un peu décrocher au fil de ma lecture. Le personnage principal est une adepte d’astrologie, qui crée des horoscopes et consulte les cartes du ciel. Si, au début du roman, elle n’en parlait que de façon anecdotique, plus le roman avance, plus elle se lance dans de longs monologues sur l’alignement des planètes et sur les événements qui y sont rattachés et qui suivent forcément l’influence des astres. Elle tente même de partager sa passion aux autres personnages, qui n’en ont aucun intérêt. Comme moi. 

« Si la police tenait compte des remarques des astrologues, cela permettrait à de nombreuses personnes d’échapper au malheur. »

C’est dommage parce que cette caractéristique, qui n’apporte finalement pas grand chose à l’intrigue, m’a peu à peu lassée. Ça crée un flottement au centre du livre qui m’a donné l’impression de perdre un peu le fil du roman et d’avoir envie de le terminer plus rapidement, juste pour connaître la fin. C’est donc avec un sentiment partagé que j’ai refermé ce roman. J’ai aimé l’aspect intrigant et mystérieux, j’ai adoré l’écriture et l’atmosphère dans laquelle baigne le livre, mais d’autres points m’ont parfois ennuyée. Malgré tout, j’ai été contente de découvrir ce roman qui donne tout de même à réfléchir. D’autant plus qu’il s’agit de ma première incursion dans la littérature polonaise.

Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk, éditions Libretto, 288 pages, 2020

Les nuits enneigées de Castle Court

Sadie élève seule son enfant tout en soignant son cœur brisé. Cat, de son côté, est au bord du burn out car ses journées de chef-pâtissier sont trop longues. Les deux amies décident alors d’investir dans leur rêve : lancer Smart Cookies, leur propre biscuiterie artisanale dans la magnifique Castle Court, une cour abritant un espace de restauration de trois étages niché derrière les rues animées de Chester. Toutes deux découvrent bientôt que Castle Court est une vraie communauté, un petit havre de plaisir loin du stress du monde extérieur. Mais tout le monde n’apprécie pas leur arrivée : la pâtissière déjà installée n’est pas très heureuse de ce qu’elle considère comme une concurrence directe et Greg, qui dirige le bistrot chic du bout de la cour, pense que Sadie et Cat n’ont pas le talent ni le sens des affaires nécessaires pour réussir. Heureusement, le délicieux Jaren, propriétaire de la maison de gaufres néerlandaise installée en face, et Elin le propriétaire de la chocolaterie suisse, vont leur apporter leur soutien. Et si tout le reste échoue, les amis pourront toujours noyer leurs chagrins dans le bar à cocktails qui surplombe la cour ! Sadie et Cat réussiront-elles leur lancement et trouveront-elles à l’improviste un nouvel amour ?

Bien avant de lire le résumé, c’est la couverture enneigée (et dorée) du roman qui m’a attirée. J’avais lu un autre titre chez le même éditeur, Le bonheur dépend parfois d’un flocon, et je l’avais beaucoup aimé. Je trouvais le titre, Les nuits enneigées de Castle Court, plein de promesses!

« Dehors, elle vit dans le demi-jour que son jardin était couvert d’une fine couche de neige. Elle se planta devant la fenêtre de sa cuisine, les yeux rivés sur le manteau blanc. Lissy serait ravie quand elle se réveillerait: la neige conférait à toute chose un air magique, chatoyant, une fraîcheur qui suggérait de nouveaux commencements et des départs de zéro. »

Quand j’ai commencé ma lecture, je m’attendais à toute autre chose et ce roman s’est avéré une vraie belle surprise. Je croyais lire un livre de Noël très léger. C’est léger, oui, mais plus d’une façon « cocooning » qui m’a beaucoup plu. Et ce n’est pas un livre de Noël mais plutôt une histoire en différentes parties, qui se déroule sur une année. On a donc l’occasion de suivre deux amies, Cat la cuisinière et Sadie l’artiste décoratrice, qui viennent d’ouvrir leur biscuiterie. Leur histoire tourne autour des fêtes de Noël, de la Saint-Valentin, de Pâques, de l’été, de l’organisation d’un mariage et de l’Halloween. Le livre comprend quatre parties: Les nuits enneigées de Castle Court, Les petits matins froids de Castle Court, Tempête sur Castle Court, Ciel étoilé sur Castle Court, suivi d’un épilogue. C’est donc un livre parfait qu’on peut lire toute l’année, quand on en a envie, sans trop se limiter à la période de Noël. 

Si le roman reste romantique à souhait avec plusieurs intrigues amoureuses, le centre de l’histoire est vraiment lié à la biscuiterie de Sadie et Cat, située à Castle Court, un ensemble de petites ruelles commerciales qu’on imagine sans mal comme un lieu gourmand, fait de camaraderie, d’entraide et d’amitié. Les commerces qui gravitent autour de Castle Court et les appartements qui sont au-dessus, logent une quantité de personnages auxquels on s’attache beaucoup. Castle Court, c’est toute une communauté agréable à côtoyer. Adam et sa passion des abeilles. La petite Lissy qui rêve d’être un dinosaure. Andrew et Earl qui ont un resto américain et ponctuent leurs phrases de références geek. Cherie et sa pâtisserie, pour ne nommer que ceux-là. 

Ce roman est aussi un bon pavé, de plus de 500 pages, dans lequel on plonge pour passer un doux moment. L’atmosphère de ce roman est sans doute sa plus grande force. C’est d’ailleurs ce que j’ai le plus aimé de cette lecture. L’aspect réconfortant et gourmand des lieux, de la biscuiterie, des autres commerces qui mettent en avant le plaisir d’un bon repas, d’une petite douceur ou d’un bon verre. Même si Cat et Sadie doivent faire face à toutes sortes d’épreuves, dans leur vie professionnelle et leur vie personnelle, c’est un roman qui fait du bien et qui est agréable à lire pour passer un très bon moment. 

« … le premier commandement d’une entreprise, c’est le thé. Je réfléchis mieux avec une tasse à la main. »

J’ai passé un très bon moment à Castle Court, où l’on suit l’évolution de la biscuiterie, de l’ouverture des portes jusqu’à plus d’une année après. Ça m’a plu (et donné envie de biscuits et de gâteaux) et j’avais besoin d’une lecture comme ça. Ça fait du bien de temps en temps, de se plonger dans une histoire qui offre un dénouement positif, qui met en avant les petits plaisirs de la vie et qui invite au cocooning. C’est une lecture parfaite pour cette période de l’année!

J’ai vu que l’auteure a plusieurs livres à son actif, qui ne sont malheureusement pas traduits. J’espère qu’avec la publication de celui-ci, les éditeurs auront envie de traduire d’autres de ses livres. Je pense entre autre à Snowdrops at the Star and Sixpence, dont le premier tome se déroule à Noël dans un pub et qui comprend plusieurs tomes au fil des saisons. À surveiller peut-être!

Les nuits enneigées de Castle Court, Holly Hepburn, éditions Prisma, 528 pages, 2020