Une souris nommée Miika

Miika est une souris tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle aime manger du fromage et passer du temps à Lutinbourg avec son ami Nikolas (le garçon nommé Noël) qu’elle a accompagné dans le Grand Nord pour retrouver son père. Tout allait bien jusqu’à ce que Miika fasse une chute lors d’un vol sur le dos du renne Éclair. Heureusement elle est sauvée par Tite Nouch la lutine. Mais être l’objet d’un sortilège magique n’est pas sans conséquence ; Miika se retrouve en possession de pouvoirs qu’il faut apprendre à maîtriser ! Cette nouvelle donne à sa camarade souris Bridget l’idée de l’un de ces plans dangereux dont elle a le secret : aller dérober le délicieux fromage Ourga-Bourga. Le seul hic : il est fabriqué par les trolls…

Une souris nommée Miika est un roman jeunesse, abondamment illustré, dans le même univers qu’Un garçon nommé Noël du même auteur. Il peut être intéressant de lire l’histoire de Miika après avoir lu la première histoire de Noël de l’auteur, mais elle peut aussi se lire après le second ou le troisième tome, ou même, seule. L’histoire se suffit à elle-même. Toutefois, j’ai trouvé intéressant de retrouver les mêmes personnages que dans les autres tomes. Avec ce livre, Matt Haig entreprend de donner une histoire à Miika, la souris qui accompagne Nicolas dans Un garçon nommé Noël. On retrouve aussi quelques références à ce personnage dans La fille qui a sauvé Noël.

« Une impossibilité, c’est juste une possibilité que tu n’as pas encore comprise. »

Miika est une souris ordinaire, qui mène une existence tranquille. Elle est l’amie de Nicolas, qu’elle a rencontré bien avant qu’il devienne le père Noël. Elle vit à Lutinbourg maintenant, et s’est fait des amis parmi les fées et les rennes. Mais Nicolas la délaisse un peu et elle rencontre par hasard une autre souris, avec qui elle est heureuse de se lier d’amitié. Seulement, Bridget la Brave ne la considère pas comme une vraie souris. Quand Miika est victime d’un sort et a de nouveaux pouvoirs, Bridget tente de les mettre à profit pour voler le plus fabuleux des fromages… aux trolls.

« Ce qu’il y a avec le courage, c’est qu’on ne sait pas qu’il est en nous tant qu’on n’en a pas vraiment besoin. »

Ce livre jeunesse est un peu plus court que les autres livres du même univers mais je trouve très sympathique d’avoir plus de détails sur Miika et d’apprendre de quelle façon elle a rencontré Nicolas. Le livre est à l’image des autres romans: plein de créatures fantastiques, de magie et d’aventures. C’est amusant et on passe un bon moment. J’ai bien apprécié cette lecture divertissante! L’histoire offre aussi un beau message sur le fait d’être soi-même et que peu importe ce que l’on décide de faire, on ne plaira pas à tout le monde. Le tout avec des personnages amusants et un peu d’humour.

Si vous connaissez les autres livres de Matt Haig en lien avec Noël, celui-ci pourrait bien vous plaire vu qu’il est dans le même univers, avec les mêmes personnages. De mon côté, j’ai passé un beau moment!

Une souris nommée Miika, Matt Haig, éditions Hélium, 240 pages, 2021

 

Stranger Things Runaway Max

Qui est Max Mayfield? – Quand on s’est installés à Hawkins, j’étais convaincue que c’était le genre d’endroit où rien n’arrivait jamais. Et pour moi, jusqu’ici les monstres étaient des hommes, comme mon demi-frère Billy… Mais ce soir, la créature que j’essaie d’arrêter vient d’ailleurs, d’une autre dimension. Je suis bien décidée à en finir avec elle, et avec tous les autres monstres. Une bonne fois pour toutes…

J’aime toujours beaucoup découvrir les livres inspirés de la série Stranger Things et les romans officiels. J’ai donc décidé de sortir de ma pile à lire Stranger Things Runaway Max, un roman dans l’univers de la série qui met en vedette le personnage de Max Mayfield, arrivée dans la seconde saison. Au fil de la série, elle prend de plus en plus de place et elle a un rôle très important dans la quatrième saison sortie il y a peu. C’est un personnage que j’aime beaucoup, justement parce qu’elle a du caractère. C’était donc le bon moment de lire ce roman.

Alors, qu’est-ce que j’en ai finalement pensé? J’ai plutôt bien aimé cette lecture, ça se lit facilement. L’idée de me replonger dans l’univers de Max, à son arrivée à Hawkins, me plaisait bien. J’ai aimé ce que j’ai découvert sur elle, même si je trouve que ça ne va pas assez loin à mon goût. Cependant, comme c’est un roman officiel, Max est fidèle au personnage de la série et à ce qu’on peut imaginer d’elle avant Hawkins, avant les monstres et avant que Billy fasse partie de sa famille. On y retrouve aussi des clins d’œil à l’époque où se déroule Stranger Things, soit les années 80: Radio Shack, Terminator au cinéma, les bornes de jeux vidéo et les arcades.

« Les films d’horreur racontaient tous que les monstres pouvaient être vaincus… et les suites, qu’ils revenaient toujours. »

Ce livre a été une lecture sympathique mais loin d’être incontournable. Contrairement aux autres romans de la série que j’ai lu, celui-ci n’apporte pas beaucoup de nouvelles choses. Il se déroule avant et pendant la saison 2 de la série. On apprend des choses sur la vie de Max avant Hawkins, des choses sur son père, sur la dynamique familiale difficile après la séparation de ses parents et le mariage de sa mère avec Neil, qui a amené dans son sillage le violent et terrifiant Billy… On apprend des choses sur le meilleur ami de Max, Nate et sur ses autres amis avec qui elle faisait du skate avant de déménager. Dans son « ancienne vie » ses meilleurs amis étaient aussi un groupe de garçons. On découvre à quel point Neil, son beau-père, est aussi effrayant que son fils et pourquoi Max a fait quelques tentatives de fugue…

« J’avais été une vraie idiote de croire que ma famille pouvait me protéger. Je connaissais la vérité maintenant. Le monde était un endroit immense et chaotique, et j’y étais seule, toute seule. »

Autrement, la seconde partie du roman est une réécriture en accéléré des événements de la saison 2 vécus par Max et racontés de son point de vue. C’était agréable à lire, mais j’aurais aimé que ça pousse un peu plus loin dans la découverte du personnage, surtout que j’ai toujours beaucoup aimé Max. L’aspect le plus intéressant du roman est ce que l’on apprend de sa vie avant Hawkins.

Une bonne lecture donc, un plaisir pour les fans de la série, mais ce n’est pas une lecture marquante. 

Stranger Things Runaway Max, Brenna Yovanoff, éditions Hachette, 306 pages, 2019

Blackwater t.1: La Crue

Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue. Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever. Mais c’est compter sans l’apparition, aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

La crue est le premier roman de la saga en six tomes, Blackwater. J’aime le concept de type feuilleton, avec une sortie de deux livres tous les mois de mai à juillet. Je dois aussi dire que j’adore la sublime couverture de ce livre (et des suivants) remplie de détails et de dorures. J’étais vraiment curieuse de lire cette série écrite en 1982 par l’auteur de Beetlejuice, qui n’avait jamais encore été traduite.

Blackwater est le nom d’une rivière en Alabama. L’histoire commence en 1919 alors qu’une petite ville est inondée par la crue. Les Caskey sont de riches propriétaires de scierie et ils font une étrange découverte en explorant la ville en canot: une femme, Elinor, est coincée depuis des jours dans un hôtel submergé par la montée des eaux. L’événement est particulièrement troublant. Alors qu’Oscar tombe sous son charme, Bray qui l’accompagne et a toujours travaillé pour la famille Caskey, est profondément bouleversé et apeuré par cette rencontre. C’est à partir de là que l’histoire commence réellement.

Elinor est étrange et intrigante. Elle débarque un peu comme un cheveu sur la soupe dans une famille où sa présence suscite les passions. Des choses bizarres et inexplicables se produisent depuis son apparition. Elle se greffe à la famille Casey, au désespoir de la matriarche, Mary-Love, qui a l’habitude de diriger tout et tout le monde. Mais Elinor, on le découvre assez vite, est plus intelligente et beaucoup plus puissante qu’elle…

Au début du roman, après quelques scènes vraiment intrigantes, je me suis demandée où m’amenait l’auteur. Je l’avoue, je m’attendais à ce que l’auteur pousse l’histoire beaucoup plus loin. Puis, je me suis habituée au rythme d’écriture, qui rappelle certains classiques américains. Les personnages – et surtout les liens entre eux – mettent du temps à se mettre en place. Il y a un petit côté vieillot auquel j’ai dû m’adapter au début, surtout parce que je ne m’y attendais pas. Perdido est une ville poussiéreuse où les éléments fantastiques se distillent lentement. Jusqu’à ce qu’ils frappent. L’inattendu nous pend au bout du nez alors qu’on ne s’y attend pas. Quand tout semble trop calme, il faut se méfier! J’ai vraiment aimé cet aspect du roman.

« J’ai tendance à insister sur l’humour, car l’horreur paraît plus horrible encore quand on la laisse s’exprimer dans un contexte absolument banal. »

Blackwater est une saga très intrigante. Si vous aimez les histoires familiales qui débordent un peu du cadre, c’est la lecture qu’il vous faut. Elinor est inquiétante, mystérieuse et assurément, on veut mieux la connaître. Comprendre d’où elle vient et ce qu’elle veut vraiment. L’écriture de l’auteur est très visuelle, on imagine parfaitement les lieux et les personnages. Sans doute que son bagage cinématographique y est pour quelque chose. J’ai le second tome sous la main et j’ai hâte de m’y plonger pour découvrir la suite de l’histoire. Parce que mine de rien, l’auteur réussit à nous donner envie de savoir qui est vraiment Elinor… et ce qu’il adviendra de la famille Caskey.

Blackwater t.1: La Crue, Michael McDowell, éditions Alto, 248 pages, 2022

Devenir quelqu’un

À vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches. Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain… Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise. Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?

J’avais adoré La route sauvage de Willy Vlautin et j’avais très hâte de découvrir Devenir quelqu’un. Ce roman a d’ailleurs été une fabuleuse lecture. L’auteur raconte bien, ses personnages sont touchants et on s’attache énormément à ce qu’ils vivent. L’histoire vient nous chercher, encore plus vers la fin, tant le destin d’Horace est poignant. Vlautin a un talent certain pour raconter les quêtes de jeunes adultes ou d’adolescents. Le personnage d’Horace ne fait pas exception.

Horace a eu une enfance difficile. Son père est parti, sa mère l’a abandonné chez sa grand-mère avant de refaire sa vie. Les Reese, Eldon et Louise, l’ont pris sous leur aile et le considèrent comme leur fils. Horace a donc pu terminer ses études et travailler sur leur ranch. À moitié blanc et à moitié autochtone, Horace passe bien souvent pour un mexicain. Il est passionné de boxe et aimerait bien combattre et devenir professionnel. Il quitte donc le ranch, à la grande tristesse des Reese et décide de partir pour la ville, en espérant se faire un nom sur le ring.

Parallèlement à la vie que tente de mener Horace en ville, on suit également les déboires d’Eldon et Louise sur leur ranch. Ils se font vieux et n’ont pas de relève. Eldon et Horace ont un point en commun: il cherchent tous les deux un sens à ce qu’ils font, à différents stades de leur vie. L’auteur parle de la solitude des grandes villes, de la vie à la campagne, de la difficulté pour Eldon d’avoir de l’aide et une succession qui prendra en charge la ferme. Il aborde également l’attachement que peut lier deux inconnus. Eldon est un peu le grand-père de substitution d’Horace et agit comme un père avec lui. Il le considère d’ailleurs comme le fils qu’il n’a jamais eu.

« Mr Reese lui avait expliqué que la vie, en elle-même, est un fardeau bien cruel car nous savons tous que nous venons au monde pour mourir. »

Ce roman est magnifique. J’aime énormément la plume de Vlautin et sa manière de raconter ses histoires. Ses personnages sont touchants et attachants. La relation entre Eldon et Horace est vraiment très belle. Horace idéalise ce qu’il veut devenir et fait l’expérience d’un monde très dur, sans doute bien loin de celui qu’il est en réalité, loin de ses valeurs. C’est une grande quête pour Horace dont la vie a toujours été difficile. En quittant le ranch, il part à la recherche de lui-même, tente de comprendre ses racines, sa place dans le monde et fait la dure expérience des combats de boxe. Il doit travailler sur le ring autant que dans sa vie personnelle pour mieux trouver un sens à ce qu’il fait et aux choix qui se présentent à lui.

J’aime la boxe. J’ai vraiment aimé ces passages qui parlent de ce qu’Horace tente de faire sur le ring. J’ai aussi beaucoup apprécié tout ce qui parle du ranch: le travail de berger et les chevaux. J’ai adoré Horace, ce personnage qui ne peut que nous toucher. Eldon est aussi une figure paternelle intéressante. Lui et Horace sont proches, et on sent une très grande affection entre les deux. Mais chacun doit vivre sa vie, Eldon l’a fait à un plus jeune âge et, même s’il n’en a pas envie, il laisse partir Horace qui tente de se trouver.

« C’est à toi de choisir. Être soi-même demande d’avoir du cran. »

Devenir quelqu’un est un très bon roman! J’ai passé un excellent moment avec ce livre, je n’ai pas vu le temps passer. Je dois vraiment lire les premiers livres de Willy Vlautin que je n’ai pas encore lus: Motel life, Plein nord et Ballade pour Leroy.

Un auteur à découvrir, assurément!

Devenir quelqu’un, Willy Vlautin, éditions Albin Michel, 304 pages, 2021

Requiem

Jónas entend de la musique en toute chose. Le sifflement de la bouilloire devient pour lui une sérénade, le ronronnement du congélateur une symphonie. Il note tout au fur et à mesure dans son fidèle carnet moleskine. Fuyant sa vie de publicitaire et l’impasse de son couple, il quitte Reykjavík pour un village de l’est de l’Islande afin d’y composer une œuvre décisive, une Marche funèbre (pour débutants) dictée par le crépitement d’un feu, ou peut-être une Étude pour violoncelle, scie et marteau. Mais une fois là-bas, il égare le précieux carnet contenant ses partitions et tous ses repères lui échappent. Plus que jamais, il va devoir être à l’écoute des mélodies qui l’entourent.

J’aime vraiment beaucoup Gyrðir Elíasson. Chaque livre est un moment parfait de lecture. J’adore cet auteur qui parle beaucoup des petites choses du quotidien et de l’art sous toutes ses formes. Au bord de la Sandá reste mon préféré jusqu’à maintenant. Il aborde principalement la peinture. La fenêtre au sud était superbe aussi et parle de l’écriture. Avec Requiem, c’est la musique qui est au centre du roman. Ces trois livres forment un triptyque. On sent la continuité entre ces textes. Alors que son autre roman, Les excursions de l’écureuil, est vraiment dans un registre à part. Une sorte d’ovni littéraire.

Dans Requiem, on suit le personnage de Jónas qui quitte la ville et son appartement qu’il partage avec sa conjointe, pour le chalet de l’oncle de cette dernière. Il a besoin de prendre du temps pour lui et écrire. Jónas compose de la musique qu’il ne joue pas lui-même et que personne ne voit ni n’entend jamais. Il garde ça pour lui. Il se qualifie de « compositeur de tiroir ». C’est le quotidien qui l’inspire. Il écrit une Sérénade pour piano et bouilloire et aussi une Étude pour violoncelle, scie et marteau. Quand l’inspiration s’absente, il s’occupe de la maison et va faire quelques emplettes au magasin du village. Son quotidien est fait de ces toutes petites choses, où vibre néanmoins presque continuellement des notes de musique.

« Dès mon réveil, le matin, ces fragments musicaux me parviennent de temps à autre au fil de la journée, et je fais de mon mieux pour les attraper et les consigner dans le carnet que je porte toujours sur moi. »

C’est le genre de livre où l’on pourrait dire qu’il ne se passe rien. Ça semble être un reproche, dit de cette façon, mais ce n’en est pas un. Les petites choses banales deviennent bien souvent pour moi, et pour la lectrice que je suis, tout ce qui fait la saveur de la vie. Ici, la musique qui se crée continuellement dans la tête du personnage enchante le texte où s’écoule les journées et les petits détails quotidiens. L’auteur a une plume délicate, contemplative. Ça me plaît vraiment beaucoup. Dans ses livres, le temps s’écoule lentement, doucement. Quelque part entre la poésie et la mélancolie. C’est toujours un plaisir de le lire. J’attends chaque fois la sortie d’un nouveau livre. C’est alors, pour moi, un événement. 

Dans ses derniers livres, les mêmes thèmes reviennent sans cesse, ce que j’aime particulièrement. Il excelle dans la description de ce qui est contemplatif et de l’art qui fait vibrer nos journées, peu importe la forme qu’il prend. L’art, la nature, la fuite, l’isolement, la solitude. Des gens qui s’installent quelque part, à l’écart du monde, pour lire, écrire, peindre. Ça a quelque chose de réconfortant et de reposant.

« Ne dit-on pas que lorsque quelqu’un ne veut pas être ailleurs que là où il est, on peut le qualifier d’heureux? »

Un auteur assurément à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

Requiem, Gyrðir Elíasson, Éditions La Peuplade, 184 pages, 2022