Poussière Fantôme

Poussière fantômeÊtre guide touristique spécialisé dans les mystères du Montréal hanté n’est pas facile tous les jours, malgré les pourboires et les touristes à berner. Mais ça l’est encore moins quand on peut réellement converser avec les fantômes, trop contents de trouver quelqu’un à qui parler ! Depuis qu’Archibald a fait la rencontre d’Elizabeth McKenzie, jeune scientifique décédée dans des circonstances étranges en 1917, sa vie a basculé. Déterminé à aider Elizabeth à lever le voile sur sa mort, Archie va devoir compter sur des amis parfois surprenants et apprendre à percer les secrets de la poussière fantôme, alors que les revenants, goules et autres spectres de la ville se montrent de plus en plus menaçants… Et tout ça si possible sans trop se fatiguer !

Poussière Fantôme se déroule en deux parties. La première nous amène en 1917, alors qu’Elizabeth, une scientifique très brillante, est sur le point de démontrer la preuve de ses recherches. Elle travaille sur quelque chose qui s’appelle « la poussière » et sur un étrange portail nommé « le seuil ». Ses recherches sont souvent raillées, mais elle tient bon et souhaite être reconnue pour son travail. Toutefois, lors de l’expérimentation, les choses se passent vraiment très mal pour elle et son amoureux…

La seconde partie se déroule en 2017. Archibald est guide touristique spécialisé dans les visites du Montréal hanté. Il a un don très spécial, ce qui l’amène à faire la « rencontre » du fantôme d’Elizabeth. Elle s’adresse à lui, inquiète, avec l’étrange sensation d’être surveillée. Archibald est un bon gars et il met à profit ses talents pour aider les autres. Ensemble ils vont donc tenter d’éclaircir le mystère de sa mort, survenue cent ans plus tôt..

L’atmosphère de ce roman est vraiment très chouette. C’est un livre parfait pour l’Halloween d’ailleurs, l’essentiel de l’histoire s’y déroule. Entre les parcours hantés dans la ville, la librairie Chez Isidore, le roi de l’occulte, l’Ordre des Guetteurs et le Festival Cuivre et Crinoline, le lecteur est rapidement plongé dans un univers bien particulier.

On peut regretter que certaines scènes ne soient pas plus élaborées ou qu’il y ait un peu de confusion à deux ou trois moments dans l’histoire, vu qu’il se passe énormément de choses et que l’action est continue. Par moments, j’ai eu un peu l’impression de décrocher, même si j’ai vraiment apprécié l’originalité de l’histoire. Mon bémol tient surtout au placement de quelques expressions québécoises ici et là (comme pitoune, chnoute, tabernacle (!), baboune) qui m’ont laissée un peu perplexe dans leur façon d’être employées. J’ai surtout eu l’impression qu’elles étaient placées là pour « faire plus vrai » vu que l’histoire se déroule à Montréal.

Autrement, Poussière Fantôme est un roman fantastique qui se lit très bien. Il y a par moments des scènes assez cocasses et un peu d’humour. Les personnages sont assez attachants et l’histoire a quelque chose d’Halloweenesque ce que j’ai apprécié. Derrière toute cette histoire se cache aussi beaucoup de mystère ainsi qu’une très vieille légende.

J’ai plutôt bien aimé ce livre, malgré certains bémols. Le langage m’a  un peu agacée. Pour moi, le plaisir de cette lecture tient surtout au personnages d’Archibald et à l’originalité de l’histoire et de son contexte. L’atmosphère y est pour beaucoup. Et surtout… il y a des fantômes à profusion!

Poussière Fantôme, Emmanuel Chastellière, éditions Scrineo, 336 pages, 2018

Blackwood

Vénéneux. Après y avoir vécu un drame quand il était enfant, Colburn est de retour à Red Bluff, Mississippi. Il y trouve une ville qui se meurt en silence. Lorsque deux enfants disparaissent, les tensions alors sous-jacentes éclatent au grand jour, et la vallée s’embrase. La prose lyrique de Michael Farris Smith est à l’image du kudzu, cette plante invasive qui s’accroche à tout ce qui se trouve sur son chemin et étouffe lentement Red Bluff : plus le lecteur avance dans le livre, plus il se sent enlacé, retenu, pris au piège. Jusqu’à un final sidérant.

J’avais lu il y a quelques temps, le roman Nulle part sur la terre du même auteur, un roman noir que j’avais beaucoup aimé. C’est donc avec beaucoup d’attentes que j’ai commencé Blackwood, un roman très particulier, avec une atmosphère oppressante. Un roman étonnant par sa forme et par cette impression désagréable qu’il réussit à instiller chez le lecteur.

« Avec le temps l’ouverture de la grotte avait été recouverte comme tout le reste. Le kudzu méthodique. Se répandant sur la terre avec une patience folle et ça avait pris un siècle, mais les collines ondoyantes étaient désormais envahies. Sur le flanc de l’une d’elles une vieille maison avec une cheminée se dressait sous sa couverture verte. Les vignes pendaient des promontoires comme des cordes. De petits fourrés d’arbres avaient été conquis des décennies plus tôt, les vignes atteignant les points les plus élevés et s’étirant jusqu’aux branches les plus éloignées, s’entrelaçant et formant des voûtes affaissées. Des arbres estropiés et des amas de broussailles dessinaient des monticules et des bosses à travers la vallée et sous cette vaste toile de vert se trouvait la sombre forêt où les créatures rampaient et où le soleil filtrait péniblement par les minuscules espaces entre les feuilles. »

L’histoire est vraiment à l’image de la couverture: une plante invasive qui s’accroche à tout et fait sombrer avec elle ce qui se trouve sur son passage. Elle agrippe tout, doucement, s’enroule sans qu’on se rende compte. L’histoire de Blackwood est construite de cette façon. On sent que quelque chose de malsain va se produire. Le roman baigne dans une forme de noirceur, de par ce que vivent ses personnages. Peu à peu, on sent qu’on se rapproche du précipice et que, tôt ou tard, on finira par tomber dedans. 

Le roman s’ouvre sur une scène de 1956, un grand drame qui a perturbé bien des vies et qui continue d’agir comme un poison lent. Le reste du roman se déroule vingt ans plus tard, en 1976. L’histoire suit plusieurs personnages qui vivent à Red Bluff ou qui finissent par s’y échouer. Colburn tout d’abord qui a vécu un grand traumatisme enfant et qui revient y vivre. Il profite d’une occasion pour louer gratuitement un local dans la ville désertée pour travailler son art, la sculpture industrielle. Sauf que tout le monde murmure sur son passage. Il est celui qui vivait dans la maison des fous… Il y a aussi une famille tombée en panne sur la route, un homme, une femme, un enfant. Qui ne repartent plus. On sent que quelque chose ne tourne pas rond chez eux. Ils vagabondent. Cachent des choses. Fouinent dans les poubelles. Restent sur leurs gardes. Il y a également Celia, qui travaille au bar, dont la mère était voyante. Une gardienne des secrets. Celia qui apprécie la compagnie de Colburn et qui est un peu le pivot central de la ville. Tout le monde se retrouve dans son bar. Il y a aussi Dixon, amoureux de Celia, jaloux de tout homme qui s’approche d’elle et qui n’avance pas dans sa vie personnelle, prisonnier de ses regrets du passé. Et finalement Myer, policier, qui fait de son mieux mais qui n’arrive pas à faire la paix avec sa culpabilité. Il était là en 1956 quand le drame s’est produit dans la vie de Colburn. Il ne s’en est jamais vraiment remit.

Puis, un beau jour, un autre drame survient: deux enfants disparaissent. Au fil des chapitres on cherche à comprendre cette petite ville étrange où l’on ne réussit à s’extirper qu’avec beaucoup de mal. Quand on réussit à en sortir. Cette ville donne une impression de langueur et de lassitude, de secrets bien enfouis, de mensonges, de noirceur qui se terre dans le cœur des hommes jusqu’au jour où elle explose et entraîne tout sur son passage. Blackwood est un roman inquiétant qui semble un peu long au départ, mais qui progresse peu à peu vers une sorte d’obscurité dont on a peur d’en connaître les rouages. Un roman où les images (la grotte, la maison abandonnée, la plante grimpante) prennent une grande place dans l’imaginaire du lecteur.

Comme dans Nulle part sur la terre, l’écriture est spéciale. Les phrase sont courtes, il n’y a pas toujours de ponctuation et le ton est original. Je crois que l’on est sensible à cette forme d’écriture ou on ne l’est pas. Même si ça prend un peu d’adaptation, j’aime beaucoup pour ma part puisque je trouve que ça rend plus tangible l’atmosphère dans laquelle l’auteur nous plonge. 

Ce roman est vraiment particulier. Je me suis demandée au début de ma lecture où l’auteur nous amenait. Je me suis aussi demandée si j’avais aimé ce roman. La réponse est difficile tant il met mal à l’aise. Rapidement, l’atmosphère prend le dessus sur l’intrigue. C’est étouffant, terrifiant aussi. Je m’imagine l’image d’une plante grimpante qui s’attache à tout, vous encercle jusqu’à l’étouffement. Ce roman c’est un peu cela. En repensant à l’histoire, je ressens toujours cette sensation d’oppression. Il faut être un écrivain très habile pour rendre cette impression aussi forte.

Une expérience de lecture très particulière…

Blackwood, Michael Farris Smith, éditions Sonatine, 288 pages, 2021

Ce cœur qui haïssait la guerre

Au lendemain de la Grande Guerre, Anton découvre un domaine inexploré : la conquête de l’espace. Jeune ingénieur allemand, il rêve plus d’étoiles que de pouvoir et de politique. Une opportune neutralité qui lui permet de ne pas prendre position entre pro et antinazis. Mais que vaut la neutralité lorsque l’on travaille sur une fusée financée par l’Armée et qu’elle devient une arme dévastatrice ? Ce sont deux femmes également aimées qui rappellent à ce cœur rebelle que si l’homme n’est pas fait pour la guerre, il l’est encore moins pour la servitude, et l’amènent à passer de la résistance passive à la trahison de son pays.

Ce cœur qui haïssait la guerre est un livre qui était dans ma pile à lire depuis longtemps. Je voulais donc le lire, mais je ne me sentais pas totalement dans l’ambiance de ce roman. Pourtant le sujet m’intéresse beaucoup, mais comme j’ai lu plusieurs livres autour de la Seconde Guerre mondiale, j’étais un peu ambigu face à sa lecture. De plus, il s’agit d’un pavé de plus de 700 pages. Mais j’ai décidé de me lancer et je dois dire que le livre est venu rapidement à bout de mes quelques réticences. Ce fut une très bonne lecture.

Le roman est très bien écrit et bien documenté. Il raconte l’histoire d’Anton qui rêve d’aller sur la lune. On retrouve quelques allusion à Jules Verne d’ailleurs car il aimerait réaliser le rêve de l’auteur. Anton est ingénieur. Avant la guerre il travaillait sur des projets de fusées pour être le premier homme à aller sur la lune. La guerre vient contrecarrer ses plans et ses idées. Il n’adhère pas à la guerre. On fait aussi la connaissance d’Hanne une amie d’enfance d’Anton pour qu’il il a encore des sentiments. Elle est contre la guerre, contre la discrimination ou l’injustice. Elle a une certaine influence sur Anton et sur ce qui guide parfois ses choix. Et il y a Adriane, une femme de qui Anton tombe follement amoureux. Une artiste qui a été censurée par les politiques d’Hitler. Elle est rapidement perçue comme une menace. Elle prendra la fuite pour sa propre survie. En parallèle, il y a aussi une histoire d’amour et une histoire humaine, dont on veut connaître le dénouement. 

Dans le roman, tout ce qu’Anton vivra, de difficile, de dur, alors qu’il ne veut pas devenir membre du parti d’Hitler, lui apportera des problèmes. Ses idées et ses propos dérangent. L’atmosphère devient rapidement pénible, puisqu’on ne peut se fier à personne, Anton est perçu comme une menace. Une ambiance de suspicion et de méfiance règne autour de lui.

« La peur était partout. Chez les Juifs, les étrangers, les homosexuels, les ouvriers, les grands patrons, les juges, les professeurs d’université et tous ceux qui prononçaient encore le mot de liberté. Mais c’était chez les hommes qui détenaient le pouvoir qu’elle était la plus sournoise. Ils avaient peur, eux aussi, de ce qui leur était inconnu, de ce qui remettait en question leur croyance en la suprématie de la race allemande. »

À cause de ses idées et de son manque d’adhésion aux politiques en place, il est envoyé à la guerre puisqu’il est dérangeant. Il vivra donc toutes les atrocités d’un conflit qu’il n’endosse pas. C’est son amour pour son amie Hanne et pour Adriane, qui l’aidera à résister aux atrocités de la guerre pour revoir ces femmes qui ont une grande place dans sa vie. On ressent beaucoup cette force de caractère chez le personnage, afin qu’il réussisse à traverser les moments difficiles, la torture qu’il devra subir et sa position d’espion pendant la guerre.

« Pour étoffer leurs sous-vêtements d’été, certains avaient glissé des pages de journal ou des vieux sacs sous leur chemise. D’autres avaient reçu des manteaux en fausse fourrures confisqués dans le ghetto de Varsovie, mais les longs poils s’étaient imprégnés d’eau et avaient gelé, transformant les soldats en épouvantails incapable de replier les bras. »

Envoyé en Russie, il y dirige une petite armée. L’auteur raconte son travail là-bas et décrit en détail les difficultés du climat, la dureté du quotidien, du froid, qui devient un combat perpétuel contre la mort. Les hommes doivent affronter le manque de nourriture et les engelures. C’est la survie qui devient le but premier: tuer pour récupérer des habits chauds, pour manger, pour éviter de mourir gelé. Le côté humain d’Anton persiste malgré les horreurs de la guerre. C’est en quelque sorte ce qui sera aussi son salut.

Ce qui rend l’histoire intéressante, malgré le sujet difficile, c’est ce qui se passe entre Adriane et Anton qui est au cœur de la survie. La mort est omniprésente. La guerre est un état quotidien. L’attachement qu’ils ont l’un pour l’autre leur permet de tenir et d’espérer survivre. Ils apportent aussi une certaine lueur d’espoir et un peu de lumière au texte dont le sujet n’est certes pas facile.

« Le train était déjà à quai. Au moment de monter elle se tourna vers Anton, le regard égaré, dans l’attente confuse d’un incident, d’une parole qui retarderait son départ. Elle s’arrêta sur la dernière marche et serra Anton dans ses bras. Elle lui caressait les cheveux avec une tendresse mêlée d’étonnement. Jamais un homme n’avait eu une telle expression d’amour pour elle, jamais Anton n’avait eu jusqu’à ce soir cette lueur de désespoir dans le regard. »

Pour avoir lu plusieurs livres sur la Seconde Guerre mondiale, j’ai trouvé celui-ci différent. Ce qui est très appréciable avec ce roman, c’est qu’on voit l’envers de la médaille: un allemand, ingénieur, scientifique, prit dans la tourmente de la guerre et dans l’emprise d’Hitler. On voit le travail de ceux qui, en arrière-plan, ont tenté de résister et de changer les choses. Ceux qui n’étaient pas d’accord avec ce qui se déroulait chez eux. Ces tentatives pour mettre fin à la guerre, pour faire cesser toutes les atrocités. 

Le roman nous offre des moments très touchants, un texte bien écrit et inspiré de vrais personnages de l’époque. C’est à une immersion en pleine guerre que nous convie l’auteur. L’épilogue donne un aperçu de ce que sont devenus les personnages qui ont tellement existés, lorsque la guerre a finalement prit fin. Le texte est truffé de termes en allemands et pour en faciliter la lecture, on retrouve également un glossaire explicatif en fin de volume.

Ce cœur qui haïssait la guerre est une lecture que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, qui a finalement été une belle surprise. Si les histoires autour de la guerre vous intéressent, le point de vue ici est intéressant, puisqu’il donne la parole à un personnage allemand, scientifique, qui est contre la guerre. On apprend également beaucoup de choses sur le fonctionnement entre les différents pays pendant les conflits et les rouages de ce qui se cachait derrière les décisions et la prise de pouvoir.

Un roman historique qui se lit très bien et qui nous montre une autre facette de cette guerre qui en est aussi une de pouvoir. Il nous aide à mieux saisir la hiérarchie qui se cachait derrière cette guerre et tout ce qui pouvait diviser le peuple allemand.

Ce cœur qui haïssait la guerre, Michel Heurtault, éditions Albin Michel, 736 pages, 2018

Marie-Lumière

Née de mère mohawk, la Dre Marie-Jeanne Richard est exaspérée. Après trente ans de thérapie et d’antidépresseurs, elle ne se sent toujours pas libérée de sa honte d’elle- même, ni du traumatisme de ses seize ans. Son mari, Louis, et son amie Sofia, ostéopathe, la convainquent d’essayer une plante médicinale ancestrale de l’Amazonie. Marie-Jeanne participera donc à une cérémonie d’ayahuasca offerte par des chamans du Brésil et d’Afrique du Sud, sur le territoire mohawk de Kanehsatake. C’est alors qu’elle verra la lumière et entreprendra de construire un pont entre les plantes médicinales autochtones et la médecine occidentale.

J’aime énormément tout ce qui touche aux cultures ancestrales, aux savoirs de ces communautés et aux façons qu’ils ont de communiquer. Leur rapport à la terre et aux esprits, ainsi que leur spiritualité m’interpellent énormément. J’avais donc de grandes attentes face au livre de Lucie Pagé et j’avais une grande hâte de découvrir ce roman. Cette lecture a été au-delà de mes attentes. J’ai adoré ce roman. C’est un très gros coup de cœur pour moi. C’est, de plus, une histoire construite sur des faits réels et s’inspirant de choses vécues par des gens de l’entourage de l’auteure. 

Le roman nous raconte la vie de Marie-Jeanne, qui va devenir Marie-Lumière, ainsi que le quotidien des gens qui l’entourent. Les personnages sont très attachants, avec chacun un côté intéressant. Marie-Jeanne est athée, elle a été élevée dans un univers scientifique où les preuves sont primordiales. Elle est médecin, voit un psychiatre car elle est sujette aux dépressions et à l’anxiété. C’est au moment où elle réalise que les médicaments ne font que masquer son mal, qu’elle cherchera à s’ouvrir à d’autres méthodes. Elle n’en peut plus de vivre de cette façon, avec l’impression que son mal de vivre n’est que masqué et jamais vraiment soigné. C’est grâce à une amie qu’elle va découvrir les cérémonies d’ayahuasca. De sceptique à conquise, elle va découvrir un univers en marge de tout ce qu’elle a connu. Elle revoit par le même fait ses positions et va apprendre qu’il n’y a pas que le tangible qui est réel.

« Toutes ces thérapies, ces milliers d’heures passées assise face à un professionnel ne l’avaient toujours pas soulagée de son mal profond. On ne lui apprenait qu’à le gérer, pas à le guérir. Son cinquantième anniversaire avait réveillé en elle un désir de véritable guérison. »

Ce roman est très intéressants à plusieurs points de vue puisqu’il démystifie certaines pratiques et offre un nouveau regard sur les croyances et la spiritualité. On découvre les cérémonies d’ayahuasca, une plante thérapeutique que les chamans utilisent traditionnellement pour la guérison. Ces cérémonies amènent aussi les gens qui y participent à un grand voyage spirituel. Le lecteur vit donc auprès de Marie-Lumière une cérémonie complète d’ayahuasca. Le roman propose aussi une ouverture face aux pratiques de la médecine traditionnelle, versus la médecine contemporaine. Un livre qui véhicule donc plusieurs messages et qui offre des rebondissements, en lien avec des interventions policières par exemple, qui garde le lecteur en haleine.

« L’ayahuasca permet d’élargir cette gamme, d’agrandir le champ d’énergie et de vibrations perçues. Il nous amène à voir ce qui est là, mais que nos cinq sens ne parviennent pas à capter, ou percevoir, ou sentir, ou voir, ou entendre. Et c’est pourquoi on ne qualifie pas ces visions d’hallucinations, puisqu’il s’agit de la réalité qui nous entoure, mais une réalité qui reste inaccessible à nos sens limités de terriens dans des corps humains de basses vibrations, comme les chaises. »

L’auteure aborde également le statut des nations autochtones, d’ici mais aussi d’ailleurs. La façon méprisante dont les premières peuples ont été traités à cause de leur façon différente de vivre ou de percevoir leur environnement. On banalise trop souvent leur présence et leurs croyances. Je pense qu’on devrait les écouter davantage. La cérémonie est une façon d’unifier les peuples et de mettre en commun les connaissances. Un thème qui revient beaucoup dans le livre, soit celui de l’importance de laisser une place à ces connaissances ancestrales qui sont en train de se perdre et qui sont rarement valorisées dans nos sociétés. 

« La société colonisatrice avait imposé un modèle fondé sur l’autorité des hommes dans tous les domaines. En fait, les femmes autochtones détenaient plus de pouvoir au sein de leur communautés que les femmes blanches. Au fil du temps, les femmes autochtones ont été infantilisées, ont perdu leur droit de parole et leur pouvoir de décision, le gouvernement ayant même adopté des règlements interdisant les rôles décisionnels des femmes au sein des conseils de bande. »

L’auteure fait un parallèle avec le mal de vivre qu’on voit énormément aujourd’hui. Notre société nourrie aux antidépresseurs, où l’anxiété, le stress et la dépression sont devenues monnaie courante. Notre société est tristement malade. L’auteure parle de l’importance de l’équilibre entre les hommes et les femmes, de la Mère-Terre, de notre environnement qui dépéri, par manque d’équilibre. La nature est très présente, chaque être vivant est utile et important. Le livre nous sensibilise aux liens qui existent entre tous les vivants. Le personnage principal deviendra d’ailleurs une sorte de pont entre la médecine contemporaine et la médecine ancestrale

Marie-Lumière est un livre que je trouve très beau, qui nous ouvre des horizons sur un savoir ancestral que la société d’aujourd’hui a mis de côté. J’aime relire mes livres et Marie-Lumière est le genre de livre que je relirais de temps en temps. C’est une lecture que j’ai grandement apprécié, autant par la qualité de l’écriture que par son histoire et son message. L’auteure véhicule un message très prenant. J’ai trouvé le thème passionnant. Aussitôt refermé, j’avais envie de le relire!

Je recommande fortement ce roman pour tous ceux qui ont un intérêt ou une curiosité envers les peuples autochtones et leurs connaissances. C’est un véritable coup de cœur et une découverte pour moi que la plume de Lucie Pagé. Le roman est captivant, on veut toujours en savoir plus et c’est un livre qui est venu beaucoup me chercher, tant par ses sujets que par le dénouement de l’histoire. Chaque chapitre débute d’ailleurs par une citation très inspirante qui se marie bien avec le texte qui suivra. 

Marie-Lumière est un livre qui fait du bien. Qui nous pousse à lâcher prise, à mieux vivre. C’est un très beau roman, lumineux et passionnant. Je l’ai d’ailleurs déjà conseillé autour de moi.

Un livre qui sera précieux dans ma bibliothèque. 

Marie-Lumière, Lucie Pagé, éditions Libre Expression, 288 pages, 2021

Terreur à Smoke Hollow

Depuis le décès de sa mère, Ollie, onze ans, trouve refuge dans la littérature. Jusqu’au jour où elle croise, près d’une rivière, une femme déterminée à se débarrasser d’un livre qu’elle prétend maudit. Le sang d’Ollie ne fait qu’un tour : pas question de la laisser commettre une telle barbarie ! Elle vole l’ouvrage et le dévore en une nuit. Il raconte l’histoire d’Elizabeth Morrison et de ses deux fils, Caleb et Jonathan, disparus après avoir passé un pacte avec un sinistre spectre souriant. Le lendemain, la jeune fille a la désagréable surprise de découvrir que la ferme que visite sa classe est celle où est enterrée Elizabeth… 

Terreur à Smoke Hollow est un roman d’horreur pour jeunes, écrit par Katherine Arden dont j’ai adoré la « Trilogie d’une nuit d’hiver ». J’étais curieuse de lire un de ses livres jeunesse et j’ai beaucoup aimé cette histoire frissonnante. On y retrouve des thèmes mystérieux et inquiétants qui étaient aussi présents dans sa trilogie pour adultes, de façon différente. Par exemple, l’idée de plusieurs « mondes » qui cohabitent. Avec l’histoire de Smoke Hollow, l’auteure installe le lecteur dans un monde qui nous est plus familier et qui tourne autour d’un étrange livre et d’une sortie scolaire en autobus, dans une ferme.

Ollie a onze ans et elle a perdu sa mère. Son deuil est un peu difficile même si elle a une belle relation avec son père avec qui elle vit, malgré quelques accrochages. La relation qu’ils ont ensemble et la façon dont son père agrémente le quotidien est joliment décrite. Ils se sont créé un cocon à eux, malgré l’absence de la maman d’Ollie. Une maison colorée où les pièces ont des noms et où l’odeur de cuisine réconfortante flotte dans l’air. Un jour, la jeune adolescente se rend à la rivière et elle découvre une femme étrange et confuse, qui tient mordicus à jeter un livre dans la rivière. Choquée, Ollie intercepte l’ouvrage et s’enfuit.

En ouvrant les pages, elle est tout de suite happée par l’histoire, imprimée en 1895. Il s’agit de celle d’une femme, Elizabeth, son mari et son beau-frère, disparus après avoir fait un pacte avec un inquiétant personnage. Ollie est incapable de s’arrêter de lire. Le récit la fascine tellement qu’elle en oublie ce qui se passe autour d’elle. Quand Ollie s’en va visiter une ferme avec sa classe, dans le cadre d’un programme pour mettre en valeur l’agriculture de la région, elle réalise qu’il s’agit de l’endroit où Elizabeth est enterrée… Elle ne se doute absolument pas de l’aventure effrayante qu’elle va alors vivre ni de ce qu’elle croisera sur son chemin.

« Quand la brume descend,
quand l’homme qui sourit apparaît.
Évite les endroits dégagés la nuit.
Reste dans les recoins. »

Terreur à Smoke Hollow est un livre très efficace. L’intrigue met en place les personnage, doucement, puis fait intervenir des éléments qui piquent notre curiosité. Il s’agit d’un très bon roman d’épouvante pour jeunes, qui réussit à combiner des histoires qui font peur – la vieille légende du livre trouvé par Ollie et tout ce qui entoure le pacte – à des éléments fantastiques implantés au quotidien. La nuit, les choses sont bien différentes qu’en plein jour. C’est ce qu’Ollie et ses amis vont vite apprendre. Il en va de leur survie!

« Il y a toujours une histoire de fantômes. Tiens-le-toi pour dit. Où que tu ailles dans ce grand monde aussi hideux que merveilleux, il y a une histoire de fantômes qui t’attend. »

Un livre mystérieux, une vieille légende, une ferme inquiétante et d’étranges personnages sont au centre de cette histoire qui se dévore. C’est un roman jeunesse conseillé à partir de 10 ans, à l’atmosphère automnale qui se déroule à quelques jours de l’Halloween. Les rues sont décorées, les maisons parsemées de citrouilles et la ferme est remplie d’épouvantails. Ollie ira même visiter un cimetière et faire un tour dans un labyrinthe de maïs pour l’occasion. C’est un livre qui joue beaucoup sur l’atmosphère et qui se dévore! J’espère qu’on aura droit à la traduction de la seconde histoire de cette série dont l’action se passe cette fois, en hiver. Ça promet!

Terreur à Smoke Hollow, Katherine Arden, éditions Pocket Jeunesse, 256 pages, 2020