Ghost Story

Dans la sinistre petite ville de Milburn, quatre vieux amis passent leurs soirées à se raconter de terrifiantes histoires de fantômes. Mais, depuis la disparition de l’un des membres du club dans de fort étranges circonstances, aucun d’eux n’échappe aux terribles visions qui hantent leurs nuits. Entre créatures mythiques et esprits vengeurs tout droit sortis de leurs récits d’horreur, envoûtés par la même femme aux mille visages, ils découvrent bientôt que la pire des monstruosités est en réalité issue de leur propre passé.

Ça fait un bon moment qu’on me parle de ce livre et j’avais très envie de le découvrir. Ce roman se déroule dans une petite ville où quatre vieux amis se retrouvent, habillés en complet et cravate, pour des soirées d’histoires de fantômes. Une tradition qui a commencé un de ces jours et qui s’est poursuivie au fil du temps. Mais l’un des leurs est mort dans d’étranges circonstances et ceux qui restent font d’affreux cauchemars. Quelque chose d’insidieux semble se refermer doucement sur leur petite ville, empoisonnant l’atmosphère, et prenant peu à peu au piège tous les habitants…

« Le groupe, appelé sans doute un peu humoristiquement, Chowder Society, du nom de cette variété américaine de bouillabaisse, n’avait que peu de règles: ils portaient la tenue de soirée (parce que, il y avait trente ans, l’idée avait plu à Sears), ils ne buvaient jamais trop (de toute façon, ce n’était plus de leur âge), ils ne demandaient jamais si les histoires étaient vraies (car même les mensonges les plus énormes avaient un fond de vérité), et, bien que chacun dût raconter une histoire à tour de rôle, ils ne pressaient jamais celui qui se trouvait à court d’inspiration. »

Ghost Story a été une très bonne découverte. Le genre d’histoire d’atmosphère que j’adore lire. J’ai dévoré ce roman à l’ambiance gothique, qui est passionnant. On se pose tellement de questions sur ce qui se déroule dans cette ville. Au départ, on se questionne sur ce dont nous parle l’auteur. On n’est pas du tout certain où l’on va avec ces histoires qui ne semblent, à première vue, ne pas avoir de liens entre elles et entrecoupées d’extraits de journaux. Ghost Story est un pavé assez particulier, qui donne le frisson. La construction du roman n’est pas linéaire. Il y a plusieurs histoires dans l’histoire, qui commencent à différents moments et finissent par converger, comme une toile d’araignée. C’est peut-être ce qui rend la lecture de ce roman si fascinante et si puissante. C’est un livre difficile à résumer, où l’on se demande pendant un bon moment où nous amène l’auteur. Puis, on comprend. Et c’est là que tout se met en place.

On plonge ici dans l’horreur « élégante ». L’atmosphère est un peu surannée, vieillotte. On imagine sans mal cette petite ville glacée, froide, comme un mois de novembre qui s’étire un peu trop longtemps. On découvre le vernis qui recouvre la ville et en grattant un peu, on constate que tout n’est pas ce qu’il paraît être. Les personnages ont un petit côté à l’ancienne aussi. Straub a une jolie écriture et il prend le temps de mettre en place son univers. L’atmosphère inquiétante se dessine peu à peu et on se laisse porter par le roman. C’est peut-être même ce qui contribue à rendre cette histoire si terrifiante.

« Ces derniers temps, toutes les histoires, y compris les siennes propres, le laissaient tendu et nerveux pendant des heures. Mais ce soir, c’était plus que cela. Il se sentait tout particulièrement anxieux, presque angoissé. »

J’ai vraiment aimé ce roman que j’ai parfois eu du mal à lâcher. Il se déroule principalement en automne et trouve sa conclusion dans une tempête de neige glaciale. Un livre fascinant et une façon originale de revisiter les histoires de hantise. On est assurément à un tout autre niveau avec Straub. Il réinvente de belle façon les histoires de maison hantée, de possession et de créatures venues tout droit des ténèbres.

Après avoir lu Le talisman des Territoires (écrit avec Stephen King) et maintenant Ghost Story, j’ai très envie de lire à nouveau cet auteur. Ses romans complexes m’impressionnent et me plaisent assurément beaucoup!

Ghost Story, Peter Straub, éditions Bragelonne, 672 pages, 2022

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Les 5 endroits les plus hantés au Québec

L’Italie a l’île maudite de Poveglia, le Japon a la «suicide forest», et l’Écosse abrite d’innombrables châteaux hantés. Au Colorado, la chambre 217 du Stanley Hotel a inspiré à Stephen King son oeuvre « The Shining », après qu’il y ait vécu des choses étranges. Sans oublier le Loch Ness, Salem, ou la Tour de Londres… Le Québec est-il épargné par ces lieux d’épouvante qui donnent froid dans le dos même aux plus courageux? Que non! La belle province regorge d’histoires de fantômes, de possession et d’esprits tourmentés, qui sont souvent plus près de vous que vous ne le pensez…

Je suis tombée sur cette bande dessinée un peu par hasard en faisant des recherches pour tout autre chose à la bibliothèque. J’ai eu envie de la découvrir, parce que j’aime bien les histoires de fantômes et aussi parce que, pour une fois, c’est dans nos légendes et notre propre folklore que l’on plonge.

La bd regroupe les histoires de cinq auteurs différents: Nick Micho, Julien Dallaire-Charest, Guillaume PB, Le David Gauthier et Anthony Charbonneau Grenier. Ils nous amènent dans cinq univers différents, tous ayant comme point commun d’être supposément hantés. Certaines légendes dont ils s’inspirent sont plus connues, alors que d’autres le sont un peu moins. C’est, pour ma part, l’histoire reliée au Morrin Centre qui m’a attirée vers ce livre. C’est d’ailleurs ma préférée du recueil, avec celle de l’asile de Saint-Clothilde-de-Horton.

La qualité des histoires est assez égale je trouve, ce qui n’est pas toujours le cas des collectifs. Ici, même si le dessin varie beaucoup, l’atmosphère et le genre d’histoire est similaire. On a donc l’impression d’un fil continu assez constant d’une histoire à l’autre. Avec les auteurs, nous découvrons de sombres légendes allant de l’Isle-aux-grues et de la Chute Montmorency, en passant par la maison hantée du chemin de la Grève-de-la-Pointe.

Les histoires sont assez courtes. On a donc une mise en contexte puis on plonge directement dans la légende qui fait de ces lieux des endroits qu’on dit hantés. C’est une lecture qui est divertissante et qui m’a bien plu. Une façon inédite de découvrir des lieux bien de chez nous, à travers des légendes qui donnent le frisson. Une belle découverte!

Les 5 endroits les plus hantés au Québec, Collectif, éditions Sawin, 48 pages, 2019

Hel

Victor, un professeur retraité et misanthrope, est emporté par Hel, une adolescente passeuse d’âmes, dans l’autre monde. Perdus dans les limbes, le vieil homme et la jeune fille devront s’apprivoiser pour faire face aux multiples dangers qui les guettent et rejoindre Lethe, la cité de l’oubli.

Hel est une bande dessinée que nous avions envie de lire tous les deux. Nous avons donc choisi d’en faire une lecture commune et de la lire pratiquement en même temps. Ainsi, nous pourrions échanger sur nos avis… qui se ressemblent d’ailleurs énormément. Pas étonnant, puisque cette histoire nous attirait beaucoup.

Ce que l’on retient essentiellement de cette lecture, c’est principalement l’ambiance particulière de la bande dessinée. Cette histoire en est une d’atmosphère. On a l’impression d’entrer dans un autre univers.

Hel est une bande dessinée fantastique, mais c’est aussi une histoire qui prend la forme d’une leçon de vie. Elle raconte l’histoire de Victor, un homme colérique qui vit comme un reclus. C’est un vieux professeur malcommode qui vit dans une maison de retraite. Malheureusement pour lui, il préfèrerait qu’on le laisse en paix, ce qui n’est pas le cas. Il aspire au silence pour écrire, déteste les autres pensionnaires, n’aime ni les jeunes, ni les vieux, ni les oiseaux. C’est alors qu’il fait la rencontre inattendue d’une passeuse d’âmes, Hel.

Elle lui apparaît soudainement et lui ordonne de la suivre: elle doit le conduire dans les limbes. Victor a une opinion bien tranchée et pleine de préjugés sur les gens qui l’entourent. Comme si tout le monde était sans intérêt à ses yeux. Il découvrira qu’il fait fausse route grâce à Hel qui finira par l’apprivoiser. Victor devra apprendre à connaître Hel, à lui faire confiance et à faire face à toutes sortes de dangers dans un monde inconnu.

« Vous avez croisé la route de mangeurs d’âmes, si je ne vous avais pas retrouvé à temps ces créatures auraient dévoré tout ce qui fait de vous ce que vous êtes… votre caractère, vos souvenirs, vos peurs, vos désirs, tout. Elles n’auraient laissé que de vagues restes dépourvus de sens. »

Malgré le sujet qui peut paraître sombre, c’est une jolie histoire qui nous a plu à tous les deux. On découvre qu’Hel aime les livres et comme lecteur c’est toujours réjouissant de croiser un personnage qui partage la même passion que nous. Victor est un ancien professeur qui aime également les bibliothèques et la lecture. Les deux réalisent qu’ils ont quelques points en commun dont l’amour des livres. Les archives de la cité, où aime se réfugier Hel, font d’ailleurs rêver!

Guy souligne les dessins vraiment très beaux, les couleurs noires et bleues qui sont très représentatives de l’atmosphère fantastique de cette bd qui nous conduit dans les limbes. Geneviève a beaucoup aimé l’ambiance onirique dans laquelle baigne l’histoire, qui rappelle Poe, Lovecraft et d’autres auteurs fantastiques.

L’histoire est captivante parce que l’univers dans lequel Hel nous entraîne est une représentation intéressante de « l’autre monde », la Cité de l’oubli.  C’est une bd sur la vie et le fait de saisir toutes les occasions de vivre pleinement. C’est aussi une histoire sur la mort, ainsi que sur les liens improbables entre deux personnages que tout semble opposer. 

Guy vous la recommande et Geneviève considère que c’est une très belle découverte!

Hel, Philippe Scherding, éditions Michel Lafon, 84 pages, 2022

Frissons au Mont Hemlock

Survivre aux terribles événements qui se sont déroulés à Smoke Hollow a rapproché Ollie, Brian et Coco, désormais inséparables. Arrivés pour un séjour de ski au Mont Hemlock, les trois amis comptent bien profiter de chaque instant ! Mais une tempête de neige les piège à l’hôtel. Sans aucun moyen de contacter l’extérieur, ils se laissent peu à peu gagner par la peur. D’autant qu’Ollie est persuadée d’entendre d’étranges bruits… et même de voir un fantôme ! Cette fillette qui la supplie de l’aider aurait été enfermée là et laissée pour morte. Une nouvelle fois entraîné dans les recoins sombres de l’horreur, le trio sortira-t-il indemne de cette rencontre surnaturelle ?

Katherine Arden est une auteure que j’aime particulièrement. J’avais adoré découvrir sa Trilogie d’une nuit d’hiver: L’Ours et le RossignolLa fille dans la Tour et L’Hiver de la Sorcière. Quand j’ai vu qu’elle avait écrit aussi pour la jeunesse, j’étais persuadée que ce serait bon. J’ai lu Terreur à Smoke Hollow avec un grand plaisir. C’est un roman assez terrifiant, tout à fait propice à l’Halloween. J’avais donc très hâte de découvrir la suite. 

Frissons au Mont Hemlock reprend les mêmes personnages, Ollie, Coco et Brian, cette fois campés dans un décor hivernal, un nouvel hôtel encore fermé au public. Avec le père d’Ollie et la mère de Coco, ils ont l’opportunité d’y passer des vacances pour skier. D’autres privilégiés doivent se joindre à eux, mais la température est si mauvaise que c’est un vrai parcours du combattant de réussir à s’y rendre. Une tempête de neige d’une rare intensité s’abat sur la région. Ils peinent à arriver à l’hôtel et sont pratiquement les seuls clients. Une panne de courant, des animaux empaillés inquiétants, d’étranges bruits, des fantômes et une légende effrayante sur un vieil orphelinat, transforment leurs vacances en vrai cauchemar!

« Les fantômes aiment que nous ayons peur. Ça veut dire que nous reconnaissons leur présence. »

Cette série de romans jeunesse est vraiment efficace. Ce sont des romans d’horreur, plutôt effrayants, avec toujours une foule de personnages inquiétants et de lieux sombres aux recoins terrifiants. Ils sont conseillés à partir de 10 ans, mais l’auteure puise dans de nombreuses situations propices à la peur. Les légendes et le fantastique ne sont jamais bien loin. Si on aime frissonner, on peut prendre plaisir à lire ce livre même en étant adulte. Ce fut mon cas, encore une fois.

L’atmosphère est aussi terrifiante qu’elle peut être agréable. On retrouve comme dans le premier tome, une ambiance conviviale, faite de bons petits plats, de gourmandises, de feux réconfortants, de beaux moments en famille et entre amis. Jusqu’à ce que tout dérape.

« N’écoute pas les voix mortes. N’entre pas dans les placards. Et ne regarde pas dans les miroirs. »

Les personnages reviennent d’un tome à l’autre et j’ai vu qu’un troisième tome est paru en anglais, qui se déroule cette fois l’été. J’espère qu’il sera traduit prochainement. J’aime beaucoup ce qu’écrit Katherine Arden, que ce soit pour les adultes ou pour les jeunes. Son univers est riche, s’inspirant chaque fois de légendes et de mythes. C’est un vrai plaisir de découvrir un nouveau livre d’elle. 

Vivement la suite!

Frissons au Mont Hemlock, Katherine Arden, éditions Pocket Jeunesse, 264 pages, 2021

Chambre 1408

Mike est écrivain et chasseur de fantômes. Non pas qu’il y croie lui-même, bien au contraire. Jusque-ici, rien n’est encore parvenu à vaincre son scepticisme. Rien, jusqu’à cette enquête qui le mène à l’hôtel Dolphin de New York, réputé pour sa tristement célèbre chambre 1408. Une chambre supposée hantée…

Chambre 1408 est une nouvelle parue tout d’abord dans le recueil Tout est fatal. Cette histoire est rééditée ici dans la collection jeunesse Wiz afin de faire découvrir King aux adolescents. Une collection que j’adore! J’ai toujours hâte à une prochaine publication. L’histoire de Chambre 1408 est intéressante. Cette nouvelle a d’abord été écrite pour être proposée en exemple dans l’essai Écriture de King. L’auteur a finalement décidé de terminer l’histoire pour en faire une nouvelle. Il a été bien inspiré puisqu’on en a même fait un film.

Alors, de quoi parle cette histoire? Mike Enslin est un chasseur de fantômes et un écrivain. Il fait le tour du monde à la recherche d’histoires effrayantes afin d’écrire des livres. Il dort dans des endroits présumés hantés, cherche des fantômes et des manifestations surnaturelles pour ensuite écrire sur le sujet. Alors qu’il travaille sur son nouveau livre qui parlera de chambres d’hôtels hantées, il tente de convaincre le gérant de l’hôtel Dolphin de le laisser passer la nuit dans la chambre 1408. Cette chambre est reconnue pour être hantée et pour cacher plusieurs morts suspectes. Mike frappe toutefois un mur. Convaincre Olin s’avère beaucoup plus difficile qu’il ne le pensait. Olin est bien décidé à ce que Mike ne s’approche pas de cette pièce. Mais Mike est déterminé. Olin entreprend alors de lui raconter tout ce qu’il sait sur cette mystérieuse chambre hantée. Son récit donne le frisson…

« Dans une maison abandonnée ou dans le donjon d’un vieux château, votre incrédulité peut vous servir de protection. Dans la chambre 1408, elle ne fera que vous rendre encore plus vulnérable. Renoncez, monsieur Enslin. »

Cette nouvelle est assez courte et se lit d’une traite. C’est une histoire de maison hantée assez classique à la base, mais que j’ai bien aimé en fait surtout parce qu’elle est un peu différente de ce à quoi on a l’habitude. Loin de subir les manifestations contre son gré, Mike souhaite y être confronté. Il tente coûte que coûte de voir de ses propres yeux ce qui se produit dans cette pièce. La dynamique est donc différente d’une histoire de maison hantée classique.

On peut également diviser virtuellement le livre en deux parties distinctes: avant d’entrer dans la chambre et après avoir poussé la porte. Avec Mike et le récit d’Olin, le lecteur appréhende ce qui va se passer, ce qui instaure une bonne dose de suspense. L’idée de mettre en scène un écrivain me plait aussi toujours beaucoup, King aimant souvent créer ce genre de personnage, pour mon plus grand plaisir. 

Chambre 1408 se lit rapidement. Ce n’est pas ma nouvelle préférée, mais je l’ai bien aimé. C’est divertissant. Une histoire agréable à lire qui m’a bien plu. Le genre d’histoire qu’on s’offre pour une petite soirée de frissons. Le format court est parfait pour cela!

Chambre 1408, Stephen King, éditions Albin Michel, 128 pages, 2021