Glauque

« J’ai toujours eu l’impression que si ma sœur et moi on n’écoutait pas les terreurs anxieuses de ma grand-mère pis qu’on traversait entre chez elle et notre maison quand il commence à faire noir et surtout, surtout, l’hiver, les barbus allaient nous attraper, nous enlever, nous faire des choses terribles. En vieillissant, ces hantises suscitées par l’inquiétant terrain bordé d’arbres deviennent des supplices secondaires. On y verrait là de quoi se trouver chanceux, quand on connaît mieux la mesure des sévices cruels que l’on peut infliger à une femme seule dans le noir. » Depuis toujours, les Gaspésiens vivent entourés d’une nature menaçante qui alimente de nombreuses légendes. Fantômes, démons, vampires, sorcières et monstres; en neuf nouvelles, l’autrice invente un folklore moderne et angoissant qui puise sa source dans sa propre enfance et sa région natale, là où la terre se termine.

J’avais très hâte de découvrir Glauque, là où la terre se termine de Joyce Baker. Comme c’est indiqué sur la couverture, il s’agit de « récits et contes occultes ». En fait, l’auteure revisite les légendes et les histoires racontées d’une génération à l’autre, en Gaspésie. C’est très intéressant car on entend peu parler de ce qui forge les histoires des régions. Naturellement, l’auteure y ajoute sa plume et son imagination, ce qui nous amène à découvrir des contes particulièrement inquiétants qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Le format aussi, apporte beaucoup au livre. Les histoires sont assez courtes et très intrigantes.

« Quand je fais faire le tour aux touristes, je leur raconte beaucoup de faits, mais peu d’histoires. Il y a par contre de ces faits qui se mêlent à des légendes au point où il est difficile de distinguer le vrai du faux. C’est à ce moment que le folklore devient la vérité. »

On y retrouve des histoires issues du folklore, comme La Table à Rolland ou la Blanche du rocher, revisitées. On n’imagine pas à quel point cette superbe région peut cacher autant d’inquiétantes histoires… L’auteure invente aussi tout un folklore avec des histoires plus « modernes » ou des récits qu’on se racontaient entre les générations, dans lesquels se côtoient monstres, sorcières, démons, fantômes, extraterrestres, sirènes, et tant d’autres.

Voici un petit tour d’horizon des dix contes que l’on retrouve dans le recueil. Certains s’inspirent d’histoires un peu plus connues alors que d’autres sont plus ancrées dans le souvenir, en mettant en scène les histoires orales de la région et les peurs liées à ce qui est fantastique et inquiétant. Dans toutes les histoires, on retrouve des personnages qui donnent le frissons.

Les barbus
Une histoire d’énormes barbus qui capturent les enfants.

Au camp
Douze jours passés dans un camp de vacances, avec des soirées typiques d’histoires d’horreur autour du feu.

Élizabeth et Belzébuth
L’histoire est racontée par un chat, qui explique les lieux à éviter pour survivre…

La cache
Marianne, une végane, vient de se construire un abri pour la chasse.

Marie, la Blanche du Rocher
Une histoire de pirate en lien avec la légende du Rocher Percé.

Cap-Rouge
L’histoire du Cap-Rouge et de la maison inquiétante de Magellan.

La table à Rolland
Rolland, contremaître de chantier de la future église Saint-Michel-de-Percé, accepte une étrange partie de dés.

Spécimen
Une scientifique, envoyée par l’Université pour étudier l’activité sismique et biologique, passe du temps dans un bar de danseuses.

L’île
Un conte ayant pour lieu l’île Bonaventure et ses mystères.

I’m Done With Not Writing
Un récit fait d’eau, de Grande-Rivière et d’histoires.

En dix contes, Joyce Baker nous convie à un rendez-vous gaspésien inédit. C’est ce que j’ai aimé de ce livre. L’originalité du texte et une autre vision, plus sombre, de cette belle région. Certains contes m’ont plu plus que d’autres, mais dans l’ensemble j’ai passé un très bon moment avec ce livre… qui sort définitivement des sentiers battus! 

Glauque: Là où la terre se termine. Récits et contes occultes, Joyce Baker, éditions Québec-Amérique, 136 pages, 2021

Si ça saigne

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Si ça saigne: un recueil de quatre nouvelles de Stephen King. Quatre excellentes nouvelles dont l’une est la suite directe du roman L’Outsider. J’avais tellement aimé ce roman que j’étais très heureuse de retrouver Holly, Jerome, Ralph, Barbara et plusieurs références à l’enquête. Cette histoire de L’Outsider est vraiment très prenante et très originale. Si vous n’avez pas lu le roman, j’en profite pour vous le suggérer. C’est une atmosphère inquiétante qu’on a beaucoup de mal à lâcher! J’étais donc très contente de voir qu’une nouvelle faisait suite à cette histoire. Holly est un personnage différent et attachant. Je crois que Stephen King avait hâte d’y revenir aussi, surtout si je me fie à sa note en fin de recueil. Je me suis donc un peu retenue pour ne pas me lancer dans la troisième nouvelle du livre et plutôt les lire dans l’ordre de présentation. 

Voici un petit résumé des quatre histoires de ce recueil: 

Le téléphone de M. Harrigan
Cette nouvelle se déroule au tout début des nouvelles technologies. Craig est un jeune garçon engagé par son nouveau voisin Harrigan pour lui faire la lecture et s’occuper de ses plantes. L’homme lui offre un petit salaire (de radin, selon le père de Craig) et quelques billets de loto de temps à autres. Quand Craig gagne, il offre un téléphone intelligent première génération à Harrigan qui va alors découvrir le « World Wide Web ». J’ai adoré cette histoire qui parle de plusieurs générations et de l’apprentissage des nouvelles technologies. Avec un petit frisson en prime! 

La vie de Chuck
Cette nouvelle débute alors que nous sommes dans un monde apocalyptique, où partout des affiches apparaissent: « Charles Krantz. 39 années formidables! Merci, Chuck! » Si le début est un peu déstabilisant, la suite est à la fois belle, triste et terrifiante. Cette histoire est très intéressante à cause de sa construction atypique. Elle est présentée de façon antichronologique en trois parties, qui racontent des moments précis de la vie de Chuck.

Si ça saigne
C’est l’histoire que j’attendais avec le plus d’impatience, puisqu’elle reprend le contexte de L’Outsider, quelques temps après. On retrouve donc Holly et les autres, ainsi que l’agence Finders Keepers. Une explosion dans un collège qui fait plusieurs victimes trouble énormément Holly. Dans le secret, elle va donc se pencher sur cette affaire et faire quelques recherches. Dans le même genre que L’Outsider, cette nouvelle est pleine de rebondissements. J’ai adoré! Ça se lit tellement bien et c’est très prenant. 

Rat
Drew est professeur. Il a publié quelques histoires et quand il s’est essayé à un roman quelques années auparavant, il a sombré dans la dépression et a failli mettre le feu à sa maison. Quand il annonce à nouveau à sa femme qu’il a une idée de roman et va partir un mois au chalet de son père pour écrire, elle est soudainement très inquiète… et avec raison! Une histoire incroyable et inquiétante. J’aime toujours beaucoup quand King met en scène des écrivains. 

Plus je lis King, plus je l’aime! Qu’il écrive des romans, des nouvelles, qu’il tende plus vers le fantastique ou l’horreur, il me surprend toujours. Les quatre nouvelles sont bonnes, étonnantes et variées, tant dans la construction que dans le thème, même si certaines choses reviennent toujours un peu chez King, peu importe ce qu’il écrit. Il parle beaucoup des nouvelles technologies par exemple. Avec la première nouvelle, c’est le tout début des téléphones intelligents et de la découverte des possibilités. Dans Si ça saigne, on est au cœur de l’informatique et de tout ce qui nous est offert présentement. J’aime définitivement beaucoup King parce que ses écrits s’insèrent parfaitement dans notre époque, sont de vraies critiques de notre société, mais toujours aussi avec un petit côté nostalgique du temps passé. Ça me plaît énormément!

« Maintenant, je pourrais croire à tout et n’importe quoi, je pense, des soucoupes volantes aux clowns tueurs. Car il existe réellement un deuxième monde. Et il existe parce que les gens refusent d’y croire. »

La nouvelle n’est pas toujours un genre privilégié par plusieurs lecteurs. C’est dommage mais si vous n’aimez pas les nouvelles, King pourrait être une très bonne façon d’aborder ce genre. Il est bon pour en écrire car elles sont tellement longues, complètes et descriptives, qu’on dirait de petits romans.

« Et quand on grandit dans un endroit sans feux rouges, avec des routes de terre, comme Harlow, le monde extérieur est un endroit étrange et attirant. »

De mon côté, j’ai passé un excellent moment avec ce recueil. C’était vraiment très très bon, si bien que j’avais beaucoup de mal à le lâcher, ne serait-ce que pour aller travailler… King me fait toujours cet effet. C’est drôle parce que lorsque j’étais adolescente, King était aussi très à la mode. Ses livres me faisaient très peur et je n’arrivais pas à le lire. Mais aujourd’hui, il aborde tellement de sujets, joue avec tellement de styles différents, que plus je le découvre, plus j’adore le lire, qu’il s’agisse de ses premiers livres ou des plus récents.

« La réalité était profonde. Lointaine. Elle renfermait d’innombrables secrets et ne connaissait pas de limites. »

Je vous conseille donc fortement la découverte de Si ça saigne. Si vous avez déjà lu (et aimé) L’Outsider, n’hésitez même pas! C’est un bonheur de retrouver Holly et le même univers que le roman. Bonne lecture! 

Si ça saigne, Stephen King, éditions Albin Michel, 464 pages, 2021

Clinton Road

New Jersey, 1978. Tous les matins, John, ranger du comté de Passaic, fait la route entre sa maison et le bar de son ami Sam afin de prendre un café et de bavarder avant sa journée de travail. Rien qui ne puisse sembler étrange jusque-là. Sauf que la Clinton Road – 15km d’asphalte où il patrouille quotidiennement – s’avère être la route la plus hantée des États-Unis : disparitions inquiétantes, phénomènes paranormaux… C’est aussi sur cette route maudite que son fils unique, Benjamin, a été vu pour la dernière fois avant de disparaître. Mais John, incapable de faire son deuil, se réfugie dans une réalité déformée dans laquelle ses fantasmes semblent prendre le pas sur la réalité…

Ce qui frappe le plus en ouvrant cette bande dessinée, ce sont les dessins. Ils sont absolument magnifiques, détaillés, de type aquarelle, ce qui crée instantanément une atmosphère aussi intrigante qu’inquiétante. 

Clinton Road est une bd très spéciale. Nous suivons John, un ranger, qui patrouille quotidiennement la Clinton Road, une route qui s’avère être la plus hantée des Etats-Unis. C’est aussi sur cette route que son propre fils a disparu… Le dessin crée vraiment une atmosphère particulière, comme si on flottait constamment dans une sorte de brouillard. C’est ce qui rend l’expérience de lecture particulièrement intéressante.

L’histoire débute et se termine par des articles de journaux faisant état de disparitions, de bêtes inquiétantes, de fantômes. Des « extraits » du New Jersey Journal datant de 1989 rapportent de curieux incidents et témoignages sur la « route la plus hantée des États-Unis ».

La bande dessinée s’ouvre sur une citation de Stephen King particulièrement appropriée et qui prend tout son sens à la lecture de cette histoire:

« Les monstres sont réels, les fantômes aussi, ils vivent à l’intérieur de nous. Et parfois… ils gagnent. »

Vient ensuite l’histoire de John, que l’on suit sur les routes, au bar et pendant son enquête sur d’étranges événements qui surviennent dans le coin. Il sillonne la Clinton Road pour tenter de comprendre d’où viennent ces étranges disparitions d’animaux qui sont signalées.

Comme John est souvent sur la route, l’auteur en profite pour partager quelques extraits de chansons que le personnage écoute à la radio. On peut accompagner sa lecture de ces chansons si on le souhaite pour plus d’ambiance. Elles donnent un petit air vieillot à la trame de l’histoire. Avec elles, on imagine aisément John dans son vieux camion, se promener sur la Clinton Road. John cherche des indices et il a toujours un carnet pour noter ses idées et griffonner quelques dessins. Il parle aussi à un vieil ermite pour tenter d’étayer ses impressions. 

Il est aussi beaucoup question, en images surtout, de Moby Dick, livre lu par le fils de John. On retrouve de petits fragments d’illustrations en lien avec ce roman, à travers l’histoire et les événements qui nous font découvrir John sous un nouveau jour. 

« La flamme est comme une âme qui se débat… Elle fait tout pour s’élever vers le ciel… mais elle est enchaînée au sol ».

Avec Clinton Road nous ne sommes toutefois pas dans une histoire classique d’hantise. C’est une histoire qui s’avère plus profonde et plus poignante qu’elle n’en a l’air, tout en nous offrant une ambiance très fantomatique. Je l’ai lu juste un peu avant l’Halloween et c’était particulièrement propice à cette époque de l’année. Novembre et ses journées froides et grises est aussi tout indiqué pour se plonger dans cette bande dessinée. 

J’ai beaucoup aimé Clinton Road et si vous appréciez ce genre d’histoire où l’atmosphère est partie prenante de l’intrigue, je ne peux que vous conseiller cette lecture. D’autant plus que visuellement, cette bd est tout simplement magnifique et parfaitement inquiétante. J’adore particulièrement le coup de crayon de l’auteur. Pour créer de l’ambiance, il y réussit haut la main!

Clinton Road, Vincenzo Balzano, éditions Ankama, 144 pages, 2020

Jackaby

JackabyAbigail Rook, 17 ans, débarque en Amérique. La tête pleine de rêves d’ailleurs, elle espère vivre l’aventure avec un grand A. Elle fait la connaissance d’un étrange personnage, Jackaby, qui lui offre un emploi. Détective doué de facultés de médium, il est capable de voir les phénomènes surnaturels. Pour sa première mission, Abigail accompagne son nouveau patron sur les lieux d’un crime particulièrement sanglant. Jackaby soupçonne l’assassin de ne pas être humain, ce que la police refuse de croire. Mais les meurtres s’enchaînent et confirment les soupçons du détective…

Jackaby est le premier tome d’une série qui compte trois aventures pour le moment. Le livre peut cependant se suffire à lui-même puisque l’histoire qu’il raconte, est prenante. Nous sommes en 1892 en Nouvelle-Angleterre à la fin janvier, dans la petite ville de New Fiddleham. Abigail Rook vient de débarquer d’Angleterre. C’est un personnage féminin fort, qui ne veut pas se contenter d’observer ce qui se passe autour d’elle. Elle veut plutôt en faire partie. Fascinée par l’aventure, elle s’est enfuie de chez elle pour participer à des fouilles sur les dinosaures. Projet qui n’a pas fonctionné. Au lieu de reprendre une vie normale, celle qu’on attend d’elle, elle s’embarque pour l’Amérique. C’est là qu’elle fait la connaissance de Jackaby, un enquêteur pour le moins… particulier.

C’est en répondant à une petite annonce pour avoir du travail (et accessoirement pouvoir avoir un toit au-dessus de la tête) que le destin d’Abigail croise celui de Jackaby. Sa petite annonce pour pourvoir un poste d’assistant est aussi étrange que le personnage. L’univers de Jackaby est vraiment spécial et baigne en permanence dans le spectaculaire. Si Abigail est un peu sceptique au début, elle se passionne rapidement pour tout ce qui touche aux affaires dont s’occupe de détective. Elle veut de l’aventure, elle ne veut plus s’ennuyer en restant tranquillement chez elle. Jackaby lui offre en quelque sorte tout ce qu’elle a toujours voulu. De l’original et de l’inattendu.

« Jackaby, je le découvrais rapidement, avait la capacité d’ouvrir ce recoin de mon cerveau. Un recoin petit et calme, à l’intérieur duquel j’avais vécu quand j’étais plus jeune. Là, tout était possible; la magie n’était pas une improbable rêverie diurne, mais un fait concret et évident… qui était simplement hors de portée. »

Jackaby trimbale toutes sortes de choses étranges dans ses poches, vit dans une grande maison avec un canard et un fantôme. Il a un ordre de classement particulier pour ses livres, voit les auras colorées des gens et sait reconnaître les ombres, les monstres et la mort dans le monde dans lequel nous vivons. Ce que le commun des mortels ne peut déceler.

« J’ai cessé de me préoccuper de la façon dont les autres voient les choses. Je vous suggère de faire de même. L’expérience m’a appris que les autres ont tort le plus souvent. »

Jackaby n’est pas très apprécié par la majorité des gens. Il dérange les policiers, les gens le croient fou. On se moque de ses « visions » et de ce qu’il peut voir. Il est souvent perçu comme un intrus qui ne se soucie pas des lois, comme quelqu’un qui ne comprend rien au monde dans lequel il vit. C’est un marginal et un original. C’est sans doute la raison pour laquelle je l’ai tout de suite aimé. Abigail découvre en même temps que nous ce personnage haut en couleurs et les descriptions qu’elle en fait son souvent loufoques et amusantes, mais aussi touchantes. La jeune femme est sensible à ce que peut vivre Jackaby, avec ses capacités hors du commun.

 » Un frisson glacé me parcourut l’échine. Au-delà de l’étrangeté même du spectacle, il y avait quelque chose de profondément perturbant dans les cris muets de cette femme. Un indéfinissable spasme de chagrin et de terreur me traversa. Était-ce cela, la vie que menait Jackaby? La mort, la folie et le désespoir qui l’attendaient derrière chaque porte? »

Quand des décès particulièrement étranges commencent à se produire dans la petite ville de New Fiddleham, Jackaby apparaît sur les lieux en traînant dans son sillage Abigail. Elle se retrouve alors plongée dans une enquête pour meurtre qui prend des proportions vraiment particulières, surtout quand elle commence à réaliser que le monde ne se limite peut-être pas à ce que l’on perçoit…

« Je me sentais toujours un peu stupide de parler de légendes populaires délirantes et de meurtres dans le même souffle. »

L’enquête est intéressante et il y a un petit suspense, mais ce n’est pas tant pour l’enquête que pour l’ambiance et les particularités du monde de Jackaby que j’ai pris plaisir à cette lecture. On y croise toutes sortes de créatures issues des légendes, fascinantes et impressionnantes. Quant à Jackaby, c’est une sorte de Sherlock Holmes du fantastique et il me plaît beaucoup! Il est intéressant que ce soit une personne extérieure, Abigael, qui raconte l’histoire de Jackaby, un peu comme c’était le cas entre Sherlock Holmes et le Docteur Watson.

Un roman jeunesse bien plaisant à lire et que je vous conseille si le genre vous intéresse. C’est un premier tome qui me donne vraiment envie de découvrir les autres!

Jackaby, William Ritter, éditions Bayard, 352 pages, 2018

Thornhill

ThornhillMary a habité là pendant des années. Entre ses murs, elle a vécu les pires moments de sa vie. Ella, elle, ne peut s’empêcher d’observer cet étrange endroit depuis sa chambre. La nuit, elle se demande ce qu’il cache. Certains ne voient en lui qu’un vieil orphelinat. D’autres sont au courant de son secret… Mais tout le monde connaît son nom. Thornhill.

Je ne connaissais rien de ce roman avant de mettre la main dessus. J’ai été tout de suite attirée par l’objet-livre: couverture rigide, pages noires et blanches, tranches du livre noires. Il y a quelque chose de très « halloweenesque » dans l’apparence de ce roman qui pousse à le découvrir. J’ai lu le résumé, qui me donnait l’impression que j’allais lire une histoire terrifiante, quelque chose d’un peu effrayant, de gothique ou en lien avec un lieu hanté. C’est très attirant. Sauf que ce livre n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais…

Il y a certaines choses que j’ai adoré dans ce roman, mais en général l’histoire ne m’a pas plu plus que cela. Commençons par les points positifs. L’objet en lui-même est magnifique, tout en noir et blanc. J’ai aussi beaucoup aimé la présentation, qui me rappelle les très beaux livres de Brian Selznick, en alternant le texte et l’image. Ici, l’image raconte une histoire, autant que les portions de texte, un peu comme le fait très bien Selznick.

Le roman nous présente deux fillettes. Mary, qui écrit son journal en 1982 et vit à Thornhill, un vieil orphelinat. Son histoire, ce sont les portions de texte. Et il y a Ella, qui vient d’aménager en face de Thornhill et qui découvre peu à peu l’histoire de Mary. Ella vit en 2017 et son histoire est uniquement racontée en images. Les chapitres alternent entre les deux. Le résumé, l’apparence du livre et même l’avertissement au début des données de publication (Ce livre peut provoquer des frissons de peur), me donnaient l’impression que j’allais ouvrir un roman d’horreur. C’est un peu le cas, mais pas au sens où je le comprenais.

Thornhill est l’histoire d’un harcèlement psychologique intense envers une fillette différente, coincée dans un orphelinat où chacun lui fait la vie dure. Même les intervenants se fichent d’elle et ne font rien. La manipulation, l’humiliation, les moqueries, sont le lot quotidien de Mary. Pour rester saine d’esprit, la fillette frappée de mutisme sélectif, construit des poupées et des figurines. Sa chambre de l’orphelinat en est remplie. Dans le livre, elle raconte ce qu’elle vit jour après jour, la façon dont Elle, la harcèle. La façon dont Mary vit avec ce fardeau, sa tristesse, son malheur. Le fait qu’elle n’en parle à personne et qu’elle continue de subir. Nuit et jour, Elle la harcèle. Elle c’est sa harceleuse, mais elle n’a pas de nom.

« Les coupures sur mes mains et mes pieds guérissent. Les signes extérieurs de ce qui m’est arrivé sont en train de s’effacer. Mais à l’intérieur, je suis brisée. »

De l’autre côté de la rue, des années plus tard, Ella part en exploration à Thornhill. Elle découvre l’histoire de Mary. Elle tombe sur des poupées, laissées ici et là dans les jardins et dans la demeure. Elle entreprend de les restaurer et de les retourner à sa propriétaire. Ella est aussi seule que pouvait l’être Mary.

La seule chose qui adoucit la vie de Mary, c’est d’avoir accès au jardin. Comme elle lit beaucoup, il y a plusieurs référence au livre Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett. Mais même le jardin lui sera enlevé. C’est ce que j’ai trouvé lourd finalement dans l’histoire. Tout s’acharne continuellement sur Mary et elle ne fait que subir et subir.

Thornhill est en fait une histoire de grande solitude, de harcèlement physique et psychologique, de colère, de tristesse et d’injustice. Je m’attendais à lire quelque chose de fantastique (oui, il y a un brin de fantastique, mais encore là pas dans le sens où je m’y attendais) tout comme je ne m’attendais pas à une histoire de harcèlement. Je n’avais pas particulièrement envie de lire ça, des scènes d’agression qui se poursuivent jour après jour alors que Mary ne dit rien et que personne n’intervient. Même si c’est un problème dont on doit parler, un thème qu’il est essentiel de retrouver dans la littérature, j’ai eu un malaise avec cette histoire parce que ce n’est pas ce que je m’attendais à y trouver et pas particulièrement le genre d’histoire que j’avais envie de lire. Même chose pour les poupées. Je n’ai pas vraiment d’intérêt pour ces objets et je n’avais pas particulièrement envie de lire une histoire où elles sont au centre du roman.

Je m’attendais donc à toute autre chose en lisant ce livre, de là ma grande déception. En connaissant à l’avance les thèmes abordés, je ne l’aurais sans doute pas lu. J’ai peut-être mal interprété la quatrième de couverture, mais je m’attendais à une histoire de fantôme effrayante… J’ai tout de même aimé la fin, qui laisse un sous-entendu intéressant. Reste que Thornhill est un endroit terrifiant, surtout lorsqu’on lit les dernières pages. L’histoire, cependant, n’est pas vraiment ce que j’espérais.

Vous avez lu ce livre? Vous l’avez aimé? Est-ce que vous vous attendiez à autre chose en le lisant?

Thornhill, Pam Smy, éditions du Rouergue, 544 pages, 2019