La vengeance du pardon

vengeance du pardon photoQuatre destins, quatre histoires où Eric-Emmanuel Schmitt, avec un redoutable sens du suspens psychologique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences. Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

La vengeance du pardon regroupe quatre nouvelles totalement différentes. Chaque histoire, à sa façon, traite de l’amour d’une part et de l’indifférence de l’autre. Toutes les nouvelles montrent deux côtés, le bien et le mal qui se côtoient. L’auteur démontre ce qui, entre les deux, va remporter le jeu. Chaque histoire met en scène un personnage qui aime et un autre qui profite des faiblesses ou de la gentillesse de l’autre. Le titre, La vengance du pardon, est extrêmement bien choisi.

Voici un petit résumé de chacune des histoires du recueil:

Les soeurs Barbarin
Une nouvelle mettant en scène deux jumelles, dont l’une jalouse l’autre, parce qu’elle se sent inférieure à elle. Elle va donc tenter de la rabaisser pour se rehausser. Malgré cela, la nouvelle parle de l’amour inconditionnel d’une soeur pour l’autre.

Mademoiselle Butterfly
William, un adolescent qui vit entouré d’amis fortunés, va passer du temps dans le chalet de la famille de l’un d’entre eux, dans les Alpes. Sur le haut de la colline, il aperçoit une fille qui se promène, qui est de son goût. Un pari cruel fera vivre à la jeune femme amoureuse des moments d’espoir vain et de grande détresse. Cette nouvelle fait écho à l’opéra de Puccini, Madame Butterfly. C’est une sorte de réécriture plus contemporaire de cet opéra. On retrouve d’ailleurs dans la nouvelle une scène où William se retrouve dans une salle… pour assister à Madame Butterfly.

La vengeance du pardon
Cette nouvelle parle d’une traductrice, qui a vécu une grande tragédie. Elle décide alors d’affronter la personne qui est à l’origine de ce qu’elle a vécu afin d’avoir des réponses à ses questions et de le confronter afin de lui faire réaliser ce qu’il lui a fait vivre. Le monde décrit dans la nouvelle m’a moins captivé au début. Par la suite, la nouvelle devient plus intrigante et plus intéressante.

Dessine-moi un avion
Cette dernière nouvelle raconte l’histoire d’une très jeune fille et d’un vieil homme qui a fait la guerre. C’est la curiosité de la fillette qui l’amène à créer un lien avec son voisin. Il lui fera la lecture du Petit prince. La petite fille est très allumée et les deux ont des discussions intéressantes autour du livre. Encore une fois, cette nouvelle se base sur une oeuvre, Le petit Prince de St-Exupéry.

Mes nouvelles favorites sont vraiment les deux premières. C’est la forme très imagée de l’histoire, la façon dont je me suis laissé porté par les personnages, qui font que j’ai préféré ces deux histoires. En lisant le recueil, le lecteur a tendance à se ranger à l’un ou l’autre des personnages de chacune des nouvelles. Je trouve que la beauté des personnages, la façon dont l’auteur amène la réflexion et les émotions m’a plus touché dans les premières histoires que dans les deux dernières, même si elles nous font toutes passer un excellent moment.

Ce que j’aime, c’est que Schmitt écrit des nouvelles qui se lisent comme de petits romans. Il utilise habilement le passé pour nous faire mieux comprendre le présent de ses personnages. C’est un habile jeu littéraire que l’auteur réussit dans chacun de ses livres.

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j’adore. Je suis son travail de près, ce qu’il fait me plaît souvent beaucoup. Je retrouve dans ces nouvelles le même genre d’écriture que dans ses derniers romans. Son travail est minutieux, ses histoires sont passionnantes. Je ne suis pas un grand lecteur de nouvelles, mais cet auteur y excelle et ce fut une très bonne lecture.

Quelques mots extraits de Dessine-moi un avion:

« Dans un jardin, il y a des mois ingrats et des mois généreux. Avril inaugure cette période munificente où le travail exécuté toute l’année porte ses fruits, ses fleurs, ses feuilles. La terre récompense celui qui lui témoigna fidélité durant l’automne et l’hiver. »

La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 325 pages, 2017

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Kentucky Straight

Kentucky Straight« Personne sur ce flanc de colline n’a fini le lycée. Par ici, on juge un homme sur ce qu’il fait, pas sur ce qu’il a dans la tête. Moi, je chasse pas, je pêche pas, je travaille pas. Les voisins disent que je réfléchis trop. Ils disent que je suis comme mon père, et maman a peur que peut-être ils aient raison. »
Le Kentucky Straight est un bourbon pur. Chris Offutt raconte un Kentucky qui ne figure sur aucune carte. Des histoires de familles, d’hommes et de femmes âpres et dignes, à l’image de ce pays où on l’on apprend très jeune le sens du mot « survie ».

Kentucky Straight est un recueil de neuf nouvelles parfaitement maîtrisées. Les histoires racontées par Chris Offutt se déroulent dans les collines du Kentucky, au pied des Appalaches. Les familles qui y vivent sont pauvres, leurs actions sont souvent dictées par la Bible et par certaines croyances. Ils n’ont pas beaucoup de scolarité et les enfants qui grandissent savent rapidement que tout se joue sur la survie dans ce pays rude et difficile. La région n’est pas très attractive, plutôt éloignée de tout, boueuse, pluvieuse, coincée dans les collines et offrant à la vue un « paysage vertical ».

« Personne ne vient. Ici, c’est un endroit d’où les gens partent. »

Le talent de Chris Offutt est de créer des petites mondes qui se suffisent à eux-même. Chaque nouvelle a un cadre bien particulier, présente des personnages qui sont élaborés et le lecteur est rapidement happé par le quotidien âpre de ces hommes et ces femmes. C’est un réel exploit en si peu de pages.

La nature est hostile et source de danger, alors que l’humain lui, est parfois encore plus inquiétant. Tout le monde se connaît, tout le monde a des liens, mais chacun fait sa petite affaire dans son coin.

Les personnages ne sont pas toujours conscients de leur position dans la société. Ils vivent un peu à part, dans un microcosme. La nature est parfois hostile dans ce pays, mais les connaissances qu’il faut avoir pour survivre contrebalancent celles qu’on apprend sur les bancs d’école.

« Je me baladais dans les collines en pensant à ce que je connaissais sur la forêt. Je sais dire le nom d’un oiseau à son nid et d’un arbre à son écorce. Je sais qu’une odeur de concombre signifie qu’une vipère cuivrée n’est pas loin. Que les mûres les plus sucrées sont près du sol et que le robinier fournit les meilleurs piquets de clôture. Ça m’a fait drôle d’avoir dû passer un test pour apprendre que je vivais en dessous du seuil de pauvreté. »

Les nouvelles du recueil m’ont toutes beaucoup plu. Les personnages sont variés: des hommes, des femmes, des travailleurs, des jeunes aussi. La première nouvelle, La sciure, commence par l’extrait en résumé. C’est une histoire qui amène une réflexion sur l’étude et le travail dans ce coin du monde, racontée par un jeune homme. Idem pour Blue Lick River, dont le personnage principal, qui est encore un enfant, se frotte à l’administration. Élévation et Mauvaise herbe parlent de travailleurs (au sens large dans certains cas), alors que Ceux qui restent et Tante Granny Lith abordent les croyances. Ces deux nouvelles débordent un peu de notre monde et ont des airs d’histoires fantastiques. Ou presque. Un petit quelque chose de mystérieux qui m’a bien plu. Les deux nouvelles intitulées Le billard et Le fumoir parlent de jeu et de leurs conséquences.

Les femmes ne sont pas épargnées dans ces nouvelles, même si ce sont souvent les hommes qui meurent et sont blessés, les femmes restent pour s’occuper de ce qui est encore là.

« La pire chose que j’aie jamais faite a été de survivre à mon épouse. Les femmes ont la vie dure par ici. J’dis pas que les hommes se la coulent douce, j’ai un frère bûcheron qui s’est pris un arbre sur la tête, c’est juste que les femmes ont même pas les petits moments de détente des hommes. »

Le monde de Kentucky Straight est un monde où chacun a un fusil à portée de main, où l’on joue à l’argent pour se désennuyer, où l’on meurt souvent trop jeune, où l’on boit beaucoup. Un monde où chacun essaie de tirer son épingle du jeu, quitte à frayer avec ce qui n’est pas tout à fait légal ou à se battre pour parvenir à ses fins. Malgré tout, l’auteur nous offre le portrait de gens qui vivent et se débrouillent comme ils le peuvent, souvent avec ce qui se trouve à portée de main. Comme le dit si bien un des personnages:

« Les gens n’aiment pas les chouettes parce qu’elles vivent dans les cimetières, mais il se trouve qu’elles ont besoin d’un grand arbre et qu’on ne coupe pas les arbres des cimetières. N’aie jamais peur de quelque chose à cause de là où il vit. Ça vaut aussi pour les gens. »

Un auteur à découvrir, assurément!

Kentucky Straight, Chris Offutt, éditions Gallmeister, 176 pages, 2018

Volt

voltKrafton, petite ville imaginaire de l’Amérique profonde aux allures bibliques, où abondent secrets inavouables, crimes anciens et chagrins enfouis est le décor des nouvelles d’Alan Heathcock. L’écriture puissante et lyrique, le suspense sombre qui imprègne ce paysage, et la poésie avec laquelle l’auteur évoque la violence inhérente à l’Amérique marquent la naissance d’un écrivain au talent singulier, salué par le New York Times et Publishers Weekly comme l’auteur d’un des meilleurs livres de l’année.

Krafton est le centre des huit nouvelles qui constituent toute l’essence de Volt, un recueil qui se lit presque comme un roman, tant chaque histoire est reliée aux autres par les lieux ou les personnages. On retrouve par exemple régulièrement Helen, une ancienne employée d’épicerie devenue, par vote populaire, chérif de la région. Ce qui était à la base une blague est devenue une mission pour cette femme qui n’hésite pas à faire quelques entorses à la justice quand les lois ne sont pas du bon côté.

Chacune des nouvelles de Heathcock sont des petits mondes en soi. Les personnages ont tellement de substance qu’ils prennent littéralement vie. Les écorchés, les repris de justice, les marginaux sont légion dans ce village rural où la vie est dure, où l’on survit sur des fermes qui demandent beaucoup de travail et où la pauvreté et le manque d’éducation est un véritable fléau. La violence est latente jusqu’à ce qu’un beau jour elle explose. On imagine très bien la petite communauté engluée dans ses vieilles habitudes. Entre ceux qui sont condamnés à errer (ou à fuir) Krafton et les autres, qui tentent simplement d’y survivre, Heathcock nous dresse un portrait sombre de cette petite ville à l’écart, menée par la religion, même quand on n’est pas vraiment croyant.

« J’ai juste besoin d’un peu de repos, se dit-elle. De quelques minutes pour me ressaisir. Puis elle imagina Dieu au paradis tout aussi las, avachi sur son trône doré, optant pour une ou deux inondations plus modestes pour voir si les hommes pourraient se sauver tout seuls et lui épargner cet effort. »

Dans La fille, la nouvelle la plus percutante à mon avis, une femme tente de s’isoler dans un labyrinthe créé dans ses champs de maïs, pour survivre au deuil de sa mère. Elle perçoit comme une menace les enfants venus jouer sur ses terres. Le train de marchandises est une errance dans la nature qui a pour point de départ la perte d’un enfant. La perte et le deuil est bien souvent au centre des histoires, mais on ne le réalise qu’en tournant la dernière page. Le thème central reste la communauté rurale de Krafton. Et le souvenir des dégâts causés par une grave inondation. On imagine un monde boueux, pas tout à fait remit des vestiges laissés par l’eau.

« Les choses disparaissaient. Les gens disparaissaient. Les nuages laissaient la place au soleil qui laissait la place à la nuit. Seuls les sentiments, comme les esprits, perduraient, gravés à l’arrière de nos yeux, mêlés à notre moelle. »

Volt est un recueil de nouvelles très maîtrisé, ce qui est en soi plutôt étonnant vu qu’il s’agit d’une première publication. La qualité de l’écriture, rude et poétique, les histoires à la fois dures et sensibles, et les personnages qui hantent les pages sont du genre qu’on n’oublie pas. On peut espérer que l’auteur ne s’arrêtera pas de si bon chemin!

C’est avec Volt que je termine ma participation à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Volt, Alan Heathcock, éditions Albin Michel, collection Terres d’Amérique, 320 pages, 2013

Les Perséides

IMG_0256Toronto. Cité pluriethnique où l’on peut croiser des centaines de personnes tout en restant terriblement seul. Ville tentaculaire que l’on sillonne chaque nuit en faisant de nouvelles découvertes et où l’indicible n’est jamais très loin.
Au cœur de cette métropole se niche une petite librairie plutôt étrange : Finders. Vous y trouverez sans aucun doute les livres que vous cherchiez depuis toujours et aussi, qui sait?, certains que vous n’imaginiez même pas. Porte ouverte sur des mondes qui n’existent pas, ou pas encore, Finders est un endroit à nul autre pareil. Poussez la porte, si vous l’osez…

Le recueil Les Perséides est ma première rencontre avec l’auteur canadien Robert Charles Wilson. Et quelle rencontre! Je referme ce livre avec l’impression particulière d’avoir voyagé très loin et de m’être posé mille questions. C’est un recueil de science-fiction, qui flirte parfois avec l’horreur, la limite étant assez floue. Cependant, ce livre me laisse le sentiment d’une écriture intelligente, qui pousse beaucoup plus loin que le simple récit, la simple fiction.

« L’imagination est aussi un endroit où des choses vivent. »

Le recueil contient neuf nouvelles et une postface. Les neufs histoires ont presque toutes en commun d’évoluer à plus ou moins de distance de la librairie Finders. Un lieu étrange, tenu par un bonhomme étrange qui joue avec les mots, les illusions et les gens. La première histoire, Les champs d’Abraham, nous plonge dans les bas fonds de Toronto, alors que Jacob essaie de survivre et de s’occuper de sa grande sœur malade en jouant au traducteur et en disputant des parties d’échec. Il va à la librairie régulièrement où l’obtention d’un livre est l’enjeu d’une partie d’échec. C’est avec cette nouvelle passionnante et effrayante que le recueil débute. Ma lecture commençait vraiment bien, Les champs d’Abraham est sans doute ma nouvelle favorite de ce recueil. C’est là qu’on perçoit la part sombre et terrible du vieil Oscar Ziegler, le libraire à qui appartient Finders.

« On ne peut pas vivre dans deux mondes à la fois. On peut aimer l’humain ou aimer… autre chose. Mais pas les deux. Non, pas les deux. »

Une autre nouvelle qui m’a particulièrement intéressée et qui est un peu différentes des autres, c’est L’observatrice. Elle met en scène une jeune fille de quatorze ans en proie à des « problèmes psychologiques » et envoyée chez son oncle homosexuel vivant en Californie pour se « refaire une santé ». Il est trop occupé à ses mondanités et ses relations pour s’occuper de sa nièce. La jeune fille se tourne alors vers Edwin Hubble, le célèbre astronome américain, pour avoir de l’aide. Cette histoire très belle et étrange est captivante. C’est la seule à ne pas évoluer dans l’axe de la librairie Finders et la seule qui se déroule dans un autre pays.

J’ai aimé l’ensemble des nouvelles de ce recueil. Beaucoup abordent le thème de l’astronomie, des étoiles, de l’espace. Plusieurs personnages observent les étoiles et ont des réflexions intéressantes sur le sujet. J’ai particulièrement apprécié cet aspect du recueil, étant fascinée par l’astronomie et le ciel en général.

« Les quelques corps célestes qu’on parvient à voir briller malgré la pollution sont à peu près aussi excitants qu’un poisson échoué sur la plage. Mais en s’éloignant suffisamment de la ville, on voit encore le ciel de la même manière que nos ancêtres, comme un abîme au-delà du bout du monde dans lequel les étoiles évoluent, aussi implacables et inabordables que les âmes des morts d’antan. »

On pourrait qualifier le recueil de Wilson de nouvelles urbaines, tant la ville de Toronto principalement est au centre de l’histoire, avec ses rues, ses plans, ses vieux immeubles, sa faune particulière. Il y est beaucoup question de science, ce qui m’a passionnée, de personnages d’intellectuels ou de professeurs qui travaillent dans des domaines scientifiques et en questionnent les découvertes ou les théories.

Il y a une phrase de la dernière nouvelle qui résume assez bien l’idée générale du recueil:

« Les gens parlaient d' »illumination », mais ce n’était pas le terme qui convenait. En fait, c’était après les limites du monde matériel qu’elle courait. Les limites de la réalité, l’endroit où est rencontre pourrait être. »

Ce recueil de nouvelles de science-fiction regroupe des histoires intelligentes, qui poussent le questionnement de la vie après la vie, d’autres mondes, d’aspects scientifiques ou de la recherche à un niveau réellement intéressant. L’idée d’une vieille librairie à la magie inquiétante où les coïncidences affluent et où les événements se croisent et s’entrecroisent est excellente. Même quand il n’en est question que superficiellement, l’ombre de Finders plane un peu sur toutes les histoires. On sait que c’est  et que l’inquiétant et mystérieux propriétaire n’est pas très loin. Le nom de la librairie, Finders, veut d’ailleurs dire « trouveur » ou « chercheur », ce qui prend tout son sens.

Une belle surprise pour moi que cette première rencontre avec Robert Charles Wilson, qui me donne envie de relire l’auteur. J’ai d’ailleurs Les affinités dans ma pile, que je compte lire prochainement.

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Les Perséides, Robert Charles Wilson, éditions Folio, 384 pages, 2017

Un été indien

un été indienEn quelques pages, Truman Capote prouve dans cette nouvelle sa puissance émotionnelle, loin du mythe de l’écrivain star adepte des colonnes mondaines. Un jeune garçon, Bobby, doit quitter la ferme de son enfance pour rejoindre les bancs de l’école. Derrière le masque de la fiction, on retrouve la nostalgie et la mélancolie qui planent sur toute l’oeuvre de Capote. Un petit bijou de délicatesse.

Bobby commencera bientôt l’école. Son père, qui a reprit la ferme familial et qui s’occupe de la terre depuis quelques années n’en peut plus. Il veut, pour lui, sa femme et surtout son fils, beaucoup plus qu’un bout de terrain cultivé à la sueur de son front, sans machinerie.

Au début, le titre m’a semblé mal choisi. Un été indien… Mais en fait, tout commence (et changera) pendant l’été indien. Le reste de l’histoire se déroule en automne et surtout en hiver. La famille de Bobby déménage pendant une forte tempête de neige. Leur nouvelle vie me fait penser à cet exode vers la ville qu’a connu de nombreuses familles à une certaine époque. Partir pour la ville était le lot de plusieurs et symbole de toutes les promesses. Alors qu’aujourd’hui, plus que jamais, c’est un peu l’inverse que l’on vit.

Un été indien est une nouvelle très touchante. Elle parle de changement, mais placera aussi Bobby dans une situation difficile. Il doit dire adieu à ses grands-parents, avec tout ce que ça implique pour un couple âgé d’être tout à coup « abandonné » par leurs proches au profit d’un étranger. Il y a toute cette réflexion autour du temps qui passe, des gens qui changent et qui finissent par « oublier » ceux qu’ils ne fréquentent plus quotidiennement.

Cette histoire est pleine de mélancolie, mais c’est aussi un portrait familial teinté de tristesse car l’annonce de la décision prise par le père aura un impact important sur toute la famille. L’écriture est fine, très visuelle. J’ai bien aimé cette nouvelle et je lirais bien autre chose de Truman Capote, étant donné que l’autre ouvrage que j’ai lu de lui, De sang froid, (que je compte bien relire) m’a laissé une impression très profonde.

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Un été indien, Truman Capote, édition Rivages poche, 52 pages, 2006