Diane n’est pas sortie du bois

« Ce jour-là, notre conversation avait doucement dérivé de la météo aux vacances, que l’on passerait probablement en ville, dans la fausse fraîche de nos appartements climatisés respectifs.
— Vous pourriez aller à la cabane, a doucement soufflé Madeleine. »
Les premiers temps suivant sa réorientation, superviser le groupe des petits au service de garde de son école de quartier a été pour Diane une source de bonheur immense, mais là… les derniers mois ont été longs. Rien de tel pour se requinquer qu’un séjour au chalet. Surtout si celui-ci nous appartient (ou presque).

Diane n’est pas sortie du bois est une nouvelle vacancière qui se déroule dans l’univers des romans de Marie-Renée Lavoie: Autopsie d’une femme plate et Diane demande un recomptage. Je n’ai pas lu ces deux romans. En fait, cette nouvelle est ma première incursion dans l’univers de l’auteure. Et j’ai vraiment beaucoup aimé! Nul besoin d’avoir lu les romans pour apprécier cette petite histoire.

Diane est à un tournant dans sa carrière. Son amie Claudine en a plein les bras avec ses deux filles adolescentes. Quand Madeleine, une femme de 91 ans, leur propose d’aller faire un tour « à la cabane » pour changer d’air et s’échapper un peu du quotidien, elles s’imaginent un vieux shack décrépit perdu dans le bois. Surtout que la vieille femme n’y est pas allée depuis des années. Mais l’offre est tentante pour les deux femmes qui se sentent submergées. Diane et Claudine décident donc d’accepter l’invitation, à la condition que Madeleine les accompagne. Ces vacances imprévues leur réservent toute une surprise!

« Madeleine, 91 ans, entrant par effraction dans son propre chalet, ça valait déjà le voyage. »

Cette nouvelle est du bonbon! C’est drôle, bien écrit et on passe un très bon moment. J’ai vraiment beaucoup aimé. Ça me donne envie de découvrir les romans de Marie-Renée Lavoie, que je ne connais pas encore. Comme c’est dans la même veine, ça promet d’être bon!

Je vous conseille donc cette petite plaquette vraiment agréable. Les personnages sont amusants et les situations bien réjouissantes! C’est le genre de livre que j’aime bien lire d’une traite, entre deux plus grosses lectures. Le format court s’y prête bien et la plume, plutôt joyeuse, aussi. Une jolie découverte!

Diane n’est pas sortie du bois, Marie-Renée Lavoie, éditions XYZ, 56 pages, 2022

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« Je n’ai jamais lu Baudelaire »

Patrice, dans son Clova à flanc de rails et de forêt, a réinventé sa façon d’être libraire. La nuit, les doigts sur le clavier, il alimente sa boutique virtuelle, correspond avec sa toile d’invétérés du livre rare et précieux. Le jour, il emballe les paquets que le train emportera vers le reste du monde. Et ça fonctionne, un univers prévisible et doux comme la tartine matinale. Jusqu’à l’arrivée de Gladys et de son cortège funèbre.

« Je n’ai jamais lu Baudelaire » de Jocelyne Saucier, sous-titrée « nouvelle au bout du rail » est une nouvelle se déroulant dans l’univers du roman À train perdu de la même auteure. On peut la lire séparément sans problème. De mon côté, cette lecture m’a donné envie de lire le roman.

Cette nouvelle raconte le quotidien de Patrice, libraire urbain converti en libraire rural. Il a troqué sa librairie physique pour une librairie en ligne et il expédie ses colis par train. Son petit coin en pleine nature, fait de maisons éparpillées, de véhicules récréatifs à quatre roues et de forêt, lui permet une vie un peu à l’écart. Patrice trouve, via les demandes de livres qu’il reçoit de ses clients, des liens d’amitié et d’échanges. Et il y a le train. Qui amène avec lui les boites d’épicerie et des personnages de passage dans la vie de Patrice.

J’ai bien aimé cette courte nouvelle qui nous plonge entre la ville et la forêt, dans un monde de livres et de correspondance. Ça m’a donné envie de découvrir le roman qui a inspiré cette nouvelle. J’ai aimé l’écriture et l’atmosphère un peu feutrée. C’était une petite lecture fort agréable, qui parle de livres, de train et d’amitié, mais aussi de perte et de deuil. 

« Une maison sur le bord d’un lac, des murs chargés de livres, un dépôt à mon compte bancaire chaque quinzaine et Marthe ce matin encore avec un pain tout chaud enroulé dans un carré de papier kraft, que demander de plus. L’urbain que j’étais se découvre des zones inexplorées. Comment ai-je pu être aussi longtemps ignorant de moi-même? »

Avez-vous découvert cette nouvelle collection Draisine chez XYZ éditeur? Il y a quatre titres jusqu’à maintenant. J’aime beaucoup par ma part. Je trouve les textes de qualité, même s’ils sont très courts. Ici, l’auteure installe son univers en moins de 65 pages. J’aime ces petites plaquettes à lire, le temps d’une soirée!

« Je n’ai jamais lu Baudelaire », Jocelyne Saucier, XYZ éditeur, 64 pages, 2022

Sous les plumes du vent

Ce recueil de nouvelles traite essentiellement de destins, dont il n’est pas si évident d’en diriger la course. Les thèmes de la solitude et de l’ennui, de l’enfermement et de l’incommunicabilité sont récurrents et traités dans des bouts du monde et des atmosphères variés. Certaines nouvelles, comme une bouffée d’oxygène, sont un peu plus légères.

L’auteur est anthropologue. Il travaille dans différentes communautés autochtones du Québec et il s’inspire du temps passé là-bas pour écrire. Toutes les nouvelles ne sont pas forcément dans l’univers des Premières Nations, mais chacune parle de destins et de la difficulté pour l’humain d’en dévier.

Le recueil comprend neuf nouvelles (mais la dernière est divisée en six tranches de vie) et chacune est vraiment très différente des autres. Certaines parlent des peuples et coutumes autochtones, souvent confrontés à la vie moderne. D’autres racontent des moments particuliers dans la vie des personnages, d’autres encore semblent puiser dans les contes et légendes.

Les thèmes sont variés, les époques aussi et le ton change également d’une nouvelle à l’autre. J’ai bien aimé ce côté-là des nouvelles puisqu’on ne sait jamais vraiment de quoi sera faite la prochaine histoire. Ma préférée demeure La plus belle conquête de l’homme qui parle de nature, de projet social et de guérison autochtone. C’est l’une des nouvelles les plus lumineuses du recueil. Je trouve aussi que ce texte est un bel exemple de résolutions de problèmes, d’avancement, de beaux projets, versus une bureaucratie interminable qui laisse peu de place à la débrouillardise et à l’innovation.

« J’ai rêvé que mes rêves se réalisaient
J’ai rêvé d’un monde meilleur
J’ai rêvé d’un monde impossible
Mais j’ai rêvé. »

J’aime beaucoup lire des nouvelles quand l’occasion se présente. J’ai passé un très bon moment de lecture avec ces histoires, très humaines, même si certains sont plus dures ou plus tristes. L’écriture m’a beaucoup plu et j’ai trouvé que l’auteur était doué pour les nouvelles, un genre parfois difficile à maîtriser. J’ai bien aimé cette découverte. 

Sous les plumes du vent, Garlonn, éditions Stratégikus, 114 pages, 2022

Tout ce qui reste de nous

Trois histoires de science-fiction ou de « speculative fiction » qui racontent la perte, le sentiment de fin, l’importance des souvenirs, dans des mondes crépusculaires ou en danger de mort. Voyage dans une autre dimension, accident d’un vaisseau spatial, fable sur la fin d’un monde, ces récits particulièrement émouvants proposent une approche spirituelle des questionnements actuels sur le progrès et la fin du monde, et les conséquences sur nos sentiments.

J’ai tout de suite été attirée par la bande dessinée de Rosemary Valero-O’Connell pour une bonne raison: il s’agit de science-fiction. Ce qui me semble assez rare en bandes dessinées, surtout ce genre de science-fiction. Celle que j’aime lire dans les recueils de nouvelles par exemple. Ici, c’est encore mieux puisqu’il s’agit de trois histoires. Trois nouvelles qui explorent des thèmes comme notre besoin des autres, la perte (de l’autre, de la mémoire, de notre monde) et les souvenirs. Leur force comme leur fragilité.

« …Je ne me rappelle pas.
-Eh bien, ça ne devait pas être si important. »

Le livre contient les histoires suivantes:

Tout ce qui reste de nous
Il s’agit de la première histoire, qui donne son titre à la bande dessinée. Ici, l’auteure parle d’un étrange escalier qui nous propulserait dans un autre monde. Quand une femme y perd son amoureuse, elle part à sa recherche dans un univers qui dévore les histoires des gens et s’en nourrit.

Ce qui reste
La seconde histoire raconte un projet encore en test, le Cœur de la Mémoire. C’est une sorte de moteur qui utilise les ondes cérébrales produites par les souvenirs.

Con Temor, Con Ternura
Cette histoire complète le recueil. Le titre signifie quelque chose comme Avec peur, avec tendresse. Elle raconte un monde où vit une géante endormie. L’ombre de son hypothétique réveil plane sur cette société.

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée. Je trouve que le format et le concept sont très intéressants. La chute de chacune des histoires laisse une grande place à l’imagination. Les récits sont oniriques, enveloppants et poétiques. J’ai plongé dans ce livre en ne sachant pas trop où j’allais. J’en ressors avec une réflexion sur notre monde, notre humanité et sa fragilité. C’est une bd que j’ai trouvé très intéressante. J’aime beaucoup la science-fiction et la façon dont l’auteure aborde ses thèmes est particulière. Le dessin est délicat et joli. C’est vraiment agréable à lire. Si vous cherchez quelque chose de différent je vous la conseille!

« Quoi que vous vouliez faire, faites-le maintenant. Où que vous vouliez être, soyez là ce soir. »

Tout ce qui reste de nous, Rosemary Valero-O’Connell, éditions Dargaud, 120 pages, 2021

La fausse barbe du père Noël

Avez-vous déjà rêvé d’un Noël différent ? La dinde aux marrons, les cadeaux sans surprise et les bûches au chocolat écœurantes, on finit par s’en lasser. Que diriez-vous d’une tourte à la viande explosive, d’un abominable homme des neiges de compagnie ou d’une perdrix très serviable dans un poirier ? Et si le père Noël s’en allait travailler dans un zoo, ou semait le chaos dans un magasin de jouets, voire se faisait arrêter pour effraction ? Plongez dans le monde fantastiquement drôle de Terry Pratchett pour un plaisir festif à nul autre pareil. À la lecture de ces onze nouvelles, vous allez vous esclaffer, vous étouffer et pleurer (de rire) – vous ne verrez jamais plus Noël du même œil.

J’avais envie de lire quelque chose d’abordable pendant la période des Fêtes et j’ai donc décidé de livre La fausse barbe du père Noël, un recueil de nouvelles ou de contes, vraiment très agréable à découvrir. Il s’agit d’une première lecture pour moi de la plume de Terry Pratchett, un auteur très prolifique que je n’avais encore jamais lu. Ce fut donc une belle découverte. 

Malgré le titre qui laisse supposer qu’il s’agit d’un livre de Noël, ce n’est pas tout à fait le cas. Certains contes sont plus festifs et se déroulent à Noël ou en hiver, mais plusieurs autres histoires ont d’autres thèmes et se déroulent à différents moments de l’année. C’est un recueil fantastique, dans le même genre de monde un peu loufoque que crée normalement Terry Pratchett.

La fausse barbe du père Noël est un recueil d’histoires qui est drôle, amusant et très agréable à lire. Cette lecture s’adresse aux jeunes comme aux adultes. On y trouve notre compte, peu importe notre âge. C’est un livre familial, qui peut être lu par tous. On y retrouve par exemple un conte sur la tourte à la viande géante explosive, l’abominable homme des neiges, l’œuf géant, la météo déréglée et bien d’autres…

« Un jour, peu après Noël, Albert se réveilla et sut tout de suite que quelque chose clochait. Il flottait dans l’air une odeur de froid, et il entrait par la toute petite fenêtre du sous-sol une lumière blanc mat. 
La neige, se dit-il. Et il cessa d’y penser jusqu’au moment où il ouvrit la porte pour récupérer son lait. Il n’y avait pas de lait – mais un immense mur de neige avait commencé à envahir insensiblement l’hôtel de ville. Albert claqua la porte et la verrouilla. Puis il monta en trombe au premier étage. Les fenêtres étaient toutes couvertes de neige. »

La plupart des histoires se déroulent à Blackbury, une ville fictive que l’on retrouve dans d’autres livres de l’auteur. Toutes les histoires sont ancrées dans un univers fantastique. Elles sont pleines d’humour et très divertissantes. Le recueil est abondamment illustré, ce qui permet une belle mise en contexte de chaque histoire. C’est un livre parfait pour les vacances, le congé des Fêtes ou la semaine de relâche par exemple. L’univers de Pratchett sollicite l’imagination, avec son monde loufoque et amusant qui se dévore d’un conte à l’autre. 

J’ai personnellement eu beaucoup de plaisir à découvrir ces nouvelles!

L’avis de Geneviève qui l’a lu aussi

La fausse barbe du père Noël, Terry Pratchett, éditions L’Atalante, 176 pages, 2018