La désolation

Evariste a quitté la Réunion pour fuir le conformisme de sa vie avec Amandine. Il embarque sur le « Marion Dufresne » pour accompagner une mission scientifique dans les Terres australes et antarctiques françaises. La traversée, l’arrivée à Port-aux-français, tout avait bien commencé ; jusqu’à une expédition où le groupe est violemment attaqué. Perdu au milieu de l’immensité d’un paysage glacé de cette île de la désolation, prisonnier d’une troupe de personnages hagards et brutaux, il va vivre son expérience physique et intérieure la plus extrême…  

J’ai eu un gros coup de cœur pour cette bande dessinée à la fois étonnante et vraiment très prenante.

On suit le personnage d’Évariste qui fuit une douloureuse rupture amoureuse. Il vend sa voiture et sans rien dire à personne, quitte La Réunion pour s’engager sur un navire scientifique en direction de Kerguelen. Un endroit surnommé l’Île de la Désolation.

« Me voilà sur le Marion-Dufresne, pendant plus d’un mois, en route pour les Terres australes et antarctiques françaises. Inconnu, presque en clandestin. Pendant un mois, je disparais de La Réunion. Personne ne saura où je suis, personne. Regardez-moi, je suis l’homme qui disparaît de la vie, sans que vous le sachiez. »

C’est un périple de plus de 8000 kilomètres où il côtoie des scientifiques et des naturalistes passionnés. Ce bateau et ces terres sont des lieux où géologues, météorologues, astrophysiciens, biologistes, vulcanologues, océanographe, hydrographes, botanistes et bien d’autres vivent, étudient et tentent de comprendre l’évolution du climat. Le nord étant un bon baromètre de ce qu’il adviendra du reste de la planète.

La nature et le réchauffement de la planète sont des thèmes centraux de cette histoire. Les auteurs y abordent plusieurs thèmes en lien avec l’écologie, l’introduction d’animaux en des lieux inappropriés, des catastrophes sur la végétations et les populations indigènes. À travers cette histoire, on parle aussi de la façon dont l’humain traite la nature, se l’approprie et détruit par le même fait la biodiversité.

« C’est dans le dernier territoire véritablement sauvage, isolé de tout (et de tous, surtout) qu’on se rend compte que la planète est foutue. Et nous, touristes de l’extrême, nous avons acheté ce petit voyage vers le dernier sanctuaire. Nous avons bousillé la planète mais nous avons le droit de voir une dernière fois ce que nous avons foutu en l’air. »

Au fil des pages, on voit ce à quoi pense Évariste, ses réflexions autour de sa vie et de sa rupture. L’arrivée à Port-aux-français est difficile pour lui: c’est un climat qu’il n’apprécie pas, dans des territoires complètement sauvages. Il fuit sa vie et son mal être vers une destination qui lui est inconnue. Jusque là, l’histoire est assez tranquille. On vit le quotidien sur le bateau et les échanges avec les scientifiques.

Invité à joindre un scientifique lors de sa sortie sur le terrain, Évariste a l’impression d’être seul au monde. Mais il est loin de l’être… La bande dessinée prend alors une tournure inquiétante et totalement inattendue. L’histoire frôle l’horreur avec une fin à laquelle on n’était absolument pas préparé.

Un livre qui m’a surpris, auquel je ne m’attendais pas du tout, à cause de cette tournure surprenante. J’ai un grand intérêt pour la nature, la faune et la flore. Le côté fictif, suspense et horreur qui est amené au fil des pages a retenu mon attention. C’est très prenant. On veut absolument savoir ce qui va se passer. On ne peut pas deviner la fin de cette bd. C’est donc une lecture qui débute doucement et devient palpitante.

Pendant la lecture le lecteur se retrouve à vivre à travers le personnage principal les émotions et ce que Évariste vit. Tout d’abord sa fuite, pour oublier sa peine et son désespoir, puis la possibilité de découvrir autre chose et de vivre quelque chose de différent. C’est certain qu’il s’agit d’une aventure à laquelle ni les personnages, ni le lecteur pouvaient s’attendre.

J’ai beaucoup aimé le dessin, qui représente bien l’atmosphère des lieux, entre l’expédition, la découverte de territoires hostiles et la tournure un peu sombre que prend l’histoire. Je ne connaissais pas du tout le dessinateur et j’ai vraiment aimé le coup de crayon un peu gras et les couleurs franches. C’est vraiment à mon goût, surtout pour une histoire comme celle-là. On s’attend à une expédition tout ce qu’il y a de plus classique alors que les auteurs cachent bien leur jeu et c’est ce qui est surprenant avec cette bd. On ne s’attend pas à aller là où les auteurs nous amènent.

La fin est marquante et difficile à oublier. Ça fait réfléchir sur les peuples indigènes et le rôle de l’homme dans la nature. L’aventure se mêle à la tragédie et à l’horreur, avec une réflexion écologique. Une histoire qui reste en tête, assurément. Un coup de cœur. À découvrir!

Ce livre est finaliste du Prix des libraires 2022 dans la catégorie bd hors Québec.

La Désolation, Appollo, Christophe Gaultier, éditions Dargaud, 96 Pages, 2021

Plunge

Au lendemain d’un tsunami, on détecte au large du détroit de Béring le signal de détresse du Derleth, un navire d’exploration scientifique… disparu depuis 40 ans. Le biologiste marin Moriah Lamb rejoint l’équipe de remorqueurs d’épaves missionnée par Rococo International, un groupe privé très intéressé par la cargaison du Derleth. De même qu’il est heureux que les mystères de l’univers soient inaccessibles à l’entendement humain, certains secrets devraient quant à eux rester immergés dans les abysses du cercle arctique.

Cette bande dessinée est un hommage à l’univers si particulier de Lovecraft. On en retrouve d’ailleurs de très nombreux points communs. J’étais contente de découvrir Joe Hill dans un genre un peu différent et en duo avec le dessinateur Stuart Immonen.

L’histoire de Plunge est reliée à la mer et au monde des naufrages. Elle débute au lendemain d’un tsunami. Sur les radars, on détecte le signal de détresse d’un navire d’exploration scientifique… qui s’avère être disparu depuis quarante ans! Tout de suite, c’est vraiment intrigant et on suit avec curiosité les événements qui suivront cette découverte. Le bateau des frères Carpentier, spécialisé dans le remorquage de bateaux qui ont fait naufrage, est mandaté pour aller voir ce qu’il en est et récupérer ce qui doit rester du navire et de l’équipage. Une biologiste marine se joint à eux ainsi qu’un scientifique. Leur arrivée sur les lieux du drame leur réserve bien des surprises, surtout quand l’équipage débarque pour une nuit, afin de passer un moment dans l’un des tout dernier endroit sauvage de la planète…

« -Qu’espérez-vous y trouver?
-Les corps, la boîte noire, évidemment, du point de vue des relations publiques, les documents de recherches pourraient avoir une grande valeur. »

Cette bande dessinée d’horreur nous amène dans l’univers des naufrages et au plus profond de l’océan, là où se cachent les plus grands mystères. L’histoire joue beaucoup sur nos peurs reliées à l’inconnu et sur ce qu’on imagine qui se retrouve dans les fonds marins inexplorés et les lieux reculés. Ce qu’on ne connaît pas titille forcément l’imagination. La bande dessinée joue beaucoup sur l’atmosphère: découvertes macabres, incendies, température glaciale, chiffres étranges gravés dans la pierre.

On y retrouve le style de Joe Hill qui nous est familier, mais avec quelque chose de l’univers de Lovecraft. J’ai beaucoup aimé le scénario et les dessins collent parfaitement à l’univers. Je trouve aussi que la couverture est vraiment belle, elle donne tout de suite le ton. C’est un beau duo que celui de Hill et Immonen. La bande dessinée est complétée par un cahier de couvertures alternatives, la genèse de l’histoire inventée par Hill et des entrevues avec les deux auteurs.

Si vous aimez les univers sombres, les histoires de naufrages et toutes les légendes qui y sont reliées, vous pourriez bien apprécier cette lecture!

Plunge, Joe Hill, Stuart Immonen, éditions Urban Comics, 168 pages, 2021

The White Darkness

 Comme souvent dans les récits de David Grann, un homme est dévoré par son idéal. Ce personnage d’un autre temps sorti tout droit d’un film de Werner Herzog, se nomme Henry Worsley. The White Darkness raconte son extraordinaire histoire. Celle d’un militaire britannique fasciné par l’exemple d’Ernest Shackleton (1874-1922) et par ses expéditions polaires ; un homme excentrique, généreux, d’une volonté exceptionnelle, qui réussira ce que Shackleton avait raté un siècle plus tôt : relier à pied une extrémité du continent à l’autre. Une fois à la retraite, il tentera d’aller encore plus loin en traversant l’Antarctique seul, sans assistance. 

The White Darkness est un livre qui m’attirait énormément et je suis vraiment heureux de l’avoir lu. C’est un livre que j’ai adoré, car l’histoire est vraiment très prenante. De savoir également qu’il s’agit d’une histoire vraie est encore plus fascinant.

« Il s’intéressait peu à ses études, mais disparaissait souvent à la bibliothèque, où il lisait de la poésie et des récits d’aventures. Un jour, il se procura un exemplaire d’Au cœur de l’Antarctique, le récit de l’expédition de Sir Ernest Shackleton, qui tenta vaillamment d’atteindre le pôle Sud entre 1907 et 1909, et de son échec. »

Avec cet ouvrage, David Grann entreprend de raconter l’histoire d’Henry Worsley, officier de l’armée britannique, passionné par l’Antarctique et surtout, par l’explorateur Ernest Shackleton. Adolescent, Worsley se procura un exemplaire d’Au cœur de l’Antarctique, le récit de l’expédition de Shackleton. Un homme qui devint son héros. Les aspirations de Worsley de devenir scientifique dans les contrées glacées ont été une motivation de toute une vie. Dirigé vers une carrière militaire par son père, l’appel de l’aventure, de la glace et du froid devient rapidement une obsession. Il souhaite réaliser ce que son héros n’a pas pu réussir jusqu’au bout. Un objectif à accomplir avant de prendre sa retraite.

Pendant toute sa vie, Henry Worsley puise sa source de motivation dans les récits entourant Shackleton et les hommes de son équipage. Shackleton a été une source d’inspiration, c’était en quelque sorte sa référence, tant dans sa vie militaire que lors de ses expéditions. Soucieux de réussir ce que Shackleton n’a pas réussi, cette expédition devient une forme de quête et d’obsession pour lui. Il part donc sur ses traces dans l’un des lieux les plus inhospitaliers de la planète: l’Antarctique.

« Dès que Henry Worsley fut en situation de commander des hommes sur le champ de bataille, il tenta de s’inspirer de l’exemple de Shackleton. Renonçant aux privilèges de son grade, il se lia d’amitié avec les soldats de son unité et prit part à leurs corvées. Quand ils se rasaient la tête, il se rasait également – même si cela lui donnait une allure « peu digne d’un officier », ainsi qu’un supérieur le lui fit observer. Il pratiquait la patience et l’optimisme et tentait de démontrer à ses hommes que, selon sa propre formule, « leur bien-être et leurs vies comptaient plus que tout ». »

Pendant ses expéditions, Worsley documentait son périple à l’aide d’un téléphone satellite. Il donnait des indications sur le déroulement de son voyage, la température ambiante, son état de santé, les difficultés auxquelles il devait faire face. On apprend à connaître Worsley au fil des pages, ses ambitions, ses rêves, sa vie de famille également malgré l’appel incessant de la glace et des expéditions. La conquête de l’Antarctique a d’abord été un projet fait à trois, avant de devenir une obsession pour l’intrépide Worsley qui a voulu accomplir cet exploit tout seul. L’ouvrage nous raconte le travail de préparation à l’expédition et le grand périple pour Worsley, son dernier voyage, lui qui a toujours eu l’envie de se surpasser et de pousser au maximum ses capacités. Il faut être très fort mentalement et physiquement pour passer à travers ces expéditions. L’histoire est donc très touchante, mais aussi inspirante, malgré le danger.

Beaucoup de photographies viennent appuyer le texte, des images tirées de l’histoire de Shackleton mais aussi de celle de Henry Worsley. L’auteur, David Grann, revisite l’histoire de Worsley et celle de Shackleton. Je savais que j’aimerais cette lecture avant même de la commencer, mais je ne pensais pas que ce livre m’habiterait autant. J’ai tellement aimé cette lecture qui nous donne envie de partir en expédition, malgré les côtés difficiles, les dangers et parfois la mort. C’est un ouvrage qui nous permet de vivre le voyage de deux explorateurs, à travers deux époques différentes, et de vibrer au fil de leurs découvertes et de leurs difficultés.

« Pourtant, à cause de très faibles niveaux de précipitations, l’Antarctique entre dans la catégorie des déserts. C’est à la fois le continent le plus sec et le plus haut, avec une élévation moyenne de deux mille trois cents mètres. C’est aussi le plus venteux, avec des rafales de vent atteignant trois cent vingt kilomètres à l’heure, et le plus froid, avec des températures qui chutent dans l’intérieur des terres à moins soixante degrés.

Ce récit de David Grann sur l’expédition de Henry Worsley est un livre fascinant et passionnant! J’ai adoré cette lecture, complétée par des photos du périple de Worsley et par des images issues de l’expédition de Shackleton. On lit ce livre d’une traite. C’est une histoire prenante et touchante, le portrait d’un homme aventurier, courageux et téméraire. On a l’impression de vivre l’expédition à ses côtés. Un véritable coup de cœur!

Des cartes des trajets des expéditions complètent le volume. 

Un ouvrage que je ne peux que vous suggérer. Il m’a aussi donné envie de lire sur la vie de Shackleton. The White Darkness a été un immense coup de cœur pour moi. Un ouvrage qui se lit d’une traite tant il est captivant.

The White Darkness, David Grann, éditions du sous-sol, 160 pages, 2021

Le Rival de Darwin

Tout le monde connaît Charles Darwin, le célèbre naturaliste qui élabora la théorie de l’évolution. Mais qu’en est-il d’Alfred Russel Wallace, ami et rival de Darwin, qui découvrit au même moment le concept de la sélection naturelle? Ce livre somptueusement illustré narre l’histoire de Wallace, de ses modestes débuts à ses expéditions et aventures en Amazonie et au sein de l’archipel malais, et comment il fut un immense contributeur à l’une des plus grandes découvertes scientifiques de l’histoire.

C’est en lisant Le dernier caribou que j’ai eu envie d’en savoir plus sur Alfred Russel Wallace, cet explorateur, biologiste et anthropologue. Malgré tout ce qu’il a apporté à la science, l’histoire a plutôt choisie de garder le nom de Darwin plutôt que celui de Wallace en lien avec la théorie de l’évolution. Pourquoi? Cet album documentaire était donc tout trouvé pour aborder le sujet, suivre Wallace dans ses expériences, ses recherches et ses expéditions, et en apprendre plus sur tout le travail qui a été fait par les deux hommes pour élaborer l’une des théories les plus célèbre: celle de l’évolution des espèces.

Le livre de Christiane Dorion est vraiment très intéressant. C’est un album documentaire à la couverture cartonnée et aux pages merveilleusement illustrées par Harry Tennant. On y retrouve des cartes dessinées des explorations de Wallace, des extraits de lettres, des images d’insectes, d’animaux et bien d’autres. Les adultes trouveront aussi leur compte en lisant ce livre jeunesse, puisque le documentaire est aussi intéressant à lire qu’à regarder.

On apprend quel genre de petit garçon était Wallace et pourquoi il a choisi de partir en exploration dans des contrées peu visitées et mal connues. Le livre raconte ses expéditions au fil des ans, son travail pour récolter différentes espèces afin de financer ses voyages et d’acquérir des connaissances sur les espèces et leur environnement. Contrairement à plusieurs aventuriers de l’époque, Wallace n’est pas issu de la bourgeoisie. Personne ne finance ses expéditions et il doit travailler pour trouver l’argent pour poursuivre son travail. On apprend également de quelle façon la route de Wallace croisera celle de Darwin, jusqu’à ce qu’une correspondance et une amitié se noue entre les deux hommes.

« Tous les ouvrages d’histoire naturelle regorgent de détails sur la merveilleuse adaptation des animaux à leur nourriture, à leurs mœurs et aux milieux dans lesquels ils vivent. Mais les naturalistes commencent à regarder au-delà et à penser qu’il doit exister un autre principe qui contrôle les formes infiniment variées de la vie animale. »

On connaît bien Darwin et sa théorie de l’évolution, mais on connaît très peu Alfred Russel Wallace, un naturaliste et explorateur, modeste et autodidacte, qui est tout autant à la base de la théorie de l’évolution que Darwin. Il est bien intéressant de découvrir son parcours.

L’ouvrage est un beau survol de ce que le travail scientifique remarquable de Wallace a apporté au monde. Ça donne envie d’en savoir encore plus!

Le Rival de Darwin. Alfred Russel Wallace et la théorie de l’évolution, Christiane Dorion, illustration de Harry Tennant, éditions Delachaux et Niestlé, 64 pages, 2020

La Nuit de feu

À vingt-huit ans, Eric-Emmanuel Schmitt entreprend une randonnée dans le grand Sud algérien. Au cours de l’expédition, il s’égare dans l’immensité du Hoggar. Sans eau ni vivres durant la nuit glaciale, il n’éprouve pourtant nulle peur et sent au contraire se soulever en lui une force brûlante. Un sentiment de paix, de bonheur, d’éternité l’envahit. Le philosophe rationaliste voit s’ébranler toutes ses certitudes. Ce feu, pourquoi ne pas le nommer Dieu ? Cette « nuit de feu », Eric-Emmanuel Schmitt la raconte pour la première fois, dévoilant au fil d’un fascinant voyage intérieur son intimité spirituelle et l’expérience qui a transformé sa vie d’homme et d’écrivain.  

La Nuit de feu est un très joli récit autobiographique, que j’ai adoré. L’auteur nous raconte une excursion qu’il avait entrepris vingt-cinq ans auparavant alors qu’il n’avait que vingt-huit ans. Il nous offre un grand dépaysement et nous transporte dans le désert du Sahara. Après avoir reçu un appel du metteur en scène Gérard V. qui lui demande s’il serait intéressé à participer à un film, Schmitt se retrouve en expédition avec un groupe imprévu de personnes toutes bien différentes. Ils sont dix et nous les découvrons au fil des pages. Le groupe est hétéroclite et permet aux discussions et aux pensées de se confronter, ainsi que de découvrir la variété de professions et les différences entre les participants de l’excursion. Eric-Emmanuel Schmitt se retrouve, entre autres, avec un astronome, un géologue, une femme très religieuse, un guide touareg et lui-même, qui pose des questions et amène plusieurs réflexions. C’est l’occasion d’avoir une diversité de pensées, dans laquelle on peut puiser le meilleur de chaque idée. Cette expérience permet à l’auteur de construire un texte qui parle à la fois de philosophie et qui nous offre aussi un récit de voyage plus terre à terre. 

Cette randonnée, où d’ailleurs il fait l’expérience de se perdre au milieu de nulle part, est l’occasion pour lui de se questionner sur sa spiritualité et de retrouver la voie de l’émerveillement. L’amitié qu’il développe avec son guide, Abayghur, est vraiment très belle. Ils deviendront amis, malgré la barrière de la langue et se comprennent, comme s’ils se connaissaient depuis toujours, avec cette impression de s’être retrouvés. 

« À chaque halte, nous jacassions comme des pies. Je ne prenais plus garde à nos langues différentes, je l’écoutais en devinant ses mots et je bavardais à mon tour sans retenue. »

En abordant alors la spiritualité et de nombreuses réflexions, l’auteur nous permet également de découvrir le mode de vie des touaregs. Il nous raconte le désert du Grand sud algérien, la façon d’y voyager, d’y survivre, le quotidien avec son groupe dans un environnement extrême. On apprend beaucoup de choses sur la chaleur accablante du jour et le froid glacial de la nuit, de la présence des serpents, de l’habillement préférable pour affronter ces températures, des mirages et des oasis. 

J’aime beaucoup Eric-Emmanuel Schmitt, sa façon d’écrire me plaît toujours beaucoup. Il pourrait parler de n’importe quel sujet et j’aurais envie de le lire. Ici il parle d’une expérience personnelle qu’il a vécu et de rencontres qu’il a fait. Se perdre dans le désert, sans être certain de s’en sortir, amène forcément son lot de questionnements, de découvertes et de craintes. Avec sa façon unique de raconter et son côté un peu théâtral, il réussit à nous faire vivre le désert. Il a une plume fantastique pour décrire l’environnement qui l’entoure, la beauté pure du ciel et cette impression que tout est sublimé. Il apprend à observer les étoiles et la grandeur du désert. 

« Me voilà en bas. Le camp se situe sur la droite. Je découvre le squelette d’un dromadaire aux os blanchis. Tiens, je ne l’avais pas repéré à l’aller. Je m’arrête illico. Normalement, là, je devrais être au camp. Après ces deux blocs rebondis. Je ne me repère plus. Je les contourne plusieurs fois. »

Eric-Emmanuel Schmitt nous parle de cette expérience, de cette Nuit de feu, unique, terrifiante, où il aurait pu y laisser sa vie. Cette randonnée qui aurait pu lui être fatale aura beaucoup appris à l’auteur. Il nous le raconte avec humilité. Un livre assez court, mais qui apporte une belle réflexion. Je l’ai beaucoup aimé, ce fut une bien belle lecture, tant pour son côté récit de voyage et expérience de vie, que pour le côté spirituel et philosophique.

Un texte vraiment agréable à découvrir que j’ai beaucoup apprécié. 

La Nuit de feu, Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Le livre de poche, 192 pages, 2017