Kateri et le corbeau

Kateri et le corbeauDans les années 1930, Kateri et sa famille tentent de survivre aux rudes conditions du territoire québécois et au déracinement provoqué par les coupes à blanc. Quand son amoureux Khaguagui se noie dans la rivière, la jeune Métisse croit l’avoir perdu pour toujours. Mais Neka, sa mère, offre ses cheveux au Grand Manitou afin que l’esprit de Khaguagui revienne sous la forme d’un corbeau et qu’il puisse veiller sur Kateri.

L’histoire de Kateri et le corbeau m’attirait beaucoup. Le livre est très beau, la couverture me plaît et j’aime les histoires qui s’inspirent de mythes et de légendes, surtout lorsqu’elles nous parlent des Premières Nations. Le roman s’inspire d’une légende algonquienne qui raconte qu’un être aimé décédé peut se réincarné afin de continuer à prendre soin de nous. J’ai aimé cette vision des choses.

La roman aborde le thème difficile du deuil. Kateri doit faire le deuil de sa grand-mère et celui de son amoureux. Elle doit apprendre à vivre sans eux à ses côtés et continuer malgré tout son chemin. Dans cette optique, l’histoire du corbeau est magnifique, réconfortante. Le roman est aussi très émouvant, puisqu’on nous présente l’arrivée des Blancs qui considèrent que les Weskarinis n’ont pas leur place dans la région. C’est une histoire de déracinement.

On apprend énormément de choses sur les pratiques de la tribu de Kateri, la façon dont la communauté fonctionne: les hommes partis à la chasse pour la viande afin de rapporter aux autres ce qu’il faut pour passer l’hiver. Les peaux pour se couvrir et survivre au froid. La vie quotidienne mais aussi la vie spirituelle. Les saisons tiennent une place très importante dans la vie du groupe de Kateri et ponctuent le quotidien et le passage du temps.

« L’hiver s’étire, s’étire, s’étire.
Et puis soudain, voilà le printemps!
Le soleil flambe à nos fenêtres.
La neige fond en rigoles.
Les chasseurs rentrent à la maison. »

Plusieurs détails passionnants sur les caractéristiques de la tribu de Kateri, sur la langue parlée, sur les coutumes ou l’imaginaire des Weskarinis et sur les différences entre les Blancs et les amérindiens. On apprend une quantité de choses passionnantes. J’ai particulièrement apprécié toutes les références en lien avec la langue ilnue, une langue amérindienne dont on retrouve des mots, des expressions, des noms et des lieux, tout au long du roman. Des notes en bas de page traduisent plusieurs mots de cette langue et nous aident à l’aborder et à la comprendre.

Kateri et le corbeau est un roman jeunesse poétique, qui parle des mythes et des légendes en lien avec le deuil et le départ de ceux qui nous sont chers. C’est une histoire à la fois touchante et instructive, sur la famille, sur les liens qui unissent les gens, sur l’amour. C’est une très belle découverte pour moi que ce roman dont l’écriture est magnifique et l’ensemble du texte vraiment très beau.

« Les réserves sont épuisées. (…)
Je me dirige vers le poêle en métal noir,
secoue mes mitaines pour m’en débarrasser
et frotte mes mains pour les réchauffer.
Une odeur d’herbes s’échappe d’une marmite en fonte.
Je soulève le couvercle et renifle la soupe,
une sorte de bouillon jaune dans lequel flottent des racines. »

L’auteure puise dans l’histoire personnelle de gens qui ont réellement existé pour créer ses personnages et s’inspire également de son histoire familiale pour écrire son roman. Le texte est très souvent poétique, ce qui m’a beaucoup plu, et la musicalité des mots est aussi intéressante que peut l’être l’histoire.

Kateri et le corbeau est un très beau roman, à offrir tant aux adolescents qu’aux adultes. C’est un roman historique abordable et éclairant, qui nous apprend beaucoup de choses sur les Weskarinis, mais également sur l’époque – le début du XXe siècle – et les relations entre les Blancs et les Amérindiens.

Une excellente lecture que je vous invite à découvrir!

Kateri et le corbeau, Rollande Boivin, éditions Bayard Canada, 120 pages, 2019

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Agathe

AgatheSoixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau. Anne Cathrine Bomann signe ici un roman intelligent et inattendu, décortiquant avec tendresse les angoisses humaines : être, devenir quelqu’un, désirer et vieillir. Serait-il possible de découvrir enfin de quoi on a vraiment peur ?

Agathe est un court roman qui se lit d’une traite. Le narrateur est psychanalyste. Il compte prendre sa retraite à soixante-douze ans. Il lui reste donc vingt-deux semaines de travail et 800 rencontres avec ses patients. Il compte le nombre d’entretiens restant, leitmotiv qui ponctue le roman. Il a grande hâte de partir. On s’imagine qu’il a eu une vie bien remplie et qu’il veut profiter du temps qu’il lui reste pour faire des choses seulement pour lui-même. Sauf que le jour où sa secrétaire, Madame Surrugue, prend un rendez-vous pour une nouvelle patiente très insistante, sa vie va être bouleversée. Le psychanalyste est un peu en colère, mais cette nouvelle patiente impose sa présence. Elle s’appelle Agathe et elle n’a plus envie de vivre.

« Encore 688 consultations. À cet instant, j’avais le sentiment que c’étaient 688 de trop. »

Le psychanalyste tente de la repousser, mais il accepte finalement de la recevoir jusqu’à son départ à la retraite. Agathe, qui n’a pas un passé médical facile, ne demande de toute façon qu’une seule chose: parler à quelqu’un. Et c’est lui qu’elle a choisi.

Le quotidien du psychanalyste est donc fait de ces rencontres avec ses patients, pour qui il commence à ressentir moins de bienveillance qu’avant. La seule personne qu’il apprécie réellement, c’est Agathe. Au même moment, Madame Surrugue quitte le cabinet subitement. Ces changements soudains dans la vie du psychanalystes sont de petites ondes de choc dans son quotidien réglé comme du papier à musique.

« Je réalisai que j’avais nourri l’idée que la vraie vie, la récompense de tout ce labeur, m’attendait quand je prendrais ma retraite. Mais assis là, j’étais fichtrement incapable de voir ce que cette vie contiendrait qui vaudrait la peine de s’en réjouir. »

Plus le roman avance, plus on réaliste que la vie que mène le psychanalyste est loin d’être pleinement satisfaisante. Qui du thérapeute ou de la patiente a le plus besoin de trouver un sens à son existence? C’est un peu la question en filigrane du très beau roman que nous offre Anne Cathrine Bomann qui aborde la vieillesse, le deuil, la solitude, la vie.

Ce livre est à la fois touchant et étonnant. Émouvant et grave. Il y a quelque chose dans ce texte qui vient nous chercher, qui prend un peu aux tripes, mais avec une certaine douceur, avec une forme de retenue tout comme le sont les personnages du roman.

« Comment aide-t-on un homme inconnu à bien mourir lorsqu’on n’arrive même pas à vivre sa propre vie? »

Le questionnement existentiel sur la vie, la mort et ce que l’on choisi de faire de ce moment qui nous est alloué. C’est un roman sur le profond désir de profiter de la vie, de donner une utilité à ce que nous sommes, d’exister et de ne pas être invisible. Ni à ses propres yeux, ni à ceux des autres.

Le roman baigne dans une forme de douce mélancolie. Le thème n’est pas à priori joyeux, mais la vie étant faite de petites bulles de bonheur et d’énergie, certains moments du roman sont beaux, lumineux. Comme de petits éclats de soleil pendant l’orage.

Un texte court, mais bouleversant, tant les questions qu’il pose et les thèmes qu’il aborde sont universels et totalement humains. Une très jolie découverte.

Agathe, Anne Cathrine Bomann, éditions La Peuplade, 176 pages, 2019

Le mari de mon frère t.1

Le mari de mon frère 1Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a pas alors d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses…

Je voulais lire ce manga depuis un moment après en avoir entendu de bons mots ici et là. J’ai donc commencé ce premier tome de quatre avec quelques attentes et j’espérais que l’histoire serait à la hauteur. Et c’est le cas!

Le mari de mon frère raconte le quotidien d’une famille: Yaichi et sa petite fille Kana. Ils vivent au Japon, dans une culture plutôt traditionnelle. Débarque alors chez eux Mike venu du Canada. Mike était marié au frère jumeau de Yaichi, Ryôji, exilé en Amérique pour vivre sa vie normalement et pouvoir épouser l’homme qu’il aimait. Si la rencontre est d’abord un choc pour Mike qui voit en Yaichi le portrait de son amoureux décédé, la vie de Yaichi est quant à elle complètement perturbée par l’arrivée de ce grand gaillard imposant comme une armoire à glace, aux allures de bûcheron. C’est avec les yeux de Kana que Yaichi apprendra à voir Mike et la relation qu’il avait avec son frère. Si ses préjugés sont d’abord tenaces, Mike commence peu à peu à effriter le mur solide que le japonais avait construit autour de lui et de ses émotions.

Ce manga est un vrai plaisir à découvrir. Mike est un personnage attachant, drôle et bon vivant. Il est gentil et adopte tout de suite Kana. La petite fille est plus que ravie d’avoir un oncle venu tout droit du Canada. La fillette, par ses questions qui mettent parfois son père mal à l’aise, met en évidences les préjugés de Yaichi et le pousse à percevoir les choses avec ses yeux à elle: celle d’une enfant ouverte d’esprit et curieuse de découvrir une nouvelle façon de voir la vie et de vivre.

Il y a des moments cocasses et assez amusants dans ce manga. J’ai également trouvé que c’était une histoire aux personnages bienveillants. Mike fait doucement sa place dans cette famille qu’il ne connaissait pas mais qui est liée à lui par l’amour qu’il portait pour Ryôji. À travers les souvenirs que son mari avait partagé avec lui, Mike découvre son beau-frère et sa famille, ainsi que les lieux associés à l’enfance de son amoureux.

Avec cette histoire, l’auteur attaque les préjugés tenaces contre l’homosexualité et tente de nous montrer qu’il n’existe pas qu’une seule façon d’aimer ou de vivre.

« Kana a raison. S’il avait été « l’épouse » de mon frère… Quand bien même j’aurais été déstabilisé… J’aurais sûrement trouvé ça naturel de l’inviter à rester à la maison… Je l’aurais même probablement proposé moi-même. En fait, peu importe qu’il soit étranger, qu’il vienne d’un autre pays… C’est parce que le conjoint de mon frère est un homme que je suis mal à l’aise. C’est moi qui ne sait pas encore comment je dois me comporter avec lui. »

C’est aussi un livre qui brosse le portrait de deux cultures différentes qui se confrontent. Outre l’histoire, le manga offre aussi après certains chapitres, un « petit cours de culture gay by Mike« . Ces interludes culturels nous présentent des tranches d’histoire en lien avec l’homosexualité. La première aborde l’adoption des lois autorisant le mariage entre personnes de même sexe à travers le monde, alors que la seconde parle des triangles roses dans les camps nazis.

L’émotion est également au rendez-vous dans cette histoire familiale. Mike et Yaichi apprennent peu à peu à se connaître, l’ombre de Ryôji, décédé, plane entre eux. C’est à travers les souvenirs et le passé que les deux beaux-frères se rapprochent un peu. Il est intéressant aussi de constater que les préjugés ne se limitent pas à l’homosexualité, mais aussi aux différents rôles dans la société. Yaichi est un père seul, qui s’occupe de la maison et de sa fille. Il a un peu honte de ce rôle « d’homme au foyer ». Mike lui fait réaliser que son travail quotidien, celui d’élever une enfant et de s’occuper de leur foyer est d’une grande importance. Toujours, beaucoup de bienveillance dans les propos de Gengoroh Tagame.

Ce manga milite pour une ouverture d’esprit universelle et l’inclusion de chaque personne. Il est à mettre entre toutes les mains.

Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment! Les autres tomes sont dans ma pile à lire et serons chroniqués très bientôt.

Le mari de mon frère t.1, Gengoroh Tagame, éditions Akata, 182 pages, 2016

Sauvage

SauvageÀ dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Sauvage m’a tout de suite attirée, à cause de son titre, de sa splendide couverture et de son thème: l’Alaska, les mushers et la neige. Un livre pour moi, avant même de l’avoir ouvert. J’avoue aussi que le petit mot signé John Irving sur la quatrième de couverture, faisant référence aux sœurs Brontë et à Stephen King m’a grandement intriguée. En plus, il s’agit d’un premier roman. La barre était très haute. C’est donc avec beaucoup d’attentes et l’envie de plonger dans quelque chose de différent que j’ai commencé ma lecture.

Tracy vit avec sa famille en Alaska. Ils ont un chenil et participent à des courses de traîneaux à chiens, dont la célèbre Iditarod. Cependant, tout a changé depuis la mort de sa mère. Le père de Tracy et de Scott a cessé de courir. Ils ont beaucoup moins de chiens qu’avant. Tracy se fait virer de l’école, se bagarre avec les autres, tente de retrouver sa place depuis la mort de sa mère avec qui elle partageait de nombreux secrets.

« Avant , je pouvais tout lui dire. Je lui faisais part d’un problème, il me disait comment le résoudre. Il y avait pas de secrets entre nous. Et puis il y a eu un truc que j’ai pas pu lui dire. Le problème quand on a un secret c’est qu’on en a vite deux. Puis trois, puis tellement qu’on finit par avoir l’impression que tout risque de se déverser sitôt qu’on ouvre la bouche. »

Sa vie est un peu compliquée, alors que celle de Scott, son jeune frère, est un long fleuve tranquille: il lit et dessine la plupart du temps. Tracy, elle, est le genre de fille à passer tout son temps dehors. Elle a besoin d’être dans la nature, de sortir courir, chasser, trapper. C’est vital pour elle.

« Il y a de la satisfaction à courir vite. Quand vous courez vous allez quelque part, mais vous laissez aussi un autre lieu derrière vous. Il y a cette sensation qui se pose sur vous comme une couverture. Elle vient se draper autour de votre esprit et fait taire vos pensées, de sorte que vous pouvez cesser d’écouter les voix qui parlent dans votre tête… »

Elle se passionne pour la trappe et la chasse, pose ses pièges et s’occupe des chiens. Elle lit et relit sans cesse le même récit de survie d’un certain Peter Kleinhaus, Je suis fichu. Elle tente de créer des liens avec certaines personnes – Jesse et Helen – alors qu’elle essaie de protéger ses secrets qui pèsent lourds pour elle…

Il faut savoir avant de lire ce livre, que cette histoire n’est probablement pas ce à quoi vous vous attendez. C’est encore meilleur. Il est toutefois important de ne pas oublier la comparaison avec Stephen King en quatrième de couverture. Parce que Sauvage flirte avec le fantastique. Et que ce qui s’y trouve est étonnant. Le roman a un côté étrange et dérangeant, sanglant par moments, mais toujours surprenant. J’ai adoré parce que l’auteure est inventive. Elle s’approprie certains aspects fantastiques pour en faire une histoire originale.

« Flocons amples, alanguis, pas de vent, le jour tout silencieux autour de moi en dehors du bruit de l’eau qui file sur les galets. Ce genre de silence qui vous pousse à entrer en vous-même, et vous prenez conscience de votre propre respiration, et les pensées qui d’ordinaire fusent et rebondissent dans votre tête, s’apaisent. »

L’histoire a tout du meilleur roman de nature writing: les grands espaces, la neige, le froid, l’hiver où se déroule l’essentiel du livre. La chasse et la trappe. Les courses de traîneaux. La famille peine par moments à joindre les deux bouts. Il y a un petit côté sombre chez chacun des personnages. Outre Tracy, Scott et leur père, il y a l’ombre de la mère de Tracy qui survole constamment le roman, même si elle est décédée. La jeune fille nous la raconte à travers ses souvenirs et les points qu’elles ont en commun. Il y a l’inconnu, que Tracy est persuadée d’avoir blessé puis il y a aussi l’arrivée inopinée de Jesse qui loue le petit cabanon de la famille et aide au chenil. C’est un personnage fascinant, que j’ai énormément apprécié. L’auteur en profite pour aborder certains thèmes importants avec ce personnage.

Jamey Bradbury réussi avec Sauvage, à créer un univers totalement prenant, où plane à la fois un certain mystère et quelque chose d’un peu inquiétant. On ne sait pas trop où l’auteure nous mène. On ne sait pas vraiment ce que l’on va découvrir à travers les pages. Il y a un côté à la fois sauvage et sanglant dans ce livre que j’ai trouvé totalement fascinant. C’est un roman très visuel, fort en images, que ce soit dans sa descriptions des lieux ou de ses personnages. Tracy est une jeune fille solide et sauvage, que j’imagine aisément filer comme le vent à travers les bois, chasser, courir dehors et ne vivre que pour ces moments passés en extérieur. Les autres personnages sont aussi très complets. Ils sont riches et on se les imagine aisément. J’ai vraiment aimé l’arrivée de Jesse. La façon dont l’auteur donne vie à des personnages différents qui vivent des problématiques particulières est très intéressante.

J’aurais aimé en savoir un peu plus sur Jesse, surtout à la fin du roman. Une fin qui est logique, vu le personnage plein d’énergie qu’est Tracy, quoique un brin trop brusque. J’ai donc frôlé le coup de cœur avec ce roman. Ce fut pour moi, une excellente lecture.

Sauvage c’est la nature, enneigée et glaciale, une meute de chiens de traîneaux, des mushers, une jeune fille sauvage qui fonce au fond des bois pour calmer le vide qu’il y a en elle. Une histoire un brin fantastique, une variation intelligente, ingénieuse et étonnante sur un thème connu, réinventé ici à la manière du nature writing. Et c’est vraiment très bon. J’ai passé un excellent moment en Alaska auprès de Tracy.

« On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. »

Une auteure à découvrir assurément!

Sauvage, Jamey Bradbury, éditions Gallmeister, 320 pages, 2019

Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

cimetiere vivant

Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003