Trouver les mots

trouver les motsElle n’a plus envie de parler. Il n’a jamais su communiquer. Ensemble, ils vont s’aider.
Le jour où Kit Lowell, l’amour secret de sa vie, s’assoit à sa table de cantine, David est bouleversé. Il comprend que c’est le moment ou jamais de démarrer une conversation. Mais quoi de plus difficile pour un garçon solitaire, qui ne comprend rien aux conventions sociales ? Kit, elle, cherchait un endroit où on la laisserait enfin tranquille, après la mort de son père. Elle est loin de se douter de ce qu’elle va trouver en posant son plateau à côté de celui de David…

David souffre du syndrome d’Asperger, un trouble du spectre de l’autisme. Kit a perdu son père dans un accident de voiture et vit un deuil très douloureux pour de nombreuses raisons que l’on découvrira au fil des pages. David a du mal à vivre en société. Il est maladroit, ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui et parle rarement. Il est toujours seul à sa table à la cafétéria (depuis 622 jours précisément), avec son casque d’écoute sur les oreilles. Dans la vie, il ne dit que la vérité. Il ne comprend pas bien le concept de mensonge. Il dit les choses comme elles sont, même si parfois c’est rude. Kit en a assez des mensonges, des secrets et que tout le monde marche sur des œufs en parlant de la mort de son père. Elle souffre tellement qu’elle n’a plus envie de parler. Ses amies l’étourdissent et elle les fuit. Elle fuit tout le monde. David est donc le compagnon de tablée tout trouvé pour elle. C’est la raison pour laquelle, un beau midi, elle vient s’asseoir à sa table. Ce petit geste aura une très grande incidence sur les deux adolescents.

Le titre Trouver les mots fait à la fois référence à la façon pour Kit d’exprimer sa douleur et à David qui doit souvent chercher ses mots pour communiquer avec les autres. C’est aussi une façon de démontrer qu’ensemble, ils n’ont pas besoin de chercher les mots pour se parler. Le silence n’est pas gênant entre eux. Le roman met en relation un duo improbable. Kit est pourtant moins superficielle qu’elle n’en a l’air et David s’avère de meilleure compagnie qu’il n’y paraît. Leur relation, qui commence par quelques dîners partagés dans une cafétéria bondée va se transformer en amitié et en quelque chose de plus fort.

« Pourquoi faut-il que j’avance dans la vie en ne voyant qu’une partie du tableau, alors que tous les autres ont une vue d’ensemble? »

Le roman est écrit en donnant en alternance la parole à chacun des deux personnages. Avec eux, nous vivons les problèmes inhérents à la vie adolescente au secondaire. L’intimidation, la difficulté d’être différent des autres, la marginalité, les problèmes des réseaux sociaux. Chacun des adolescents doit gérer ses propres problèmes. Kit par rapport à la mort de son père et à la lourde charge des sentiments qu’elle peut ressentir. Heureusement, Kit a sa mère pour comprendre son deuil, avec qui elle partage une relation intéressante. Pas toujours facile, mais les mots échangés avec elle par exemple sont souvent plein d’esprit.

« À l’enterrement, quatre personnes ont eu le culot de me dire que mon père nous avait quittés pour un monde meilleur. Comme si se faire enterrer six pieds sous terre revenait à partir en vacances aux Caraïbes. Encore plus gonflé: les collègues de mon père ont osé dire qu’il était trop bon pour la vie ici-bas. Si on prend ne serait-ce qu’une seconde pour réfléchir, cette phrase ne veut RIEN dire. Seuls les méchants ont le droit de vivre, alors? C’est pour ça que je suis encore là? »

David lui, essaie de ne pas trop se faire remarquer et de gérer au mieux sa différence dans une école où il s’ennuie à mourir et où les gens le traitent de taré et de toutes sortes d’autres insultes. David a sa sœur, Lauren, qui l’aide à mieux comprendre la vie en société. Ils ont établi une liste de « personnes de confiance » et d’autres « de qui il faut se méfier ». Ça permet à David de savoir vers qui se tourner pour ne pas trop souffrir. La relation de David avec sa sœur m’a fait penser à la série Atypical (Atypique) que j’aime bien. Il ne saisit pas toujours  bien les émotions et les choses à dire. Lauren l’aide à ne pas perdre pied, même s’il est souvent décalé par rapport aux autres.

« Soudain, je comprends qu’il est tout à fait possible, voire vraisemblable, que j’aie vécu les deux plus belles minutes vingt-neuf secondes de toute ma vie pendant que Kit, elle, pleurait. »

Le roman nous permet de suivre le parcours des deux adolescents et de mieux les comprendre. Aux côtés de Kit, c’est le difficile thème du deuil et de la culpabilité qui est abordé, alors qu’avec David, c’est la différence et l’intimidation. David est d’autant plus attachant qu’il est maladroit. À son contact, Kit sort peu à peu de sa bulle et commence à se confier à lui. Ensemble, ils essaieront de régler le « dossier accident ». Non sans heurts…

J’ai lu ce livre en très peu de temps. C’est un roman très adolescent, mais dont les personnages nous accompagnent complètement tout au long de l’histoire. J’ai aimé cette alternance des deux voix, celle de Kit et celle de David, à tour de rôle. David est sans doute le personnage auquel on s’attache le plus. Sa différence le rend particulièrement intéressant et c’est aussi ce qui plaira à Kit. C’est également cet aspect qui apporte beaucoup d’humour à l’histoire, tant les réflexions de David sonnent parfois si justes, même si elles sont socialement moins appréciées ou acceptables. Son souci du détail et la clarté dont il a besoin au quotidien pour toutes les petites choses qui semblent anodines aux autres, apportent un plus à l’histoire. Kit, elle, changera considérablement à son contact et fera face à certaines choses qu’il était plus « facile » d’enfouir pour ne pas y réfléchir.

« À quel moment a-t-on décidé que ces gens-là seraient nos amis? Et si on prenait le temps de sympathiser avec des élèves d’autres groupes genre artistes ou théâtreux, si on sortait des schémas établis et qu’on ravalait nos stupides étiquettes, quelles découvertes ferait-on? »

Trouver les mots est une histoire sensible, triste et drôle. Même si ce roman n’est pas parfait, avec certains clichés sur l’adolescence, il aborde des thèmes importants et se lit avec grand plaisir. Une bien jolie lecture!

Trouver les mots, Julie Buxbaum, éditions Pocket jeunesse, 368 pages, 2018

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Le calame noir

calame noir photoQui était Siyah Qalam, autrement dit « le calame noir » ? Fasciné par les nomades des steppes d’Asie centrale, ce peintre énigmatique de la fin du XVe siècle a laissé des dessins très loin des canons esthétiques de son époque. Son style réaliste intrigue depuis toujours les historiens d’art islamique. Un album de ses oeuvres conservé au musée de Topkapi renferme son secret. On y voit des hommes et des femmes au sein d’un campement d’été dans leurs tâches quotidiennes, mais aussi des descriptions de cérémonies occultes grouillant de démons et de créatures maléfiques. Pour quelle raison cet artiste de la cour de Tabriz a-t-il laissé autant de témoignages sur ces peuplades vouées à l’oubli ?

Le calame noir débute alors que Suzanne visite la Royal Academy de Londres. Elle attendait impatiemment l’exposition qui y est présentée: 1000 ans d’art turc. Les salles regorgent de visiteurs et Suzanne est attirée dans une salle peu fréquentée et par des oeuvres moins admirées. En posant sa main sur une vitrine, elle est happée dans une sorte d’hallucination auditive et entend la voix de la fille de Siyah Qalam, l’un des calligraphes du roi. Le contact crée une sorte d’énergie et de connexion qui l’amène dans une autre époque.

Par l’entremise de la voix, Suzanne va revisiter toute une période faite d’art, de la vie de château et des nomades. Elle va découvrir par les tableaux le père que fut Siyah Qalam, mais aussi l’artiste, si singulier et particulier. C’est un calligraphe différent des autres, qui peint pour capturer l’essence de la vie. Il aime beaucoup les nomades et en représente le mode de vie dans ses tableaux. Quand le roi le libère il va rejoindre les peuples nomades, se fond dans leur communauté et revisite leurs coutumes et leur mode de vie à travers son art. Le monde des nomades est aussi fait de croyances, de mythes et de démons. C’est passionnant!

« Quand il regarde, il dessine avec les yeux. Des compositions innombrables naissent et meurent chaque jour dans son esprit, des images singulières qui se délassent en lui-même sans l’en avertir. Le dessin y est un contour, une voix une parole. »

L’auteure nous fait voyager vers les années 1400-1500 à travers des tableaux, nous projetant à la fois l’histoire du présent et des récits de cette époque. Elle nous présente l’art de la calligraphie et du calame, un art que je ne connaissais pas. Peu familier avec cet univers, j’ai pourtant adoré cette histoire qui m’a poussé à faire par la suite des recherches sur les techniques de cet art et à en observer le travail et l’exécution via plusieurs vidéos. Le livre offre aussi un beau complément à la lecture: en son milieu on retrouve des reproductions d’oeuvres en couleurs.

L’art est naturellement partie prenante du livre. Il y a une certaine réflexion à ce sujet dans le roman. Par exemple, le fait qu’une oeuvre d’art flamboyante attire tous les curieux, alors qu’une oeuvre moins exubérante, mais empreinte d’histoire et de savoir, sera parfois cruellement ignorée. Comme la peinture observée par Suzanne, qui n’avait rien d’étincelant pour la galerie, mais regorgeait d’histoires qui ne demandait qu’à être déchiffrées…

« Mon père cherche un point central et non le meilleur point de vue, fuit les univers divinement ordonnés. Il cherche la ligne pure sans sophistication, il cherche une présence. »

Le calame noir est un véritable coup de coeur. J’ai aimé l’écriture délicate, légère. J’ai adoré le monde décrit dans le livre, la grandeur et la liberté de l’esprit nomade, même s’il a un côté très dur et très rude. Le roman aborde énormément de sujets: la culture, la nature, l’histoire, le deuil et la figure paternelle, mais surtout l’art. On aborde la vie de château de l’époque et on apprend la façon dont vivait les nomades au quotidien. J’ai particulièrement apprécié la façon dont le livre est écrit, l’histoire de l’héroïne qui se fait happer par la voix, un esprit défunt, afin de visiter le passé et mieux appréhender le deuil qu’elle vit, au présent. Le récit fait un peu la même chose avec le lecteur. Il nous amène dans l’univers du calame et nous captive. Nous sommes rapidement happés par le texte et l’émotion prend de plus en plus de place dans le roman.

Je le conseille, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Le calame noir, Yasmine Ghata, éditions Robert Laffont, 192 pages, 2018

Jardin brisé

jardin brisé photoUn jardin grouillant dans la ville. S’y agite une communauté rompue, blessée, mais qui n’a pas perdu le goût de jouer. Au milieu de cette foule, une femme tente de dénouer le langage de son deuil. Les accidents de la mémoire sont partout… Avec une langue sensuelle, tendre, attentive aux orages comme aux effloraisons, l’auteure propose un recueil étonnant de candeur et de vivacité.

Jardin brisé est un recueil de poésie en trois parties qui aborde le deuil et les drames vécu par une femme. J’ai lu le livre sur trois jours, chaque jour associé à une partie. La première, Désordres, raconte un univers assez sombre et dur. L’écriture laisse transparaître des moments de grande fragilité, une âme cassée et endommagée par la douleur. J’avais par moments un peu de difficulté à comprendre le message qui était véhiculé.

La seconde partie, Le trou, présente le jardin comme une image métaphorique de sa douleur et de sa souffrance. Il y est beaucoup plus clairement question du deuil que dans la première partie.

Ces deux premières parties sont sans doute les plus sombres du livre. La noiceur y est tellement présente que le texte m’est apparu comme étouffant par moments.

La troisième partie, Photosynthèse, est une sorte de synthèse entre l’arbre et les émotions vécues par la femme. Le contexte de cette partie permet d’un peu mieux saisir le propos du recueil. L’auteure apporte des petites étincelles qui laissent une impression un peu plus positive pour l’avenir. Sauf que dans sa dernière poésie, j’ai eu l’impression qu’elle éteignait ces petites lumières allumées au fil des mots. Ça m’a donné une impression de lourdeur.

Aussi petit soit le livre, ce n’est pas un ouvrage que j’aurais pu lire d’une traite, puisque la noirceur du livre est trop forte pour ma sensibilité. N’empêche que l’écriture est très maîtrisée, très riche. C’est surtout le côté trop sombre du texte qui m’a dérangé. Ce n’est pas venu me chercher, je crois que ce type de poésie, moins lumineuse, ne me touche pas.

Le livre porte bien son titre, Jardin brisé, puisqu’il y a beaucoup de parallèles et de métaphores entre la nature, l’arbre, le jardin et les plantes pour parler de grandes douleurs et de souffrances. Normalement j’aime les auteurs qui utilisent la nature comme image pour raconter les émotions, mais ici c’est la lourdeur du sujet qui m’a un peu refroidi.

Ceux qui aiment la poésie plus sombre devraient aimer. Pour ma part j’ai eu l’impression de rester en retrait. C’était un peu trop pour moi. Malheureusement avec ce livre, c’est une rencontre qui n’a pas fonctionné.

Un extrait:

« Maintenant il pleut. Le jardin se déplie. Des images coulent assoiffées. Des rigoles de boue inondent le sol. Un courant plein de miroirs. On y voit le reflet de cauchemars d’enfants. »

Jardin brisé, Pascale Des Rosiers, éditions de l’Hexagone, 97 pages, 2018

L’insaisissable logique de ma vie

l'insaisissable logique de ma vieSal mène une vie paisible et sans histoires, dans une famille moitié mexicaine, moitié américaine. Mais tout bascule le jour de sa rentrée en terminale. Pour défendre l’honneur de son père adoptif, il sort les poings et frappe. Surprise, colère, satisfaction, culpabilité se bousculent dans la tête du jeune homme, qui se met à douter de tout, même de sa propre identité. Alors, avec l’aide de Sam, sa meilleure amie, et de son père, Sal va tenter de comprendre l’insaisissable logique de sa vie.

Ce que j’ai pu aimer ce roman! Il m’a fait vivre toute une gamme d’émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été émue, j’ai souri et le livre m’a fait réfléchir. En tournant la dernière page, je me suis rappelée pourquoi j’avais tant aimé Aristote et Dante du même auteur et pourquoi, Benjamin Alire Sáenz est sans doute l’un des auteurs pour la jeunesse qui me parle le plus.

Son talent est définitivement d’aborder des sujets graves – les thématiques LGBT, le deuil, les ruptures, l’amour et ses sentiments si forts, la drogue, l’alcool, la mort, l’adoption, la recherche de soi-même – tout en écrivant un roman qui est aussi réconfortant. Qui fait du bien. Qui agit un peu comme un baume. Parce que la vie, c’est tout ça à la fois. Du beau, du plus difficile, des gens qui en valent la peine et des moments qui sont de vrais instants de bonheur. C’est ce que j’aime chez cet écrivain. Il montre que la vie, même la plus dure, peut avoir des moments de pure lumière. Il met en scène des adolescents pas comme les autres, parle énormément des mots, de leur pouvoir, des langues et ses personnages sont intéressants. La dualité entre la culture blanche américaine et la culture mexicaine est souvent abordée dans ses livres. L’auteur aborde les thèmes reliés à l’identité. Il écrit des romans jeunesse intelligents et sensibles.

L’insaisissable logique de ma vie parle d’un jeune homme de dix-sept ans qui a été adopté tout petit, Salvadore. Appelé aussi Sal, Sally (qu’il déteste!) et Salvie, selon les gens qui s’adressent à lui. Il vit avec son père, Vicente, qui l’a adopté bébé. Sal mène une vie plutôt tranquille avec son père. Il a une meilleure amie, Sam, une grand-mère qu’il adore et une famille mexicaine géniale qui aime faire des repas en famille et manger. Ils m’ont d’ailleurs donné faim avec leurs tacos et leurs tortillas (j’aime la cuisine mexicaine!)

Les choses se mettent à débouler dans sa vie quand quelqu’un insulte son père à l’école et que Sal décide de se battre, ce qui lui arrive ensuite de plus en plus souvent. Il reçoit aussi une étrange lettre qui lui fait remettre en question beaucoup de choses…

« Je savais pourquoi les gens avaient peur de l’avenir. Parce que l’avenir ne ressemblerait pas au passé. C’était effrayant. »

Ce roman se lit presque d’une traite. Les chapitres sont courts, il se passe beaucoup de choses dans la vie de Sal que lui-même ne comprend pas. Comme dans Aristote et Dante, le roman raconte la recherche et la compréhension de soi-même. Dans le cas de Sal, enfant blanc, adopté, vivant dans une famille mexicaine, beaucoup de questions surgissent alors qu’il ne comprend plus son comportement, ses excès de colère et qu’il se demande s’il n’est pas en train de devenir comme son père biologique qu’il ne connaît pas.

Entre ce que lui-même vit, ce que son père et son copain Marcos vivent et ce que ses amis, Sam et Fito doivent traverser, Sal apprend à grandir et à se comprendre. Il cherche un sens à sa vie et cherche surtout à en comprendre la logique.

« Y a-t-il jamais un bon moment pour quoi que ce soit? Vivre est un art, pas une science. »

Le roman m’a plu parce qu’en plus de l’histoire, il y a de beaux personnages et de beaux moments dans ce livre. Les mots sont importants et entre Sal et Sam, les mots ont une grande histoire. Une histoire d’amour. Parce que les mots sont puissants. Les jeunes s’envoient chaque jour un « MDJ » (Mot Du Jour) afin de partager leurs émotions et ce qu’ils vivent.

« Les mots n’existent qu’en théorie. Et un jour, on tombe nez à nez avec un mot pour de vrai. Et alors, ce mot devient une personne que l’on connaît. Ce mot devient une personne que l’on déteste. Et on emporte ce mot avec soi, où qu’on aille. Et on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. »

Il y a également de belles choses dans la famille que deviendront Sal et son père. S’ils vivent à deux au départ, plusieurs autres personnages vont se greffer à leur univers au fil du temps et j’ai trouvé que c’était amené avec une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Pour couronner le tout, un petit plus bien personnel, parce que moi ça me plaît toujours beaucoup: le livre se déroule pendant la période de l’automne à l’hiver et nous vivons avec les personnages toutes les Fêtes, de l’Halloween à Thanksgiving, en passant par Noël.

J’ai eu un gros coup de cœur pour cette histoire qui parle d’homoparentalité, d’amitié, de deuil et aussi d’amour (mais pas l’amour auquel on pense en premier). C’est un roman bien écrit, dans lequel on plonge avec plaisir. Difficile de ne pas être sensible à l’univers de Sal, Sam et Fito. Et que dire de Vicente, un père exceptionnel! Pas parfait, mais à l’écoute, intelligent et incroyable. On l’aime tout de suite! Un très beau personnage, vraiment!

L’univers de Sal est remplie de sensibilité. Il aime les étoiles, fait de la course à pied pour aller mieux et apprécie la force et la sonorité des mots. Je me suis retrouvée dans ces détails qui rendent l’histoire tellement plus dense et intéressante.

Un roman coup de cœur, tout comme l’a été Aristote et Dante. Il y a quelque chose dans les livres de Benjamin Alire Sáenz qui fait du bien. Beaucoup de bien. On a envie d’y rester un peu plus longtemps. Ça m’avait fait la même chose avec son premier roman. Si vous ne connaissez pas cet auteur, foncez! Ses livres valent vraiment la peine d’être lus!

L’insaisissable logique de ma vie, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 505 pages, 2018

 

Brasser le varech

brasser le varechIl imaginait pour toi des encyclopédies, t’initiait à la langue sylvestre. Au cœur des déracinements de l’adolescence, tu grandissais en épinette noire. Ta ligne de vie suivait les stries du roc, les vagues du bois que parcourait ton père ingénieur forestier, celui qu’il a pris brutalement une dernière fois, traçant pour la suite un sillon de douleur, te plantant une branche en travers du tronc.
Brasser le varech saisit la vulnérabilité et l’étendue des territoires nord-côtiers, refait le chemin des années longues, remuées par le ressac du chagrin et du deuil. Contemplatif et personnel, il se présente comme un nid de nature et de références botaniques. Le code, c’est la flore laurentienne. La clé pour ouvrir la voûte, pour construire son quai, pour réapprendre à parler la langue paternelle.

Brasser le varech, c’est la nature toute en poésie, à travers le cheminement du deuil. C’est un recueil d’une grande beauté, dédié au père de l’auteure.

Cette poésie écrite de façon imagée nous fait voyager en pleine nature à travers une plume remplie de couleurs, qui nous offre une vue sur un univers rafraîchissant qui fascine l’imaginaire. Elle décrit la flore d’une manière tellement magique et vivante qu’on la voit défiler devant nos yeux.

Elle nous amène dans son univers poétique, nous racontant à travers la forêt des segments de sa vie, le chagrin douloureux suite à la mort de son père, les émotions ressenties. La famille est très présente dans ses poèmes et la nature prend beaucoup de place. Le deuil est constamment évoqué à travers la nature.

L’auteure a une façon bien personnelle de transmettre l’émotion du moment, avec des images reliées à la nature. Elle crée, à travers ses mots, des images très puissantes qui déferlent pendant notre lecture.

« tu tiens droite ta tête de pissenlit
sur tes épaules de roc

ta robe de clintonie boréale
n’éloigne pas les moustiques

tes pieds de tussilage
ne font pas de traces
dans la mousse

tu marques à peine de mica
l’argile en place »

 

En terminant le recueil, j’ai eu envie d’aller vérifier si l’auteure avait d’autres titres à son actif. D’après mes recherches, ça semble être une première publication. C’est une agréable surprise car le texte est très beau, maîtrisé, l’auteure a une très belle plume. Sa façon d’écrire est impressionnante. Une auteure dont je surveillerai assurément le travail!

Brasser le varech, Noémie Pomerleau-Cloutier, éditions La Peuplade, 114 pages, 2017