Bootblack t.2

Allemagne, 1945. Les troupes américaines traquent les derniers soldats ennemis. Dans leurs rangs, un homme n’a pas fait le deuil de son passé. Ancien cireur de chaussures sur les trottoirs de New York, un Bootblack, il est né sous le nom d’Altenberg, mais il préfère qu’on l’appelle Al Chrysler. Pour oublier l’horreur de la guerre, Al se refugie dans ses souvenirs, à l’époque où il n’était qu’un gamin des rues de Manhattan. Avant de s’engager, il a passé dix années en prison. Aujourd’hui, il a 25 ans. La femme de sa vie, Maggie, n’est plus qu’un reflet dans sa mémoire. Tous ses copains sont morts. Tous, sauf un, « Diddle Joe », qu’il revoit sur le front. Leurs retrouvailles seront brutales : Al découvre que « Diddle Joe » les a trahis…

J’avais beaucoup aimé ma lecture du premier tome de Bootblack, une histoire racontant le destin d’un jeune orphelin, Al, devenu cireur de chaussures dans les ruelles de New York. Ce second tome est une belle suite à la première bande dessinée, qui nous amène du passé au présent.

Comme dans le tome 1, les premières pages s’attardent sur la portion se déroulant à la guerre, avant de nous ramener dans le passé. Cette fois, ce tome nous raconte la vie d’adulte de Al et sa sortie de prison. Cette seconde partie contient un peu plus d’action que la précédente, puisque les choix de vie de Al n’ont pas toujours été judicieux et que les problèmes auxquels il est confrontés sont légion.

« 1945 débutait… J’avais déjà vingt-cinq ans, la rue était redevenue mon seul foyer… et je portais sur moi tout ce que je possédais. Mes poches avaient été vidées, enveloppes garnies et clé de consigne avaient disparu… »

C’est à ce moment qu’on assiste à son enrôlement dans l’armée, puis le récit alterne entre le passé et le présent. Le talent de Mikaël, que ce soit à la narration ou au dessin, est toujours vraiment très agréable à lire. Il crée une histoire intéressante autour d’un personnage qui cherche son identité et tente de se retrouver et de faire la paix avec son passé. 

Bootblack est une histoire en deux tomes que je ne peux que vous conseiller. L’histoire est passionnante et on découvre la vie de Al, au fil de la guerre et de sa survie dans les rues. La fin boucle la boucle, en étant un constat sur l’identité, sur qui est vraiment Al et ce qu’il souhaite réellement dans la vie. C’est une belle façon de terminer la bande dessinée et une belle leçon de vie. 

Ce second tome (le premier tirage) contient un cahier graphique à la fin, des différents personnages.

Un diptyque que je ne peux que vous conseiller de découvrir!

Bootblack t.2, Mikaël, éditions Dargaud, 64 pages, 2020 

Bootblack t.1

Sur le front allemand, au printemps 1945 : la guerre ne laisse que mort et destruction dans son sillage. Pour échapper à l’horreur du présent, Al, soldat américain, seul rescapé de son unité, se plonge dans les souvenirs de sa vie new-yorkaise. Fils d’immigrés allemands, né aux États Unis, il n’a pas dix ans quand, en une nuit, sous l’œil satisfait de ces Américains anti-étrangers, il perd ses parents et son foyer dans un terrible incendie. Tournant le dos à ses origines, Al n’a pas d’autre choix que de vivre dans la rue ; il devient Bootblack, un « cireur de chaussures ». 

Bootblack est une bande dessinée en deux parties. La première partie se déroule essentiellement dans les ruelles de New York et s’attarde sur l’enfance de Al, jusqu’à l’âge adulte. Le second tome se concentre sur sa vie d’adulte. Les deux tomes forment une histoire complète, bien menée, captivante et touchante. Al vit une succession d’épreuves qui ne sont pas faciles pour un jeune garçon. Il devra apprendre à se construire, en ayant peu d’outils à portée de main. 

« Cette vie. Celle d’un cireur de souliers de la monstrueuse cité. Un Bootblack. Je n’avais pas dix ans, la rue était devenue mon seul foyer… et Shiny, ma seule famille. »

Le premier tome débute en 1945, sur le front. Al est le seul survivant de son unité. Plongé dans les profondeurs de sa mémoire, il nous raconte sa vie alors qu’il est un jeune garçon de 10 ans qui sillonne les ruelles de New York, cirant des chaussures pour sa survie. 

Transporté à l’époque de l’entre-deux guerres, le lecteur est plongé dans cette dure réalité de la rue, où Al et ses compagnons essaient de s’élever de leur condition difficile. Il y est beaucoup question des classes sociales et de la différence marquée entre les jeunes travailleurs de la rue et les riches messieurs qui utilisent ses services de cireur de chaussures. Al réalise bien vite que sa condition est précaire. Il est sujet à l’influence d’un monde dans lequel il cherche sa place. Il veut aussi démontrer qu’il n’est pas un moins que rien. Il va tenter de se sortir de la misère en n’ayant pas forcément fait les bons choix. 

Bootblack aborde de nombreux thèmes, relatifs à la guerre, à la survie, à la pauvreté, mais également à l’identité. Fils d’immigrant allemand, Al a longtemps renié ses racines, afin de devenir un « vrai américain ». Désireux de se démarquer des valeurs reliées au vieux continent, il souhaite devenir lui-même quelqu’un, sans l’influence de sa famille. Alors qu’il perd tout ce qui le retient à ses parents, il doit chercher de nouvelles bases à une vie difficile. 

Le dessin est vraiment très beau. J’ai adoré le coup de crayon, très représentatif de l’époque où se déroule la bande dessinée. L’auteur réussi à bien transmettre les émotions vécues par son personnage. 

La bande dessinée se termine par un cahier de croquis et de dessins.

Bootblack est une belle découverte et j’ai tout de suite enchaîné avec le second tome que je vous présenterai bientôt. Le contexte entourant les guerres mondiales, ses effets et ses conséquences m’ont toujours intéressé. Je lirais bien à nouveau d’autres histoires de Mikaël. 

Bootblack t.1, Mikaël, éditions Dargaud, 64 pages, 2019

Incroyable Histoire

Voyagez dans le temps et prenez part à une chasse aux mammouths, marchez avec un soldat romain et volez avec les frères Wright. Revivez les moments les plus excitants de l’Histoire, des temps préhistoriques jusqu’à aujourd’hui ! Voyez une centaine d’événements historiques de vos propres yeux à travers des images de synthèse spectaculaires, et découvrez les gens, les endroits et les faits les plus marquants depuis le début de l’humanité. Apprenez à quoi ressemblait la vie quotidienne dans les sociétés médiévales et comment les grandes inventions telles que la presse ont changé le monde.

Du monde antique au monde moderne d’aujourd’hui, cet ouvrage d’une grande qualité est réellement passionnant. Il est abondamment illustré et nous permet un tour d’horizon de l’évolution du monde. Construit en cinq grands chapitres, l’ouvrage couvre le monde antique, le monde médiéval, le temps des révolutions, le temps des explorations et le monde moderne.

Ce livre nous amène tout d’abord aux débuts des origines de l’homme à travers la chasse, la cueillette et les migrations de ce dernier, jusqu’à ce que l’humain se sédentarise. On y parle de l’habitation, de l’organisation familiale, du transport, de la nourriture et des cultures, de l’art et des poteries, pour ne nommer que ceux-là. À partir de ce moment, l’homme cherche alors à conquérir les territoires voisins et à se développer. C’est alors que les guerres commencent, que l’homme évolue et que son mode de vie change. Il y est question de conquêtes, des différents empires, de religion, d’esclavage, de l’économie, des inventions, de l’occupation des territoires et des différents échanges entre les peuples. On retrouve différents chapitres sur les Premiers hommes, l’Égypte ancienne, l’Inde, les Romains, les Vikings, les peuples Germaniques, les dynasties chinoises, l’Europe médiévale, les Grecs, l’empire Mongol, les Phéniciens, les Perses, les Tsars, les premiers colons en Amérique du Nord et les peuples autochtones.

Le livre aborde tous les aspects des différents peuples, dans leur vie quotidienne et leur façon de fonctionner, de faire la guerre, de se développer et d’interagir entre eux et avec les autres. Il est intéressant de découvrir leur mode de vie, la construction de leurs habitations, leurs politiques et leur religion, leurs différentes croyances, leur système de justice, ainsi que leur entraînement comme guerriers. La place des femmes et les rôles de chacun selon les périodes, revient également à travers les différentes époques. Tous ces peuples ont contribué à l’évolution du monde jusqu’à celui que l’on connait aujourd’hui. L’ouvrage aborde aussi les grandes structures construites par l’homme, des statues de l’île de Pâques aux grandes pyramides, en passant par l’armée de terre cuite, le Colisée et bien d’autres constructions impressionnantes. 

Parallèlement, les guerres et les explorations permirent aux différents peuples de faire des découvertes et d’étendre leur pouvoir sur de nouveaux territoires. Les guerres sont d’ailleurs au centre de l’histoire. Malgré tout, plus l’homme évolue, plus la culture se développe: l’art, le théâtre, les livres, l’imprimerie. La révolution scientifique a également changé la perception de l’homme de son univers et a permis de mieux comprendre ce qui nous entoure; alors que la révolution industrielle fut une grande période de bouleversements économiques. Même chose pour l’évolution de la médecine ou le mouvement des droits civiques, qui ont contribué à l’amélioration de la qualité de vie. 

Les sujets sont très variés et de nombreuses informations sur le monde nous sont présentées en images et en couleurs. Les anecdotes sont très intéressantes car on apprend une foule de choses qui n’étaient pas forcément beaucoup enseignées. Saviez-vous par exemple, que l’espérance de vie des hommes de l’Égypte ancienne était de trente-quatre ans? Que 10 millions est le nombre estimé de Congolais qui furent tués sous le règne de Léopold II de Belgique? Qu’à la fin du XVe siècle, c’est 50 millions de personnes qui vivaient en Amérique du Nord? Qu’en période de récolte, les esclaves travaillaient 18 heures par jour? Que c’est en en 1891 que survint le premier accident de la circulation en voiture? Que 90% des films réalisés à Hollywood avant 1929 ont été perdus? C’est un tour d’horizon historique et anecdotique sur l’histoire mondiale.

Incroyable Histoire est vraiment magnifique. Les illustrations sont vraiment très belles et détaillées. L’expérience de lecture est très riche, puisque tout est mis en images. Les détails sont fabuleux et nous permettent d’apprendre un grand nombre d’informations sur l’histoire générale. Les graphiques et les cartes nous aident à mieux comprendre les enjeux de l’évolution. Cet ouvrage est un livre familial, à la portée de tous, qui permet de découvrir une histoire globale du monde et de l’évolution de l’homme. 

Un livre passionnant à avoir dans sa bibliothèque!

Incroyable Histoire. Le passé comme vous ne l’avez jamais vu, Collectif, éditions Hurtubise, 208 pages, 2020

Blueberry – Tome 2: Tonnerre à l’Ouest

Blueberry 2Les Apaches ont réuni toutes leurs tribus pour décider si oui ou non ils entraient en guerre avec les visages-pâles. Pendant ce temps Fort Navajo, cerné par plusieurs de ces indiens est coupé du monde. L’angoisse règne à l’intérieur du Fort dans lequel plusieurs grands chefs apaches sont retenus prisonniers. Après une trahison du Lieutenant Crowe qui semble condamner le Fort, Blueberry décide de partir pour Tucson chercher des renforts et des médicaments pour soigner le Colonel Dickson agonisant. Va-t-il survivre à cette traversée du désert et si oui reviendra-t-il à temps? Les Apaches qui se sont associés à des profiteurs de guerre Mexicains semblent avoir fait fuir toute la région…

J’ai découvert Blueberry tout récemment avec le premier tome du cycle des Premières Guerres indiennes. Ce personnage est un antihéros qui nous apparaît tout de suite assez sympathique vu sa façon inattendue de se comporter. Il est menteur, joueur, buveur et peu de choses réussissent à l’arrêter, pas même les lois ou les hommes. Ce cycle d’aventures est un véritable western, avec ses guerres entre Blancs et Indiens, et son intrigue.

Tonnerre à l’Ouest est le second tome de ce cycle. Il débute où se termine le tome 1, après l’assaut des indiens par les tuniques bleues. Les Blancs ont rompu la paix qui régnait dans la région, entre eux et les Apaches. La parole des Blancs ne vaut pas grand chose et il y a parmi eux un homme qui déteste les indiens et est prêt à tout sacrifier pour assouvir une haine irraisonnée. Blueberry doit intervenir et tenter de faire un compromis pour sauver la vie de plusieurs hommes des deux clans.

Dans cette aventure, Blueberry est confronté à plusieurs défi: tenter de minimiser les conséquences désastreuses prises par le Lieutenant Crowe, rapporter des médicaments pour sauver le Colonel Dickson, sauver un jeune garçon. Le tout, en une traversée en (presque) solitaire du désert, avec toutes les menaces que cela implique. Si la relation entre les visages pâles et les Apaches ne se portait pas trop mal avant, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui avec le comportement de Crowe.

Cette seconde aventure de Blueberry est un véritable western bourré d’action et de péripéties. Pour tenter d’accomplir la mission qu’il s’est donnée et avec l’aide d’un jeune Métis, Blueberry risquera sa vie pour tenter de récupérer des médicaments. Plus il s’éloigne de Fort Navajo, plus il court de risques. Il devra faire preuve d’imagination pour élaborer des plans afin de minimiser les dommages collatéraux.

Ce deuxième tome est une très bonne lecture et donne envie de poursuivre la série!

Mon avis sur le tome 1: Blueberry – Tome 1: Fort Navajo

Blueberry – Tome 2: Tonnerre à l’Ouest, Jean-Michel Charlier, Jean Giraud, éditions Dargaud, 48 pages, 1989 (réédition)

Le dernier baiser

Le dernier baiserLancé sur la piste d’un romancier en cavale, le privé C.W. Sughrue atterrit dans un bar décati de Californie, où l’écrivain se soûle à la bière, un bulldog alcoolique à ses pieds. Comme il devient disponible, la barmaid le charge d’une nouvelle enquête : retrouver sa fille Betty Sue, qui s’est volatilisée dix ans auparavant. Sughrue a envie d’un peu de compagnie ; il embarque donc romancier et bulldog dans son périple. Sans prévoir sa fascination grandissante pour la disparue ni les ramifications sans fin de cette affaire où tous semblent se jouer de lui.

Le dernier baiser est ma première rencontre avec l’univers et la plume de James Crumley, un auteur américain issu de « l’école du Montana ». Il a écrit plusieurs romans et nouvelles, des scénarios et deux séries policières mettant en scène des détectives privés: la série Milo Milodragovitch et la série C.W. Sughrue. Le dernier baiser fait partie de cette dernière et est la première aventure de Sughrue.

Sughrue est un anti-héros tout ce qu’il y a de plus cliché, du moins seulement en apparence. Ancien militaire, il est porté sur la bouteille et les femmes compliquées. Sauf que Crumley a un don certain pour raconter des scènes complètement loufoques et étranges. Ce qui fait de ce roman un polar au parfum vieillot (il est paru en 1978 en langue originale) teinté d’humour, tant dans les dialogues que dans les événements qu’il raconte.

« Les détectives privés sont censés retrouver les personnes disparues et résoudre les crimes. Dans celle-ci, jusque-là, c’était moi qui avait commis tous les crimes… »

Sughrue a été engagé par la femme d’un écrivain, pour retrouver ce mari qui a déserté pour faire la tournée des bars. Sur la route dans sa vieille voiture adorée, le détective a pour mission de retracer Trahearne et de contacter sa femme lorsque ce sera fait. Il l’intercepte dans un bar, mais ne fait jamais les choses comme les autres. C’est en créant une bagarre monstre où tout le monde tire sur tout le monde, qu’il fini par se retrouver au chevet de Trahearne à l’hôpital, à qui on doit enlever de la grenaille dans le derrière. Par la suite, Sughrue prend la route, bien malgré lui, avec cet écrivain en manque d’inspiration et un bulldog alcoolique qui s’est accaparé la banquette arrière de la voiture et refuse de bouger. Les trois comparses partent donc à la recherche de la fille de la tenancière de bar. De lieux mal famés en personnes peu fréquentables, Sughrue fait enquête pour retrouver une trace de Betty Sue, disparue il y a plus de dix ans.

« La jeunesse survit à tout. Aux rois, à la poésie, à l’amour. À tout sauf au temps. »

Sughrue est un homme à la vie grise, qui recherche volontairement l’action. Il boit trop, fréquente trop de bars, couche avec les mauvaises femmes (ou toutes les femmes qui le veulent bien), se fait parfois tirer dessus ou malmener, se retrouve de temps à autre en cellule, met son nez dans les affaires des autres. Son travail l’amène à côtoyer des gens douteux.

« Là où il y a de l’argent, il y a de la saleté, et quand vous travaillez de mon côté du monde, vous devez vous attendre à rencontrer ce genre de gens. »

Le roman est une sorte de road trip qui mène le détective sur les traces d’une fille disparue. En écumant tous les endroits où elle a pu passer et en parlant aux gens qui l’ont connue, l’auteur construit peu à peu son intrigue et agrémente son histoire d’humour noir et de scènes cocasses. Si vous appréciez les romans d’enquête au charme suranné, à une époque où les lois semblaient plutôt laxistes, vous devriez bien accrocher au style de James Crumley. On ne se doute jamais où il va nous mener, ni ce que l’on va trouver sur le chemin de ses personnages, au fil des pages. Les rebondissements sont nombreux et les scène assez noires côtoient bien l’humour déjanté dont Crumley peut faire preuve. Il n’y a qu’à penser à Fireball, le bulldog alcoolique qu’on retrouve toujours un peu partout, au moment où l’on s’y attend le moins!

« La liberté n’est que le nom qu’on donne au fait de n’avoir rien à perdre. »

J’ai bien aimé cette lecture, qui me sort définitivement de mes lectures habituelles. J’ai aimé cet humour un peu déplacé, les lieux parfois sordides où traîne Sughrue et les scènes rocambolesques que vivent les personnages. C’est un roman intéressant, avec lequel j’ai passé un bon moment. Je ne lirais pas forcément plusieurs livres de cet auteur à la suite, mais de temps en temps, je trouve que c’est une lecture parfaite pour lire un autre genre de polar. L’atmosphère particulière, teintée d’humour noir et les caractéristiques de Sughrue y sont pour beaucoup dans le plaisir de lecture de ce roman. J’aime définitivement beaucoup les anti-héros!

Le dernier baiser, James Crumley, Éditions Gallmeister, 336 pages, 2019