Misery

MiseryMisery, c’est le nom de l’héroïne populaire qui a rapporté des millions de dollars au romancier Paul Sheldon. Après quoi il en a eu assez : il a fait mourir Misery pour écrire enfin le « vrai » roman dont il rêvait. Et puis il a suffi de quelques verres de trop et d’une route enneigée, dans un coin perdu… Lorsqu’il reprend conscience, il est allongé sur un lit, les jambes broyées dans l’accident. Sauvé par une femme, Annie. Une admiratrice fervente. Qui ne lui pardonne pas d’avoir tué Misery. Et le supplice va commencer.
Sans monstres ni fantômes, un Stephen King au sommet de sa puissance nous enferme ici dans le plus terrifiant huis clos qu’on puisse imaginer.

Lorsque j’étais enfant, je me rappelle que le film Misery passait à Super Écran. J’étais un peu trop jeune, mais je me souviens de certains passages du film, donc celui où une Kathy Bates terrifiante apparaissait au bout du lit de Paul avec son marteau. Cette scène me terrifiait. Je réalise cependant que je n’ai jamais vu le film en entier.

Même si je connais quand même un peu l’histoire de ce classique du King, j’avais très envie de le lire. Je regarde la série Castle Rock et j’en suis à la seconde saison, qui est une sorte d’hommage à Misery. Avant de la visionner, je voulais lire le roman. Je me disais que l’occasion était belle de me plonger dans le livre!

Chaque fois que je lis un Stephen King, je suis impressionnée. Il réussit à nous amener avec lui dans n’importe quelle histoire. C’est toujours prenant, suffisamment descriptif pour nous donner l’impression de bien connaître les personnages (même si c’est un aspect qui est parfois reproché au King – trop de descriptions – moi j’adore!) et addictif. Il est difficile de refermer ce roman tant on veut savoir ce qu’il adviendra de Paul, d’Annie et même de Misery, le personnage de son roman.

Misery est le nom du personnage créé par Paul Sheldon. Il en a écrit toute une série très populaire auprès du lectorat féminin. Pour Paul, Misery est un personnage dont il souhaite se débarrasser pour écrire son vrai grand roman. Il souhaite la reconnaissance littéraire. Un peu comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes (dont King parle d’ailleurs dans son roman). Quand il a un grave accident de la route, il est sauvé par Annie Wilkes, sa « fan numéro 1 ». Elle n’a pas encore lu le tout dernier Misery, ce qu’elle fait en prenant « soin » de Paul Sheldon. C’est alors qu’elle découvre que son écrivain préféré a tué son héroïne préférée. Il n’en faut pas plus pour qu’Annie pète les plombs. Et c’est le cas de le dire.

Pendant le confinement, j’ai souvent entendu parler de Misery avec une pointe d’humour, comme quoi il s’agit d’un grand roman de confinement. Effectivement, il est difficile d’être plus confiné que Paul Sheldon dont l’univers ne tourne qu’autour d’une chambre. Avec une menace qui plane continuellement au-dessus de sa tête, selon l’humeur très fluctuante de sa soignante.

Au-delà des scènes d’horreur où Annie s’occupe de Paul, on découvre au fil des pages un personnage à la fois fascinant et horrifiant. Annie Wilkes est un être complètement perturbé. Elle est folle à lier, psychotique et possède une perception de la vie très spéciale. Le roman dévoile beaucoup de choses inquiétantes sur la geôlière de Paul. La lecture en est donc terrifiante et encore plus prenante.

« Il s’étendit de nouveau, les yeux au plafond, écoutant le vent. Il se trouvait près du sommet du col, de la ligne de partage des eaux, au cœur de l’hiver, en compagnie d’une femme qui n’était pas très bien dans sa tête, une femme qui l’avait nourri par intraveineuse pendant qu’il était inconscient, une femme qui disposait apparemment d’une inépuisable réserve de médicaments, une femme qui n’avait dit à personne qu’il avait échoué ici. »

Au-delà de l’intrigue, de l’histoire d’horreur, il y a une réflexion intéressante sur le travail d’écrivain et sur la place que peut prendre un personnage, tant pour celui qui l’a créé, que pour les fans qui en veulent toujours plus. Il aborde aussi la mort d’un personnage de fiction, ses répercussions sur l’écrivain et sur les fans. L’histoire de Misery en est un excellent exemple. Il est fascinant de voir qu’un personnage que Paul a créé est à la fois à l’origine de sa lassitude, deviendra sa plus grande torture, mais aussi sa planche de salut.

Ici, Misery apparaît comme une entrave au « vrai » travail de l’écrivain. Un boulet que Paul doit traîner avec lui. Il devra y revenir et son sentiment face à son personnage évoluera au fil du temps et de ce qu’il est en train de vivre. Cette construction du roman et la réflexion qui se cache derrière m’a beaucoup plu. À chercher à fuir son personnage, l’écrivain se trouve forcé de « vivre avec elle » en permanence, en l’ayant constamment en tête.

« Ce n’était pas dans son habitude de peiner aussi laborieusement, ni de remplir la corbeille à papier de feuilles chiffonnées inachevées […] Il avait attribué cela à la douleur et au fait d’être dans une situation où il n’écrivait pas seulement pour gagner sa vie – mais pour ne pas la perdre. »

Pendant l’écriture forcée de Paul, Annie lui procure une vieille machine à écrire. Elle la lui apporte avec fierté, alors que la machine a déjà perdu son « n » au passage. Paul entreprend donc d’écrire sous la contrainte et le texte qu’il élabore apparaît sous nos yeux avec une police d’écriture rappelant celle d’une vieille machine à écrire. La lettre manquante étant ajoutée « à la main ». D’autres lettres disparaîtront au fil du temps et l’on retrouve cette police d’écriture modifiée au fil des pages. On peut donc lire des passages du roman de Paul avec les lettres manquantes. Ça donne à Paul un petit côté « réel » et encore plus puissant.

Comme bien souvent, on retrouve aussi une référence à une autre oeuvre de King dans ce roman. Ici, il est fait mention de l’hôtel Overlook et d’un gérant un peu cinglé… Ces clins d’œil me font toujours sourire quand je les découvre. Il y en a bien souvent dans les romans de Stephen King, un peu comme les caméos qu’il fait dans les adaptations de ses propres œuvres au cinéma ou en série.

Misery est un roman fascinant, par son exploration du processus de création. Les circonstances, ici, en font un roman terrifiant. J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce livre. J’avais une petite panne de lecture et j’avais de la difficulté à me plonger dans quelque chose. Je me suis dit qu’un King arrangerait tout. Ce fut le cas! J’ai bien envie de voir le film maintenant, où Kathy Bates avait remporté un Oscar à l’époque pour sa prestation. Ça promet!

Misery, Stephen King, Le livre de poche, 391 pages, 2002

L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020

Créatures fantastiques t.2

créatures fantastiques 2La science a remplacé la magie dans le cœur des hommes. Elle est sur le point de faire basculer le monde dans une nouvelle ère, entraînant les créatures fantastiques dans l’oubli. Ziska, l’apprentie vétérinaire, est au chevet d’un Kelpie, un cheval aquatique, bien mal en point. Devant l’urgence de la situation, elle demande l’aide de son maître Nico, mais ce dernier arrivera-t-il à temps ? À la croisée de la médecine et de la magie, découvrez un bestiaire hors du commun !

Dans ce deuxième tome, nous retrouvons Ziska et l’histoire du Kelpie qui avait commencée dans le tome 1. Comme d’habitude, Ziska qui travaille comme apprentie vétérinaire aux côtés de Nico, est amenée à remettre en question son travail auprès des créatures fantastiques, en fonction de ses propres pouvoirs magiques. Elle intervient parfois lorsque la situation est critique et que le travail de vétérinaire n’est pas suffisant. Avec son maître, elle apprivoise de nouvelles créatures, apprend de nouvelles choses sur les bêtes fantastiques telles que le Kelpie et le Carbuncle.

« Néanmoins, la magie est une technique fabuleuse… capable de créer des miracles, là où la science d’aujourd’hui en est incapable. »

La disparition d’une amie de Ziska dans ce second tome nous amène à faire la connaissance du loup de seigle, un loup sorti tout droit des légendes qui a une histoire fascinante, en lien avec le passé de Nico. Je crois que c’est d’ailleurs le chapitre que j’ai préféré dans ce second tome.

En filigrane, le manga questionne souvent le rapport de l’homme à la nature, son empreinte sur le monde qui l’entoure et son rapport aux animaux. Même si le côté fantastique est entièrement présent, on sent tout de même que ces questionnements peuvent s’appliquer sans problème à notre monde. Entre la médecine vétérinaire, la magie et le fantastique, le manga devrait plaire assurément à ceux qui aiment les bestiaires et les histoires d’animaux étranges et fantaisistes.

Je crois que le plaisir de lecture de cette série réside surtout dans l’atmosphère que dans l’intrigue. Chaque tome contient quelques rencontres particulières avec des créatures fantastiques qui sont dotées de particularités étonnantes et que Nico et Ziska doivent soigner. On apprend auprès d’eux la façon dont les bêtes vivent, leur façon de s’alimenter, leurs caractéristiques et la façon de les soigner. C’est donc l’univers fantastique qui est captivant et qui procure un bon moment de lecture.

La série Créatures fantastiques de Kaziya me plaît définitivement beaucoup! Elle n’est pas sans rappeler le monde des Animaux fantastiques de J.K. Rowling. Le coup de crayon de Kaziya est vraiment très joli. Un manga vraiment agréable à lire pour suivre Ziska et Nico dans leur travail de soigner des créatures fantastiques particulières. J’ai hâte de me plonger dans le tome 3!

Mon avis sur le tome 1.

Créatures fantastiques t.2, Kaziya, Komikku Editions, 208 pages, 2019

De la nature des interactions amoureuses

De la nature des interactions amoureuses« Mon inventaire de l’amour se résume à peu près à Alexandra, alors que le sien se partage entre moi-même et d’autres ». Face à ce constat amer, Joseph, un jeune scientifique, imagine une série d’équations pour contraindre son amoureuse volage à n’aimer que lui. Mais peut-on soumettre l’alchimie des sentiments aux lois de la science ?
C’est la question, drôle et grave, que pose Karl Iagnemma dans ces nouvelles délicieusement ironiques où mathématiciens, universitaires et chercheurs tentent de rationaliser le domaine des sens, abordant de manière insolite l’adage de Pascal selon lequel « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Quitte à se heurter à d’autres énigmes, bien plus insolubles…

Lorsque j’ai vu que ce nouveau livre de Karl Iagnemma était publié, j’ai tout de suite voulu le lire. Il y a quelques années (dix ans plus exactement pour l’édition en français), l’auteur avait fait paraître un roman: Les expéditions. J’avais adoré ce livre, un pavé que j’avais trouvé passionnant et bien écrit. Cette fois, l’auteur publie son premier recueil de nouvelles avec De la nature des interactions amoureuses. Chaque histoire aborde l’amour sous différentes formes et la science. Si les deux semblent incompatibles à première vue, les histoires que nous offrent l’auteur mettent toutes en scène des hommes et des femmes de science, ou des passionnés, ainsi que leur incapacité à vivre pleinement une relation amoureuse satisfaisante.

« Tu devrais faire confiance aux mathématiques. Rien n’est trop complexe pour que les mathématiques ne puissent en rendre compte. »

Les nouvelles de Karl Iagnemma sont passionnantes. Elles abordent différents sujets: médecine, mathématiques, gestion forestière, géométrie, phrénologie, mais aussi le commerce, les amérindiens, l’art et le travail dans les mines. Les histoires ont toutes le point commun de mettre en scène des personnages qui cherchent à s’élever dans leurs domaines respectifs et à tenter de maintenir ou de trouver l’amour. Le cœur et la science sont-ils incompatibles?

Dans ce recueil, nous nous retrouvons à plusieurs époques. Certaines nouvelles sont plus contemporaines alors que d’autres se déroulent dans les années 1800. Celles-là m’ont fait penser bien souvent à l’atmosphère qui m’avait plu dans Les expéditions, roman qui se déroulait en 1844.

De la nature des interactions amoureuses contient huit nouvelles, dont la première donne son titre au recueil. Chaque histoire est très différente de la précédente et mêle souvent des extraits de journaux, parfois des symboles mathématiques, d’autres fois des extraits de lettres ou de notes. Voici un petit résumé de chacune des nouvelles du recueil:

De la nature des interactions amoureuses
Cette histoire se déroule en milieu universitaire. Joseph est amoureux d’Alexandra, la fille de son directeur de thèse, qui de son côté ne l’aime pas assez. Joseph comprend bien mieux les mathématiques que les histoires d’amour. En parallèle de ses observations, il nous parle du journal d’un suédois qui fonda la ville de Slaney où se déroule la nouvelle.

Le rêve du phrénologue
Jeremiah, phrénologue, cherche dans les bosses et l’apparence des crânes qu’il ausculte, la femme parfaite qu’il pourrait épouser.

Le théorème de Zilkowski
À un colloque de mathématiciens, Henderson remet en question publiquement une partie de la théorie exposée par son ancien ami, Czogloz. C’est Marya qui est au centre de ce trio et qui alimente mensonges et désir de vengeance.

L’approche confessionnelle
Freddy, ancien étudiant en psychologie et Judith, artiste et ancienne étudiante en physique, décident de démarrer leur propre entreprise de mannequins en bois. Des questions morales mettent leur couple en péril.

L’agent des Affaires indiennes
Cette histoire, écrite sous forme de journal, débute en 1821. L’homme vit dans le baraquement d’une garnison et s’occupe de faire le lien entre les colons Blancs et les Amérindiens.

Règne, ordre, espèce
Une jeune femme ayant étudié en gestion forestière se passionne pour un ouvrage, Woody Plants of North America. Dès qu’elle se croit amoureuse, elle en lit un extrait à son amant…

La femme du mineur
Un mineur, qui risque sa vie sous terre tous les jours, cache à sa femme sa passion pour la géométrie.

Les enfants de la faim
Cette nouvelle, à la fois passionnante et terrifiante, s’inspire des travaux effectués par le Dr. William Beaumont sur Alexis Saint Martin, autour de 1820. L’homme a servi de cobaye pour l’avancée des recherches sur la digestion humaine.

Même si elles sont toutes bien différentes, j’ai aimé toutes les nouvelles du livre, avec une préférence pour Règne, ordre, espèce, qui est originale et qui aurait fait un roman passionnant. Mais la nouvelle se suffit à elle-même également et je l’ai adoré. J’ai aussi une préférence pour Les enfants de la faim, qui m’a poussé à faire quelques recherches sur Beaumont et Saint Martin.

« J’ai remarqué que dans la nature, certains événements sont impossibles à expliquer autant qu’à reproduire: ils existent, tout simplement. Cela suffit à donner de l’espoir. »

Ce recueil a été pour moi une très bonne lecture. J’aime la science en général. J’ai adoré  ces nouvelles et j’aime définitivement beaucoup le style de Karl Iagnemma. Son talent se confirme avec ces histoires. Qu’il écrive un roman ou choisisse les nouvelles pour s’exprimer, il excelle toujours autant. J’ai aimé que l’histoire et la science se côtoient dans plusieurs nouvelles. L’auteur est un chercheur et un scientifique, on le sent dans son écriture. Il crée des histoires qui ont une part de science ou s’inspirent de faits passés. C’est d’autant plus agréable de le lire. Ses sujets sont fouillés et passionnants.

« … quel était le plus noble objectif de la science, sinon expliquer l’homme à lui-même? »

Un auteur qui confirme son talent avec ce second livre. Je vais suivre assurément son travail dans l’avenir. Ses livres me plaisent définitivement beaucoup!

De la nature des interactions amoureuses, Karl Iagnemma, éditions Albin Michel, 320 pages, 2018

Stranger Things – Suspicious Minds

Stranger Things Suspicious Minds1969. Étudiante sur le petit campus d’une université de l’Indiana, Terry est bien loin des soubresauts qui secouent le pays, profondément divisé par la guerre du Vietnam. Mais quand elle apprend qu’on recherche de jeunes cobayes pour une étude gouvernementale menée dans la petite ville de Hawkins, elle se retrouve embarquée dans un projet inquiétant – nom de code MKUltra. Camionnettes aux couleurs sombres, laboratoire caché au fond des bois, substances hallucinogènes administrées par des chercheurs muets comme des tombes… Terry, jeune et idéaliste, est bien décidée à lever le voile sur les manigances de l’inquiétant Dr Brenner.
Car derrière les murs du Laboratoire National de Hawkins, l’ampleur de la conspiration dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Pour relever le défi, il lui faudra l’aide des autres cobayes, devenus ses compagnons d’armes… à commencer par une fillette aux pouvoirs sidérants dont le nom est un simple chiffre, Huit. Terry et le Dr Brenner vont dès lors se livrer une guerre d’un genre nouveau, dont le champ de bataille n’est autre que le cerveau humain…

Je suis une très grande fan de la série Stranger Things dont j’ai vu les deux premières saisons plusieurs fois. J’attends avec impatience la sortie de la troisième saison, cet été. Quand j’ai su que des romans, antépisodes à la série, étaient prévus, j’avais vraiment hâte de les lire.

Stranger Things: Suspicious Minds se déroule avant la série produite par Netflix et se concentre sur la mère de Onze. On apprend donc dans ce roman qui était Theresa (Terry) Ives et comment était sa vie avant l’arrivée du Dr Brenner. Terry était une jeune étudiante qui travaillait dur pour payer son loyer et arriver à remplir le frigo. Son petit ami Andrew était adorable et elle avait survécu à certains drames familiaux. Terry est très attachante, tout autant qu’Andrew. Ils forment un beau couple, se passionnent pour Le Seigneur des Anneaux qu’Andrew fait découvrir à Terry. Ensemble, la vie est simple. Ils partagent certaines convictions et sont à leur façon un peu contestataires. C’est un couple amoureux, qui se fréquente hors des liens sacrés du mariage. Il faut dire que le roman débute en 1969. On est donc dans une toute autre mentalité qu’aujourd’hui. C’est ce qui est intéressant dans ce roman.

La série m’émerveille parce que j’y retrouve des choses de mon enfance dans les années 80, l’époque de Onze. Avec Terry nous sommes plutôt fin des années 60 et début des années 70. Avec ses amis, elle regarde les premiers pas de l’homme sur la Lune. C’est l’époque de la Guerre du Viêt Nam, du Festival de Woodstock, la fin de la Ségrégation qui a laissé des marques. Les hommes et les femmes n’ont pas le même statut, les scientifiques féminines sont difficilement acceptées dans cet univers masculin, idem pour celles qui souhaitent faire un métier non typiquement féminin. Le cercle dans lequel Terry évolue est très ouvert. L’homosexualité y est acceptée, les grossesses hors mariage aussi, la désobéissance civile est admirée, même si les conséquences sont parfois désastreuses. Andrew et Terry sont de beaux personnages plutôt en marge de la société. On voit que certaines personnes évoluent clairement plus vite que la société dans laquelle ils vivent.

« … quoi qu’inventent les hommes, ils concevaient toujours un moyen de faire le mal avec. »

C’est la rencontre avec l’odieux Dr Martin Brenner (que je déteste tout autant dans la série) qui va changer le monde de Terry et d’Andrews. Terry qui, contrairement à ses amis doit travailler dur, décide de prendre la place de sa colocataire qui fait des tests avec des drogues au laboratoire de Brenner et qui déteste ça. Le salaire est énorme. Terry soupçonne que Brenner fait de grandes choses et elle veut participer à ces avancées scientifiques. C’est une idéaliste. Mais voilà, Terry n’a aucune idée dans quoi elle vient de mettre les pieds…

« Son père lui avait appris à toujours ouvrir l’œil et elle ne voulait pas passer à côté de l’opportunité de jouer un rôle important dans la société. »

Le roman est terrifiant parce que les découvertes que font Terry et ses amis du laboratoire, cobayes comme elle, vont en augmentant. Nous rencontrons Huit. Nous voyons sur quoi travaille Brenner et jusqu’à quel point il peut aller loin pour arriver à ses fins. Le piège se referme doucement sur Terry, Andrew, Gloria, Alice et Ken.

« Pensez aux atouts, rien qu’en matière de renseignements, dont nous disposerions si nous étions capables d’inciter nos ennemis à avouer ce qu’ils cachent, si nous pouvions les rendre influençables, ou exercer sur eux un contrôle absolu… »

J’ai beaucoup aimé cette lecture. En attendant la saison 3 de la série, elle m’a permit de retrouver l’atmosphère de Stranger Things, d’y comprendre certaines choses sur le passé de Onze et sa naissance. On apprend aussi d’où vient son vrai prénom. Terry dans le livre nous apparaît comme un personnage attachant, touchant, pleine de vie et animée de grands espoirs pour l’avenir. On est loin du personnage brisé qui apparaît dans la série. Le livre cependant, nous permet de comprendre pourquoi elle en est arrivé là.

Une lecture qui m’a vraiment plu, que j’ai dévoré et qui m’a choquée autant que tout ce qui entoure le laboratoire du Dr Brenner dans la série. Malgré tout, c’est une lecture réjouissante pour les fans de la série puisqu’elle permet d’agrandir un peu l’univers qu’on nous montre à l’écran et d’en savoir un peu plus. J’appelle ce genre d’ouvrage des « curiosités pour les fans ».

Vivement le prochain livre, Stranger Things – Darkness on the edge of town qui devrait sortir à l’été en français et qui cette fois, se penchera sur le passé du shérif de la petite ville d’Hawkins, Jim Hooper. C’est l’un de mes personnages favoris. Il s’avère d’ailleurs beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. Bien hâte de le découvrir dans ce second livre!

Stranger Things – Suspicious Minds, Gwenda Bond, éditions Lumen, 438 pages, 2019