La Traversée des temps t.2: La Porte du ciel

L’éternité n’empêche pas l’impatience : Noam cherche fougueusement celle qu’il aime, enlevée dans de mystérieuses conditions. L’enquête le mène au Pays des Eaux douces — la Mésopotamie — où se produisent des événements inouïs, rien de moins que la domestication des fleuves, l’irrigation des terres, la création des premières villes, l’invention de l’écriture, de l’astronomie. Noam débarque à Babel où le tyran Nemrod, en recourant à l’esclavage, construit la plus haute tour jamais conçue. Tout en symbolisant la grandeur de la cité, cette Tour permettra de découvrir les astres et d’accéder aux Dieux, offrant une véritable « porte du ciel ». Grâce à sa fonction de guérisseur, Noam s’introduit dans tous les milieux, auprès des ouvriers, chez la reine Kubaba, le roi Nemrod et son architecte, son astrologue, jusqu’aux pasteurs nomades qui dénoncent et fuient ce monde en train de s’édifier. Que choisira Noam ? Son bonheur personnel ou les conquêtes de la civilisation ?

Après avoir lu et beaucoup aimé Paradis perdus, j’avais bien hâte de me plonger dans La porte du ciel. Ce livre est le second tome de l’imposante saga en cours d’écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt, un auteur que j’adore. La série peut paraître impressionnante, puisqu’elle comportera huit tomes, mais la lecture est vraiment intéressante et on lit ces pavés sans réaliser le nombre de pages, tellement le projet est captivant. Réaliser un portrait de l’histoire de l’humanité sous forme de roman est colossal. 

« Le monde n’avait pas trouvé qu’un miroir dans l’écriture, il y avait gagné des portes, des fenêtres, des trappes, et des pistes d’envol. »

Avec ce livre nous retrouvons Noam, doté d’immortalité, qui est à nouveau séparé de son amoureuse Noura. Parti à sa recherche et voyageant dans le temps, il découvre cette fois encore une nouvelle période de l’humanité et il doit s’y adapter puisqu’il ne provient pas de cette époque. En lien avec l’histoire de la tour de Babel, ce roman raconte le début de certaines civilisations, la confrontation avec l’esclavage, les débuts de l’écriture, les langues.

« Hélas, je passais le reste du temps en enfer. Aurais-je résisté privé de félicité domestique? J’affrontais des jours noirs chez les esclaves. Jamais je n’avais rencontré pareille misère, sans doute parce qu’elle faisait irruption dans l’histoire du monde… »

Noam devient un guérisseur, il y est donc question de botanique et de médecine également. Axé sur le savoir, la botanique, les plantes et l’apprentissage, le roman parle beaucoup d’histoire. C’est le début des grandes maladies comme le choléra et Noam se questionne en tant que guérisseur, pour réussir à comprendre et à trouver des remèdes. C’est intéressant car on découvre les époques et les découvertes qui ont été faites dans plusieurs domaines. Certaines notes de bas de pages offrent aussi un complément historique à ce qui se déroule dans le roman. C’est l’évolution de l’humanité que raconte l’auteur, celle des premières découvertes, de l’élaboration des villes et des premières grandes innovations qui ont changé la face du monde.

« Je parvins ainsi à sauver de plus en plus de vies. Roko, qui m’accompagnait, m’imitait et s’approchait avec compassion des égrotants. Il les regardait, il gémissait, donnant l’impression d’aspirer leur douleur. Il léchait certaines plaies. Les premières fois, il intervint sans que j’y prêtasse attention tant que je démenais, donc je ne l’en empêchai pas. Bien m’en prit! On me rapporta peu après que mon chien me concurrençait: des blessures avaient accéléré leur cicatrisation, des infections de peau avaient diminué, le bruit courut même qu’un enfant famélique dont il avait effleuré les paupières s’était remis à voir. On l’appela le « chien guérisseur ». »

Si le premier tome comportait peut-être un peu plus de rebondissements, j’ai pour ma part adoré celui-ci puisque l’histoire, les connaissances, l’apprentissage en général, les nouvelles technologies de l’époque et le développement du savoir humain sont beaucoup plus détaillés dans ce roman. On y apprend une foule de choses, on suit avec intérêt les découvertes de Noam et on apprend, tout comme lui, comment l’humanité s’est développée. Dans ce second volume, Noam va en apprendre plus sur les raisons de son immortalité. Sa position devient dangereuse et il doit se protéger pour sauver sa vie.

Comme dans le premier tome, les liens bibliques me semblent présents surtout pour faire une liaison entre les époques et marquer l’histoire de l’humanité. On retrouvait l’histoire du déluge dans le premier tome et ici, la construction de la tour de Babel. Toutefois, il s’agit vraiment d’une réécriture sous forme de roman. L’auteur puise son inspiration dans les textes sacrés, l’histoire et la science. Le résultat est vraiment intéressant. On reste avec un même noyau de personnages, mais comme on change d’époque, on suit l’évolution de l’humanité et on découvre de nouveaux personnages.

« Il y a deux sortes d’humains: les arbres et les cailloux. Les arbres existent par leurs racines, les cailloux roulent d’eux-mêmes. L’arbre pousse dans la forêt, entouré des autres, et s’étiole sitôt qu’il quitte sa terre. Le caillou dévale les chemins selon sa propre dynamique; si un obstacle l’arrête, il repart et ne s’immobilise qu’au plus bas. J’appartenais aux cailloux, Saul aux arbres. Je voyageais, il se perdait. Je cherchais, il regrettait. »

Un deuxième tome réussi qui me donne assurément envie de poursuivre la saga et de lire bientôt le troisième tome. Il m’attend d’ailleurs dans ma pile et cette fois il aborde la civilisation Égyptienne. Ça semble très prometteur! Schmitt est un auteur que j’adore et on sent que son travail de recherche est soigné. Sa plume est toujours agréable à lire, ses mots sont choisis avec soin. Ne vous laissez pas rebuter par ces pavés qui semblent imposants. L’histoire en vaut le détour.

Une très bonne lecture pour ma part et une série originale et documentée que je ne peux que vous conseiller. 

La Traversée des temps t.2: La Porte du ciel, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 576 pages, 2021

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L’affaire du Dr Cream

Jack l’éventreur a effrayé ses contemporains. Le Dr Cream les a horrifiés. Avortements illégaux, empoisonnements à la strychnine et au chloro­forme, chantage, extorsion : ce ne sont là que quelques-uns des hauts faits de ce médecin ayant étudié à l’Université McGill, sinistre figure à l’origine même du concept de serial killer. Soupçonné d’avoir assassiné plusieurs femmes en Amérique du Nord, le Dr Thomas Neill Cream se trouve derrière les barreaux à Londres, en 1891. Commence alors le récit haletant de son procès. Dean Jobb entraîne ses lecteurs dans les bas-fonds d’une enquête sordide qui révolutionna les techniques d’investigation, alors que les services de police dédaignaient encore l’utilisation de la science pour résoudre délits et meurtres. Le récit méconnu de ce monstre d’un autre siècle n’a pas fini de provoquer des frissons. À ne pas mettre entre toutes les mains.

Ce livre est à la fois terrifiant et fascinant. Il m’a accompagnée le temps de quelques soirées d’octobre, à l’approche de l’Halloween. C’était une lecture parfaite. Il s’agit d’une véritable enquête dans les archives, sur les traces d’un tueur en série qui a sévit dans plusieurs pays. Une histoire (vraie) qui donne littéralement le frisson, mais que l’histoire a peu à peu oublié. Pourtant…

« Cream personnifie le méchant typique de l’époque victorienne, un individu inquiétant coiffé d’un haut-de-forme, avec un rire forcé et un regard sinistre de strabique. Le Jack l’Éventreur des empoisonneurs. »

Issu d’une famille aisée, Thomas Neill Cream est diplômé de McGill. Il a aussi fait des études en Europe. Il aurait pu devenir un brillant médecin. Mais le Dr Cream est un être particulièrement difficile à cerner, même si de nombreuses personnes le trouvent étrange et que son propre père en a assez de ses frasques. Maître chanteur, obsédé sexuel, avorteur dans des conditions épouvantables, empoisonneur et tueur en série, la feuille de route de Cream fait trembler même les plus endurcis. Avec cet ouvrage qui colle aux archives historiques et à la réalité des documents retrouvés, l’auteur nous offre une passionnante enquête qui nous amène du Québec à l’Angleterre en passant par les États-Unis. Avec le portrait qu’il brosse de Cream, on ressent tout de suite cette impression qu’il existe deux hommes en lui. Le gentil médecin qui inspire confiance (qui est donc bien placé pour attirer ses victimes) et l’empoisonneur en série qui tente de « nettoyer les bas-fonds » des villes en empoisonnant des femmes de « mauvaise vie » ou celles qui se retrouvaient seules et enceintes. C’est à une folle plongée dans les bas-fonds anglais et américains que nous convie l’auteur, épluchant pour nous les détails des enquêtes entourant le passage du Dr Cream dans ces villes.

« Les collectionneurs de souvenirs pouvaient acheter des figurines en céramique de tueurs et de victimes. À l’image de l’Illustrated Police News et d’autres lucratifs journaux jaunes remplis de faits divers criminels, la presse de grande diffusion publiait des comptes rendus hauts en couleur de morts violentes et des procès qui s’ensuivaient. On allait jusqu’à s’excuser auprès des lecteurs quand on ne leur donnait à lire que de banales descriptions de « crimes ordinaires ». »

Cet ouvrage retrace l’incroyable enquête de l’époque, sur la piste de Cream et des crimes qu’il a commis. Le travail de recherche de l’auteur est très pointilleux. Il se renseignait même sur la température qu’il faisait telle ou telle journée afin de décrire au mieux l’atmosphère des événements. Cream est vraiment un personnage qui suscite à la fois de la fascination et de la répulsion. On se demande comment il a pu agir impunément si longtemps sans en subir les conséquences. Du moins pas suffisamment sévères pour l’arrêter. Sa position dans la société et ses contacts, ainsi que l’incapacité de son époque à faire confiance à la science, lui ont permis de s’échapper de nombreuses fois d’enquêtes qui auraient pu le condamner et l’arrêter une bonne fois pour toute. Le livre est accompagné de documents d’archives, de nombreuses notes et il détaille abondamment ses sources. On y croise aussi entre ses pages, Arthur Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes, Joseph Bell, pour ne nommer que ceux-là. 

L’ouvrage est intéressant car il aborde aussi, parallèlement à la vie de Cream, l’histoire des femmes de son époque. Les préjugés envers une certaine portion de la population, le dégoût que pouvaient susciter les gens qui vivaient dans les bas-fonds de Londres ou de Chicago par exemple et du peu de considération que ces gens avaient de la bourgeoisie et des gens qui avec un statut social privilégié. L’auteur aborde également l’époque de Cream, la façon dont les enquêtes étaient menées à son époque (ce qui explique les larges mailles du filet par lesquelles Cream se dérobait constamment) et l’évolution des sciences judiciaires. Cream n’est d’ailleurs pas sans rappeler le célèbre Jack L’éventreur, avec qui on peut se permettre de faire quelques comparaisons…

Avant de lire ce livre, qui se dévore d’ailleurs comme un roman, je ne connaissais pas le Dr Cream. Il est d’ailleurs intéressant de voir les traces de son passage ici et là qui subsistent encore aujourd’hui et que l’auteur présente en fin d’ouvrage. C’est un personnage terrifiant, maître chanteur et beau parleur, qui a su utiliser sa position dans la société et son argent pour commettre des crimes atroces sur une tranche de la population plus vulnérable: des femmes pauvres, souvent sans ressources, enceintes et pointées du doigt, forcées de se prostituer pour manger ou subvenir aux besoins d’un enfant illégitime. 

Si vous aimez les histoires de vrais crimes, ce livre est assurément à lire! J’ai adoré plonger dans l’histoire sordide de ce médecin, qui est bien documentée et passionnante à découvrir. On referme quand même l’ouvrage avec un frisson d’horreur, surtout en sachant que Cream a réellement existé. 

L’affaire du Dr Cream : De Québec à Londres: la traque d’un tueur en série à l’ère victorienne, Dean Jobb, Les éditions de l’Homme, 432 pages, 2022

Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 2: 1670-1760

Un botaniste itinérant décrit une plante canadienne devenue nuisible à l’échelle mondiale ; une plante grimpante nommée Canada envahit l’Europe ; un poète chirurgien savoure une limonade d’eau d’érable ; des cucurbitacées sauvages canadiennes cultivées en Bavière ; de l’usage et des prix de drogues canadiennes… Des médecins du roi, des chirurgiens, des apothicaires, des agronomes, des botanistes, des militaires, des administrateurs, des entrepreneurs, des missionnaires et des religieuses se familiarisent avec les plantes nord-américaines et leurs usages, souvent médicinaux, inspirés de pratiques amérindiennes. En continuité avec le premier tome, les auteurs couvrent la période du Régime français à travers 29 histoires vulgarisées qui mettent à l’avant-scène savants et autres personnages œuvrant en Nouvelle-France et dans divers pays d’Europe. Une histoire innovatrice et fascinante.

Cet ouvrage fait partie de la très belle collection Curieuses histoires de plantes qui comprend quatre tomes dont un cinquième sortira prochainement. J’avais apprécié le premier tome, dans lequel j’avais appris de nombreuses choses. J’aime beaucoup cette série que je laisse à portée de main sur la table et dans laquelle je me plonge pour un ou deux chapitres de temps en temps. C’est donc une lecture que je fais sur plusieurs mois. Je trouve que le genre d’ouvrage s’y prête bien puisqu’il est une mine d’informations sur les plantes, la culture, la vision de l’Europe sur nos plantes à nous lors de la colonisation, les herbiers, les plantes médicinales, les connaissances autochtones, etc. C’est passionnant, mais très dense, c’est pourquoi je préfère une lecture sur le long terme.

Les livres sont visuellement très beaux, avec des reproductions en couleurs de dessins botaniques d’époque et de nombreux encadrés anecdotiques. On apprend une foule de choses aussi utiles et intéressantes que curieuses. L’ouvrage est agréable à feuilleter aussi par son format: assez grand et plutôt carré. Ce second tome regroupe 29 histoires relatant des découvertes ou expliquant des usages des plantes du Canada de 1670 à 1760.

Saviez-vous par exemple que la sève d’érable était surtout utilisée en médecine à l’époque? Que le plus vieux livre de botanique médicinale écrit en Amérique l’a été au Mexique en 1552? Que le mot « lauréat » a un rapport direct avec les plantes? Qu’en 1726 on identifiait les cabarets qui vendaient de l’alcool avec des branches de pins et d’épinettes? Qu’on croyait que les gens pouvaient être affectés par l’herbe à puce juste en la regardant? Qu’en moyenne, les plantes possèdent 25 000 gènes contrairement à 22 000 pour l’humain?

C’est fou comme les plantes et leur histoire ont des choses fascinantes à nous apprendre. De mon côté, je poursuis la découverte des plantes avec le troisième tome que je vais débuter bientôt. 

Je vous laisse sur une citation de John Evelyn, qui me parle naturellement beaucoup et que je trouve appropriée: « Mieux vaut être sans or que sans arbres ».

Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 2: 1670-1760, Alain Asselin, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu, éditions du Septentrion, 328 pages, 2015

Le cerveau et la musique

Un son, une note, une mélodie et voilà… le cerveau en effervescence. Mais pourquoi certains airs arrivent-ils à nous tirer des larmes, à nous donner la chair de poule, à nous enthousiasmer ou à nous faire danser ? Pourquoi sommes-nous touchés par les symphonies de Beethoven, par les performances vocales de Céline Dion, par les reels endiablés de Ti-Jean Carignan ou encore par les concerts d’Arcade Fire ? Bien sûr, tout commence par l’oreille. Les ondes sonores produites par un piano, une flûte ou un violon s’y engouffrent et sont transformées en influx nerveux pour rejoindre diverses régions du cerveau. Journaliste scientifique aguerri, Michel Rochon nous entraîne dans une exploration fascinante du cerveau musical. 

La musique a toujours été importante pour moi. J’achète autant de musique que j’achète de livres et je peux difficilement passer une journée sans en écouter. J’ai une photo de moi toute petite avec un énorme casque d’écoute sur la tête et Mozart qui jouait sur la table tournante. Ma passion pour les notes remonte à très loin. J’ai aussi joué de la clarinette et du violon, mais je préfère quand même écouter la musique que la jouer. J’aime aussi beaucoup la science et naturellement, ce livre de Michel Rochon s’imposait de lui-même puisqu’il mêle les deux domaines et répond à plusieurs questions. 

Cet essai est vraiment intéressant car il nous plonge dans l’étonnante odyssée des effets de la musique sur le cerveau. Le sujet est vaste, mais l’auteur aborde différents aspects totalement fascinants. Michel Rochon est journaliste scientifique et médical, très bon vulgarisateur, mais c’est aussi un musicien. Comme, d’ailleurs, un très grand nombre de médecins et de chercheurs, comme le démontre plusieurs orchestres de médecins, organisés un peu partout dans le monde. 

« …si certaines maladies nous ont permis de mieux comprendre la musique et vice versa, c’est peut-être parce que la médecine et la musique sont des univers imbriqués. »

Le cerveau est complexe et l’ouvrage nous en explique d’abord les bases en lien avec la musique. De quelle façon le cerveau réagit-il à la musique? Pourquoi les notes ont autant d’effet sur nous? Qu’est-ce qui nous amène à taper du pied lorsqu’on entend un rythme qui nous donne envie de bouger? Comment le cerveau réagit à la musique? On apprend une foule de choses, allant de l’aspect biologique de la musique (par exemple le son entendu par l’oreille et la façon dont le cerveau le transforme) jusqu’aux limites de la science et la richesse que nous apporte la musique en tant qu’humain.

« La musique nous transporte et nous fait réagir souvent de façon inattendue; elle puise dans nos structures de la perception, mais également dans nos souvenirs et nos plus intimes expériences. »

Cet ouvrage nous amène à comprendre ce qui se passe dans notre cerveau, alors que la musique est entendue par notre oreille. J’ai appris une foule de choses sur la linguistique, les mathématiques, l’amusie, les liens étroits entre la musique, la science et la médecine, l’audition, la plasticité du cerveau, l’apprentissage d’un instrument, la musicothérapie, la génétique, le rôle social de la musique, les animaux et la musique, l’intelligence artificielle, les jeux vidéo, pour ne nommer que ceux-là. Plusieurs histoires derrière les chercheurs et les découvertes sont vraiment incroyables. 

« Ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que la naissance de notre Univers, d’une complexité sans commune mesure et qui a donné lieu à un extraordinaire déploiement au-delà de l’entendement, s’est faite dans le silence. Pas un son… »

Chaque chapitre est complété par un encadré intitulé « De la nourriture pour le cerveau » avec des liens à visionner en ligne qui complètent le propos: musique, films, documentaires, vidéos et conférences. Il y a beaucoup de ressources à découvrir pour accompagner notre lecture et c’est vraiment très intéressant. À noter que quelques photos en couleurs sont ajoutées au centre de l’ouvrage afin de compléter le texte. 

Un ouvrage accessible, qui nous offre un tableau passionnant des liens entre le cerveau et la musique. J’ai beaucoup aimé cette lecture qui nous fait voir la musique, et ses effets, d’un tout autre œil.

Vraiment, ce livre est une très belle découverte!

Le cerveau et la musique, Michel Rochon, éditions Multimondes, 192 pages, 2018

Marie-Lumière

Née de mère mohawk, la Dre Marie-Jeanne Richard est exaspérée. Après trente ans de thérapie et d’antidépresseurs, elle ne se sent toujours pas libérée de sa honte d’elle- même, ni du traumatisme de ses seize ans. Son mari, Louis, et son amie Sofia, ostéopathe, la convainquent d’essayer une plante médicinale ancestrale de l’Amazonie. Marie-Jeanne participera donc à une cérémonie d’ayahuasca offerte par des chamans du Brésil et d’Afrique du Sud, sur le territoire mohawk de Kanehsatake. C’est alors qu’elle verra la lumière et entreprendra de construire un pont entre les plantes médicinales autochtones et la médecine occidentale.

J’aime énormément tout ce qui touche aux cultures ancestrales, aux savoirs de ces communautés et aux façons qu’ils ont de communiquer. Leur rapport à la terre et aux esprits, ainsi que leur spiritualité m’interpellent énormément. J’avais donc de grandes attentes face au livre de Lucie Pagé et j’avais une grande hâte de découvrir ce roman. Cette lecture a été au-delà de mes attentes. J’ai adoré ce roman. C’est un très gros coup de cœur pour moi. C’est, de plus, une histoire construite sur des faits réels et s’inspirant de choses vécues par des gens de l’entourage de l’auteure. 

Le roman nous raconte la vie de Marie-Jeanne, qui va devenir Marie-Lumière, ainsi que le quotidien des gens qui l’entourent. Les personnages sont très attachants, avec chacun un côté intéressant. Marie-Jeanne est athée, elle a été élevée dans un univers scientifique où les preuves sont primordiales. Elle est médecin, voit un psychiatre car elle est sujette aux dépressions et à l’anxiété. C’est au moment où elle réalise que les médicaments ne font que masquer son mal, qu’elle cherchera à s’ouvrir à d’autres méthodes. Elle n’en peut plus de vivre de cette façon, avec l’impression que son mal de vivre n’est que masqué et jamais vraiment soigné. C’est grâce à une amie qu’elle va découvrir les cérémonies d’ayahuasca. De sceptique à conquise, elle va découvrir un univers en marge de tout ce qu’elle a connu. Elle revoit par le même fait ses positions et va apprendre qu’il n’y a pas que le tangible qui est réel.

« Toutes ces thérapies, ces milliers d’heures passées assise face à un professionnel ne l’avaient toujours pas soulagée de son mal profond. On ne lui apprenait qu’à le gérer, pas à le guérir. Son cinquantième anniversaire avait réveillé en elle un désir de véritable guérison. »

Ce roman est très intéressants à plusieurs points de vue puisqu’il démystifie certaines pratiques et offre un nouveau regard sur les croyances et la spiritualité. On découvre les cérémonies d’ayahuasca, une plante thérapeutique que les chamans utilisent traditionnellement pour la guérison. Ces cérémonies amènent aussi les gens qui y participent à un grand voyage spirituel. Le lecteur vit donc auprès de Marie-Lumière une cérémonie complète d’ayahuasca. Le roman propose aussi une ouverture face aux pratiques de la médecine traditionnelle, versus la médecine contemporaine. Un livre qui véhicule donc plusieurs messages et qui offre des rebondissements, en lien avec des interventions policières par exemple, qui garde le lecteur en haleine.

« L’ayahuasca permet d’élargir cette gamme, d’agrandir le champ d’énergie et de vibrations perçues. Il nous amène à voir ce qui est là, mais que nos cinq sens ne parviennent pas à capter, ou percevoir, ou sentir, ou voir, ou entendre. Et c’est pourquoi on ne qualifie pas ces visions d’hallucinations, puisqu’il s’agit de la réalité qui nous entoure, mais une réalité qui reste inaccessible à nos sens limités de terriens dans des corps humains de basses vibrations, comme les chaises. »

L’auteure aborde également le statut des nations autochtones, d’ici mais aussi d’ailleurs. La façon méprisante dont les premières peuples ont été traités à cause de leur façon différente de vivre ou de percevoir leur environnement. On banalise trop souvent leur présence et leurs croyances. Je pense qu’on devrait les écouter davantage. La cérémonie est une façon d’unifier les peuples et de mettre en commun les connaissances. Un thème qui revient beaucoup dans le livre, soit celui de l’importance de laisser une place à ces connaissances ancestrales qui sont en train de se perdre et qui sont rarement valorisées dans nos sociétés. 

« La société colonisatrice avait imposé un modèle fondé sur l’autorité des hommes dans tous les domaines. En fait, les femmes autochtones détenaient plus de pouvoir au sein de leur communautés que les femmes blanches. Au fil du temps, les femmes autochtones ont été infantilisées, ont perdu leur droit de parole et leur pouvoir de décision, le gouvernement ayant même adopté des règlements interdisant les rôles décisionnels des femmes au sein des conseils de bande. »

L’auteure fait un parallèle avec le mal de vivre qu’on voit énormément aujourd’hui. Notre société nourrie aux antidépresseurs, où l’anxiété, le stress et la dépression sont devenues monnaie courante. Notre société est tristement malade. L’auteure parle de l’importance de l’équilibre entre les hommes et les femmes, de la Mère-Terre, de notre environnement qui dépéri, par manque d’équilibre. La nature est très présente, chaque être vivant est utile et important. Le livre nous sensibilise aux liens qui existent entre tous les vivants. Le personnage principal deviendra d’ailleurs une sorte de pont entre la médecine contemporaine et la médecine ancestrale

Marie-Lumière est un livre que je trouve très beau, qui nous ouvre des horizons sur un savoir ancestral que la société d’aujourd’hui a mis de côté. J’aime relire mes livres et Marie-Lumière est le genre de livre que je relirais de temps en temps. C’est une lecture que j’ai grandement apprécié, autant par la qualité de l’écriture que par son histoire et son message. L’auteure véhicule un message très prenant. J’ai trouvé le thème passionnant. Aussitôt refermé, j’avais envie de le relire!

Je recommande fortement ce roman pour tous ceux qui ont un intérêt ou une curiosité envers les peuples autochtones et leurs connaissances. C’est un véritable coup de cœur et une découverte pour moi que la plume de Lucie Pagé. Le roman est captivant, on veut toujours en savoir plus et c’est un livre qui est venu beaucoup me chercher, tant par ses sujets que par le dénouement de l’histoire. Chaque chapitre débute d’ailleurs par une citation très inspirante qui se marie bien avec le texte qui suivra. 

Marie-Lumière est un livre qui fait du bien. Qui nous pousse à lâcher prise, à mieux vivre. C’est un très beau roman, lumineux et passionnant. Je l’ai d’ailleurs déjà conseillé autour de moi.

Un livre qui sera précieux dans ma bibliothèque. 

Marie-Lumière, Lucie Pagé, éditions Libre Expression, 288 pages, 2021