Tout ce qui reste de nous

Trois histoires de science-fiction ou de « speculative fiction » qui racontent la perte, le sentiment de fin, l’importance des souvenirs, dans des mondes crépusculaires ou en danger de mort. Voyage dans une autre dimension, accident d’un vaisseau spatial, fable sur la fin d’un monde, ces récits particulièrement émouvants proposent une approche spirituelle des questionnements actuels sur le progrès et la fin du monde, et les conséquences sur nos sentiments.

J’ai tout de suite été attirée par la bande dessinée de Rosemary Valero-O’Connell pour une bonne raison: il s’agit de science-fiction. Ce qui me semble assez rare en bandes dessinées, surtout ce genre de science-fiction. Celle que j’aime lire dans les recueils de nouvelles par exemple. Ici, c’est encore mieux puisqu’il s’agit de trois histoires. Trois nouvelles qui explorent des thèmes comme notre besoin des autres, la perte (de l’autre, de la mémoire, de notre monde) et les souvenirs. Leur force comme leur fragilité.

« …Je ne me rappelle pas.
-Eh bien, ça ne devait pas être si important. »

Le livre contient les histoires suivantes:

Tout ce qui reste de nous
Il s’agit de la première histoire, qui donne son titre à la bande dessinée. Ici, l’auteure parle d’un étrange escalier qui nous propulserait dans un autre monde. Quand une femme y perd son amoureuse, elle part à sa recherche dans un univers qui dévore les histoires des gens et s’en nourrit.

Ce qui reste
La seconde histoire raconte un projet encore en test, le Cœur de la Mémoire. C’est une sorte de moteur qui utilise les ondes cérébrales produites par les souvenirs.

Con Temor, Con Ternura
Cette histoire complète le recueil. Le titre signifie quelque chose comme Avec peur, avec tendresse. Elle raconte un monde où vit une géante endormie. L’ombre de son hypothétique réveil plane sur cette société.

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée. Je trouve que le format et le concept sont très intéressants. La chute de chacune des histoires laisse une grande place à l’imagination. Les récits sont oniriques, enveloppants et poétiques. J’ai plongé dans ce livre en ne sachant pas trop où j’allais. J’en ressors avec une réflexion sur notre monde, notre humanité et sa fragilité. C’est une bd que j’ai trouvé très intéressante. J’aime beaucoup la science-fiction et la façon dont l’auteure aborde ses thèmes est particulière. Le dessin est délicat et joli. C’est vraiment agréable à lire. Si vous cherchez quelque chose de différent je vous la conseille!

« Quoi que vous vouliez faire, faites-le maintenant. Où que vous vouliez être, soyez là ce soir. »

Tout ce qui reste de nous, Rosemary Valero-O’Connell, éditions Dargaud, 120 pages, 2021

Réponds à la lumière

Je suis Emma L. Maré, future grande écrivaine. J’avais envie d’écrire une uchronie détraquée. J’avais envie d’écrire sur moi. J’avais aussi envie de ne surtout pas écrire sur moi. Bon, oui, ce roman parle de porno, de meurtres, de bibittes bizarres et de ma vie de marde. J’y ai mis de l’action frénétique, du sexe torride, de l’humour tordu et des dialogues moins éloquents que je l’espérais. Mais ce n’est pas ça qui est important. L’important, c’est de rester sublime.

Voilà un roman original et étonnant auquel je ne m’attendais pas du tout. J’aime bien la littérature de l’imaginaire, la science-fiction aussi et j’aime être étonnée. Ce fut vraiment le cas ici. C’est un court premier roman qui mêle autofiction, érotisme, imaginaire, horreur, humour et science-fiction. Je n’ai jamais lu quelque chose de semblable! 

Emma aspire à devenir une grande écrivaine. Elle vit dans un appartement un peu minable avec des colocs assez bizarres. Elle écrit dès qu’elle le peut. Le jour, elle est analyste de contenu. C’est un intitulé qui paraît bien pour un emploi qui consiste à regarder de la pornographie toute la journée. En fait, elle travaille pour un site en ligne et elle doit approuver les vidéos qu’elle reçoit, selon plusieurs critères. Elle en regarde donc en boucle. Le reste du temps, elle fantasme sur son collègue de travail, Phil.

Jusque là, je n’étais pas du tout certaine d’aimer ce roman. Le contexte me semblait être à des lieues de ce que je lis habituellement. Je me demandais dans quelle lecture je venais de m’embarquer. Et puis tout à coup, l’histoire prend une tournure étonnante. Emma reçoit une vidéo à approuver. Une vidéo vraiment très très différente de ce qu’elle reçoit habituellement. À partir de là, j’étais accrochée. J’ai lu le reste du livre d’une traite. Je ne veux pas raconter cette scène, parce qu’il vaut mieux en savoir le moins possible quand on lit ce roman. Même la quatrième de couverture est évasive. On n’a aucune idée de ce que l’on va lire en commençant le livre. Je pense que c’est bien car ça contribue grandement au plaisir de découvrir peu à peu l’histoire.

De mon côté, j’ai littéralement dévoré les pages. Il y a beaucoup d’humour, parmi les scènes un peu glauques. Le personnage de Monique par exemple, m’a fait mourir de rire. Il y a de tout dans ce roman, de l’humour noir en passant par des créatures bizarres, du sang, du sexe, de la science et des scènes complètement absurdes. Mais aussi, il y a de belles réflexions sur l’humanité.

« C’est pour ça que vous, les humains, vous serez toujours l’une des races les plus tourmentées de l’univers: assez intelligents pour savoir qu’il y a des questions, mais pas assez brillants pour y répondre. Vous êtes dans une éternelle insatisfaction et vous allez continuer à l’être. »

Si vous voulez lire quelque chose de différent, d’assez étonnant, d’étrange, un livre de moins de 200 pages qui mêle à peu près tous les genres, c’est peut-être un livre pour vous! J’ai beaucoup aimé cette expérience de lecture. Un roman pour le moins original!

Réponds à la lumière, Emma L. Maré, éditions VLB, 192 pages, 2021

Green Class t.3: Chaos rampant

Noah est mort. Et les autres peinent à s’en remettre. Où trouver encore de l’espoir dans ce monde bouleversé ? Déboussolés, ils laissent Jane et Faraday les conduire à l’abri d’une base militaire. Mais le danger les a suivis, l’épidémie est partout. Nos héros devront puiser dans leur amitié la force de mener un nouveau combat, en mémoire de Noah.

Green Class, c’est un groupe d’étudiants en voyage scolaire dans les marais de la Louisiane. Alors qu’ils rentrent chez eux, ils découvrent que le monde a changé. Un étrange virus s’est propagé, transformant les gens en monstres. Cette série de bandes dessinées, qui compte trois tomes à ce jour, nous plonge dans un monde post-apocalyptique fait de secrets de plus en plus étranges. Dans les deux premiers tomes, les auteurs mettaient en place l’univers de la série et nous faisaient découvrir les conséquences d’un étrange virus. 

Certaines personnes atteintes par le virus se transforment. D’autres ont des visions terrifiantes et on constate une vague de suicides qui fait des milliers de morts depuis le début de cette pandémie. Un nouveau discours apparaît chez certains personnages de l’album, soit le fait que l’homme est une menace pour lui-même et pour le monde dans lequel il évolue. Destructeur, l’humain risque bien d’anéantir ce qui se trouve près de lui si rien n’est fait.

« Si l’on compare l’homme aux autres formes de vie, vous savez à qui il ressemble le plus? Au cancer… L’homme est le cancer de ce monde. Et si nous ne faisons rien, il finira par tout détruire. »

Le troisième tome prend une tournure un peu différente, à laquelle je ne m’attendais pas. Les auteurs donnent plus d’informations sur ce qui se passe dans ce monde apocalyptique. On retrouve un peu l’esprit de certains classiques de science-fiction, comme Lovecraft par exemple, ou la découverte de ponts entre les mondes. Malgré cela, l’humain espère que l’armée interviendra et que quelqu’un, quelque part, agira pour que la vie reprenne son cours. On se doute bien que ce n’est pas ce qui se produira. Avec ce tome, l’histoire s’éloigne un peu du style post-apocalyptique que l’on retrouvait au début de la série, pour se tourner de plus en plus vers la science-fiction. Une tendance différente où nous mènera sans aucun doute le prochain tome, vu la façon dont celui-ci prend fin. 

J’ai bien aimé ce troisième tome, qui prend une tournure différente, tout en restant dans le thème de ce qui fait le succès de cette série. Par contre, je trouve qu’il y a quelques longueurs dans ce tome. On apprend certaines choses sur ce qui se trame derrière les événements, mais j’ai eu un peu l’impression de faire du surplace. Un tome qui me donne le sentiment d’être transitoire à ce qui viendra plus tard. Et la fin… elle se termine beaucoup trop vite, un peu comme s’il manquait des pages. J’ai donc bien hâte de voir ce que nous réservera le quatrième tome. Vu la fin, c’est à peu près impossible que l’histoire se termine ainsi. Je suis curieuse de connaître la suite. J’espère quelques dénouements un peu plus marquants et de l’action pour le prochain!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Green Class t.3: Chaos rampant, David Tako, Jérôme Hamon, éditions Le Lombard, 64 pages, 2021

Demain les chiens

Qu’est-ce que l’homme ?
Qu’est qu’une cité ?
Qu’est-ce que la guerre ?
Voilà les questions que les chiens se posent, le soir à la veillée, après avoir écouté des contes fascinants mettant en scène ces mots magiques mais devenus incompréhensibles. L’homme fut-il réellement le compagnon du chien avant que celui-ci accède à l’intelligence ? Disparut-il un jour pour une autre planète en lui abandonnant la Terre ? « Non, répondent les chiens savants, l’homme ne fut qu’un mythe créé par des conteurs habiles pour expliquer le mystère de notre origine. »

Demain les chiens est un livre que j’ai dans ma pile à lire depuis l’adolescence. Avec une copine sur Instagram nous en avons fait une lecture commune. J’entends parler de Clifford Donald Simak depuis bien longtemps. Il fait partie de ces auteurs classiques de science-fiction, qu’on qualifie bien souvent d’incontournable. Il a d’ailleurs remporté une panoplie de prix pour ses écrits.

Simak parle beaucoup de l’homme et des robots dans ses œuvres. Il a d’ailleurs énormément écrit. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai commencé cette lecture. Par contre, la rencontre n’a pas été ce que j’espérais… La lecture, qui avait très bien commencée, s’est essoufflée en cours de route. Il faut dire qu’avec le résumé, je m’attendais à autre chose…

Ce recueil comprend huit nouvelles, du moins pour mon édition, qui date de 1977. Cependant, quelques années après sa publication, l’auteur a rajouté un neuvième conte, écrit dans un style un peu différent. Ce conte additionnel ne me semble pas incontournable, puisque le style et le propos tranche un peu de l’œuvre originale. Le résumé de ce recueil me laissait penser à quelque chose en rapport aux chiens, de façon plus rapprochée. Je pensais voir un monde de chien et les histoires qu’ils se racontent. Ce n’est pas tout à fait cela. Le recueil est construit autour de huit contes et chacun d’eux est commenté au départ par des chiens, qui les ont étudiés afin de savoir si l’homme a réellement existé, s’il est à la base de ce que sont devenus les chiens et s’il ne s’agit pas plutôt d’un mythe.

« La pression sociale, c’était cela qui avait maintenu la cohésion de la race humaine pendant tous ces millénaires, c’était cela qui lui avait donné son unité. »

Les contes ont tous une continuité et des points communs. Ils forment en fait une seule et même histoire, celle de l’évolution de l’homme et du chien. Tout au long des contes, on suit une famille, les Webster, au fil des générations. On y rencontre des hommes, des mutants, des robots et des animaux. La famille Webster est au centre de plusieurs transformations au fil des siècles. Les histoires racontent un monde dévasté où l’esprit de communauté et le gouvernement n’existe plus. L’évolution se fait d’un conte à l’autre et ce qui est intelligent dans ces histoires, c’est le parallèle fait avec notre monde à nous. On ne peut qu’y voir un lien, forcément. Ça, c’est ce qui m’a le plus plus dans ce recueil. C’était quand même visionnaire, vu que le livre a été publié originalement en 1952.

« …à quoi bon aller quelque part? Tout était ici. En tournant simplement un bouton, on pouvait converser face à face avec qui l’on voulait, on pouvait aller, en esprit sinon physiquement, où l’on voulait. On pouvait voir une pièce de théâtre, ou entendre un concert, ou bouquiner dans une librairie située à l’autre bout du globe. On pouvait régler toutes les affaires que l’on voulait sans bouger de son fauteuil. »

Chaque histoire nous fait avancer dans le temps, jusqu’à ce que l’homme ait laissé sa place au chien après l’avoir doté de parole. Des fermes terrestres délaissées jusqu’au voyage sur Jupiter, de la technologie qui recrée tout ce que l’on veut et peut plonger l’Homme dans un sommeil indéfini, le monde de Simak est complexe et touche à toutes les sphères de la science-fiction ou presque.

De mon côté, j’ai souvent trouvé ça « trop ». J’ai adoré les premiers contes, jusqu’au quatrième. Par la suite je me suis mise à décrocher totalement. Je trouvais ça long, répétitif et les trouvailles les plus intéressantes ne me semblait pas suffisamment développées. J’ai eu l’impression d’une lecture éparpillée et ça a finalement joué beaucoup sur mon plaisir de lire ce livre. Je l’ai terminé pour en connaître la fin, mais le plaisir n’était plus vraiment là.

Pour moi cette rencontre n’a donc pas été du tout ce que j’espérais. J’ai eu l’impression de me perdre au fil des pages. Je l’avoue, j’en suis ressortie un peu déçue. On veut pouvoir apprécier les classiques et les livres qui ont marqués un genre ou une époque, mais pour moi celui-là n’a pas été la lecture que j’espérais. Avez-vous déjà lu cet auteur? Vous a-t-il emballé? Je ne sais pas si j’oserais le lire à nouveau, mais peut-être que ses autres ouvrages sont différents?

Demain les chiens, Clifford Donald Simak, éditions J’ai lu, 320 pages, 1977

Elecboy tome 1: Naissance

Année 2122, quelque part en Amérique du Nord. Sur une terre aride et brûlée par le soleil, la paix et la sagesse semblent avoir déserté. L’ancien monde civilisé a laissé place au chaos et à la pauvreté, à la violence et à la sauvagerie. Dans un décor de western, au milieu de baraquements de fortune mêlés à des panneaux solaires modernes, les membres d’une communauté autonome survivent tant bien que mal. La quête de l’eau est une préoccupation de tous les instants. Le jeune Joshua est amoureux de Margot, la soeur de Sylvio, un adolescent brutal qui prend plaisir à le frapper. Sylvio appartient au clan des hauteurs, qui affirme son pouvoir en faisant régner la peur sur les autres habitants. Un jour, d’étranges événements se produisent. Dans cet univers d’après l’apocalypse, alors que le père de Joshua et son équipe travaillent sur le réseau d’approvisionnement en eau, des créatures éthérées surgies de nulle part s’en prennent à eux…

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de cette bande dessinée de science-fiction. Visuellement, elle est superbe! Le dessin est vraiment magnifique. L’auteur nous amène dans un univers apocalyptique au parfum de fin du monde. Nous sommes en 2122. Le monde est plongé dans le chaos. La terre est brûlée par le soleil. On sent qu’il s’est passé beaucoup de choses du moment où le monde que l’on connaît a cessé d’exister, jusqu’à l’univers empreint de violence décrit par Jaouen Salaün. Dans ce monde poussiéreux et désertique, l’approvisionnement en eau demeure un grand défi. La végétation se fait rare. D’ailleurs, la présence de quelques tomates cultivées en hauteur par Joshua, suscite de l’étonnement.

Le monde d’Elecboy est loin d’être de tout repos. Des groupes violents prennent les commandes du quotidien des humains toujours en vie. Ils propagent la violence, l’injustice, les viols, instillent la peur pour calmer toute idée de révolte. Joshua pose un regard assez dur sur son entourage qui se laisse diriger par le groupe, pour éviter des conflits sanglants. Le jeune homme est aussi amoureux d’une fille, Margot, membre d’un de ces groupes, ce qui ne facilite pas vraiment leurs relations. 

« Dès que je m’extraie de ce clan de fous, tu me ramènes de force!
-Non Margot. Je te mets en garde. On ne peut se mentir sur ses origines. Le sang de l’ancien, comme le mien, coule dans tes veines et dans celles de Sylvio. Aussi sale et visqueux soit-il, ce sang est le tien. »

Un jour, des créatures étranges se manifestent. D’où viennent-elles? Elles sont à la recherche de quelque chose. L’ambiance est plutôt intrigante.

La série Elecboy devrait compter quatre tomes. Ce premier tome comporte beaucoup de personnages et de clans. Ici l’auteur s’attarde principalement à mettre en place son univers. On a beaucoup de questions et bien peu de réponses. Sans doute seront-elles distillées au fil des tomes. L’atmosphère chaude et écrasante, ainsi que le contraste avec la noirceur de la violence sont très bien rendues dans la bande dessinée. 

J’ai quand même bien aimé cette bd, assez particulière, même si beaucoup de choses nous laissent un peu dans le flou. Le monde d’Elecboy est violent, dur, géré par des hommes sans scrupule. La vie dans cet univers est loin d’être une partie de plaisir. J’ai hâte de voir où l’auteur nous mènera par la suite.

Elecboy tome 1: Naissance, Jaouen Salaün, éditions Dargaud, 64 pages, 2021