Tout commence par une graine

Comment au fil des étés
Une graine aussi menue
Peut-elle se transformer,
En véritable géant feuillu ?

Traversons ensemble les saisons et les années pour voir une petite graine se transformer en arbre immense, et débusquons les mille et une créatures qui en ont fait leur maison.

Cet album est un vrai petit bijou! Approprié pour tous, peu importe notre âge. Dès qu’on l’a en main, on constate tout de suite la qualité de l’objet-livre. Il est soigné et tellement agréable à feuilleter. Visuellement, l’album est un vrai bonheur de lecture. Le papier est de belle qualité, les dessins sont magnifiques et la technique d’illustration (que l’on peut voir dans la vidéo en bas de mon article) est impressionnante.

Le livre est en fait comme un long poème qui raconte comment une toute petite graine (ici il s’agit de celle d’un érable) est à la base de la vie et de toutes les merveilles qui se déploient autour de l’arbre. Nous le suivons tout d’abord lors de ses premiers jours, alors que la graine se transforme en un plant qui émerge du sol,  jusqu’à ce que l’arbre devienne solide comme le roc. Le dessin en coupe permet de voir tout ce qui s’agite autour de l’arbre, sous la terre, à ses pieds et dans les airs. Les animaux y font leur nid, creusent des galeries souterraines, y trouvent leur nourriture. Les saisons passent, la flore change, la faune évolue et se déplace ou hiberne selon le temps qu’il fait. L’arbre nous raconte le printemps, l’été, l’automne, l’hiver, mais aussi le passage du temps. L’arbre grandit et ce sera à son tour alors de laisser filer dans le vent quelques graines afin que naisse un beau jour un nouvel arbre. C’est magnifique et vraiment bien raconté.

« Cet arbre n’est pas seulement une plante,
C’est tout un monde merveilleux
Plein d’une vie fourmillante
Pour qui sait ouvrir les yeux. »

J’ai adoré ce livre qui pourra plaire autant aux enfants qu’aux adultes, à tous ceux qui aiment les beaux albums et les belles illustrations, et qui ont besoin d’un peu de douceur. C’est la magie de la nature qui se déploie devant nous, à travers un très joli poème et des illustrations d’une grande délicatesse.

Une très très belle découverte!

À noter que c’est Dominique Fortier qui assure la traduction de cet ouvrage. Comme toujours, son travail est impeccable!

En complément, je vous invite à visionner la vidéo trouvée chez l’éditeur et qui montre la technique utilisée pour les illustrations. C’est beaucoup de travail et assurément, c’est fascinant!

Tout commence par une graine, Laura Knowles, illustré par Jennie Webber, éditions Multimondes, 32 pages, 2021

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone

Si les loups terrifient les personnages des contes de fées, leur histoire porte en elle une magie sauvage qui a autrefois permis de restaurer une terre stérile. Quatorze Loups nous raconte cela : d’abord l’expérience de réensauvagement menée avec succès en 1995 dans le parc américain de Yellowstone, d’où l’espèce avait été chassée par les hommes ; puis les effets bénéfiques de cette réintroduction sur l’ensemble de l’écosystème. Les peintures de Jenni Desmond incarnent magnifiquement cette meute de loups et évoquent, dans des planches plus naturalistes, l’équilibre écologique et les actions de réensauvagement.

Cet album de Catherine Barr, illustré par Jennifer Desmond, est une vraie petite merveille! J’ai tout aimé de ce livre: l’histoire vraie qu’il raconte, les splendides illustrations et le format de l’album, agréable à manipuler.

Ce livre raconte l’expérience de réintroduction des loups dans le parc de Yellowstone, alors qu’ils avaient tous disparus, tués et chassés. S’attaquant parfois au bétail, les bêtes ont été pourchassés, en une véritable chasse aux sorcières. On les a aussi chassés pour leur fourrure. Quand ils ont totalement disparus, c’est tout l’écosystème qui en a été perturbé. Il aura fallu des années, jusqu’en 1995, avant que l’on décide de tenter le tout pour le tout: la réintégration du loup à Yellowstone, en espérant rétablir le fragile équilibre de la nature. Cet album documentaire présente ce qui a été fait pour amener les bêtes à y vivre de nouveau et ce que les loups, les premiers qui ont été réintégrés, sont devenus au fil du temps.

« Le loup suscite autant de peur que d’admiration. Dans les contes de fées, le hurlement du loup fait frémir les uns, et courir les autres à leur porte pour la fermer à double tour. Mais pour beaucoup, la plainte lancinante du loup est riche d’une magie sauvage – une magie qui, un jour, a redonné vie à une contrée désolée. »

Au fil des pages et des images, on découvre également les paysages époustouflants de la nature sauvage et du parc de Yellowstone. Des images de forêts, de bêtes sauvages, de la façon dont les espèces cohabitent entre elles et des paysages enneigés ou verdoyants. Si on aime la nature, on est plus que servis avec cet album. Ce livre jeunesse (à partir de six ans) convient parfaitement bien à tout le monde. Visuellement, c’est splendide! Les peintures de Jennifer Desmond sont délicates, magnifiques et nous plongent en pleine nature sauvage, à travers le passage des quatre saisons. J’ai adoré le visuel du texte qui donne l’impression d’être écrit à la main et de se fondre par moments dans le paysage.

L’ouvrage est excellent pour expliquer avec simplicité pourquoi la disparition d’une seule espèce peut avoir de graves répercussions sur tout un écosystème, incluant la flore, la faune et l’être humain. Elle peut modifier le paysage, le cours des rivières, chasser toutes sortes d’animaux et d’oiseaux, détruire des arbres. En quelques pages, on réalise tout de suite comment fonctionne le cycle de la nature.

Le livre aborde également ce qui a suivi la réintégration des loups: les changements écologiques, la réapparition d’autres animaux qui avaient déserté le parc, le fonctionnement des nouvelles meutes de loups qui se sont naturellement formées après leur intégration et les nouvelles portées qui ont contribué à la survie de l’espèce jusqu’à aujourd’hui. Les auteures nous donnent aussi des nouvelles des premiers loups qui ont été les pionniers du réensauvagement du parc de Yellowstone. Elles donnent aussi des exemples de réintroduction qui ont été de belles réussites, ailleurs dans le monde.

J’ai toujours été fascinée par Yellowstone et par les loups. Ce livre était donc tout trouvé pour moi. J’ai eu tellement de plaisir à lire et regarder cet album, qu’il aura une place de choix dans ma bibliothèque. Un gros coup de cœur!

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone, Catherine Barr, Jenni Desmond, éditions Albin Michel Jeunesse, 56 pages, 2021

Jack et le temps perdu

Le jour où la baleine grise à la nageoire dorsale cicatrisée s’empare de son fils, Jack s’embarque dans une folle aventure pour le retrouver. Le pêcheur sera prêt à tout pour y parvenir, quitte à y perdre… son âme.

Jack et le temps perdu est un livre à mi-chemin entre la bande dessinée et l’album. C’est un très beau livre, qui m’a beaucoup plu. L’histoire de Jack, parti sur les mers pour retrouver la trace de son fils, est à la fois belle, un peu triste et très touchante. 

Jack passe tout son temps sur l’eau depuis son départ. Il est toujours sur son bateau. Il y vit, y réfléchit, y reste pratiquement tout le temps. Il s’est même fait un jardin en haut de sa cabine pour être sûr de passer le moins de temps possible sur terre. Son but: trouver une grosse baleine grise. Celle qui lui a ravit son fils. Cette baleine qui l’empêche de vivre réellement, en le poussant à une quête perpétuelle, jusqu’à se perdre lui-même. 

Pour Jack, la recherche de la baleine est une obsession. Il a abandonné toute vie terrestre pour une vie en solitaire sur son bateau. Les gens qu’il croise ignorent sa quête. Ils ne savent pas non plus pourquoi il ne pêche pas normalement comme tous les autres pêcheurs. C’est que Jack est sur l’eau pour une raison bien différente des autres.

Plus on avance dans la lecture de ce bel album, plus l’émotion est au rendez-vous. Le titre fait sans doute référence au temps que Jack « perd » sur l’eau à la recherche de ce qui lui manque, axé sur la perte de son fils, alors qu’il ne prend plus le temps de vivre sa propre vie. Jack demeure un personnage attachant, dont on suit la quête avec intérêt.

« Jack lisait à propos de tout et de rien. Ainsi, Jack savait qu’il existe neuf types de renards et pas un de plus dans le monde. Une nuit, il avait même déclaré dans l’anonymat le plus total que son préféré serait le renard arctique. Allez savoir pourquoi. »

Toute l’énergie de Jack est concentrée sur le même but: retrouver son fils. Intérieurement, c’est un personnage qui demeure marqué par la perte qu’il a vécu. L’album véhicule beaucoup d’émotions, tant par l’atmosphère qui s’en dégage que par le choix des couleurs et des tons. Les dessins sont simples mais parfaitement représentatifs. J’ai passé un beau moment avec ce livre. 

Jack et le temps perdu est une belle histoire. L’album est plaisant à lire, les dessins sont beaux et collent très bien à l’atmosphère que véhicule l’histoire. J’ai beaucoup aimé et je relirai certainement ce livre quand l’histoire sera moins fraîche à mon esprit. Une belle découverte!

Jack et le temps perdu, Stéphanie Lapointe, illustrations de Delphie Côté-Lacroix, éditions XYZ, 96 pages, 2018

La plus belle crotte du monde

Dans la clairière du Bois des Fées se réunit une curieuse assemblée. Qui, de la belette ou du renard, du blaireau ou du putois, fait les plus belles crottes du monde ? Les animaux veulent tous participer. Mais ce faisant, ils oublient de rester sur leurs gardes. Or la forêt est un endroit bien dangereux quand les hommes s’en approchent…

Quand ce livre m’est passé entre les mains, je trouvais le titre amusant. Auprès des enfants, ce genre de livre fonctionne toujours très bien. J’ai feuilleté un peu l’album grand format que je trouvais vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques et le format du livre est assez gros, ce qui est plaisant pour la lecture avec des petits. Visuellement, cet album est très beau. On plonge littéralement dans la forêt, auprès des animaux qui l’habitent.

L’histoire est courte et amusante. Une souris annonce à un écureuil qu’elle fait les plus belles crottes du monde. Naturellement, l’écureuil veut lui prouver que ses crottes à lui sont encore plus belles. Curieux et voulant jouer à leur tour, les autres animaux de la forêt, la belette, le putois, le blaireau, le renard, le loup et le cerf, se prêtent au jeu. C’est l’occasion pour les auteures de faire un survol des animaux qui peuplent la forêt, du plus petit au plus gros.

Arrive alors le chasseur, qui s’apprête à tirer sur l’un d’entre eux. Branle-bas de combat dans la forêt, tout le monde prend la fuite. Sauf que… le petit jeu des animaux quelques minutes avant sera, à leur étonnement, très utile face au chasseur. L’album devient assez rigolo et amusant. Le lecteur rit des déboires du chasseur et de ses petites mésaventures!

La plus belle crotte du monde est un très bel album qui devrait plaire aux jeunes enfants et qui amène de façon amusante l’idée de protection de la nature et des animaux, en déboutant les plans du chasseur. Arrivé comme une menace dans la forêt, l’homme devient rapidement la risée des animaux… pour notre plus grand plaisir! L’histoire pleine d’humour est portée par des illustrations douces, détaillées, colorées et vraiment très agréables.

Pour les enfants de 4 ans et plus.

La plus belle crotte du monde, Marie Pavlenko & Camille Garoche, éditions Little Urban, 32 pages, 2020

Le Rival de Darwin

Tout le monde connaît Charles Darwin, le célèbre naturaliste qui élabora la théorie de l’évolution. Mais qu’en est-il d’Alfred Russel Wallace, ami et rival de Darwin, qui découvrit au même moment le concept de la sélection naturelle? Ce livre somptueusement illustré narre l’histoire de Wallace, de ses modestes débuts à ses expéditions et aventures en Amazonie et au sein de l’archipel malais, et comment il fut un immense contributeur à l’une des plus grandes découvertes scientifiques de l’histoire.

C’est en lisant Le dernier caribou que j’ai eu envie d’en savoir plus sur Alfred Russel Wallace, cet explorateur, biologiste et anthropologue. Malgré tout ce qu’il a apporté à la science, l’histoire a plutôt choisie de garder le nom de Darwin plutôt que celui de Wallace en lien avec la théorie de l’évolution. Pourquoi? Cet album documentaire était donc tout trouvé pour aborder le sujet, suivre Wallace dans ses expériences, ses recherches et ses expéditions, et en apprendre plus sur tout le travail qui a été fait par les deux hommes pour élaborer l’une des théories les plus célèbre: celle de l’évolution des espèces.

Le livre de Christiane Dorion est vraiment très intéressant. C’est un album documentaire à la couverture cartonnée et aux pages merveilleusement illustrées par Harry Tennant. On y retrouve des cartes dessinées des explorations de Wallace, des extraits de lettres, des images d’insectes, d’animaux et bien d’autres. Les adultes trouveront aussi leur compte en lisant ce livre jeunesse, puisque le documentaire est aussi intéressant à lire qu’à regarder.

On apprend quel genre de petit garçon était Wallace et pourquoi il a choisi de partir en exploration dans des contrées peu visitées et mal connues. Le livre raconte ses expéditions au fil des ans, son travail pour récolter différentes espèces afin de financer ses voyages et d’acquérir des connaissances sur les espèces et leur environnement. Contrairement à plusieurs aventuriers de l’époque, Wallace n’est pas issu de la bourgeoisie. Personne ne finance ses expéditions et il doit travailler pour trouver l’argent pour poursuivre son travail. On apprend également de quelle façon la route de Wallace croisera celle de Darwin, jusqu’à ce qu’une correspondance et une amitié se noue entre les deux hommes.

« Tous les ouvrages d’histoire naturelle regorgent de détails sur la merveilleuse adaptation des animaux à leur nourriture, à leurs mœurs et aux milieux dans lesquels ils vivent. Mais les naturalistes commencent à regarder au-delà et à penser qu’il doit exister un autre principe qui contrôle les formes infiniment variées de la vie animale. »

On connaît bien Darwin et sa théorie de l’évolution, mais on connaît très peu Alfred Russel Wallace, un naturaliste et explorateur, modeste et autodidacte, qui est tout autant à la base de la théorie de l’évolution que Darwin. Il est bien intéressant de découvrir son parcours.

L’ouvrage est un beau survol de ce que le travail scientifique remarquable de Wallace a apporté au monde. Ça donne envie d’en savoir encore plus!

Le Rival de Darwin. Alfred Russel Wallace et la théorie de l’évolution, Christiane Dorion, illustration de Harry Tennant, éditions Delachaux et Niestlé, 64 pages, 2020