L’arbragan

arbraganQuand on est un petit garçon pas comme les autres et que cette différence ne nous embête pas, on peut très bien se lier d’amitié avec un arbre et l’appeler Bertolt. Il est un chêne très vieux et son immense feuillage est non seulement une cachette mais aussi une maison, un labyrinthe ou une forteresse. Un jour, un nouveau printemps arrive et Bertolt meurt. Quand un chat ou un oiseau décèdent, on sait quoi faire, mais pour un arbre, on fait quoi?

C’est la question posée dans le résumé qui m’a attirée vers ce livre. Effectivement, que fait-on quand un arbre meurt? J’aime les arbres et c’est toujours avec tristesse que je constate la mort de l’un d’entre eux. Le petit garçon du livre en fait la triste expérience, avec Bertolt, un arbre dans lequel il se réfugie et où il passe beaucoup de temps.

« Je me réfugie alors à l’intérieur de Bertolt, où je me sens bien à l’abri dans sa ramure qui grince et qui craque comme les mâts d’un galion dans la tempête. »

Le petit garçon qui nous raconte l’histoire est un enfant imaginatif, curieux, amoureux des arbres et qui est différent des autres. Il n’entre pas dans le moule. C’est d’autant plus réjouissant que de retrouver un petit personnage comme lui, qui use de beaucoup d’imagination, alors que beaucoup trop d’enfants passent leur vie derrière les écrans. Lui, il joue dehors tout le temps et il aime passionnément les arbres.

« Quand on n’est pas pareil ou qu’on est original, ça fait rire les gens ou pire: ça les dérange. »

C’est sa petite idée originale pour offrir un dernier hommage à son ami l’arbre qui est au cœur de ce très bel album. Une histoire sur la nature, ses bonheurs, mais aussi une fable sur le pouvoir de l’imagination.

L’arbragan est un petit album s’adressant aux 6 ans et plus. L’histoire est universelle et devrait plaire à tous ceux qui aiment les arbres.

Un livre intelligent à découvrir d’urgence. Qu’on soit petit ou grand!

L’arbragan, Jacques Goldstyn, éditions La Pastèque, 96 pages, 2015

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Un Noël d’enfant au pays de Galles

un Noël d'enfant au pays de gallesLe grand poète Dylan Thomas se souvient des Noëls de son enfance dans ce beau texte devenu un classique. Un parfum de Noël authentique, de Noël d’antan, que restitue Peter Bailey avec toute la fraîcheur joyeuse et délicate de ses aquarelles.

J’ai lu Un Noël d’enfant au pays de Galles pour la première fois il y a des années, dans une toute autre édition. Ce texte m’avait profondément marquée. Dylan Thomas a une plume rare, classique, magnifique. C’est un poète qui devrait être plus largement lu et découvert. Son univers en vaut la peine.

Je suis ravie de cette réédition par Gallimard Jeunesse, qui permet un nouveau souffle à ce classique intemporel. Le texte est magnifique, la poésie de Dylan Thomas se retrouve même dans ses souvenirs de Noël, entre péripéties, matins de Noël et imaginaire, au cœur d’un hiver enneigé.

« C’était l’après-midi de la veille de Noël et j’étais dans le jardin de Madame Prothero, à guetter les chats avec son fils Jim. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël. Décembre, dans ma mémoire, est blanc comme la Laponie… »

Sous la plume de Dylan Thomas, les boules de neige deviennent des « boules de vacances », les collines enneigées ont les « courbes d’une harpe » et une simple promenade au village devient une véritable expédition peuplée de fantômes, de chiens de sauvetage et d’hippopotames venus tout droit de l’imagination des enfants.

J’adore cette nouvelle édition puisque pour moi, tant par son texte, son format que par son côté très imagé, c’est un livre qui fait le pont entre les générations. Entre les souvenirs de Noël d’un écrivain né en 1914 et les dessins colorés et plein de vie de Peter Bailey, ce très beau livre de Noël peut être lu par les adultes comme par les enfants. C’est un bel outil pour partager les souvenirs de Noëls d’antan en comparaison avec les Noëls d’aujourd’hui. Le présent côtoie le passé, les souvenirs peuvent s’entremêler aux festivités présentes. Une magnifique façon de faire connaître un beau classique gallois.

« Il y avait des cloches d’église, aussi, […] dans les beffrois noir chauve-souris, blancs de neige, sonnées par des évêques et des cigognes. Et elle tintaient pour répandre leurs nouvelles sur la ville pansée de frais, sur l’écume gelée des collines de poudre et de crème glacée, sur la mer craquelante. On aurait dit que toutes les églises tonnaient de joie sous ma fenêtre; et les girouettes, sur notre clôture, grinçaient Noël. »

On qualifie souvent Dylan Thomas d’intraduisible, tant sa plume est particulière. Pourtant la traduction de Lili Sztajn pour cette édition est exemplaire. On y retrouve la magie particulière des souvenirs d’enfance de Dylan Thomas, alors qu’il vivait au pays de Galles.

Un Noël d’enfant au pays de Galles est un vrai petit bijou! Tendre, drôle et lumineux, c’est un album à découvrir assurément. Son petit format à la couverture rigide en fait un très bel objet, un livre à la fois pour enfant et pour adulte, qui plaira assurément aux petits comme aux plus grands.

Un vrai classique de Noël à lire et relire, pour notre plus grand bonheur!

Un Noël d’enfant au pays de Galles, Dylan Thomas, illustré par Peter Bailey, éditions Gallimard Jeunesse, 80 pages, 2015

Boréal-Express

boreal-expressIl y a longtemps, une nuit, la nuit de Noël, un train s’arrête dans la rue devant la fenêtre d’un petit garçon. Invité à y monter, celui-ci y retrouve quantité d’autres enfants vêtus de pyjamas ou de chemise de nuit. Commence alors un voyage fantastique à travers bois, sur des montagnes enneigées, jusqu’au Pôle Nord, le pays du… Père Noël ! Rêve ou réalité?

Le livre de Chris Van Allsburg, paru en anglais pour la première fois en 1985 (1986 pour l’édition française) est devenu un album classique du temps des Fêtes, surtout depuis l’adaptation cinématographique sortie en 2004.

L’histoire qui se cache derrière ce livre s’adresse autant aux petits, qui y verront une très belle histoire de Noël, qu’aux adultes qui y comprendront sans doute beaucoup mieux le message que l’auteur souhaite faire passer. Derrière un album magnifique (le film l’est tout autant), l’auteur parle de la foi et du fait de conserver son cœur d’enfant. Par le fait même, d’être ouvert à ce qui va au-delà du quotidien, de notre monde, pour être réceptif à la magie qui oeuvre autour de nous. Le parallèle avec la petite clochette est tellement bien trouvé, qu’on ressort de cette lecture terriblement touché.

Boréal-Express est une des plus belles histoires de Noël à mon avis, parce qu’elle touche à ce qui est le plus important dans cette fête: l’émerveillement. C’est ainsi que tant d’adultes, qui n’ont plus cette capacité, détestent cette période de l’année et ne sont accaparés que par l’aspect commercial de Noël. Ici, Noël devient une aventure, sans couleurs clinquantes ni extravagances. C’est un moment pour croire et rêver, pour faire entrer un peu de magie dans notre vie.

Une histoire qui, étonnamment, trouvera peut-être plus d’écho chez les adultes. Pas parce que les enfants ne l’apprécieront pas, au contraire, mais parce que le second message du livre, au-delà de la belle histoire de Noël, marquera les adultes d’une toute autre façon.

présents de noelJ’ai profité de la relecture de ce merveilleux album pour relire le chapitre de Robert Hurley dans le livre Présent(s) de Noël en littérature de jeunesse contemporaine, qui aborde la spiritualité et le traitement du mystère dans Boréal-Express. Cet ouvrage est très intéressant et le chapitre sur le livre de Chris Van Allsburg plutôt éclairant. Pour les intéressés, on retrouve ce texte au chapitre 5 de cet ouvrage paru chez Novalis. Cet essaie aborde la représentation de la fête de Noël dans la littérature jeunesse.

En ce qui concerne Boréal-Express, c’est un album que je relis presque chaque année, parce que je trouve que son message est parfait. Il incite à renouer avec le magique et à garder son cœur d’enfant. Cultiver la capacité de s’émerveiller est sans doute l’un des plus beaux cadeaux que l’on peut se faire.

Un incontournable!

Boréal-Express, Chris Van Allsburg, éditions L’école des loisirs, 30 pages, 1986

Les dinosaures du père Noël

dinosaures du pere noelIl y a très longtemps, bien avant qu’existent les rennes, toutes sortes de drôles de dinosaures tiraient le traîneau du père Noël. Malheureusement, les tricératops était trop lents, le Maiasaura mangeait les cadeaux et le tyrannosaure léchait tout le monde… Des illustrations à se tordre de rire montrent les dinosaures dans des situations complètement loufoques.

Ce n’est un secret pour personne (enfin je crois!): j’adore les dinosaures! Les films, les livres, les documentaires, les gadgets avec des dinosaures, les t-shirts, les tasses, l’histoire des dinosaures, etc. Cette passion remonte à l’enfance où pendant des années je m’amusais à les dessiner et à leur inventer des histoires.

J’aime aussi énormément les livres de Noël. Autre souvenir du temps des Fêtes: la bibliothèque que l’on dévalisait en famille, en remplissant nos sacs de livres se déroulant pendant la période de Noël. J’ai toujours aimé lire autour de thématiques (c’est d’ailleurs une partie de mon travail aujourd’hui, monter des expositions et offrir des suggestions de lectures autour de thèmes) et mon plaisir de créer des thématiques dans mes lectures est toujours présent aujourd’hui.

Quand je suis tombée par hasard à la bibliothèque sur ce livre, alliant conte de Noël et dinosaures, je ne pouvais tout simplement pas passer à côté! Et j’ai beaucoup aimé cet album rigolo!

Le texte de Jerry Pallotta, accompagné des magnifiques illustrations de Howard McWilliam, met en scène une histoire de Noël originale. Une petite fille écrit au père Noël pour lui demander quels animaux tiraient son traîneaux avant l’existence des rennes. En voilà toute une question! De là, le père Noël raconte la contribution des dinosaures à la douce nuit de Noël, bien avant leur disparition.

C’est original et souvent bien drôle! Les illustrations sont comiques et les particularités de chacune des espèces de dinosaures mises en avant selon leurs capacités à tirer un traîneau et livrer des cadeaux. Certains se débrouillent assez bien alors que d’autres ne sont absolument pas qualifiés! Visuellement c’est vraiment beau et les expressions des personnages, incluant le père Noël qui subit parfois les frasques des gigantesques dinosaures sont hilarantes.

Une histoire de Noël qui vaut le détour, ne serait-ce que pour l’humour qui est bien présent et l’originalité de l’histoire!

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Les dinosaures du père Noël, Jerry Pallotta, illustré par Howard McWilliam, éditions Scholastic, 32 pages, 2012