Jack et le temps perdu

Le jour où la baleine grise à la nageoire dorsale cicatrisée s’empare de son fils, Jack s’embarque dans une folle aventure pour le retrouver. Le pêcheur sera prêt à tout pour y parvenir, quitte à y perdre… son âme.

Jack et le temps perdu est un livre à mi-chemin entre la bande dessinée et l’album. C’est un très beau livre, qui m’a beaucoup plu. L’histoire de Jack, parti sur les mers pour retrouver la trace de son fils, est à la fois belle, un peu triste et très touchante. 

Jack passe tout son temps sur l’eau depuis son départ. Il est toujours sur son bateau. Il y vit, y réfléchit, y reste pratiquement tout le temps. Il s’est même fait un jardin en haut de sa cabine pour être sûr de passer le moins de temps possible sur terre. Son but: trouver une grosse baleine grise. Celle qui lui a ravit son fils. Cette baleine qui l’empêche de vivre réellement, en le poussant à une quête perpétuelle, jusqu’à se perdre lui-même. 

Pour Jack, la recherche de la baleine est une obsession. Il a abandonné toute vie terrestre pour une vie en solitaire sur son bateau. Les gens qu’il croise ignorent sa quête. Ils ne savent pas non plus pourquoi il ne pêche pas normalement comme tous les autres pêcheurs. C’est que Jack est sur l’eau pour une raison bien différente des autres.

Plus on avance dans la lecture de ce bel album, plus l’émotion est au rendez-vous. Le titre fait sans doute référence au temps que Jack « perd » sur l’eau à la recherche de ce qui lui manque, axé sur la perte de son fils, alors qu’il ne prend plus le temps de vivre sa propre vie. Jack demeure un personnage attachant, dont on suit la quête avec intérêt.

« Jack lisait à propos de tout et de rien. Ainsi, Jack savait qu’il existe neuf types de renards et pas un de plus dans le monde. Une nuit, il avait même déclaré dans l’anonymat le plus total que son préféré serait le renard arctique. Allez savoir pourquoi. »

Toute l’énergie de Jack est concentrée sur le même but: retrouver son fils. Intérieurement, c’est un personnage qui demeure marqué par la perte qu’il a vécu. L’album véhicule beaucoup d’émotions, tant par l’atmosphère qui s’en dégage que par le choix des couleurs et des tons. Les dessins sont simples mais parfaitement représentatifs. J’ai passé un beau moment avec ce livre. 

Jack et le temps perdu est une belle histoire. L’album est plaisant à lire, les dessins sont beaux et collent très bien à l’atmosphère que véhicule l’histoire. J’ai beaucoup aimé et je relirai certainement ce livre quand l’histoire sera moins fraîche à mon esprit. Une belle découverte!

Jack et le temps perdu, Stéphanie Lapointe, illustrations de Delphie Côté-Lacroix, éditions XYZ, 96 pages, 2018

La plus belle crotte du monde

Dans la clairière du Bois des Fées se réunit une curieuse assemblée. Qui, de la belette ou du renard, du blaireau ou du putois, fait les plus belles crottes du monde ? Les animaux veulent tous participer. Mais ce faisant, ils oublient de rester sur leurs gardes. Or la forêt est un endroit bien dangereux quand les hommes s’en approchent…

Quand ce livre m’est passé entre les mains, je trouvais le titre amusant. Auprès des enfants, ce genre de livre fonctionne toujours très bien. J’ai feuilleté un peu l’album grand format que je trouvais vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques et le format du livre est assez gros, ce qui est plaisant pour la lecture avec des petits. Visuellement, cet album est très beau. On plonge littéralement dans la forêt, auprès des animaux qui l’habitent.

L’histoire est courte et amusante. Une souris annonce à un écureuil qu’elle fait les plus belles crottes du monde. Naturellement, l’écureuil veut lui prouver que ses crottes à lui sont encore plus belles. Curieux et voulant jouer à leur tour, les autres animaux de la forêt, la belette, le putois, le blaireau, le renard, le loup et le cerf, se prêtent au jeu. C’est l’occasion pour les auteures de faire un survol des animaux qui peuplent la forêt, du plus petit au plus gros.

Arrive alors le chasseur, qui s’apprête à tirer sur l’un d’entre eux. Branle-bas de combat dans la forêt, tout le monde prend la fuite. Sauf que… le petit jeu des animaux quelques minutes avant sera, à leur étonnement, très utile face au chasseur. L’album devient assez rigolo et amusant. Le lecteur rit des déboires du chasseur et de ses petites mésaventures!

La plus belle crotte du monde est un très bel album qui devrait plaire aux jeunes enfants et qui amène de façon amusante l’idée de protection de la nature et des animaux, en déboutant les plans du chasseur. Arrivé comme une menace dans la forêt, l’homme devient rapidement la risée des animaux… pour notre plus grand plaisir! L’histoire pleine d’humour est portée par des illustrations douces, détaillées, colorées et vraiment très agréables.

Pour les enfants de 4 ans et plus.

La plus belle crotte du monde, Marie Pavlenko & Camille Garoche, éditions Little Urban, 32 pages, 2020

Le Rival de Darwin

Tout le monde connaît Charles Darwin, le célèbre naturaliste qui élabora la théorie de l’évolution. Mais qu’en est-il d’Alfred Russel Wallace, ami et rival de Darwin, qui découvrit au même moment le concept de la sélection naturelle? Ce livre somptueusement illustré narre l’histoire de Wallace, de ses modestes débuts à ses expéditions et aventures en Amazonie et au sein de l’archipel malais, et comment il fut un immense contributeur à l’une des plus grandes découvertes scientifiques de l’histoire.

C’est en lisant Le dernier caribou que j’ai eu envie d’en savoir plus sur Alfred Russel Wallace, cet explorateur, biologiste et anthropologue. Malgré tout ce qu’il a apporté à la science, l’histoire a plutôt choisie de garder le nom de Darwin plutôt que celui de Wallace en lien avec la théorie de l’évolution. Pourquoi? Cet album documentaire était donc tout trouvé pour aborder le sujet, suivre Wallace dans ses expériences, ses recherches et ses expéditions, et en apprendre plus sur tout le travail qui a été fait par les deux hommes pour élaborer l’une des théories les plus célèbre: celle de l’évolution des espèces.

Le livre de Christiane Dorion est vraiment très intéressant. C’est un album documentaire à la couverture cartonnée et aux pages merveilleusement illustrées par Harry Tennant. On y retrouve des cartes dessinées des explorations de Wallace, des extraits de lettres, des images d’insectes, d’animaux et bien d’autres. Les adultes trouveront aussi leur compte en lisant ce livre jeunesse, puisque le documentaire est aussi intéressant à lire qu’à regarder.

On apprend quel genre de petit garçon était Wallace et pourquoi il a choisi de partir en exploration dans des contrées peu visitées et mal connues. Le livre raconte ses expéditions au fil des ans, son travail pour récolter différentes espèces afin de financer ses voyages et d’acquérir des connaissances sur les espèces et leur environnement. Contrairement à plusieurs aventuriers de l’époque, Wallace n’est pas issu de la bourgeoisie. Personne ne finance ses expéditions et il doit travailler pour trouver l’argent pour poursuivre son travail. On apprend également de quelle façon la route de Wallace croisera celle de Darwin, jusqu’à ce qu’une correspondance et une amitié se noue entre les deux hommes.

« Tous les ouvrages d’histoire naturelle regorgent de détails sur la merveilleuse adaptation des animaux à leur nourriture, à leurs mœurs et aux milieux dans lesquels ils vivent. Mais les naturalistes commencent à regarder au-delà et à penser qu’il doit exister un autre principe qui contrôle les formes infiniment variées de la vie animale. »

On connaît bien Darwin et sa théorie de l’évolution, mais on connaît très peu Alfred Russel Wallace, un naturaliste et explorateur, modeste et autodidacte, qui est tout autant à la base de la théorie de l’évolution que Darwin. Il est bien intéressant de découvrir son parcours.

L’ouvrage est un beau survol de ce que le travail scientifique remarquable de Wallace a apporté au monde. Ça donne envie d’en savoir encore plus!

Le Rival de Darwin. Alfred Russel Wallace et la théorie de l’évolution, Christiane Dorion, illustration de Harry Tennant, éditions Delachaux et Niestlé, 64 pages, 2020

Léo et les presqu’îles

Cette émouvante histoire de pêche qui plaira aux petits comme aux grands raconte le fabuleux voyage de Léo dans le monde des cinq presqu’îles. Léo est le fils d’un pêcheur disparu en mer et c’est maintenant à son tour de devenir le capitaine d’un grand bateau. Pour ce faire, il a besoin d’un navire, d’une voile, d’un filet et d’une ancre! En chemin, il se fait de nouveaux amis qui vont lui offrir leur aide. Magnifiquement illustrés, les personnages hauts en couleur sont aussi présentés dans les chansons de matelots qui accompagnent le livre.

Léo et les presqu’îles est un album jeunesse, un livre-cd tout simplement magnifique. C’est un collectif impressionnant, qui regroupe une quantité d’artistes talentueux de chez nous. Les contes et chansons sont écrits par Gilles Vigneault, les illustrations sont de Stéphane Jorish, avec Fred Pellerin, Diane Dufresne, Claude Gauthier, Clémence Desrochers, Robert Charlebois, Édith Butler, Pierre Flynn et Pascale Bussières. L’ouvrage et le cd sont de grande qualité. 

Au début de l’album, Léo demande à sa mère d’aller à la mer. Il est prêt à devenir capitaine de bateau et pêcheur. Elle savait bien que ce jour viendrait et elle le guide vers sa nouvelle vie. Avec l’aide de différents personnages, Léo trouve tout ce dont il a besoin afin de réaliser son destin.

« Ce soir-là, le petit garçon prit un peu plus de temps à s’endormir et rêva qu’il était loin sur la mer, à la pêche, et qu’il prenait un poisson si gros qu’il en avait peur et devait lui abandonner sa ligne. Et milles autres aventures qui l’attendaient. »

J’ai commencé par lire l’album, puis je l’ai relu en m’accompagnant du cd. On y retrouve une lecture de l’album, faite par Pascale Bussière. Par la suite, les différentes personnalités qui ont contribué à l’ouvrage incarnent tous les personnages. Le cd nous offre également un répertoire de magnifiques chansons inspirées de l’univers du livre. Un univers marin, qui nous parle d’eau, de bateau et de l’héritage laissé par nos parents. 

Léo est les presqu’îles est une magnifique fable racontée pour petits et grands. Un livre-disque aussi intéressant à lire qu’à écouter. C’est une jolie histoire de mer et d’entraide, où tous les personnages ont une grande importance pour Léo, afin qu’il réalise son projet. À son tour, quand il aura son bateau, il pourra aider ceux qui lui ont donné un coup de main. 

C’est une très belle recommandation d’un album à lire et écouter en famille, pour ceux qui ont de jeunes enfants. Le plaisir est toutefois au rendez-vous, même à l’âge adulte. J’ai beaucoup aimé cette immersion dans le monde marin de Léo. J’ai particulièrement apprécié les illustrations qui sont jolies, douces et colorées. À découvrir!

Léo et les presqu’îles, Gilles Vigneault, Stéphane Jorisch, éditions La montagne secrète, 64 pages + 1 cd, 2010

Mortina t.2: L’odieux cousin

Ululululu ! C’est la sonnette qui retentit à la Villa Décadente. Mortina n’attendait que ça : il pleut des cordes et sa tante a le nez plongé dans ses livres de botanique. Mais qui est ce cousin Gilbert, à vous faire mourir d’ennui, qui se présente avec une invitation ? Tous les amis de Mortina débarquent les uns après les autres ; tous, semble-t-il, invités par la tante Trépassée… qui est d’ailleurs introuvable ! Mortina organise alors une battue dans les recoins du manoir. Et si l’ancêtre s’était fait capturer par son nouveau lierre carnivore, conservé dans la serre ? Pour qu’il accepte de la restituer, il va falloir trouver les mots…

J’ai lu récemment le premier tome de la série Mortina, Une histoire qui te fera mourir de rire. Je l’ai beaucoup aimé. Le personnage de Mortina est original et sympathique, une petite zombie qui recherche l’amitié des humains.

Dans cette seconde histoire, le lecteur fait la découverte de l’odieux cousin de Mortina, Dilbert. Il arrive par un beau jour de pluie où Mortina s’ennuie, sous l’invitation de tante Trépassée. Cette dernière, passionnée de botanique et étant passablement bien occupée, semble soudain s’être volatilisée, laissant Mortina accueillir seule son cousin. Le jeune garçon n’est pas de tout repos: il critique tout, se plaint de tout et pose un regard hautain sur tout ce qui l’entoure.

Alors que Mortina regrette la compagnie de ce cousin, ses amis commencent à arriver avec de mystérieuses invitations. Est-ce une fête improvisée par Tante Trépassée? Mortina n’a rien préparé car elle n’est au courant de rien. Tante Trépassée est introuvable puis, Dilbert disparaît à son tour. Les enfants décident alors d’enquêter pour comprendre ce qui se passe.

J’adore cette petite série d’albums, qui contient deux niveaux de lecture. Pour les plus jeunes, naturellement, mais aussi des clins d’œil pour les plus grands. Le thème est amusant, original et les dessins sont expressifs et colorés. Chaque page contient une foule de détails, dont des indications sur ce que l’on voit ou encore, des portraits sur les murs de personnalités décédées de la « famille ». On y croise Alfred Hitchcock, une allusion à Georges Méliès, le portrait du « cousin Edgar » (Poe), ainsi que d’autres détails bien réjouissants!

Une petite série bien construite dont la lecture est chaque fois un réel plaisir!

Mortina t.2: L’odieux cousin, Barbara Cantini, éditions Albin Michel, 48 pages, 2019