Terminal Grand Nord

terminal grand nordAvril 2012. Les corps de Natasha et de sa sœur Gina sont retrouvés aux abords d’un sentier de motoneige de Schefferville. L’inspecteur Émile Morin, dépêché sur place par un gouvernement qui craint le scandale, a beau fouiller, personne ne se rappelle avoir croisé les deux jeunes Innues originaires de Maliotenam, quelques centaines de kilomètres plus au sud. Devant une situation où s’entremêlent des réalités culturelles, sociales et politiques complexes, se frayer un chemin vers la vérité n’est pas chose simple. L’inspecteur emmène donc avec lui son bon ami l’écrivain Giovanni Celani, un habitué de la région, pour l’aider à naviguer dans le climat de tension de cet ancien eldorado minier. Leurs théories seront constamment ébranlées par les phrases cryptiques de Sam, un Innu de la réserve voisine, philosophe à ses heures et gardien des secrets de chacun. Alors qu’émergent regrets et demi-vérités, l’inspecteur Morin devra trouver à qui s’allier pour empêcher que l’horreur ne se répète.

Terminal Grand Nord aborde un thème criant d’actualité: les crimes ou les disparitions de femmes autochtones et l’injustice dans les procédures judiciaires ou gouvernementales.

La construction du roman est assez intéressante, passant d’un personnage à un autre, changeant de narrateur au fil des pages. On a également droit à des extraits d’émissions de radio, de courriels et d’échanges divers entre les personnages. Ça m’a rappelé un peu les romans de Jean-Jacques Pelletier. Les chapitres sont courts et l’intrigue avance donc rapidement.

L’histoire se rapporte plutôt au roman noir qu’au roman policier. Même si les enquêteurs se mobilisent pour résoudre la disparition des deux jeunes filles, c’est principalement l’aspect social et politique de ce monde fermé qu’est une ville comme Shefferville qui est abordé.

« En hiver, la nuit dure toute la journée ou presque, c’est surréel. On dirait que le train arrive sur la lune, mais pour être exact, il arrive au beau milieu de nulle part. C’est tellement perdu qu’à moins de voler ou de marcher pendant des jours pour voir ses semblables, on est pris ici. Aucune route ne se rend à Schefferville. Je me suis toujours demandé si c’était parce qu’on n’en valait pas la peine. »

Un détail qui a joué dans mon choix de lecture pour ce livre c’est qu’il se déroule en hiver. Les lieux sont assez rudes et j’ai adoré le contexte décrit dans le roman. Il fait froid, il neige, les descriptions hivernales et la température jouent un rôle dans la difficulté pour les enquêteurs à faire leur travail. La tristesse des parents des deux filles disparues est très poignante et certains chapitres sont aussi très beaux et très humains, ce qui contraste avec l’injustice et la violence latente qui se produit en silence.

« -Vous pensez que ces filles pourraient dénoncer les policiers qui ont abusé de leur pouvoir?
-Êtes-vous fou? Pensez-y deux secondes. On est enfermés ici. Si tu dénonces une police, tu vas aller t’adresser à son chum police. Qu’est-ce qu’il va faire? Il va venir t’intimider. C’est de même que ça fonctionne. Personne fait confiance à personne. Ça fait que les filles, elles endurent pis, pour endurer, ben elles boivent encore plus. Un vrai cercle vicieux. »

Le point négatif que j’ai trouvé à ce roman, c’est le choix d’ajouter les notes et réflexions du personnage de Giovanni. Par moments, c’est lui qui parle et raconte. J’ai été beaucoup moins réceptive à son histoire, qui ne m’intéressait pas vraiment. Parti il y a treize ans en laissant tout derrière lui, il accompagne l’inspecteur Émile Morin sur les lieux de l’enquête, ce dernier espérant faciliter son arrivée dans ce microcosme. Je l’avoue, ce personnage m’a beaucoup moins intéressée que le travail (et le personnage) d’Angelune par exemple ou que d’autres personnages. J’ai préféré l’histoire de Sam que j’ai adoré. C’est d’ailleurs un personnage plutôt marginal et différent, qui lit Machiavel dont on retrouve plusieurs citations au début des chapitres. Sam m’a d’ailleurs beaucoup plu avec sa propension à avoir réponse à tout et à se mêler de ce qui se passe autour de lui.

« -Qu’est-ce que tu fais à Schefferville, Sam?
-J’observe le temps.
-Tu veux dire que tu le perds?
-C’est ton interprétation de la chose. Toi, tu penses que tu perds pas le tien? Depuis hier, tu te démènes comme un bon. L’efficacité des Blancs. Je vous appelle « les grouillants ». « 

Le roman est parfois un peu brut et certains dialogues moins fluides, mais c’est un premier roman qui est plutôt réussit, avec lequel j’ai passé un bon moment de lecture. L’enquête est intrigante et on tient à savoir ce qui a pu se passer avec les deux jeunes filles. Les lieux et le fait que l’histoire se déroule dans une sorte de huis-clos créé par l’effet de « village » m’a beaucoup plu. L’aspect social qui colle beaucoup à l’actualité est sans doute le point fort du roman.

« -Vous sous-entendez que c’est notre système qui a créé ces monstres?
-Non, je dis que les proies sont tombées dans le piège des monstres, comme vous les appelez, parce que tout un système les y ont amenées. »

Avec Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune nous offre une incursion dans un monde refermé sur lui-même, isolé. Une société qui vit à l’écart et où les secrets grandissent dans l’ombre…

Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune, XYZ éditeur, 347 pages, 2019

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L’Ours et le Rossignol

l'ours et le rossignolAu plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

L’Ours et le Rossignol est un roman fantastique qui s’inspire des légendes Russes et des histoires orales qu’on se racontait alors au coin du feu. C’est un roman très particulier, où c’est d’abord l’atmosphère qui compte, bien plus que l’histoire en elle-même. Katherine Arden nous amène sur des terres ancestrales, en pleine forêt, à l’écart du tumulte de Moscou et des intrigues de la cour. La forêt, est un lieu plus permissif où certains protocoles ne sont pas forcément suivis. C’est aussi le lieu où vivent les histoires et les contes de fées, ainsi que les personnages fantastiques qui en sont les principaux acteurs. La maison comporte ses esprits, la forêt également.

Vassia est le personnage clé de ce récit. Une jeune fille frondeuse, qui n’a peur de rien. Elle vole les vêtements de son frère pour se vêtir, parcours les forêts et chevauche à cru. Elle est beaucoup plus sensible à ce qui l’entoure, parle la langue des chevaux, apprend à voir bien au-delà de ce qui est visible. Plus elle grandit, plus elle porte difficilement ses différences et bien vite, elle est nommée, dans les chuchotements des villageois, la sorcière. Comme sa mère décédée. C’est d’ailleurs son héritage qu’elle porte avec fierté, d’autant plus que sa mère a choisi de lui permettre de vivre, en se sachant condamnée.

Le roman est l’histoire d’une famille qui règne sur ses terres, mais qui devra faire face à de lourds sacrifices. Les contes n’existent pas que dans les livres et la nuit, alors que le froid vent de l’hiver engourdit tout sur son passage, les créatures s’animent. Le diable n’est jamais bien loin et des pactes vieux comme le monde resurgissent.

« Sa folie était pire, ici, dans le Nord – vraiment pire. La maison de Piotr débordait de démons. Une créature avec des yeux comme des braises se cachait dans le poêle. Un petit homme dans la maisonnette aux ablutions lui faisait des clins d’œil à travers la vapeur. Un démon comme un fagot était avachi dans la cour. À Moscou, ses diables ne la regardaient jamais, ne braquaient jamais les yeux sur elle, mais ici ils la dévisageaient sans cesse. »

J’ai passé un bon moment avec ce roman à l’atmosphère particulière qui rappelle l’ambiance des contes Russes, des mythes et des légendes. Les histoires racontées au coin du feu, les créatures fantastiques qui habitent le monde, la forêt à la fois attirante et inquiétante, le mal qui n’est jamais loin.

« Tu m’as laissé cette fille déraisonnable, que j’aime profondément. Elle est plus brave et plus sauvage que n’importe lequel de mes fils. Mais quel intérêt, pour une femme? J’ai juré de la protéger, mais comment pourrais-je la protéger d’elle-même? »

J’ai adoré le personnage de Vassia, qui refuse une vie toute tracée et qui confronte les idées saugrenues des gens. Elle a une sensibilité à ce qui l’entoure, aux créatures et à la nature qui en fait un personnage féminin très fort et très intéressant. J’ai cependant trouvé un moment de flottement au milieu du livre, qui me donnait l’impression de se concentrer beaucoup trop sur le père Konstantin et moins sur Vassia.

Pendant plusieurs pages au centre du roman, il me semble qu’il y aurait eu matière à pousser plus loin la présence de Vassia. D’autres personnages lui font un peu d’ombre et c’est dommage. J’aurais aussi aimé voir un peu plus Aliocha, qui est très attachant. Vassia quant à elle, est extraordinaire, frondeuse, différente, sensible au monde invisible. Par contre, dès lors que le personnage de Konstantin arrive, la religion prend un peu trop de place à mon goût.

« Et il me semble que nous nous débrouillions très bien avant votre venue, parce que si on priait moins, on pleurait moins également. »

Le village s’étiole, de mauvaises choses arrivent. J’aurais simplement aimé que Vassia tienne un peu plus tête à sa belle-mère, un personnage détestable qui frôle la folie. J’aurais aimé que la jeune fille se démarque encore plus dans sa différence, dans un monde où les femmes ont un destin déjà tout tracé, celui de s’occuper d’une maison, d’un mari et d’enfanter des fils robustes et vaillants.

Heureusement, passé cette partie du livre, Vassia reprend son rôle de départ, soit celle d’une fille qui ne s’en laisse absolument pas imposer. L’arrivée de Morozko, le démon de l’hiver, intrigue et change la donne. Le roman retrouve alors l’intérêt que j’en avais au début du livre. On entre d’ailleurs dans une portion de l’histoire plus fantastique et effrayante et c’est sans doute le dernier tiers du roman qui m’a le plus intéressée.

« Il y a des choses mortes dans la forêt – les morts marchent. Père, les bois sont dangereux. »

Dans l’ensemble j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman. C’est l’atmosphère particulière qui en fait tout le plaisir de la découverte. C’est un roman étonnant, moins gentillet que je ne l’appréhendais, qui nous donne l’impression de lire un grand conte de plus de 300 pages. C’est un beau tour de force.

Il faut savoir que ce livre est le premier tome d’une trilogie, The Winternight Trilogy. L’Ours et le Rossignol est le seul traduit en français à ce jour. J’espère que les autres le seront aussi parce que j’ai bien envie de découvrir où nous mèneront les pas de Vassia, dans la nuit glaciale de l’hiver… Même si ce premier tome a quelques défauts, j’ai aimé l’imaginaire de Katherine Arden et j’ai envie de la relire.

L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden, éditions Denoël, 368 pages, 2019

Frère de glace

frère de glace« Mon frère est un homme pris dans la glace. Il nous voit à travers la glace : il est là et il n’y est pas. Ou, plus exactement, il existe en lui une fissure où parfois la glace se dépose. Dans la vie quotidienne, quelque chose en lui fait qu’il se bloque et s’immobilise entre une action et la suivante. Par chance, il vit dans une petite ville, on le connaît dans le quartier et les gens prennent soin de lui. »
Au cœur de ce roman-oeuvre d’art se trouvent un garçon autiste et sa sœur artiste, tous deux comme gelés dans le silence et l’incompréhension. Obsédée par les explorations polaires et les étendues du Grand Nord, la jeune plasticienne les transcrit dans des dessins mêlés à des écrits, des souvenirs et des photos. En traquant les différents visages de la glace, parviendra-t-elle à conjurer son sentiment de congélation intérieure et à renouer avec les rêves, les désirs et l’amour ?

Frère de glace est un roman particulier, en marge de ce que l’on a l’habitude de lire tant sa construction est originale. C’est un livre que je qualifie d’ovni littéraire. Entre le roman, le récit, l’autobiographie, le documentaire et le projet artistique, ce roman est littéralement passionnant. Il nous amène là où l’on ne s’imaginait pas aller.

« C’est l’ambiguïté des dernières conquêtes géographiques terrestres et la fertilité de l’imaginaire les entourant qui les rendent fascinantes. »

C’est évidemment le thème de la glace et des expéditions polaires qui m’ont attirée. J’ai aussi beaucoup aimé l’image très parlante du frère autiste « prit dans la glace ». Le roman est d’ailleurs truffé d’images et de mots très visuels de ce genre. L’écriture m’a semblé très forte par moments, elle véhicule de nombreux sentiments personnels, ce qui est paradoxal alors qu’on y parle énormément de froid et de glace.

« Entre eux deux, ma mère et mon frère, il s’est produit une sorte de dépendance réciproque. Depuis la séparation avec mon père, il y a plus de vingt ans, ma mère n’a pas eu de relation sérieuse. Elle est donc une conquérante polaire et elle tire mon frère dans un traîneau. »

La narratrice a une grande passion pour les expéditions polaires. Entre les pages de son livre, on retrouve des explorateurs, des scientifiques, des historiens et des théoriciens: Sir John Franklin, Frederick Cook, Robert Edwin Peary, John Cleves Symnes, Fergus Fleming, Robert Falcon Scott, Roald Amundsen, Louise Boyd, entre autres. Le livre contient beaucoup de photos de conquêtes du froid.

« Mais la glace, comme les images, conserve la forme du corps; elle ressemble aux photographies. La photographie opère pour son objet le même processus que la glace pour l’explorateur enterré: un processus thanatologique qui nous présente abruptement un corps du passé. »

On y retrouve aussi des informations sur des sujets complémentaires: des premières photographies de flocons de neige en passant par la littérature classique, l’art et les boules à neige à collectionner. Elle nous partage également ses recherches sur les explorations polaires, accompagnées de photographies d’époque et de notes. C’est tellement passionnant! Chaque page était une petite découverte en soi. Plusieurs chapitres se terminent d’ailleurs sur des notes de recherches, petites parenthèse parfois teintées d’humour pour nous partager ses impressions.

Puis, s’entremêle doucement à la glace de l’Arctique, la vie personnelle de la narratrice, ses choix de vie, sa difficulté à concilier l’art et la vie d’adulte, sa famille silencieuse où l’on ne dit jamais rien, son frère autiste et sa difficulté à faire face aux situations sociales. Elle choisi par exemple un travail pour sa possibilité d’évasion mentale importante. Plusieurs aspects du travail d’Alicia Kopf me parlent énormément.

Frère de glace est à la fois un journal personnel couplé à un documentaire sur la nature, les expéditions, le climat. Des sujets qui fascinent l’artiste et qui fascinent le lecteur également. Le mélange des deux styles est habilement dosé dans ce roman, si bien qu’on ne sait jamais ce que nous réservera le prochain chapitre. Une tranche de vie familiale ou une journée dans le froid glacial de l’Arctique?

J’ai noté de très nombreux passages dans Frère de glace, soit parce que les mots me parlaient, soit parce que j’ai appris des choses sur les expéditions polaires et que j’avais envie de les conserver. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur de nombreuses et belles citations, dont celle attribuée à Shackleton, que je perçois comme le symbole d’une passion un peu folle, celle des expéditions polaires:

« On cherche des hommes pour un voyage dangereux. Salaire bas. Froid extrême. Longs mois d’obscurité totale. Danger constant. On ne peut garantir le retour vivant. Honneur et reconnaissance en cas de succès. »

J’aime le style de ce texte, que je trouve à la fois fascinant et original. Le rapport à la glace et au froid se ressent partout,  à travers le choix des mots, les parallèles à la famille, les décisions de vie à prendre. L’aspect documentaire quant à lui est profondément fascinant. On ressent cette passion pour les expéditions polaires et on suit aveuglément l’auteure dans cette découverte. Les photos, cartes, petits croquis, ajoutent à l’étrangeté du roman et au grand bonheur de découvrir ce livre.

Une auteure comme je les aime, qui ose certaines choses dans la construction de son livre tout en étant passionnante. J’ai très envie de surveiller ses prochains ouvrages, en espérant pouvoir la lire à nouveau éventuellement.

Une très belle découverte!

Frère de glace, Alicia Kopf, éditions Robert Laffont, 288 pages, 2019

Montana

MontanaEn route pour rendre visite à un ami, Tex Willer découvre les lieux d’un carnage. Une tribu indienne au complet a été massacrée par le redoutable Tirrell et ses hommes de main, trafiquants de fourrure. Refusant de laisser un tel crime impuni, Tex décide de les traquer.

Le personnage de Tex Willer existe depuis 1948 et est culte en Italie, où plusieurs scénaristes et illustrateurs se sont intéressés à lui. Il existe des centaines d’histoires de ce personnage, d’abord publiées sous forme de fascicules. Je n’avais jamais lu une histoire de Tex Willer avant de repérer celle-ci, créée par Giulio de Vita et Gianfranco Manfredi. Ils font revivre le personnage dans ce western hivernal sous forme de one-shot qui a tout d’un fabuleux récit d’aventure.

« Territoire du Montana. Le climat le plus inhospitalier d’Amérique. On peut commencer la journée en chevauchant sous un ciel serein… pour ensuite se trouver enveloppé, quelques heures plus tard, par le vent glacial du nord! »

En route donc pour le Montana! Tex chevauche dans les magnifiques paysages de cet état américain, en route pour voir un ami. La découverte qu’il fait l’amènera à suivre les traces de trafiquants, à se battre contre un ours, à tenter de cerner les gens et leurs potentielles attaques, avant de reprendre la route pour retrouver Birdy, son grand ami. On a apprend d’ailleurs à travers certains souvenirs de Tex pourquoi Birdy mène maintenant la vie qu’il a en ce moment.

Pendant son voyage, la nuit a apporté avec elle beaucoup de neige. Les paysages sont à couper le souffle et l’illustrateur les rend magnifiquement bien. Visuellement, c’est une bande dessinée vraiment agréable à découvrir. Le dessin est soigné, très réaliste et vraiment très beau.

Tex retrouve son ami, qui s’occupe maintenant du poste de traite le plus éloigné de l’American Fur Company. Il est en territoire indien, mais n’avait jamais eu de problèmes avant l’arrivée de Tirrell, une brute sanguinaire aux décisions qui ont de graves conséquences. Il est dangereux et Tex devra l’affronter…

Montana est un western classique, avec juste ce qu’il faut d’histoire et d’action pour être captivante. J’ai passé un excellent moment avec Tex et Birdy. La présence amérindienne, les grandes chevauchées dans des paysages enneigés époustouflants et l’univers de la traite des fourrures avaient tout pour me plaire. Ce fut donc une excellente lecture! Si les mêmes auteurs décident de reprendre le personnage de Tex et de lui offrir d’autres aventures, je suis preneuse!

Montana, Giulio de Vita & Gianfranco Manfredi, éditions Le Lombard, 48 pages, 2018

Encabanée

encabaneeAnouk a quitté son appartement confortable de Montréal pour un refuge forestier délabré au Kamouraska. Encabanée loin de tout dans le plus rude des hivers, elle livre son récit sous forme de carnet de bord, avec en prime listes et dessins. Cherchant à apprivoiser son mode de vie frugal et à chasser sa peur, elle couche sur papier la métamorphose qui s’opère en elle: la peur du noir et des coyotes fait place à l’émerveillement; le dégoût du système, à l’espoir; les difficultés du quotidien, au perfectionnement des techniques de déneigement, de chauffage du poêle, de cohabitation avec les bêtes qui règnent dans la forêt boréale… Encabanée est un voyage au creux des bois et de soi. Une quête de sens loin de la civilisation. Un retour aux sources. Le pèlerinage nécessaire pour revisiter ses racines québécoises, avec la rigueur des premiers campements de la colonie et une bibliothèque de poètes pour ne pas perdre le nord. Mais faut-il aller jusqu’à habiter le territoire pour mieux le défendre?

Encabanée est le récit d’une fuite, d’un exil. Une jeune femme se cherche, le quotidien ne lui correspond plus. Elle va passer l’hiver dans une cabane, en compagnie de livres, à faire fondre de la neige pour avoir de l’eau et à fendre du bois pour ne pas mourir gelée.

« Me confronter à moi-même en toute nudité. Sans les mirages d’une vie axée sur la productivité et l’apparence. »

Le texte a tout du nature writing qui m’est cher. Les lieux sont magnifiquement décrits, le froid est mordant, l’hiver est rude. Il faut survivre, tenter de nourrir son corps comme son esprit. Le roman raconte le quotidien d’Anouk, dans sa cabane aux murs minces comme du papier, qui tente de se débrouiller sans rien attendre des autres. Seule, elle raconte ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ses pensées sur le Québec, sur la société, sur les livres. Elle m’a donné envie de lire Kamouraska d’Anne Hébert. Il est dans ma pile. On retrouve d’ailleurs dans le roman plusieurs extraits de chansons ou de poèmes, d’Émile Nelligan en passant par Richard Desjardins et Jean Leloup.

Anouk manie la hache et les seaux de neige. Elle se forge une place dans un monde de froid et de glace. À travers le texte, des illustrations de ce qu’elle voit et de ce qu’elle griffonne dans un carnet. Une hache, des raquettes, des sapins enneigés, une souris, des flocons de neige. Des listes de toutes sortes accompagnent chaque chapitre, des « qualités requises pour survivre en forêt » en passant par les « phrases pour ne pas sombrer dans la folie quand on a froid ».

« Simplicité, autonomie, respect de la nature. Le temps de méditer sur ce qui compte vraiment. Le temps que la symphonie des prédateurs, la nuit, laisse place à l’émerveillement. »

L’arrivée du personnage de Rio m’a aussi plu, sauf que j’ai été moins sensible à tout son discours sur la protection de la nature, qui me semble très pamphlétaire. Pas à cause du message, qui au contraire me touche beaucoup, mais plutôt à cause de la façon dont c’est amené. J’ai trouvé que ça hachurait le texte, qu’on tombait dans autre chose. J’ai eu l’impression que cette portion avait simplement été collée là et ne s’imbriquait pas dans le style du reste du livre. Ça m’a un peu dérangée, je l’avoue. J’étais bien dans ce texte jusque là. Par la suite, les événements se sont enchaînés et j’ai eu le sentiment de retrouver le livre qui me plaisait au début.

Encabanée, c’est un questionnement sur le monde dans lequel on vit, sur la place de la nature et la façon dont l’homme la traite. C’est aussi une façon d’affirmer la place que l’on veut prendre dans un monde que l’on ne comprend plus. J’ai été touchée par ce côté-là du texte, qui m’a parlé de bien des façons. Ce roman, c’est aussi un livre qui parle d’un féminisme différent, un féminisme rural. J’ai aimé cette façon de voir le féminisme, qui me correspond peut-être plus que bien d’autres représentations.

« Les pionnières errent seules dans la foule. Leur regard transcende l’espace. Leurs traces dans la neige restent un temps, un battement, une mesure. Comment fait-on pour éviter l’usure, le cynisme, l’apathie quand le peuple plie et s’agenouille devant l’autorité, consentant comme un cornouiller qui ne capte plus de rêves? »

Dans l’ensemble, c’est une bonne lecture, avec quelques petits bémols de mon côté. Cependant, certains passages m’ont fait vibrer et pour ça, c’était très agréable de découvrir la plume de Gabrielle Filteau-Chiba.

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 100 pages, 2018