The Ice Guy & The Cool Girl t.1

D’un côté, nous avons Himuro, descendant des temps modernes de la célèbre femme des neiges. De l’autre, Fuyutsuki, sa collègue aussi gentille qu’unique… Mais aussi frais qu’ils puissent paraître, aucun des deux n’est doué en relations amoureuses. Himuro, dont les sentiments envers Fuyutsuki déchaînent en lui une véritable tempête de neige, n’arrive pas à faire le premier pas, alors que Fuyutsuki semble totalement incapable d’exprimer ses propres émotions. Comment ces deux grands timides vont-ils briser la glace ?! 

J’avais très hâte de découvrir le manga The Ice Guy & The Cool Girl de Miyuki Tonogaya. Ce manga est le premier d’une série qui met en scène un jeune homme, Himuro, descendant de la Femme des neiges. Il est donc tout le temps accompagné de petits bonshommes de neige et de flocons. C’était une série toute trouvée pour moi qui adore l’hiver. 

La Femme des neiges est un personnage de la mythologie japonaise. Elle incarne le froid et l’hiver. Je trouve l’idée assez intéressante de lui avoir créé un descendant, dans notre monde d’aujourd’hui, qui doit vivre avec quelques spécificités étonnantes. Son état est intimement lié à ses émotions. Il peut donc créer une tempête de neige s’il est trop émotif ou s’emmurer lui-même dans la glace s’il est anxieux. Ce qui cause évidemment quelques problèmes dans sa vie de tous les jours. Surtout quand il tombe amoureux de sa collègue de travail…

Ce court manga est construit par petites saynètes. Il a d’abord été publié sur le compte Twitter de l’auteure. le format rappelle un peu ce style de parution, de type feuilleton. Ça se lit donc très bien et c’est agréable. Les chapitres sont courts, chacun racontant une nouvelle situation entre les grands timides que sont Himuro et Fuyutsuki. Dans ce premier tome du manga, ils tentent de se rapprocher l’un de l’autre. Étant donné qu’un Himuro amoureux devient une vraie boule d’émotions, son état de descendant de la Femme des neiges lui cause de petits tourments.

Je crois que c’est la première fois que je lis une romance sous forme de manga. Les dessins sont très jolis et le format est plaisant. C’est très léger, amusant à lire et mignon.

Un manga romantique divertissant dont j’ai principalement apprécié les dessins enneigés et l’originalité des origines de Himuro. Sans doute que l’histoire aurait pu être un peu plus élaborée ou détaillée, mais j’ai bien aimé, c’était divertissant. Surtout que je trouve intéressante cette idée de mêler la mythologie japonaise à un personnage tout ce qu’il y a de plus contemporain. J’ai hâte de voir comment l’histoire évoluera dans le prochain tome.

C’est une sympathique petite lecture!

The Ice Guy & The Cool Girl t.1, Miyuki Tonogaya, éditions Mangetsu, 126 pages, 2022

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L’abominable

Juin 1924. La disparition inexpliquée des alpinistes Mallory et Irvine, au cours de leur ascension de l’Everest, fait la une de la presse. Mais qui se souvient de Lord Bromley, dit « Percy », autre concurrent à la course au sommet, évaporé dans les mêmes conditions ? Manque d’oxygène ? Autour du camp de base, la rumeur fait état d’une mystérieuse créature des neiges alors qu’une nouvelle expédition s’élance à la recherche des disparus… voire d’une vérité bien plus abominable encore…

Par où commencer pour parler de ce roman fascinant, détaillé à l’extrême, dont l’intrigue se développe sur presque 1000 pages?  La préface nous raconte de quelle façon Dan Simmons est entré en possession du manuscrit de l’alpiniste Jacob Perry. L’histoire est fictive, on le regretterait presque, mais j’aime ces constructions qui nous font nous questionner sur la réalité et la fiction.

Perry est l’un des alpinistes partit sur les traces de l’expédition de Mallory et Irvine qui ont tenté l’ascension du Mont Everest. L’auteur reprend un des mystères les plus fascinant de l’alpinisme, la disparition en 1924 des deux britanniques dans l’Himalaya. À partir de ce fait historique, Dan Simmons crée une intrigue et des personnages fascinants. Nous sommes en 1924, époque où les montagnes sont encore à explorer. C’est la course pour atteindre les plus hauts sommets. Tous les alpinistes ne rêvent que de battre le record précédent et d’être les premiers à grimper tout en haut des montagnes les plus prestigieuses. Lord Bromley était aussi concurrent à cette course au sommet et il a aussi disparu. Mandatés par sa mère pour le retrouver, Jacob Perry et ses amis attaquent l’Everest sans se douter de ce qu’ils y vivront.

« Je n’ai pas peur de tenter l’ascension de l’Everest, mais je suis presque effrayé en présence de ces hommes qui ont acquis une renommée mondiale en tentant la même aventure – et en échouant. »

Le roman nous raconte en long et en large tous les détails de l’expédition, des premiers préparatifs jusqu’à l’ascension. C’est un roman intéressant à plusieurs égards. L’histoire est campée dans une période historique fascinante, où l’on découvre des légendes (dont celle du Yéti) et différentes croyances, où l’on se retrouve dans des magouilles politiques, en plus de vivre avec les personnages la rudesse épouvantable des éléments. Le trajet jusqu’en haut de l’Everest s’avère être un véritable cauchemar. L’Abominable du titre prend alors tout son sens…

Ce roman ne fera sans doute pas l’unanimité et certains lecteurs risquent d’abandonner la lecture en cours de route. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé cette lecture. On suit pendant tellement longtemps l’expédition, des premiers préparatifs aux difficultés, en passant par la dynamique du groupe et les lieux. On s’attache beaucoup aux personnages. Réussiront-ils à gravir l’Everest? Trouveront-ils ce qu’ils sont venus y chercher? L’auteur nous plonge dans les pensées de ces compagnons de cordée dont les liens sont forts. C’est intéressant de découvrir la façon dont ils perçoivent les montagnes et à quel point ils peuvent vibrer pour tout ce qui concerne l’alpinisme. Ce sont des passionnés dont l’enthousiasme et le destin nous touche particulièrement.

« Mais la fraternité de la cordée donne un puissant sentiment de sécurité, même quand la corde est fine au point de n’être guère plus que symbolique. »

Cependant, si vous vous attendez à un thriller haletant, mieux vaut passer votre tour. C’est un roman lent, méticuleusement détaillé. On assiste à la préparation du groupe avant l’assaut de l’Everest, jusque dans ses moindres détails. L’époque est abondamment décrite également, que ce soit le trajet et les circonstances d’une balade en voiture ou des informations sur les bâtiments et les jardins de cette période. On découvre aussi l’alpinisme d’un point de vue historique: les évolutions dans le domaine, les premiers pas avec les appareils à oxygène, les essais et erreurs en ce qui concerne le matériel utilisé et la « guerre » entre les nations pour les meilleures découvertes dans ce domaine. J’ai appris qu’en altitude, par exemple au sommet de l’Everest, l’eau bout à 72°c au lieu de 100°c. 

Avant de lire ce roman, je ne connaissais rien à l’escalade ou à l’alpinisme. J’ai le vertige en haut de trois marches d’escalier et ce n’est certainement pas moi qui grimperait des montagnes, encore moins l’Everest. Cependant, j’aime apprendre et découvrir de nouvelles choses. C’est ce que nous offre ce roman. Une véritable plongée dans le monde de l’alpinisme à l’époque des grandes découvertes, ses défis et ses risques.

« J’ai appris que tout ce que cette montagne donne, elle le reprend aussi vite et aussi sûrement. »

Ce roman me fait penser à Terreur du même auteur. Dans ce fabuleux roman, l’auteur débute avec un fait réel, l’expédition de Sir John  Franklin, pour créer tout autour un monde inquiétant et une histoire passionnante. C’est un peu la même chose ici, cette fois dans le domaine de l’alpinisme. Même si l’histoire est grandement détaillée, il se passe aussi des choses terribles en haut de la montagne. Les personnages n’auront pas la vie facile et ce qui les attend est forcément bien loin de tout ce qu’ils pouvaient imaginer. 

« Tandis que nous remontions l’Auge obscure, passant vite de l’abri théorique d’un pinacle de glace ou d’une arête de roche à l’autre, je commençai à me demander quand cette expédition avait passé la frontière du fantastique pour entrer dans le territoire de l’incroyable. »

L’Abominable est un pavé monumental, qu’on doit vraiment prendre le temps de lire pour véritablement l’apprécier. Ce fut mon cas. J’ai passé un très bon moment avec ce roman. En tournant la dernière page, on ne perçoit assurément plus les montagnes – et l’alpinisme – de la même façon…

L’abominable, Dan Simmons, éditions Pocket, 960 pages, 2020

Une saison pour les ombres

1972, nord-est du Canada. Dans cette région glaciale, balayée par les vents, où l’hiver dure huit mois, la petite communauté de Jasperville survit grâce au travail dans les mines de fer. Les conditions de vie y sont difficiles. Au-delà du village, il n’y a rien. Juste une nature hostile, quelques ours, des loups. Aussi, quand le corps d’une adolescente du village est découvert aux abords de la forêt, la gravité des blessures laisse-t-elle supposer qu’elle a été victime d’une bête sauvage. Ce sera en tout cas la version officielle. Et tout le monde prie pour qu’elle soit vraie. Mais, quelque temps après, le corps d’une autre jeune fille est retrouvé. Des années plus tard, de retour à Jasperville où il a passé son enfance, Jack Devereaux réalise que tout le monde se contente aujourd’hui encore des mensonges du passé, par peur d’affronter une vérité bien trop dérangeante.

En commençant ce roman, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai lu. Je croyais lire un thriller classique, une enquête policière, mais c’est beaucoup plus que cela.  

Le roman se déroule dans une petite communauté fictive, Jasperville, inspirée de villes minières comme Schefferville. J’ai été agréablement surprise de voir que le roman se déroulait au Québec. Ça m’a fait tellement plaisir! Ça me semble assez rare en littérature étrangère pour être souligné.

Jacques Devereaux (qui a changé son nom pour Jack quand il a fuit sa vie à Jasperville) reçoit un appel de la police. Son frère Calvis, qu’il n’a plus revu depuis 26 ans, a attaqué un homme qui est entre la vie et la mort. Calvis est en détention. La ville a peu de moyens et le seul policier de la région ne sait pas quoi faire de cet homme. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a retrouvé Jack. De leur famille, il ne reste que lui pour prendre soin de Calvis. Il retourne donc dans cette petite communauté où il a grandit et qu’il a fuit, malgré ses promesses de prendre soin de ceux qu’il avait promis de soutenir. Il était jeune et avait peur. La fuite était devenue une question de survie.

« Jasperville n’était ni plus ni moins qu’un cimetière, doué d’une inexplicable capacité à ôter la vie tout autant que la santé mentale de ses habitants. »

Avec lui, nous plongeons dans le passé et dans ses souvenirs. On retourne dans les années 70 où l’on avait alors retrouvé le corps d’une jeune fille. Cette découverte avait ébranlé les citoyens. Quand une seconde jeune fille est retrouvée sans vie, la communauté isolée et laissée à elle-même a du mal à se relever. Les événements qui s’y déroulent vont en rendre fou certains, alors que d’autres, comme Jack, vont tout faire pour mettre tout ça derrière eux. Même jusqu’à devenir eux-mêmes des ombres… et à oublier de vivre.

« On est soi-même, mais on porte en soi les fantômes de tous ceux qu’on aurait pu devenir. »

J’ai beaucoup aimé cette lecture que j’ai trouvé très prenante. Ce n’est pas un thriller au sens où on l’entend. C’est un roman psychologique, finement construit, qui décortique la vie d’une famille et d’une petite ville isolée. L’histoire alterne entre le passé et le présent, ce qui va nous permettre, au fil des pages, d’essayer de saisir l’ampleur des événements. C’est en retenant son souffle que l’on tourne les pages pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer à l’époque… et ce qui se déroule encore aujourd’hui. On imagine sans mal les lieux, le froid, la solitude et le manque flagrant de ressources. Il est difficile de mener de front une enquête quand l’aide et les employés se font rare, que chacun ne souhaite que retourner à sa propre vie en essayant d’oublier la douleur et que la rotation des effectifs rend complexe la recherche de la vérité. 

Une saison pour les ombres est un excellent roman rempli de secrets, de mensonges et de l’histoire de familles complètement démunies devant les événements. Une histoire de souffrances et de ténèbres, dans un décor hostile et glaçant. J’ai beaucoup aimé cette lecture!

Une saison pour les ombres, R. J. Ellory, éditions Sonatine, 408 pages, 2023

La Méduse géante de l’Arctique

Dr Morley, passionnée par les méduses depuis toujours, s’apprête à embarquer pour une mission à l’extrémité la plus septentrionale de la planète : la recherche d’une créature dont tout le monde parle, mais que personne n’a jamais vue… la méduse géante de l’Arctique. Parviendra-t-elle à croiser son chemin et à enfin percer son mystère ?

La méduse géante de l’Arctique de Chloe Savage a été une belle lecture. Le genre d’album qu’on ouvre avec fébrilité, confiant qu’on va aimer. Et effectivement, ce fut mon cas. Il s’agit d’un très bel album que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.

Dr Morley est passionnée par les méduses depuis toujours. Quand elle a l’occasion de partir en mission en Arctique, elle y va avec beaucoup d’enthousiasme. Elle espère pouvoir observer la légendaire méduse géante. Existe-t-elle réellement ou s’agit-il seulement d’un mythe?

J’ai adoré cet album! Le dessin est magnifique, un peu naïf, avec de très beaux contrastes de couleurs entre le bleu et le rouge. Les étendues glacées et sauvages sont superbes. J’ai aimé le petit clin d’œil amusant que l’on retrouve à chaque page avec la méduse. On croise les doigts pour que l’équipe scientifique puisse l’observer, puisque c’est le grand rêve de la Dr Morley. 

J’ai apprécié également que l’auteure présente une équipe de scientifiques en plein travail. C’est intéressant dans un album jeunesse et assez peu fréquent. L’univers glacé et bleuté, avec sa faune, son ciel étoilé et ses aurores boréales, est visuellement très attractif. Les narvals, ours polaires, orques, bélugas, sont naturellement au rendez-vous. C’est le genre d’album qu’on aime conserver dans sa bibliothèque et vers lequel on prend plaisir à revenir. 

À conseiller à partir de 5 ans pour les petits lecteurs, mais c’est un livre qui devrait plaire tout autant aux grands qui aiment les univers de froid et de glace, ainsi que les animaux polaires et les expéditions dans le Grand Nord. De mon côté, j’ai adoré.

Un très bel album, autant du point de vue du texte qui met en scène une exploration scientifique, que des dessins qui sont jolis, doux et colorés. Une bien belle découverte!

La Méduse géante de l’Arctique, Chloe Savage, éditions Albin Michel Jeunesse, 32 pages, 2023

Le maraîchage nordique

Faire pousser ses légumes en hiver dans un climat nordique, c’est possible! Basé sur des années de recherche et d’expérimentation, ce guide pratique magnifiquement illustré présente une série de conseils et d’outils pour démarrer son projet de culture maraîchère en hiver. Plus qu’un simple mode d’emploi, Le maraîchage nordique est aussi un ouvrage résolument engagé, proposant un nouveau modèle de souveraineté alimentaire fondé sur une agriculture écologique, verte et de proximité.

Je voulais lire Le maraîchage nordique depuis longtemps. La culture hivernale m’intéresse énormément. Quand on jardine, on aime pouvoir étirer sa saison et aussi, s’offrir quelques légumes en plein hiver. L’idée de cultiver sous la neige m’intéresse particulièrement et c’est quelque chose que j’ai très envie d’essayer. Comme je cultive déjà quelques petites choses à l’intérieur pendant la saison froide, je me suis penchée sur l’idée de cultiver dehors, en hiver. Ce livre était donc un choix qui s’imposait car il existe assez peu de ressources québécoises sur le sujet.

Nous avons plusieurs potagers à la maison et la culture hivernale m’intéresse depuis quelques années. Elle me fascine parce qu’elle semble improbable dans notre modèle d’agriculture actuel au Québec, surtout dans un pays où tout est enfoui sous la neige plusieurs mois par année. Je crois toutefois depuis longtemps au changement dans nos pratiques agricoles et c’est pourquoi cet ouvrage m’attirait.

« Comme nation, perdre son autonomie alimentaire est aussi une tragédie culturelle, sociale et économique sans prix. Notre langue, notre musique, notre agriculture, notre cuisine nous définissent et surtout nous enrichissent collectivement, et nous permettent de nous projeter dans le futur. »

Les auteurs proviennent de la Ferme des Quatre-Temps et ils nous proposent dans ce livre, toutes les étapes pour comprendre la culture hivernale des légumes. Le savoir-faire, la façon de protéger ses cultures, les différents légumes qui se prêtent à une culture hivernale, les outils à utiliser, comment prendre soin des légumes l’hiver, comment les conserver, comment vendre et produire des légumes. Le propos est intéressant, l’envie de proposer un modèle différent d’agriculture aussi et j’ai appris plusieurs choses.

« Pendant l’hiver, c’est à peu près 70% des légumes consommés en épicerie qui proviennent des États-Unis, du Mexique ou d’ailleurs sur le globe. Lorsque cette chaîne d’approvisionnement est compromise, les épiceries se vident de leurs légumes et de leurs fruits frais en seulement trois jours. »

Toutefois, mis à part quelques mentions dans l’annexe, le livre aborde vraiment la culture sur de petites fermes. C’est intéressant, j’ai noté plusieurs trucs et astuces que je peux adapter ici, mais certains chapitres ne répondaient pas à mes besoins (comme les grands espaces de culture ou le chauffage en serres). Il m’a manqué un peu plus d’informations axées sur la culture dans un potager familial. Et elle se fait rare quand on puise dans la littérature.

Le livre est très beau, j’ai apprécié ma lecture malgré tout. L’ouvrage m’a donné la piqûre, l’envie d’essayer et de tester différentes choses. J’aime les modèles agricoles différents qui tentent de ramener l’humain au rythme normal des saisons. Ce livre est tout à fait dans cette optique. Je vais donc poursuivre mon exploration de la culture hivernale des légumes puisque c’est quelque chose qui m’intéresse et que j’ai bien envie de tester ici.

Le maraîchage nordique, Jean-Martin Fortier, Catherine Sylvestre, éditions Cardinal, 248 pages, 2021