La cité oblique

Au début des années 1930, Québec est l’hôte d’un visiteur taciturne et discret, dont la vision a marqué au fer rouge la littérature fantastique : Howard Phillips Lovecraft. Celui qui a donné naissance au mythe de Cthulhu, peuplé de créatures antédiluviennes, a rédigé lors de ses trois séjours dans la «cité aux énigmes murées » une histoire de la Nouvelle-France qui sera publiée à titre posthume en 1976 dans l’ouvrage intitulé To Quebec and the Stars. Inspirée de cette entreprise méconnue, La cité oblique propose une relecture hallucinée et magnifiquement illustrée des débuts de la colonisation jusqu’à la Conquête. Oubliez l’histoire officielle, voici celle que l’on vous a cachée, narrée par un de Ceux-qui-savent.

J’attendais ce livre avec tellement d’impatience, depuis les premiers dessins partagés sur Instagram par l’illustrateur Christian Quesnel. J’aime beaucoup l’univers de Lovecraft, à la fois fascinant et inquiétant. Avec Ariane Gélinas, Quesnel nous offre une plongée fabuleuse dans l’histoire et dans le monde de Lovecraft, en un savant mélange totalement réussi.

La cité oblique s’inspire des voyages de H.P. Lovecraft à Québec. Le maître du fantastique y est venu à trois reprises, ce que la plupart des gens ignorent. Il y a même rédigé une histoire de la Nouvelle-France (publiée de façon posthume en 1976) et un guide du marcheur. C’est en s’inspirant de ce fait assez peu connu que les auteurs nous offrent une réécriture de notre histoire, peuplée de mythes et de créatures sorties de l’univers de Lovecraft.

« La monarque immortelle et absolue ne permettra pas que je révèle ici l’histoire secrète des territoires érigés entre fleuve en marche et montagnes hallucinées. Car je suis de Ceux-qui-savent. Le temps me manque, Elkanah et les siens m’épient depuis longtemps et leur patience s’use. J’entame mon troisième voyage dans la cité aux mille remparts. Ce sera mon dernier. »

Le livre en tant qu’objet est magnifique. Le papier est de qualité, les pages sont entièrement en couleurs avec le style si particulier et si parlant de Quesnel. Les textes sont à la fois merveilleux et inquiétants. Ce duo auteure/illustrateur fonctionne à merveille. Le travail qu’ils nous présentent est impressionnant. L’idée de mélanger l’histoire et la culture de l’imaginaire avec un personnage comme Lovecraft qui a révolutionné le genre, est brillant. On plonge dans cet ouvrage en se demandant bien dans quel univers sombre les auteurs vont nous transporter. Assurément dans un monde où les ténèbres ne sont jamais bien loin…

J’ai eu un plaisir fou à lire cette histoire. Déjà, je suis une très grande fan du travail artistique de Christian Quesnel. Sa façon d’illustrer me plaît et me touche. Ici, on est dans un monde effrayant magnifiquement bien rendu. Le texte est fascinant. On se laisse porter dans cette réécriture de l’histoire, onirique et inquiétante, totalement prenante. Les pages sont un vrai plaisir pour les sens, surtout si on apprécie ce genre d’atmosphère. C’est totalement mon cas. J’aime Lovecraft, j’ai adoré ce que les auteurs ici ont fait de son monde, en le couplant avec l’histoire de Québec. On se laisse porter par l’ambiance hallucinée et fantastique de cette histoire.

Gros coup de cœur pour ce magnifique livre. Vous aimez l’histoire, Lovecraft ou les ouvrages d’atmosphère? Ce titre est assurément pour vous! Une très belle découverte!

La cité oblique, Christian Quesnel, Ariane Gélinas, éditions Alto, 168 pages, 2022

 

Jours de sable

Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère. En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe

Ce livre est un petit bijou, tout à fait le genre de roman graphique que j’adore découvrir. Les dessins sont magnifiques, l’histoire se lit avec un immense plaisir (et elle est touchante) en plus d’aborder un thème historique d’un point de vue vraiment intéressant. 

Nous sommes en 1937, aux États-Unis. Plus précisément à New York. John Clark vient enfin de trouver un emploi comme photographe. C’est une période difficile, minée par la Grande Dépression. John a envie d’apporter sa contribution, de travailler et de faire de la photo. C’est son métier. Cependant, il ne s’attend certainement pas à ce qu’il trouvera au bout de la route. Il est engagé par la Farm Security Administration, un organisme qui a réellement existé et qui venait en aide aux fermiers victimes de la Grande Dépression. John est donc envoyé dans une région du pays touchée par la sécheresse. C’est ce qu’on appelle le Dust Bowl. Le bol de poussière. Un monde désertique, où la poussière s’infiltre partout et va même jusqu’à tuer. Le Dust Bowl chevauche l’Oklahoma, le Texas et le Kansas. C’est un désastre écologique dû à la surexploitation des terres agricoles qui a frappé les communautés dans les années 30. Couplé à la Grande dépression qui a suivi le krach boursier de 1929, le monde peine à se relever. Surtout quand il est envahi par la poussière.

« Ce n’était pas facile de savoir à quelle heure le soleil se levait. Les nuages de poussière en occultaient les rayons la plupart du temps. »

Dans Jours de sable, on suit John qui va à la rencontre des gens qui tentent de survivre dans le Dust Bowl, ceux qui migrent vers des terres plus fertiles, ceux qui ont tout perdu. Il tente de rendre compte en photos ce dont il est témoin. C’est la raison pour laquelle il a été engagé. Mais l’approche avec les gens est difficile. Surtout que John arrive avec une liste bien précise de choses qu’il doit photographier: maisons abandonnées, orphelins, manque de nourriture, maladie, terres incultivables. Il devra changer d’approche, surtout que tout donne l’impression de sortir d’un autre monde. Dans ce climat hostile et pénible, c’est tout son travail de photographe que John remet alors en question…

« Vous avez déjà vu des tourbillons de poussière, non? Parfois… les gens y aperçoivent le visage de ceux qu’ils ont perdus. »

Une bande dessinée passionnante, émouvante, accompagnée de photographies d’époque et d’informations historiques. C’est un ouvrage complet et vraiment informatif, même s’il s’agit d’une fiction. Les lieux où sont campés les personnages et les événements historiques qui sont racontés ont vraiment existés. Les dessins sont fabuleusement beaux, le livre est un superbe objet qu’on a envie de conserver précieusement. Vous aimez l’histoire et les beaux ouvrages? Ce livre est parfait. Un beau coup de cœur pour cette histoire que je vous conseille fortement! 

Jours de sable, Aimée De Jongh, éditions Dargaud, 288 pages, 2021

C’était au temps des mammouths laineux

« Je suis un grand-père du temps des mammouths laineux, je suis d’une race lourde et lente, éteinte depuis longtemps. Et c’est miracle que je puisse encore parler la même langue que vous, apercevoir vos beaux yeux écarquillés et vos minois surpris, votre étonnement devant pareilles révélations. Cela a existé, un temps passé où rien ne se passait. Nous avons cheminé quand même à travers nos propres miroirs. Dans notre monde où l’imagerie était faible, l’imaginaire était puissant. Je me revois jeune, je revois le grand ciel bleu au-delà des réservoirs d’essence de la Shell, je me souviens de mon amour des orages et du vent, de mon amour des chiens, de la vie et de l’hiver. Et nous pensions alors que nos mains étaient faites pour prendre, que nos jambes étaient faites pour courir, que nos bouches étaient faites pour parler. Nous ne pouvions pas savoir que nous faisions fausse route et que l’avenir allait tout redresser. Sur les genoux de mon père, quand il prenait deux secondes pour se rassurer et s’assurer de notre existence, je regardais les volutes de fumée de sa cigarette lui sortir de la bouche, par nuages compacts et ourlés. Cela sentait bon. Il nous contait un ou deux mensonges merveilleux, des mensonges dont je me rappelle encore les tenants et ficelles. Puis il reprenait la route, avec sa gueule d’acteur américain, en nous disant que nous étions forts, que nous étions neufs, et qu’il ne fallait croire qu’en nous-mêmes. »

J’aimais beaucoup Serge Bouchard. L’homme, le raconteur, ses histoires et ses textes. C’était au temps des mammouths laineux était dans ma pile à lire depuis très longtemps. Je l’ai commencé il y a quelques mois. C’est un livre qui se prête bien à une lecture au long cours, un chapitre de temps à autres. Il s’agit de courts essais. Serge Bouchard était anthropologue et ce qu’il nous raconte aborde une foule de sujet: la vie quotidienne, l’histoire, la société, la fiction et l’imaginaire, la maladie et la mort, la nature, la technologie, le travail, mais surtout, notre relation avec tout cela en tant qu’humain.

« Chaque vie humaine compte pour une grande histoire du simple fait d’avoir été. »

Il se détache certains grands thèmes de cet ouvrage, que mettent en relief les différentes parties du livre: la vie, la tristesse, les mensonges et le pays. Je réalise que certains types de textes me parlent beaucoup plus que d’autres. J’aime quand Serge Bouchard raconte ses souvenirs d’enfance, qui croisent un peu les miens, même si nous ne sommes pas de la même génération. J’aime quand il parle de la petite histoire, celle des gens qui ont été peu à peu oubliés alors qu’ils ne le devraient pas. J’aime aussi quand il raconte la relation de l’homme avec la nature. Ces textes sont magnifiques et passionnants.

J’ai moins accroché à d’autres textes qui parlent de la mort, de la maladie et de la vie quotidienne. J’avais peut-être moins envie de lire là-dessus aussi. Le début du livre aborde surtout ces sujets et je n’étais pas certaine de poursuivre cette lecture. J’ai mis longtemps à avancer, un chapitre à la fois. Par contre, j’ai lu pratiquement d’une traite la dernière moitié du livre. Parce que sa façon de parler de l’histoire et de la nature vient me chercher. C’est beau et vraiment intéressant. Je crois que c’est cet aspect des textes de Serge Bouchard qui me plaît le plus. 

« Le Nord est le lointain. Il n’a jamais cessé d’attirer les âmes en peine. La forêt a toujours été le refuge de la marginalité et les grands espaces portent bien leur nom: ils sont grands à n’en plus finir. Nous avons l’éternelle nordicité, nous avons la forêt sauvage, la profonde laurentienne et l’infinie boréale, jusqu’à la toundra, et nous aurions mille sagas à raconter à propos de nos aventures, si nous nous y mettions, si seulement nous voulions le dire pour en faire toute une histoire. »

Le livre se termine sur un texte-hommage à l’anthropologue Bernard Arcand. Si vous ne le connaissez pas, je vous suggère la lecture de son court ouvrage, Abolissons l’hiver, vraiment intéressant.

Je plonge dans l’œuvre de Serge Bouchard avec cette première lecture. J’ai moins aimé la première moitié, alors que j’ai adoré et lu d’une traite la seconde, qui m’a fait vibrer. Bouchard est un auteur que je relirai assurément, mais en ciblant peut-être un peu plus le genre de textes que je choisirai.

C’était au temps des mammouths laineux, Serge Bouchard, éditions du Boréal, 232 pages, 2012

L’Autre esclavage

En 1542, soit un demi-siècle après le premier voyage de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde, les monarques ibériques interdirent l’esclavage des Indiens aux Amériques, du littoral oriental des Etats-Unis jusqu’à la pointe de l’Amérique du Sud. Pourtant, comme le révèle ici l’historien Andrés Reséndez, il a perduré pendant des siècles sur tout le continent. Des centaines de milliers d’autochtones ont ainsi été victimes de kidnapping et d’asservissement brutal, envoyés dans l’enfer des mines d’or ou livrés aux pionniers en tant qu’esclaves, y compris aux Etats-Unis, jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle. Cet esclavage de masse a décimé les populations amérindiennes aussi sûrement que les maladies apportées et transmises par les Européens : à travers des documents inédits, ce récit terrible et passionnant en apporte la preuve. Alors que de nombreux pays, et les Etats-Unis en particulier, sont aux prises avec l’héritage du passé, Andrés Reséndez dévoile un chapitre essentiel d’une histoire douloureuse à laquelle il est plus que jamais nécessaire de se confronter.

Sous-titré La véritable histoire de l’asservissement des indiens aux AmériquesL’autre esclavage est un ouvrage vraiment pertinent et intéressant qui nous ouvre les yeux sur la colonisation et nous permet de mieux comprendre « l’autre esclavage »: celle des peuples autochtones et aborigènes. L’auteur trace le portrait de cette facette peu glorieuse de l’histoire en partant des Caraïbes jusqu’au Mexique, avant de poursuivre vers les États-Unis. 

Ce livre parle de l’asservissement des peuples autochtones et la façon dont cette forme d’esclavage a pu perdurer pendant aussi longtemps. Cet ouvrage complexe amène définitivement une autre lumière sur ce qu’a pu être la relation entre les Blancs et les autochtones. On perçoit un changement de mode de vie des autochtones lors de l’arrivée des hommes blancs. Le troc était bien souvent utilisé au détriment des peuples aborigènes et autochtones, puis était une belle occasion utilisée pour les exploiteurs de les asservir.

Officiellement interdite, mais facilement contournable à cause de lois beaucoup trop faibles, l’esclavage des peuples autochtones était la plupart du temps celle de femmes et d’enfants. Les hommes étaient alors tout simplement supprimés. Les esclaves vivaient dans des conditions inhumaines: enchaînés, violés, exploités jusqu’à la mort. L’auteur parle des tactiques utilisées pour asservir et éliminer des clans. Le travail des autochtones et des aborigènes se déroulait dans des conditions impossibles, dans les champs, les mines, les forges, enfermés jusqu’à ce qu’ils développent de gros problèmes de santé. On déplaçait les peuples sur de grandes distances pour les rendre « plus dociles » et on exploitait les esclaves comme des bêtes, souvent jusqu’à la mort. Une pratique qui a perduré jusque dans les années 1960.

« À Parral, comme dans nombre d’autres mines d’argent du Mexique, c’était les Indiens et les esclaves noirs qui remontaient le minerai à la surface. Charriant des sacs en cuir remplis de pierres, ils devaient ramper dans des passages bas de plafond et grimper en posant le pied sur des « échelles de poulailler » en rondins de pin. Comme les mains du portefaix étaient occupées à s’accrocher à l’échelle, son lourd fardeau – qui pouvait peser entre cent et cent soixante kilos – reposait sur son dis tout en se balançant périlleusement au bout de la sangle qui lui enserrait le front. Les porteurs de minerai étaient communément nommés tenateros, terme dérivé du mot nahuatl tenatl, qui désigne un sac en fibres ou en cuir. Inutile de préciser que le risque de glissade ou de chute était omniprésent. »

L’esclavage que nous connaissons est essentiellement celle des Noirs, qui a été documentée et qui était enregistrée. Celle des autochtones était interdite sur le papier, mais perpétrée assez facilement par ceux qui souhaitaient s’approprier ces peuples et les soumettre à l’esclavage, de là le titre de l’ouvrage « l’autre esclavage ». La cour n’offrait aucun statut aux autochtones, qu’on pouvait facilement accuser de toutes sortes de méfaits et donc, exploiter sans vergogne. Le livre aborde aussi brièvement l’asservissement d’autres peuples: les aborigènes d’Australie, des Philippines, de Chine, amenés en Amérique du Nord où ils subissaient le même traitement que les autochtones. 

Le livre contient plusieurs photos et des dessins qui illustrent le propos de l’auteur. Il contient aussi des cartes utilisées pour expliquer les mouvements entre les pays concernant l’esclavage. Même si le sujet est difficile, j’ai beaucoup apprécié cet essai puisqu’il nous dévoile une facette inconnue et un autre visage de l’asservissement des peuples. Il apporte une lumière différente sur l’esclavage et sur ceux qui ont été exploités. L’auteur a effectué un très grand travail de recherche. Son livre est très riche en informations et particulièrement bien documenté. J’ai pris un moment à le lire, parce que le sujet est complexe et que je trouve important de prendre le temps qu’il faut pour mieux comprendre ce que ces peuples autochtones ont vécu.

L’humain a toujours eu l’envie de posséder des richesses, d’avoir le pouvoir sur les gens, d’exploiter ce qu’il peut utiliser à son avantage. On apprend aussi comment la religion pouvait, d’une certaine façon, donner raison aux esclavagistes qui recevaient une forme « d’approbation » de certaines parties de la population. Les peuples autochtones et aborigènes étaient souvent dénigrés, perçus comme inférieurs, alors les Blancs se donnaient le « droit » de les exploiter et de s’approprier le territoire et les richesses au détriment des gens qui étaient déjà en place. Les esclaves étaient aussi amenés comme présent à la royauté de la plupart des pays qui pratiquaient l’esclavage.

« Mais le plus alarmant était la capacité des missionnaires à torturer et à tuer au nom de Dieu. Le pire de ces bourreaux était le bien nommé Salvador de Guerra, qui terrorisa les villages hopis au cours des années 1650. Comme tous les religieux qui travaillaient dans un isolement presque total, il vivait avec une concubine, malgré son vœu de chasteté. Il contraignait aussi les Indiens à tisser des mantas en coton, imposant des quotas de production à atteindre sous peine de punition. Et pour ce qui était de combattre le Diable, le frère Guerra n’avait pas son pareil: non content de frapper les indigènes qu’il soupçonnait d’idolâtrie et de sorcellerie, il les arrosait ensuite de térébenthine avant de leur mettre le feu. »

Si le sujet vous intéresse, c’est assurément un livre que je vous conseille puisqu’il présente une facette de l’esclavage qu’on connaît peu. C’est un livre essentiel et très bien documenté. Il n’est pas exhaustif, l’auteur le dit lui-même, il faudrait des tomes et des tomes pour traiter complètement ce sujet. Mais cet ouvrage aborde une histoire qui a été bien souvent passée sous silence.

Une lecture à la fois instructive, intéressante, troublante et pertinente. À lire!

L’Autre esclavage, Andrés Reséndez, éditions Albin Michel, 544 pages, 2021

Acadie Road

Gabriel Robichaud propose un troisième recueil de poésie dont le titre est bien sûr un clin d’œil et un hommage au classique Acadie Rock de Guy Arsenault. Le poète-comédien nous amène faire un « tour de l’Acadie » hors du commun et c’est un plaisir de prendre place dans le siège du passager et de laisser défiler le territoire sous nos yeux amusés. Parce que l’autodérision guette à chaque détour avec, en fin de parcours, l’arrivée d’un manifeste clamant haut et fort une identité sans équivoque.

J’ai beaucoup aimé ce recueil de poésie de Gabriel Robichaud. Je réalise que, si je connais assez bien la musique acadienne, je connais finalement assez peu leur littérature. Suite au très beau dossier paru dans le numéro Les libraires j’ai vraiment envie de la découvrir un peu plus. Ma première incursion a été avec ce recueil de poésie. J’ai donc décidé, pour un premier voyage, de parcourir l’Acadie par ses routes.

Dans mon char
Y a les restes de qui je suis
Trimbalés sur les terres qui me permettent de rouler
Tu choisis le cd
Si je peux chanter la toune

L’auteur nous amène à découvrir son coin de pays en faisant une halte dans les villes et villages de l’Acadie. Le livre est divisé en différentes parties qui explorent chacune une portion de route qui traverse l’Acadie. Comme tout road trip qui se respecte, il y a de la bonne musique qui accompagne les mots de Gabriel Robichaud. Il y a aussi des haltes routières en chemin et des panneaux de signalisation. Tout en nous conduisant sur les routes acadiennes, l’auteur nous parle aussi de culture, de la langue, de sa perception de l’Acadie et de son histoire.

Cette première incursion dans la littérature acadienne a été un vrai plaisir. J’ai beaucoup aimé ce recueil. Je l’ai trouvé vivant. Très imagé. Accessible aussi, pour ceux qui n’ont pas l’habitude de la poésie. Comme il est construit au fil des routes, on a l’impression de faire un voyage. C’est une forme intéressante pour aborder tout un coin de pays et par le même fait, aborder la poésie pour les non-initiés. On suit la route, en compagnie de l’auteur, à la découverte de l’Acadie. On a un peu l’impression d’y être.

Vraiment, cette première incursion dans la poésie acadienne m’a énormément plu! Je relirai assurément cet auteur éventuellement, ce fut une belle découverte. 

Acadie Road, Gabriel Robichaud, éditions Perce-Neige, 168 pages, 2018