La vie secrète des champignons

La vie secrète des champignonsLes champignons constituent l’une des trois formes de vie supérieure sur la planète avec les plantes et les animaux. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie : cela fait 450 000 millions d’années qu’ils ont commencé à se répandre dans tous les écosystèmes, des forêts jusque dans notre organisme. Les champignons sont des partenaires écologiques essentiels. Près de 90 % des plantes vivent en symbiose avec eux. Et cette cohabitation nous ramène aussi loin qu’aux premiers instants de la vie botanique et animale sur Terre. Un fossile mis au jour récemment en Arabie saoudite a d’ailleurs montré que les ancêtres des champignons pouvaient alors dépasser la hauteur des arbres et atteindre six mètres avec des troncs d’un mètre de circonférence. Les biologistes sont maintenant convaincus que les végétaux ont pu coloniser les continents de la Terre uniquement grâce aux champignons. 

J’adore cette petite collection de vulgarisation sur la nature « La vie secrète de… ». Tous les livres sont passionnants et vraiment intéressants. Ils nous offrent un autre regard sur le monde qui nous entoure, sur l’évolution de la nature et les liens qui unissent plantes, champignons et animaux. J’ai lu avec grand bonheur La vie secrète des arbres et La vie secrète des animaux. Dans ma pile à lire m’attend Le réseau secret de la nature qui fera bientôt l’objet d’une chronique sur le blogue. Ce sont tous des livres magnifiques que je vous invite à découvrir. La vie secrète des champignons ne fait pas exception.

Dans ce livre, l’auteur allemand Robert Hofrichter entreprend de nous raconter le monde caché des champignons, que ce soit d’un point de vue scientifique, culturel ou historique. Il souhaite susciter le plaisir de la découverte et nous éveiller à ce qui nous entoure. Il nous parle aussi de son expérience personnelle, agrémentée de petites anecdotes.

 » Dans un monde où forêts, champs, parcs et jardins sont peuplés de ces mystérieuses créatures, présentes jusque dans les profondeurs des océans ou sur les stations spatiales en orbite. Dans les savanes et les forêts, nos ancêtres leur portaient grande attention. Nous aurions nous aussi tout intérêt à les connaître mieux. »

Le but de ce livre est de nous apprendre à mieux connaître les champignons, mais pas comme un guide de repérage. L’auteur les aborde d’abord par leur aspect biologique. Comment en est-on venu à classer les champignons dans le monde des vivants? Ils ont besoin de « manger » et donc sont plus proches des animaux que des plantes. Il nous parle également du syndrome du manque de nature, quelque chose qui me touche beaucoup dans le monde dans lequel on vit et que je considère comme un véritable désastre pour l’humain. Mieux comprendre la nature, c’est mieux la protéger, que ce soit les plantes, les animaux ou les champignons. L’auteur lance aussi, tout comme le faisait Wohlleben avec La vie secrète des arbres, une alerte à nos sociétés. Allez dehors! Intéressez-vous à la nature qui vous entoure! Et ça commence aussi avec le monde des champignons.

« Un arbre unique peut être colonisé par une centaine d’espèces de champignons différentes et, au sein de chaque espèce, par de nombreux individus différents. Un centimètre cube de terre peut contenir jusqu’à 20 kilomètres (!) de fins filaments. »

Les champignons en fait, sont partout. En nous, dans l’air que nous respirons, dans nos maisons, ils font partie de notre alimentation (et pas qu’en tant que champignons, mais aussi comme levure pour le pain ou la bière). Les champignons « dépolluent » notre environnement, peuvent pousser dans le désert, dans la mer, dans l’espace, être utilisés comme drogue, servir d’arme du crime et sont l’ancêtre du briquet. C’est tout simplement fascinant!

« Plus étonnant encore: nous, les humains, sommes fortement apparentés à ce même champignon auquel on doit la bière, le pain et le vin! Plus de 23% des gènes de la levure composent notre propre génome, un pourcentage loin d’être négligeable. »

Il y a tant à lire et à découvrir sur les champignons! Ils me fascinent depuis longtemps. Je n’ai aucune confiance en ma capacité de récolter les bons champignons (l’auteur en parle d’ailleurs abondamment dans son livre, des problèmes d’identification aux poisons et intoxications), mais j’aime les observer. Surtout, j’adore les photographier. Chaque automne, je sors photographier les champignons dans les bois. Il y a tant d’espèces toutes plus fascinantes les unes des autres si on se donne la peine de regarder et d’observer.

L’auteur nous parle d’écologie, de migration, d’environnement et de l’aspect toxique ou comestible des champignons. Les différents chapitres débutent toujours par une citation. J’ai envie, en terminant, de vous partager celle-ci, qui correspond véritablement à ma façon de voir le monde qui nous entoure:

« Tout est de plus en plus bruyant, de plus en plus rapide, d’une lumière de plus en plus crue. notre cerveau n’est pourtant pas fait pour cela, il est issu d’un temps où existaient encore les feux de camp, les limpides ciels étoilés et une véritable quiétude. »
-Tim Schlenzig, mymonk.de

J’espère que ce livre vous plaira tout autant qu’à moi et vous donnera envie d’explorer l’univers des champignons, de les observer et de mieux saisir toute l’ampleur de leur présence dans nos vies.

Le livre est complété par un glossaire et un index des champignons dont il est question dans le livre.

La vie secrète des champignons, Robert Hofrichter, éditions Multimondes, 260 pages, 2019

Le grand livre des dinosaures

grand livre des dinosauresDisparus d’une manière aussi soudaine que fracassante, les dinosaures comptent parmi les animaux les plus incroyables ayant jamais existé. Découvrez tout sur les dinosaures à travers les âges: leurs différents habitats, leurs régimes alimentaires, leurs moyens de défense et tant d’autres choses, depuis les premières créatures préhistoriques jusqu’à l’essor des mammifères. Réunissant des centaines de données fascinantes et plus de 1000 images d’un réalisme époustouflant, Le grand livre des dinosaures propose un voyage unique et captivant dans l’environnement des débuts de la vie sur Terre.

J’ai toujours été une grande fan de dinosaures. Lorsque j’étais petite, je prenais plaisir à dessiner et reproduire les différents dinosaures à partir des livres que je pouvais trouver à la bibliothèque. En 1993 il y a eu la sortie du Parc Jurassique au cinéma et ce fut une révélation. Ma passion des dinosaures ne s’est jamais démentie et aujourd’hui encore je prend plaisir à lire et découvrir ce qui se publie sur le sujet.

Le grand livre des dinosaures m’a accompagnée pendant plusieurs semaines. Je lisais un chapitre de temps en temps et j’y retournais régulièrement. Le livre est ainsi divisé qu’il peut permettre une lecture sur le long terme tout autant qu’une lecture plus soutenue. Pour ma part, je découvrais un chapitre de temps en temps et j’ai aimé que ce livre m’accompagne pendant un petit moment.

Le livre est très complet et offre un large survol de toutes les espèces de dinosaures au fil des découvertes et des différentes périodes de l’histoire. Les premières pages se consacrent à l’explication de la chronologie de la vie, son origine, la découverte des fossiles, l’évolution et les grandes périodes d’extinction, ainsi que le dinosaure, son squelette, sa constitution et ce qu’il est réellement.

L’ouvrage est ensuite séparé par périodes, puis par genres de dinosaures. Ce qu’il y avait avant l’arrivée des dinosaures, jusqu’à leur apparition sur Terre. Le livre consacre une large portion à l’âge des dinosaures avec de nombreux chapitres consacrés aux différentes espèces ainsi qu’à leurs particularités: leurs crêtes colorées, les empreintes, les queues, les piquants, les bras, etc. Viennent ensuite les chapitres abordant l’évolution des dinosaure et l’essor de nouveaux animaux: l’envol des dinosaures, les ptérosaures, le monde marin, l’essor des mammifères. Un glossaire complète l’ouvrage ainsi qu’un index.

Tout au long du livre, on retrouve des encadrés explicatifs mettant en relief par exemple, une échelle de grandeur du dinosaure à l’humain. Même chose pour des détails entourant les squelettes ou les comparaisons entre deux espèces. Ces encadrés permettent de mieux visualiser les informations et de replacer dans le contexte les différentes espèces et leurs caractéristiques. Des échelles chronologiques explicatives ainsi que des cartes et des graphiques donnant des détails image par image (par exemple sur la formation des fossiles) aident à mieux comprendre le contexte de l’évolution des espèces et leurs trouvailles archéologiques.

Si le livre s’adresse d’abord aux jeunes, les adultes y trouverons leur compte. L’ouvrage est complet, coloré et invitant. Les illustrations sont magnifiques. Le livre nous explique avec simplicité l’évolution du monde jusqu’à nous et la grande place des dinosaures dans l’histoire de la terre. Le monde était alors aussi riche et varié qu’il l’est aujourd’hui, quoique totalement différent et c’est ce qui est intéressant de découvrir.

De mon côté j’ai appris énormément d’informations dont j’ignorais l’existence. Par exemple, plusieurs des premiers oiseaux avaient des dents, ainsi que des griffes en haut des plumes. Les oiseaux ont d’ailleurs été les seuls à survivre à l’extinction massive et ils ont évolué pour devenir les oiseaux d’aujourd’hui. Saviez-vous que l’Hadrosaurus est le premier dinosaure à avoir été trouvé en Amérique du Nord? Que l’Edmontosaurus avait plus de 1000 dents? Que le Patagogitan avait un poids équivalent à celui de douze éléphants? Que le panache du Megaloceros, un cerf géant, faisait deux fois la taille de celui d’un orignal? Et que les plus vieux animaux connus piégés dans de l’ambre sont morts il y a 230 millions d’années!

Le grand livre des dinosaures est un vrai plaisir de lecture, puisqu’on y découvre une quantité d’informations inconnues sur ceux qui ont vécu sur terre avant nous et qui sont les ancêtres dans l’évolution, de la faune qui vit aujourd’hui. C’est un beau livre passionnant, que je ne peux que vous conseillez, tant son contenu aussi intéressant que visuellement très attrayant!

Le grand livre des dinosaures, John Woodward, éditions Hurtubise, 208 pages, 2019

Le site archéologique du palais de l’intendant à Québec

Site archéologique du palais de l'intendant à QuébecL’îlot des Palais est un site archéologique complexe qui a connu de nombreuses occupations contemporaines et successives. Il est considéré comme un haut lieu de l’histoire de la Nouvelle-France, plus particulièrement à cause de la présence des vestiges de la brasserie de l’intendant Jean Talon et du palais de l’intendant. Entre 1982 et 2016, l’Université Laval a tenu 25 chantiers-écoles à l’îlot des Palais, et la Ville de Québec y a réalisé deux campagnes de fouilles intensives. Ce livre s’appuie sur un ensemble inestimable de données et une vaste collection archéologique, parmi les plus riches en Amérique du Nord pour l’histoire de la Nouvelle-France. Il fait revivre le lieu par l’entremise de vestiges, d’objets, et de restes animaux et végétaux, à la lumière des contextes archéologiques et historiques. Il dévoile ainsi le vaste réseau de relations que ses occupants entretenaient avec l’environnement naturel, la ville et le reste du monde.

Quel ouvrage magnifique! Ce très beau livre regorge de photos qui parlent d’elles-mêmes et racontent notre histoire au même titre que le texte qui accompagne les images. C’est un vrai plaisir pour le lecteur que de visiter le site archéologique, de comprendre l’évolution du mode de vie des gens, de l’aspect économique et social, de la géographie des lieux. Passionné par l’histoire du Québec, cet ouvrage m’a fortement plu puisqu’il nous plonge dans le quotidien des gens qui ont vécu avant nous.

Ces fouilles ont permis à l’équipe d’archéologues de découvrir plein de choses sur la vie quotidienne, de reculer dans l’histoire et de comprendre la façon dont les gens vivaient au palais de l’intendant et dans la région. L’ouvrage raconte le détail des fouilles archéologiques réalisées, la découvertes des objets et les recherches autour de cette époque qui permettent également de comprendre les matériaux utilisés et de reconstruire la vie autour du Palais de l’Intendant. On comprend beaucoup mieux l’évolution de cette région jusqu’à nos jours.

L’ouvrage nous parle également du passage des différents intendants qui ont habité au Palais. Par exemple, l’un d’entre eux avait un faible pour tout ce qui venait d’Égypte. Des recherches archéologiques démontrent son goût pour ces amulettes. On y aborde, en plus des trouvailles et de l’aspect historique, de nombreux détails entourant le travail archéologique, les chantiers, la préservation et la gestion des artéfacts.

C’est un livre qui ne s’arrête pas qu’aux découvertes archéologiques. Les auteurs construisent autour de ces découvertes, l’histoire entourant les gens, les lieux, les objets.  On revit entre autres, la dualité entre les anglais et les français de l’époque. On voit l’évolution des objets, par exemple des pipes en argile ou des dominos creusés dans l’os, les boutons, la monnaie, l’armement, la vaisselle. À partir de ces objets, on peut découvrir leur lieu de fabrication et en comprendre plus sur les échanges commerciaux de l’époque. Des squelettes d’animaux et d’insectes ont également été découverts, ainsi que les fosses à déchets qui permettent de mieux saisir le quotidien des gens, leur nourriture et leur mode de vie.

« Le botaniste finlandais Pehr Kalm écrit dans on journal de voyage datant de 1749 que l’on nettoie les maisons avec des balais de fabrication autochtone faits de rameaux de thuya ou de cèdre blanc, à l’exclusion de tout autre arbre. Il ajoute qu’on lave le plancher en y jetant un peu d’eau, mais qu’il n’a jamais assisté à un vrai lavage du sol. Il remarque de plus l’abondance des punaises de lit, tant en ville qu’à la campagne. »

Le livre présente aussi beaucoup de croquis d’époque, de plans dessinés qui permettent de visualiser cette période de l’histoire et de mieux appréhender les lieux. Il y a également des reproductions d’artistes qui représentent les événements marquants. Une liste de dates concernant les événements majeurs des lieux nous apprennent une foule de choses sur les changements importants pour la communauté.

La fin du volume s’attarde sur les vestiges de l’industrie de la bière à Québec, la brasserie Boswell étant présente sur le terrain de l’îlot des Palais. Elle connaissait à l’époque une forte prospérité. Les avantages sociaux et les activités organisées pour les employés étaient enviables, même si l’ouvrage était très dur. Le contexte social était difficile à l’époque, tant au niveau des soins de santé que des loisirs. La pauvreté et la mortalité infantiles étaient monnaie courante. La brasserie offrait des avantages que l’on ne retrouvait pas ailleurs. Des images et des objets retrouvés sur le site démontrent que même les enfants étaient aussi employés dans certaines usines, comme celles de chaussures par exemple. Ces découvertes sont importantes et vraiment passionnantes.

Revisiter notre histoire à travers ce bel ouvrage permet de mieux comprendre le mode de vie de nos ancêtres. Connaître son histoire permet de mieux appréhender le futur. Tout l’aspect archéologique de ce livre est vraiment fascinant et passionnant. En couleurs, avec de nombreuses photos et reproductions, le livre est un fabuleux cadeau à offrir ou à s’offrir, pour les passionnés d’histoire ou d’archéologie.

Une fabuleuse lecture!

Le site archéologique du palais de l’intendant à Québec, Camille Lapointe, Allison Bain et Réginald Auger, éditions du Septentrion, 186 pages, 2019

Le Grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada

grain de sableOriginaire de l’île de Madagascar, Olivier Le Jeune arrive dans la ville de Québec en 1629 en tant qu’esclave. Il avait 10 ans. Au-delà de son statut d’esclave, il est la première personne d’origine africaine à habiter de manière permanente au Canada. Ce livre, inspiré de ce qu’il a réellement vécu, suit le parcours d’Olivier Le Jeune, de sa capture à Madagascar jusqu’à son arrivée dans la ville de Québec. On apprend comment il a pu s’adapter à sa nouvelle réalité dans les débuts de la Nouvelle-France.

Ce bel album raconte l’histoire d’Olivier Le Jeune qui a été le premier esclave au Canada. C’est un livre basé sur un fait vécu, une histoire vraie, mais dans laquelle l’auteur a dû romancer certaines portions de l’histoire vu qu’on détient très peu d’informations sur Olivier Le Jeune.

Le livre est abondamment illustré et les images nous font ressentir ce que le personnage a pu vivre. La beauté du livre, visuellement, nous aide à mieux appréhender le texte. Même s’il vise un public jeune, le livre plaira tout autant aux adultes, dès qu’on s’intéresse un peu à notre histoire, à ceux qui ont façonné notre pays et qui ont laissé leurs marques. C’est une façon de relater des faits importants moins connus ici comme la présence d’esclaves. Encore plus avec un esclave aussi jeune.

C’est grâce à la correspondance du jésuite Paul Le Jeune avec ses supérieurs religieux en France que l’on détient des informations sur ce qui est arrivé au jeune esclave malgache.

J’ai trouvé que le livre était très intéressant, tant au niveau du texte (Webster) que des illustrations (ValMo). Les auteurs donnent vie à Olivier Le Jeune, à travers son histoire. Le livre est très beau, même si le destin de Le Jeune est profondément triste.

« Pendant près de seize ans, j’ai travaillé sans rien attendre de plaisant. Perpétué l’hiver sans espérer la venue du printemps. »

L’album se lit d’une traite. J’apprécie de découvrir ce jeune homme que je ne connaissais pas vraiment, à travers un ouvrage aussi accessible que beau. Les images sont très représentatives. Olivier Le Jeune est un personnage dont on aurait aimé savoir encore plus de choses. Les auteurs réussissent à en faire une histoire romancée nécessaire, plausible et pertinente pour nous le faire connaître, avec le peu d’information dont on dispose de sa vie en Nouvelle-France et de sa vie avant, à Madagascar.

L’ouvrage est agrémenté d’un glossaire explicatif des lieux, des mots et des gens ayant vécus à l’époque d’Olivier. Des notes des auteurs concernant la portion historique connue de la vie d’Olivier Le Jeune complètent l’album.

Un ouvrage qui aborde l’esclavage d’un angle différent, en laissant la parole à Olivier Le Jeune, ce qui donne au lecteur le sentiment d’être plus proche du personnage. De plus, c’est un livre accessible aux jeunes, qui leur permettra de connaître une partie de notre histoire.

Un livre que je vous invite à découvrir!

Le livre fait partie de la liste préliminaire jeunesse du Prix des libraires 2020.

Le Grain de sable: Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, Webster & ValMo, édition du Septentrion, 80 pages, 2019

 

Kateri et le corbeau

Kateri et le corbeauDans les années 1930, Kateri et sa famille tentent de survivre aux rudes conditions du territoire québécois et au déracinement provoqué par les coupes à blanc. Quand son amoureux Khaguagui se noie dans la rivière, la jeune Métisse croit l’avoir perdu pour toujours. Mais Neka, sa mère, offre ses cheveux au Grand Manitou afin que l’esprit de Khaguagui revienne sous la forme d’un corbeau et qu’il puisse veiller sur Kateri.

L’histoire de Kateri et le corbeau m’attirait beaucoup. Le livre est très beau, la couverture me plaît et j’aime les histoires qui s’inspirent de mythes et de légendes, surtout lorsqu’elles nous parlent des Premières Nations. Le roman s’inspire d’une légende algonquienne qui raconte qu’un être aimé décédé peut se réincarné afin de continuer à prendre soin de nous. J’ai aimé cette vision des choses.

La roman aborde le thème difficile du deuil. Kateri doit faire le deuil de sa grand-mère et celui de son amoureux. Elle doit apprendre à vivre sans eux à ses côtés et continuer malgré tout son chemin. Dans cette optique, l’histoire du corbeau est magnifique, réconfortante. Le roman est aussi très émouvant, puisqu’on nous présente l’arrivée des Blancs qui considèrent que les Weskarinis n’ont pas leur place dans la région. C’est une histoire de déracinement.

On apprend énormément de choses sur les pratiques de la tribu de Kateri, la façon dont la communauté fonctionne: les hommes partis à la chasse pour la viande afin de rapporter aux autres ce qu’il faut pour passer l’hiver. Les peaux pour se couvrir et survivre au froid. La vie quotidienne mais aussi la vie spirituelle. Les saisons tiennent une place très importante dans la vie du groupe de Kateri et ponctuent le quotidien et le passage du temps.

« L’hiver s’étire, s’étire, s’étire.
Et puis soudain, voilà le printemps!
Le soleil flambe à nos fenêtres.
La neige fond en rigoles.
Les chasseurs rentrent à la maison. »

Plusieurs détails passionnants sur les caractéristiques de la tribu de Kateri, sur la langue parlée, sur les coutumes ou l’imaginaire des Weskarinis et sur les différences entre les Blancs et les amérindiens. On apprend une quantité de choses passionnantes. J’ai particulièrement apprécié toutes les références en lien avec la langue ilnue, une langue amérindienne dont on retrouve des mots, des expressions, des noms et des lieux, tout au long du roman. Des notes en bas de page traduisent plusieurs mots de cette langue et nous aident à l’aborder et à la comprendre.

Kateri et le corbeau est un roman jeunesse poétique, qui parle des mythes et des légendes en lien avec le deuil et le départ de ceux qui nous sont chers. C’est une histoire à la fois touchante et instructive, sur la famille, sur les liens qui unissent les gens, sur l’amour. C’est une très belle découverte pour moi que ce roman dont l’écriture est magnifique et l’ensemble du texte vraiment très beau.

« Les réserves sont épuisées. (…)
Je me dirige vers le poêle en métal noir,
secoue mes mitaines pour m’en débarrasser
et frotte mes mains pour les réchauffer.
Une odeur d’herbes s’échappe d’une marmite en fonte.
Je soulève le couvercle et renifle la soupe,
une sorte de bouillon jaune dans lequel flottent des racines. »

L’auteure puise dans l’histoire personnelle de gens qui ont réellement existé pour créer ses personnages et s’inspire également de son histoire familiale pour écrire son roman. Le texte est très souvent poétique, ce qui m’a beaucoup plu, et la musicalité des mots est aussi intéressante que peut l’être l’histoire.

Kateri et le corbeau est un très beau roman, à offrir tant aux adolescents qu’aux adultes. C’est un roman historique abordable et éclairant, qui nous apprend beaucoup de choses sur les Weskarinis, mais également sur l’époque – le début du XXe siècle – et les relations entre les Blancs et les Amérindiens.

Une excellente lecture que je vous invite à découvrir!

Kateri et le corbeau, Rollande Boivin, éditions Bayard Canada, 120 pages, 2019