À table en Nouvelle-France

L’alimentation en Nouvelle-France varie au gré des couches sociales, des saisons, du climat et des prescriptions religieuses et change avec l’amélioration des techniques agricoles. Prêts à emprunter aux Autochtones des ingrédients qui assurent leur survie, les colons français s’empresseront, aussitôt leur modèle culturel alimentaire bien implanté, de rejeter ces aliments. Plus tard, au contact des Britanniques et des loyalistes, les «Canadiens» connaîtront de nouveaux goûts et adopteront de nouveaux produits. Bref, l’alimentation coloniale évolue, de sorte qu’on assiste à la naissance non pas d’une alimentation traditionnelle, mais de traditions alimentaires. En complément de cette histoire, Yvon Desloges vous invite à plusieurs tables où vous pourrez découvrir et déguster des plats quotidiens ou extraordinaires: à la table du paysan, dans le sillage du missionnaire et du voyageur, chez les religieuses, chez le cuisinier du gouverneur français, chez le marchand, chez l’aubergiste, chez le cabaretier et chez l’administrateur britannique.

Étant un passionné d’histoire et de cuisine, ce livre avait tout pour me plaire et ce fut le cas. Cette lecture culinaire nous transporte dans le passé, au début des années 1600 jusqu’aux années 1900. On y découvre la façon dont les premiers colons se nourrissaient ainsi que l’importance de la cuisine autochtone qui a été transmise aux premiers arrivants. Par la suite, l’importation de produits de France et la Conquête par les Britannique vont changer énormément la façon dont les gens cuisinaient et ce qu’ils mangeaient.

« Selon James Smith en 1755, les Caughnawagas de retour de leur chasse hivernale rapportent avec eux beaucoup de graisse d’ours, de sucre d’érable et de la venaison séchée et font des festins où ils invitent les gens et partagent la nourriture. L’horaire des repas est celui de l’appétit. Ils n’ont pas d’heures de repas régulières et refuser de manger est considéré comme une impolitesse. »

Cet ouvrage est passionnant. On apprend quels aliments étaient disponibles à l’époque et pour qui (le statut social jouant un rôle dans l’acquisition de nourriture et dans la disponibilité des produits), la relation que les gens avaient avec l’alcool, les rations imposées au fil des ans et les changements qui ont été apportés à l’histoire culinaire. Il est intéressant de voir que certains aliments qui ont été populaires en leur temps, ont par la suite été boudés, comme la courge et le maïs. Ils sont heureusement redevenus populaires aujourd’hui.

« Les Autochtones sont généreux, partagent le produit de la chasse entre eux car ils ont le sens de l’hospitalité que seuls les nobles possèdent toujours en Europe, d’après Lescarbot. Ils sont très charitables et leur code de civilité leur impose, lorsqu’on fait bonne chasse, d’en distribuer une partie aux anciens, aux parents et aux amis. Ils dînent à 40 ou 50 mais ce nombre peut se rendre jusqu’à 300, de sorte que le terme festin puisse s’appliquer. »

Le livre débute par le chapitre Manger à la mode autochtone et aborde les différentes habitudes alimentaires, des autochtones versus celles des français. Par exemple, les français buvaient de l’eau claire et salaient beaucoup leurs plats. Les autochtones mangeaient beaucoup plus « nature », sans sel, sans gras et buvaient le bouillon dans lequel cuisaient leurs aliments plutôt que de l’eau claire. On voit au fil des ans les changements dans les habitudes, que ce soit par le partage ou l’adoption des coutumes des uns et des autres, ou suite à l’expansion de l’importation de produits venus d’ailleurs.

« L’arrivée de la tourte en mai suscite une mobilisation générales de la population pour chasser cette manne! À peu près tout le monde consomme ce volatile pendant le « temps des tourterelles ». Les bouchers de Québec, en 1710, se plaignent même qu’entre mai et septembre ils vendent beaucoup moins de viande à cause de cette chasse; l’occasion leur fournit un prétexte à demander une hausse du prix du bœuf! »

L’arrivée des britannique chamboule le quotidien, apportant beaucoup de plats sucrés, des desserts, des alcools différents, dont on retrouve encore une grande place dans notre alimentation d’aujourd’hui. Il est vraiment intéressant de comprendre d’où vient notre cuisine, l’héritage apporté par les différents peuples et de voir ce qui nous reste aujourd’hui des changements culinaires apportés en Nouvelle-France.

Le livre contient plusieurs recettes, des menus élaborés selon la classe sociale: à la table du paysan, à la table des missionnaires, des voyageurs, des religieuses, chez le gouverneur français, le marchand, l’aubergiste, le cabaretier et l’administrateur britannique. Il y a beaucoup d’illustrations d’époque, avec les références, où figurent les plats, les repas, le type de chasse, la façon de cuisiner et les moyens qui étaient utilisés. Les illustrations sont vraiment un beau complément car elles nous amènent à voyager dans le passé pour mieux comprendre la façon dont nos ancêtres cuisinaient et se nourrissaient.

On y retrouve plusieurs tableaux représentatifs qui donnent un aperçu de ce qui pouvait être consommé par les familles. On peut mieux visualiser les périodes de rationnement, la disponibilité des denrées et également le rôle de chacun dans la société (militaire, religieux, pensionnaires) qui donnait droit à certaines denrées plutôt qu’à d’autres.

Il s’agit d’un bel ouvrage, avec de nombreuses illustrations. On apprend énormément sur l’aspect culinaire et l’héritage que nous avons reçu. J’avoue que je suis content d’être né à mon époque: les plats proposés ne me font pas toujours très envie! Sauf peut-être certains desserts, comme la mousse au chocolat ou bien les crêpes. Par contre, même si je n’ai pas forcément eu envie de sortir mes chaudrons, j’ai adoré le livre et toute l’histoire autour de la cuisine. Certains plats sont étonnants et juste pour cela, les recettes à la fin en valent la peine. 

J’ai vraiment adoré cette lecture passionnante, à la base de notre cuisine d’aujourd’hui. C’est donc un ouvrage hyper intéressant pour quiconque aime la cuisine et cherche à mieux appréhender notre héritage culinaire.

À table en Nouvelle-France, Yvon Desloges, avec la collaboration de Michel P. de Courval, 2e édition, éditions du Septentrion, 240 pages, 2020

Récits de naufrages

« Je n’ai jamais oublié l’horreur qui s’empara de nous lorsque nous reconnûmes que c’étaient des corps humains qui étaient mutilés de la sorte. Nos cheveux devinrent à pic sur nos têtes, et semblaient soulever nos casques… » Voilà ce que contait le père Giasson, vieux pêcheur Madelinot, à Placide Vigneau, célèbre mémorialiste de la Côte-Nord. Ce récit terrible, c’est celui du naufrage du voilier Granicus, et surtout de ses suites, qui virent l’île d’Anticosti être le théâtre d’un terrifiant épisode d’anthropophagie. Né en 1842 à Havre-aux-Maisons, Placide Vigneau a été pêcheur, capitaine de goélette et, plus tard, gardien du phare de l’île aux Perroquets, dans l’archipel de Mingan. C’est là qu’il a mis en forme ses Récits de naufrages, qui mettent en scène l’univers maritime de la Côte-Nord au XIXe siècle et, plus largement, la vie dans les territoires qui bordent le golfe du Saint-Laurent. Cet espace dynamique et complexe, peuplé par des pêcheurs et des chasseurs aux origines diverses, revit sous la plume attachante d’un autodidacte de génie. Ses textes, restés inédits jusqu’à ce jour, sont éclairés par les annotations et les présentations de l’Équipe de recherche Manuscrits de l’Université du Québec à Rimouski.

Récits de naufrages m’attirait beaucoup. J’aime les histoires maritimes, encore plus quand elles proviennent de notre histoire et permettent de ressortir des textes qui méritent d’être publiés. Les écrits de Placide Vigneau sont présentés et annotés par Amélie Blanchette, Guillaume Marsan, Billy Rioux et Jean-René Thuot. Le manuscrit historique a donc été écrit par Monsieur Vigneau, né en 1842, qui a été pêcheur, gardien de phare et capitaine. Cet ouvrage est un bel exemple d’histoire et de patrimoine maritime, accessible à tous.

Le fleuve Saint-Laurent avait une réputation légendaire à cet égard: avec des centaines d’îles représentant autant d’obstacles, de forts courants, de nombreux récifs et hauts-fonds, des marées puissantes, et de fréquents épisodes de brouillard et de tempêtes, il était l’un des plans d’eau les plus difficiles à naviguer. »

Cependant, le titre du livre peut porter à confusion. L’ouvrage n’est pas à proprement parlé un recueil d’histoires de naufrages. Il s’agit plutôt de l’histoire de ceux qui ont évolué de près ou de loin autour des naufrages, de la pêche et de la vie maritime. L’idée du livre est de mettre en valeur le patrimoine que ces gens nous ont laissé, pour mieux comprendre l’histoire de cette époque.

Le livre est divisé en trois grandes parties. La première raconte l’histoire du naufrage du Granicus, un épisode tragique de l’île d’Anticosti. Il s’agit d’une histoire de massacre et de cannibalisme. Cette terrible histoire a marqué l’imaginaire du monde maritime et avait fait couler beaucoup d’encre à cette époque, à travers le monde. Elle a toutefois été quelque peu étouffée au fil des ans, passée dans le domaine folklorique, sans doute à cause de son aspect morbide. 

La seconde partie du livre est un portrait de la vie des communautés nord-côtières. On apprend toutes sortes de choses sur la façon dont les communautés vivaient au quotidien. L’importance des liens entre les pêcheurs et leurs familles, l’entraide aussi qui était primordiale. La vie des côtiers, ce qu’était un « beau naufrage » (un naufrage sans mortalité où le travail des villageois et de l’équipage permettait de sauver la marchandise, en la vendant ou en l’offrant). La vie y était rude et parfois bien dangereuse. J’ai bien apprécié, entre autres, le chapitre consacré aux ruines du fort de la Baie des Châteaux. 

Finalement la troisième partie reprend les carnets personnels de Placide Vigneau. Il s’agit d’un collage de toutes sortes de réflexions, d’anecdotes, de listes et d’informations en lien avec la vie et le travail de l’auteur. Vigneau était un grand observateur et partageait beaucoup sur ce qui l’entourait. Ses notes sont aujourd’hui une riche source d’informations sur le patrimoine de l’époque, les bâtiments, la famille, les lieux, la façon de s’éclairer, les objets du quotidien, les outils, les vêtements. Ce chapitre est complété par des informations sur les animaux de ferme, les expressions linguistiques, quelques recettes de remèdes et des notes sur la chasse.

« La rareté du bois de construction explique en bonne partie les faibles dimensions de la majorité des maisons aux Îles-de-la-Madeleine. »

Il s’agit d’un ouvrage intéressant qui nous offre un tableau varié de la vie de cette époque, du quotidien des pêcheurs et de ceux qui vivaient sur la Côte-Nord. C’est aussi une mine d’informations sur le langage utilisé, les naufrages, le passage des saisons, les lieux et la façon de vivre des communautés. Naturellement, comme il s’agit d’un carnet, même s’il est annoté et commenté, l’ensemble n’est pas linéaire. On découvre cet ouvrage un peu comme un collage d’informations diverses, qui finissent par dresser un portrait historique et maritime d’une région et des gens qui y ont vécu. L’aspect « carnet » est justement ce qui est intéressant.

Mon seul bémol toutefois: que les articles de journaux et informations en anglais qui accompagnent le texte, en lien avec le naufrage du Granicus, n’aient pas été traduits en français. Je trouve que c’est vraiment dommage. J’aurai apprécié une traduction de ces textes. Malgré cela, c’est un ouvrage intéressant pour plonger dans les années 1800 et découvrir un peu de l’histoire maritime de chez nous.

Le livre est agrémenté d’images des carnets originaux, de cartes et de photographies d’époque, ainsi que d’un lexique et d’un glossaire.

Récits de naufrages, Placide Vigneau, éditions VLB, 264 pages, 2021

La liste des choses qui existent

Cathon et Iris aiment les objets. Les objets amusants, brillants, décoratifs, mobiles, pliables ou fashion… Les deux auteures aiment tellement les objets qu’elles les mettent en images! Dans La liste des choses qui existent – L’intégrale, vous apprendrez, entre autres, d’où viennent les lunettes et comment ont été inventées la chaussure et la boîte de conserve! 

​Cette bande dessinée instructive et pleine d’humour est la version intégrale et regroupe en un seul volume La liste des choses qui existent et Encore plus de choses qui existent. Je dois dire que j’adore le travail de Cathon et d’Iris. J’aime énormément leur humour. Les deux filles sont animées par la même curiosité envers ce qui les entoure et aussi, elles sont très différentes. Leur personnalité se sent dans les réflexions qu’elles font autour des objets du quotidien. 

Saviez-vous qu’il existe un nom pour l’étude des déchets? Que la chaussure et le miroir sont des objets très présents dans les contes classiques? Que le premier four à micro-ondes coûtait 35 000$? Qu’une épicerie de Nortwich en Angleterre, offre un rabais à ses clients qui se présentent en pyjama? Qu’à la caserne des pompiers de Livermore en Californie, une ampoule au carbone brille depuis plus de cent ans?

Dans ce livre, Cathon et Iris nous présentent trente-six objets du quotidien, allant de la poubelle à la frite, et elles nous en font découvrir l’origine. C’est à la fois instructif, mais surtout très drôle. Leurs exemples ne sont pas à prendre au premier degré. On sent bien le passage entre les informations réelles et les exemples loufoques qu’elles nous donnent. 

J’ai souvent beaucoup rit. Les exemples sont hilarants et le dessin est aussi très rigolo. Les personnages et leurs expressions me faisaient souvent bien rire. C’est le genre de lecture que j’adore, puisqu’elle permet de passer un bon moment, tout en apprenant des choses. Le ton est léger, curieux et extravagant. J’ai vraiment apprécié. 

Comme La liste des choses qui existent est assez longue, on peut choisir de lire tout, d’un seul coup. Le livre se dévore rapidement. Ou alors, de ne lire qu’un chapitre de temps en temps pour faire durer le plaisir. 

La liste des choses qui existent est aussi une websérie aux épisodes assez courts. On peut la trouver sur le site de l’ONF ou celui de Télé-Québec. Les épisodes sont un peu différents de ce que l’on retrouve dans la bande dessinée. 

Si vous aimez le genre, je vous conseille de découvrir la bande dessinée de Zviane, Le bestiaire des fruits qui a un humour similaire. 

La liste des choses qui existent – L’intégrale, Iris & Cathon, éditions La Pastèque, 232 pages, 2018

Une histoire du monde sans sortir de chez moi

Une histoire du monde sans sortir de chez moiSi l’Américain Bill Bryson nous a déjà régalés de désopilantes chroniques sur ses compatriotes, c’est dans un vieux presbytère anglais qu’il a élu domicile. Mais au lieu de s’y reposer après avoir aussi exploré l’univers (Une histoire de tout, ou presque), il découvre que beaucoup d’événements qui se sont produits sur Terre depuis au moins deux siècles se retrouvent sous forme d’objets et de rituels dans notre intérieur. Il entreprend alors un Grand Tour à l’échelle d’une maison pour raconter de pièce en pièce l’aventure du génie humain.Au fil de cette histoire humoristique et sérieuse de l’envers du décor, vous croiserez des personnages aussi différents que Virginia Woolf (qui n’aimait pas sa bonne) et Karl Marx (qui couchait avec la sienne). Vous saurez tout sur l’invention de la tapette à souris et la construction de la tour Eiffel ; vous pénétrerez dans d’immenses châteaux, mais aussi dans votre matelas, que squattent deux millions d’acariens ; et puis vous comprendrez que sans les «water-closets à chasse d’eau» il n’y aurait pas eu de révolution industrielle.

Je voulais lire Bill Bryson depuis très longtemps. J’en ai entendu énormément de bien et tous ses livres sans exception m’intéressent beaucoup. Je compte d’ailleurs en lire un de temps en temps. J’ai donc choisi de commencer par Une histoire du monde sans sortir de chez moi. C’est un titre ambitieux pour un livre qui, finalement, ne se prend pas au sérieux et nous apprend une foule de choses. Rempli d’humour et d’anecdotes de toutes sortes, ce livre est plein de choses non essentielles qui deviennent finalement hyper essentielles à notre histoire et qui nous permettent de comprend pourquoi aujourd’hui on vit comme on le fait.

« …en fait c’est surtout cela, l’histoire: des quantités d’individus qui font des choses banales. »

Je crois que c’est d’ailleurs la grande force de ce livre: nous raconter la petite histoire, en passant par les gens plus ou moins connus qui ont, à leur façon, changé le monde. Le concept du livre est très intéressant. L’auteur entreprend de nous raconter le monde, en s’inspirant d’une maison, un vieux presbytère anglais où il vit. Chaque chapitre est en fait une pièce ou une composante de la maison: hall, cuisine, panneau électrique, cellier, cave, couloir, chambres, jardin, bureau, escalier, grenier, pour ne nommer que ceux-là. Chaque lieu est chargé d’histoire et c’est l’occasion pour l’auteur de nous raconter notre propre évolution et les petits gestes qui ont changé notre façon de vivre.

« L’histoire de la vie à la maison n’est pas seulement celle des lits, des canapés et des fourneaux, comme je me l’étais vaguement figuré; c’est aussi celle du scorbut et du guano, de la tour Eiffel et des punaises de lit, des déterreurs de cadavres et d’à peu près tout ce qui est arrivé un jour. La maison n’est pas un refuge contre l’histoire. C’est le lieu où l’histoire aboutit. »

Saviez-vous que le lieu le plus fréquenté de l’Exposition universelle de 1851 était les toilettes? Que les malles de voyage ont un couvercle bombé parce que ça permettait d’évacuer l’eau lors des traversées en bateau? Qu’avant le XVIIe siècle, le verre était si rare qu’une maison pouvait être léguée à quelqu’un… et ses fenêtres à une autre personne? Que Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’indépendance des États-Unis est aussi le père de la frite américaine? Que c’est la pollution qui rendit la brique populaire? Que jusqu’au XIXe siècle, il était courant dans les auberges de devoir partager son lit avec un autre voyageur? Qu’au Moyen-Âge, faire le vœu de ne pas se laver vous assurait la gloire éternelle? Qu’en Europe, les salles de bain ont longtemps été réservées aux domestiques, les nantis étant très réticents à les utiliser? Que beaucoup de femmes portant des crinolines sont mortes brûlées en s’approchant trop près d’une cheminée? Qu’en Grande-Bretagne, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux fut fondée soixante-ans avant son équivalent pour les enfants?

« Si de nos jours les enfants ne se font pas mordre par des truies, ce n’est pas parce qu’ils sont mieux surveillés. C’est parce qu’on n’élève plus de truies dans les cuisines. »

Avec toutes sortes d’histoires et d’anecdotes parfois très drôles, Bill Bryson brosse le portrait des hommes et des femmes et de ce qu’ils sont devenus au fil du temps, afin que leur monde devienne celui que l’on connaît aujourd’hui. Il répond en parallèle à une foule de questions, sur les débuts de l’évolution humaine, sur la raison pour laquelle nous vivons dans des maisons, sur les grands changements qui ont eu lieu dans le monde. Il nous parle d’évolution, de biologie, de nature, d’archéologie, d’art, de construction, d’invention, de gastronomie, de la vie domestique, de religion, d’innovation, d’industrie et de jardins.

« Nous sommes tellement habitués à jouir du plus grand confort – à avoir chaud, à être propres et bien nourris – que nous oublions à quel point tout cela est récent. En réalité, il nous a fallu une éternité pour y parvenir, et dès lors tout est allé très vite. »

Un ouvrage que j’ai adoré, qui m’a souvent fait sourire et qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur notre monde et notre façon de vivre. Bill Bryson donne également, à travers son ouvrage, une place à tous ces gens tombés dans l’oubli, dont le nom ne s’est pas vraiment retrouvé dans les livres d’histoire et qui, pourtant, ont participé à changer la face du monde.

Un livre à découvrir, fascinant, passionnant, humoristique et merveilleusement essentiel. Un auteur que je relirai assurément tant j’ai adoré sa plume et son regard plein d’humour sur ceux qui nous ont précédés.

Une excellente lecture!

Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Bill Bryson, Éditions Payot, 608 pages, 2014

Léonard de Vinci, l’ombre de la conjuration

Un crime mystérieux et un détective exceptionnel…

Dans les villes de Florence et de Milan, Léonard de Vinci enquête sur la mort d’un de ses amis. Derrière la main du criminel se dresse l’ombre d’un puissant et impitoyable seigneur : Laurent le Magnifique !

Léonard de Vinci est un personnage historique pour qui j’ai toujours eu un grand intérêt. Quand j’ai vu cette bande dessinée, elle m’intéressait naturellement beaucoup et j’ai tout de suite eu envie de la lire. Le dessin m’attirait aussi, avec son trait de crayon très artistique et très beau.

Même si Léonard de Vinci, l’ombre de la conjuration est une fiction, le fait que De Vinci en soit le personnage principal m’a beaucoup plu. Ça permet aussi de revisiter un peu tout ce que cet homme a accompli au cours de sa vie, tant au niveau artistique, qu’au niveau scientifique. On sent que les auteurs ont bien documenté leur sujet, même si, le temps de cette histoire, Léonard de Vinci se place dans la peau d’un détective. De Vinci enquêtera sur la mort d’un de ses amis à qui il tentera de rendre justice en cherchant le coupable. 

L’histoire est intéressante et très agréable à lire. On se retrouve à la fin des années 1400 -1500. C’est une époque divisée où certains citoyens sont derrière le roi et d’autres, contre. C’est une ère perturbée et conflictuelle, où parfois sa propre sécurité n’est pas assurée. Le monde décrit par De Nardo et Lucchi est un univers de complots, de magouilles et de secrets. Cette ambiance particulière et fascinante est présente tout au long de la bande dessinée. Certains passages sont sanglants, l’époque n’étant pas de tout repos.

On voit aussi le côté scientifique, l’étude de l’anatomie avec des cadavres, les dissections. Mais aussi tout le côté artistique. Il y a énormément de suspense et de rebondissements. Les auteurs mêlent personnages historiques, enquête, art et crimes. Le dessin est très beau et colle parfaitement à l’époque de l’histoire. Je crois que le coup de crayon du dessinateur se marie a merveille avec ce type de bande dessinée et se rapproche de la peinture d’époque. C’est très agréable pour l’œil.

« Notre corps est une machine merveilleuse dont le fonctionnement est obscur… Pourquoi respirons-nous? … Qui génère les sons produits par notre bouche? Qu’est-ce qui transforme les aliments que nous ingérons? … Qu’est-ce qui commande le cœur qui pompe notre sang? … Dans quelle partie de notre corps réside notre âme? Finalement, qu’est-ce qui nous fait vivre et pourquoi mourons-nous?

-Et tu crois trouver la réponse en disséquant des cadavres?

-Je ne le sais pas. Sans doute ne le trouverons-nous jamais. Au pire, j’aurais rassemblé du matériel pour un traité d’anatomie jamais réalisé jusqu’à présent…

On peut aussi percevoir cette bande dessinée comme une forme d’hommage à Léonard de Vinci. Elle montre et met en évidence l’art que de Vinci produisait, les intentions derrière son art, avec le souci de rendre vivant ce qu’il peignait. C’est aussi un portrait de tout ce qu’il pouvait incarner, dans tous les domaines. De Vinci, un homme qui n’arrêtait jamais de réfléchir, de travailler, d’apprendre, de chercher afin de mieux comprendre l’incompréhensible. 

Une bande dessinée intéressante, un scénario captivant, des dessins magnifique et une enquête bien ficelée. Une excellente bd!

Léonard de Vinci, l’ombre de la conjuration, Giuseppe De Nardo, Antonio Lucchi, éditions Mosquito, 132 pages, 2020