La malédiction de Sarah Winchester

1886. San Jose, Californie. Une riche veuve solitaire et recluse. Une demeure labyrinthique, en éternelle expansion. Des portes qui ouvrent sur des murs et des escaliers qui butent sur des plafonds. L’ombre des massacres perpétrés par les carabines Winchester. Et une rumeur qui enfle… la maison serait hantée et sa propriétaire, maudite ! Dans cette enquête où se croisent esprits vengeurs, bâtisseurs de l’étrange, génocide amérindien et presse de caniveau, Céline du Chéné démêle le vrai du faux. Elle nous entraîne dans les pas de Sarah Winchester, une femme fascinante, et révèle une vérité qui dépasse la fiction.

J’ai lu La malédiction de Sarah Winchester, la contre-enquête de Céline du Chéné. J’ai découvert l’histoire étrange de Sarah Winchester pour la première fois en 2004, en lisant une bande dessinée qui y était consacrée. Naturellement par la suite j’ai épluché internet pour en savoir plus, avec tout ce que cela comporte de légendes mystérieuses.

La maison Winchester existe vraiment. Elle est phénoménale. La légende raconte que Sarah, héritière de la compagnie Winchester qui a créé cette arme à feu mythique, s’est exilée après de nombreux décès dans sa famille, dont celui de son mari et de leur fille. Suite à une séance de spiritisme, pour contrer la malédiction et avoir la vie sauve, elle devait construire 24h sur 24 sa maison afin de perdre les âmes errantes et expier les décès occasionnés par les carabines qui l’ont rendue riche. Elle aurait construit sa maison pendant des années, véritable labyrinthe comprenant des milliers de fenêtres, des escaliers qui mènent au plafond, des portes qui ouvrent sur des murs. Mais qu’en est-il vraiment?

Cet ouvrage est intéressant puisqu’il tente de décortiquer, à travers les archives, la véritable histoire de Sarah Winchester. De femme en deuil à moitié folle qui dilapide son argent, à une femme indépendante qui fait des choix que la société ne lui offre pas d’emblée, ce livre amène un éclairage intéressant sur une femme qui est devenue une légende terrifiante pour de mauvaises raisons.

« Sarah Winchester redistribue les rôles du masculin et du féminin dans sa maison et, de surcroît, s’impose dans le domaine très phallocrate de l’architecture. Construire, seule, une maison peut s’interpréter aujourd’hui comme le combat d’une femme contre l’enfermement et la logique du patriarcat. »

Le livre est assez court et survole plutôt son sujet. Il faut dire aussi que les archives ne sont pas très bavardes au sujet de Sarah Winchester. Toutefois la seconde partie est plus consistante et je l’ai trouvé plus intéressante. Peut-être parce qu’on replace l’histoire de Sarah dans son véritable contexte et dans la société dans laquelle elle vivait, le rôle qu’on attribuait aux femmes et ce qui attendait celles qui n’entraient pas dans le moule. Il y est question de la passion qu’entretenaient les gens de son époque pour le spiritisme et les conséquences de l’histoire américaine (l’extermination des peuples autochtones, entre autres) sur le regard que les gens pouvaient alors porter sur leur univers. Céline du Chéné a aussi visité la Maison Winchester et nous en rapporte un compte-rendu détaillé, ses réflexions, ainsi que ses découvertes dans les archives de la région. 

Une bonne lecture pour remettre les choses en perspective. Je suis contente de l’avoir lu. Les livres autour de la Maison Winchester et surtout, sur Sarah, sont très rares. Il existe aussi le film Winchester, réalisé par Michael et Peter Spierig, sorti en 2018. Je l’ai regardé tout de suite après ma lecture et j’ai plutôt aimé, c’était divertissant. L’histoire joue principalement avec ce que l’histoire a retenu de la légende de Sarah Winchester: le personnage féru de spiritisme et endeuillé, couplé à une ambiance fantomatique. Pour avoir une meilleure idée de qui a pu être Sarah, je vous invite à lire le livre, qui se rapproche sans doute plus de la vérité. 

La malédiction de Sarah Winchester, Céline du Chéné, éditions Michel Lafon, 235 pages, 2022

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La Traversée des temps t.2: La Porte du ciel

L’éternité n’empêche pas l’impatience : Noam cherche fougueusement celle qu’il aime, enlevée dans de mystérieuses conditions. L’enquête le mène au Pays des Eaux douces — la Mésopotamie — où se produisent des événements inouïs, rien de moins que la domestication des fleuves, l’irrigation des terres, la création des premières villes, l’invention de l’écriture, de l’astronomie. Noam débarque à Babel où le tyran Nemrod, en recourant à l’esclavage, construit la plus haute tour jamais conçue. Tout en symbolisant la grandeur de la cité, cette Tour permettra de découvrir les astres et d’accéder aux Dieux, offrant une véritable « porte du ciel ». Grâce à sa fonction de guérisseur, Noam s’introduit dans tous les milieux, auprès des ouvriers, chez la reine Kubaba, le roi Nemrod et son architecte, son astrologue, jusqu’aux pasteurs nomades qui dénoncent et fuient ce monde en train de s’édifier. Que choisira Noam ? Son bonheur personnel ou les conquêtes de la civilisation ?

Après avoir lu et beaucoup aimé Paradis perdus, j’avais bien hâte de me plonger dans La porte du ciel. Ce livre est le second tome de l’imposante saga en cours d’écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt, un auteur que j’adore. La série peut paraître impressionnante, puisqu’elle comportera huit tomes, mais la lecture est vraiment intéressante et on lit ces pavés sans réaliser le nombre de pages, tellement le projet est captivant. Réaliser un portrait de l’histoire de l’humanité sous forme de roman est colossal. 

« Le monde n’avait pas trouvé qu’un miroir dans l’écriture, il y avait gagné des portes, des fenêtres, des trappes, et des pistes d’envol. »

Avec ce livre nous retrouvons Noam, doté d’immortalité, qui est à nouveau séparé de son amoureuse Noura. Parti à sa recherche et voyageant dans le temps, il découvre cette fois encore une nouvelle période de l’humanité et il doit s’y adapter puisqu’il ne provient pas de cette époque. En lien avec l’histoire de la tour de Babel, ce roman raconte le début de certaines civilisations, la confrontation avec l’esclavage, les débuts de l’écriture, les langues.

« Hélas, je passais le reste du temps en enfer. Aurais-je résisté privé de félicité domestique? J’affrontais des jours noirs chez les esclaves. Jamais je n’avais rencontré pareille misère, sans doute parce qu’elle faisait irruption dans l’histoire du monde… »

Noam devient un guérisseur, il y est donc question de botanique et de médecine également. Axé sur le savoir, la botanique, les plantes et l’apprentissage, le roman parle beaucoup d’histoire. C’est le début des grandes maladies comme le choléra et Noam se questionne en tant que guérisseur, pour réussir à comprendre et à trouver des remèdes. C’est intéressant car on découvre les époques et les découvertes qui ont été faites dans plusieurs domaines. Certaines notes de bas de pages offrent aussi un complément historique à ce qui se déroule dans le roman. C’est l’évolution de l’humanité que raconte l’auteur, celle des premières découvertes, de l’élaboration des villes et des premières grandes innovations qui ont changé la face du monde.

« Je parvins ainsi à sauver de plus en plus de vies. Roko, qui m’accompagnait, m’imitait et s’approchait avec compassion des égrotants. Il les regardait, il gémissait, donnant l’impression d’aspirer leur douleur. Il léchait certaines plaies. Les premières fois, il intervint sans que j’y prêtasse attention tant que je démenais, donc je ne l’en empêchai pas. Bien m’en prit! On me rapporta peu après que mon chien me concurrençait: des blessures avaient accéléré leur cicatrisation, des infections de peau avaient diminué, le bruit courut même qu’un enfant famélique dont il avait effleuré les paupières s’était remis à voir. On l’appela le « chien guérisseur ». »

Si le premier tome comportait peut-être un peu plus de rebondissements, j’ai pour ma part adoré celui-ci puisque l’histoire, les connaissances, l’apprentissage en général, les nouvelles technologies de l’époque et le développement du savoir humain sont beaucoup plus détaillés dans ce roman. On y apprend une foule de choses, on suit avec intérêt les découvertes de Noam et on apprend, tout comme lui, comment l’humanité s’est développée. Dans ce second volume, Noam va en apprendre plus sur les raisons de son immortalité. Sa position devient dangereuse et il doit se protéger pour sauver sa vie.

Comme dans le premier tome, les liens bibliques me semblent présents surtout pour faire une liaison entre les époques et marquer l’histoire de l’humanité. On retrouvait l’histoire du déluge dans le premier tome et ici, la construction de la tour de Babel. Toutefois, il s’agit vraiment d’une réécriture sous forme de roman. L’auteur puise son inspiration dans les textes sacrés, l’histoire et la science. Le résultat est vraiment intéressant. On reste avec un même noyau de personnages, mais comme on change d’époque, on suit l’évolution de l’humanité et on découvre de nouveaux personnages.

« Il y a deux sortes d’humains: les arbres et les cailloux. Les arbres existent par leurs racines, les cailloux roulent d’eux-mêmes. L’arbre pousse dans la forêt, entouré des autres, et s’étiole sitôt qu’il quitte sa terre. Le caillou dévale les chemins selon sa propre dynamique; si un obstacle l’arrête, il repart et ne s’immobilise qu’au plus bas. J’appartenais aux cailloux, Saul aux arbres. Je voyageais, il se perdait. Je cherchais, il regrettait. »

Un deuxième tome réussi qui me donne assurément envie de poursuivre la saga et de lire bientôt le troisième tome. Il m’attend d’ailleurs dans ma pile et cette fois il aborde la civilisation Égyptienne. Ça semble très prometteur! Schmitt est un auteur que j’adore et on sent que son travail de recherche est soigné. Sa plume est toujours agréable à lire, ses mots sont choisis avec soin. Ne vous laissez pas rebuter par ces pavés qui semblent imposants. L’histoire en vaut le détour.

Une très bonne lecture pour ma part et une série originale et documentée que je ne peux que vous conseiller. 

La Traversée des temps t.2: La Porte du ciel, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 576 pages, 2021

L’affaire du Dr Cream

Jack l’éventreur a effrayé ses contemporains. Le Dr Cream les a horrifiés. Avortements illégaux, empoisonnements à la strychnine et au chloro­forme, chantage, extorsion : ce ne sont là que quelques-uns des hauts faits de ce médecin ayant étudié à l’Université McGill, sinistre figure à l’origine même du concept de serial killer. Soupçonné d’avoir assassiné plusieurs femmes en Amérique du Nord, le Dr Thomas Neill Cream se trouve derrière les barreaux à Londres, en 1891. Commence alors le récit haletant de son procès. Dean Jobb entraîne ses lecteurs dans les bas-fonds d’une enquête sordide qui révolutionna les techniques d’investigation, alors que les services de police dédaignaient encore l’utilisation de la science pour résoudre délits et meurtres. Le récit méconnu de ce monstre d’un autre siècle n’a pas fini de provoquer des frissons. À ne pas mettre entre toutes les mains.

Ce livre est à la fois terrifiant et fascinant. Il m’a accompagnée le temps de quelques soirées d’octobre, à l’approche de l’Halloween. C’était une lecture parfaite. Il s’agit d’une véritable enquête dans les archives, sur les traces d’un tueur en série qui a sévit dans plusieurs pays. Une histoire (vraie) qui donne littéralement le frisson, mais que l’histoire a peu à peu oublié. Pourtant…

« Cream personnifie le méchant typique de l’époque victorienne, un individu inquiétant coiffé d’un haut-de-forme, avec un rire forcé et un regard sinistre de strabique. Le Jack l’Éventreur des empoisonneurs. »

Issu d’une famille aisée, Thomas Neill Cream est diplômé de McGill. Il a aussi fait des études en Europe. Il aurait pu devenir un brillant médecin. Mais le Dr Cream est un être particulièrement difficile à cerner, même si de nombreuses personnes le trouvent étrange et que son propre père en a assez de ses frasques. Maître chanteur, obsédé sexuel, avorteur dans des conditions épouvantables, empoisonneur et tueur en série, la feuille de route de Cream fait trembler même les plus endurcis. Avec cet ouvrage qui colle aux archives historiques et à la réalité des documents retrouvés, l’auteur nous offre une passionnante enquête qui nous amène du Québec à l’Angleterre en passant par les États-Unis. Avec le portrait qu’il brosse de Cream, on ressent tout de suite cette impression qu’il existe deux hommes en lui. Le gentil médecin qui inspire confiance (qui est donc bien placé pour attirer ses victimes) et l’empoisonneur en série qui tente de « nettoyer les bas-fonds » des villes en empoisonnant des femmes de « mauvaise vie » ou celles qui se retrouvaient seules et enceintes. C’est à une folle plongée dans les bas-fonds anglais et américains que nous convie l’auteur, épluchant pour nous les détails des enquêtes entourant le passage du Dr Cream dans ces villes.

« Les collectionneurs de souvenirs pouvaient acheter des figurines en céramique de tueurs et de victimes. À l’image de l’Illustrated Police News et d’autres lucratifs journaux jaunes remplis de faits divers criminels, la presse de grande diffusion publiait des comptes rendus hauts en couleur de morts violentes et des procès qui s’ensuivaient. On allait jusqu’à s’excuser auprès des lecteurs quand on ne leur donnait à lire que de banales descriptions de « crimes ordinaires ». »

Cet ouvrage retrace l’incroyable enquête de l’époque, sur la piste de Cream et des crimes qu’il a commis. Le travail de recherche de l’auteur est très pointilleux. Il se renseignait même sur la température qu’il faisait telle ou telle journée afin de décrire au mieux l’atmosphère des événements. Cream est vraiment un personnage qui suscite à la fois de la fascination et de la répulsion. On se demande comment il a pu agir impunément si longtemps sans en subir les conséquences. Du moins pas suffisamment sévères pour l’arrêter. Sa position dans la société et ses contacts, ainsi que l’incapacité de son époque à faire confiance à la science, lui ont permis de s’échapper de nombreuses fois d’enquêtes qui auraient pu le condamner et l’arrêter une bonne fois pour toute. Le livre est accompagné de documents d’archives, de nombreuses notes et il détaille abondamment ses sources. On y croise aussi entre ses pages, Arthur Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes, Joseph Bell, pour ne nommer que ceux-là. 

L’ouvrage est intéressant car il aborde aussi, parallèlement à la vie de Cream, l’histoire des femmes de son époque. Les préjugés envers une certaine portion de la population, le dégoût que pouvaient susciter les gens qui vivaient dans les bas-fonds de Londres ou de Chicago par exemple et du peu de considération que ces gens avaient de la bourgeoisie et des gens qui avec un statut social privilégié. L’auteur aborde également l’époque de Cream, la façon dont les enquêtes étaient menées à son époque (ce qui explique les larges mailles du filet par lesquelles Cream se dérobait constamment) et l’évolution des sciences judiciaires. Cream n’est d’ailleurs pas sans rappeler le célèbre Jack L’éventreur, avec qui on peut se permettre de faire quelques comparaisons…

Avant de lire ce livre, qui se dévore d’ailleurs comme un roman, je ne connaissais pas le Dr Cream. Il est d’ailleurs intéressant de voir les traces de son passage ici et là qui subsistent encore aujourd’hui et que l’auteur présente en fin d’ouvrage. C’est un personnage terrifiant, maître chanteur et beau parleur, qui a su utiliser sa position dans la société et son argent pour commettre des crimes atroces sur une tranche de la population plus vulnérable: des femmes pauvres, souvent sans ressources, enceintes et pointées du doigt, forcées de se prostituer pour manger ou subvenir aux besoins d’un enfant illégitime. 

Si vous aimez les histoires de vrais crimes, ce livre est assurément à lire! J’ai adoré plonger dans l’histoire sordide de ce médecin, qui est bien documentée et passionnante à découvrir. On referme quand même l’ouvrage avec un frisson d’horreur, surtout en sachant que Cream a réellement existé. 

L’affaire du Dr Cream : De Québec à Londres: la traque d’un tueur en série à l’ère victorienne, Dean Jobb, Les éditions de l’Homme, 432 pages, 2022

Bushido la voie du guerrier

Découvrez les principes fondamentaux du bushido, le code de conduite et d’éthique des samouraïs. Ce livre présente une approche visuelle de la terminologie et des concepts importants, aidant à s’orienter facilement dans le monde complexe des samouraïs. Ce texte très accessible relate des préceptes et des faits essentiels, et expose des figures importantes de guerriers qui ont joué un rôle central dans l’évolution du bushido. Les différents aspects de cette discipline — qui varient selon les régions, les époques et les rangs des samouraïs — sont racontés à l’aide de plus de 300 diagrammes et illustrations instructives. 

J’ai toujours été fasciné par les samouraïs, leur côté culturel, guerrier et artistique. Ce livre m’a donc tout de suite interpellé. J’ai cependant assez peu lu sur les samouraïs et ce livre est parfait pour les découvrir, démystifier l’image réelle des samouraïs de celle véhiculée dans la culture populaire par exemple. Ce livre, sous-titré Le code des samouraïs expliqué aux débutants, est parfait pour ceux qui souhaitent les découvrir ou approfondir leurs connaissances sur l’histoire des samouraïs.

« Bushido » désigne en fait l’éthique du guerrier. Même si le bushido désigne de façon générale les samouraïs, c’est aussi un sens large pour parler des guerriers. On apprend énormément de choses sur leur code d’honneur, qui ils étaient vraiment, l’éthique, la hiérarchie et leur statut en temps de guerre ou de paix. Du début à la fin, le lecteur découvre la façon dont la tradition des guerriers a commencé, comment fonctionnait leur hiérarchie et la façon dont ils évoluaient au gré de l’histoire et des époques. Ils ont pu avoir certaines positions au sein de la société vu le statut qui leur était conféré.

Le livre démontre toute la philosophie derrière le rôle des samouraïs et permet de mieux comprendre l’idéologie et la position de ces hommes dans la société japonaise.

« Un gouvernement qui sait diriger avec équité et intégrité démontre l’incorruptibilité morale de ses dirigeants. Un gouvernement qui dirige en suivant la loi à la lette est symptomatique d’un manque de force morale. Il a besoin de la loi pour blanchir ses propres positions hypocrites. Un gouvernement dont la fibre morale est intègre est le gardien de la culture. Le dirigeant se doit d’être avisé dans l’exercice de ses convictions, et ce pour le bénéfice de tous. »

C’est un livre qui déconstruit l’image cinématographique que l’on se fait des samouraïs en nous permettant de mieux comprendre cette tradition. On découvre les différentes armes utilisées et le perfectionnement de leur art. Les samouraïs devaient généralement exceller dans plus d’une discipline. Chacun devait maîtriser, en plus de la philosophie propre à son statut et les techniques de combat, une forme d’art en parallèle. Ce pouvait être la musique par exemple, ou la peinture. Le samouraï devait également être irréprochable aux yeux de la société, constamment en contrôle de lui-même. La fonction se léguait de père en fils. 

« La vie du samouraï était une vie d’études et d’entraînements continuels. En temps de guerre, il devait être prêt à se battre. En temps de paix, il devait s’assurer d’être prêt à exécuter ses tâches au mieux de ses capacités. Il s’entraînait sans relâche aux arts de la paix et de la guerre, affinant ses compétences, sa sensibilité et ses connaissances, ainsi que sa considération pour ceux qui se trouvaient au-dessus et en-dessous de lui. »

J’ai apprécié la forme de l’ouvrage, les informations sont souvent suivies d’un schéma explicatif qui nous permet de mieux comprendre le propos. On découvre des portraits de professeurs mémorables, anciens samouraïs également. La présence des samouraïs était très importante au sein des communautés. Ils faisaient régner la paix. Afin de perpétuer leur histoire et de justifier leur existence en dehors des périodes de conflits, le samouraï était au service de son seigneur et avait le devoir moral d’être un modèle pour les gens. Cette lecture est une belle occasion de survoler l’histoire du Japon et sa politique, ainsi que le travail de ces hommes au quotidien, mais également leur structure de guerre lors des combats.

« Quand un samouraï s’engageait dans le combat, sa technique devait consister à « envelopper l’ennemi comme l’eau autour d’un rocher, non pas à le heurter comme un rocher contre un autre rocher ». Il s’agissait d’utiliser son énergie pour étouffer l’ennemi, et c’est précisément le principe sur lequel repose le judo: la souplesse l’emporte sur la dureté. »

Le livre est magnifiquement illustré par Baptiste Tavernier, avec beaucoup d’images et d’explications. L’ouvrage est très coloré, visuellement c’est un vrai plaisir de le feuilleter. Les illustrations rejoignent l’imaginaire et l’art japonais, ce qui me plait beaucoup. L’ouvrage est de belle qualité ce qui est vraiment agréable lorsqu’on lit. Même si l’auteur Alexander Bennett n’est pas japonais, il est professeur d’histoire japonaise et expert en arts martiaux. Son livre est donc un ouvrage parfait pour découvrir le Bushido, l’art des samouraïs et se plonger dans cet univers fascinant.

Un livre que je conseille fortement, l’ouvrage est superbe et très intéressant. Une excellente lecture!

Bushido la voie du guerrier: Le code des Samouraïs expliqué aux débutants, Alexander Bennett, illustrations Baptiste Tavernier, Guy Trédaniel éditeur, 250 pages, 2022

Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 2: 1670-1760

Un botaniste itinérant décrit une plante canadienne devenue nuisible à l’échelle mondiale ; une plante grimpante nommée Canada envahit l’Europe ; un poète chirurgien savoure une limonade d’eau d’érable ; des cucurbitacées sauvages canadiennes cultivées en Bavière ; de l’usage et des prix de drogues canadiennes… Des médecins du roi, des chirurgiens, des apothicaires, des agronomes, des botanistes, des militaires, des administrateurs, des entrepreneurs, des missionnaires et des religieuses se familiarisent avec les plantes nord-américaines et leurs usages, souvent médicinaux, inspirés de pratiques amérindiennes. En continuité avec le premier tome, les auteurs couvrent la période du Régime français à travers 29 histoires vulgarisées qui mettent à l’avant-scène savants et autres personnages œuvrant en Nouvelle-France et dans divers pays d’Europe. Une histoire innovatrice et fascinante.

Cet ouvrage fait partie de la très belle collection Curieuses histoires de plantes qui comprend quatre tomes dont un cinquième sortira prochainement. J’avais apprécié le premier tome, dans lequel j’avais appris de nombreuses choses. J’aime beaucoup cette série que je laisse à portée de main sur la table et dans laquelle je me plonge pour un ou deux chapitres de temps en temps. C’est donc une lecture que je fais sur plusieurs mois. Je trouve que le genre d’ouvrage s’y prête bien puisqu’il est une mine d’informations sur les plantes, la culture, la vision de l’Europe sur nos plantes à nous lors de la colonisation, les herbiers, les plantes médicinales, les connaissances autochtones, etc. C’est passionnant, mais très dense, c’est pourquoi je préfère une lecture sur le long terme.

Les livres sont visuellement très beaux, avec des reproductions en couleurs de dessins botaniques d’époque et de nombreux encadrés anecdotiques. On apprend une foule de choses aussi utiles et intéressantes que curieuses. L’ouvrage est agréable à feuilleter aussi par son format: assez grand et plutôt carré. Ce second tome regroupe 29 histoires relatant des découvertes ou expliquant des usages des plantes du Canada de 1670 à 1760.

Saviez-vous par exemple que la sève d’érable était surtout utilisée en médecine à l’époque? Que le plus vieux livre de botanique médicinale écrit en Amérique l’a été au Mexique en 1552? Que le mot « lauréat » a un rapport direct avec les plantes? Qu’en 1726 on identifiait les cabarets qui vendaient de l’alcool avec des branches de pins et d’épinettes? Qu’on croyait que les gens pouvaient être affectés par l’herbe à puce juste en la regardant? Qu’en moyenne, les plantes possèdent 25 000 gènes contrairement à 22 000 pour l’humain?

C’est fou comme les plantes et leur histoire ont des choses fascinantes à nous apprendre. De mon côté, je poursuis la découverte des plantes avec le troisième tome que je vais débuter bientôt. 

Je vous laisse sur une citation de John Evelyn, qui me parle naturellement beaucoup et que je trouve appropriée: « Mieux vaut être sans or que sans arbres ».

Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 2: 1670-1760, Alain Asselin, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu, éditions du Septentrion, 328 pages, 2015