Conte d’hiver

conte d'hiver« J’ai été dans un autre monde et j’en suis revenu. Écoutez-moi. »
Conte d’hiver est une ode à la ville que l’on traverse comme le temps, où l’on se promène à la fin du xixe siècle et autour de l’an 2000. C’est un New York fantasmé, peuplé de personnages étranges et fascinants : un cheval qui vole, un tatoueur orphelin, une femme amoureuse des mots, un gang féroce et des hommes qui rêvent d’« une ville parfaitement juste ». C’est aussi l’histoire d’un amour fou entre un voleur magnifique et une jeune fille fortunée qui, pour s’aimer, devront braver les conventions sociales et les limites de la mort. Il y a tout cela dans Conte d’hiver : la folie, le rêve, le fantastique, le comique, l’invention poétique. Un roman inclassable sous l’influence de Dick et Dickens.

Cet hiver, j’ai pris pratiquement un mois pour lire ce roman de plus de 700 pages. C’est un livre qui demande du temps car c’est une lecture exigeante. Elle est tellement différente de tout ce que j’ai pu lire. Le genre de livre qu’il faut prendre le temps de lire pour l’apprécie. C’est une histoire qui nous habite si on se donne la peine de s’y attarder. Même si c’est une lecture qui m’a prit longtemps, je suis ravie de l’avoir lu.

J’ai eu envie de le lire suite au visionnement du film. Le film d’ailleurs est très beau, très magique et très particulier. En lisant le livre j’ai réalisé que le film se concentre essentiellement sur les 200 premières pages. Le livre foisonne de personnages qui n’apparaissent pas dans le film, provenant d’époques différentes.

Conte d’hiver est un hymne à la ville de New York. C’est aussi l’histoire d’un lieu secret et particulier, le Lac de Coheeries. Un pendant « magique » à la ville ordinaire, qui est en fait tout sauf ordinaire. Le roman suit Peter Lake, un orphelin abandonné par ses parents et élevé par des gens nomades, vivant en marge de la société. Ensuite, même s’il est tout jeune, il est envoyé en ville pour faire sa vie et devient un voleur. Peter Lake va connaître une magnifique histoire d’amour tragique, rencontrer un cheval fabuleux, passer à travers le temps et les époques, perdre la mémoire et rencontrer une foule de personnages. Conte d’hiver raconte la vie d’une ville, de ses bandits à ses orphelins, en passant par le monde du journalisme et des gens influents de la politique.

C’est un livre sur les rêves, la vie, la croyance en quelque chose de plus grand qu’on ne réussit pas forcément à expliquer. C’est un roman si particulier, qu’il est inclassable. Il est à la fois historique, fantaisiste, poétique, remplit d’aventure. Difficile de le mettre dans une catégorie particulière.

Il faut lire ce livre avec l’esprit ouvert, être prêt à être bousculé, amené à la limite de choses qui n’existent pas, où les chevaux volent et les morts reviennent à la vie. L’écriture est belle, imagée, poétique souvent, avec un petit côté un peu vieillot.

Je suis ravie de cette lecture foisonnante qui m’a accompagnée de longues et belles semaines.

Le film est aussi un beau complément. Pour une fois, j’ai été contente de le voir avant de lire le livre. Ça m’a donné une idée de là où allait l’auteur, étant donné que c’est très différent.

Film conte d'hiver

Conte d’hiver de Mark Helprin est un roman que je conseille à ceux qui ont envie d’être dépaysés, qui ont envie de magie (mais une magie qui est là sans être vraiment là, pas comme dans Harry Potter par exemple, plus subtile, qui joue beaucoup sur notre croyance en ce qui est magnifique). Un livre que je conseille aux lecteurs qui sont prêts à faire un voyage étonnant et différent et à s’impliquer dans leur lecture, car c’est un roman assez exigeant, mais qui en vaut grandement la peine.

Conte d’hiver, Mark Helprin, Éditions Stock, 720 pages, 2014

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Sleeping beauties

sleeping beauties photoUn phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses. Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes. À Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie. Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ?

C’est en lisant cet article du Devoir que je me suis intéressée au livre de Stephen King et Owen King. Ça me semblait plutôt original et comme je commence à découvrir l’univers des King, j’avais envie de lire ce roman à quatre mains.

Je l’ai terminé hier et je suis un peu déçue je dois bien l’avouer. Le monde de Sleeping beauties est vraiment intéressant et semble plutôt dans l’air du temps avec toutes ces histoires apocalyptiques qui apparaissent sur nos écrans et dans les bouquins, histoires où les femmes sont maltraitées par des hommes ou absentes des sphères décisionnelles. La création d’un univers utopique entièrement féminin ou du moins son idée, est aussi dans l’air du temps.

Certaines choses de ce roman m’ont un peu dérangée. Je conçois très bien que pendant des années, les femmes sont restées derrière, n’ont eu que peu ou pas de droits et se sont battues pour les acquérir. Cependant, ce trouve que beaucoup de propos dans ce livre sont des généralités sur la place des hommes et des femmes, des propos parfois faciles et j’aurais plutôt préféré que les auteurs puisent plus loin que ça.

Le roman n’est pas inintéressant, cependant il y a énormément de longueurs. Une grosse part du roman se déroule dans une prison pour femmes et nous suivons également une grande quantité de personnages qui évoluent à l’extérieur de la prison ou dans les sphères juridiques, médicales et policières. Parfois, je devais relire des passages antérieurs afin de me remémorer qui était tel ou tel personnage. J’ai compris à la fin du roman pourquoi ça me semblait si touffu: il y a quatre pages de noms de personnages! Quatre pages… Je me questionne d’ailleurs sur la pertinence de placer ces pages à la fin du livre.

J’ai aimé l’idée générale du livre, qui ne va cependant pas assez loin à mon goût et qui fini par se perdre dans de longs passages où les différents clans se font la guerre. Ça donne une lourdeur au roman déjà plutôt impressionnant. J’ai aimé l’idée également du monde parallèle créé par les femmes, mais pas toujours leurs propos. Un questionnement rapide apporté par le personnage de Jared à la fin du livre, concernant la difficulté des hommes et des femmes à cohabiter ensemble dès qu’ils ont dépassé la petite enfance aurait été intéressante à creuser. Jared est un beau personnage d’adolescent et d’homme en devenir, qui finalement se perd dans la masse. Et c’est réellement dommage. Idem pour le personnage de Van, une femme qui travaille à la prison et fait des combats de bras de fer. Elle aurait été intéressante à creuser.

Finalement, Sleeping beauties présente de très nombreuses références à la Bible et surtout, à l’histoire d’Adam et Ève. L’étrange femme qui semble à la base de la fièvre Aurora s’appelle d’ailleurs Eve Black (Evie). Le monde créé par les femmes est un monde sans Adam. Il y a cet arbre magique et le serpent, certaines notions qui se rapportent beaucoup à l’esprit biblique. On ne peut manquer de faire la comparaison en lisant le livre.

L’aspect magique et étonnant des cocons m’intéressait beaucoup. Malheureusement, après 827 pages, on n’en sait que peu de choses. On ne sait pas trop pourquoi la fièvre Aurora est arrivée ni qui est réellement Evie Black. En refermant le livre, qui m’a accompagnée pendant de nombreux jours, ma première réflexion a été « tout ça, pour ça? »

Déception…

Sleeping beauties, Stephen King, Owen King, éditions Albin Michel, 827 pages, 2018