Bless you t.1

Bless you 1Yashiro, jeune lycéen, vient de déclarer son amour à son meilleur pote !! Il savait que c’était peine perdue, et que son ami hétéro ne pourrait que le repousser. Suite à cela, sous le coup de l’émotion, il s’enfuit sans faire attention et… se fait renverser par un camion ?! Un dieu, plutôt taquin, décide d’exaucer son souhait le plus cher, et de rendre son amour possible : il lui permet de revenir en ce bas monde sous les traits d’une jeune lycéenne ! Yashiro, dans son corps d’adolescente, va tout mettre en œuvre pour séduire celui qu’il aime… Mais comment faire pour se comporter comme une jeune fille, quand toute sa vie, on s’est senti comme un garçon ? 

Bless you me semblait un manga intéressant sur plusieurs points. L’histoire est assez originale. L’idée d’un dieu joueur et taquin qui s’amuse avec les humains me plaisait bien, de même que le fait de permettre à Yashiro de revenir sur terre, mais dans une toute autre apparence vu que sa famille croit qu’il est mort. Il souhaite donc devenir une fille pour mettre toutes les chances de son côté d’être aimé de son meilleur ami, alors que son amour n’est pas partagé. Je trouvais aussi intéressant que l’auteur joue avec les identités de genres pour en faire quelque chose de différent et d’amusant.

Sauf que… ce manga m’a finalement beaucoup déçue. Le début est prometteur. Yashiro va au temple tous les jours et il espère qu’après cent visites, son souhait sera exaucé. Comme ça n’arrive pas vraiment et que le dieu qui le surveille s’ennuie, est cupide et s’amuse un peu de ce qui se passe chez les humains, Yashiro prend son courage à deux mains et décide de faire sa déclaration à son meilleur ami. Amour qui n’est pas partagé par son ami hétéro. C’est là que Yashiro, en fuyant, a un accident. Il perd la vie. Dieu lui accorde alors un vœu pour sa malchance et son assiduité au temple. Il choisi d’être une fille, pour attirer son meilleur ami.

Là où j’ai totalement décroché, c’est dans la façon d’amener ensuite le personnage de Yashiro, maintenant devenu une fille. Le manga est rempli de généralités sur la féminité, sur le fait d’être une femme. Si la société attache encore beaucoup d’importance au rôle prédéfini des femmes et exerce une grande pression sur elles, je trouve que ce manga tombe dans des facilités ennuyantes, qui m’ont dérangée. Comme si la vie d’une femme ne devait être que maquillage, soin de la peau, coiffure, dans le but d’attirer les regards masculins. Ces préjugés axés sur le genre m’agacent au plus haut point. Surtout en sachant que ce manga risque d’être lu par des adolescent(e)s.

Si Yashiro, en homme, me semblait plutôt gentil, le Yashiro féminin m’agaçait prodigieusement. Je pense qu’il y aurait eu matière à jouer un peu plus avec les idées reçues et les genres, surtout avec une histoire au départ si farfelue. Les occasions d’en faire quelque chose d’intéressant auraient été nombreuses et c’est dommage que l’auteur reste dans les facilités et les généralités. Les filles du manga sont insupportables, alliant tout ce que je déteste d’un personnage féminin et tombant dans des idées préconçues vraiment agaçantes.

Une grande déception pour moi. Je ne poursuivrai pas l’aventure avec cette histoire qui est, selon moi, passée complètement à côté d’une belle occasion d’aller beaucoup plus loin dans son exploration des différents genres. Dommage.

Bless you t.1, Ayumi Komura, éditions Akata, 192 pages, 2019

Thornhill

ThornhillMary a habité là pendant des années. Entre ses murs, elle a vécu les pires moments de sa vie. Ella, elle, ne peut s’empêcher d’observer cet étrange endroit depuis sa chambre. La nuit, elle se demande ce qu’il cache. Certains ne voient en lui qu’un vieil orphelinat. D’autres sont au courant de son secret… Mais tout le monde connaît son nom. Thornhill.

Je ne connaissais rien de ce roman avant de mettre la main dessus. J’ai été tout de suite attirée par l’objet-livre: couverture rigide, pages noires et blanches, tranches du livre noires. Il y a quelque chose de très « halloweenesque » dans l’apparence de ce roman qui pousse à le découvrir. J’ai lu le résumé, qui me donnait l’impression que j’allais lire une histoire terrifiante, quelque chose d’un peu effrayant, de gothique ou en lien avec un lieu hanté. C’est très attirant. Sauf que ce livre n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais…

Il y a certaines choses que j’ai adoré dans ce roman, mais en général l’histoire ne m’a pas plu plus que cela. Commençons par les points positifs. L’objet en lui-même est magnifique, tout en noir et blanc. J’ai aussi beaucoup aimé la présentation, qui me rappelle les très beaux livres de Brian Selznick, en alternant le texte et l’image. Ici, l’image raconte une histoire, autant que les portions de texte, un peu comme le fait très bien Selznick.

Le roman nous présente deux fillettes. Mary, qui écrit son journal en 1982 et vit à Thornhill, un vieil orphelinat. Son histoire, ce sont les portions de texte. Et il y a Ella, qui vient d’aménager en face de Thornhill et qui découvre peu à peu l’histoire de Mary. Ella vit en 2017 et son histoire est uniquement racontée en images. Les chapitres alternent entre les deux. Le résumé, l’apparence du livre et même l’avertissement au début des données de publication (Ce livre peut provoquer des frissons de peur), me donnaient l’impression que j’allais ouvrir un roman d’horreur. C’est un peu le cas, mais pas au sens où je le comprenais.

Thornhill est l’histoire d’un harcèlement psychologique intense envers une fillette différente, coincée dans un orphelinat où chacun lui fait la vie dure. Même les intervenants se fichent d’elle et ne font rien. La manipulation, l’humiliation, les moqueries, sont le lot quotidien de Mary. Pour rester saine d’esprit, la fillette frappée de mutisme sélectif, construit des poupées et des figurines. Sa chambre de l’orphelinat en est remplie. Dans le livre, elle raconte ce qu’elle vit jour après jour, la façon dont Elle, la harcèle. La façon dont Mary vit avec ce fardeau, sa tristesse, son malheur. Le fait qu’elle n’en parle à personne et qu’elle continue de subir. Nuit et jour, Elle la harcèle. Elle c’est sa harceleuse, mais elle n’a pas de nom.

« Les coupures sur mes mains et mes pieds guérissent. Les signes extérieurs de ce qui m’est arrivé sont en train de s’effacer. Mais à l’intérieur, je suis brisée. »

De l’autre côté de la rue, des années plus tard, Ella part en exploration à Thornhill. Elle découvre l’histoire de Mary. Elle tombe sur des poupées, laissées ici et là dans les jardins et dans la demeure. Elle entreprend de les restaurer et de les retourner à sa propriétaire. Ella est aussi seule que pouvait l’être Mary.

La seule chose qui adoucit la vie de Mary, c’est d’avoir accès au jardin. Comme elle lit beaucoup, il y a plusieurs référence au livre Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett. Mais même le jardin lui sera enlevé. C’est ce que j’ai trouvé lourd finalement dans l’histoire. Tout s’acharne continuellement sur Mary et elle ne fait que subir et subir.

Thornhill est en fait une histoire de grande solitude, de harcèlement physique et psychologique, de colère, de tristesse et d’injustice. Je m’attendais à lire quelque chose de fantastique (oui, il y a un brin de fantastique, mais encore là pas dans le sens où je m’y attendais) tout comme je ne m’attendais pas à une histoire de harcèlement. Je n’avais pas particulièrement envie de lire ça, des scènes d’agression qui se poursuivent jour après jour alors que Mary ne dit rien et que personne n’intervient. Même si c’est un problème dont on doit parler, un thème qu’il est essentiel de retrouver dans la littérature, j’ai eu un malaise avec cette histoire parce que ce n’est pas ce que je m’attendais à y trouver et pas particulièrement le genre d’histoire que j’avais envie de lire. Même chose pour les poupées. Je n’ai pas vraiment d’intérêt pour ces objets et je n’avais pas particulièrement envie de lire une histoire où elles sont au centre du roman.

Je m’attendais donc à toute autre chose en lisant ce livre, de là ma grande déception. En connaissant à l’avance les thèmes abordés, je ne l’aurais sans doute pas lu. J’ai peut-être mal interprété la quatrième de couverture, mais je m’attendais à une histoire de fantôme effrayante… J’ai tout de même aimé la fin, qui laisse un sous-entendu intéressant. Reste que Thornhill est un endroit terrifiant, surtout lorsqu’on lit les dernières pages. L’histoire, cependant, n’est pas vraiment ce que j’espérais.

Vous avez lu ce livre? Vous l’avez aimé? Est-ce que vous vous attendiez à autre chose en le lisant?

Thornhill, Pam Smy, éditions du Rouergue, 544 pages, 2019

L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020

La fille dans la Tour

fille dans la tourLa cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d’invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n’a donc d’autre choix que de partir à leur recherche s’il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d’un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu’il sait : le cavalier n’est autre que sa plus jeune sœur, qu’il a quittée il y a des années alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, Vassia.  

La fille dans la tour est le deuxième tome de la «Trilogie d’une nuit d’hiver» commencée avec L’Ours et le Rossignol. Pour le moment le troisième tome n’est pas encore traduit, mais j’espère qu’il le sera cette année. J’ai vraiment hâte de pouvoir poursuivre cette histoire très intéressante, originale, à la fois rude et fantaisiste.

Cette trilogie puise son inspiration dans la Russie médiévale ainsi que dans les contes et légendes russes. C’est ce que j’aime par-dessus tout dans ces romans, le côté médiéval qui se mêle aux contes. On retrouve alors une quantité de personnages issus de l’imaginaire de ce pays: le Bannik, sorte d’esprit des bains; la Baba Yaga, une vieille sorcière présente dans beaucoup de contes; le Domovoï qui est l’esprit protecteur du foyer; le Dvorovoï esprit de la cour et même Morozko, le Démon du gel, dont Vassia est plus proche qu’elle ne le devrait… Ce personnage est une présence importante dans les romans, encore plus dans celui-ci. Le lien qui l’unit à Vassia est unique. Démon du gel et de la mort, il protège la jeune fille et ne peut s’empêcher d’intervenir alors qu’il ne devrait pas. Il est intéressant de faire la comparaison entre ce que Katherine Arden a fait de ce personnage et le conte original dont on peut trouver certaines versions sur internet. Dans La fille dans la Tour, Vassia est d’ailleurs très sensible à la présence de ces êtres particuliers et sans être la seule à les voir, elles ne sont pas très nombreuses à pouvoir entrer en contact avec eux.

« Une sorcière. Le mot lui était apparu de lui-même à l’esprit. C’est ainsi que nous appelons ce genre de femmes, parce que nous n’avons pas d’autre nom. »

L’ambiance qu’on retrouve dans cette trilogie me plaît énormément. Il y a le côté médiéval, où les femmes doivent se plier à des protocoles qui ne leur conviennent pas, la société attend certaines choses de ses filles. Les femmes de la noblesse passent leur vie dans des Tours et se visitent l’une et l’autre pour tuer le temps. La société dans laquelle vit Vassia ne donne que peu de choix à ses filles: se marier, devenir nonne ou, selon Vassia, mourir.

Un personnage comme celui de Vassia est réjouissant. C’est une battante, qui n’hésite pas à défoncer les barrières et à faire ce qu’elle croit juste et meilleur pour elle-même. Elle n’est pas parfaite, mais elle est fougueuse, passionnée, convaincue. Ce qui est bon pour ses frères l’est tout autant pour elle. C’est une héroïne qui ne s’en laisse pas imposer et qui transcende le roman par sa forte présence. C’est encore plus vrai dans La fille dans la Tour. Dans ce second tome, elle profite d’une confusion sur son identité pour exploiter ce côté-là et joindre des rangs qui lui seraient forcément inaccessible en tant que femme. Elle est brave et courageuse. Vassia est totalement le genre d’héroïne dont on a grand plaisir à découvrir les aventures, même si ce n’est pas toujours facile. Son secret pourrait être très dangereux pour elle s’il venait qu’à être découvert.

« Une enfance passée à courir la campagne dans un pays où l’hiver dure sept mois avait appris à Vassia à survivre en forêt. Mais son cœur s’était tout de même serré soudainement à l’idée de cette nuit glaciale en solitaire, ainsi que la suivante et celle d’après. »

L’époque médiévale du roman est dure et c’est une période où des brigands attaquent les villages et les villageois pour voler les jeunes fille et tuer ceux qui tentent de s’interposer. Les villages sont mis à feu et à sang. Le Prince doit intervenir. Vassia, cachée sous des vêtements d’homme, se battra à ses côtés alors qu’ils font face à une menace terrifiante et incompréhensible. Sa position l’amène à se questionner sur son identité dans un monde qui laisse assez peu de libertés aux femmes. Qui est-elle?

Parallèlement, à cette Russie médiévale violente et dure, le quotidien est parfois adoucit par la relation que porte Vassia aux être de l’ombre, à ceux qui habitent là où la plupart des hommes ne peuvent les voir. La présence de son magnifique cheval, Soloveï, aide Vassia à passer les épreuves qui se présentent à elle. Il l’aide à cacher sa véritable identité puisqu’elle peut communiquer avec lui. Il lui sauve même parfois la vie. Soloveï a une place primordiale dans le roman. Il est d’ailleurs presque impossible de ne pas comparer Vassia à son cheval. Elle a tout de la fougue de cette bête. Quoique Soloveï étant même bien souvent beaucoup plus raisonnable que sa cavalière!

« Dans une forêt, en pleine nuit, une jeune fille chevauchait un cheval bai. La forêt n’avait pas de nom. Elle était située très loin de Moscou – très loin de tout – et l’on n’entendait que le silence de la neige et le bruissement des arbres gelés. »

Entre les créatures sortis tout droit des contes, l’ambiance glacée et enneigée des forêts de la Russie et la violence de cette époque médiévale où les luttes de pouvoir au sein de la Cour déterminent bien souvent les alliances et les guerres, Vassia tente de faire son chemin et de confronter les démons qui se présentent à elle (au propre comme au figuré). Elle cherche aussi à trouver sa place, comme femme, une place qu’elle ne veut pas comme les autres.

Un roman passionnant et puissant, qui aborde des thèmes très intéressants! L’atmosphère est unique, à la fois fantaisiste et mystérieuse, dure et inquiétante. L’utilisation que fait l’auteur des personnages des contes, principalement Morozko, rend le roman fascinant. Ce second tome est, à mon avis, encore meilleur que le premier. Vivement la sortie du troisième!

Mon avis sur le premier tome: L’Ours et le Rossignol

La fille dans la Tour, Katherine Arden, éditions Denoël, 416 pages, 2019

Retour à Winterhouse Hôtel

Winterhouse Hotel 2Après des mois d’attente, Elizabeth est enfin de retour à Winterhouse Hôtel ! Elle apprend avec bonheur que Norbridge a finalement réussi à prouver qu’il est bien son grand-père, elle va donc s’établir à l’hôtel pour de bon ! Toute à sa joie de retrouver Freddy et sa bibliothèque chérie, Elizabeth n’en remarque pas moins quelques bizarreries… Qui est cette Elana qui l’assaille de questions ? Que signifient les mots gravés sur le sceau de Winterhouse Hôtel ? Pourquoi la tombe de Gracella est-elle introuvable au cimetière de la ville ? Autant de mystères à résoudre dans l’atmosphère envoûtante de Winterhouse Hôtel !

Retrouver Elizabeth, Freddy, Norbridge, Leona et tous les autres personnages a été un grand plaisir dans ce second tome se déroulant à Winterhouse Hotel. Cette série me plaît beaucoup, avec ses personnages sympathiques, son hôtel fabuleux et ses mystères à résoudre.

Ce deuxième tome reprend un peu le cadre du premier, avec des lieux similaires, une intrigue mystérieuse qu’Elizabeth et Freddy tentent de déchiffrer, des forces maléfiques et des méchants de qui on doit se méfier. C’est un peu pour tout cela que le premier tome m’avait plu, donc c’est un plaisir de replonger dans une nouvelle aventure à Winterhouse. Cette fois aussi, Elizabeth qui quitte son oncle et sa tante pour se rendre à l’hôtel, fait une détestable rencontre dans le bus la conduisant là-bas. Elle doit s’arrêter avant l’hôtel, son grand-père ayant prévu de la retrouver dans une petite ville adjacente. On sort donc un peu de Winterhouse avec cette seconde histoire, puisqu’Elizabeth se retrouvera à deux reprises dans ce village.

Elizabeth développe peu à peu ses capacités. Même si son grand-père lui a dit de faire très attention à ce qu’elle peut faire, Elizabeth a un caractère parfois bouillant et ne sait pas toujours mettre un frein à ses émotions. Elle a donc parfois de la difficulté à se contrôler et se demande également si elle est bien à sa place à Winterhouse puisqu’elle enchaîne les gaffes et qu’elle a l’impression que tout le monde la met un peu de côté. Heureusement, elle retrouve son complice et ami Freddy avec qui les choses se complique un peu quand elle lui découvre une nouvelle amie: Elana.

« Et si je ne trouvais pas ma place à Winterhouse? »

Parallèlement, ce second tome nous dévoile la présence d’un sceau aux dalles colorées, incrusté dans le plancher de marbre de l’hôtel. Le sceau constitue une énigme à lui seul qui intrigue autant Freddy qu’Elizabeth. Naturellement, les deux jeunes passionnés de codes secrets et de mystères feront tout pour tenter de le décrypter! Il y a également cette rumeur entendue au repas, concernant la présence de passages secrets dans l’hôtel. Cette conversation attise la curiosité d’Elizabeth. Encore plus lorsqu’elle réalise que quelqu’un semble rechercher ces passages cachés, dans tout l’hôtel! Quand des agressions se multiplient, les choses deviennent beaucoup plus inquiétantes. Elizabeth tente de mettre en garde son grand-père qui, à son grand désespoir, ne semble pas la prendre au sérieux!

« Le mal est une chose puissante. »

Elizabeth étant passionnée de mots, nous retrouvons toujours dans ce second tome toutes sortes de jeux de mots. Des anagrammes, comme dans le premier tome, mais également des ambigrammes, une sorte de graphie permettant une double lecture d’un mot. Elle écrit aussi toujours des listes, allant des mystères à résoudre aux lieux qu’elle souhaite revisiter au moins une seconde fois dans sa vie. Encore une fois, chacun des chapitres reprend un titre avec un jeu de mots pour nous donner un aperçu de ce qui se déroulera dans le texte qui vient. Au lecteur d’être vigilant! À noter d’ailleurs qu’à la fin du roman, on peut retrouver quelques jeux de mots à résoudre: des anagrammes et des échelles de mots. Les réponses sont disponibles un peu plus loin dans le livre.

Comme dans le premier tome, Freddy l’inventeur travaille à un projet spécial. Dans le premier tome il cherchait à réutiliser comme combustible les coques de noix de l’usine de confiseries. Dans ce second tome, il travaille sur la camera obscura, un instrument qui avait été abandonné il y a des années à l’hôtel et qui procure un véritable émerveillement chez la clientèle. Ces portions où Freddy travaille à son projet sont fascinantes.

Les livres sont toujours aussi présents dans ce tome, avec la visite d’Elizabeth dans une petite librairie nommée Harley Dimlow & Sons et son travail comme aspirante bibliothécaire dans la fabuleuse bibliothèque de Winterhouse. La description des lieux donne d’ailleurs envie de bouquiner, simplement en lisant les descriptions. J’adore cette atmosphère si particulière de Winterhouse. Les lieux sont aussi intéressants que l’intrigue du roman.

Cette seconde aventure se déroule pendant les vacances de Noël. Contrairement au premier tome cependant, ce n’est pas un livre vraiment axé sur Noël. Il y a quelques allusions à un souper festif, mais l’ambiance est beaucoup plus hivernale et enneigée. Les très belles illustrations du roman sont de Chloe Bristol. Je les adore. Elle réussit à rendre parfaitement l’atmosphère à la fois grandiose, mystérieuse et feutrée de Winterhouse. C’est un plaisir de les découvrir.

Une très bonne lecture donc! Le tome 3 devrait normalement paraître en avril. J’ai très hâte! Il devrait se dérouler au printemps, lors du séjour de Freddy à Winterhouse pour Pâques. Vivement!

Mon avis sur le premier tome de la série: Winterhouse Hotel.

Retour à Winterhouse Hôtel, Ben Guterson & Chloe Bristol, éditions Albin Michel, 464 pages, 2019