Pilu des Bois

Willow adore la foret oui se trouve près de chez elle. Elle est calme et paisible, si différente de ses propres émotions tumultueuses, qu’elle garde enfouies tout au fond d’elle. Un jour, lorsque ses émotions la submergent, elle décide de s’enfuir dans les bois. Là, elle rencontre Pilu, une fée des bois égarée, qui n’arrive pas à retrouver le chemin de sa maison… qui s’avère être le bosquet de magnolias où la maman de Willow avait pour habitude de l’emmener. Willow propose à Pilu de l’aider et elles deviennent rapidement amies. Mais la journée est longue et Pilu n’est pas certaine d’être tout à fait prête à revenir chez elle… ce qui exaspère Willow, qui est déterminée à réparer ses propres erreurs en ramenant Pilu chez elle saine et sauve. Alors que la tempête menace, les émotions de Willow remontent à la surface et prennent soudainement forme, mettant les deux filles en danger… ce qui va obliger Willow à se confronter à ses sentiments profonds une bonne fois pour toutes.

Pilu des bois est une bande dessinée qui raconte le quotidien de Willow, une petite fille passionnée par la forêt et la nature. Elle vit avec son père et sa sœur. À la maison, tout n’est pas toujours rose parce que Willow a parfois des problèmes à gérer la vague de sentiments qui la submerge. Elle a de la difficulté à faire face aux émotions qu’elle ressent et un jour, elle s’enfuit dans les bois. C’est là qu’elle rencontre Pilu, une fée des bois égarée, avec qui elle a plusieurs points en commun…

Cette bande dessinée jeunesse mêle un brin de fantastique avec une histoire sur les émotions, tout en  abordant le bonheur d’être dans la nature. Willow est curieuse et grâce à son père, elle connaît beaucoup d’informations sur la vie dans la forêt. C’est un lieu qui la rend à l’aise et heureuse, le lieu parfait pour fuir parce que c’est un endroit qu’elle comprend. Mais on ne peut pas toujours fuir les autres et nos sentiments. Sa rencontre avec Pilu va bouleverser certaines choses et la pousser à remettre en question sa façon de gérer ses émotions.

« Plus tu ignores un problème, plus il s’impose à toi brutalement… »

J’ai bien aimé cette lecture, empreinte de douceur, qui aide à faire face à ses peurs, ses doutes et ses comportements. C’est joli et ça se lit tout seul. Le dessin est assez plaisant, il rappelle légèrement le manga par la forme des traits et le rendu assez mignon. Les moments en forêt sont aussi bien agréables.

Une bande dessinée qui livre un beau message sur la gestion des émotions et sur le plaisir que peut nous apporter la nature. 

À noter l’espace disponible à la fin, sous forme de journal de bord, afin de noter ses propres observations de la nature. On y retrouve également une petite recette. 

Pilu des Bois, Mai K. Nguyen, éditions Kinaye, 160 pages, 2021

L’Horreur de Kill Creek

Quatre maîtres de l’horreur réunis dans une maison hantée : qu’est-ce qui pourrait bien mal tourner ? C’est l’idée de l’animateur d’un podcast à succès : les interviewer durant la nuit d’Halloween dans la demeure la plus tristement célèbre du Kansas. Mais ce qui ne devait être qu’un coup marketing va se muer en lutte pour survivre. Car dans les ténèbres de Finch House, dont les portes sont restées fermées si longtemps, quelque chose les attend. Une entité qui va faire basculer leur carrière et leur propre vie, pour les intégrer à l’héritage sanglant de Kill Creek…

J’ai lu L’horreur de Kill Creek de Scott Thomas pour l’Halloween. Je m’attendais à une histoire assez classique de maison hantée. Pourtant, si le début nous semble assez conventionnel, l’auteur va beaucoup plus loin qu’une banale histoire de demeure hantée et de fantômes. Il apporte à son roman un lot de particularités qui en font une histoire assez complexe et des réflexions intéressantes sur l’écriture et la popularité.

Le résumé donne tout de suite le ton à l’histoire que l’on s’apprête à découvrir. Quatre auteurs de romans d’horreur sont invités par un créateur de contenu populaire sur internet, qui souhaite présenter une entrevue dans un lieu inédit: une maison hantée la nuit de l’Halloween. Une maison célèbre pour ses légendes de morts étranges à travers le temps et un lieu qui donne le frisson. L’endroit est tout trouvé pour susciter l’intérêt du public et faire grimper les cotes d’écoute. Mais les lieux ont été désertés pendant longtemps et la présence du groupe a bousculé ce qui s’y trouvait. Les quatre romanciers rentrent chez eux en ramenant une chose venue tout droit des ténèbres. Une chose effrayante qui s’insinue dans leur quotidien… 

« Voilà la clé de l’horreur véritable. Si vous croyez que c’est réel, c’est réel. »

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture qui a été un excellent choix pour célébrer l’Halloween. Ce roman est intéressant pour de nombreuses raisons. Déjà, il est terrifiant. Il a vraiment sa place dans la collection Terreur de l’éditeur. Kill Creek est une histoire très efficace pour avoir des frissons. L’auteur construit son intrigue en nous racontant les légendes qui entourent la maison hantée et ce qui fait de ce lieu maudit un endroit que les écrivains en manque de popularité devraient assurément éviter. Sauf que le roman va beaucoup plus loin.

« L’écrit a toujours eu pour but d’expliquer aux hommes ce qui leur semble inexplicable. Nous écrivons pour comprendre l’univers, mais, surtout, nous écrivons pour comprendre la place que nous y occupons. »

En mettant en scène quatre romanciers, il offre aussi en parallèle une réflexion sur le processus de création, sur l’écriture et sur la recherche constante de popularité. Les personnages d’écrivains ne sont pas seulement un prétexte: on apprend vraiment à les connaître, on a droit à quelques extraits de leur travail, on comprend ce qui les a amené à l’écriture de romans d’horreur même s’ils sont tous très différents. Et que dire de la fin du roman, que j’ai adoré! Elle va dans le même esprit que le reste du livre. 

L’auteur de L’horreur de Kill Creek, Scott Thomas, écrit des scénarios et des téléfilms. Son roman est donc très visuel, avec des scènes d’horreur efficaces qui donnent froid dans le dos. Je me suis souvent fait la réflexion que ce serait un film génial si le texte était porté à l’écran. On a l’impression d’y être, de vivre avec les romanciers leur relation terrifiante avec cette maison hantée.

« Une maison souillée par le sang versé ne peut échapper à la peine sévère infligée par la rumeur. »

Si vous aimez le genre, je vous conseille vraiment ce livre. Une excellente lecture! 

L’Horreur de Kill Creek, Scott Thomas, éditions Bragelonne, 480 pages, 2021

 

Élise sur les chemins

Élise vit dans la colline, au sein d’une famille libertaire parfois sauvage, souvent joyeuse. Ce qu’elle sait, elle l’a appris de ses frères et sœurs, des arbres et des sentes, des rivières et des combes. Mais un jour, sur les conseils d’une femme-serpent, la jeune fille quitte ses terres pour retrouver deux aînés vagabonds. Elle se lance ainsi à la découverte d’un monde où réel et fantastique se mêlent amoureusement.

J’avais lu, il y a quelques temps, De pierre et d’os de la même auteure et je l’avais beaucoup apprécié. La sortie de ce nouveau titre était l’occasion de la relire. Et j’ai beaucoup aimé!

Élise sur les chemins est un roman très poétique, écrit en vers. Il s’inspire librement de la vie familiale d’un personnage qui a réellement existé: Élisée Reclus, un écrivain et géographe français. L’histoire s’inspire de la vie de sa famille, plutôt particulière, qui vit recluse dans les bois. Une famille nombreuse marquée par de nombreux bouleversements. Dès le début du livre, la maman fait l’école dans la forêt, où elle enseigne la botanique et les bienfaits de ce qui les entoure. Elle leur apprend aussi ce qu’ils doivent craindre et de quoi ils doivent se méfier. La nature prend une place très importante dans l’histoire. La mère éduque ses enfants en fonction de leur milieu de vie et de la forêt. Jusqu’à ce que les aînés quittent le foyer pour aller en ville. 

Onésime écrit à sa famille, mais ils sont sans nouvelles d’Élisée. Le jeune homme a un esprit aventurier. Il a profité de son absence pour voyager, partir à l’aventure et faire des découvertes. Il aime apprendre, chanter et voir de nouvelles choses. 

Ce roman a aussi un côté fantastique. Alors que ses frères sont partis, Élise recevra la visite de la Vouivre, une femme serpent, sorte de personnage mythique qui l’informe que ses frères sont en danger et qu’elle doit les sauver. Ils pourraient être sous l’emprise des cousines de la femme serpent. Élise sur les chemins est un roman poétique qui prend des allures de conte, avec un personnage fantastique et mystérieux. La Vouivre offre des outils à Élise pour combattre les cousines et permettre à son frère de rentrer. Le roman s’inscrit donc un peu comme une quête pour Élise qui doit sauver son frère.

« Je ne regarde pas dans les trous
Parce que ses petits yeux gris, je m’en fous
Je veux voir la jeune femme en flammes
Celle qui s’enroule autour des arbres
Je sais qu’elle me voit
Qu’elle est quelque part
Puisque c’est elle qui m’envoie
À la rencontre d’Élisée »

J’ai aimé cette lecture qui mêle à la fois la poésie et le fantastique, qui se déroule en pleine nature et qui s’apparente un peu aux contes. L’auteure nous raconte en même temps l’histoire d’une famille qui vit loin de la civilisation et parle du parcours de ses membres. Le côté fantastique est surprenant mais je l’ai apprécié puisqu’il mêle la poésie au roman et en même temps, s’inspire librement du parcours familial d’un personnage réel. J’ai apprécié le fait qu’il s’agisse d’un roman en vers, ce qu’on retrouve finalement assez peu dans la littérature. L’écriture est magnifique.

C’est assurément un roman différent et ça m’a beaucoup plu! J’ai très envie de découvrir maintenant Née contente à Oraibi, sans doute l’un de ses livres qui m’attire le plus. 

Élise sur les chemins, Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, 176 pages, 2021

Middlewest t.1: Anger

Depuis le départ de sa mère, Abel est élevé d’une main de fer par un père rongé par le chagrin. Un mot, un geste, un affrontement de trop, qui laissera dans le coeur d’Abel des séquelles profondes et, sur son torse, une marque indélébile. Accompagné de son ami le plus fidèle, un « Jiminy Cricket » aux allures de renard, le jeune garçon choisira de fuir pour mieux se reconstruire loin de la violence paternelle. Un périple à travers un pays fantastique marqué par des rencontres toujours plus extraordinaires, au cours duquel Abel devra se poser les bonnes questions s’il veut surmonter ses erreurs passées et se réconcilier avec son histoire de famille.

Middleswest: Anger est le premier volume d’une trilogie. Il s’agit d’un roman graphique vraiment magnifique dont le dessin et les couleurs sont superbes. Cette histoire raconte la quête d’un jeune garçon ayant fuit son père et sa découverte d’un monde bien différent de celui qu’il a toujours cru connaître.

Dale élève seul sont fils adolescent Abel. Depuis que sa femme est partie, il est très rude envers son garçon. Il ne lui laisse passer aucun faux pas, aucune erreur ni aucune bêtise. Abel a l’impression que son père ne voit que ce qu’il fait de mal et jamais tout ce qu’il fait de bien. Quand Abel se lève en retard pour sa ronde de journaux et qu’il décide de passer la journée avec ses amis au lieu de rentrer à la maison, son père se met dans une colère noire. Une colère incontrôlable qui secoue tout sur son passage. Les villageois croient d’ailleurs être victimes d’une tornade. Mais la colère pousse Dale à devenir un véritable monstre. Terrifié, Abel se sauve en courant, accompagné de son renard. L’animal qui suit l’adolescent partout est un compagnon plutôt particulier puisqu’il… parle. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour dire ce qu’il pense tout haut. Malgré son caractère plutôt grognon, il semble bien apprécier Abel et prend en quelque sorte soin de lui.

Ce qu’Abel découvre au cours de son périple, c’est que son père, en se mettant en colère contre lui, lui a légué un cadeau empoisonné. Quelque chose dont le jeune garçon veut se débarrasser à tout prix. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que sa condition est un danger pour lui-même tout autant que pour les autres. Désireux de redevenir comme avant, Abel part en quête d’une solution. Il croisera alors sur sa route des créatures dotées de pouvoirs, certaines alliées d’autres ennemies, et tentera de poursuivre sa vie et sa quête dans un monde bien différent de tout ce qu’il a connu jusqu’à maintenant…

Ce roman graphique est visuellement très beau. J’ai adoré le dessin et les couleurs. Le format est très plaisant à lire. L’histoire est pleine de rebondissements, d’aventures et de rencontres avec des personnages singuliers qu’on découvre au fil des pages. J’ai aimé cet univers sombre, étrange, dont on veut forcément connaître le dénouement. J’ai tellement apprécié cette lecture que je vais rapidement poursuivre avec la suite!

Un petit mot sur la présentation de cette histoire que l’on retrouve au début du livre. L’auteur, Skottie Young, nous raconte un peu d’où lui est venu son inspiration. C’est court, mais bien intéressant!

Middlewest nous amène dans un univers étrange, magique, aux superbes dessins. Assurément, un roman graphique qui m’a énormément plu!

Middlewest t.1: Anger, Skottie Young, Jorge Corona, éditions Urban Link, 176 pages, 2020

Nuit couleur larme

Dans une ville théâtre d’une vague de disparitions soudaines et inexpliquées, Teresa est libraire spécialisée en fantastique, occultisme, horreur. Une de ses clientes régulières est Matilde, jeune fille timide habillée comme une otaku. Une nuit, dans la forêt, Teresa lance une incantation trouvée dans un livre et fait apparaître Laura, une démone dont le pouvoir est de réaliser le vœu de qui l’a appelée. Mais Teresa ne sait pas quoi demander ! Or, Laura ne peut repartir sans réaliser sa mission. Commence alors une cohabitation des plus étranges, souvent drôle, toujours décalée…

Nuit couleur larme de Borja González est un roman graphique très très particulier, qui mêle disparition, sorcière, démon et… otaku. Les personnages sont issues du milieu geek: une libraire-sorcière, une jeune otaku et une démone férue de mangas. Le contexte est étonnant et très particulier. On est tout de suite plongé dans quelque chose d’inconnu et de peu familier.

« Dis, sans vouloir t’offenser… Tu m’as l’air un peu perdue, non? Tu vas dans une forêt déguisée en sorcière, avec une épée et un livre écrit dans une langue morte pour invoquer un démon. »

L’histoire met en scène Teresa qui est libraire spécialisée dans la littérature fantastique, de magie et d’occultisme. Elle tient sa boutique, s’ennuie souvent et elle est un peu sorcière sur les bords. Elle écrit un fanzine et l’une de ses jeunes clientes, Matilde, est une grande fan. Teresa semble la tolérer avec une sorte d’ennui résigné. Un soir après le travail, Teresa va dans la forêt faire une incantation et elle fait apparaître une démone, Laura, qui lui propose de réaliser un de ses vœux.

Cette bande dessinée est vraiment très spéciale et un peu déroutante. L’atmosphère y est particulière. On entre dans ce texte comme dans un nuage, un peu brumeux, sans trop savoir où l’on va. C’est à la fois poétique, mélancolique et un peu onirique. Tout se joue sur les perceptions du lecteur face aux personnages et aux situations. L’histoire est difficile à décrire puisqu’elle mise principalement sur l’ambiance que l’on ressent à la lecture, plutôt que sur l’intrigue. 

L’histoire se déroule dans « la ville bleue » qui est décrite dans le livre comme une ville dortoir où normalement, la vie est assez calme. Toutefois, au moment de l’histoire, cette ville est aux prises avec une vague de disparitions de jeunes femmes. Les nouvelles sont annoncées à la radio, ce qui ponctuent les chapitres de la bande dessinée. Pendant ce temps, Teresa, Laura et Matilde passent du temps ensemble et commencent à développer une étrange amitié.

Il est difficile de décrire cette histoire tant elle est singulière. Elle met en scènes trois jeunes femmes geeks, qui sont différentes à leur façon, dans un monde un peu mystérieux, sombre et parfois inquiétant. Les dessins sont vraiment magnifiques et ont une particularité de taille: les personnages n’ont pas de visage. Libre à nous d’imaginer leurs réactions, même si le dessin est suffisamment intéressant pour réussir à rendre l’émotion de ses personnages sans montrer leurs faciès. Visuellement, ce roman graphique est particulièrement beau. 

Nuit couleur larme est un livre dont j’ai beaucoup de mal à parler, mais dont j’ai apprécié l’expérience de lecture. La fin, par exemple, ou le déroulement de certaines scènes peut nous sembler un peu hermétiques et laissent clairement sujet à plusieurs interprétations. Ce n’est donc pas une bande dessinée « facile », mais plutôt une histoire dont il faut s’imprégner de l’atmosphère plutôt que d’en faire une lecture linéaire en espérant une intrigue claire et un dénouement franc.

Nuit couleur larme est le genre d’histoire qu’il faut relire assurément pour en comprendre toutes les subtilités. Une étrange découverte!

Nuit couleur larme, Borja Gonzalez, éditions Dargaud, 144 pages, 2021