Mary Shelley, au-delà de Frankenstein

Mary Shelley au-delà de FrankensteinPendant deux siècles, on a imprimé, traduit, lu, adapté Frankenstein sans se préoccuper de l’existence de son auteure. Le nom de celle qui l’avait écrit à 16 ans, publié à 18 était pourtant là, sur la couverture, à portée de regard. Mais Mary Shelley semblait comme invisible. Bien que femme de lettres reconnue, elle est longtemps restée pour la postérité l’obscure épouse du grand poète romantique Percy B. Shelley. À pied, en malle-poste, en charrette, à dos d’âne ou de mule, par les fleuves ou par mer, elle a parcouru l’Europe avec lui en compagnie de leurs amis, femmes et hommes alliés dans la même recherche de beauté. Ce n’est pourtant pas son seul exploit.
Dans son œuvre novatrice, elle s’est dressée de toutes les forces de son esprit contre les idées mortifères d’une Angleterre en plein essor industriel qui cherchait à normaliser ses citoyens (et plus encore, ses citoyennes) comme des produits à perfectionner. Avec son intrépide sagesse, elle a entrevu les dangers d’une société s’adonnant sans repères ni limites à l’ivresse du progrès scientifique. Et elle a imaginé le destin du monstre que cette société allait produire. Un être anonyme, meurtrier, sentimental et raisonneur, poursuivi par la haine du savant fou qui l’avait mis au monde.
Une histoire familière ? En effet, ce couple maudit hante toujours les cauchemars de nos contemporains. Du fond de ses temps éloignés, Mary Shelley nous lance un message qu’il est urgent de décrypter encore et encore.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est à la fois une biographie et un essai. L’auteure nous partage la vie de cette toute jeune femme qu’était Mary Shelley qui a écrit à l’âge de seize ans le roman qui traversera le temps et les générations: Frankenstein. Ce roman est d’ailleurs l’un de mes préférés. Lu et relu, j’ai vu également de nombreuses adaptations cinématographiques de cette histoire. Mary Shelley est une source de fascination et d’admiration également.

Ses choix de vie, pour une si jeune femme, vont déjà à contre-courant de ce qui est bien vu dans la société où elle vit. C’est elle qui va déclarer en premier son amour pour le poète Percy B. Shelley, alors toujours marié. Elle quitte la maison paternelle en pleine nuit pour aller vivre sa vie avec lui, écrivant et lisant énormément d’ouvrages. Mary détonne dans une société qui trace à l’avance le parcours de ses femmes. Elles ne sont bonnes qu’à faire la conversation, mettre au monde des enfants et faire quelques travaux d’aiguille. Les choix de vie demeurent restreints. Mary et Percy vont à l’encontre de ce qui est moralement accepté dans leur univers. Ils mènent une vie d’errance sur les routes. Percy n’hésite pas à publier un traité d’athéisme qui fait scandale, alors que Mary attire les ragots tant par sa façon de se comporter que par le choix de leur cercle social (l’amitié avec Lord Byron par exemple). Leur vie est une véritable aventure littéraire, avec tout ce que ça implique: manque d’argent, fuite, faim, accouchements dans des conditions difficiles, etc.

« Le cabriolet cahote sur le pavé de cette rue londonienne et les emporte vers la mer. Ici commence l’une des aventures littéraires les plus curieuses de notre culture. Un périple extravagant pendant lequel deux êtres vont effectuer ensemble, à travers l’Europe, une course affolée et sans répit pour gagner sur terre leur part de paradis. »

L’ouvrage est également un essai, car l’auteure aborde le sujet complexe de l’écriture, de la société à l’époque de Mary Shelley, du féminisme, des progrès reliés à la science et en lien avec la création du monstre mythique développé par Frankenstein. Oui, car si vous ne le savez pas encore, Frankenstein est le nom du créateur et non pas du monstre… Mais il y a également plus que son célèbre livre. Mary Shelley est également l’auteure du livre Le dernier homme, un ouvrage dans lequel on retrouve beaucoup d’extraits en lien avec sa propre vie. Il est intéressant de découvrir les liens que fait Cathy Bernheim entre la vie quotidienne de Mary, ses chagrins, ses deuils, ses questionnements sur son époque et la science, et ses écrits.

J’ai trouvé passionnante cette lecture, qui aborde quantité de sujets tout en nous offrant un portrait intéressant de Mary Shelley et de son univers. Accablée par la perte de presque tous ses enfants, veuve bien avant le temps, Mary aura eu malgré tout un parcours passionnant. Elle aura écrit l’un des romans les plus marquants de sa génération, toujours lu aujourd’hui. L’ouvrage de Cathy Bernheim apporte une réflexion des plus intéressante sur cette oeuvre et sur son auteure, abordant également la façon dont la vision de Mary Shelley du futur, via la création du monstre, trouve ses répercussions aujourd’hui, avec les progrès de la science. Traductrice, Cathy Bernheim offre aussi une réflexion sur la traduction des œuvres littéraires à travers les époques.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est proposé comme une biographie, mais l’auteure va beaucoup plus loin en offrant une réflexion féministe et scientifique. C’est ce qui en fait une lecture fort plaisante et qui donne envie de poursuivre plus loin la découverte des œuvres et du monde de Mary Shelley. On en apprend également beaucoup sur ses lectures, au fil de sa vie et de ses errances. Mary Shelley était une femme cultivée et avide de culture.

« Les livres lui parlent d’un temps qui n’est plus, avec des voix qui depuis longtemps se sont tues. Elle apprend d’eux que, pour s’enraciner au monde, paradoxalement, il faut semer des mots dans l’esprit de ses contemporains afin que leur écho parvienne aux temps futurs. »

À noter qu’on retrouve dans le livre de Cathy Bernheim, plusieurs annexes intéressantes, dont une chronologie qui replace Mary Shelley dans son contexte social et artistique, avec un accent important sur la science, qui est un pilier de Frankenstein. On y retrouve également un petit guide des termes scientifiques inconnus à l’époque de Mary Shelley, un arbre généalogique et de nombreuses citations au fil des pages.

Un ouvrage passionnant et accessible, que je vous conseille assurément! Et pourquoi ne pas en profiter pour (re)lire Frankenstein? Un classique qui mérite d’être lu, surtout aujourd’hui.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein, Cathy Bernheim, éditions du Félin, 273 pages, 2018

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Stranger Things – Suspicious Minds

Stranger Things Suspicious Minds1969. Étudiante sur le petit campus d’une université de l’Indiana, Terry est bien loin des soubresauts qui secouent le pays, profondément divisé par la guerre du Vietnam. Mais quand elle apprend qu’on recherche de jeunes cobayes pour une étude gouvernementale menée dans la petite ville de Hawkins, elle se retrouve embarquée dans un projet inquiétant – nom de code MKUltra. Camionnettes aux couleurs sombres, laboratoire caché au fond des bois, substances hallucinogènes administrées par des chercheurs muets comme des tombes… Terry, jeune et idéaliste, est bien décidée à lever le voile sur les manigances de l’inquiétant Dr Brenner.
Car derrière les murs du Laboratoire National de Hawkins, l’ampleur de la conspiration dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Pour relever le défi, il lui faudra l’aide des autres cobayes, devenus ses compagnons d’armes… à commencer par une fillette aux pouvoirs sidérants dont le nom est un simple chiffre, Huit. Terry et le Dr Brenner vont dès lors se livrer une guerre d’un genre nouveau, dont le champ de bataille n’est autre que le cerveau humain…

Je suis une très grande fan de la série Stranger Things dont j’ai vu les deux premières saisons plusieurs fois. J’attends avec impatience la sortie de la troisième saison, cet été. Quand j’ai su que des romans, antépisodes à la série, étaient prévus, j’avais vraiment hâte de les lire.

Stranger Things: Suspicious Minds se déroule avant la série produite par Netflix et se concentre sur la mère de Onze. On apprend donc dans ce roman qui était Theresa (Terry) Ives et comment était sa vie avant l’arrivée du Dr Brenner. Terry était une jeune étudiante qui travaillait dur pour payer son loyer et arriver à remplir le frigo. Son petit ami Andrew était adorable et elle avait survécu à certains drames familiaux. Terry est très attachante, tout autant qu’Andrew. Ils forment un beau couple, se passionnent pour Le Seigneur des Anneaux qu’Andrew fait découvrir à Terry. Ensemble, la vie est simple. Ils partagent certaines convictions et sont à leur façon un peu contestataires. C’est un couple amoureux, qui se fréquente hors des liens sacrés du mariage. Il faut dire que le roman débute en 1969. On est donc dans une toute autre mentalité qu’aujourd’hui. C’est ce qui est intéressant dans ce roman.

La série m’émerveille parce que j’y retrouve des choses de mon enfance dans les années 80, l’époque de Onze. Avec Terry nous sommes plutôt fin des années 60 et début des années 70. Avec ses amis, elle regarde les premiers pas de l’homme sur la Lune. C’est l’époque de la Guerre du Viêt Nam, du Festival de Woodstock, la fin de la Ségrégation qui a laissé des marques. Les hommes et les femmes n’ont pas le même statut, les scientifiques féminines sont difficilement acceptées dans cet univers masculin, idem pour celles qui souhaitent faire un métier non typiquement féminin. Le cercle dans lequel Terry évolue est très ouvert. L’homosexualité y est acceptée, les grossesses hors mariage aussi, la désobéissance civile est admirée, même si les conséquences sont parfois désastreuses. Andrew et Terry sont de beaux personnages plutôt en marge de la société. On voit que certaines personnes évoluent clairement plus vite que la société dans laquelle ils vivent.

« … quoi qu’inventent les hommes, ils concevaient toujours un moyen de faire le mal avec. »

C’est la rencontre avec l’odieux Dr Martin Brenner (que je déteste tout autant dans la série) qui va changer le monde de Terry et d’Andrews. Terry qui, contrairement à ses amis doit travailler dur, décide de prendre la place de sa colocataire qui fait des tests avec des drogues au laboratoire de Brenner et qui déteste ça. Le salaire est énorme. Terry soupçonne que Brenner fait de grandes choses et elle veut participer à ces avancées scientifiques. C’est une idéaliste. Mais voilà, Terry n’a aucune idée dans quoi elle vient de mettre les pieds…

« Son père lui avait appris à toujours ouvrir l’œil et elle ne voulait pas passer à côté de l’opportunité de jouer un rôle important dans la société. »

Le roman est terrifiant parce que les découvertes que font Terry et ses amis du laboratoire, cobayes comme elle, vont en augmentant. Nous rencontrons Huit. Nous voyons sur quoi travaille Brenner et jusqu’à quel point il peut aller loin pour arriver à ses fins. Le piège se referme doucement sur Terry, Andrew, Gloria, Alice et Ken.

« Pensez aux atouts, rien qu’en matière de renseignements, dont nous disposerions si nous étions capables d’inciter nos ennemis à avouer ce qu’ils cachent, si nous pouvions les rendre influençables, ou exercer sur eux un contrôle absolu… »

J’ai beaucoup aimé cette lecture. En attendant la saison 3 de la série, elle m’a permit de retrouver l’atmosphère de Stranger Things, d’y comprendre certaines choses sur le passé de Onze et sa naissance. On apprend aussi d’où vient son vrai prénom. Terry dans le livre nous apparaît comme un personnage attachant, touchant, pleine de vie et animée de grands espoirs pour l’avenir. On est loin du personnage brisé qui apparaît dans la série. Le livre cependant, nous permet de comprendre pourquoi elle en est arrivé là.

Une lecture qui m’a vraiment plu, que j’ai dévoré et qui m’a choquée autant que tout ce qui entoure le laboratoire du Dr Brenner dans la série. Malgré tout, c’est une lecture réjouissante pour les fans de la série puisqu’elle permet d’agrandir un peu l’univers qu’on nous montre à l’écran et d’en savoir un peu plus. J’appelle ce genre d’ouvrage des « curiosités pour les fans ».

Vivement le prochain livre, Stranger Things – Darkness on the edge of town qui devrait sortir à l’été en français et qui cette fois, se penchera sur le passé du shérif de la petite ville d’Hawkins, Jim Hooper. C’est l’un de mes personnages favoris. Il s’avère d’ailleurs beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. Bien hâte de le découvrir dans ce second livre!

Stranger Things – Suspicious Minds, Gwenda Bond, éditions Lumen, 438 pages, 2019

Irineï et le Grand Esprit du mammouth t.1

irinei et le grand esprit du mammouth 1Au cours d’une expédition scientifique en Sibérie, des paléontologues américains extraient du sol gelé une femelle mammouth parfaitement conservée. A leur retour à Los Angeles, ils se trouvent rapidement face à une incroyable énigme : la femelle mammouth porte un petit, les cœurs de la mère et du bébé battent encore…
Seul Irineï, un jeune chaman de 12 ans qui vit dans une tribu de nomades éleveurs de rennes, connaît la clé du miracle: lors d’un voyage dans le monde des Esprits, il a redonné vie au Grand Esprit du Mammouth qui veut reprendre sa place sur Terre… Mais, bien loin des steppes glacées de Sibérie, le mammouth et son petit ne peuvent pas survivre sans Irineï. Pour les sauver, le jeune garçon va vivre loin de chez lui une formidable aventure humaine et spirituelle. Il va se battre pour le respect de la vie des animaux, et l’avenir de la planète.

J’ai été très attiré dès le départ par la superbe couverture du roman qui reflète en fin de compte très bien l’esprit du livre. Irineï et le Grand Esprit du mammouth nous amène sur les traces de chercheurs et de scientifiques qui nous offrent une histoire pleine d’aventure, avec une découverte totalement surprenante.

L’histoire débute avec celle d’Irineï, issu de la tribu des Dolgans, un peuple de Sibérie qui élève des rennes. On apprend beaucoup sur leur mode de vie, leurs coutumes, leurs croyances, leur quotidien, leurs résidences qu’on appelle baloks et qui sont montées sur des skis, facilement déplaçables. Cet aspect descriptif est très intéressant.

Le jeune Irineï suit les traces de sa grand-mère et de son père. Il est un grand chamane en devenir. Les Dolgans sont en harmonie avec nature et la respectent. Quand ils voient les gens de la ville arriver dans leur coin de pays, c’est souvent pour installer un puits de pétrole ou défaire ce que la nature a de beau.

« Quand les puits sont abandonnés, continua Sergueï, les ouvriers partent en laissant derrière eux tout un tas de détritus qui polluent le sol. Les rennes ne peuvent plus pâturer dans ces zones et leurs territoires se resserrent de plus en plus rapidement. »

On voit dans ce livre les deux modes de vie bien différents, ceux qui aiment et respectent la nature et ceux de la ville qui ont l’abondance et qui sont quand même malheureux. Lorsqu’Irineï est amené en ville, c’est à un choc culturel que nous assistons. Il ne comprend pas le but de mettre des animaux en cage, ni les itinérants qui manquent de nourriture, juste à côté d’une épicerie bien garnie. Dans son peuple à lui, ce genre de contradiction n’existe pas.

Le roman, même s’il nous présente une histoire passionnante sur une découverte fascinante, est aussi un livre sur l’environnement et qui aborde le thème des changements climatiques et ses conséquences sur la nature. Il parle de ce que l’homme fait à la planète et à sa façon de tout détruire. L’aspect scientifique est abordé quant à lui à travers la découverte du mammouth et tout ce qui suivra. Cet animal est très important dans l’histoire.

Le roman amène également un côté spirituel, avec Irineï et ces premiers pas dans son rôle de chamane qui communique avec les esprits. Il peut donc entrer en contact avec l’esprit du mammouth et comprendre les motivations de l’animal. Toute cette notion de communication aborde les croyances du peuple d’Irineï.

« Le mammouth que tu emportes est très particulier car il contient le Grand Esprit du Mammouth. Alors il se passera peut-être des choses qui te sembleront bizarres. Mais quoi qu’il arrive, tu dois prendre soin de ce mammouth. »

Irineï et le Grand Esprit du mammouth est un roman jeunesse bien écrit, qui peut intéresser aussi les adultes. J’ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture, l’univers du roman m’a particulièrement intéressé. La fin de l’histoire par contre est abrupte et nous laisse totalement en plan. On reste sur notre faim concernant plusieurs réponses à nos questions et au dénouement de l’intrigue. Les réponses arriveront dans le tome 2 qui vient de paraître en France et heureusement paraîtra sous peu chez nous. J’ai bien hâte de connaître la suite!

Pour écrire l’histoire d’Irineï, l’auteure s’est inspirée de l’expédition du paléontologue français Bernard Buigues. L’activiste Isabelle Goetz lui a, quant à elle, inspiré le personnage de Marion. Irineï et le Grand Esprit du mammouth est un roman d’aventure et une histoire passionnante, mais également un roman éducatif sur la nature. Le roman se veut une belle sensibilisation à l’écologie et à l’importance de chaque animal. Un très beau roman, intelligent, sur le respect des êtres vivants.

Irineï et le Grand Esprit du mammouth 1, Val Reiyel, éditions Slalom, 304 pages, 2018

 

Hiver nucléaire 3

hiver nucleaire 3La vie de Flavie a beaucoup changé depuis la folle quête de sirop du Mont-Royal. La routine est revenue dans sa vie et dans son couple… jusqu’au jour où elle retrouve un ancien professeur de météorologie et son équipe de jeunes chercheurs. Ces derniers préparent une expédition à travers Montréal afin de valider une nouvelle hypothèse au sujet de l’hiver perpétuel. L’appel de l’inconnu est parfois plus fort que tout…

Enfin, le troisième tome d’Hiver nucléaire! J’ai adoré cette BD à ma première lecture et l’univers de Flavie est si attachant (même si elle a parfois mauvais caractère). J’ai lu et relu les deux premiers tomes en attendant le troisième qui, en principe, devrait être le dernier et clôturer la trilogie. Bon, j’ose quand même espérer qu’un jour Cab nous reviendra avec une autre histoire de Flavie, mais sinon, je considère que les trois tomes de cette série sont vraiment tous excellents. L’idée d’un Montréal irradié où l’hiver nucléaire sévit depuis une dizaine d’années est excellente. J’étais donc plus que contente de découvrir enfin la conclusion de cette histoire.

Comme tous les lecteurs, j’attendais un certain dénouement entre Flavie et Marco. J’ai toujours trouvé Marco mignon comme tout, mais peut-être pas le genre qu’il fallait à Flavie. Les choses ne sont pas au beau fixe entre eux. Leurs passions divergent beaucoup, ainsi que leur style de vie. Flavie trouve refuge à l’université où elle intègre un groupe qui s’intéresse aux stations météo. Flavie est passionnée par la météo et a une station chez elle. Le groupe doit relever les différentes données de chacune des stations. Flavie mettra à profit son expérience pour contribuer à sa façon. Elle fera de nouvelles rencontres, dont Alex, et prendra des risques pour mener à bien le projet avec ses nouveaux amis. Parcourir la ville (et les coins mal famés) pour faire des relevés météo et affronter les radiations n’est pas de tout repos!

Le tome 3 nous laisse aussi supposer que l’hiver nucléaire tire à sa fin. Certaines parties enneigées commencent à fondre. Le rapport des recherches faites par le groupe de Flavie affilié à l’université laisse penser que l’hiver aura un jour une fin. Tout serait donc à reconstruire… y compris l’aéroport de Montréal, démoli à cause de l’hiver nucléaire. La fin est belle, mieux que je ne l’espérais! On quitte une Flavie plus sereine, qui s’apprête à laisser entrer de nouvelles choses (et de nouvelles personnes) dans sa vie. La fin pourrait aussi laisser supposer qu’on pourrait revoir Flavie un jour (j’aimerais donc ça moi!). Cet album clôt tout de même la trilogie de façon très satisfaisante. Je relirai pour ma part la série l’hiver prochain, juste pour le plaisir!

En attendant, je vous conseille de lire cette trilogie de science-fiction très accessible, pleine d’humour, visuellement magnifique, enneigée, avec une héroïne terriblement attachante. Le plus beau? Cette bande dessinée met l’hiver à l’honneur et est bien de chez nous. Lisez la!

Mon avis sur les autres tomes:

Hiver nucléaire 3, Cab, éditions Front Froid, 92 pages, 2018

La vie secrète des animaux

vie secrete des animauxQue les animaux nous en cachent, des choses! Ils vivent chacun à leur façon des deuils et des joies, des tourments et des regrets, des passions et des empathies. Tout ça à notre insu! Extraordinaire pédagogue, le vulgarisateur écologiste Peter Wohlleben dévoile un univers qui nous est bien méconnu. Validées par plusieurs travaux scientifiques, les observations qu’il a faites dans sa ferme ou sa forêt en Allemagne sont parfaitement révélatrices de la vie intérieure des bêtes : un hérisson qui hiberne fait des cauchemars, des coqs mentent à leurs poules, des chevreuils sont accablés de tristesse quand un proche meurt. Faut-il alors remettre en question les rapports que nous entretenons avec les animaux depuis des milliers d’années? Mais encore, en sommes-nous capables?

J’avais adoré le très beau livre La vie secrète des arbres et il allait de soi que je lise celui-ci qui aborde la vie des animaux. Le principe est le même que le premier livre, soit de courts chapitres qui abordent toutes sortes de sujets relatifs à la vie des animaux. Avec cet ouvrage, l’auteur pose certaines questions et tente d’y répondre à travers différents aspects de la vie animale:

« Sommes-nous vraiment les seuls, nous autres humains, à goûter toute la palette du ressenti, comme les scientifiques l’ont longtemps affirmé? Serions-nous une exception biologique, les seuls êtres vivants à même de mener une existence consciente et accomplie? »

L’auteur apporte plusieurs réponses intéressantes et pistes de réflexions afin de mieux aborder la question animale. Il parle de l’instinct, aussi présent chez l’homme, de certaines hormones (comme l’ocytocine – l’hormone de l’attachement et de l’amour) qu’on retrouve chez certaines espèces, de leur structure corporelle et cérébrale qui, à bien des égards est semblable à celle de l’homme…

L’ouvrage recense plusieurs anecdotes documentées d’animaux ayant des comportements similaires aux nôtres. Du vol, en passant par l’empathie et la capacité de se mettre à la place de ses congénères, jusqu’à l’entraide et la timidité. Il est intéressant aussi de voir la façon dont certains animaux, de par leurs comportements, laissent entendre qu’ils réussissent eux aussi à se « projeter dans le futur ».

Le chapitre abordant la notion de plaisir apporte un éclairage différent sur la vie des animaux.

« Les animaux peuvent-ils prendre du plaisir? Se livrer à des activités gratuites, qui leur procurent joie et bonheur? Pour moi, cette question est importante, car il s’agit de savoir si les animaux n’éprouvent des sentiments positifs qu’en lien avec la préservation de l’espèce. »

L’humain est également régulièrement traité dans le livre. Sa façon de percevoir le genre animal, de compartimenter les bêtes comme étant « utiles » ou « nuisibles » ou sa position face aux autres animaux l’empêche parfois de bien comprendre ce qui l’entoure. L’auteur nous montre que ce n’est pas parce que l’on ne comprend pas encore le langage animal que les animaux ne se parlent pas, ne nomment pas les choses. Il aborde le thème de la conscience de soi et également la question du deuil. À plusieurs points de vue, nous avons beaucoup plus en commun avec les animaux que nous le pensons.

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement et la façon d’aborder l’environnement chez certaines espèces. Je pense à la faim ressentie par les cerfs, par exemple, ou au goût du jeu et à l’intelligence incomparable des corneilles. Il y a beaucoup à apprendre et observer sur la faune. L’auteur nous donne le goût d’être plus réceptif aux animaux.

Peter Wohlleben est un excellent vulgarisateur en plus d’être un auteur talentueux et sympathique. Son propos est éclairé et intelligent, appuyé par la science et complété par ses propres expériences. Il nous pousse à la réflexion et nous offre un autre regard sur ce qui nous entoure. Cet ouvrage est excellent. Certains pourront lui reprocher de jouer d’un peu trop d’anthropomorphisme, sauf qu’à la lumière de ce que la science nous a démontré dans le passé et face à nos expériences avec les animaux, on est en droit de se dire que l’animal a une vie bien plus riche que ce que l’on peut penser. Wohlleben le démontre à merveille et milite encore une fois avec ce livre pour le respect du vivant, arbres comme animaux, et pour une meilleure ouverture d’esprit afin d’offrir à tous une vie plus douce.

On ne peut qu’abonder dans le même sens. Un ouvrage à découvrir si la faune vous interpelle et si vous êtes curieux de découvertes. Les pages défilent pratiquement comme un roman! À lire.

Aussi: mon avis sur La vie secrète des arbres du même auteur.

La vie secrète des animaux, Peter Wohlleben, éditions Multimondes, 268 pages, 2018