Sous terre

Après des millénaires à régner sur le monde sous-terrain, le dieu des Enfers, décide de passer le flambeau. Son but : faire prendre conscience à ceux qui vivent à surface de la terre de l’importance et de la richesse réelle du sol. Mais Hadès n’est pas un enfant de chœur et il n’entend pas laisser les clés de son royaume au premier venu ! Parmi les candidats à sa succession, Suzanne et Tom se lancent dans cette course au savoir qui prend la forme d’épreuves aussi instructives que mortelles. Un seul gagnera ces jeux : celui ou celle qui sera capable de voir au-delà des préjugés et de comprendre les véritables enjeux de ce monde invisible…

Cette bande dessinée scientifique est vraiment passionnante! J’ai adoré cette lecture qui est une réponse drôle et intelligente à la question: qu’est-ce qui se cache sous nos pieds?

Cette bd raconte l’histoire un peu folle du dieu des Enfers, Hadès, qui en a assez de régner sur le monde souterrain et décide de passer le flambeau à un humain. Plusieurs candidats se présentent. Seul celui qui réussira une série d’épreuves aussi instructives que dangereuses, pourra accéder au trône. Une jeune fille se présente, avec l’idée de demander au Dieu de enfers de faire revivre son meilleur ami disparu. Elle décide donc de participer et fait la rencontre d’autres gens qui convoitent le poste d’Hadès. Elle réalise cependant bien vite que les épreuves ne sont pas de tout repos et que les participants devront s’entraider s’ils veulent s’en sortir vivants! Surtout que le coéquipier de la jeune fille est atteint de mysophobie, une peur terrible des microbes et de la saleté… 

Les personnages seront souvent réduits à la taille de simples insectes pour mieux comprendre la vie sous la terre. Les épreuves qu’ils doivent réaliser sont difficiles et beaucoup y laissent leur peau. Cependant, le ton de la bande dessinée n’est pas tragique ou larmoyant. C’est vraiment une mise en contexte de ce qui se passe sous nos pieds, avec des personnages qui doivent apprendre à y survivre. Comme tout est visuel et coloré, la lecture est très abordable et les concepts, vraiment bien expliqués. 

La bande dessinée est conçue pour nous permettre de mieux comprendre de quoi est fait le sol sur lequel nous marchons, ainsi que d’apprendre à connaître les organismes qui y vivent. Si vous vous intéressez au jardinage par exemple, le livre permet de mieux saisir pourquoi le modèle d’agriculture actuel ne fonctionne pas et pourquoi on devrait prendre bien plus soin de ce qui se trouve sous terre. La mise en image de ce que l’homme fait au sol, permet d’en saisir toute la portée. 

On apprend une foule de choses sur les bactéries, les champignons, les minéraux, le limon, la matière organique, les nématodes, le labour, les insectes, l’effet de serre, l’humus, l’azote, les éléments solides et liquides, ainsi que bien d’autres sujets. Toujours avec humour et sous forme « d’épreuves » pour nos personnages. On y retrouve même… des zombies! C’est une histoire surprenante et imaginative. L’auteur a vraiment fait un excellent travail de vulgarisation.

Sous terre est une bande dessinée ludique, scientifique et instructive, vraiment passionnante à lire. Le genre de livre que j’adore! Un livre parfait pour apprendre beaucoup de choses et pour prendre un peu plus conscience du monde qui se retrouve sous nos pieds et que l’on connaît au fond si peu. On ne le perçoit d’ailleurs plus du tout de la même façon après avoir terminé cette lecture. À découvrir!

Un petit glossaire encyclopédique, bien intéressant, complète l’ouvrage. 

Sous Terre, Mathieu Burniat, Marc-André Sélosse (Collaborateur), éditions Dargaud, 176 pages, 2021

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu

Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement. S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse… 

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu de Anjali Sachdeva est un livre extraordinaire. Je l’avoue, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai lu. C’est un recueil vers lequel je ne serais pas allée d’emblée. Le titre et la couverture me donnaient une toute autre impression du contenu. Cette lecture a donc été une très belle surprise.

Ce recueil de neuf nouvelles mêle la science au fantastique. On oscille entre un monde réel, que l’on connaît, avec un petit quelque chose d’imaginaire. De surprenant. D’intrigant. De différent. Du réalisme magique? Il y a en tout cas une petite dose de fantastique, l’apparition d’un don, d’une créature magique qui fait partie prenante de l’histoire. Bien ancrée dans l’actualité ou dans une période historique donnée: la conquête de l’Ouest par exemple ou l’arrestation du poète John Milton. 

« Je plains tous les humains. Vous connaissez bien des malheurs au cours de votre existence. Même pour quelqu’un comme vous, c’est inévitable. J’ai parfois l’impression que ce monde est véritablement conçu pour vous faire souffrir. »

Ce recueil est atypique. L’écriture coule toute seule et chacune des histoires est très prenante, quoique très différente.   On plonge dans ce recueil sans se douter où l’auteure va nous mener. Elle réussit à se renouveler à chaque histoire, tout en conservant certains thèmes communs à toutes les nouvelles. Et j’adore ça! Par exemple, on retrouve souvent des personnages aux prises avec une grande solitude ou alors des allusions à l’analphabétisme. Les histoires sont à la fois contemporaines et parlent des enjeux de notre époque, tout en étant intemporelles avec un petit côté merveilleux. On y croise, entre autres, un pêcheur et une sirène, une grotte étrange, des septuplées et un ange dans la Tour de Londres. C’est bien écrit et ça se dévore.

« Les mots s’agitent en elle comme des oiseaux fébriles. Ils ont hâte de voler et il suffira d’un bruit sourd pour qu’ils se libèrent, franchissent la misérable barrière de sa langue et pénètrent dans le monde sans possible retour en arrière. »

Le recueil contient neuf nouvelles, dont voici un petit résumé:

Le monde la nuit
Sadie est différente des autres. Elle a une faible vue, la peau blanche et elle ne tolère pas le soleil. Elle vit la nuit. Quand son mari Zachary part un long moment pour le travail, elle ne tolère plus d’être confinée à la maison. Elle va faire la découverte d’une étrange grotte.

Poumons de verre
Van Jorgen, jeune veuf avec un bébé, une petite fille nommée Effie, a un accident à l’aciérie où il travaille. Invalide, il doit vivre avec la culpabilité de ne pas être à la hauteur, alors que sa fille grandit.

Logging Lake
Robert accepte de suivre sa nouvelle petite amie au Glacier National Park, pour camper et randonner. Préférant regarder la nature dans les pages d’un livre, il n’a aucune idée de ce qui l’attend, surtout quand le couple traverse une zone réservée aux loups…

Tueur de rois
Un ange rend visite au poète John Milton, emprisonné dans la Tour de Londres. Milton cherche l’inspiration et l’ange agit à titre de muse.

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu
La nouvelle qui donne le titre au recueil raconte l’enlèvement de deux jeunes filles, leur mariage forcé puis la découverte de leur étrange don d’hypnotiser les hommes.

Robert Greenman et la sirène
Un pêcheur parti au large avec un équipage aperçoit un jour une sirène. Comme le dit la légende, le chant des sirènes hypnotise les hommes. Son charme happe Robert et plus rien d’autre n’aura d’importance pour lui. 

Tout ce que vous désirez
En jouant au poker, Michael se retrouve débiteur du « vieux », le père de sa petite amie, pour qui il travaille à la mine. Les deux jeunes décident alors de s’enfuir ensemble, sur les routes.

Manus
Un homme et une femme se retrouvent alors qu’il ne se sont pas vus depuis dix ans. Le monde est dirigé par les Maîtres, qui contrôlent tout. L’homme et la femme attendent / appréhendent de recevoir leur avis d’incorporation… 

Les Pléiades
Un couple de scientifiques décide d’avoir des enfants, mais ils choisissent de le faire avec éclat: des septuplés, bébés-miracles qui captent l’attention des médias et des collègues. À quel prix?

Avec ses nouvelles, Anjali Sachdeva nous amène là où l’on ne s’attend pas à aller. Chaque nouvelle est une porte sur un univers à la fois étrange et fascinant, aux personnages qui sont puissants dans leur façon de vivre leur quotidien, de réagir, d’avancer.

« Si tu veux vraiment quelque chose, il faut que tu imagines chaque étape qui te permettra de l’obtenir et qu’ensuite tu t’en empares impitoyablement. »

Une forme de grandeur et de puissance qui allie les sciences et le merveilleux. Un recueil impressionnant, plein de surprises. Il n’y a pas à dire, l’auteure a le don de créer des histoires captivantes.

À lire absolument, rien de moins! Je compte bien surveiller cette auteure de très près, j’aimerais beaucoup la relire.

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu, Anjali Sachdeva, éditions Albin Michel, 288 pages, 2021

Du bon usage des étoiles

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage. Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.

Je m’intéresse depuis longtemps à l’histoire de Sir John Franklin et à son expédition en Arctique qui a tourné au désastre. J’avais lu Du bon usage des étoiles lors de sa sortie en 2008. J’étais tout de suite tombée sous le charme de la plume si belle et scintillante de Dominique Fortier. Je voulais relire ce livre depuis un bon moment déjà et comme c’était la lecture commune de mon club de lecture, j’ai décidé de me plonger à nouveau dans cette histoire qui m’avait laissé un fabuleux souvenir. Treize ans plus tard, la magie opère toujours. Je trouve tout autant l’écriture délicate et merveilleuse. 

« Il me semble impossible, en contemplant ces forteresses de neige et de glace, de ne pas être pénétré du sentiment de sa propre insignifiance, de ne pas se savoir minuscule et superflu au milieu de tant de beauté majestueuse et sauvage. »

L’histoire débute en mai 1845, alors que l’Erebus et le Terror s’apprêtent à appareiller. C’est le grand départ vers l’aventure! Alors que les bateaux prendront bientôt l’eau, l’auteure nous raconte les préparatifs de départ et l’embarquement. Si Franklin est le personnage phare de cette expédition, c’est sur Francis Crozier que Dominique Fortier a choisi de se pencher. Cet homme réservé et attachant, souvent en retrait et mal à l’aise en société, nous raconte au fil du roman ses sentiments pour Sophia, son travail sur le navire, sa relation avec les autres occupants et sa passion des sciences. Il porte un regard critique sur ce qui l’entoure et raconte les particularités, les contradictions et les folies de la bourgeoisie de son époque. C’est aussi un homme très ouvert d’esprit, qui est différent des gens de son milieu. C’est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteure s’est attardée sur deux personnages qui détonnent dans leurs milieux respectifs. L’autre étant Lady Jane Franklin.

Du bon usage des étoiles a une construction vraiment particulière. C’est d’ailleurs un premier roman fort étonnant, qui était très différent de ce que j’avais pu lire à l’époque, et il l’est encore aujourd’hui. Il y a quelque chose de raffiné dans la façon qu’a l’auteure d’amener son sujet, qui s’inspire de l’ultime et dernière expédition de Sir John Franklin. Le livre suit donc principalement deux personnages. Crozier, commandant du Terror, un des deux bateaux de l’expédition. Nous lisons des passages de son journal, où il relate ce qui se passe à bord, les découvertes, l’équipage et les douces pensées qu’il a pour Sophia demeurée à Londres avec sa tante, lady Franklin. Les autres parties du roman alternent avec ce que vit Jane Franklin alors que son mari est en mer. On découvre peu à peu au fil des pages un beau portrait de femme forte, aux connaissances approfondies en matière de navigation, de sciences, d’anthropologie, de botanique, de voyage et qui détonne fortement dans l’Angleterre bourgeoise guindée. Le roman avance doucement en alternant les deux points de vue, celui en mer et celui sur le continent. Peu à peu, l’histoire se met en place, du moment du grand départ jusqu’à ce que lady Franklin commence à s’inquiéter pour son mari. 

« … il est inconcevable que les erreurs commises au cours des siècles derniers ou des décennies passées soient répétées […] Il est donc ridicule de songer à dépêcher une expédition de secours. On ne va pas au secours des héros. »

La construction du livre est ingénieuse car elle ne se contente pas d’alterner les points de vue. Elle nous offre aussi certains chapitres qui prennent la forme de « miscellanées »: un peu de tout. Naturellement, il faut aimer les dialogues contemplatifs, les ajouts informatifs et les petits extraits de conversation. Personnellement, je trouve que tout cela amène une expérience de lecture si particulière, qu’on y plonge en découvrant avec une grande curiosité tout ce que peut contenir le roman. Ces portions de texte sont des ajouts intéressants pour recréer l’atmosphère de l’époque et de l’histoire. On y retrouve des extraits scientifiques et mathématiques, des reproductions des derniers textes écrits par les commandants, une portée musicale, un poème, une recette de plum-pudding, une pièce de théâtre, une chanson, un menu de Noël et quelques instructions sur la navigation. Les différents points de vue et tous ces ajouts au texte en font une lecture très riche qui nous amène au cœur d’une histoire tragique, racontée avec une forme de beauté qui touche droit au cœur. Les propos sur les étoiles par exemple, sur l’amour ou la vie, m’ont souvent énormément émue. 

« Quand à moi, je suis allé au bout de la Terre, j’ai basculé dans ce vide où il n’y a ni monstres marins ni poulpes géants ni sirènes ni même Dieu; je n’ai trouvé que la nuit dans cet abîme, et c’est sans doute, de toutes les découvertes, la plus terrible. »

Du bon usage des étoiles est un poétique mélange d’histoire, de sciences, de navigation et de la vie en mer. C’est le roman d’une tragédie, mais raconté d’une façon unique et merveilleuse. Treize ans après ma première lecture, ce livre reste encore et toujours un immense coup de cœur pour moi. On a raconté de mille façons l’histoire de Sir John Franklin et de son expédition en Arctique, mais personne ne l’a jamais fait comme Dominique Fortier, en nous offrant un texte aussi beau et aussi particulier. Un texte qui puise dans les petits détails du quotidien, sur mer et sur terre, pour nous offrir la grande histoire d’une conquête avortée. C’est un tour de force littéraire, porté par une plume magnifique. 

Pour compléter cette lecture, je vous invite à découvrir un autre ouvrage: L’Erebus: vie, mort et résurrection d’un navire qui parle du premier bateau de l’expédition commandé par Franklin. On suit l’histoire de ce navire, de ses débuts sur l’eau jusqu’à l’expédition catastrophe qui l’a mené en Arctique. Une lecture très à propos et un beau complément au magnifique roman de Dominique Fortier. 

À découvrir!

Du bon usage des étoiles, Dominique Fortier, éditions Alto, 348 pages, 2008

Le dernier caribou

Les populations de caribous forestiers et de bélugas du Saint-Laurent sont dangereusement en déclin. Comment est-ce possible considérant tous les efforts déployés pour les sauver ? Il faut se rendre à l’évidence : nos stratégies de conservation de la nature, fondées sur la protection d’une espèce rare, sont inefficaces. Est-ce trop ambitieux de les changer ? Ne devrait-on pas sauvegarder l’intégrité d’un écosystème auquel sont liés tous les êtres vivants plutôt que de s’attarder au sort d’un seul animal, aussi emblématique soit-il ? Selon Michel Leboeuf, cela implique une prise de conscience sans équivoque qui devrait nous pousser à attribuer à la Nature des droits fondamentaux. Comme ceux que l’on reconnaît à tous les humains sans distinction.

Le dernier caribou est un essai très intéressant sur la biologie, l’évolution des animaux et les problématiques liées à l’écologie. En présentant un portrait des sciences de l’évolution, l’auteur démontre les raisons pour lesquelles certaines espèces sont maintenant menacées et pourquoi notre vision des écosystèmes devraient être revue. En abordant cinq grands facteurs (les espèces exotiques envahissantes, la pollution, l’exploitation à outrance des ressources, le changement climatique et la perte d’habitats), l’auteur tente d’expliquer pourquoi nos tentatives de sauvegarder ces espèces ne fonctionnent pas.

« Quand une espèce disparaît, c’est une certaine manière de vivre, un certain mode d’emploi de la vie sur Terre, une voie différente d’organisation de la matière vivante qui disparaît avec elle. Pour toujours. »

Les thèmes abordés dans ce livre sont intéressants à plusieurs points de vue. Une partie du livre est consacrée aux scientifiques qui ont modulé notre vision de l’écologie et des espèces, ainsi que de la relation qu’elles ont entre elles. On y croise Charles Darwin, naturellement, mais aussi Alfred Russell Wallace que j’ai bien envie de découvrir maintenant, Gregor Johann Mendell, Warder Clyde Allee, William David Hamilton, Carl von Linné, entre autres. Remettre en contexte l’évolution de la pensée scientifique nous aide à mieux comprendre vers quoi nous devrions aller. 

L’auteur nous offre un tour d’horizon des théories de l’évolution des espèces et des théories scientifiques qui ont fait avancer la biologie au fil du temps. On comprend un peu mieux l’héritage de certaines idées qui nous viennent de l’époque victorienne ainsi que notre vision actuelle de la nature et des espèces menacées. On apprend beaucoup de choses sur ce qui se fait ailleurs et sur les initiatives qui ont été testées avec les années. Pour pouvoir élaborer de meilleures stratégies de conservation des espèces menacées, il faut impérativement que notre vision de l’ensemble des écosystèmes change. 

« C’est seulement ainsi que l’on pourra ralentir le rythme actuel d’érosion de la biodiversité, dont nous sommes directement responsables. »

Ce que j’ai beaucoup aimé avec cette lecture, c’est que Michel Leboeuf nous permet de mieux saisir l’écosystème dans son ensemble et apporte des pistes de solutions qui pourraient être appliquées, si notre perception des espèces menacées et des écosystèmes changeait. La reconnaissance d’équipes-espèces par exemple, est une façon différente d’aborder la nature qui nous entoure. Quand on sait par exemple que  l’humain peut héberger environ 1000 espèces, on reconsidère la notion d’espèce d’une façon très différente! La reconnaissance d’un statut juridique à la nature est aussi l’une solution abordée par l’auteur et qui est une voie vraiment intéressante pour réussir à protéger notre nature, une richesse inestimable. Je pense au cas tout récent de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, et de l’adoption d’un nouveau changement juridique. 

« La sauvegarde du territoire, celle de la Terre, requiert de penser à long terme. Au contraire des Premières Nations, la société occidentale carbure aux échéances serrées, gère à courte vue, à court terme. Le maintien du lien qu’entretiennent les premiers peuples avec leur territoire fait partie intégrante de leur culture: il s’exprime par des mots, des récits, des symboles. Ici, nature ne s’oppose pas à culture. Bien au contraire, la première nourrit la seconde, et vice versa. »

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui ma appris énormément de choses et qui permet de modifier notre vision et notre approche des écosystèmes. C’est une lecture passionnante, mais qui m’attriste beaucoup, surtout quand je vois à quel point la considération pour la nature est souvent absente du discours politique. On a donc assurément besoin de ce genre de livres, qui m’apparaissent comme essentiels, puisque l’humain n’a pas encore compris l’importance capitale de la nature, ni à quel point elle est primordiale. Un jour, peut-être, en espérant qu’il ne sera pas trop tard

« Combien d’espèces pouvons-nous nous permettre de perdre avant de voir s’effondrer l’équilibre des milieux naturels? »

Un petit mot sur la photographie qui illustre la couverture du livre. Elle est de Jean-Simon Bégin, un photographe dont j’apprécie énormément le travail et qui partage textes et images de ses expéditions en pleine nature. 

Le dernier caribou, Michel Leboeuf, éditions Multimondes, 186 pages, 2020

Incroyable Histoire

Voyagez dans le temps et prenez part à une chasse aux mammouths, marchez avec un soldat romain et volez avec les frères Wright. Revivez les moments les plus excitants de l’Histoire, des temps préhistoriques jusqu’à aujourd’hui ! Voyez une centaine d’événements historiques de vos propres yeux à travers des images de synthèse spectaculaires, et découvrez les gens, les endroits et les faits les plus marquants depuis le début de l’humanité. Apprenez à quoi ressemblait la vie quotidienne dans les sociétés médiévales et comment les grandes inventions telles que la presse ont changé le monde.

Du monde antique au monde moderne d’aujourd’hui, cet ouvrage d’une grande qualité est réellement passionnant. Il est abondamment illustré et nous permet un tour d’horizon de l’évolution du monde. Construit en cinq grands chapitres, l’ouvrage couvre le monde antique, le monde médiéval, le temps des révolutions, le temps des explorations et le monde moderne.

Ce livre nous amène tout d’abord aux débuts des origines de l’homme à travers la chasse, la cueillette et les migrations de ce dernier, jusqu’à ce que l’humain se sédentarise. On y parle de l’habitation, de l’organisation familiale, du transport, de la nourriture et des cultures, de l’art et des poteries, pour ne nommer que ceux-là. À partir de ce moment, l’homme cherche alors à conquérir les territoires voisins et à se développer. C’est alors que les guerres commencent, que l’homme évolue et que son mode de vie change. Il y est question de conquêtes, des différents empires, de religion, d’esclavage, de l’économie, des inventions, de l’occupation des territoires et des différents échanges entre les peuples. On retrouve différents chapitres sur les Premiers hommes, l’Égypte ancienne, l’Inde, les Romains, les Vikings, les peuples Germaniques, les dynasties chinoises, l’Europe médiévale, les Grecs, l’empire Mongol, les Phéniciens, les Perses, les Tsars, les premiers colons en Amérique du Nord et les peuples autochtones.

Le livre aborde tous les aspects des différents peuples, dans leur vie quotidienne et leur façon de fonctionner, de faire la guerre, de se développer et d’interagir entre eux et avec les autres. Il est intéressant de découvrir leur mode de vie, la construction de leurs habitations, leurs politiques et leur religion, leurs différentes croyances, leur système de justice, ainsi que leur entraînement comme guerriers. La place des femmes et les rôles de chacun selon les périodes, revient également à travers les différentes époques. Tous ces peuples ont contribué à l’évolution du monde jusqu’à celui que l’on connait aujourd’hui. L’ouvrage aborde aussi les grandes structures construites par l’homme, des statues de l’île de Pâques aux grandes pyramides, en passant par l’armée de terre cuite, le Colisée et bien d’autres constructions impressionnantes. 

Parallèlement, les guerres et les explorations permirent aux différents peuples de faire des découvertes et d’étendre leur pouvoir sur de nouveaux territoires. Les guerres sont d’ailleurs au centre de l’histoire. Malgré tout, plus l’homme évolue, plus la culture se développe: l’art, le théâtre, les livres, l’imprimerie. La révolution scientifique a également changé la perception de l’homme de son univers et a permis de mieux comprendre ce qui nous entoure; alors que la révolution industrielle fut une grande période de bouleversements économiques. Même chose pour l’évolution de la médecine ou le mouvement des droits civiques, qui ont contribué à l’amélioration de la qualité de vie. 

Les sujets sont très variés et de nombreuses informations sur le monde nous sont présentées en images et en couleurs. Les anecdotes sont très intéressantes car on apprend une foule de choses qui n’étaient pas forcément beaucoup enseignées. Saviez-vous par exemple, que l’espérance de vie des hommes de l’Égypte ancienne était de trente-quatre ans? Que 10 millions est le nombre estimé de Congolais qui furent tués sous le règne de Léopold II de Belgique? Qu’à la fin du XVe siècle, c’est 50 millions de personnes qui vivaient en Amérique du Nord? Qu’en période de récolte, les esclaves travaillaient 18 heures par jour? Que c’est en en 1891 que survint le premier accident de la circulation en voiture? Que 90% des films réalisés à Hollywood avant 1929 ont été perdus? C’est un tour d’horizon historique et anecdotique sur l’histoire mondiale.

Incroyable Histoire est vraiment magnifique. Les illustrations sont vraiment très belles et détaillées. L’expérience de lecture est très riche, puisque tout est mis en images. Les détails sont fabuleux et nous permettent d’apprendre un grand nombre d’informations sur l’histoire générale. Les graphiques et les cartes nous aident à mieux comprendre les enjeux de l’évolution. Cet ouvrage est un livre familial, à la portée de tous, qui permet de découvrir une histoire globale du monde et de l’évolution de l’homme. 

Un livre passionnant à avoir dans sa bibliothèque!

Incroyable Histoire. Le passé comme vous ne l’avez jamais vu, Collectif, éditions Hurtubise, 208 pages, 2020