Buveurs de vent

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Matthieu, qui entend penser les arbres. Puis Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

J’ai tout de suite été attiré par ce livre. Déjà, j’adore la couverture du roman, qui va tellement bien avec l’image que je me fais de cette histoire. L’auteur m’était inconnu et ça été une très belle découverte puisque j’ai eu un gros coup de cœur pour ce livre. J’ai adoré le style d’écriture et tout le mystère qui tourne autour du Gour Noir. C’est tout à fait le genre de roman qui aurait pu avoir cent ou deux cents pages de plus et ça m’aurait comblé. Être plongé dans cette histoire est un vrai plaisir. On y entre sans pouvoir lâcher le livre. 

Le roman raconte à la fois l’histoire d’une fratrie et celle d’une petite ville reculée, qui évolue à l’écart du monde. Le fondateur des lieux, Joyce, veut montrer que la ville lui appartient et que tout ce que les habitants ont, est de son fait. Les rues portent son nom, il espionne tout, dirige le shérif, décide qui épouse qui. C’est lui qui a le pouvoir de choisir les destinées de tous et chacun.

Le fait que Joyce se soit approprié la ville et décide pour tous les habitants demeure à la fois inquiétant et choquant. Une vie toute tracée, un quotidien qui fonctionne sous la peur et le poids des décisions de Joyce, qui agit comme un dictateur sur les habitants. Peu autonomes, sous l’emprise de cet homme, les habitants vivent avec la peur au quotidien. L’arrivée de certains personnages est une promesse d’avoir un peu d’espoir et de se réapproprier leurs vies.

Tout tourne autour de la centrale nucléaire que Joyce a construit. Toutefois, on suit également une fratrie et leur évolution au fil du temps. Le roman est construit pour présenter cette famille, quatre enfants pour qui la nature est essentielle et leurs parents qui sont froids et durs. L’histoire suit cette famille, ainsi que Joyce le dirigeant du village et les lieux les plus fréquentés: la centrale et le bar. Tout évolue autour de ce petit monde pour nous offrir une fresque à la fois intrigante et mystérieuse. 

« Marc lisait entre deux contrôles, guettant le moindre craquement du plancher au-dessus pour ne pas être surpris par Sokal. Malgré l’interdiction de son père, il continuait de lire aussi dans sa chambre, affinant une conception idéale du monde qui le conduirait plus tard à poser ses propres mots sur des feuilles blanches. Bien plus tard, lorsque, ayant beaucoup lu, il s’y autoriserait. »

Le texte fracassant m’a happé dès le début de ma lecture. Buveurs de vent est un livre où l’on s’attache énormément aux personnages et pas seulement aux quatre enfants qui sont en quelque sorte les personnages principaux du roman. J’ai également adoré le personnage du grand-père, qui m’est très sympathique, alors que les parents des enfants ne le sont pas du tout. Les parents choisissent une forme d’éducation pour leurs enfants qui n’est pas vraiment admirable. Ils sont glacials et violents. Les frères et la sœur quant à eux, ont une relation exceptionnelle. C’est une fratrie tissée serrée.

« Quatre ils étaient, un ils formaient, forment et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir. »

La nature est très présente dans le texte et les quatre personnages principaux sont très proches d’elle et du monde qui les entoure. La nature leur permet d’échapper à leur quotidien. Les gens dans cette histoire ne vivent pas vraiment. On décide pour eux, ce qu’ils vont être, ce qu’ils feront comme travail et leur quotidien est déjà décidé d’avance. La nature permet de s’évader et de se retrouver, l’espace d’un instant. D’être eux-mêmes. Les enfants l’expérimentent très souvent. La nature y est présentée comme un refuge pour être épargné de la folie de certains hommes. La nature comme lieu d’évasion. L’auteur offre une belle description du paysage où se déroule son histoire et de l’environnement qui entoure ses personnages. J’ai vraiment apprécié cet aspect.

« Matthieu retira ses bottes et ses chaussettes, son pantalon et son caleçon. Se tint droit, les bras le long du corps, les pieds posés sur un lit de feuilles. Désir farouche de s’enraciner, de devenir un arbre. Il sentit grouiller des vies nouvelles sous ses pieds, en pénétrer la plante, escalader ses chevilles. Sentir la sève monter dans ses jambes, comme quant on serre dans un étau une branche coupée au printemps. Il appartenait enfin à ce monde, devenu un simple filtre des puissances souterraines. »

La qualité du texte de ce roman est exceptionnelle. On sent que Franck Bouysse a construit tout un monde avec Joyce et son village. Il y a un bon dosage entre les personnages qui sont attachants et ceux qu’on déteste. L’auteur réussit à en faire un roman prenant et une histoire qui est à la fois intrigante et mystérieuse. Il crée tout un univers et des personnages plus grands que nature qu’il est impossible d’oublier. Le roman baigne dans une atmosphère mystérieuse qui se rapproche de la légende et c’est peut-être la raison pour laquelle on est rapidement entraîné dans le roman. Le village crée ses propres histoires au fil du temps. Le village en lui-même est un endroit mythique qui fait vivre ses propres légendes.

J’ai eu un très gros coup de cœur pour ce roman qui se lit vraiment bien et qui est l’une de mes très belles découvertes cette année. C’est un auteur que j’ai découvert avec un immense plaisir et je m’offrirai assurément un autre rendez-vous avec ses histoires. J’ai de la chance: il a quand même plusieurs livres à son actif!

Buveurs de vent, Franck Bouysse, éditions Albin Michel, 400 pages, 2020

L’Hiver de la Sorcière

Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

L’hiver de la sorcière est le dernier tome de la « Trilogie d’une nuit d’hiver » de Katherine Arden. Et quelle lecture! J’ai adoré cette finale. Le roman est bon, prenant et difficile à lâcher. On veut savoir ce qu’il adviendra de Vassia, dans cette Russie à feu et à sang où les sorcières sont envoyées au bûcher et où les créatures magiques côtoient la religion des hommes. Vassia, que l’on a vu évoluer dans les deux autres tomes, doit échapper à la fureur de Moscou, incendiée. Sa position n’est pas très enviable, mais le rôle qu’elle jouera sera exceptionnel. Dans tous les tomes, on tente de lui mettre la bride au cou, de la calmer, de la marier afin qu’elle prenne sa place et cesse de se comporter en garçon, ou alors de la confiner dans un couvent. C’est bien mal connaître Vassia, têtue et rebelle, ce qui en fait un personnage auquel on s’attache encore plus. 

« Rien qu’hier, elle vous a sauvé la vie, a tué un magicien dévoyé, et a embrasé la ville avant de la sauver; tout cela en une seule nuit. Croyez-vous qu’elle consentira à disparaître contre une dot, ou à n’importe quel prix? Connaissez-vous ma sœur? »

La « Trilogie d’une nuit d’hiver » se déroule dans la Russie médiévale, à une époque où la double foi – celle en la religion et celle dans des êtres fantastiques – crée des guerres et des affrontements sans fin. L’auteure poursuit ici l’histoire de Vassia, une héroïne forte et courageuse, accusée d’être une sorcière, qui tente de faire le pont entre son monde et celui des créatures magiques. Ce troisième volet est aussi l’occasion pour elle d’en apprendre plus sur sa famille, de découvrir la Minuit, une sorte de monde parallèle où elle côtoie des créatures magiques. La mission qu’elle se donne est alors de rapprocher les deux mondes afin qu’une certaine paix soit instaurée entre les humains et les êtres fantastiques. Pendant ce temps, la guerre avec les Tatars se prépare…

« Mon domaine n’est pas fait de jours ou de saisons, mais de minuits. On peut y traverser le monde en un instant, tant qu’il est minuit là où l’on va. Ou, plus probablement, mourir ou perdre la raison en essayant. »

Ce roman fantastique puise ses racines dans l’histoire, la vraie. Certains personnages du roman ont réellement existés (ici, ils sont romancés pour les besoins de l’histoire) et certains faits historiques racontés ont aussi eu lieu, comme la Bataille de Koulikovo. C’est une bataille à la base de l’unification de la nation russe. C’est un peu la même chose que l’on retrouve dans ce roman, mais avec notre monde et celui des créatures magiques. J’aime également tout le travail de recherche qu’a fait l’auteure avec ce livre, qui est une véritable plongée dans le monde médiéval russe. Des noms, aux lieux, en passant par les mythes, les légendes et des personnages historiques, Katherine Arden a fait beaucoup de travail afin d’offrir un roman qui soit crédible, complet et détaillé.  L’auteure a mit plusieurs années à écrire sa trilogie. J’ai particulièrement aimé l’écriture et le monde dans lequel elle nous amène.

C’est d’ailleurs dans les légendes russes qu’elle puise pour nous offrir cette plongée médiévale fascinante. Ce troisième tome termine à la perfection cette trilogie, en nous offrant vraiment des moments touchants, effrayants et fantastiques. On retrouve Vassia, cette héroïne qui n’a pas froid aux yeux; Morozko le roi de l’hiver; son frère jumeau l’Ours; et le maléfique père Konstantin. On y retrouve des chevaux de légende qu’on imagine sans mal comme des créatures puissantes nimbées de mystère; des oupyrs (sortes de vampires slaves); ainsi qu’une foule de tchiorti (les « diables » du folklore russe) qui sont toujours présents un peu partout dans le roman et prêts à aider (ou mettre des bâtons dans les roues). Cette mythologie est sans doute la plus grande force de ce roman justement parce que Vassia peut les voir, entretenir des relations avec eux et faire le pont entre notre monde et le leur.

« Mon frère pense que les hommes et les tchiorti peuvent partager le même monde. Ces mêmes hommes qui se propagent comme une maladie, qui font sonner les cloches de leurs églises et nous oublient. Mon frère est idiot. Si les hommes sont laissés sans contrôle, alors un jour il n’y aura plus de tchiorti, plus de route de la Minuit, plus une seule merveille dans le monde. »

L’atmosphère de cette série est vraiment unique. On baigne dans l’hiver et le froid. Dans ce tome-ci, on aborde également les autres saisons, en se promenant de la Minuit à la Midi et en évoluant en dehors du temps. Les histoires et les personnages fantastiques sont fascinants. La relation entre Vassia et Morozko est beaucoup plus étoffée dans ce troisième tome où la jeune fille doit définitivement faire des choix déchirants. 

Cette trilogie, très visuelle, ferait d’ailleurs une série de films absolument incroyables! On peut se permettre de rêver, qui sait. Cette trilogie est définitivement l’une de mes très belles découvertes des dernières années. Plus les tomes avancent, plus ils me semblent encore mieux que les précédents. Une série que je ne peux que vous conseiller, si vous aimez les contes et les grandes histoires russes pleines de mystère et de légendes.

À lire!

Mon avis sur les deux autres tomes:

L’Hiver de la Sorcière, Katherine Arden, éditions Denoël, 464 pages, 2020

Waluk t.2: La route du grand chien

Alors que Valkia est partie chasser, Waluk et Esquimo veillent sur ses petits et ils s’aperçoivent bien vite que s’occuper d’oursons n’est pas de tout repos ! Nos amis croisent sur leur chemin un navire gigantesque qui se fraie un passage entre les blocs de glace, laissant dans son sillage une traînée noire et nauséabonde. Heurtant accidentellement la banquise, le navire abandonne derrière lui un étrange conteneur. De quoi exciter la curiosité des ours, et surtout des aventureux oursons… Pendant ce temps, les chiens du campement sont confrontés à de graves problèmes. Alertés, Waluk et Esquimo décident de leur venir en aide. Ils ne seront pas les seuls à protéger les chiens des humains cupides : un puissant allié surgit… le Grand Tuhis !

La route du grand chien est une très jolie suite au premier tome de Waluk, une bande dessinée en deux parties. Dans ce second livre, Waluk et son vieil ami Eskimo auront à surveiller les oursons de Valkis, pendant que de nouvelles aventures s’annoncent pour sauver un groupe de chien de traineaux qui est en danger. Uhuapeu, la chouette, viendra aussi réclamer de l’aide à nos deux ours.

« La frustration, le découragement et les envies de meurtre se bousculaient dans la tête de Castor. Seul lui importait l’argent et il n’appréciait rien, si ce n’est ses fusils et sa nouvelle motoneige. »

Cette fois, les auteurs nous présentent une histoire basée sur la camaraderie et l’entraide, qui amèneront nos combattants à affronter l’Homme pour ainsi éviter une tragédie. L’être humain n’est pas toujours bien représenté dans la bande dessinée, mais comme dans tous les domaines, les animaux nuancent aussi leurs propos selon l’expérience qu’ils en ont. C’est intéressant de voir des animaux poser leur regard sur l’Homme et c’est ce qui est agréable dans cette bande dessinée. Cette façon de montrer une vision que les animaux pourraient avoir de nous.

« Les humains! Ils étaient si insignifiants aux yeux de Valkia! Ils avaient toujours l’air d’être ailleurs, incapable de respecter la Terre qui les nourrissait ou de respirer la brise qui leur apportait une multitude d’odeurs… On aurait dit que leur unique désir était de s’entourer de choses non comestibles et malodorantes. Valkia était chaque jour plus fière d’être une ourse! »

Cette très belle bande dessinée est l’occasion d’aborder des thèmes comme l’amitié, l’entraide et l’écologie. Il s’agit véritablement d’une bande dessinée familiale, qu’on peut lire à tout âge, au dessin vraiment très beau. Cette histoire d’animaux qui parle énormément d’écologie et de l’empreinte de l’homme sur son environnement, devrait plaire à un large public.

Tout comme dans le premier tome, j’ai adoré les dessins colorés et attachants de Ana Miralles qui sont d’une grande beauté et très représentatifs du texte et du message véhiculé. Les animaux de l’Arctique et l’écologie des lieux m’ont naturellement beaucoup interpellé. Avec cette histoire en deux tomes, les auteurs dénoncent l’insouciance de l’être humain face à la nature, ce qui a des conséquences directes sur les animaux, qui doivent travailler deux fois plus pour manger et survivre. Étant très proche de la nature, les sujets abordés m’ont beaucoup touché. 

Un texte pour tous, avec un message fort, qui cherche à dénoncer la cruauté et le non-respect de l’homme face à la faune et aux animaux. C’est une bonne façon de sensibiliser les plus jeunes (et les moins jeunes) à prendre conscience de leur environnement et à le protéger, afin que l’équilibre soit préservé dans le futur, pour un avenir un peu plus heureux pour tous. Le format en bande dessinée est intéressant à ce niveau, surtout que les illustrations sont vraiment magnifiques. 

Une lecture que j’ai adoré!

Mon avis sur le premier tome, La grande traversée.

Waluk t.2: La route du grand chien, Emilio Ruiz, Ana Miralles, éditions Dargaud, 48 pages, 2020

Echoes t.3

Tel est pris qui croyait prendre… Senri se fait délester de toutes ses économies par le lycéen qu’il avait racketté, dont le père est yakuza. Mais c’est un mal pour un bien, car l’un des gardes du corps du fiston semble posséder des informations qui permettraient à l’orphelin de se rapprocher de sa cible ! Malgré tout, les indices restent minces : une photo, l’adresse d’une mystérieuse société de crédit, un fragment de carte postale… Senri décide donc de raviver sa mémoire en se rendant au pied d’un grand pylône qu’il avait découvert avec son frère près de leur ancienne maison. Dans ce lieu chargé de souvenirs, il a sa première vision depuis des années… Kazuto serait-il encore en vie ?

J’aime beaucoup le travail du mangaka Kei Sanbe. J’aime son trait de crayon qui, je trouve, colle bien au genre thriller. Ses personnages ont toujours un petit quelque chose de dramatique qui va bien avec ses histoires un peu tordues. Auteur de la série Erased qui était excellente, Echoes est tout aussi intéressante. Sorte de thriller fantastique, l’histoire est assez intrigante et prenante d’un tome à l’autre. Ce troisième tome ne fait pas exception.

L’histoire nous raconte le drame de Senri, le seul survivant de sa famille assassinée. Son frère jumeau avec qui il a une très forte connexion et partage des visions, a été kidnappé. Senri sait qu’il est mort puisque les visions se sont arrêtées du jour au lendemain.

« Mon frère et moi, même quand on était séparés on pouvait apercevoir ce que l’autre voyait! Ce n’était pas tout le temps, seulement lorsqu’il arrivait quelque chose à l’un de nous! »

En plus de vivre avec la colère et la soif de vengeance, il doit assumer d’être le seul survivant de sa famille. Jusqu’à ce qu’un jour, les visions finissent par revenir…

Dans ce troisième tome, Senri se demande si son jumeau ne serait pas toujours vivant… Quelques indices, dont le carnet appartenant à son père et une vieille photo, l’amènent à faire sa propre enquête et à découvrir des choses pour le moins troublantes. Le manga nous plonge également à nouveau dans l’enfance de Senri, ce qui nous aide à comprendre son passé, ses difficultés d’adaptations, et sa façon de vivre le drame qui l’a brisé. Ce que Senri découvre à propos de son frère l’amène à se poser une foule de questions et à se torturer l’esprit. Ses nouvelles visions lui apportent encore plus de questions que de réponses. 

Hanté par la disparition de son frère, c’est la vengeance qui permet à Senri de rester debout. L’espoir de revoir son frère et de savoir qu’il est peut-être encore vivant pourrait devenir sa nouvelle raison de vivre. Senri est un personnage qui s’attache à quelque chose de toutes ses forces pour continuer à avancer, brisé qu’il l’est par le drame qui a fait éclater sa famille. 

La narration de ce troisième tome est tout aussi efficace que celle des deux précédents. Il me tarde de découvrir la suite et de poursuivre cette histoire intrigante et touchante. Un manga que j’aime définitivement beaucoup! 

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Echoes t.3, Kei Sanbe, éditions Ki-oon, 194 pages, 2019

Une forme claire dans le désordre

À l’occasion du vingtième anniversaire de leur résidence à la Villa Médicis, quatre amis artistes louent ensemble un appartement à Rome pour y passer un long weekend. Deux décennies durant, Adèle, Thomas, Peter et Yosr ont beaucoup vécu. Alors qu’ils arpentent les rues d’une cité dont le dessin leur semble à la fois familier et déroutant, une question résonne à chacun de leurs pas : qui sont-ils devenus?

J’ai terminé Une forme claire dans le désordre (quel beau titre!) d’Éléonore Létourneau et j’ai passé un beau moment de lecture. C’est ma première rencontre avec la plume agréable et l’écriture soignée de l’auteure. J’ai beaucoup aimé sa façon d’amener son sujet et de parler de ses personnages. 

Ce court roman nous raconte l’histoire de quatre amis artistes qui se retrouvent après vingt ans, à Rome. Ils étaient une douzaine de pensionnaires à l’époque, à créer et profiter des lieux, ils ne seront que quatre pour ces retrouvailles: Adèle, française ayant vécu au Japon et qui est écrivaine; Yosr, photographe, native de Tunisie, impliquée dans sa communauté; Peter, artiste de land art, qui tente de faire le deuil de Mia; et Thomas, musicien de Brossard, qui espérait vivre le rêve américain. Des personnages que l’on suit au fil du temps et qui se livrent, peu à peu.

« Ils étaient revenus comme on renverse le cours du temps. »

L’histoire nous raconte leur séjour à Rome alors qu’ils tentent de se retrouver eux-mêmes, de définir leur parcours et leur évolution après toutes ces années. Les retrouvailles se déroulent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, même si le temps a fait son œuvre, que les expériences se sont accumulées, parfois pour le meilleur comme pour le pire. Ce retour à Rome est l’occasion pour eux de se redéfinir, de réaliser qui ils ont été et qui ils sont maintenant. Entre les souvenirs et les réflexions sur leur vie actuelle, l’histoire brosse un portrait délicat de personnages qui ont vécu pour et par leur art.

Le roman est aussi ancré dans l’actualité. On y retrouve des réflexions sur les changements climatiques, les guerres, les injustices et les révolutions. Le texte nous fait voir les combats et les implications de chacun des personnages, dans leur vie personnelle et à travers leur art. L’écriture est vraiment agréable, les chapitres défilent vite. J’ai trouvé le livre à la fois dépaysant, puisqu’il m’amenait vraiment hors de mes habitudes de lectures, et intéressant dans son questionnement sur ce que nous choisissons de faire de nos vies, sur l’amitié et sur la création.

« Dans la vastitude des territoires inexplorés, des millions, des milliards de personnes conduisaient des vies solitaires et entrelacées, faites de continuité et de ruptures, de lutte et d’abnégation, d’effusions et de déchirements. Ce tissu d’existences tenait le monde, comme une trame, en dépit des guerres et des enjeux nationaux. On ne vivait pour rien d’autre que pour sentir ça. Cette grandeur jusque dans l’infime, ces marées intérieures berçant l’univers. »

Un roman dont la lecture m’a beaucoup plu. Une belle découverte! 

Une forme claire dans le désordre, Éléonore Létourneau, VLB éditeur, 144 pages, 2021