Tess dans la tête de William

Tess dans la tête de William

Il a fermé et fixé les volets. Il a pris son sac, son carnet, sa plume, son chapeau mou. Il est parti. Il n’a pas dormi devant la maison comme il aurait voulu le faire une dernière fois. Il a marché jusqu’à la côte, pas très loin, jusqu’aux falaises incrustées de fossiles, jusqu’à la plage où la calcite blanche trace dans le mudstone des signes cabalistiques. Anciens récifs d’archéocyathes, prés sous-marins de crinoïdes, tous ces petits morts pétrifiés dans le roc de L’Anse-Amour. Il a mis ses mains dans l’eau jusqu’à ne plus les sentir, jusqu’à les couper, les brûler, le froid répandu partout, la tête engourdie, le sang figé. Il a crié: «Tess!», il me l’a dit.. Il a crié: «Tess!», a mis ses mains dans ses cheveux.

Tess dans la tête de William est une suite symbolique à Inlandsis suivi de Comment dire que j’ai lu tout récemment. Si le premier était un recueil de poésie, le second est plutôt un récit. Poétique, tout de même.

Dans le premier livre, le recueil de poésie, le lecteur est en quelque sorte à l’intérieur de l’univers du personnage, dans sa tête. Ici, on voit ce qui se passe en lui, dans la tête de William, mais en étant un spectateur extérieur. Le point de vue était différent dans le recueil de poésie.

Tess dans la tête de William nous fait voyager dans différents endroits. C’est aussi là qu’on voit les réactions de William et ce qu’il est. C’est un récit dans lequel on ressent un très profond mal de vivre du personnage principal. Dans sa tête tout est brisé, fragmenté, gelé. Il a parfois besoin de répit pour ne pas éclater. Pour chasser les personnages qui le tourmentent, qui sont en lui. Il s’agit donc d’un récit noir, dramatique et très psychologique.

« Je suis assis sur le pas de la porte et je regarde. Le ciel et la terre se confondent dans le brouillard. Plus rien n’a d’épaisseur. Ni mon arbre, fin squelette flou, ni mon corps, aussi inconsistant en ce moment que mon esprit fou. J’ai peur. Être ainsi déserté de moi-même, tout connu anéanti d’un coup. Un seul cri dans ma tête perdue: « William! » Comme si je me cherchais. Comme si de dire mon nom allait me rendre un semblant de réalité. J’ai peur, l’ai-je dit? Je ne peux pas suivre le fil d’un raisonnement, tout est effiloché, vaporeux. »

Dans Inlandsis, les lieux étaient fortement représentés à travers des mots très imagés. Le point de vue était différent, l’histoire n’était pas non plus la même, mais tout est connecté. Comme si tout avait une forme, une épaisseur. Que l’histoire vivait dans la noirceur et à travers elle.

Inlandsis suivi de Comment dire provoquait de nombreuses images pour alimenter notre imaginaire. Tess dans la tête de William éclaire énormément la lecture de Inlandsis, un peu comme un projecteur qui mettrait en lumière tant les différences entre les deux textes que leurs similitudes. L’histoire de William est moins ancrée dans l’imaginaire, dans la poésie, beaucoup plus dans le monde réel. Les deux pieds rivés au sol, il vit pleinement une grande souffrance. C’est le récit d’un personnage principal qui perd pied et tente de se relever. C’est une histoire de mal de vivre, de fuite, de désespoir.

Il y a, malgré la détresse, une belle poésie dans les mots de Marie-Claire Corbeil qui a une plume exceptionnelle. En peu de mots, elle crée un univers violent, fort, puissant. Quelque chose gruge William, une douleur qui forme des liens entre la poésie découverte dans Inlandsis et le récit de William. Par exemple, certaines images du premier livre, comme cette falaise érodée, est en quelque sorte mise en mots, incarnée dans ce que vit William, terrassé, glacé, seul. Le message est très fort.

« Je ne suis pas malade, je délire à froid. Je suis en danger. Plus que troublé: effrité, pulvérisé. Pourtant, je lutte, je m’agrippe, mais je tombe dans l’abîme de moi. J’ai peur. Je tombe longtemps et tout remonte: l’enfance, Tess, les amis, les refus, les blessures. Quand c’est fini, je suis quasiment mort. Je suis couché par terre, bête blessée, suffoquante, atterré de chagrin et heureux. Pourquoi heureux? J’ai peur! C’est comme un cri d’amour en moi. Je suis perdu. »

J’ai bien aimé ce second livre. Au début je me demandais si c’était une bonne idée de le lire tout de suite après Inlandsis. Au début le texte me semblait peut-être un peu lourd, le sujet n’étant pas forcément joyeux. Cependant, plus on avance, plus Tess dans la tête de William est éclairant et finalement, je suis content de les avoir lu rapprochés.

Une auteure qui a été une bonne rencontre littéraire pour moi, car la plume de Marie-Claire Corbeil est particulière et exceptionnelle.

Mon billet sur Inlandsis suivi de Comment dire, premier titre symbolique de ce diptyque.

Tess dans la tête de William, Marie-Claire Corbeil, éditions Triptyque, 92 pages, 1999

L’économie de la nature

L'économie de la natureL’expression «économie de la nature» a surgi dans le vocabulaire des sciences au XVIIIe siècle bien avant que le néologisme «écologie» ne s’impose à nous, plus d’un siècle et demi plus tard. Chez Carl von Linné, Gilbert White ou Charles Darwin, l’économie de la nature désigne l’organisation des relations entre les espèces au vu du climat, du territoire et de leur évolution. Cette économie pense l’imbrication des espèces, y compris les êtres humains, dans un réseau d’interactions incommensurables et impondérables. Mais très vite, les physiocrates, les premiers «économistes», la dévoient pour fonder une science de l’agriculture subordonnée à de prétendues lois du marché. Un détournement dont nous pâtissons jusqu’à ce jour.

Ce court essai fait partie d’une série sur l’économie. Celui-ci est le premier, le second s’intéresse à la foi et le troisième, à l’art. Les deux derniers sont dans ma pile à lire. J’avoue qu’avant d’avoir ce livre entre les mains, je ne m’étais pas vraiment questionnée sur le terme d’écologie et d’économie de la nature. C’est principalement le mot « nature » qui m’a attirée vers ce livre et j’y ai découvert des propos forts intéressants.

Je réalise cependant qu’au tout début de ma lecture, je ne savais pas trop où l’auteur voulait en venir. Et c’est d’ailleurs à cause de ce constat que j’ai compris à quel point le mot « économie » n’avait plus du tout la même signification aujourd’hui qu’avant. À quel point l’idée que l’on se fait de « l’économie » aujourd’hui est en quelque sorte à l’opposé total de la nature et que de coupler les deux mots, « économie de la nature », nous apparaît presque comme une abomination.

« On se croit confronté à une dualité lorsque ces deux notions sont mises en apposition, car la novlangue de notre régime idéologique a fait passer pour « économiques » des activités déstabilisatrices, destructrices, polluantes et indifférentes au tout. Or, l’économie, avant que ne soit dévoyé son sens, et l’écologie, telle qu’on la conçoit encore, sont de parfaits synonymes. »

L’auteur avec cet essai, tente de reprendre en quelque sorte l’économie aux économistes et nous offre une sorte de genèse du concept afin de mieux en saisir toute la portée. Quelle est la définition d’économie? Qu’est-ce que « l’économie de la nature »? Il s’agit en fait de l’organisation de la nature et de la relation des différentes espèces entre elles.

On y aborde de plus l’agriculture (ses désastreuses monocultures ainsi que les OGM) et on tente de montrer que l’on perd beaucoup à ne garder de l’économie que le côté production, biens matériels, argent. Alors qu’il y a plus de deux siècles, l’idée « d’économie de la nature » suffisait pour décrire l’équilibre entre les espèces et leur environnement, l’expression s’est en quelque sorte éteinte, puisqu’elle est maintenant associée au domaine financier.

« Contrairement à l’économie de la nature, l’économisme n’inclut les sujets humains dans son modèle qu’à la manière de fonctions abstraites. »

L’ouvrage fait état de nombreux exemples tirés de l’histoire pour exprimer son propos. Par exemple, l’introduction de loups dans le parc de Yellowstone en vue de sauvegarder un écosystème entier ou la négligence humaine qui permet à des espèces qui ne sont pas indigènes de se propager et de causer les dommages que l’on sait sur la faune et la flore.

Dans cet ouvrage, on retrouve avec plaisir les écrits et la pensée de Linné, Darwin, Thoreau, entre autres, ainsi que plusieurs autres théoriciens qui ont apporté leur pierre à l’édifice de l’économie de la nature. Des thèmes aussi vastes que les différences de classes, la richesse et la pauvreté, le capitalisme, l’économie organique,  sont abordés par l’auteur.

Cet essai n’est pas un ouvrage qu’on lit en bloc. Le propos est intéressant, mais un peu complexe. Je trouve également qu’on associe si peu l’économie à la nature que le thème peut être un peu déstabilisant. J’ai mis un moment à bien intégrer ma lecture et à sentir le propos devenir plus fluide. Toutefois, c’est un essai qui nous amène à nous questionner sur la nature et sur le concept d’économie dans sa globalité. Ce livre m’a beaucoup intéressée. Il s’agit d’une façon différente, théologique et philosophique d’aborder l’ensemble des propos désignant la nature: les espèces, « l’écologie », l’agriculture, ainsi que les liens entre les espèces.

« Du moment que la relation à la terre de même que la connaissance des espèces animales et végétales ne relèvent plus en elles-mêmes d’un lien spirituel et vital au monde, mais d’un simple moyen par lequel atteindre des cibles comptables, c’est la nature qu’on repousse hors champ. »

J’ai bien apprécié cette lecture et je lirai avec plaisir les autres ouvrages de l’auteur dans la même série sur l’économie. Je suis curieuse de connaître son propos autour de la foi et de l’ar. Si la philosophie vous intéresse, L’économie de la nature est une belle découverte à faire.

L’économie de la nature, Alain Deneault, Lux éditeur, 142 pages, 2019

Deux poids deux langues

Deux poids deux languesEn 1763, la Grande-Bretagne prend possession du Canada. Après une période d’accommodation marquée par la volonté de certains d’assimiler les Canadiens français, ces derniers se regroupent pour faire reconnaître leur langue. Commence alors une longue histoire au cours de laquelle différentes conceptions de la dualité linguistique se succéderont. Serge Dupuis souligne l’inégalité des rapports de force entre le français et l’anglais, puis les efforts déployés par l’État fédéral, le Québec et les autres provinces pour rétablir une certaine équité ou, dans les moments malheureux, marginaliser la langue de la minorité. Cette synthèse suit l’évolution du bilinguisme franco-anglais au Canada, de la Conquête jusqu’à nos jours, en mettant de l’avant les tendances qui se sont imposées et les événements marquants.

Deux poids deux langues est un ouvrage hyper intéressant. Un livre qui devrait être lu d’ailleurs par tout francophone ou anglophone au pays, afin de mieux comprendre la réalité de chacun. Souvent, un livre de ce genre qui compile beaucoup de faits et tente d’expliquer une dualité compliquée, est trop didactique, plus complexe à lire. Sauf que ce livre-ci est vraiment bien fait. L’écriture est plus « libre », moins compacte et très accessible à un grand public.

Deux poids deux langues raconte notre histoire passée et présente, afin de mieux anticiper l’avenir des langues du Canada. Le propos capte rapidement notre intérêt puisqu’il parle de nous, d’une nation qui se bat depuis 1763, pour faire reconnaître la langue, les droits et la culture française de tout les canadiens. Cet ouvrage traite de la question linguistique au pays, à travers certains événements de l’histoire entre les francophones et les anglophones. Le livre touche à de nombreux thèmes, allant de la politique à la religion, en passant par la culture et l’éducation. En tant que québécois francophone, ce livre m’a permis de réaliser tout le travail fait par les francophones afin que leur langue soit reconnue. La langue anglaise a longtemps été la langue officielle, jusqu’à la reconnaissance (parfois très fragmentaire) du bilinguisme.

À travers les différents gouvernements qui ont été au pouvoir, on perçoit les façons différentes d’aborder la dualité linguistique. Certains ont été plus ouverts, plus conscients de l’importance du français au pays, alors que d’autres gouvernements ont plutôt fait reculer la question linguistique, considérant que le français n’est pas un enjeu très important. On comprend mieux pourquoi certains gouvernements ont tenté d’assimiler les francophones, alors que d’autres ont voulu travailler pour la reconnaissance du français.

Ce qui est déplorable, ce sont les façons de faire des différents paliers du gouvernement afin de limiter la présence francophone. En octroyant des « droits » aux francophones, mais en leur laissant une très mince marche de manœuvre pour être reconnus, il n’a jamais été simple de réussir à faire valoir les communautés francophones, surtout hors Québec. Les politiques d’immigration, en faisant beaucoup de place aux anglophones dans les autres provinces et en limitant l’arrivée des francophones dans les lieux où le français est déjà utilisé, fait diminuer le pourcentage de francophones dans les autres provinces et rend plus difficile pour ces communautés d’avoir des services en français. Les promesses de services d’éducation en français pour les communautés ne vivant pas au Québec n’ont pas souvent été réalisées. Ou alors, il y a un grand manque de cohérence dans leur application, si bien que pour ces communautés il est difficile de recevoir des services dans leur langue.

« En Nouvelle-Écosse, la province forme en 1996 un conseil scolaire provincial pour gérer les écoles acadiennes, mais le paragraphe 11 de l’Education Act réserve au ministre de l’Éducation la décision d’aménager ou de construire une école de langue française. En principe, le ministre accepte la construction de cinq écoles secondaires homogènes de langue française, mais il ne lance aucun chantier après trois ans. En arrivant au pouvoir en juillet 1999, les progressistes-conservateurs annulent ces projets, ce qui pousse les parents acadiens à recourir aux tribunaux. La cause entendue à la Cour suprême provinciale amène le juge Arthur LeBlanc à invalider la décision d’Halifax en avançant l’urgence d’agir pour contrer un taux d’assimilation devenu « inquiétant » chez les jeunes Acadiens. »

Je trouve triste que le Québec, qui a remporté certaines victoires au niveau de la langue, ait oublié les francophones hors Québec. On les a en quelque sorte laisser tomber. Avec le poids démographique francophone du Québec, on pourrait soutenir les francophones du reste du pays. On sent dans ce livre que pour les provinces, le bilinguisme officiel du pays ne leur facilite pas la tâche. Que ce serait beaucoup plus simple pour eux de n’avoir qu’à se soucier d’une seule langue: l’anglais. Un peu comme si les francophones étaient un poids pour le reste du pays.

Dans le livre, la politique tient une place importante. On apprend beaucoup de choses de ceux qui ont précédés notre gouvernement actuel. On réalise que la cause francophone a souvent été reléguée aux oubliettes. L’éducation et le droit à être servi en français en dehors du Québec est encore aujourd’hui une lutte pour les francophones qu’on tente d’assimiler.

Il est intéressant aussi de constater que l’éducation en français est parfois vu comme une richesse pour des familles anglophones du reste du pays et que si les gouvernements avaient souhaité promouvoir la langue française autant que la langue anglaise, il y aurait eu une belle possibilité de rendre les deux langues réellement accessibles pour tous et d’en faire un plus pour les citoyens. Dans les faits, le bilinguisme du Canada n’est pas vraiment ce qu’il devrait être. Cette idée fonctionne bien sur papier, mais très peu dans son application au quotidien avec les politiques en cours. La vulnérabilité des francophones hors Québec est très grande.

Deux poids deux langues est un essai très intéressant puisqu’il permet un éclairage à la fois pertinent et suffisamment abordable pour captiver le grand public. J’ai vraiment apprécié l’ensemble de cet essai, mais certaines parties ou anecdotes m’ont particulièrement intéressé. J’ai aimé mieux comprendre, au début du livre, pourquoi dans les différentes régions du Québec le français parlé peut être si différent. La langue étant une richesse qui s’est développée de différentes façons, en lien avec les lieux d’origine ou les contacts plus ou moins prolongés avec les Premières Nations.

On réalise également rapidement que le pays n’a pas connu qu’une guerre de langues mais également une guerre de religion. Il a fallu l’arrivée d’immigrants Irlandais, catholiques parlant anglais, pour que la religion catholique soit mieux acceptée, précédemment associée qu’aux francophones.

L’ouvrage, Deux poids deux langues, parle de dualité linguistique. Le livre aborde les conflits entre francophones et anglophones, mais vers la fin du livre, l’auteur aborde les langues des Premières Nations. Cette portion m’a particulièrement intéressé. J’aurais aimé en savoir plus, même si ce sujet n’était pas à la base le thème principal du livre. Avec l’utilisation des deux langues reconnues, l’anglais et le français, les langues amérindiennes sont passées à la trappe. Nous avions une soixantaine de langues parlées au pays, dont plusieurs sont disparues. Aujourd’hui, quelques initiatives sont faites pour tenter de sauver les langues toujours existantes, mais plusieurs disparaîtrons sans doute au cours des années à venir, le nombre de locuteurs ayant chuté malencontreusement, puisque ces langues ne sont pas valorisées. C’est d’une grande tristesse, puisqu’à la base, la terre sur laquelle nous vivons aujourd’hui avait une grande richesse linguistique que nous sommes en train de perdre. Les langues des Premières Nations devraient être reconnues et protégées.

Deux poids deux langues est un ouvrage passionnant, qui m’a permis de prendre encore plus conscience de la fragilité de la langue française au pays. Peu de lois existent pour protéger la langue, laissant souvent le libre choix aux provinces de faire (ou non) des démarches et des actions pour protéger les francophones et leur permettre de faire connaître leur culture, leur histoire et leur langue.

« Plus qu’un mode de communication, la langue et sa culture se transforment progressivement en arme pour résister à la domination britannique et promouvoir la reconnaissance des Canadiens français. »

Cet ouvrage nous permet d’ouvrir les yeux sur les combats faits pour protéger le français au pays et la façon dont les lois, les politiques gouvernementales ont abordé la question. J’ai appris à connaître le travail ou l’indifférence des gouvernements qui ont été en place dans le passé et le livre m’a permis de mieux comprendre une réalité dont on parle assez peu, la réalité des francophones hors Québec. Notre province a une place importante dans l’histoire francophone du pays, mais apprendre à connaître ce qui se passe dans les autres provinces aide à avoir encore plus envie de protéger notre langue. Elle est précieuse et unique, aussi importante que l’autre langue officielle du Canada.

L’ouvrage est complété par des tableaux explicatifs des pourcentages concernant l’utilisation des langues au pays. Les chiffes sont frappants parce qu’on réalise que partout ailleurs qu’au Québec, le nombre de francophones a chuté dramatiquement. Quelques photos accompagnent aussi parfois le texte.

Un ouvrage à lire si la dualité linguistique au pays vous parle. Un livre abordable et passionnant.

Deux poids deux langues. Brève histoire de la dualité linguistique au Canada, Serge Dupuis, éditions du Septentrion, 234 pages, 2019

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos

Les pieds dans la mousse de caribou la tete dans le cosmosChargé de ses cannes à pêche, Jean-Yves Soucy sillonne le Québec avec son épouse, en direction de la Côte-Nord. En chemin, il tombe en amour avec Baie-Trinité et sa Zec où il pourra taquiner la truite et peut-être pêcher enfin son premier saumon. Il installe sa roulotte sous les arbres du camping devant le fleuve, et y passe trois longs étés. C’est là qu’il mijote ce livre. Il prend abondamment de notes et de photos sur place, mais graduellement le récit qu’il envisageait se transforme, élargit son horizon et devient la réflexion approfondie d’un homme non seulement sur sa poursuite d’un poisson «légendaire», mais aussi sur l’intrication de sa vie personnelle à la Vie en général, sur la nature, sur l’histoire, sur la place dérisoire et pourtant centrale qu’il occupe dans l’Univers, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Car l’être humain, en tant que «poussières d’étoiles», devient la matière qui se contemple elle-même.

Ce récit de Jean-Yves Soucy est un véritable bonheur de lecture! Le livre en lui-même est très beau. Le titre, déjà, est plein de promesses. C’est à la fois poétique et invitant. La couverture est sobre, simple, magnifique. Elle colle si bien à l’univers de l’auteur, malheureusement trop tôt disparu. Jean-Yves Soucy est décédé en 2017. Écrivant ce récit sous son titre de travail, L’été du saumon, il remet en question son contenu et sa forme, puis décide de séparer certaines parties. L’une deviendra Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos et l’autre, Waswanipi, un livre inachevé, paru cette année, qui est dans ma pile à lire.

Avec Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos je découvre le bonheur de lire la plume à la fois reposante, simple, instructive et touchante de Jean-Yves Soucy. Ses mots célèbrent le bonheur des petites choses, du quotidien, des découvertes. Même s’il fait le constat qu’il a vieillit, qu’il lui reste moins d’années devant lui, sa perception du monde et de la vie est réconfortante. C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien, même si elle m’a profondément émue.

J’ai aimé la forme que prend ce livre, que je vois comme une sorte de collage, dont le point de départ est un long séjour à Baie-Trinité sur la Côte-Nord, pour pêcher dans une zec, une zone d’exploitation contrôlée qui permet à tous de profiter de la nature.

« Oui, je me sens chez moi à Baie-Trinité, comme dans toutes les régions dont Montréal est éloignée. Même si j’ai passé la moitié de ma vie dans la métropole, c’est l’autre moitié qui m’a le plus marqué… »

À travers les différents chapitres, Jean-Yves Soucy aborde toutes sortes de sujets. Si le thème principal demeure la nature, son propos se tourne aussi vers l’histoire, il raconte des anecdotes diverses, nous parle de la faune, de la flore, des champignons, de la pêche naturellement mais surtout, de la vie. Sa vie personnelle, la vie qu’il célèbre à travers sa façon d’en profiter, entre ses excursions, son travail d’écrivain et d’écriture, le quotidien avec sa compagne, ses petits-enfants et ses amis.

« Des amis se demandent comment Carole et moi pouvons habiter à deux dans seize pieds sur sept, sans nous gêner ni éprouver un sentiment d’étouffement. C’est mal nous connaître. Nous avons développé la capacité à être « seuls ensemble », c’est-à-dire à nous plonger dans le silence et la solitude tout en restant confinés dans un espace restreint. »

Plonger dans ce récit, c’est s’accorder une petite pause. C’est plonger dans une forme de quiétude réconfortante. Chaque fois que je revenais vers ses textes, j’éprouvais un sentiment de grand calme. L’auteur, sa façon d’être, invite à cela. Il y a naturellement des moments plus touchants, surtout lorsqu’on sait que l’auteur a perdu son combat contre le cancer. On sent dans ses écrits qu’il est conscient que la vie aura une fin, bientôt peut-être. Mais il n’y a rien de larmoyant dans ce livre. Jean-Yves Soucy célèbre la nature et partage avec nous des informations diverses et passionnantes.

Avec sa façon toute particulière et délicate de raconter ses découvertes, l’auteur nous amène à découvrir la géologie de son coin de pays, à nous parler d’histoire, d’oiseaux, d’ours, de champignons, de la vie dans la forêt qui s’entremêle et se connecte entre les différents organismes qui y vivent. Il raconte le bonheur d’être pêcheur, nous parle des poissons, de la biologie, de la botanique, des rivières, de généalogie, de science, de ses rencontres avec toutes sortes de gens avec qui il prend le temps de discuter. Pour lui, l’histoire de chaque personne compte énormément.

« À présent, les yeux rivés à leur téléphone intelligent, les gens se promènent tête basse, inconscients de leur environnement, bernés par l’illusion de communiquer avec la planète entière. Le progrès technologique devrait nous faire gagner du temps, nous ouvrir au monde; trop souvent, hélas, il isole dans une solitude plus grande encore. Chacun émet, mais qui réceptionne, qui écoute vraiment? »

Je me suis souvent retrouvée dans les mots de Jean-Yves Soucy. Je me suis sentie proche de lui à travers sa vision du monde et sa façon de s’intéresser à tout ce qui l’entoure. C’est un raconteur paisible, qui sait nous emporter et qu’on écoute avec intérêt.

« Ce moment de fulgurance lorsqu’on trouve chez un autre une pensée qui nous va comme un gant, qu’on portait sans jamais l’avoir exprimée. »

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos est avant tout un livre qui parle de la vie. C’est le récit d’un écrivain passionné qui a gardé l’émerveillement d’un petit garçon. À découvrir, assurément!

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos, Jean-Yves Soucy, éditions XYZ, 244 pages, 2018

Au grand air t.7

Au grand air 7Nadeshiko, motivée par l’exemple de Rin, est bien décidée à faire pour la première fois une sortie camping en solitaire ! L’idée n’est pas sans inquiéter sa sœur et ses amies, mais la campeuse novice n’en démord pas et prépare scrupuleusement son excursion. Au programme : promenades, beaux paysages et, évidemment, bons repas ! 

Déjà le tome 7 de cette série du manga Au grand air. Une série qui me plaît beaucoup puisqu’elle parle de camping hivernal, de tout ce qui rend ces moments très agréables: soupe chaude, solitude, nature et plein air. Ce septième tome est le dernier que j’ai sous la main. Il existe un tome 8, sorti en janvier dernier. Je ne sais pas quand je pourrai le livre, puisque j’avais emprunté la série avec le service de prêt entre bibliothèques et qu’avec la pandémie actuelle, les envois sont arrêtés jusqu’à nouvel ordre. On verra bien!

Au grand air est, comme toujours, un manga bien intéressant. Il me semble cependant que cette série se bonifie à mesure que les tomes avancent. On connaît mieux les personnages, on est plus familier avec l’humour de l’auteure et le cercle de plein air commence à avoir des bases un peu plus solides. Chaque campeuse se découvre et commence à percevoir un peu mieux ce qui lui plaît dans le fait de camper l’hiver et de partager cette passion avec d’autres personnes.

Ce tome parle du nouveau projet de camping en solo de Nadeshiko, qui inquiète un peu sa grande sœur et son amie Rin, surtout parce que personne ne réussit à la joindre. Les deux se sentent un peu coupable de la laisser partir seule et ont un peu peur qu’il lui arrive quelque chose. Le camping d’hiver doit être préparé précautionneusement et les filles veulent s’assurer que Nadeshiko fait les choses dans les règles de l’art.

Cette fois avec les campeuses, le lecteur visite la station d’Akasawa, un village qui faisait office d’étape lors de pèlerinages; le lac Ikawa ainsi que Fujinomiya, avec sa vue sur le Mont Fuji. Il y est comme toujours question de spécialités culinaires et de repas à venir, partagés toutes ensemble, qui fait rêver les filles.

Un nouveau voyage se prépare pour le tome 8, initié cette fois par la professeure responsable du groupe. C’est aussi le moment pour le cercle de camping de tenter de bénéficier d’une offre de petit bois intéressante…

Comme à l’habitude, une petite section bonus complète le manga, offrant de petites saynètes rigolotes en mode « intérieur », pendant que les filles ne campent pas et préparent leurs prochaines sorties.

Un septième tome à la hauteur de la série!

Mon avis sur les autres tomes:

Au grand air t.7, Afro, éditions Nobi Nobi, 178 pages, 2019