L’été de Summerlost

L'été de SummerlostUn an déjà que le père et le plus jeune frère de Cedar ont disparu dans un accident de voiture. Ce premier été après le drame, l’adolescente, sa mère et son frère s’installent dans leur nouvelle maison de vacances, dans la petite ville d’Iron Creek, et tentent de se reconstruire. Très vite, les mystères se succèdent: qui est le garçon bizarrement costumé qui passe chaque jour à vélo devant la maison? Qui peut bien déposer des objets sur le rebord de la fenêtre sans explication? Dans les coulisses de Summerlost, un festival de théâtre, Cedar se laisse entraîner par Leo sur les traces d’une actrice disparue dans d’étranges circonstances…

C’est la sublime couverture qui m’attirée vers ce livre. On a toute suite l’impression qu’on ouvrira un livre estival et ensoleillé. Plein de la magie des petites soirées d’été et des promenades à vélo. C’est du moins l’impression que me donnait ce roman avant de l’ouvrir.

Il y a des choses que j’ai adorées dans ce roman et d’autres, beaucoup moins. Autant le roman de Dan Gemeinhart traitait de sujets difficiles d’une façon lumineuse et émouvante, autant L’été de Summerlost m’a semblé très plat à côté. Ce n’est pas un mauvais roman. Cependant, c’est un roman que j’ai trouvé étonnamment assez long, dans lequel on n’a pas l’impression d’avancer.

L’été de Summerlost raconte l’histoire de Cedar qui aménage dans une maison pour l’été, avec son frère et sa mère. Son père et son petit frère Ben sont décédés dans un accident. Le reste de la famille tente de faire son deuil. Ce qui n’est pas chose facile. Les réflexions, les craintes et les pensées de Cedar sonnent justes et sont universelles, toutefois je n’ai pas trouvé ce roman touchant du tout. Un peu à la fin, sans plus. Cedar pose des réflexions assez graves sur la mort. Sujet omniprésent dans le roman. Cedar et Miles se passionnent pour un vieux feuilleton très mal fait où il y est question d’une femme enterrée vivante. Pendant l’été, Cedar découvre également la vie de Lisette Chamberlain, une actrice morte tragiquement et dont on fête le vingtième anniversaire de.

« Tu passes trop de temps dans les cimetières. Tu participes à trop de visites sur des personnes disparues. Et tu regardes trop de feuilletons sur des personnes enterrées vivantes. »

J’ai cependant trouvé que le texte manquait d’émotions. Est-ce dû à la traduction? C’est possible. J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à Cedar, Leo et Miles.

Toutefois, ce que j’ai trouvé de vraiment intéressant dans le roman et qui est rarement mit en valeur dans un roman jeunesse, c’est tout ce qui entoure le festival de Summerlost. Les chapitres sont divisés en actes, comme au théâtre. Cedar et son nouvel ami Leo en qui elle découvre un véritable complice, y ont trouvé un petit emploi d’été. Leo se passionne pour une actrice de la région, Lisette Chamberlain, qui a fait une belle carrière et il entraîne Cedar dans sa passion. Leur été sera sous le signe du théâtre, du festival mettant Shakeaspeare à l’honneur et d’un mystère entourant la disparition de Lisette Chamberlain. Pour recueillir plus d’informations et aider son ami, Cedar fera du bénévolat auprès de la costumière du théâtre.

Tous les aspects entourant Shakespeare, le théâtre, le travail en coulisse et la présence des deux enfants est sans doute ce qui est le plus passionnant dans le roman. C’est ce que j’ai trouvé qui différenciait l’histoire des autres romans, justement parce que c’est peu abordé comme thématique. Leo est un personnage passionné et peut-être le plus intéressant du roman à mon avis.

Au fil des pages, on apprend beaucoup de choses sur la famille de Cedar, sa façon d’aborder le deuil, la relation qu’elle avait avec son frère décédé, qui était un garçon différent. Ce n’était pas facile tous les jours et par moments, la culpabilité étouffe Cedar qui a du mal à vivre avec la perte de la moitié de sa famille.

« Mon père disait souvent que la vie, c’était comme tourner les pages d’un livre. « Oh, regardez, disait-il en faisant semblant de tourner une page quand un coup dur nous arrivait. Pas de bol page quatre-vingt-dix-sept. Et quatre-vingt-dix-huit. Mais ça s’arrange pages quatre-vingt-dix-neuf! Tout ce qu’il fallait faire, c’était continuer à lire! » »

L’été de Summerlost est un roman qui avait beaucoup de potentiel, mais que j’ai trouvé assez long et peu touchant, malgré la gravité des sujets abordés. Certaines tentatives d’humour retombent assez vite et il manque vraiment quelque chose au texte pour en faire un roman marquant ou touchant. Le mystère entourant Lisette Chambelain est assez pauvre également.

C’est vraiment dommage parce que c’est un roman que j’aurais aimé adorer. Il y a de très belles trouvailles de la part de l’auteur. Cependant, je n’y ai pas trouvé ce que je m’attendais à lire. Je me demande si le texte original semble aussi peu vivant que l’est la traduction? J’ai beaucoup de mal à mettre le doigt sur ce qui manque à cette histoire, mais définitivement, le texte est plat et plutôt linéaire, même s’il y aurait eu matière à donner plus d’émotions et de qualités aux personnages, afin de les rendre plus attachants.

Un roman qui se lit bien, mais qui ne m’a pas marquée plus que cela. Dommage, car le cadre était bien prometteur…

L’été de Summerlost, Ally Condie, éditions Gallimard Jeunesse, 304 pages, 2017

Le dernier homme

le dernier hommeUn monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’ « humains » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

En commençant ce roman, je m’attendais à lire une seule histoire alors que je découvre que Le dernier homme fait partie d’une trilogie, avec Le Temps du déluge et MaddAddam. Deux titres que je voudrais bien lire également.

Le dernier homme de Margaret Atwood nous transporte donc dans le présent et le passé de Snowman (autrefois appelé Jimmy). Une catastrophe humaine a changé le cours de l’humanité et le monde que nous avons connu. Nous sommes alors transportés dans le présent de Snowman et très souvent, dans ses souvenirs. C’est à un voyage dans le temps que nous convie l’auteure. Le passé de Jimmy est en quelque sorte notre futur à nous, les humains d’aujourd’hui. Il y a des reliques du monde que nous connaissons, dans les décombres que l’on retrouve dans le l’univers de Snowman. Dans les méandres de l’internet qu’il consulte, du temps où il s’appelait Jimmy, on retrouve un peu de notre culture et de ce que nous avons été. Les personnages de ce monde futuriste critiquent notre monde, notre mode de vie, notre façon de gérer nos relations avec les autres.

L’auteure alterne entre le passé de Jimmy et le présent. Son présent, par rapport à nous, est un monde futuriste. Cependant, on a l’impression que son univers pourrait ne pas être si éloigné du nôtre dans un proche avenir. Le monde décrit dans le roman est très détaillé et offre un regard assez noir sur ce que pourrait devenir notre futur. C’est un univers particulier, rempli de vestiges du temps passé.

Dans le passé, nous voyageons aux côtés de Snowman, de son meilleur ami Crake et de Oryx dont il est follement amoureux. Nous découvrons des compounds, des sociétés plus avancées qui évoluent à l’écart des autres. Ce monde est peuplé de créature particulières, comme les porcons et les louchiens, issus de la manipulation génétique. Le monde décrit dans Le dernier homme est très avancé du point de vue des technologies, de la science et de la génétique.

Crake, devenu adulte, façonne quant à lui ce qui sera le nouvel humain dans un présent désolé où tout est détruit et où il ne reste que des décombres et des déchets de l’ancien monde.  Il travaille beaucoup sur les créations transgéniques. Son but: créer la perfection, sans les défauts de l’humain. L’auteure offre avec ce personnage, une forme de critique et un avertissement concernant les manipulations génétiques qui peuvent s’avérer très dangereuses. En souhaitant effacer ce qui lui semble inégal et injuste, comme les hiérarchies et la jalousie, ses nouvelles créations ne sont pas forcément mieux. Le monde manque de saveur, de couleurs, d’identité.

L’histoire est un peu un constat et une critique du chemin que prend l’humanité avec les traitements génétiques et transgéniques, et l’envie de créer des êtres les plus parfaits possibles. L’auteure invoque du même coup les conséquences d’un monde futur, où l’obsession de l’homme à rechercher constamment la supériorité et la domination sur les autres espèces et sur la nature, l’amène plutôt à tout détruire autour de lui.

La pollution et l’écologie sont des thèmes qui reviennent souvent dans le livre. Certaines créations ou innovations faites par les scientifiques dans le roman le sont en cherchant à améliorer le monde que nous leur avons laissé. On ne peut s’empêcher de faire un certain parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui, surtout que dans le roman, un virus créé par l’humain est en voie de détruire l’humanité. Ici, il s’agit d’un roman naturellement, mais qui trouve certains échos à ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette histoire qui nous raconte un monde qui pourrait être probable, avec les avancées technologiques et scientifiques que nous connaissons.

Le dernier homme est ma première rencontre avec l’univers de Margaret Atwood. J’ai trouvé le roman très original, l’idée de cette vision futuriste est très intéressante et que dire de cette plume riche en vocabulaire et imagination! La traduction est également excellente et agréable à lire. J’ai par contre trouvé quelques longueurs au roman. La construction de l’histoire est assez lente. Il y a beaucoup de passages qui se déroulent dans le passé et j’avais souvent l’impression qu’il y en avait plus que dans le présent, alors que c’est à cette période que j’aurais préféré passer le plus de temps. Je la trouvais plus intéressante et plus intrigante.

Il y a donc des passages qui s’étirent en longueur et que l’on aurait pu raccourcir un peu. Le roman n’en est pas moins bon, mais il m’a manqué un peu de suspense pour rester totalement accroché à l’histoire. Peut-être est-ce parce que le livre est le début d’une trilogie? Ce que je ne savais pas en le commençant. Ma perception par rapport au dénouement et à mon envie de connaître les réponses plus rapidement aurait peut-être été différente de ce côté-là, en sachant que Le dernier homme place les bases d’une histoire beaucoup plus longue. Peut-être que cette impression sera plus ténue en lisant les autres volumes de la trilogie. Dans l’ensemble, je dirais que l’auteure réussit à pousser notre curiosité suffisamment loin pour avoir envie de découvrir la suite.

Malgré ce bémol, Le dernier homme m’a permis de passer un bon moment. J’ai trouvé le roman très intéressant, surtout parce que l’auteure réussit à créer un monde fascinant et terrifiant. Elle nous décrit un monde qui n’est pas très reluisant et qui est rempli d’incertitudes quant à ce qu’il adviendra dans le futur. C’est une lecture que j’ai aimé et qui m’a donné envie d’en savoir plus, surtout avec la façon dont l’histoire se termine. Je lirai assurément Le Temps du déluge et MaddAddam qui complètent le cycle commencé avec Le dernier homme.

Le dernier homme, Margaret Atwood, éditions 10-18, 480 pages, 2007

Grandes Plaines

grandes-plainesL’Ouest? Le mythe américain par excellence, nimbé du halo doré des légendes, magnifié par le western. Certes. Mais aussi, aujourd’hui, un vaste «nulle part» à l’abandon, que l’on survole en allant d’un point à un autre. Et où l’on stocke l’arsenal nucléaire. Rien que cela, vraiment? Que nous dit encore, et dit de nous, l’Ouest américain? Pour en avoir le cœur net, Ian Frazier, journaliste star du New Yorker, homme de l’Est par excellence, à l’œil aigu et à l’humour ravageur, fasciné enfant par les «shows» télévisés, décide à trente et un ans de s’installer dans le Montana. Début d’un immense voyage dans les archives et par les routes, de la maison abandonnée de Bonnie et Clyde, dernier témoin de leur cavale, à la cabane de Sitting Bull, en passant par les lieux des crimes chroniqués par Truman Capote dans De sang-froid – 25 000 miles d’une exploration, entre légendes et réalité, d’un territoire hors norme où les étendues sauvages et anonymes disent tour à tour la force et la fragilité du rêve américain.

L’Ouest américain. Dans notre imaginaire, ce lieu fait rêver. C’est donc tout naturellement que j’ai eu envie de découvrir cet essai de Ian Frazier sur ce coin du monde qui suscite bien l’imagination.

« Point de vue fantasme, les Grandes Plaines sont l’endroit idéal à plus d’un titre. Elles sont tellement vastes qu’on ne pourra jamais les connaître à fond – vos fantasmes ne pourraient jamais en faire le tour. Leur pluriel lui-même semble les étirer plus loin dans une sorte de brouillard romantique. »

À la fois essai, document, reportage, livre d’histoire et récit de voyage, cet ouvrage nous amène à la découverte de différentes facettes de ce que l’on appelle « les grandes plaines ». Le livre regorge d’informations de toutes sortes qui font le pont entre la vie à l’époque des premiers habitants jusqu’aux fermes abandonnées d’aujourd’hui. Dans son récit, Frazier montre à quel point il aime l’Ouest, avec ses bons et ses mauvais côtés. Il démontre également de quelle façon les lieux sont passés à travers l’évolution et la technologie, à quel point les grandes plaines sont vastes et impressionnantes. À l’époque:

« Si vous quittiez l’Est au début du printemps, vous pouviez éventuellement atteindre les plaines vers la mi-mai, et les avoir traversées au 4 juillet. Aujourd’hui, si vous quittez Kennedy Airport à bord d’un 747 pour Los Angeles juste après le petit déjeuner, vous pourrez déjeuner dans les plaines. »

Grandes plaines parle de nature et d’écologie, de voyage et d’histoire. Dans ce livre, l’auteur part en road trip dans l’Ouest américain. Il y rencontre le petit-fils de Crazy Horse, nous parle des peuples amérindiens, des trappeurs, des fermiers, de tempêtes de poussière, d’alcool, d’épidémie de variole, de la disparition des bisons, de géographie, d’archéologie, de dinosaures, de musique, des West Wild Shows, de Buffalo Bill, de météo, d’armes, de Bonnie et Clyde, de l’alcool, de la communauté Noire, d’excursion, d’art, de Lewis et Clark, de musées, de missiles nucléaires, de chemin de fer, d’auto-stoppeurs, de Billy the Kid, des compagnies de fourrures, de ce qu’est l’Ouest aujourd’hui avec ses fermes abandonnées et ses plaines à perte de vue. C’est un livre passionnant pour apprendre toutes sortes d’anecdotes historiques sur l’Ouest mythique.

« Les découvertes effectuées sur les Grandes Plaines furent à la base d’une grande partie de nos connaissances modernes des dinosaures. Plus de la moitié des spécimens dans les salles des dinosaures du musée d’histoire naturelle de New York viennent des plaines américaines ou canadiennes. »

Son livre est une sorte de méli-mélo absolument captivant. Un livre d’histoire, vu par les yeux d’un journaliste-voyageur. Il établit également, à même le texte, des listes aussi variées qu’intrigantes: liste des rivières des Grandes Plaines, liste des équipes de basket des lycées, liste de villes aux noms étranges, liste de chansons entendues à la radio dans l’Ouest, liste de gens ayant abandonné leurs fermes… Le passé devient tout à coup un prétexte pour parler du présent et de l’avenir, et d’anticiper ce qu’il adviendra des Grandes Plaines.

« J’ai peur pour les Grandes Plaines parce que beaucoup de gens les trouvent ennuyeuses. L’argent et le pouvoir de ce pays se concentre ailleurs. (…) Le mouvement écologiste travaille souvent mieux lorsqu’il présente des vues charmantes sur la vie sauvage. Dans ce cadre, les Grandes Plaines détonnent. »

En terminant, sachez que l’ouvrage comporte à la fin une section de notes, divisée par chapitres. Comme ce n’est pas mentionné au début du livre et que rien n’y réfère, je l’ai découvert par hasard en feuilletant l’ouvrage. Je vous conseille de suivre chapitre par chapitre en allant lire les notes lorsque vous en terminez un. C’est beaucoup plus agréable de cette façon, autrement on passe à côté d’informations intéressantes. Outre ses sources et références, l’auteur explique beaucoup de choses dans ses notes de fin de volume.

Grandes plaines a été une fabuleuse lecture pour moi. Le contenu est passionnant, la construction de l’ouvrage aussi. On se promène entre les histoires de voyage de Ian Frazier, ses rencontres sur la route, ses découvertes historiques sur les lieux qu’il visite, ses réflexions sur l’Ouest et une liste d’informations aussi percutantes que fascinantes sur tous ceux qui ont foulé les grandes plaines au fil des siècles.

Un livre passionnant à lire si l’Ouest vous intéresse. Pour moi ce livre a été un beau coup de cœur et une très belle découverte à laquelle je ne m’attendais pas. Une très belle surprise!

Grandes Plaines, Ian Frazier, éditions Hoëbeke, 288 pages, 2018

Créatures fantastiques t.3

Créatures fantastiques 3La science a remplacé la magie dans le cœur des hommes. Elle est sur le point de faire basculer le monde dans une nouvelle ère, entraînant les créatures fantastiques dans l’oubli. En poursuivant un voleur, Ziska, l’apprentie vétérinaire, tombe nez à nez avec un fantôme. Peu après, elle fait la connaissance d’un homme mystérieux qui après l’avoir aidé à retrouver un chat fugueur lui adresse une requête pour le moins étrange…

Créatures fantastiques est une série fantaisiste, qui raconte le travail de Ziska, apprentie vétérinaire. Sauf que la jeune fille ne fait pas un travail comme les autres: elle soigne des créatures fantastiques dans un monde où la magie a perdu son aura de magnificence et de beauté.

Ziska assiste un maître dans son travail auprès des bêtes fantastiques. C’est un précieux allié qui lui apprend beaucoup de choses. Un jour, alors qu’elle est au marché, elle pourchasse un voleur à l’étalage jusque dans une maison abandonnée. Elle se retrouve alors nez à nez avec un fantôme! Terrifiée, elle en perd son carnet et doit demander à son maître et ses amis de lui venir en aide.

« Les créatures fantastiques font partie de notre monde… Comment pourrait-on affirmer que les fantômes n’existent pas? »

Comme dans chacun des tomes, nous découvrons de nouvelles créatures fantastiques qui demandent l’aide et le travail de Ziska et de son maître. Par contre, ce tome-ci est un peu plus axé sur l’action et je dois dire que ça m’a beaucoup plu! Je trouve même que cette série s’améliore d’un tome à l’autre.

Outre l’histoire avec le fantôme, ce troisième tome raconte aussi la disparition du chat Mia, la rencontre de Ziska avec un inconnu à qui elle fait confiance beaucoup trop rapidement en croyant y trouver de la bienveillance et elle repart sur les traces d’une bête étrange qui sème le chaos sur son passage.

Beaucoup d’action et de rebondissements pour ce troisième manga de la série. On y aborde aussi comme toujours, un peu d’écologie et d’environnement, à travers un monde certes fantastique, mais pas si loin de nous qu’il n’y paraît. La relation de l’homme à son monde est souvent implicitement abordée (ou critiquée), même si l’histoire se concentre sur les animaux et le monde magique de Ziska.

J’aime de plus en plus ce manga, que je trouve intéressant à tous points de vue. Le monde imaginaire, la place de la nature et des animaux, même s’ils sont fantastiques, et l’aspect écologique de l’histoire sont les points forts de cette belle série.

J’ai hâte de découvrir le quatrième tome!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Créatures fantastiques t.4, Kaziya, Komikku éditions, 224 pages, 2019

Il faut prendre le taureau par les contes !

Il faut prendre le taureau par les contesIl porte son village comme une attache. De naissance. Saint-Élie de Caxton l’habite, autant que l’inverse, et se transvide dans sa tête en fables et légendes. Son village est vaste malgré sa petite taille et chargé d’un monde qui dépasse l’idée que l’on s’en fait. Aussi, son histoire, depuis les débuts jusqu’à demain, s’invente sur des personnages que la rumeur nourrit d’incroyable. Sur la route des oreilles, Fred Pellerin en transmet la surréalité. Saint-Élie de Caxton est son point de départ, son point de fuite mais, surtout, son point de retour.Il faut prendre le taureau par les contes !

Ça faisait un petit moment que je n’avais pas lu un livre de Fred Pellerin. J’avais très envie de me replonger dans son univers. Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre parfait pour renouer avec le monde merveilleux de Saint-Élie de Caxton.

Il faut prendre le taureau par les contes ! c’est l’histoire de Babine, le fou du village de Saint-Élie de Caxton, condamné à mort plusieurs fois, sauvé à la toute dernière minute. C’est aussi une petite parcelle de l’histoire d’Ésiméac, l’homme fort qui n’avait pas d’ombre. L’histoire de Babine s’entrecroise avec celle d’Ésimésac, qu’on retrouve aussi dans d’autres livres de Fred Pellerin. Il fut un temps ou chaque village avait son fou et Saint-Élie de Caxton n’était pas différent des autres village.

Pour écrire ce livre, l’auteur s’inspire de Roger Lafrenière, le fou du village où il vivait et qu’il a connu alors qu’il était enfant. Il lui dédie aussi son livre. Afin de colorer quelques portions de son récit, il lui a donné le surnom de Babine. 

Dans le monde de Fred Pellerin, l’imaginaire est vaste, les jeux de mots sont très riches et très représentatifs d’un monde merveilleux qui n’est pas très loin du monde réel. Quand on entre dans ses contes, on se retrouve dans un tout autre univers. Les jeux de mots et l’humour sont omniprésents. Fred Pellerin manie les mots et la langue française de façon admirable. Il nous raconte toutes sortes d’histoires étonnantes et passionnantes inspirées par le village et ses habitants.

« Quand le visage de ce bébé-là apparut au village, ça consterna d’une commotion tant il était lette. Sa mère le traînait partout, enrobé dans des guenilles. Les gens s’approchaient pour le voir et se décevoir. Puis on avait beau chercher, parce qu’on sait que les enfants sont toujours  beaux un minimum, il restait lette partout. Habituellement, on attend d’un petit qu’il présente un minimum acceptable. Au moins un grain de beauté. Mais lui, rien. Et je ne vous parle pas d’une laideur qui déclenche le « c’est-plate-pour-lui », mais plutôt de celle qui engendre un « c’est-l’fun-pour-nous-autres ». La seule vue de sa grimace semait crises d’asthme et d’hyperventilation, pour cause de rire. Plusieurs habitants de l’actuel village ont encore traces aux poumons des crampes de leurs ancêtres. »

Il y a de la magie presque tangible dans les histoires de Fred Pellerin. L’objet-livre en lui-même est magnifique, représentatif du contenu de l’histoire qui nous est racontée. Fred Pellerin est l’un de mes auteurs préférés. C’est un artiste multidisciplinaire, sensible, merveilleux et profondément inspirant. Il incarne le passé, les histoires de notre patrimoine, une parlure bien de chez nous. C’est une richesse que d’avoir un auteur comme lui au Québec. Il offre un nouveau souffle au conte et nous permet de nous plonger dans nos histoires passées. Il y a un immense travail de recherche et d’écriture dans ses ouvrages. Il nous permet de garder vive une mémoire et une richesse culturelle qui serait autrement sans doute perdue. Les contes, c’est l’histoire d’un peuple.

« L’amour, mon Babine, c’est un frisson dans la colonne vertébrale. Tu vas voir, tu vas le sentir. Si jamais ça te pogne, ça va te branler à partir du bas du dos, ça va te faire vibrer jusque dans la tête. L’amour, Babine, c’est un chatouillage vertical à double sens. »

Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre-cd, un objet qu’on a envie de conserver tant son contenu est riche. Dans l’ouvrage, on retrouve aussi des photos en noir et blanc tirées des archives du village. Au début du livre, l’auteur présente un bel hommage à sa grand-mère, qui racontait toujours beaucoup d’histoires. Une forme de passation du plaisir de raconter, de l’aînée au jeune garçon.

Les contes de village ont tous comme point commun le village de St-Élie de Caxton, sans doute le village québécois porté le plus par les histoires et l’imaginaire. Toujours avec beaucoup d’humour et des jeux de mots qui sont un vrai plaisir à découvrir.

Quelques mots sur le CD qui accompagne l’ouvrage. Il s’agit d’une lecture de l’histoire par Fred Pellerin. Bourré d’humour, le texte est enregistré un peu sous forme de spectacle. Si vous aimez vous faire raconter des histoires, avec l’ambiance qui l’accompagne, ce livre-cd est pour vous. Fred Pellerin offre une brillante performance, très agréable à écouter. Un monde imaginaire qui s’ouvre complètement devant nous, par le pouvoir des mots.

Un immense plaisir de lecture! Fred Pellerin est un incontournable à découvrir absolument!

En complément: 

Tout le long de ma lecture, j’ai eu envie de revoir les films qui ont été tirés des contes de Fred Pellerin. J’ai donc ajouté à ma pile à visionner, Babine et Ésimésac, que nous avons regardé l’un à la suite de l’autre, pendant une fin de semaine. Toujours d’excellents films. Les contes de village de Fred Pellerin sont très imagés et se prêtent merveilleusement bien à une adaptation au grand écran.

Il faut prendre le taureau par les contes!, Fred Pellerin, éditions Planète rebelle, 136 pages, 2003