Hunter

HunterPlus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le sang-mêlé indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?

Hunter est le premier tome de la trilogie américaine écrite par Roy Braverman, un des pseudonymes utilisés par Patrick Manoukian, qui écrit aussi sous le nom de Ian Manook. J’ai bien apprécié la préface du roman car l’auteur raconte sa façon de travailler avec l’usage de pseudonymes qui correspondent à des styles d’écriture ou d’atmosphère, et parfois même, servent à rendre hommage à une personne que l’auteur a rencontré. Les explications et les anecdotes racontées par l’auteur sont intéressantes.

L’histoire quant à elle est très prenante. Dès le début du livre on entre en plein dans l’action. Le suspense est présent tout au long du livre. J’avais beaucoup de mal à lâcher ce roman même s’il est très sombre, tellement l’enquête et la chasse à l’homme sont palpitantes.

Hunter est un roman aussi prenant que dur et sanglant, au suspense très noir, qui demeure cependant captivant d’un chapitre à l’autre. La peur et la mort rôdent dans les bois et on se sent toute de suite intrigué. C’est aussi un roman d’enquête, car le FBI, le Shérif et Freeman, l’ancien policier à qui les autres personnages ne veulent pas faire de place dans l’enquête, sont tous à traquer le coupable et à tenter d’éclaircir les meurtres. Au début, on suit l’enquête du Shérif, qui est ensuite mis de côté par le FBI, afin d’élucider ce qui se passe et découvrir si Hunter est bel et bien à la tête du nombre de cadavres qui ne cesse de s’accumuler. Comme les cas recommencent à sa sortie de prison, tout porte à croire qu’un criminel est en cavale, et qu’il est bel et bien celui que tout le monde croit coupable.

Le roman compte plusieurs personnages importants, mais les principaux sont Hunter, perçu comme un tueur en série soupçonné de plusieurs crimes; Freeman qui est un ex-policier à la retraite et père d’une fille disparue; et Crow le partenaire de cellule de Hunter. Ce qui est intéressant c’est que l’auteur consacre un tome de sa trilogie par personnage. Le premier est intitulé Hunter, le second Crow et le troisième Freeman.

« Dès qu’il a vu Hunter se diriger vers Nortchbridge, il a compris qu’il retournait à Pilgrim’s Rest. Et ça tombait bien, parce que c’est là que Freeman voulait le ramener et le tabasser pour lui faire avouer ce qu’il avait fait de Louise. » 

Les lieux et les décors sont importants dans l’histoire et amènent une atmosphère inquiétante particulièrement intéressante. Pilgrim’s Rest est un trou paumé, qui compte un bowling fermé, des routes enneigées difficilement praticables et entourées de forêt. La température est glaciale, le roman se déroule en hiver, en plein tempête de neige. Les recherches dans le bois se font en motoneige et les éléments semblent se liguer contre les hommes qui travaillent fort pour réussir à résoudre l’enquête.

« La tempête est revenue sur Pilgrim’s Rest. Des vents violents et continus courent les combes sur des centaines de kilomètres pour engouffrer dans la cluse de la neige en rafales. Malgré la colère qui le brûle et la bise qui cingle son visage, Hackman reste insensible aux bourrasques qui poncent ses joues. »

L’histoire se déroule véritablement en pleine nature et en plein cœur des Appalaches. C’est un lieu isolé, propice aux meurtres et au crime. Hunter y est d’ailleurs pourchassé de toutes parts. Le roman est en quelque sorte une véritable chasse à l’homme qui se déroule en continu. Le personnage de Hunter est intéressant puisqu’il nous pousse à se questionner et à tergiverser. Il est à moitié amérindien et les autres personnages, ainsi que la société, éprouvent une sorte de mépris pour ce « sang-mêlé ».

Pendant la lecture, beaucoup de questions font surface tout au long du roman, car les fausses pistes sont nombreuses et l’enquête piétine. Cette construction du roman donne naturellement envie d’en savoir plus et nous pousse à tourner les pages. La fin du roman annonce une suite peut-être un peu plus troublante et sanglante à venir. C’est du moins mon impression en terminant ce livre. J’ai donc très envie de découvrir la suite.

Pour être honnête, je ne suis pas un habitué de ce genre de roman-là. J’ai d’abord été attiré par Crow, dont la couverture m’interpellait, puis j’ai vu qu’il s’agissait du tome deux, alors je trouvais important de lire le premier tome d’abord. La couverture de Hunter m’attirait bien aussi. De manière générale, je lis très peu de thrillers et ici, je suis sorti de ma zone de confort. Le suspense est un élément qui m’intéresse toujours beaucoup dans un roman, et j’ai été largement servi avec Hunter. Le livre nous amène à vivre de nombreuses émotions et le roman se dévore. J’ai adoré cette lecture qui m’a étonnamment happé. J’avais beaucoup de mal à lâcher cette histoire très prenante.

Parfois, certains lecteurs peuvent être rebutés par certains types de livres, craignant que ce soit trop dur, trop sanglant ou trop noir. Quand l’écriture est belle, l’auteur réussit à nous faire voyager dans son monde imaginaire et à nous le faire apprécier, peu importe le type de livre. J’ai découvert cet auteur avec ce roman et s’il écrit à nouveau un genre de livre semblable, je le relirais avec plaisir. L’écriture nous prend et nous happe. C’est une lecture qu’on peut faire rapidement, tellement l’histoire captive et nous porte. Les chapitres courts accentuent cette impression d’action.

Je ne suis pas un grand lecteur de thrillers ou d’horreur. Toutefois, ce roman m’a peut-être donné envie de découvrir d’autres livres dans le même genre. Comme quoi, sortir de sa zone de confort a parfois du bon: ça nous permet de faire des découvertes qu’on apprécie et qui nous surprennent, des lectures qu’on n’aurait peut-être pas faites normalement. Si vous aimez les suspense et les thrillers, c’est un livre que je recommande naturellement.

J’ai donc très hâte de lire la suite, que je me garde pour dans quelques semaines. Je compte aussi me procurer le tome trois qui devrait être disponible bientôt ici, sa parution ayant été retardée chez nous à cause du confinement.

Hunter, Roy Braverman, éditions Pocket, 400 pages, 2019

Fermé pour l’hiver

fermé pour l'hiverUn cambrioleur cagoulé est retrouvé assassiné dans un chalet du comté de Vestfold, au sud de la Norvège. William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres d’Oslo, est chargé de l’enquête. Très vite, la situation se complique. Le propriétaire du chalet, un célèbre présentateur de télévision, reste étrangement injoignable. Un homme mystérieux agresse Wisting en pleine nuit et lui vole sa voiture alors qu’il quitte la scène du crime. Pire, le cadavre du cambrioleur est dérobé à la morgue avant d’avoir pu être autopsié et l’incendie d’un appartement détruit des indices essentiels à l’investigation. Pour corser le tout, la propre fille de Wisting se voit mêlée à l’enquête quand elle découvre un second corps à la dérive dans une barque. Et pendant ce temps, des oiseaux morts tombent du ciel comme des mouches, dans ce comté bien tranquille…

J’avais adoré ma lecture de L’usurpateur, ma première découverte de l’auteur Jørn Lier Horst. Ses livres mettent en scène l’inspecteur William Wisting ainsi que sa fille Line qui est journaliste. Les enquêtes du premier se confondent bien souvent avec celles de sa fille et finissent par se rejoindre. C’est ce que je trouve intéressant dans les personnages de Horst. Le duo d’enquêteurs est donc assez original et l’aspect familial est très présent. William Wisting est un homme sensible, soucieux de son travail, de ses collègues, des victimes et de ceux qui sont mit à l’écart de la société. Sa fille est tout aussi humaine que lui et le journalisme d’investigation est, pour elle, un véritable mode de vie, plutôt qu’un simple travail.

Fermé pour l’hiver se déroule en automne, au moment où les gens ferment leurs chalets pour l’hiver, avant la tombée de la neige. C’est une époque où la nature est belle et où les gens vont en profiter encore un peu avant la fermeture.

« Il aimait cette époque de l’année, avant la chute des feuilles. Le dernier séjour au chalet de Stavern, pour clouer les panneaux devant les fenêtres, remonter le bateau et fermer pour l’hiver. C’était une perspective à laquelle il se réjouissait pendant tout l’été. »

De nombreux cambriolages dans des chalets d’un même secteur et la découverte d’un corps déclenche une grande enquête. Le propriétaire connu du chalet est introuvable, Wisting se fait agresser et voler sa voiture, d’autres cadavres et scènes de crimes sont découverts et l’enquête s’alourdie de plus en plus. En plus, il y a cette histoire étonnante d’oiseaux qui tombent du ciel…

L’enquête est difficile puisque plus les policiers découvrent de choses, plus l’enquête devient floue. Des corps, différentes armes du crime, des déplacements particuliers que les enquêteurs doivent pister, beaucoup de questions qui ne trouvent que peu de réponses. Les corps disparaissent et les éléments de l’enquête sont de plus en plus difficile à assembler. Line se retrouve bien malgré elle impliquée, alors qu’elle choisi de vivre pendant un moment au chalet qui appartient maintenant à son père. L’enquête semble complexe et c’est ce que j’aime chez Horst: les fils finissent par se dénouer doucement et tout se met en place. J’ai aimé l’atmosphère générale du roman dont la première partie se déroule beaucoup dans l’univers des chalets et dans une nature plus sauvage, au bord de l’eau.

Le roman amène aussi une réflexion sur la vie, la pauvreté, les choix que les citoyens font quand ils n’en ont plus de choix justement. C’est ce que je trouve intéressant dans ce livre. Le personnage de Wisting ne se contente pas de rendre justice, il essaie aussi de mieux comprendre l’humain et les agissements des criminels. Ça ne veut pas dire qu’il les approuve. Mais il amène une forme de sensibilité à son enquête qui me plaît bien. Celle-ci est d’ailleurs bien menée et parfois des éléments étonnent, surtout quand on en comprend les rouages. C’était la même chose avec L’usurpateur.

Je dois préciser que les livres de Horst ne sont pas traduits dans l’ordre, comme ça arrive bien souvent avec les séries policières. Ça ne m’a pas particulièrement dérangée jusqu’à maintenant avec cette deuxième lecture (qui a été publiée avant L’usurpateur). J’ai toutefois appris plus de choses sur la famille Wisting, sur la vie privée de William et sur le travail et la vie de Line. Je dirais que de façon générale, on peut lire les livres dans l’ordre ou dans le désordre, le plaisir de lecture est toujours au rendez-vous.

J’aime la façon dont l’auteur amène son sujet et les différents revirements de situations qu’il sait donner à son histoire. Si L’usurpateur m’a un peu plus surprise et que jusqu’à maintenant, il reste mon préféré, j’ai passé un bon moment de lecture avec Fermé pour l’hiver. L’ambiance nature et chalet est très agréable, même si à la moitié du livre de nouvelles découvertes amène Wisting à sortir des frontières de la Norvège et à s’interroger sur des problèmes de société qui vont bien au-delà de son enquête.

« Où serions-nous si nous savions tout ce qui va venir? interrogea-t-il. Il ne resterait plus rien. Espoir, foi et rêves n’auraient plus de sens. »

Cette seconde lecture d’un livre de Jørn Lier Horst confirme mon plaisir de lire cet auteur. J’apprécie la façon dont il mène son histoire. C’est divertissant, ça nous porte à réfléchir et le lieu de ses histoires, la Norvège, me plait particulièrement. Si vous aimez les séries policières, je vous conseille vraiment de découvrir cet auteur.

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En complément 
L’univers de l’inspecteur William Wisting a été adapté en série par les producteurs de Millénium et de Wallander. J’avais beaucoup aimé cette dernière série, même si Wallander est un personnage beaucoup plus torturé. J’espère que Wisting se rendra jusqu’à nous en français, j’aimerais beaucoup pouvoir la voir un de ces jours! Si vous avez pu la visionner (je sais qu’elle est passée en France par exemple), dites-moi ce que vous en avez pensé! Je serais très curieuse de retrouver les Wisting, père et fille, à l’écran!

En attendant, je vais me concentrer sur les livres. J’ai un troisième titre de la série William Wisting dans ma pile et je compte bien le lire bientôt!

Fermé pour l’hiver, Jørn Lier Horst, éditions Folio, 448 pages, 2018

Crimes et châtiments

Crimes et châtimentsLe temps d’une promenade, faites un saut dans le temps pour découvrir les rouages du système judiciaire et les punitions infligées aux petits et grands criminels d’autrefois. De l’arrestation jusqu’au procès, en passant par l’emprisonnement et la torture, imaginez-vous juré de la Cour du Banc de la Reine et jugez des crimes de vos ancêtres: duel, vol, émeute, désertion, pillage, meurtre. Une visite où il est préférable de marcher droit…

Il y a quelques mois, j’ai lu La Noël au temps des carrioles, un livre des Services historiques Six-Associés. Je m’étais promis d’en lire d’autres, tant j’avais adoré cette lecture. Crimes et châtiments est dans le même genre. Il s’agit d’un petit ouvrage sous forme de circuit historique, nous permettant de découvrir la ville de Québec du XVIIe au XIXe siècle. Cet ouvrage nous offre une exploration du système de justice à cette époque, à Québec. En ces temps de confinement, c’est une lecture fort agréable, qui nous permet de voyager dans cette ville et également à travers le temps, sans bouger de chez soi.

En neuf stations différentes et un préambule pour bien comprendre le contexte, le livre nous offre un tour d’horizon de ce qu’était alors la justice: les crimes, ceux qui les commettent et les sentences auxquelles ils font face. Le voyage débute en 1888, à la Maison Sewell, où l’on apprend le rôle du shérif et des jurés. Les critères pour être jurés sont plutôt sévères. À cette époque, on s’en doute, les femmes n’y sont pas admises.

La suite du voyage nous amène à aborder le duel et sa présence tout de même rare dans nos régions, ainsi qu’un portrait des crimes et des criminels. Quels étaient les crimes les plus souvent commis? Lesquels recevaient la peine la plus sévère? De quelle façon la criminalité était-elle traitée dans la société et comment les crimes étaient jugés? Cette portion du livre est intéressante puisqu’elle offre un portrait global de la justice à Québec à cette époque. C’est aussi le moment de découvrir une ancienne coutume bien particulière…

La station 4 nous amène sur les traces de criminels célèbres (un chapitre un peu trop court à mon goût cependant), alors que la station 5 aborde le rôle particulier de la police de cette époque. Outre le respect de l’ordre, la police s’occupait aussi d’hygiène et de religion. Un rôle bien différent de celui d’aujourd’hui!

Les procès et l’application de la justice ont énormément évolués également. Il est intéressant d’apprendre la façon dont étaient appliquées les lois sous le Régime français et sous le Régime anglais. Les différences quant aux sentences et à la façon de conduire un procès sont vraiment étonnantes. Sous l’un et l’autre des Régimes, les conditions de jugement pouvaient être totalement opposées. 

Le vagabondage était réprimé et il fallait se munir d’un certificat de pauvreté si on voulait mendier dans les rues. Les sentences judiciaires de l’époque nous apparaissent aussi comme particulièrement barbares. Langues coupées, carcans, tortures, supplice des brodequins, supplice de la roue… On aborde même le cas célèbre de la Corriveau, un personnage qui m’intéresse beaucoup puisque je la retrouve dans mon arbre généalogique. C’était l’époque des bourreaux et des châtiments corporels honteux. Le système de justice de l’époque était loin d’être tendre!

« Sous le Régime français, on n’hésitait pas à traduire des défunts en justice, afin que leur mémoire – à défaut de leur personne – soit punie. »

Le circuit historique se poursuit avec les prisons et la façon dont se déroulait l’emprisonnement. C’était l’époque des exécutions publiques par pendaison, devant la prison. La dernière exécution publique à Québec eut lieu en mars 1864. L’ancienne prison commune du district de Québec avait des conditions de détention assez épouvantables et fut remplacée par la prison des Plaines d’Abraham. Ce changement de lieu fut le début d’un vent de renouveau qui souffla sur le système de justice d’ici et d’ailleurs. Les mentalités commencèrent à changer. Il est très intéressant de voir et de comprendre les modifications qui ont eu lieu à cette époque, dans le système de justice. 

Crimes et châtiments est un petit ouvrage bien intéressant, illustré d’images, de cartes, de photographies d’époque et d’articles de journaux. Il offre un circuit historique qui nous permet de comprendre les particularités du système de justice québécois en vigueur du XVIIe au XIXe siècle.

J’aime décidément beaucoup cette collection d’ouvrages aussi instructive que ludique, qui nous offre un tour d’horizon d’une ville, par l’entremise de sujets bien précis. En apprendre plus sur la justice d’antan nous offre un nouveau regard sur la justice d’aujourd’hui.

Je vous présenterai bientôt les autres titres de cette belle collection, que je vous suggère assurément.

Crimes et châtiments. La justice à Québec du XVIIe au XIXe siècle, Les Services historiques Six-Associés, éditions du Septentrion, 96 pages, 2013

Winterkill

winterkillFin décembre, tombée de la nuit, énorme tempête de neige annoncée sur le massif des Bighorn. Le garde-chasse Joe Pickett a garé son 4×4 en lisière de la forêt et surveille un troupeau de wapitis lorsque les premiers coups de feu retentissent. Très vite c’est le massacre, les animaux tombant sous les balles les uns après les autres. Beretta en main, Joe s’approche du tueur et, stupéfait, s’aperçoit qu’il s’agit de Lamar Gardiner, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest. Il l’arrête, mais celui-ci réussit à s’enfuir. Pas pour longtemps : quelques instants plus tard, Joe le retrouve sauvagement assassiné. Mais par qui ? Déjà difficile, l’enquête devient carrément impossible lorsqu’un groupe de marginaux, les Citoyens souverains, vient s’installer dans les montagnes, ajoutant à la confusion… et à la violence.

Winterkill est le troisième tome des aventures du garde-chasse Joe Pickett. Cette nouvelle histoire est très intense au niveau de l’action, des émotions et des événements qui s’y déroulent. L’histoire débute alors que c’est l’hiver dans le Wyoming.

« Une tempête de neige était annoncée sur le massif des Bighorn. C’était la fin décembre, quatre jours avant Noël, dernière semaine de la saison de chasse aux wapitis. »

Joe Pickett est témoin d’une scène particulièrement difficile et gratuite, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest abat des wapitis les uns après les autres. Quand il l’intercepte, l’homme s’évade puis se fait tuer.

« Tandis que la tempête s’abattait sur la région, Joe se retrouva sans renfort, sans contact radio et avec le cadavre du superviseur de la Twelve Sleep National Forest sur les bras. »

Ce qui devient complexe c’est que plusieurs différentes juridictions s’intéressent à ce crime. Le shérif, l’Office des forêts, dont la fameuse Mélinda Strickand, une femme terrifiante par ses capacités à prendre des décisions dangereuses pour tout le monde, toujours en ne pensant qu’à elle et sa carrière.

« -Melinda Strickland, cette cinglée, n’a même pas voulu discuter et attendre samedi, vous savez pourquoi? Parce qu’elle ne voulait pas bosser pendant le week-end! Elle ne tue les gens que pendant les heures ouvrables! »

Une femme qui fait des ravages partout où elle passe. La journaliste qui l’accompagne est tout aussi inquiétante, tant son admiration sans borne pour Strickland lui fait perdre la raison. Entre la présence de ces deux femmes, la congrégation de survivalistes qui cachent des secrets, l’arrivée de plusieurs caravanes et un second crime, Joe est débordé de travail et le voilà une fois encore, impliqué dans une enquête pour meurtre.

Il est difficile pour Joe de voir à quel point tout ce qui se déroule devant ses yeux est très loin de l’idée qu’il se fait de la justice. Il n’a jamais eu une très bonne opinion du système judiciaire, mais cette affaire – ou plutôt ces affaires – ne font qu’empirer son opinion sur la façon dont la justice est rendue.

L’autre événement perturbant pour Joe et sa famille, c’est le retour dans la région de Jeannie Keeley. Si vous avez lu les tomes précédents, ce personnage vous rappellera quelque chose. Le mari de Jeannie avait été tué et la famille de Joe a accueillit April, la fillette de cette femme. Ils tentent de l’adopter depuis le départ de Jeannie de la région, mais son retour complique énormément les choses. D’autant plus que cette femme vit maintenant avec un groupe, les « Citoyens souverains », qui vient de s’installer sur un ancien terrain de camping de la région, ce qui ne fait pas l’affaire des autorités. Une « guerre » différents départements commence à se faire ressentir…

« Comment était-il possible que les survivants, les criminels, les complices, les sympathisants et les victimes d’événements parmi les plus tragiques des États-Unis aient pu se regrouper et décider de s’installer dans sa montagne à lui? Et que parmi eux se trouve Jeannie Keeley, venue récupérer April? »

Ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs, de Joe ou de quiconque tente de mettre de l’ordre dans ce qui se déroule, c’est la quantité de neige que la région ne cesse de recevoir. Les difficultés pour se déplacer son accrues et la neige rend compliqué la recherche d’indices. Malgré tout, on imagine facilement les magnifiques paysages dans lesquels évolue Joe et les autres personnages.

« La blancheur éclatante de la lumière l’éblouit un instant. Il eut une impression de vertige. Il n’y avait plus ni ciel, ni prairie, ni arbres, ni montagnes. Seulement du blanc opaque. »

Dans ce roman, j’ai adoré la présence du personnage de Nate Romanowski. Un homme particulier, qui n’hésite pas à se faire justice si besoin est, mais qui est tout de même très attachant. Victime du système, vivant en marge de la société, son travail comme fauconnier est fascinant. J’aime quand C. J. Box met en scène de tels personnages. Ils ne sont ni blancs ni noirs, toujours un peu en bordure de la loi, mais tellement intéressants!

« …ce Romanowski était un drôle de type – une espèce de reclus qui utilisait un arc et des flèches pour tuer le gibier dont il se nourrissait et qui élevait des oiseaux de proie pour la chasse. Joe venait de se rappeler où il avait entendu ce nom. Romanowski lui avait envoyé une demande de permis de chasse au faucon. C’était la première fois qu’il recevait une telle requête depuis qu’il exerçait son métier. »

Romanowski a bien saisi le genre de personnage qu’est Joe Pickett et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs il lui demande son aide.

Comme toujours, les romans de C. J. Box sont intéressants pour le cadre naturel qu’ils mettent en scène. On en apprend toujours un peu plus sur le travail de Joe et sur la façon dont les liens se tissent et se rompent entre les différentes autorités de la région: les citoyens, le garde-chasse, le bureau du shérif, l’Office des Forêts, les forces de l’ordre.

Winterkill est un roman enneigé et assez triste. Il se passe énormément d’action, peut-être un peu trop pour les capacités de gestion de Joe Pickett et certains événements sont déplorables. Je me demande comment sa petite famille et son couple survivront à tout cela. À voir, avec le prochain tome!

Voici mon avis sur les autres tomes de la série du garde-chasse Joe Pickett:

  1. Détonations rapprochées
  2. La Mort au fond du canyon

Winterkill, C. J. Box, éditions du Seuil, 386 pages, 2005

L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020