Les Langoliers

À bord d’un vol vers Boston, dix personnes se réveillent, seules dans l’avion. Le reste des passagers s’est volatilisé. L’avion se tient sur un tarmac désert du Maine. Attentat, complot, faille temporelle ? Chacun a une théorie, mais c’est sans doute Dinah, une petite fille aveugle, qui en sait le plus long. Et c’est elle qui, la première, entendra ce bruit sourd, qui se rapproche…

Les Langoliers de Stephen King est un roman « court » paru il y a quelques années dans le recueil Minuit 2 avec un autre titre. L’éditeur le réédite cette fois dans la très belle collection jeunesse, créée pour faire redécouvrir les nouvelles et romans du King. Toutefois, il fait tout de même 500 pages dans cette nouvelle édition. On m’a beaucoup parlé de ce livre, surtout en rapport à l’adaptation sortie il y a quelques années. Adaptation que je n’ai pas vue cependant. Je vais donc me concentrer sur le livre: un roman que j’ai trouvé terrifiant! 

Il faut savoir que je ne prend pas l’avion. Je suis très malade en avion. J’ai peur des avions. Je n’aime pas la sensation du décollage et de l’atterrissage qui m’a fait faire des cauchemars pendant des années, ni celle d’être dans les airs. Ce livre était donc tout trouvé pour me donner une bonne frousse. Paradoxalement, j’adore avoir peur dans mes lectures et j’étais impatiente de me plonger dans cette histoire. Je n’ai vraiment pas été déçue!

Nous voilà donc dans un avion en plein ciel. Dix personnes qui dormaient se réveillent soudain. Tous les autres passagers qui ne dormaient pas ont disparu, incluant le pilote. Toutes les théories, des plus crédibles aux plus farfelues, sont évoquées par les passagers qui restent. Qu’est-ce qui a bien pu se passer? Qu’est-ce qu’on peut faire pour tenter de retrouver un semblant de normalité et mettre fin à ce cauchemar? Car c’en est un! Le temps presse car un avion ne peut voler éternellement sans ravitaillement. Et il y a ce bruit sourd qui semble s’approcher de plus en plus…

« Il faut que nous partions d’ici. Vite. Parce qu’il y a quelque chose qui vient. Une chose mauvaise, qui fait un bruit de crépitement. »

Ce livre est terriblement efficace puisqu’il nous place en face d’une de nos plus grande peur: la perte de contrôle total de notre environnement. Ici, coincés dans les airs, les passagers essaient de comprendre ce qui a bien pu arriver à leur vol. Au sol, tout semble avoir disparu. Les villes, les lumières. Les repères familiers sont maintenant inexistants. Comment réagiriez-vous face à une pareille situation? C’est terrifiant de se poser la question.

« -Si vous voulez des montres, vous n’avez qu’à vous servir, fit une voix dans leur dos. Il y en a des tonnes, là-bas derrière. […]
-Vous parlez sérieusement? demanda Nick, qui, pour la première fois, parut un peu désarçonné.
-Des montres, des bijoux, des lunettes. Et aussi des sacs à main. Mais le plus délirant c’est qu’il y a… des trucs qui semblent provenir de l’intérieur des gens. Comme des broches chirurgicales et des pacemakers. »

L’auteur aborde aussi, comme souvent dans ses romans, la réaction des gens face à une catastrophe ou à une coupure totale entre une situation qui nous échappe et le quotidien auquel nous sommes habitués. L’humain étant ce qu’il est, quand vient le moment dans un groupe de faire des choix pour le bien de tous, il y a toujours quelqu’un qui décide de faire cavalier seul et qui met les autres en danger. Tout cela, ainsi que le personnage de Dinah, une fillette aveugle qui semble « voir des choses » donnent le frisson.

« Comment connais-tu la manière dont je te vois, alors que tu es aveugle?
-Vous seriez étonné, répondit Dinah. »

On découvre au fil des pages les caractéristiques des personnages qui sont restés dans l’avion et leurs capacités. On s’attache à la plupart d’entre eux, tout en découvrant les raisons pour lesquelles ils étaient dans l’avion. C’est une chose que j’aime particulièrement chez King: ses personnages. Ils sont toujours très complexes, les bons comme les méchants. D’apprendre à mieux les connaître nous permet de mieux les comprendre, ce qui demeure fort inquiétant quand ils s’agit de personnages très problématiques.

Dès qu’on commence la lecture de ce roman, les pages défilent bien vite. Il est difficile de le mettre de côté. J’aurais par contre aimé en savoir un peu plus sur le « après » vers la fin du roman, mais Les Langoliers est une histoire qui laisse une grande place à l’imagination… ce qui contribue encore plus à ce sentiment de peur qui accompagne le lecteur. J’ai vraiment adoré cette lecture que j’ai littéralement dévorée!

Les Langoliers, Stephen King, éditions Albin Michel, 512 pages, 2021

Le Baiser des Crazy Mountains

À la recherche d’inspiration dans un bungalow du Montana, le romancier Max Gallagher a la fâcheuse surprise de trouver sa cheminée bouchée. Il en retire un chiffon rouge : en fait, un bonnet de père Noël. Intrigué, et surtout frigorifié, il monte sur le toit jeter un coup d’oeil et découvre dans le conduit le cadavre d’une jeune femme. La victime s’appelle Cindy Huntington, une jeune star de rodéo disparue depuis des mois. A-t-elle voulu entrer dans le chalet par le conduit de cheminée, avant de se retrouver tragiquement coincée ? Ou a-t-elle été assassinée – mais quel serait le mobile de ce crime ? La shérif Martha Ettinger, aidée de Sean Stranahan, aquarelliste, pêcheur à la mouche et enquêteur à ses heures, se lance dans une investigation en terrain glissant. 

Voici la quatrième enquête de Sean et Martha: Le baiser des Crazy Mountains. J’adore cette série! Chaque fois que je découvre un nouveau titre, je sais que je vais passer un très bon moment de lecture. Sean est un ancien détective, reconverti en peintre, qui a reprit les enquêtes lors de son aménagement dans le Montana. On l’aime tout de suite! Martha est la chérif de la région, une femme qui ne s’en laisse pas imposer, mais qui gère parfois très mal ses aventures amoureuses. Elle est soupe au lait et grognon, mais c’est une bonne enquêtrice. Avec eux, il y a toute une équipe que l’on retrouve d’une enquête à l’autre et qu’on apprend à mieux connaître au fil du temps.

« Tu te prives d’un bonheur présent pour t’épargner de le perdre par la suite. Ce n’est pas une façon très courageuse de vivre. »

Dans les romans de Keith McCafferthy, les décors sont aussi importants que l’intrigue et ils nous amènent en pleine nature. On imagine très bien les lieux et souvent, les descriptions sont à la fois rudes et reposantes. La vraie nature sauvage du Montana! Les personnages sont attachants et souvent drôles, avec un petit côté décalé et des dialogues savoureux. Les enquêtes sont suffisamment complexes pour être captivantes, toujours dans un contexte de « nature writing » qui me plait particulièrement.

« Savourant à pleins poumons l’air des cimes, il laisse son regard se promener sur l’étang niché en contrebas du bungalow. Les berges sont frangées de glace, pas un brin de vent ne souffre, et la surface de l’eau reflète en taches lilas et fuchsia la voûte céleste de cette belle soirée printanière du Montana. »

Dans cette quatrième enquête, on retrouve le corps d’une jeune femme coincée dans la cheminée d’un chalet de location, avec un bonnet de père Noël. Cindy Huntington était portée disparue depuis des mois. Elle vivait dans un ranch un peu plus bas. Une adolescente comme tant d’autres. Cette affaire est intrigante surtout quand on découvre qu’il s’agit d’un meurtre, sans aucun mobile apparent. Sean est engagé par la mère de Cindy pour enquêter, pendant que Martha de son côté essaie de dénouer les fils de cette étrange et triste affaire, avec toute son équipe habituelle.

J’ai beaucoup apprécié cette enquête et j’aime énormément suivre les personnages d’une histoire à l’autre. Ici, l’auteur nous amène dans la vie sur un ranch. Parallèlement, nous découvrons certaines choses sur le chalet où elle est retrouvée, un lieu mis à la disposition de différentes personnes dans un contexte très particulier. L’enquête s’enlise et se complique, puisque plusieurs éléments qui semblent n’avoir aucun lien, se coupent et se recoupent. Il est intéressant de suivre Sean de son côté, pendant son enquête, alors qu’il devient très proche de la mère de Cindy; ainsi que Martha qui a un statut plus officiel en tant que shérif. 

Le dénouement est intrigant et l’auteur nous offre une galerie de personnages intéressants dont on veut connaître les faits et gestes afin de dénouer, nous aussi, toute cette étrange affaire. Le baiser des Crazy Mountains est un roman d’enquête en pleine nature, qui offre des dénouements inattendus et débusque de nombreux secrets… Même si cette enquête est la quatrième de la série, il est possible à mon avis de lire les livres séparément si on le souhaite. De mon côté, j’aime beaucoup suivre l’évolution des personnages d’un livre à l’autre, mais les enquêtes sont indépendantes et donc, se suffisent à elles-mêmes.

J’aime énormément Keith McCafferthy, qui me rappelle un peu les romans de William G. Tapply, trop tôt disparu. C’est toujours un plaisir de retrouver Martha et Sean. J’ai déjà hâte à la traduction de la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres livres de la série:

Le Baiser des Crazy Mountains, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 496 pages, 2021

En plein cœur

Three Pines, dans les Cantons-de-l’Est, est un petit coin de paradis. Un matin, durant le week-end de l’Action de grâce, Jane Neal est trouvée morte dans les bois, le cœur transpercé. Le réveil est brutal pour cette communauté tranquille, car ce qui pourrait n’être qu’un bête accident de chasse laisse perplexe Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec dépêché sur les lieux. Qui pourrait bien souhaiter la mort de Jane Neal, cette enseignante à la retraite, artiste à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village et qui dirigeait l’association des femmes de l’église anglicane ? En détective intuitif et expérimenté, Armand Gamache se doute qu’un serpent se cache au cœur de l’éden, un être dont les zones d’ombre sont si troubles qu’il doit se résoudre au meurtre. Mais qui ?

J’avais très envie de relire toute la série Armand Gamache enquête de Louise Penny et ce, depuis un bon moment. J’ai donc eu envie d’organiser un défi lecture: Un Penny par mois. C’est donc dans ce cadre que j’ai relu le premier volet des histoires se déroulant dans le petit village fictif de Three Pines. Il s’agit d’une troisième relecture pour moi. J’ai toujours adoré les livres de Louise Penny. Je l’avais découvert dans un article de journal à l’époque alors que ses romans n’étaient pas encore traduits. J’étais tellement contente quand une première traduction en français avait été annoncée. Je l’avais lu à sa sortie, en 2010. 

En plein cœur est la première enquête de l’inspecteur Armand Gamache. Elle se déroule à Three Pines, un petit village qu’on ne retrouve pas sur les cartes. C’est un lieu qu’on imagine magnifique, invitant, un petit village typique des Cantons-de-l’Est.

« Three Pines ne figurait sur aucune carte routière, trop loin des routes principales et même secondaires. Comme Narnia, on tombait généralement dessus par hasard, étonné qu’un village aussi âgé soit resté caché si longtemps dans cette vallée. Ceux qui avaient la chance de le dénicher en retrouvaient habituellement le chemin. L’Action de grâce, en octobre, était le moment parfait. L’air était habituellement pur et vif, les odeurs estivales des vieilles roses et des phlox étaient remplacées par celles, musquées, des feuilles d’automne, de la fumée de bois et de la dinde rôtie. »

Le ton est donné et l’ambiance bien en place. On a assurément envie de visiter Three Pines et de passer un moment avec les personnages imaginés par Louise Penny. Naturellement, cette série en est une d’enquêtes. Malgré les crimes et les meurtres – fortement concentrés pour un si petit village idyllique – l’écriture, la psychologie des personnages et de l’humain en général, la présence importante des fêtes et des saisons, nous donnent envie d’y rester.

En plein cœur raconte la découverte d’un corps dans les bois, dans la magnificence de l’automne. Jane, une ancienne institutrice appréciée dans sa communauté, est découverte sur un vieux sentier. La mort semble suspecte et c’est pourquoi on dépêche l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec sur les lieux, Armand Gamache. On aime tout de suite cet homme doux et gentil, fin psychologue, qui est cultivé, réfléchi, qui aime sa femme depuis trente-deux ans et prend soin de sa famille. Ça nous change beaucoup de tous ces inspecteurs de police tourmentés et alcooliques. Gamache et son équipe doivent donc élucider le crime. Mais qui donc, dans ce petit village chaleureux et charmant a bien pu vouloir la mort d’une gentille femme sans histoires?

En plein cœur est ce que l’on pourrait qualifier de polar réconfortant. C’est un roman où la psychologie humaine prend une grande place (comme toujours chez Louise Penny) et où les lieux agréables et réconfortants abondent: bistro très particulier qui donne envie de s’attarder, bonne bouffe, librairie, petite auberge, etc. Dans ses romans, l’art sous toutes ses formes et l’histoire prennent beaucoup de place. Ici, dans cette première enquête, il est surtout question d’artistes et d’arts visuels. On plonge dans une petite communauté d’artistes, on entrevoit leur travail et le statut différent de plusieurs des personnages qui sont artistes. C’est aussi une sorte d’hommage à l’art en général et aux émotions qu’il peut susciter. 

L’enquête s’intéresse aussi aux chasseurs, principalement à cause de l’arme du crime. L’automne, on le sait, les bois sont envahis par les chasseurs désireux de faire une belle prise. Il y a tout un monde qui gravite autour d’eux, du choix des armes, aux sentiers et à la façon de tirer. Il suffit de vivre dans un petit village où les camps de chasse sont légion pour y retrouver un peu de cette atmosphère automnale particulière. Gamache traque les criminels en s’attardant à la façon dont les gens se comportent entre eux.

« Je pense que bien des gens adorent leurs problèmes. Ça leur donne toutes sortes d’excuses pour éviter de grandir et de se mettre à vivre. »

Sans surprise, j’ai adoré ce roman, même après une troisième relecture. C’est pour l’atmosphère et les personnages si attachants (si imparfaits et si humains) qu’on lit Louise Penny. Un vrai plaisir! Il y a aussi une pointe d’humour que j’apprécie particulièrement dans ses livres.

« En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n’avait jamais, au grand jamais, entendu parler d’un crime. Si l’on verrouillait les portes, c’était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte. »

Mais c’est aussi pour les enquêtes, qui nous amènent à sonder un peu l’âme humaine. Dans ce livre, Jane était sur le point de présenter un tableau au grand jour, elle qui avait toujours été une artiste très discrète. C’est intéressant de découvrir ce que cachent ses motivations et les liens avec l’enquête.

Le village compte une petite librairie que l’on imagine aisément, surtout en tant que lecteur. Voisine du bistro de Gabri et Olivier, tenue par Myrna, cette librairie est un lieu fascinant. Gamache y trouve refuge, pour réfléchir et discuter. J’aime aussi beaucoup ces références littéraires que l’on retrouve dans le roman: Virginia Woolf, Herman Melville, W.H. Auden. 

« Le mal n’est jamais spectaculaire et toujours humain. Il dort dans nos lits et mange à nos tables. »

J’ai passé à nouveau un excellent moment à Three Pines et je suis très contente de faire ces lectures en compagnie d’autres passionnés avec le défi Un Penny par mois. C’est un vrai plaisir que de replonger dans les enquêtes de l’inspecteur Gamache, de retrouver le petit village, ses habitants gentils et sympathiques, même si tout n’est pas toujours parfait. Malgré les crimes et les enquêtes, ce sont des livres dans lesquels on se sent bien, ce qui est plutôt paradoxal, mais totalement réjouissant. Le texte mise beaucoup sur l’atmosphère et sur ce qui rend la vie agréable.

Un roman parfait en cette période de l’année. Si vous ne connaissez pas encore Louise Penny, c’est le moment de vous lancer! 

À noter qu’une série est en cours de tournage qui s’intitulera Three Pines. Il n’y a pas encore de date de sortie connue. Un livre de recettes est également prévu éventuellement. Plein de belles choses seront donc à découvrir prochainement autour de l’univers de Louise Penny, pour notre plus grand plaisir!

En plein cœur, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 416 pages, 2013

Meurtre au petit déjeuner

Abandonnant le Texas pour l’air salin du Maine, Natalie Barnes a risqué le tout pour le tout en achetant l’auberge de la Baleine grise, un charmant Bed & Breakfast situé dans le Maine, sur Cranberry Island. Cuisinière hors pair, elle adore préparer pour ses invités des gâteaux décadents aux bleuets et des carrés au chocolat au goût d’enfer. Mais le jour où l’un de ses hôtes est retrouvé mort, la police – et la plupart des habitants de l’île – croient qu’elle a en plus trouvé la recette du meurtre parfait. Natalie doit donc mettre la main à la pâre pour trouver le véritable meurtrier si elle ne veut pas perdre l’auberge de la Baleine grise. Ou tout simplement la vie…

J’ai ce livre dans ma pile à lire depuis plusieurs années. Je l’ai lu une fois à sa sortie en 2008 et j’avais bien envie de le relire. Meurtre au petit déjeuner est le premier volet de la série Mystères de l’auberge de la baleine grise qui compte seize titres jusqu’à maintenant. Toutefois, seuls les deux premiers ont été traduits en français, malheureusement. L’éditeur n’a jamais poursuivi la traduction de la série. Avec la mode des polars réconfortants, ce pourrait être une belle idée de les éditer à nouveau. Pour ma part j’ai aussi le second tome dans ma pile à lire, que je compte lire cet automne.

Meurtre au petit déjeuner met en scène une aubergiste, Natalie, nouvellement arrivée dans le Maine. Elle a tout quitté pour ouvrir son auberge et y a investit toutes ses économies. Quand le roman commence, sa nièce Gwen vient de s’y installer pour lui donner un coup de main. L’auberge, la Baleine grise, est située sur une petite île pittoresque appelée Cranberry Island. L’auberge vient tout juste d’ouvrir, elle en est à ses premiers pas et l’argent se fait rare. Un gros promoteur immobilier lorgne sur le terrain adjacent à l’auberge. Il souhaite y construire un complexe hôtelier de luxe. Il détruira du même coup l’habitat et les nids des sternes qui y vivent. Les villageois se mobilisent et un conseil tente d’arrêter l’investisseur. Quand un des hôtes de l’auberge est retrouvé mort, Natalie, qui est encore la petite nouvelle de l’île – dont certains se méfient – devient la coupable parfaite! Elle décide d’enquêter de son côté pour prouver son innocence… ce qui ne se fera pas sans heurts.

Je gardais un bon souvenir de cette lecture et ma relecture a confirmé le plaisir que j’avais eu à lire ce roman. J’ai beaucoup aimé! C’est divertissant et agréable à lire. L’enquête est classique, les personnages sont sympathiques. Il y a un petit côté écologique avec la sauvegarde des nids des sternes et l’aspect maritime (les pêcheurs, les bateaux, le homard) est bien présent. Mais c’est surtout l’ambiance qui est intéressante. Une île du Maine magnifique où l’esprit maritime est très présent, avec ses bateaux et l’éloignement avec le continent. Un lieu où les gens vivent doucement et où les touristes viennent peindre la nature et se ressourcer dans les sentiers.

L’auberge, endroit accueillant par excellence, avec la description des pièces, la cuisine réconfortante de Natalie qui prépare le petit-déjeuner pour ses hôtes. L’épicerie du village tenue par Charlene, qui sert le thé d’après-midi et où Natalie va livrer de petites douceurs à vélo. Une ambiance, une île et une auberge qui donnent assurément envie d’y être. De plus, si vous êtes gourmands, le livre regorge de descriptions de gâteaux et de biscuits. On dévore de bonnes choses à toutes les pages. La fin du livre offre également quelques recettes des plats concoctés par Natalie dans le roman. 

« Après avoir attaché la boîte de scones à l’arrière de mon vieux vélo Schwinn, j’empruntai la route menant à l’épicerie. Tout en pédalant, je respirais à pleins poumons l’odeur des épinettes et des sapins. Seul le bruit de mes roues et des vagues au loin venait briser le silence. C’était si bon d’être dehors au grand air. »

L’enquête, sans être complexe, est quand même intéressante. Les rebondissements sont nombreux et on lit avec plaisir les aventures de Natalie, qui met son nez partout et a tendance à se mettre les pieds dans les plats. On découvre les habitants de l’île et leurs caractéristiques amusantes. 

Une lecture fort agréable, un polar réconfortant et mystérieux où l’atmosphère nous permet de passer un très bon moment!

Meurtre au petit déjeuner, Karen MacInerney, éditions Ada, 337 pages, 2008

Blackwood

Vénéneux. Après y avoir vécu un drame quand il était enfant, Colburn est de retour à Red Bluff, Mississippi. Il y trouve une ville qui se meurt en silence. Lorsque deux enfants disparaissent, les tensions alors sous-jacentes éclatent au grand jour, et la vallée s’embrase. La prose lyrique de Michael Farris Smith est à l’image du kudzu, cette plante invasive qui s’accroche à tout ce qui se trouve sur son chemin et étouffe lentement Red Bluff : plus le lecteur avance dans le livre, plus il se sent enlacé, retenu, pris au piège. Jusqu’à un final sidérant.

J’avais lu il y a quelques temps, le roman Nulle part sur la terre du même auteur, un roman noir que j’avais beaucoup aimé. C’est donc avec beaucoup d’attentes que j’ai commencé Blackwood, un roman très particulier, avec une atmosphère oppressante. Un roman étonnant par sa forme et par cette impression désagréable qu’il réussit à instiller chez le lecteur.

« Avec le temps l’ouverture de la grotte avait été recouverte comme tout le reste. Le kudzu méthodique. Se répandant sur la terre avec une patience folle et ça avait pris un siècle, mais les collines ondoyantes étaient désormais envahies. Sur le flanc de l’une d’elles une vieille maison avec une cheminée se dressait sous sa couverture verte. Les vignes pendaient des promontoires comme des cordes. De petits fourrés d’arbres avaient été conquis des décennies plus tôt, les vignes atteignant les points les plus élevés et s’étirant jusqu’aux branches les plus éloignées, s’entrelaçant et formant des voûtes affaissées. Des arbres estropiés et des amas de broussailles dessinaient des monticules et des bosses à travers la vallée et sous cette vaste toile de vert se trouvait la sombre forêt où les créatures rampaient et où le soleil filtrait péniblement par les minuscules espaces entre les feuilles. »

L’histoire est vraiment à l’image de la couverture: une plante invasive qui s’accroche à tout et fait sombrer avec elle ce qui se trouve sur son passage. Elle agrippe tout, doucement, s’enroule sans qu’on se rende compte. L’histoire de Blackwood est construite de cette façon. On sent que quelque chose de malsain va se produire. Le roman baigne dans une forme de noirceur, de par ce que vivent ses personnages. Peu à peu, on sent qu’on se rapproche du précipice et que, tôt ou tard, on finira par tomber dedans. 

Le roman s’ouvre sur une scène de 1956, un grand drame qui a perturbé bien des vies et qui continue d’agir comme un poison lent. Le reste du roman se déroule vingt ans plus tard, en 1976. L’histoire suit plusieurs personnages qui vivent à Red Bluff ou qui finissent par s’y échouer. Colburn tout d’abord qui a vécu un grand traumatisme enfant et qui revient y vivre. Il profite d’une occasion pour louer gratuitement un local dans la ville désertée pour travailler son art, la sculpture industrielle. Sauf que tout le monde murmure sur son passage. Il est celui qui vivait dans la maison des fous… Il y a aussi une famille tombée en panne sur la route, un homme, une femme, un enfant. Qui ne repartent plus. On sent que quelque chose ne tourne pas rond chez eux. Ils vagabondent. Cachent des choses. Fouinent dans les poubelles. Restent sur leurs gardes. Il y a également Celia, qui travaille au bar, dont la mère était voyante. Une gardienne des secrets. Celia qui apprécie la compagnie de Colburn et qui est un peu le pivot central de la ville. Tout le monde se retrouve dans son bar. Il y a aussi Dixon, amoureux de Celia, jaloux de tout homme qui s’approche d’elle et qui n’avance pas dans sa vie personnelle, prisonnier de ses regrets du passé. Et finalement Myer, policier, qui fait de son mieux mais qui n’arrive pas à faire la paix avec sa culpabilité. Il était là en 1956 quand le drame s’est produit dans la vie de Colburn. Il ne s’en est jamais vraiment remit.

Puis, un beau jour, un autre drame survient: deux enfants disparaissent. Au fil des chapitres on cherche à comprendre cette petite ville étrange où l’on ne réussit à s’extirper qu’avec beaucoup de mal. Quand on réussit à en sortir. Cette ville donne une impression de langueur et de lassitude, de secrets bien enfouis, de mensonges, de noirceur qui se terre dans le cœur des hommes jusqu’au jour où elle explose et entraîne tout sur son passage. Blackwood est un roman inquiétant qui semble un peu long au départ, mais qui progresse peu à peu vers une sorte d’obscurité dont on a peur d’en connaître les rouages. Un roman où les images (la grotte, la maison abandonnée, la plante grimpante) prennent une grande place dans l’imaginaire du lecteur.

Comme dans Nulle part sur la terre, l’écriture est spéciale. Les phrase sont courtes, il n’y a pas toujours de ponctuation et le ton est original. Je crois que l’on est sensible à cette forme d’écriture ou on ne l’est pas. Même si ça prend un peu d’adaptation, j’aime beaucoup pour ma part puisque je trouve que ça rend plus tangible l’atmosphère dans laquelle l’auteur nous plonge. 

Ce roman est vraiment particulier. Je me suis demandée au début de ma lecture où l’auteur nous amenait. Je me suis aussi demandée si j’avais aimé ce roman. La réponse est difficile tant il met mal à l’aise. Rapidement, l’atmosphère prend le dessus sur l’intrigue. C’est étouffant, terrifiant aussi. Je m’imagine l’image d’une plante grimpante qui s’attache à tout, vous encercle jusqu’à l’étouffement. Ce roman c’est un peu cela. En repensant à l’histoire, je ressens toujours cette sensation d’oppression. Il faut être un écrivain très habile pour rendre cette impression aussi forte.

Une expérience de lecture très particulière…

Blackwood, Michael Farris Smith, éditions Sonatine, 288 pages, 2021