Route End t.4

route end 4Grâce à ses récentes découvertes, la police sait désormais qu’End, le tueur masqué, aurait deux jumeaux. Mais il reste insaisissable… et continue à sévir. Omi, qui tentait de surmonter son traumatisme pour reprendre une vie normale aux côtés de Yuka, est retrouvé assassiné, le corps découpé en morceaux… Dévastée par la mort brutale de son petit ami, la jeune femme s’isole et refuse l’aide de ses proches, jusqu’à disparaître complètement. C’est alors que l’enquête prend une tournure inattendue : le triplé C, soupçonné d’être End, aurait enfin été retrouvé !

À chaque nouvelle parution, c’est un vrai plaisir que de me replonger dans cette histoire de tueur en série, aux rebondissements surprenants. Ce manga est fascinant, en plus de mêler habilement le mystère et les révélations. Tout est bien dosé pour nous garder en haleine et attendre avec impatience la parution d’un prochain tome.

Dans ce tome 4, on poursuit un peu sur les découvertes du tome précédent. En plus de l’enquête principale, plusieurs personnages vivent des choses difficiles et compliquées. Le lecteur les suit en marge de l’histoire d’End et apprend à mieux les connaître. Il y a Akina, l’inspectrice de police qui tombe sur un sosie de son frère décédé; Taji, dont la belle-sœur se bat contre un cancer et Yuka qui souffre énormément de la perte de son amoureux. Les personnage évoluent dans une sphère privée en plus de devoir faire face à la pression reliée à l’enquête sur les crimes d’End.

La découverte d’un autre cadavre en morceaux complique énormément les choses à cause de sa ressemblance avec d’autres personnages. Les enquêteurs ne savent plus où donner de la tête: vu la scène de crime, on croit qu’End perd la tête ou alors, qu’il y a un meurtrier qui agit comme imposteur… Il y a de nombreux rebondissements dans ce quatrième tome: une attaque dans les bois, la découverte d’un mystérieux homme cagoulé ainsi qu’un traître au bureau d’enquêtes.

Les recherches tournent toujours autour de la société de nettoyage dont s’occupe maintenant Taji, puisque plusieurs personnes décédées y étaient liées directement. Cette fois, Taji se tien un peu plus à l’écart de l’enquête, ses problèmes personnels l’occupent amplement.

Toujours aussi bon ce manga, qui se lit d’un trait, comme d’habitude. Un véritable page turner dont on veut absolument connaître le dénouement. Route End est vraiment une excellente série criminelle, que je ne peux que vous conseiller si le genre vous intéresse. C’est un thriller d’enquête efficace.

La série, déjà parue en japonais, comportera 8 tomes. Mon seul regret avec cette série: ne pas pouvoir les lire d’un seul coup! Quand tous les livres seront parus, je crois que je les relirai, l’un après l’autre, pour le plaisir d’une lecture continue.

Mon avis sur le tome 1, le tome 2 et le tome 3.

Route End t.4, Kaiji Nakagawa, Édition Ki-oon, 192 pages, 2019

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Dans la neige

dans la neigeAu milieu de l’hiver glacé du Colorado, ce portrait d’une communauté traumatisée est noir, intense, poignant : une révélation! Dans cette petite ville du Colorado, on adore ou on déteste Lucinda Hayes, mais elle ne laisse personne indifférent. Surtout pas Cameron, qui passe son temps à l’épier, ni Jade, qui la jalouse terriblement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale. On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige. Chacun leur tour, Cameron, Jade et Russ évoquent la jeune fille, leurs rapports, leurs secrets. Vite, ce drame tourne à l’obsession : tous trois savent en effet que la vérité peut les sauver ou les détruire.

Il y a des livres qu’on attend avec impatience. C’était le cas du livre de Danya Kukafka. Tout m’attirait: le résumé, le titre, la mention d’un roman noir, la couverture, l’idée d’un Colorado enneigé et, pourquoi pas, la mention en première page qu’il s’agissait d’un premier roman exceptionnel. Quand j’ai eu le roman en main, je l’ai commencé aussitôt.

Les premiers chapitres de ce livre me plaisaient beaucoup et j’avais hâte de le reprendre. Puis mon plaisir de lecture s’est considérablement essoufflé… si bien que j’ai commencé à être agacée par les personnages. Après 200 pages, j’ai fait un tour sur internet pour lire des avis d’autres blogueurs et d’autres sites. Dithyrambiques. Tout le monde aime ce livre pour lequel je n’ai ressentis que de l’ennui. J’ai eu l’impression que mes attentes face au roman et face à ce qu’on me proposait comme première impression sont complètement décalées.

Tout d’abord, rien dans le résumé me donnait l’impression que Lucinda est une adolescente et que la majorité du livre se passerait dans le contexte de relations entre adolescents. Le portrait typique d’étudiants avec leurs mesquineries, le lot d’élèves perturbateurs et les professeurs. Comme deux des trois personnages sur qui le roman se concentre sont des adolescents, leurs propos sont, quoique bien sombres, très axés sur leurs relations avec leurs camarades, les jalousies, l’envie et l’intimidation. Ça fonctionne pendant quelques chapitres, mais au bout de 200 puis 300 pages, je n’en pouvais plus. J’étais dans l’attente de quelque chose qui n’est jamais arrivé.

Le roman suit Cameron, Jade et Russ. Cameron est perturbé. Il est obsessif. Il suivait Lucinda, l’espionnait la nuit venue depuis son jardin et faisait constamment des croquis d’elle. Il la voyait dans sa soupe et l’idolâtrait.

« Même quand Cameron était avec d’autres, il était seul, ce qui lui donnait la sensation contradictoire d’une totale inutilité et d’une chance inouïe. »

Jade est jalouse. Lucinda lui a piqué son emploi, elle levait le nez sur elle et ses amies se moquaient souvent d’elle. Jade détestait Lucinda et voulait qu’elle meure. Elle est contente qu’elle ne soit plus là. Elle fabule bien souvent en s’inventant des petites histoires, qui nous sont livrées sous une forme théâtrale. Je trouvais que ça n’apportait pas grand chose à l’histoire.

« Si personne ne remarque que tu es vivant, alors peut-être que tu ne l’es pas, et ce n’est certainement pas plus mal. »

Quant à Russ, il est dans la police. Normalement il enquête sur la mort de Lucinda, sauf qu’étonnamment, il n’en parle presque pas. Il nous parle plutôt de sa femme, et de son beau-frère qu’il n’aime pas beaucoup.

« Russ sait qu’Ivan est dangereux – qui n’aurait pas peur d’un homme qui ne croit pas au mal? »

Le roman tourne autour des pensées de ces trois personnages. De leurs déceptions, leur haine, leur tristesse. Et… c’est presque tout. À travers eux, le portrait de gens qui évoluent autour. De l’enquête, pas grand chose. Du roman noir, je n’y ai rien retrouvé de ce que j’aime des bons romans noirs qui m’ont plu.

La couverture aborde un mot qualifiant ce roman d’exceptionnel. Je ne comprend pas. Ce n’est pas mauvais. Il y a une véritable analyse psychologique de personnages complètement torturés et passablement à côté de la plaque qui sont même un brin flippants. Mais c’est long sans bon sens… il ne se passe rien. Je trouvais, tout au long de ma lecture, que les aspects qui m’auraient plu – le côté noir, l’enquête, les personnages étranges – ne sont jamais aussi poussés qu’ils le devraient. La psychologie est là, mais quand on a comprit que Cameron est obsessif, que Jade est jalouse et que Russ a des problèmes avec sa femme, il ne reste pas grand chose. Du moins, pour moi. Je n’ai pas été en mesure d’adhérer à cette petite ville poussée par de noires pulsions.

Le résumé fait mention d’un roman noir dans un Colorado glacé… Si on en parle, c’est que ce devrait être important dans l’histoire. Je m’attendais donc à une certaine atmosphère, dans une petite ville particulière où j’aurais ressenti que je suis au Colorado.  Un peu comme dans plusieurs autres romans noirs que j’ai lu et dont les lieux font partie de l’histoire et sont, en quelque sorte, aussi importants qu’un personnage. Ici, ce n’est pas le cas. Le roman aurait pu se passer n’importe où dans le monde.

Je suis déçue, car je m’attendais à plus, beaucoup plus. Apparemment, je suis la seule parce que j’ai lu d’excellents commentaires sur ce roman et que je n’ai pas réussi à en trouver un qui soit négatif ou même mitigé. J’essaie encore de comprendre pourquoi tout le monde a aimé ce roman. Qu’est-ce que je n’ai pas saisi? À côté de quoi suis-je passée pour ne pas avoir été touchée ou intriguée par ces personnages et par ce côté psychologique qu’on dit si bien développé pour une auteure si jeune? Je cherche encore la réponse…

Dans la neige, Danya Kukafka, éditions Sonatine, 352 pages, 2019

L’Outsider

l'outsiderParfois, le mal prend le visage du bien. 
Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent. Et si c’était vrai ?

Je n’avais même pas lu le résumé avant de choisir ce livre. Un nouveau Stephen King et la mention:

« L’Outsider rappellera aux lecteurs un des premiers romans de King: Ça« 

ont suffi pour me convaincre de le lire. Et j’avais très hâte. Je n’ai vraiment pas été déçue par cette lecture. C’est dans la dernière partie de ce roman qu’on comprend un peu la comparaison avec Ça. Il faut savoir que pendant longtemps, je n’ai pu lire King. Je n’y arrivais pas. Peut-être que je n’avais pas choisi les bons livres, peut-être que ça ne cadrait pas vraiment avec la lectrice que j’étais alors. C’est Ça qui m’a accrochée totalement (quel livre quand même!) et qui m’a fait revenir vers King. J’avais donc très hâte de découvrir L’Outsider.

Ce roman est construit à la base comme une enquête policière. L’auteur alterne entre les derniers moments avant l’arrestation d’un homme très respecté et impliqué dans sa ville, Terry Maitland, et les comptes-rendus d’interrogatoires de témoins oculaires. Le crime est odieux et ligue déjà l’opinion des forces de l’ordre contre Maitland.

« Face aux preuves matérielles et aux témoins oculaires, les alibis et les réputations ne font pas le poids. »

L’enquête est bâclée, les événements précipités par des preuves accablantes, alors les policiers ne se donnent même pas la peine d’interroger le présumé coupable. Il est arrêté devant plus d’un millier de personnes en plein stade de baseball, devant sa femme et ses filles.

« Étrange toutes ces choses que vous remarquiez quand votre journée – votre vie – basculait subitement dans un puits sans fond dont vous ignoriez l’existence jusqu’alors. »

Tout l’accuse, les preuves sont pratiquement irréfutables, alors qu’il a pourtant un alibi en béton. L’enquête devient de plus en plus complexe, quand de nombreuses incohérences sont soulevées et plus personne ne comprend ce qui se passe. À ce moment, je me suis dit que King tenait quelque chose de fort. C’est accrocheur, on veut savoir ce qui se passe, on cherche à comprendre et nous voilà embarqué pour près de 600 pages d’une histoire qui dépasse l’entendement.

« Il se peut qu’on résolve cette affaire, mais je ne sais pas si on aimera ce qu’on risque de découvrir. On s’engage dans une forêt très profonde. »

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça! C’est foisonnant, construit de façon à nous faire passer par une gamme d’émotions. L’histoire est injuste au possible et met le doigt sur ce qui sépare notre réalité de nos croyances. Jusqu’où ce que l’on croit être la vérité est réellement ce qui arrive? C’est terrifiant et fascinant à la fois. King joue avec l’imagination, la vérité, le mode de fonctionnement de la police et les légendes. Ses personnages sont complexes, vivants, bien construits, tellement qu’ils en deviennent réels. C’est la grande force de King, ses personnages, pour le peu que j’ai lu de lui jusqu’à maintenant. Et sa façon de nous donner le frisson. Parce que la peur et la terreur ne se cachent pas toujours là où on le croit. L’humain peut être terrifiant, devenir une menace, amener l’injustice et l’humiliation. Ses erreurs peuvent changer le cours d’une vie. Sa fermeture d’esprit aussi. La tragédie humaine comme point de départ à l’horreur. C’est ce que j’aime de plus en plus chez King.

« Chacun faisait ce qu’il pouvait, qu’il s’agisse de redresser une pierre tombale ou de convaincre des hommes et des femmes du vingt et unième siècle que dans ce monde il existait des monstres d’autant plus forts que des individus rationnels refusaient de croire à leur existence. »

Avant de commencer ma lecture, je savais vaguement que ça parlait d’une enquête,sans plus. Je crois qu’il faut en savoir le moins possible sur cette histoire pour en savourer vraiment toute la construction et les dévoilements inattendus au fil des chapitres. La découverte, peu à peu, de tout ce qui fait cette étrange histoire contribue sans doute énormément au grand plaisir de lire L’Outsider.

Je n’ai pas encore beaucoup lu l’oeuvre de Stephen King, mais j’ai vu que l’on retrouve ici un personnage rencontré dans la trilogie Mr. Mercedes (Mr. Mercedes, Carnets noirs, Fin de ronde): Holly Gibney. Je l’ai adoré! J’ai envie de la retrouver dans les autres romans de l’auteur.

Pour terminer, L’Outsider est un roman qui m’a littéralement happée. Je le lisais dès que j’avais une minute. Je l’ai dévoré avant de dormir et le matin en me levant, avec l’impression que ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’étais absorbée par l’histoire si bien que j’y pensais tout le temps. L’Outsider m’a accompagnée pendant quatre jours et je n’avais pas envie que ça se termine. Ce roman de King a été un vrai plaisir de lecture, si bien que j’ai envie d’enchaîner bientôt avec un autre de ses romans.

L’Outsider, Stephen King, éditions Albin Michel, 576 pages, 2019

Ombres sur la Tamise

ombres sur la tamiseDans Londres dévastée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la vie est dure, les denrées rares, l’avenir incertain. C’est le moment que choisissent les parents de Nathaniel et de Rachel pour leur annoncer qu’ils doivent les quitter, car leur père vient d’obtenir un poste à Singapour. Confiés à un tuteur qu’ils surnomment « le Papillon de nuit », les deux adolescents ne tardent pas à découvrir que le présent comme le passé de leur famille sont brouillés par le jeu des apparences. Alors que la vie s’organise dans la maison où viennent s’installer d’étonnants pensionnaires, les enfants commencent à rassembler les pièces du puzzle. L’homme qui veille sur eux est-il un criminel ? Pourquoi leurs parents ont-ils menti ? Servent-ils une noble cause ou des intérêts inavouables ? D’où viennent ces étrangers qui partagent maintenant leur quotidien ? Ce n’est qu’à l’âge adulte qu’ils découvriront toutes les clés de l’énigme, à une époque où eux-mêmes auront à se pencher sur les mensonges qui les accompagnent depuis leur plus jeune âge.

Nous sommes en 1945 sur la rue Ruvigny Garden à Londres, peu après la Seconde Guerre mondiale. Un père et une mère de famille annoncent une rude nouvelle à leurs deux enfants Nathaniel (14 ans) et Rachel (16 ans): ils doivent les quitter pour une période d’un an. Ils partent pour Singapour, leur père ayant eu une promotion… Les enfants sont confiés à un tuteur que les jeunes surnomme le Papillon de nuit car il sort essentiellement quand le jour tombe.

Homme célibataire, sans enfant, le Papillon de nuit est un personnage particulier. Qui est ce tuteur mystérieux qu’ils ne connaissent que vaguement? Est-ce un criminel? Les enfants se sentent abandonnés et ils ne comprennent pas ces changements dans leur vie. Plus le temps passe et plus ils se questionnent sur les gens que leur tuteur côtoie. Leur univers devient tout à coup rempli de mensonges et de non-dits. Le mystère tourne beaucoup autour du tuteur des enfants et des gens qu’il fréquente.

Outre le Papillon de nuit, un autre personnage important auprès des enfants, surtout de Nathaniel, est le Dard. En manque de figure paternelle, le jeune garçon se rapprochera de lui, même si l’homme demeure un personnage très mystérieux.

 »Certains soirs, dans l’ombre de mon jardin clos assailli par une tempête d’octobre, je sens les murs qui frissonnent en détournant au-dessus de moi le vent de la côte est, et j’ai le sentiment que rien ne peut envahir ou rompre la solitude que j’ai trouvée dans cette tiède obscurité. »

Ombres sur la Tamise est un livre captivant du début à la fin. L’auteur maîtrise d’une main de fer ce roman rempli de mystère pour lequel des réponses nous seront livrées à la fin seulement. Cette lecture démontre un beau travail d’écriture pour instiller et conserver tous les aspects du mystère qui entoure les parents des enfants.

Les jeunes devenus adultes, resteront avec des séquelles de cet abandon et leurs réactions seront complètement opposées. La fin du livre dénoue toute l’intrigue et des explications nous sont apportées. On comprend alors pourquoi les enfants ont été délaissés.

« Comment se fait-il que nous nous souciions si peu, en apparence, de l’absence de nos parents? Mon père, que nous avions vu monter à bord de l’Avro Tudor à destination de Singapour, m’étais à peine connu. Mais où est ma mère?  »

C’est un livre qui se lit très bien, dont les événements s’enchaînent et qui intrigue par son aspect mystérieux. On peut même le qualifier de roman d’espionnage. On y retrouve également beaucoup d’histoire, de criminels et de secrets.

Je n’avais jamais lu cet auteur et le roman m’attirait, surtout pour son sujet de l’après-guerre, un thème que j’aime bien. J’ai particulièrement apprécié ce livre et l’écriture de l’auteur. Comme il a écrit plusieurs titres, j’aimerais éventuellement le relire. J’ai d’ailleurs La table des autres qui m’attend dans ma pile.

Dans ses remerciements à la fin, l’auteur explique que son roman s’inspire de certains faits et lieux historiques, même s’il s’agit d’une fiction. Il raconte un peu ses recherches en fin de roman. À travers cette histoire, l’auteur a aussi voulu démontrer que lorsqu’une guerre d’une aussi grande envergure se termine, la guerre n’est en fait jamais vraiment terminée…

Une très bonne lecture que je vous conseille!

Ombre sur la Tamise, Michael Ondaatje, éditions du Boréal, 352 pages, 2018

Neiges rouges

neiges rougesSoupçonnant un trafic de stupéfiants, le poste de la Sûreté du Québec de Nottaway dépêche Vincent Parent et son partenaire Antoine Lemay au domicile d’Anna Wabanonik, dont le dossier criminel est vierge. Mais à leur arrivée, l’Autochtone et Kanti, sa fille de quatorze ans, surprennent les policiers en s’enfuyant en raquettes à travers les forêts enneigées.
À la suite d’une pénible poursuite – le froid est mordant et les agents sont mal chaussés –, le drame survient : sans l’ombre d’un geste menaçant de la part d’Anna, Lemay pointe une arme sur elle et l’abat. Horrifié, Parent, qui a remarqué que le revolver utilisé n’est pas le Glock de service de son collègue, exige des explications. « Écoute, Vincent. J’ai une femme, j’ai deux beaux p’tits gars… Y’est pas question qu’une guidoune vienne scraper ça », lance-t-il en redirigeant son arme vers Parent. 
Une semaine plus tard, Vincent Parent, qui a été plus rapide – et précis ! – que Lemay, se remet de ses blessures. Or, si l’enquête menée par le sergent-détective Jean-Pierre Vadeboncœur, du Service de police de la Ville de Montréal, confirme qu’il a agi en situation de légitime défense, deux questions monopolisent son esprit : que signifient les dernières paroles de Lemay, et où diable, en plein hiver, a pu se réfugier la jeune Kanti, dont on a perdu la trace depuis la mort tragique de sa mère ?

Neiges rouges est un très bon roman, lu en à peine quelques heures. Je m’attendais à un simple roman d’enquête mais en fait, c’est beaucoup plus que ça. Il faut dire que j’ai déjà lu quelques livres de François Lévesque et chaque fois, c’est un plaisir de lecture, peu importe le genre dans lequel il évolue. Qu’il s’agisse de ses nouvelles ou ses romans, je pense à L’esprit de la meute (fantastique), En attendant Russell (un roman « hors genre » sur l’intimidation) ou Neiges rouges (policier), l’auteur se renouvelle et crée toujours un univers accrocheur et différent. Avant de le commencer, j’étais assurée que ce serait une excellente lecture. Et ça l’est!

Neiges rouges se présente tout d’abord sous forme d’enquête policière. On retrouve deux personnages rencontré dans Une maison de fumée, Vincent Parent et Dominic Chartier. Je n’ai pas lu ce roman, qui semble s’attarder sur l’enfance de Dominic et la rencontre des deux amis, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier énormément Neiges rouges. On peut le lire sans problème, même si on n’a pas lu l’autre roman.

Dans cette nouvelle enquête, Vincent et son partenaire Lemay suivent les traces d’une femme autochtone et sa fille, Kanti. La traque se transforme en cauchemar. Lemay meurt, Vincent doit se remettre de ses blessures.

« T’es comme mon frère…
Une fraction de seconde.
Une fraction de seconde au cours de laquelle Vincent plongea son regard dans celui d’un homme qu’il croyait jusque-là connaître et qu’il aimait, oui, comme s’il s’était agi de son propre frère.
Une fraction de seconde terrible à l’issue de laquelle il comprit qu’il n’avait aucune idée de qui était son partenaire. »

Dominic, son bon ami va venir passer du temps avec lui. Les deux sont policiers, les deux s’entendent très bien. Leur amitié a quelque chose d’amusant et de surprenant à la fois et ça fonctionne à merveille. On s’attache à eux et à leur franc parler. Pendant la convalescence de Vincent, ils vont pêcher, parlent de chasse, se cuisinent de bons petits plats. Sauf qu’en arrière-plan, l’enquête tente d’évoluer quand même. Officieusement, Vincent et Dominic vont chercher un peu de leur côté pour faire avancer les choses…

L’enquête est toujours là, en toile de fond. D’autres éléments criminels s’ajoutent à l’histoire et on avance doucement dans sa résolution au fil des pages. Sauf que l’aspect intéressant de ce roman n’est pas seulement son enquête. Ce sont ses personnages. Vincent et Dominic sont liés par une belle amitié qui nous les rend vraiment attachants. Il y a beaucoup d’humour dans leurs échanges et de blagues entre eux. Vincent doit se remettre de sa blessure. Sa convalescence ne se passe pas au mieux et il fait des rêves plus vrais que nature. Avec Dominic et l’enquête qui suit son cours, même leurs moments tranquilles n’en sont pas réellement…

« Des profondeurs de la forêt, un vent faible mais constant charriait tantôt le bruit d’un pic-bois affairé à percer un tronc, tantôt le craquement solitaire d’un arbre blessé par le froid. Il y avait quelque chose de sinistre et de beau dans cette désolation sylvestre; sauvage, mais pur. »

La nature est très présente dans le roman, qui se passe « dans l’nord », dans un petit village où Vincent s’est acheté une maison à l’écart, pour avoir la paix. Il chasse, pêche, fait de la motoneige. Il vit seul, ce que lui reproche un peu Dominic. Le passé des deux personnages est abordé dans le livre: l’enfance difficile de Dominic qui tente de se reconstruire et de bâtir une nouvelle relation avec une fille restée en ville, et l’homosexualité de Vincent qui l’a conduit à couper les ponts avec sa famille. Il y a de très beaux passages, touchants, sur ce qu’ils ont vécus.

En parallèle, l’enquête met au jour de lourds secrets et des crimes terribles. Entre la présence de la jeune Kanti, toujours en fuite, et les indices qu’elle laisse volontairement derrière elle, l’enquête prend une ampleur que les deux policiers ne soupçonnaient pas. L’histoire est d’actualité puisqu’elle aborde le pouvoir des figures d’autorité et les abus des blancs sur les femmes amérindiennes. Une choquante réalité.

« Elle lui enseignerait ce qu’elle savait.
Ce que sa mère à elle lui avait enseigné. 
Transmettre.
Et continuer d’exister. »

Un excellent roman, comme toujours, lorsqu’on lit François Lévesque. Il m’a permit de découvrir l’improbable amitié de Vincent et Dominic. J’espère qu’il y aura d’autres enquêtes les mettant en scène et je me pencherai assurément sur Une maison de fumée qui pourrait être très intéressant à découvrir.

C’est l’hiver, on ne manque certainement pas de neige en ce moment. Neiges rouges est donc un roman parfait à lire en cette période de l’année. On passe un excellent moment. Le mélange d’humour et d’enquête policière est justement dosé. Les personnages sont des plus sympathiques. Une belle découverte!

Neiges rouges, François Lévesque, éditions Alire, 269 pages, 2018