Cheval indien

cheval indienEnfermé dans un centre de désintoxication, Saul Cheval Indien touche le fond et il semble qu’il n’y ait plus qu’une seule issue à son existence. Plongé en pleine introspection, cet Ojibwé, d’origine Anishinabeg du Nord ontarien, se remémore à la fois les horreurs vécues dans les pensionnats autochtones et sa passion pour le hockey, sport dans lequel il excelle. Saul, confronté aux dures réalités du Canada des années 1960-1970, a été victime de racisme et a subi les effets dévastateurs de l’aliénation et du déracinement culturels qui ont frappé plusieurs communautés des Premières Nations.

Cheval indien est sans doute le livre le plus poignant et le plus touchant que j’ai pu lire sur les pensionnats indiens. La force du texte, son aspect poétique et l’écriture à la première personne en font un roman particulièrement puissant. L’auteur aborde le thème difficile des pensionnats indiens en parlant des séquelles et des traumatismes vécus à travers différentes générations: ceux qui y sont allés et qui en reviennent brisés, ceux qui ont perdu leur culture et ceux, comme la grand-mère de Saul, qui tentent de perpétuer les croyances et l’héritage des Anciens.

« Tout ce que je savais d’indien est mort à l’hiver 1961, celui de mes huit ans. »

Saul est un jeune amérindien qui, à cause des blancs, vit peu à peu l’éclatement de sa famille. Les débuts du roman nous racontent la vie familiale de Saul, dans la nature. Leurs croyances, les traditions de leur peuple, la façon de vivre, les techniques pour manger, se loger et vivre ensemble.

« Keewatin. C’est le nom du vent du nord. Les Anciens lui donnaient un nom parce qu’ils voyaient en lui un être vivant, une créature comme les autres. Le Keewatin prend naissance à la lisière des terres sans arbres et serre le monde entre ses doigts cruels, nés dans le sein glacé du pôle Nord. Le monde ralentit peu à peu son rythme afin que les ours et autres créatures qui hibernent remarquent l’inexorable progression du temps. »

La nature est importante, mais elle devient peu à peu le seul endroit où se cacher des blancs. La fuite devient le cœur de leur quotidien, jusqu’à ce que leur course en pleine nature se termine pour lui au pensionnat indien, où l’on tente de « casser » l’Amérindien en chacun des enfants, afin de les rendre « dignes de recevoir la bénédiction de Dieu ». Sévices, agressions, humiliations, travail forcé, coups, viols, les pensionnats indiens sont de véritables nids à torture. Les pages qui en parlent, le font avec une écriture sobre, troublante. Richard Wagamese réussit à rendre ces passages poignants. Pas parce que c’est raconté crûment, mais plutôt parce que c’est raconté avec talent et émotion, dans une langue qui nous prend aux tripes.

« J’ai été amené au pensionnat indien de St. Jerome. J’ai lu quelque part qu’il existe dans l’Univers des trous qui avalent toute la lumière, tous les corps. St. Jerome a éteint la lumière de mon monde. Derrière moi, tout ce que je connaissais s’est volatilisé dans un bruissement audible, celui de l’orignal qui disparaît au milieu des épinettes. »

Saul nous parle de ce qu’il voit et de la façon dont il tente de survivre. Sa rencontre avec le jeune prêtre Leboutilier et sa passion pour le hockey le sauveront de l’enfer du pensionnat et causeront du même coup, sa perte. Le hockey agit, du moins au début, comme un exutoire et une façon de se défouler.

« M’efforçant d’assimiler les moindres nuances du sport, j’avais l’impression de voler, de traverser le ciel sur de larges ailes. J’adorais cette sensation. J’étais un petit garçon avec des patins trop grands pour lui. Dans le monde du hockey, j’ai trouvé un chez-moi. »

Le sport comme soupape à l’horreur. Sauf que c’est aussi un monde terrible que celui du hockey, sport que ce sont approprié les blancs. Les moqueries, les bagarres, l’intimidation et la violence sont terriblement injustes. Saul se referme, devient plus agressif et le sport perd peu à peu de sa saveur.

Le roman suit Saul de l’enfance jusqu’à la mi-trentaine, du pensionnat aux équipes de hockey, en passant par la grande ville, ses addictions et ses tentatives pour se sortir des blessures qui l’accablent. Son parcours est à la fois intéressant et effrayant. Lucide, calme, profondément blessé, il nous raconte la façon dont il a tout misé sur la fuite pour tenter de survivre. Il révèle certaines choses à la fin du roman et tente enfin de mettre des mots sur ce qui l’a brisé. La chute a été douloureuse, mais il a beaucoup travaillé à tenter de se relever.

Le personnage de Saul est attachant, émouvant, droit et honnête. On ne peut que l’apprécier et vivre avec lui toute la gamme des émotions qu’il traverse. Sa passion pour le hockey est contagieuse, salvatrice, mais la vie au pensionnat est faite de violence et d’injustices. C’est difficile, souvent poignant, mais la beauté du texte et sa poésie sont deux éléments importants de ce roman.

Malgré l’histoire terrifiante derrière les pensionnats indiens, l’écriture de Wagamese est magnifique. Il nous fait comprendre le parcours de Saul et les conséquences psychologiques sur son personnage. Difficile de ne pas être touché et de ne pas se sentir concerné par ce très sombre épisode de notre histoire. De ce côté, l’auteur réussit un vrai tour de force. Parler d’un sujet très dur avec poésie et sensibilité.

Cheval indien est un roman très puissant, troublant, que chacun devrait lire pour mieux aborder l’histoire terrible des pensionnats indiens et comprendre toutes les conséquences que ça a pu avoir sur les enfants qui y ont été amenés. Des conséquences qui ont des ramifications importantes à travers les années et qui rendent complexe la possibilité pour ces jeunes devenus adultes de se construire une vie « normale ». En parler en parallèle du hockey est une bonne idée puisque c’est sans doute un des livres les plus intéressant que j’ai pu lire sur le sujet. Pour les amateurs, on retrouve d’ailleurs plusieurs mentions à des grands du hockey qu’admire Saul: Yvan Cournoyer, Maurice « Rocket » Richard, Jean Béliveau. On y parle de La Soirée du hockey, des Canadiens et des Maple Leafs. On y découvre cependant à quel point ce sport était réservé aux blancs et impitoyable envers les équipes amérindiennes…

Je vous recommande chaudement ce livre, qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Je le trouve essentiel. Lisez-le.

Le livre a été adapté au cinéma. J’ai le film à la maison et je compte le regarder bientôt. Je viendrai sans doute ajouter quelques mots dessus quand je l’aurai vu. En attendant, je vous laisse la bande annonce:

Ce livre est paru en Europe sous le titre Jeu blanc (avec un autre traducteur). Si vous avez accès aux deux éditions, lisez plutôt celle parue chez XYZ éditeur. La traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné est vraiment parfaite. J’ai eu la chance de pouvoir comparer des passages de l’autre édition grâce à une amie française. Même si le texte se ressemble, je préfère la traduction bien de chez nous. La puissance du texte me semble beaucoup plus forte. N’hésitez même pas!

Cheval indien, Richard Wagamese, XYZ éditeur, 265 pages, 2017

Publicités

L’Odyssée des neiges

odyssée des neigesJeune joueur de hockey talentueux, Théo Marchand n’aspire à rien de moins qu’à une carrière dans la Ligue nationale. La tête un peu enflée, rien ne peut arrêter cet adolescent d’Ottawa jusqu’à ce qu’un grave accident mette un frein à son rêve. Les mauvaises nouvelles se succèdent dans sa vie. Ses parents se séparent et il déménage avec sa mère à Sudbury. C’est là qu’il dénichera une vieille motoneige ayant appartenu à sa grand-mère. Avec l’aide de ses nouveaux amis, Alexis et Sophie, Théo finira par la remettre en marche. Une fois l’hiver arrivé, les adolescents s’inscriront à une grande course, l’Odyssée des neiges, qui les mènera à parcourir un long circuit dans le nord de l’Ontario. La compétition sera parsemée d’embûches. Les émotions seront vives.

L’Odyssée des neiges est un roman pour ados, qui m’a attirée à cause de cette grande course de motoneige dont il est question dans le résumé. L’histoire peut se diviser virtuellement en deux parties. Dans la première, nous suivons Théo, un jeune hockeyeur très talentueux, mais doté d’une forte tête. Il est bien souvent convaincu que sans lui, l’équipe ne fonctionnerait pas. L’esprit d’équipe ce n’est pas son point fort.

Sa vie se résume au hockey. C’est ce qui est le plus important pour lui. Il a aussi la chance de jouer avec son meilleur ami, Tyler. Les deux jeunes progressent ensemble depuis des années. Les choses changent le jour de l’accident. Il tombe durement sur la glace, il est victime d’une commotion et sa moelle épinière est légèrement touchée. Il se retrouve d’abord alité, obligé de faire de la réadaptation, puis de marcher avec des béquilles. C’est un coup dur pour Théo qui passait le plus clair de son temps sur des patins!

Cette première partie du roman raconte tous les changements survenus dans la vie du jeune joueur, de sa blessure à son découragement, en passant par l’éclatement de sa famille et son déménagement. Il choisira de s’exiler pour repartir à neuf.

La seconde partie du livre s’intéresse particulièrement à la grande course de motoneige. Le périple est captivant et met en valeur le nord de l’Ontario. C’est l’occasion pour Théo de se faire des amis et de s’intéresser à autre chose qu’à lui-même et ses problèmes. Cette course en motoneige, il faut la préparer. Il y a près de 1000 kilomètres à parcourir et plusieurs photos à rapporter pour prouver le passage de chaque équipe aux différentes étapes. C’est l’occasion de travailler en équipe pour y arriver, de faire des compromis et de réaliser à quel point l’amitié est précieuse.

Il y a de très beaux personnages dans ce roman. Tout d’abord, l’auteur brosse le portrait de deux femmes fortes, la grand-mère de Théo âgée de 81 ans, maniaque de motoneige et avide de vitesse, alors que son mari lui, préférais le calme du ski de fond! C’est grâce à elle que les jeunes pourrons participer à L’Odyssée des neiges. Cette grand-mère est tout simplement géniale et attachante. Le personnage de Sophie est aussi atypique. Cette jeune fille veut travailler en médecine sportive et est une pro… de la mécanique! Ce sont de beaux modèles féminins. J’ai aussi apprécié Alexis, qui est à l’origine d’une foule d’émotions pour le lecteur et Tyler, qui vit avec ses deux pères. Même s’il ne s’agit pas du sujet du roman, je trouve ça fantastique d’avoir des personnages comme ceux-là.

Plusieurs thématiques sont aussi abordées en filigrane: l’éclatement d’une famille, les relations entre différentes générations, le sport, la maladie, la mort, l’amitié, l’amour, la dépression et les crises d’anxiété. L’écriture est simple, cependant j’ai trouvé que la première partie manquait un peu d’émotion. L’auteur en revanche se reprend grandement dans la seconde partie!

Le roman de Pierre-Luc Bélanger est une belle histoire, portée par des personnages fort intéressants. C’est une lecture qui devrait plaire aux jeunes (et moins jeunes!) intéressés par le sport et par les épreuves d’envergure comme L’Odyssée des neiges.

Une belle lecture!

L’Odyssée des neiges, Pierre-Luc Bélanger, Les Éditions David, 188 pages, 2018

 

Ombres sur la Tamise

ombres sur la tamiseDans Londres dévastée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la vie est dure, les denrées rares, l’avenir incertain. C’est le moment que choisissent les parents de Nathaniel et de Rachel pour leur annoncer qu’ils doivent les quitter, car leur père vient d’obtenir un poste à Singapour. Confiés à un tuteur qu’ils surnomment « le Papillon de nuit », les deux adolescents ne tardent pas à découvrir que le présent comme le passé de leur famille sont brouillés par le jeu des apparences. Alors que la vie s’organise dans la maison où viennent s’installer d’étonnants pensionnaires, les enfants commencent à rassembler les pièces du puzzle. L’homme qui veille sur eux est-il un criminel ? Pourquoi leurs parents ont-ils menti ? Servent-ils une noble cause ou des intérêts inavouables ? D’où viennent ces étrangers qui partagent maintenant leur quotidien ? Ce n’est qu’à l’âge adulte qu’ils découvriront toutes les clés de l’énigme, à une époque où eux-mêmes auront à se pencher sur les mensonges qui les accompagnent depuis leur plus jeune âge.

Nous sommes en 1945 sur la rue Ruvigny Garden à Londres, peu après la Seconde Guerre mondiale. Un père et une mère de famille annoncent une rude nouvelle à leurs deux enfants Nathaniel (14 ans) et Rachel (16 ans): ils doivent les quitter pour une période d’un an. Ils partent pour Singapour, leur père ayant eu une promotion… Les enfants sont confiés à un tuteur que les jeunes surnomme le Papillon de nuit car il sort essentiellement quand le jour tombe.

Homme célibataire, sans enfant, le Papillon de nuit est un personnage particulier. Qui est ce tuteur mystérieux qu’ils ne connaissent que vaguement? Est-ce un criminel? Les enfants se sentent abandonnés et ils ne comprennent pas ces changements dans leur vie. Plus le temps passe et plus ils se questionnent sur les gens que leur tuteur côtoie. Leur univers devient tout à coup rempli de mensonges et de non-dits. Le mystère tourne beaucoup autour du tuteur des enfants et des gens qu’il fréquente.

Outre le Papillon de nuit, un autre personnage important auprès des enfants, surtout de Nathaniel, est le Dard. En manque de figure paternelle, le jeune garçon se rapprochera de lui, même si l’homme demeure un personnage très mystérieux.

 »Certains soirs, dans l’ombre de mon jardin clos assailli par une tempête d’octobre, je sens les murs qui frissonnent en détournant au-dessus de moi le vent de la côte est, et j’ai le sentiment que rien ne peut envahir ou rompre la solitude que j’ai trouvée dans cette tiède obscurité. »

Ombres sur la Tamise est un livre captivant du début à la fin. L’auteur maîtrise d’une main de fer ce roman rempli de mystère pour lequel des réponses nous seront livrées à la fin seulement. Cette lecture démontre un beau travail d’écriture pour instiller et conserver tous les aspects du mystère qui entoure les parents des enfants.

Les jeunes devenus adultes, resteront avec des séquelles de cet abandon et leurs réactions seront complètement opposées. La fin du livre dénoue toute l’intrigue et des explications nous sont apportées. On comprend alors pourquoi les enfants ont été délaissés.

« Comment se fait-il que nous nous souciions si peu, en apparence, de l’absence de nos parents? Mon père, que nous avions vu monter à bord de l’Avro Tudor à destination de Singapour, m’étais à peine connu. Mais où est ma mère?  »

C’est un livre qui se lit très bien, dont les événements s’enchaînent et qui intrigue par son aspect mystérieux. On peut même le qualifier de roman d’espionnage. On y retrouve également beaucoup d’histoire, de criminels et de secrets.

Je n’avais jamais lu cet auteur et le roman m’attirait, surtout pour son sujet de l’après-guerre, un thème que j’aime bien. J’ai particulièrement apprécié ce livre et l’écriture de l’auteur. Comme il a écrit plusieurs titres, j’aimerais éventuellement le relire. J’ai d’ailleurs La table des autres qui m’attend dans ma pile.

Dans ses remerciements à la fin, l’auteur explique que son roman s’inspire de certains faits et lieux historiques, même s’il s’agit d’une fiction. Il raconte un peu ses recherches en fin de roman. À travers cette histoire, l’auteur a aussi voulu démontrer que lorsqu’une guerre d’une aussi grande envergure se termine, la guerre n’est en fait jamais vraiment terminée…

Une très bonne lecture que je vous conseille!

Ombre sur la Tamise, Michael Ondaatje, éditions du Boréal, 352 pages, 2018

L’Isle aux abeilles noires

isle aux abeilles noiresPendant la Seconde Guerre mondiale, trois familles d’origines et d’horizons différents s’exilent sur l’Isle aux abeilles noires, petite île perdue dans l’archipel des Hébrides, dont les falaises enveloppées de brouillard vibrent de la vie de millions d’abeilles et de centaines d’espèces d’oiseaux de mer. Ces lignées — française, danoise et grecque — y verront naître des enfants, porteurs d’une vision du monde hors du commun et dont les vies deviendront intimement liées. Parmi tous ces êtres à la créativité foisonnante et visionnaire, portés par leurs passions, un apiculteur, un souffleur de verre, une ondiste, une parfumeuse, une danseuse et un enfant magicien nous entraînent dans l’éblouissement de l’imagination, de l’amour, aux confins de la folie et de la mort.

L’Isle aux abeilles noires est ma première rencontre avec la plume d’Andrée Christensen et quelle rencontre! Ce roman, très atypique, raconte l’histoire de trois familles arrivées sur l’île. Un endroit rempli de mythes, une île pleine de mystères. Dans ces lieux si particuliers, chaque famille et chaque enfant y fera rayonner son métier.

Les enfants nés sur l’île ont tous un lien important, avec des dons propres à chacun qui sont hors du commun. Il y a un beau message d’amour et sur ce lien particulier qui lie les gens nés sur l’île. Leurs dons singuliers donnent l’impression que l’île est pour beaucoup dans ce cadeau qu’ils ont reçu. Ils ont tous un talent différent qui les amène à avoir besoin des uns des autres pour se compléter.

Il y a plusieurs personnages, ils sont tous importants et on s’attache énormément à eux. L’auteure réussit à nous captiver par rapport à ce qu’ils vivent. Vers la fin du livre, ce sont les personnages en lien avec l’apiculture qui prennent le dessus, puisque les abeilles sont intimement liées à leur histoire.

« Quand Helios parle à sa fille, il a des abeilles dans les yeux et les mots coulent de sa bouche comme du miel. »

C’est une lecture facile et agréable, mais aussi très riche par son contenu. Certaines portions du livre sont plus poétiques, théâtrales, fantaisiste et il y a un certain mystère. J’ai eu l’impression, pendant ma lecture, que l’auteure avait voulu mettre en avant l’histoire des abeilles, pas seulement dans l’histoire mais aussi dans la construction du livre. Les chapitres très courts et les différentes parties me rappelaient un peu l’image de la vie d’une ruche, ses nombreux individus et les alvéoles de la ruche.

« Quand il vient vers ses ruches, Helios entre dans le temps des abeilles avec révérence, respect et reconnaissance. En leur présence, sa respiration ralentit naturellement, ses sens s’aiguisent, son cœur se dilate et bat au rythme de la ruche. »

La musique prend une place considérable dans le roman, pour chaque personnage. L’art en général est très présent, que ce soit à travers la danse, la création, les projets artistiques. On suit les membres des différentes familles sur plusieurs années, leurs joies, leurs drames, de grandes déchirures, la détresse, mais toujours, l’art et la nature.

Une nature omniprésente par ses lacs, sa mer, les oiseaux, les abeilles qui sont très marquantes dans l’histoire et dans la construction du roman. La famille d’apiculteur se détache des autres, ils deviennent des éléments principaux du roman, en pleine lumière. Les mythes associés à la nature se retrouvent dans le livre. La violence de la mer par exemple est accueillie en musique, pour amadouer la colère des vagues. Il y a vraiment de très beaux passages dans ce roman.

Je dois dire que j’ai pris du temps pour lire ce livre. Pas parce qu’il est ennuyant, au contraire, mais plutôt parce que c’est un livre foisonnant qui mérite qu’on s’y attarde. C’est une histoire qui est vraiment très agréable à lire, que je retrouvais chaque soir avec un grand plaisir. Un roman que je conseille énormément. C’est un livre qui plaira à plusieurs, que vous soyez attirés par l’histoire, la poésie, les récits familiaux ou l’art. Globalement, c’est un roman qui peut rejoindre beaucoup de lecteurs tant les thèmes abordés sont variés. L’écriture est vraiment très belle, poétique et magnifique.

Le roman est très riche, captivant à lire. Il inclut plusieurs petits poèmes dans le texte, au fil du récit. Il contient aussi beaucoup de références artistiques et musicales. Quand un des personnages joue du violoncelle par exemple, on retrouve les références de ses performances. Des notes en bas de page sont un ajout intéressant pour découvrir des pièces musicales et la source d’inspiration de l’auteure pour son roman.

Sur le site d’Andrée Christensen, on retrouve des projets complémentaires au roman: œuvres d’art, journal d’écriture, musique en fond sonore, etc. C’est très intéressant de pouvoir compléter la lecture du livre avec les autres projets autour de L’Isle aux abeilles noires.

Un roman coup de cœur que je vous conseille fortement, une merveilleuse découverte!

L’Isle aux abeilles noires, Andrée Christensen, éditions David, 356 pages, 2018

La colline

la collineJared et Kyle ne pourraient être plus différents.
Jared et Kyle ne pourraient être plus mal pris.

La colline est un roman mystérieux, prenant, qui met en scène deux personnages d’adolescents, Jared et Kyle.

Jared est un garçon de la ville, dont les parents divorcés sont riches à craquer. Vêtu à la dernière mode, ayant tout ce qu’il désire, ses parents comblent leur absence par des biens matériels. Jared est suffisant et se croit supérieur aux autres. L’argent mène son monde.

Kyle a été élevé dans la nature. Il est issu de la nation Cri. C’est un amérindien qui est proche de sa famille, sait comment se nourrir avec ce que la nature a à offrir, parle plusieurs langues, passe une partie de l’année au camp dans la forêt avec ses grands-parents. La nature mène son monde.

Kyle et Jared n’auraient jamais dû se rencontrer. Sauf que l’avion privée du père de Jared qui amenait l’adolescent chez son père à Yellowknife s’est écrasée en pleine forêt. C’est Kyle qui va le trouver, mais Jared est têtu et n’en fait qu’à sa tête. En croyant pouvoir capter quelque chose avec son téléphone pour demander de l’aide, Jared va pousser les deux adolescents à grimper la colline. Une colline où personne ne doit aller.

« Kokum nous prévient chaque année. On ne monte pas sur la colline. »

C’est alors le début de l’aventure des deux garçons, dans un monde parallèle au nôtre, qui donne vie à une légende issue de la mythologie amérindienne, celle de Wîhtiko (ou plus couramment connue sous le nom de Windigo). C’est une aventure teintée de suspense et de frissons qui les attend. Très vite, les deux adolescents doivent surpasser les préjugés qu’ils ont l’un pour l’autre et s’entraider pour réussir à survivre.

Au début du roman, Jared et Kyle se détestent. Ils ne se comprennent pas, ne saisissent pas comment l’autre fonctionne ni comment chacun vit. Si Jared est mal outillé pour survivre en pleine nature alors que c’est le territoire familier de Kyle, chacun apporte une contribution, quoique différente, à la survie des deux. Ils doivent unir leurs forces pour battre ce qui s’acharne sur eux et qui souhaite leur mort. La survie devient rapidement tout ce qui compte.

« En ville, il n’avait jamais songé au soulagement que c’était de respirer encore. Il avait cru que tout lui revenait de droit. La nourriture, la sécurité, le luxe. La vie. »

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est l’omniprésence de la nature, les détails quant à la façon de se débrouiller dans la forêt avec une force obscure qui vous traque. Le roman mélange habilement techniques de survie et surnaturel, tout en offrant le portrait de deux mondes différents qui ne se comprennent pas toujours: les Blancs et les Amérindiens.

Les deux adolescents sont obstinés et ont des idées préconçues sur la manière de vivre de l’un et l’autre. Ils ne sont pas tendres dans leurs échanges. Leurs querelles deviennent presque un leitmotiv pour continuer à avancer. Kyle maudit la bêtise de Jared, alors que ce dernier grogne contre la force et la facilité de Kyle à évoluer en forêt. Tout le long de l’aventure, Jared dresse en parallèle de l’histoire, la liste de tous les points pour lesquels lui et Kyle ne seront jamais amis. Jamais?

Malgré quelques longueurs et certaines situations similaires d’un chapitre à l’autre, le roman est captivant et réussit à dresser un beau portrait d’amitié de jeunes qui avaient tout pour se détester. L’adversité peut unir les gens et si chacun prend la peine de découvrir l’autre, on peut avoir de belles surprises.

La touche de fantastique et l’atmosphère de légendes dans lequel baigne l’histoire ajoute beaucoup à l’intrigue. Un très bon livre, qui se lit avec grand plaisir! J’ai été contente de cette découverte.

Le livre a été finaliste pour de nombreux prix littéraires canadiens en 2017 et 2018: le Prix Sunburst, le Prix Snow Willow, le Prix du livre Rocky Mountain et le Prix OLA Forêt de la lecture Red Maple.

La colline, Karen Bass, éditions Québec Amérique, 387 pages, 2018