Contes, légendes et mythes ojibwés

Selon la légende, Nanabush était le fils d’une femme, Winona, et d’un esprit (Vent d’Ouest). Il possédait de nombreux pouvoirs et c’est ainsi qu’il dota les Ojibwés de l’art de conter. De nombreux contes, alors, ont dû se raconter dans ces temps mythiques. Et depuis lors, ils se sont transmis oralement de siècle en siècle. Les contes présentés dans ce recueil ont été racontés par des Aînés, particulièrement par Wahwahskgone et surtout par Sam Ozawamik, puis traduits de l’ojibwé en anglais par Basil Johnston, chacun de ces conteurs les remaniant quelque peu en y intercalant des réflexions personnelles, en mêlant histoires, légendes et mythes.

Ce joli recueil comprend 18 contes ojibwés, racontés par des aînés et traduits en anglais par l’auteur Basil H. Johnston. Le recueil a, par la suite, été traduit en français. C’est un recueil de contes agréable à lire si on s’intéresse aux mythes autochtones. Ça été pour moi une lecture plutôt agréable, pas un coup de cœur, mais ça se lit bien. 

Les contes sont issus de la tradition ojibwé. Il s’agit de contes dont la lecture est assez légère. La tradition orale étant très forte, l’atmosphère est imprégnée des esprits et des mythes, ce qui est intéressant à lire. Les légendes nous amènent ailleurs et nous font sortir du monde réel. Les histoires font appel à notre imaginaire.

« La balle défonça le sol en une énorme cuvette au contour irrégulier que nous appelons aujourd’hui la baie d’Hudson. En éclatant en morceaux, la balle forma tous les petits lacs au nord de l’Ontario. Quelle explosion de tonnerre et que le flamboiement d’éclairs s’en suivirent! »

Un ouvrage assez court, qui se lit d’une traite. C’est également un recueil qui peut être lu avec des adolescents pour les initier aux contes et légendes autochtones. Un livre qu’on peut donc partager en famille, pour découvrir les mythes ojibwés.

Contes, légendes et mythes ojibwés, Basil H. Johnston, Éditions Alias, 124 pages, 2019

Une brève histoire des Indiens au Canada

À Toronto, une volée d’Indiens en pleine migration se frappent contre les gratte-ciel de Bay Street et retombent sur le pavé, comme autant d’oiseaux assommés, pour le plus grand étonnement des hommes d’affaires de passage. Heureusement que deux employés de la ville, Bill et Rudy, sont là pour les étiqueter et les relâcher dans la nature, après les avoir soignés. Un bébé blanc arrivé par erreur par la poste est offert comme premier prix au bingo hebdomadaire dans une réserve indienne, même si la plupart des joueurs préféreraient remporter le deuxième prix, qui est une camionnette. Voici quelques-unes des situations qu’on trouve dans ce recueil de Thomas King, qui y donne libre cours à la mordante ironie caractérisant son œuvre. Ces vingt nouvelles sont autant de pavés jetés dans la mare des bons sentiments et des conceptions préfabriquées touchant les Autochtones. Elles sont surtout de délicieux morceaux de fiction, où l’intelligence du propos le dispute à la malice du conteur.

J’aime beaucoup Thomas King. Plus je découvre ses écrits, plus j’apprécie sa façon de voir les choses, ironique et mordante. Je le trouve drôle et impertinent. Il dit les choses qu’il ne faut pas dire. Il est rafraîchissant. 

J’avais envie, dans le cadre de Mai en nouvelles, de découvrir Thomas King sous la forme d’écrits courts. J’ai donc choisi de lire le recueil de nouvelles Une brève histoire des indiens au Canada. Le livre porte très bien son titre, même si notre premier réflexe est de penser qu’il s’agit d’un essai. En vingt nouvelles, toutes bien différentes, Thomas King parle de la façon dont les autochtones ont été traités ou sont traités au Canada. 

Il utilise la fiction avec énormément d’ironie pour parler de la relation entre les blancs et les autochtones. Des réserves en passant par l’assimilation, le racisme, la culture, la Loi sur les indiens, ces nouvelles forment un recueil très éclectique. Le style est mordant, comme souvent chez King, mais les histoires sont très différentes. Certaines sont ancrées dans le quotidien alors que d’autres sont beaucoup plus métaphoriques. Derrière ses textes de fiction, on ressent la critique virulente des réserves, de la façon dont le pays a toujours tenté d’effacer la présence autochtone. Thomas King a une plume intelligente et un talent certain pour marquer les esprits. 

Si un ou deux textes m’ont laissée perplexe, la plupart m’ont beaucoup plu et je dirais même que certains sont d’extraordinaires métaphores pleines d’ironie sur la condition difficile des peuples autochtones. Je pense à la nouvelle qui ouvre le recueil et dont le livre porte le titre. Elle fait à peine cinq pages, mais c’est un extraordinaire coup de poing. Idem pour celle qui parle de « chasse aux aînés », de l’homme qui collectionne les « Indiens » sous la forme d’un parc jurassique autochtone ou des « sujets ennemis du pays ». D’autres sont plus légères ou racontent simplement le quotidien. La plupart sont des critiques de la société moderne, de la façon dont l’homme traite la nature et le monde autour de lui. 

« -Les animaux sont devenus une nuisance publique et une menace pour la santé, déclara le maire. Il faut trouver un moyen de les refouler dans la forêt.
-C’est ce que j’ai essayé de vous faire comprendre, dit l’Indien. Il n’y a plus de forêts. »

Thomas King a beaucoup écrit. Son parcours comme auteur est également très intéressant. Son style est unique. Qu’il écrive un essai, un roman, un polar, des nouvelles ou de la poésie, on retrouve son regard acéré et plein d’humour sur le monde qui nous entoure. 

Un auteur que j’aime de plus en plus au fil de mes lectures et que je lis chaque fois avec grand plaisir.

Une brève histoire des Indiens au Canada, Thomas King, éditions du Boréal, 296 pages, 2014

Meurtres avec vue

À la suite d’une enquête non résolue qui a culminé avec la mort de certains de ses proches, Thumps DreadfulWater a quitté la police et la frénésie californienne. Décidé à gagner – tant bien que mal – sa vie comme photographe, il a opté pour la tranquillité des montagnes du Montana. Or, tout n’est pas si calme dans la ville de Chinook et la réserve voisine. De fait, à quelques jours de l’inauguration d’un casino et d’un complexe d’habitation dont les profits assureront un revenu substantiel à la communauté amérindienne, un corps est découvert dans une des luxueuses unités. Dès l’identification du cadavre – un employé de la compagnie responsable de l’installation du système de gestion informatique du casino –, l’intérêt des policiers locaux se porte sur Stanley Merchant. À leurs yeux, son rôle au sein des Aigles rouges, un groupe férocement opposé au projet, le désigne comme le suspect numéro un. DreadfulWater, qui ne croit pas un seul instant à la culpabilité du fils de la cheffe de bande, se sent dès lors obligé de s’impliquer. Il mènera donc discrètement sa propre enquête en suivant plutôt la piste informatique… bien que ce domaine de connaissances soit aux antipodes de ses champs de compétence !

Thomas King est surtout connu pour ses essais, romans et nouvelles. Auteur issu des Premières Nations, il a remporté de nombreux prix. J’ai découvert il y a quelques années qu’il avait écrit une série policière, dont le premier tome a été publié en 2002. Quand j’ai appris la publication de ce livre chez les éditions Alire, j’ai tout de suite voulu le lire. J’étais bien contente qu’on traduise enfin cette série! 

King met en scène un ancien policier reconverti en photographe, Thumps DreadfulWater, un Cherokee curieux et paresseux, qui tente de faire la paix avec certaines blessures de son passé de policier. Suite à un drame qu’il a vécu, dont on apprendra certaines choses au fil du roman, DreadfulWater a déménagé, s’est refait une vie et essaie tant bien que mal de gagner un peu d’argent avec ses photos. Mais la flamme de la justice en lui ne s’est pas éteinte quand il a remisé son uniforme de policier. Le personnage devrait normalement être étoffé au fil des tomes et on devrait connaître un peu plus de choses sur lui dans les prochains livres.

« De toute façon, les souvenirs, une fois libérés, ne pouvaient pas être remis dans la boîte. Pas avant d’avoir causé un maximum de dommages. »

Meurtres avec vue raconte la découverte d’un cadavre dans une unité, alors que la réserve a donné son accord à la construction d’un casino et d’un luxueux complexe d’habitation. Le Buffalo Mountain Resort était un enjeu politique tribal et n’était pas forcément perçu d’un bon œil par les groupes militants. L’inauguration est proche et le cadavre complique un peu les choses tant pour les entrepreneurs que pour la réserve. Naturellement, DreadfulWater ne peut rester à l’écart et y pointe le bout de son nez pour « prendre des photos » et fouiner un peu. Quand les soupçons se portent sur Stanley, le fils de la cheffe de bande (et amante de DreadfulWater), l’ancien policier décide d’enquêter de son côté…

« Les cadavres ne font pas toujours des histoires. Mais en ouvrant la porte, Thumps eut le net pressentiment que celui du Buffalo Mountain Resort en ferait, le net pressentiment aussi que la situation serait embrouillée. Le net pressentiment que ce cadavre-ci allait gâcher autre chose que son début de journée. »

Si l’intrigue est assez intéressante, quoique plutôt classique, c’est vraiment dans les dialogues et dans la créations de personnages si caractéristiques que King excelle. DreadfulWater est un personnage très intéressant, tant par sa façon d’être, son côté un peu paresseux (il aime faire la grasse matinée), sa passion pour le golf, son incompétence en matière d’informatique et ses réparties souvent drôles. C’est la même chose pour plusieurs personnages du roman: Stanley le principal suspect, Claire la cheffe de bande, Ora Mae qui vend des appartements, Beth la médecin légiste, pour ne nommer que ceux-là. Le roman se lit aisément, avec beaucoup de plaisir, puisque suivre DreadfulWater n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Mêlé à toutes les étapes de l’enquête, puisqu’il fouine partout, l’ancien policier apporte une dose d’humour à l’histoire. 

« -Je viens de terminer l’estomac. Tu veux voir?
-Non.

-Il ne va pas te mordre.
-Les Navajos n’aiment pas les cadavres.
-Tu n’es pas navajo.
-Non, mais j’ai une sensibilité de Navajo.
-Tu es cherokee, dit Beth. Si ma mémoire est exacte, les Cherokees aiment créer des alphabets et soumettre à la Cour suprême des affaires relatives à la souveraineté. »

Ce qui est intéressant avec Thomas King, c’est qu’il construit une littérature autochtone ouverte et accessible, en disant les choses comme elles le sont. Il est capable d’autodérision, que ce soit par l’entremise de ses personnages ou en jouant avec les idées préconçues sur les autochtones. Il le fait avec beaucoup d’humour et peut aborder sans mal tous les sujets. À notre époque frileuse où l’on doit sans cesse peser nos mots, je trouve qu’il est très rafraîchissant de le lire. Son écriture et sa façon d’amener les situations me plaisent beaucoup. J’ai vraiment adoré ce roman et j’attends la seconde enquête avec grande impatience!

J’ai plusieurs titres de l’auteur dans ma bibliothèque que j’aimerais bien vous présenter au fil du temps, en attendant la traduction de la prochaine enquête de DreadfulWater, prévue pour l’automne 2021. Par la suite, chacune des traduction devraient suivre le calendrier printemps/automne quant aux parutions à venir. Le troisième tome devrait donc paraître au printemps 2022, le quatrième à l’automne 2022 et le dernier tome au printemps 2023. Un calendrier de parutions qui promet de très belles lectures à venir! 

Meurtres avec vue, Thomas King, éditions Alire, 347 pages, 2021

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona

Lorsqu’un très violent orage éclate dans la forêt, Mona la souris croit sa dernière heure venue. Elle trouve par hasard refuge au luxueux Hôtel Heartwood, caché au creux d’un arbre. Une foule d’animaux séjourne dans cet abri douillet pour l’automne. Pourtant, au cœur de ce tourbillon de lits moelleux, de biscuits tout justes sortis du four et de joyeux bals, une ennemie féroce attend Mona…

Je suis tombée sur le premier tome de la série Hôtel Heartwood un peu par hasard. En le commandant, je croyais lire une bande dessinée. J’ai donc été très surprise par le format du livre qui s’avère être en fin de compte… un roman jeunesse! La couverture est cartonnée, le format plutôt petit et il y a de bien jolies illustrations à l’intérieur. En fait, ce roman s’est avéré une bien belle surprise.

Une maison pour Mona est le premier tome de la série Hôtel Heartwood, qui reprend chacune des saisons. Il y a donc quatre tomes. Le premier se déroule à l’automne. Mona vient de perdre sa maison, inondée, et elle se retrouve seule dans la forêt à chercher un endroit où habiter. Elle traîne partout une valise en coquille de noix, gravée d’un cœur, souvenir de sa famille qu’elle a perdue. Un soir elle tombe sur l’Hôtel Heartwood, un endroit bien caché dans un arbre. Même si l’hôtel est complet, on lui offre l’hospitalité en échange de son travail, ce qu’elle accepte.

On ne lui fait pas forcément la vie facile tous les jours, mais Mona aime bien les lieux et elle s’attache à certains clients. Maladroite, du moins c’est ce qu’elle croit, une série d’événements vont la forcer à faire face à ses peurs et à affronter le danger avec beaucoup de courage pour une petite souris.

Ce premier tome est vraiment tout doux. Il met en scène toutes sortes de petits animaux en quête de sécurité. Il faut dire que la forêt est un lieu dangereux pour eux. Ils ne sont ni à l’abri des intempéries, ni protégés des prédateurs qui n’hésitent pas à les attaquer. L’hôtel Heartwood est un bel endroit, un refuge qui aime célébrer la gentillesse, offrir protection et tranquillité.

« Hôtel Heartwood, Hôtel Heartwood,
Où plumes et poils se soutiennent,

Où l’on oublie peurs et problèmes,
Où les ailes guérissent et la joie s’éveille. »

C’est aussi un lieu festif qui prend le temps de célébrer le passage des saisons et la venue d’événements ponctuels, comme l’arrivée de l’hiver ou la fête des lanternes. On y rencontre aussi plusieurs animaux différents qui amènent avec eux plusieurs événements et péripéties auxquels Mona doit faire face.

Ce premier tome s’achève sur l’arrivée de la neige, qui annonce le passage vers le tome 2 de la série, Un hiver si doux. Je l’ai lu récemment, afin d’être en accord avec les saisons. Je lirai le troisième tome au printemps et le quatrième à l’été.

L’univers créé par l’auteur est tout en douceur et rythmé par les saisons. C’est une belle petite lecture fort agréable. J’ai bien aimé ce moment passé à l’Hôtel Heartwood et je compte y revenir très bientôt!

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona, Kallie George, Stephanie Graegin, éditions Casterman, 192 pages, 2018

Ce matin

Un peu avant l’aurore, au moment d’ouvrir les yeux, un homme sent que quelque chose d’extraordinaire va bientôt se produire. Il se lève, avance vers la fenêtre. Soudainement tout s’ouvre. Il sort. Une lumière mystérieuse l’éblouit. À ce moment précis, il sait que, désormais, tout sera changé. Rien ne sera plus jamais pareil. Un recueil envoûtant sur le désir, l’attente, la fascination, l’éblouissement, la peur et la transformation soudaine. Quelque chose qui annonce le début ou la fin de quelque chose…

Ce matin est une poésie particulièrement belle, tant par la justesse de sa plume que par la grandeur de son message qui nous incite à franchir les clôtures qui nous apparaissent comme inaccessibles. Devant tout ce qui nous semble fermé, il y a toujours des failles. Quand on trouve ces failles, on réussit à foncer et à s’offrir une forme de liberté. Ici, il s’agit de la liberté d’expression, qui offre au narrateur, l’occasion de s’épanouir. 

Il nous est tous déjà arrivé à certains moments, d’avoir nombre de choses à extérioriser. Cependant, alors que notre profondeur intérieure s’apprête à s’exprimer, un barrage se dresse devant nous. C’est un peu ce que raconte l’auteur, toujours en parallèle avec le réveil de la nature, un matin. Plume à la main, celle-ci refuse tout mouvement, comme enfermée dans un refus timide de s’exprimer alors que l’auteur ressent pourtant une soif de crier. Puis, comme par magie, juste devant lui, s’entrebâille une fenêtre permettant aux rayons du soleil et à la fraicheur du matin de pénétrer dans la pièce. Une invitation à sortir de sa coquille pour explorer les horizons, un moment soudain qui permet enfin la liberté. Un espace infini.

Ce matin est conçu en trois chapitres. Le premier, intitulé Le vide, raconte ce mutisme, cette inertie. C’est une forme de blocage, face à tout ce que le narrateur a envie d’exprimer. Ici, c’est le néant. Le vide qui fait trembler le cœur. Qui empêche de s’exprimer.

Le second chapitre, L’ouverture, est le constat et la réflexion que quelque chose doit changer. C’est une déconstruction pour mieux revenir à la vie. C’est l’éveil vers ce matin qui offre une nouvelle chance, l’ouverture à une nouvelle possibilité.

Le troisième chapitre s’appelle La vérité. C’est là que tout prend forme. C’est l’art d’habiter l’instant. Tout se met en place. C’est une renaissance et une libération. 

« Ce bruit
à la fois de l’intérieur

et de l’extérieur
active le diapason de la parole
à l’aurore
ce que le jour a en réserve
pour faire vaciller
le premier rayon sur la peau
tout comme l’animal trépigne
ou la fleur palpite
dans la féroce tendresse
de la rafale »

Le texte est d’une infinie beauté. Les mots et les images utilisés par l’auteur sont d’une grande puissance.  La couverture du livre est aussi superbe, très représentative du texte. Les parallèles entre la nature et l’éveil au monde est d’une force très évocatrice. C’est vraiment magnifique!

Un auteur que je découvre et que j’ai bien envie de relire. 

Ce matin, Paul Savoie, éditions David, 78 pages, 2020