Sweet tooth t.3

Alaska, 1911, scientifiques et marins endurcis bravent les mers gelées dans le but de retrouver un groupe de missionnaires porté disparu. Un siècle plus tard, dans le Nebraska, Jepperd et Gus s’apprêtent à exhumer un secret qui pourrait bien faire de leur refuge le théâtre de leur perdition. Sans le savoir, les destins entrelacés de ces hommes et femmes que tout séparent détermineront l’avenir de l’humanité.

J’aime beaucoup découvrir la série de comics Sweet tooth et je crois bien que ce troisième tome est mon préféré! Il est beau, touchant et son nombre de pages est conséquent, ce qui laisse beaucoup de place aux péripéties et aux revirements de situation. C’est sans doute le tome où il se passe le plus d’action.

Le livre commence par le journal du Dr James Thacker qui date de 1911 et c’est grâce à cette partie du livre qu’on comprend un peu plus de choses sur Gus et ses origines, sur ce qui a pu se dérouler avant. On comprend les raisons pour lesquelles le groupe désirait se rendre en Alaska. Des réponses se cachent quelque part là-bas. On suit donc Gus, Jepperd et leur groupe dans leur tentative de survie dans ce monde post apocalyptique. Ce qui est intéressant avec cette série ce n’est pas tant de connaître les raisons de ce qui a détruit notre monde que de suivre les liens qui se tissent entre Gus et Jepperd. Plus les tomes avancent, plus on comprend d’où ils viennent et ce qu’ils ont vécu. Ce qui a beaucoup d’incidence sur leur comportement et leur façon de réagir aux événements.

« Et ici bas, ne compte que la survie du plus fort. Vous êtes soit le chasseur, soit la proie. Et j’ai décidé il y a longtemps lequel des deux j’étais. »

Dans ce tome, on découvre qu’en l’absence de Gus et Jepperd, il se passe des choses terribles au barrage. Doug de son côté, tente toujours de retrouver le groupe. C’est à une véritable partie de chasse entre humain et enfants-animaux (et leurs alliés) que nous convie l’auteur. Les événements s’enchaînent et on ne s’ennuie pas une seconde. Je pense que ça joue beaucoup sur le plaisir de lecture: l’action, l’histoire très prenante et le destin des personnages.

Il y a des passages très émouvants dans ce tome, j’ai été émue à quelques reprises. La conclusion est aussi très intéressante car elle nous amène à voir un peu plus loin dans le temps. Le destin des personnages est jeté, certains vivent, d’autres sont partis, mais le monde tente de se reconstruire malgré tout. J’ai été très touchée par la fin du livre. Je trouve qu’elle est parfaite pour le genre d’histoire que nous présente Jeff Lemire. Elle nous offre aussi la possibilité d’avoir des nouvelles de certains personnages après tous les événements qu’ils ont vécu.

« C’est une histoire. L’histoire d’un petit garçon qui avait des bois sur la tête et d’un grand costaud avec des fusils qui se sont trouvés l’un l’autre et qui ont appris qu’il restait encore un peu de bonté dans le monde… »

Cette fin serait une conclusion très satisfaisante (à mon goût en tout cas!) à la série Sweet tooth, mais l’auteur a fait paraître un quatrième tome un peu plus tard, peut-être dans la foulée de la série Netflix. Je me demande de quoi il sera fait justement, tellement la fin de celui-ci me plaît. J’ai hâte de voir s’il me plaira tout autant!

La bd se termine avec une galerie de couvertures et un long entretien avec Jeff Lemire sur la création de Sweet tooth.

Ces trois premiers volumes sont excellents et je ne peux que vous les conseiller! À suivre pour mon avis sur le quatrième tome.

Sweet tooth t.3, Jeff Lemire, éditions Urban Comics, 384 pages, 2016

Sweet tooth t.2

La fin du monde n’était que le début d’un long voyage pour le jeune Gus, désormais conscient que le sang qui coule dans ses veines pourrait bien être la clé d’un futur possible pour l’Humanité. Maintenu en détention par une milice armée et sans pitié, le jeune garçon devra compter sur l’aide d’un Jepperd avide de vengeance. Ce dernier saura-t-il s’associer aux bonnes personnes ? Car une fois libérées, certaines forces peuvent rapidement devenir incontrôlables.

Après avoir lu le volume un, j’avais envie d’enchaîner tout de suite avec le second volume des aventures de Gus dans un monde post-apocalyptique. Je suis toujours aussi emballée par cette série. Ce tome-ci fait plus de 320 pages et on ne s’ennuie pas une seconde. Comme je l’ai mentionné pour le volume 1, j’aime beaucoup le travail de Jeff Lemire et Sweet tooth nous amène dans un monde original, dévasté, inquiétant, mais aussi intrigant.

« Le virus… l’épidémie… le fléau… un monstre magnifique. Impitoyable et d’une efficacité redoutable. La majorité de ceux qui ne sont pas tombés malades sont morts lors des émeutes et du chaos qui ont suivi. »

Cette fois, on suit Gus qui est maintenant entré dans la « réserve » et se retrouve dans un monde totalement différent de ce qu’il espérait. Trahi par celui qu’il croyait être son ami, Gus doit apprendre à vivre dans un monde totalement étranger de celui qu’il a connu avec son père. Traité comme un rat de laboratoire depuis qu’on a découvert son existence, il est né moitié humain, moitié animal, mais cela bien avant la pandémie qui a ravagé notre monde. Il représente peut-être la clé de toutes les réponses à l’univers post-apocalyptique dans lequel il vit maintenant. Il représente l’espoir.

On apprend dans ce volume ce qui est arrivé à Jepperd et les raisons qui l’ont conduit à faire ce qu’il a fait. C’est un personnage blessé, froid et fermé, qui s’est pris d’affection malgré lui, pour Gus. Ce qu’il découvrira dans ce tome le bouleversera. Alors que les enfants tentent de s’enfuir de la « réserve », Jepperd conduit un petit groupe à leur rencontre. Une expédition improbable pour l’Alaska se prépare, là où Gus serait né, et d’autres personnages se greffent à eux.

Le monde de Sweet Tooth est dangereux, violent, imprévisible et on ne peut y faire confiance à presque personne. La menace est partout, parfois là où on l’attend le moins. Dans ce volume, plusieurs choses divisent les personnages et ils devront apprendre à faire front commun ou à se séparer pour continuer leur route. La rencontre d’un nouveau personnage, Walter, qui semble mystérieux et qui cache peut-être quelque chose, fragilise le groupe. On découvre aussi, par son entremise, l’ombre d’un autre groupe qui a déserté: Evergreen. Cette découverte est vraiment étrange et mystérieuse, trop belle pour être vraie (et donc inquiétante).

Dans cette histoire, chaque chapitre est une aventure et chaque rencontre peut très mal tourner. On ne le sait jamais. Les personnages ont été blessés, ont vécu la pandémie qui a dévasté leur monde et tentent de continuer en ne sachant pas ce qu’ils trouveront de l’autre côté. J’aime énormément le monde de cette bd, l’univers est intéressant, les personnages aussi. La fin nous garde en haleine: on veut le volume 3 tout de suite pour savoir ce qui va se passer. Et heureusement, je l’ai!

Sweet tooth est définitivement une série addictive que j’aime beaucoup. J’ai autant de plaisir à la lire que j’en avais eu avec celle de Hill et Rodriguez, Locke & Key. Deux univers bien différents, mais tous les deux sombres et plein de menaces.

À découvrir!

Sweet tooth t.2, Jeff Lemire, éditions Urban Comics, 336 pages, 2016

Sweet tooth t.1

Dix années ce sont écoulées depuis la mystérieuse pandémie qui frappa la Terre et décima la quasi-totalité de la population. De celle-ci, naquit une nouvelle espèce : mi-homme mi-animale. Gus fait partie de ces enfants hybrides dont on ignore tout, livré à lui-même depuis la mort de son père. Au cours de son voyage à travers une Amérique dévastée, Gus croisera la route de Jepperd, homme massif et taciturne avec qui il se met en quête d’un refuge spécialisé. Mais sur leur route, les chasseurs sont nombreux.

J’aime beaucoup l’auteur Jeff Lemire. Je trouve son travail très intéressant et tout ce que j’ai lu de lui jusqu’à maintenant m’a plu. Quand on a annoncé l’adaptation de Sweet tooth en série, j’ai voulu laisser retomber la poussière un peu avant de lire les comics. Après une panne de lecture, c’était une histoire parfaite pour reprendre le rythme. J’ai vraiment beaucoup aimé!

Sweet tooth regroupe les comics en 4 volumes. Celui-ci est le premier. Chaque tome compte entre 160 et près de 400 pages selon le livre. Ce sont donc de grosses bd. Comme l’histoire est très prenante et qu’on veut en savoir plus, on plonge totalement dans les aventures de Gus, Jepperd et les autres. 

Gus est un enfant-animal né avec des bois de cerf, juste avant une pandémie qui a ravagé notre monde. Il n’a pas vraiment connu sa mère et vivait avec son père dans une cabane dans les bois. Gus doit respecter une règle sur laquelle son père ne fait pas de compromis: il ne doit jamais au grand jamais sortir des bois. Quand son père meurt, Gus désobéit. Il fait la rencontre de Jepperd, un homme sombre et baraqué qui promet de l’amener dans la Réserve, un endroit qui, selon la rumeur, protège et aide les gens. Mais Gus va constater bien vite que le monde en dehors de la forêt est plein de dangers…

« Avant que mon papa tombe malade et meure, il disait qu’il n’y avait que des méchancetés en dehors des bois. Du feu et des démons, et des choses qui font peur. Il disait que je devais rester ici, où je suis en sécurité. »

Ce premier tome suit le périple de Gus et Jepperd dans un monde post-apocalyptique. Alors qu’ils cheminent ensemble, ils rencontrent toutes sortes de gens et vont vivre différentes situations qui nous font comprendre peu à peu le monde terrifiant dans lequel ils vivent désormais. On apprend également le contexte de vie de Gus, avant la mort de son père, et les règles auxquelles il devait obéir. Sa découverte du monde en dehors des bois est assez marquante pour lui. Par ses yeux, et par le récit qu’en font d’autres personnages, on découvre également ce qui s’est passé en dehors des bois protégés où vivait Gus et son père, alors que le reste du monde était décimé par une pandémie devenue rapidement hors de contrôle. 

J’ai également aimé découvrir peu à peu l’histoire de Jepperd. On sait qu’il a vécu certaines choses, qui expliquent d’ailleurs peut-être un peu le genre d’homme qu’il est devenu, mais on ne sait pas tout et on ne comprend pas forcément son comportement. Ce qui viendra sûrement dans les autres tomes. J’ai quand même bien aimé sa rencontre avec Gus et leur improbable relation. On découvre au fil des pages de quelle façon les gens se sont organisés, comment ils ont pris le contrôle des villes et des lieux qui pouvaient fournir des ressources de base, afin de survivre. L’apocalypse est rarement une partie de plaisir. 

J’ai beaucoup aimé ce premier tome, qui donne forcément envie d’en savoir plus. L’histoire de Gus, cet enfant-animal particulier, est intrigante et on veut comprendre ses origines. J’apprécie vraiment le travail de Jeff Lemire, son coup de crayon reconnaissable, le rythme de ses histoires qui sont souvent très originales. Sweet Tooth ne fait pas exception! J’ai lu beaucoup de ses livres mais pas tous et ça me donne bien envie de découvrir d’autres de ses séries.

On m’a beaucoup parlé de l’adaptation en série, que je n’ai pas encore vu. J’attends d’avoir terminé les livres. Elle est, semble-t-il, beaucoup pour « douce » que les bd. Souvent, le passage à l’écran se fait pour un plus grand public, alors que les livres sont plus sombres. Mais j’ai quand même envie de regarder, ce que je ferai éventuellement. En tout cas, je vous suggère fortement cette bd qui est vraiment intéressante en plus d’être un bel objet, avec les pages de chapitres à carreaux et la reliure rigide. 

Je suis vraiment contente d’être plongée dans cette histoire! Je vous parle de la suite très bientôt.

Sweet tooth t.1, Jeff Lemire, éditions Urban Comics, 296 pages, 2015

Pêcheur normand, famille métisse

Cette histoire sociale de la baie des Chaleurs durant le régime français place en son centre ses premiers habitants perma­nents d’origine française et leur famille métisse. La famille Mallet est l’une des rares dont on connaît les antécédents et le parcours. Dans cet ouvrage, Marc-André Comeau explore le mode de vie, le milieu et les principaux évènements historiques qui ont façonné la vie de ces pêcheurs estivaux qui trappaient l’hiver venu. Au fil des décennies, ils développent une identité qui leur est propre et qui émergera dans toute sa différence durant la guerre de Sept Ans. Pendant ce conflit, les forces françaises et britanniques, ainsi que les Acadiens nouvellement arrivés à la baie, vont rapidement mettre en relief les particularités de cette petite communauté qu’on ne réussit pas à «classer». On utilise alors des vocables tels que Normands, Mistifs, Créoles ou «half-breeds» pour décrire ces habitants aux origines mixtes. Depuis, ce groupe singulier s’est lentement amalgamé à la population environnante.

Pêcheur normand, famille métisse est un ouvrage qui raconte l’histoire des ancêtres Normands des Mallet d’Acadie. Un livre qui nous plonge dans les années 1680 à 1763 dans la vie quotidienne des pêcheurs. On apprend une foule de choses sur leur façon de vivre de l’époque. C’est la petite histoire des gens qui forment, finalement, la grande histoire de cette période en Acadie.

Au tout début du livre, j’avais l’impression d’être totalement plongé dans la généalogie de la famille Mallet. Mais au fil des pages, on réalise que l’auteur nous convie aussi à tout un pan de l’histoire de pêcheurs courageux et vaillants, qui ont tout donné pour réussir à avoir une vie décente en travaillant sur les bateaux. On voit de quelle façon ils ont colonisé ces lieux, ce qu’ils ont vécu, par quelles épreuves ils ont dû passer. On apprend de quelle façon fonctionnait la hiérarchie entre les pêcheurs, selon les prises et le temps qu’ils pouvaient mettre à pêcher. Une partie de l’équipage demeurait ici, alors que certains repartaient. Les pêcheurs pouvaient donc passer plus de temps ici et sur la mer, parfois des années, plutôt qu’avec leur famille sur le vieux continent.

À partir de là, on constate à quel point ce métier était difficile pour la famille qui demeurait au pays. Tout comme elle était difficile pour ceux qui choisissaient de venir s’installer en Acadie. Les pêcheurs pouvaient aussi être réclamés pour participer à des guerres et subissaient bien souvent les attaques des anglais. Leurs outils étaient détruits, il ne leur restait plus qu’à tout recommencer. On vit dans ce livre les liens entre les français et les anglais, les combats pour les territoires de pêche, la piraterie. On apprend énormément de choses sur la façon dont ce mode de vie affectait les familles et les naissances, l’impact des conditions météorologiques sur le quotidien, les famines. On voit à travers leur histoire, les conditions de travail souvent pénibles, la compétition entre les pêcheurs, les rares bénéfices, le salaire final souvent insuffisant, les conditions déplorables de vie. C’était définitivement un monde très dur, caractérisé par les longues heures de travail.

« Nous avons déjà mentionné précédemment deux transactions impliquant François Larocque qui, dans un premier cas, avait offert du poisson en échange de sel et, dans un deuxième cas, s’était départi d’une paire de souliers pour obtenir du tabac. Il faut dire qu’à cette époque la monnaie courante et trébuchante est quasi absente et le troc associé au crédit est le moyen d’échange commercial prédominant. »

Ce que j’ai beaucoup aimé de ce livre, c’est tout ce qu’on apprend en parallèle: l’histoire des premiers colons et de la colonisation. Les déserteurs, les pêcheurs, les alliances avec les autochtones. Le métissage est beaucoup plus abordé au fur et à mesure qu’on avance dans le livre. On constate de quelle façon les liens entres les autochtones et les français se tissaient, la présence de la religion et sa façon de percevoir les autochtones, le jugement racial. On perçoit les différentes réalités au niveau des relations et des alliances entre blancs et autochtones.

J’ai appris énormément de choses intéressantes. Le livre regorge de faits étonnants et passionnants. C’est un ouvrage d’une grande richesse qui nous plonge dans un pan de notre histoire et nous permet de vivre le quotidien et les mœurs de l’époque: la façon de penser, de vivre et d’être, le travail de la pêche, la conservation des aliments, la vie familiale, le peuplement. Ces gens ont du bûcher quotidiennement pour simplement survivre. Dans ce livre, nous sommes témoins des changements survenus après l’installation des pêcheurs en Acadie, la vie sur l’eau, mais aussi comme cultivateurs. À travers la famille Mallet on vit ce que nos ancêtres ont pu vivre. En documentant la famille Mallet, l’auteur nous permet de plonger dans le quotidien de toute une époque.

« Leur engagement, en temps de paix, était habituellement volontaire. Lors d’une guerre, s’il manquait de marins pour compléter les équipages des vaisseaux du roi, des hommes de la marine royale procédaient régulièrement à la Presse dans un des villages du littoral. Celle-ci consistait en fait un enlèvement pur et simple d’hommes se trouvant malencontreusement sur le chemin des troupes de levées. On pouvait même aller jusqu’à boucler un port ou un village en entier et embarquer tous les jeunes gens valides en âge de connaître l’aventure. Cette méthode, quoiqu’expéditive, se soldait par des équipages inexpérimentés dont le taux de désertion était élevé. »

J’aime la généalogie et j’ai trouvé fascinant de découvrir la famille Mallet à travers une longue période. L’auteur aborde aussi l’histoire des déportations des acadiens. C’est un ouvrage qui nous touche. Je ne suis pas particulièrement fan des bateaux et de la pêche, mais j’adore l’histoire des gens et des sociétés. À ce niveau, le livre de Marc-André Comeau est exceptionnel. On vit littéralement le quotidien de ces pêcheurs de Normandie qui se sont installés ici.

Une histoire qui a des liens étroits avec notre propre histoire. Un ouvrage captivant parce que l’on apprend toujours quelque chose. Bien documenté, le livre est accompagné de quelques images, mais surtout de cartes pour mieux se situer. C’est un livre vraiment intéressant pour ceux qui veulent connaître l’histoire de la vie en Acadie et des pêcheurs. Riche et captivant!

Pêcheur normand, famille métisse, Marc-André Comeau, éditions du Septentrion, 306 pages, 2021

Les Meurtres du Red Power

Chinook est dans un état d’effervescence peu habituel : Noah Ridge, chef du Red Power Movement, sera de passage dans la ville afin de faire la promotion de son plus récent essai. Pour Thumps DreadfulWater, la venue du célèbre activiste réveille de mauvais souvenirs, car les deux hommes ont milité ensemble dans leur jeunesse à Salt Lake City au moment où Lucy Kettle, une femme très influente au sein du mouvement, avait mystérieusement disparu. Au fait des accointances de Thumps, le shérif Hockney offre à l’ex-policier de reprendre du service pendant la visite du leader, se doutant que le séjour de ce dernier ne sera pas de tout repos. Déjà des menaces de mort pèsent sur sa tête et, le jour même de son arrivée, un ancien agent du FBI – qui avait enquêté voici un quart de siècle dans l’affaire Kettle – est trouvé sans vie dans une chambre de motel de la ville. Accompagné de son nouvel adjoint, Hockney décide de rencontrer aussitôt l’activiste à l’hôtel où il est descendu. Or, pour Thumps qui se demande si Ridge le reconnaîtra après tout ce temps, c’est un autre fantôme de son passé qui apparaît derrière la porte de la chambre : Dakota Miles, son ex-flamme… et très bonne amie de Lucy Kettle !

Les Meurtres du Red Power est la seconde enquête de Thumps DreadfulWater, un ancien policier devenu photographe suite à un grand drame. Ce personnage est intéressant car il est Cherokee et que les romans abordent en filigrane des enquêtes, les problématiques liées à la vie dans les réserves. Il est intéressant de voir le personnage évoluer, mais les livres peuvent vraiment se lire séparément sans problème, chaque roman est une enquête complète. 

Dans cette enquête, nous sommes en plein hiver glacial, ce que déteste DreadfulWater qui grelotte tout le temps et rêve du printemps. Noah Ridge, activiste et chef du Red Power Movement, arrive à Chinook pour faire la promotion de son nouveau livre. DreadfulWater l’a connu dans sa jeunesse quand ils militaient ensemble. Leur relation n’a pas duré longtemps, puisque DreadfulWater ne partageait pas toujours le même avis que Noah concernant les revendications et surtout, la façon de les faire. Il avait finalement décroché. À l’époque, Lucy Kettle, militante influente de leur groupe avait également disparu, créant un choc et beaucoup de questions au sein du mouvement. DreadfulWater réalise bien vite que les fantômes du passé sont aussi ceux qui l’aideront à résoudre les crimes sur lesquels il enquête. 

L’arrivée de Noah Ridge à Chinook fait donc remonter de vieux souvenirs que DreadfulWater aimerait mieux oublier. Les choses se compliquent quand Ridge reçoit des menaces, que le FBI s’intéresse soudainement à lui et fouine dans son entourage et que les cadavres s’accumulent. À la demande du shérif, DreadfulWater est alors promu adjoint le temps de dénouer les fils de l’enquête, ce qui ne fait pas vraiment son affaire. Il aspire bien souvent à une vie tranquille, sans crime à résoudre, mais son expérience fait de lui un allié de choix dans la résolution d’une enquête. Surtout ici, alors qu’il est question de rivalité et de vengeance au sein d’un mouvement de revendication autochtone.

« Thumps avait pris le complexe en grippe. La construction d’un immeuble de copropriétés doublé d’un casino au milieu d’une forêt à laquelle absolument rien ne manquait l’irritait au plus haut point. Peut-être le photographe en lui était-il las de voir des clôtures, des lignes électriques et des autoroutes dans son objectif. Peut-être aussi était-ce la conviction qu’il avait que le complexe, aussi prospère soit-il, ne ferait sans doute rien pour améliorer la vie des gens. »

J’ai bien aimé cette seconde enquête, tout comme la précédente que j’avais lue. L’intrigue contient des rebondissements intéressants, mais c’est encore et toujours le talent pour les dialogues de Thomas King qui me plait le plus. Sa façon d’amener les éléments de l’enquête et l’humour qu’il glisse ici et là, que ce soit dans les dialogues, les événements ou la personnalité de ses personnages, en font toujours des textes très plaisants à lire.

« Nous avons donc affaire, résuma Thumps pour lui-même, à un gaucher sans pièce d’identité qui s’est tiré une balle dans la tête de la main droite et, après sa mort, a déplacé un objet sur la table de travail. »

L’auteur, tout comme son personnage, est autochtone. Il parle de la réalité des Premières nations et y mêle habilement beaucoup d’humour. Ici, DreadfulWater se bat littéralement contre l’hiver, avec son manteau pas suffisamment chaud, sa voiture frileuse qui tombe en panne tout le temps et refuse de démarrer, son passage au café de Al où Archie, le libraire, pige tout le temps dans son assiette et mange tout son déjeuner avant lui. Si DreadfulWater me plaît beaucoup, les personnages secondaires que crée Thomas King sont complets et les réparties toujours amusantes. Par exemple, j’adore Moses, le sage de la réserve qui accueille sur ses terres les roulottes en fin de vie et semble toujours tout savoir avant tout le monde, ou Beth la médecin légiste qui pratique son métier au sous-sol de sa maison. J’aime vraiment retrouver tout ce beau monde d’un livre à l’autre car on s’attache beaucoup à cette communauté.

Thomas King est vraiment un auteur que j’apprécie beaucoup, peu importe s’il écrit des romans, du policier, des nouvelles ou des essais. Il a un style particulièrement agréable à lire. Vivement la troisième enquête qui est à paraître en mars. J’ai hâte!

Mon avis sur Meurtres avec vue si vous avez envie de découvrir une autre enquête de DreadfulWater. 

Les Meurtres du Red Power, Thomas King, 374 pages, 2021