Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 1: 1000-1670

Le Vinland que les Vikings visitent vers l’an 1000 pourrait-il se situer dans la région de Québec? En 1534, Jacques Cartier décrit l’usage du maïs, du tabac et d’une mystérieuse plante, l’annedda, qui guérirait du scorbut et de la syphilis. Mais quel est donc ce miraculeux conifère? Quel usage fait-on de la gomme de sapin dans les églises en Europe? Quelle sorte de chapelet mangeaient donc les Amérindiens? Il est stimulant de constater que plusieurs questions concernant les premières observations des plantes canadiennes demeurent sans réponse et requièrent encore des efforts de recherche. Cette histoire détaillée, palpitante et pleine de rebondissements, est aussi riche en informations scientifiques, culturelles et historiques souvent méconnues.

Curieuses histoires de plantes du Canada est une série de quatre ouvrages qui abordent la flore de chez nous à différentes époques de l’histoire. Ce premier tome se penche principalement sur les années 1000 à 1670 et reconstitue une histoire détaillée des plantes, des premières traces des Vikings jusqu’aux explorateurs européens, en passant par les débuts de la Nouvelle-France. 

« Le savoir sur les plantes fait partie du patrimoine à la fois historique, culturel et scientifique des civilisations. L’histoire de leur connaissance et de leur influence est encore peu connue dans ses fins détails. C’est le cas en particulier pour les plantes dans l’histoire des Amériques. »

L’histoire est très dense, je n’ai donc pas lu ce livre d’un seul trait. J’aime les plantes et la botanique, mais je ne suis pas une experte en la matière. C’est donc un ouvrage que je trouve plaisant à lire sur une longue durée, puisque chaque chapitre aborde un sujet particulier, raconte des anecdotes intéressantes ou trace le portrait d’un botaniste ou d’un personnage ayant œuvré dans le monde des plantes: médecin, chercheur, herboriste, apothicaire, explorateur, et bien d’autres. J’avançais ma lecture un chapitre à la fois, sur plusieurs semaines. J’ai trouvé cette façon d’aborder cet ouvrage plus facile pour ma part, puisque ça nous laisse le temps d’assimiler ce que l’on découvre. Je suis d’ailleurs en pleine lecture du tome 2 et je fais sensiblement la même chose. 

L’ouvrage nous permet de découvrir une quantité d’anecdotes, parfois amusantes, parfois étranges, parfois intrigantes, en lien avec les plantes. Saviez-vous qu’au XVIe siècle, on croyait que le saule rendait les hommes stériles? Qu’on a longtemps soupçonné la pomme de terre d’être toxique? Que certains botanistes préconisaient un élixir à base de momie (on extrayait une sorte de jus de momie) pour soigner les maux de tête? Je suis ravie de ne pas vivre à cette époque!

L’étude des plantes et de la botanique est forcément très liée à la médecine. Il est intéressant de découvrir à quel point la compréhension des plantes a été à la base du système médical de l’époque et de quelles façons elles étaient utilisées d’un point de vue médical. Plusieurs théories, comme la théorie des humeurs, ont longuement perdurées et l’on puisait dans les caractéristiques des plantes pour équilibrer tout cela. 

Les plantes ont longtemps été une affaire très sérieuse dans les différents cercles. À la base de la médecine, permettant la guérison ou la mort, étant utilisées commercialement, certaines plantes ont même été marquées d’opprobre. Je pense à l’indigo exotique qui menaçait le commerce du pastel. Quiconque l’utilisait sur le marché noir était passible de la peine de mort. On ne rigolait pas avec les plantes et leurs utilisations!

L’utilisation des mots dans les écrits botaniques a aussi son importance. On y apprend de nombreux noms latins et la façon dont étaient nommées les plantes par ceux qui les découvraient. Les erreurs d’identification sont nombreuses à l’époque, souvent par méconnaissance de la flore que l’on retrouve en Amérique. Par exemple, personne ne se doutait à quel point le maïs deviendrait la plante populaire que l’on connaît aujourd’hui. De nombreux préjugés sont aussi très présents: les Européens se méfient grandement de ce qui ne poussent pas chez eux. 

« Pour un grand nombre d’observateurs européens, les connaissances amérindiennes des plantes demeurent futiles et sans mérite. Les premiers colons et les coureurs des bois sont cependant beaucoup plus ouverts au savoir botanique amérindien. Il en va de leur survie. Malheureusement, ils laissent peu d’écrits à ce sujet. »

Le livre parle de la botanique en abordant de nombreux thèmes: l’histoire botanique de manière générale, la découverte et les usages de plantes du Canada, ainsi que plusieurs appendices. Il y est question autant de botanique, d’histoire, de voyages, d’arts visuels, des herbiers, de la médecine, de l’économie, de l’alimentation, de l’écologie, de jardinage et de plusieurs autres sujets. L’ouvrage est complété par une liste de « premières fois » en matière de botanique et de recherches, 

L’ouvrage est à la fois étonnant, passionnant et complexe. Il mérite qu’on y passe du temps. Comme il traite des années 1000 à 1670, il est beaucoup plus axé sur les botanistes d’ailleurs, principalement d’Europe, et de leur vision de ce qu’ils découvraient (ou croyaient découvrir) ici. On suit l’influence que certains botanistes ont pu avoir sur la connaissance des plantes. Plus on avance dans la série, plus ça va se rapprocher de nous. J’entame d’ailleurs le second tome qui aborde les années 1670 à 1760. 

Un livre magnifiquement illustré, avec des planches, des dessins et des reproductions qui sont sublimes. Visuellement, ce livre est tout simplement époustouflant, surtout si on s’intéresse à l’histoire de la botanique. C’est un livre qu’on lit par petites doses, en prenant son temps. 

À noter que le livre a remporté le Prix Marcel-Couture 2015 remis à un ouvrage illustré de grande qualité dans le cadre du Salon du livre de Montréal. Prix entièrement mérité!

Curieuses histoires de plantes du Canada, tome 1: 1000-1670, Alain Asselin, Jacques Cayouette, Jacques Mathieu, éditions du Septentrion, 288 pages, 2014

À table en Nouvelle-France

L’alimentation en Nouvelle-France varie au gré des couches sociales, des saisons, du climat et des prescriptions religieuses et change avec l’amélioration des techniques agricoles. Prêts à emprunter aux Autochtones des ingrédients qui assurent leur survie, les colons français s’empresseront, aussitôt leur modèle culturel alimentaire bien implanté, de rejeter ces aliments. Plus tard, au contact des Britanniques et des loyalistes, les «Canadiens» connaîtront de nouveaux goûts et adopteront de nouveaux produits. Bref, l’alimentation coloniale évolue, de sorte qu’on assiste à la naissance non pas d’une alimentation traditionnelle, mais de traditions alimentaires. En complément de cette histoire, Yvon Desloges vous invite à plusieurs tables où vous pourrez découvrir et déguster des plats quotidiens ou extraordinaires: à la table du paysan, dans le sillage du missionnaire et du voyageur, chez les religieuses, chez le cuisinier du gouverneur français, chez le marchand, chez l’aubergiste, chez le cabaretier et chez l’administrateur britannique.

Étant un passionné d’histoire et de cuisine, ce livre avait tout pour me plaire et ce fut le cas. Cette lecture culinaire nous transporte dans le passé, au début des années 1600 jusqu’aux années 1900. On y découvre la façon dont les premiers colons se nourrissaient ainsi que l’importance de la cuisine autochtone qui a été transmise aux premiers arrivants. Par la suite, l’importation de produits de France et la Conquête par les Britannique vont changer énormément la façon dont les gens cuisinaient et ce qu’ils mangeaient.

« Selon James Smith en 1755, les Caughnawagas de retour de leur chasse hivernale rapportent avec eux beaucoup de graisse d’ours, de sucre d’érable et de la venaison séchée et font des festins où ils invitent les gens et partagent la nourriture. L’horaire des repas est celui de l’appétit. Ils n’ont pas d’heures de repas régulières et refuser de manger est considéré comme une impolitesse. »

Cet ouvrage est passionnant. On apprend quels aliments étaient disponibles à l’époque et pour qui (le statut social jouant un rôle dans l’acquisition de nourriture et dans la disponibilité des produits), la relation que les gens avaient avec l’alcool, les rations imposées au fil des ans et les changements qui ont été apportés à l’histoire culinaire. Il est intéressant de voir que certains aliments qui ont été populaires en leur temps, ont par la suite été boudés, comme la courge et le maïs. Ils sont heureusement redevenus populaires aujourd’hui.

« Les Autochtones sont généreux, partagent le produit de la chasse entre eux car ils ont le sens de l’hospitalité que seuls les nobles possèdent toujours en Europe, d’après Lescarbot. Ils sont très charitables et leur code de civilité leur impose, lorsqu’on fait bonne chasse, d’en distribuer une partie aux anciens, aux parents et aux amis. Ils dînent à 40 ou 50 mais ce nombre peut se rendre jusqu’à 300, de sorte que le terme festin puisse s’appliquer. »

Le livre débute par le chapitre Manger à la mode autochtone et aborde les différentes habitudes alimentaires, des autochtones versus celles des français. Par exemple, les français buvaient de l’eau claire et salaient beaucoup leurs plats. Les autochtones mangeaient beaucoup plus « nature », sans sel, sans gras et buvaient le bouillon dans lequel cuisaient leurs aliments plutôt que de l’eau claire. On voit au fil des ans les changements dans les habitudes, que ce soit par le partage ou l’adoption des coutumes des uns et des autres, ou suite à l’expansion de l’importation de produits venus d’ailleurs.

« L’arrivée de la tourte en mai suscite une mobilisation générales de la population pour chasser cette manne! À peu près tout le monde consomme ce volatile pendant le « temps des tourterelles ». Les bouchers de Québec, en 1710, se plaignent même qu’entre mai et septembre ils vendent beaucoup moins de viande à cause de cette chasse; l’occasion leur fournit un prétexte à demander une hausse du prix du bœuf! »

L’arrivée des britannique chamboule le quotidien, apportant beaucoup de plats sucrés, des desserts, des alcools différents, dont on retrouve encore une grande place dans notre alimentation d’aujourd’hui. Il est vraiment intéressant de comprendre d’où vient notre cuisine, l’héritage apporté par les différents peuples et de voir ce qui nous reste aujourd’hui des changements culinaires apportés en Nouvelle-France.

Le livre contient plusieurs recettes, des menus élaborés selon la classe sociale: à la table du paysan, à la table des missionnaires, des voyageurs, des religieuses, chez le gouverneur français, le marchand, l’aubergiste, le cabaretier et l’administrateur britannique. Il y a beaucoup d’illustrations d’époque, avec les références, où figurent les plats, les repas, le type de chasse, la façon de cuisiner et les moyens qui étaient utilisés. Les illustrations sont vraiment un beau complément car elles nous amènent à voyager dans le passé pour mieux comprendre la façon dont nos ancêtres cuisinaient et se nourrissaient.

On y retrouve plusieurs tableaux représentatifs qui donnent un aperçu de ce qui pouvait être consommé par les familles. On peut mieux visualiser les périodes de rationnement, la disponibilité des denrées et également le rôle de chacun dans la société (militaire, religieux, pensionnaires) qui donnait droit à certaines denrées plutôt qu’à d’autres.

Il s’agit d’un bel ouvrage, avec de nombreuses illustrations. On apprend énormément sur l’aspect culinaire et l’héritage que nous avons reçu. J’avoue que je suis content d’être né à mon époque: les plats proposés ne me font pas toujours très envie! Sauf peut-être certains desserts, comme la mousse au chocolat ou bien les crêpes. Par contre, même si je n’ai pas forcément eu envie de sortir mes chaudrons, j’ai adoré le livre et toute l’histoire autour de la cuisine. Certains plats sont étonnants et juste pour cela, les recettes à la fin en valent la peine. 

J’ai vraiment adoré cette lecture passionnante, à la base de notre cuisine d’aujourd’hui. C’est donc un ouvrage hyper intéressant pour quiconque aime la cuisine et cherche à mieux appréhender notre héritage culinaire.

À table en Nouvelle-France, Yvon Desloges, avec la collaboration de Michel P. de Courval, 2e édition, éditions du Septentrion, 240 pages, 2020

Contes et mystères de la forêt

Onze nations amérindiennes vivent tout près de nous… dans la forêt, près d’une rivière ou d’une montagne. Vous découvrirez, à travers des personnages attachants et des histoires amusantes, les mœurs et coutumes de ces Premières Nations.

Contes et mystères de la forêt est une lecture fascinante et passionnante où, comme lecteur, nous sommes transportés dans l’imaginaire de onze nations autochtones: abénakise, iroquoienne, huronne-wendat, algonquine, attikamek, malécite, micmaque, montagnaise, naskapie, crie et inuite. C’est un ouvrage parfait pour découvrir les mythes et le mode de vie de ces peuples.

L’auteur, lui-même métis Nippissing, nous présente un conte pour chacune de ces nations, suivi d’informations sur le mode de vie et les particularités de chaque peuple. À la fin de chacun des contes, l’auteur aborde de façon plus documentaire le mode de vie des différentes nations. Le texte nous offre un beau descriptif de chacune d’entre elles et nous parle de leur quotidien, leur façon de se nourrir, de la chasse, de la cueillette, de la pêche, des rituels, des amitiés entre les différents groupes, des ennemis, de leur occupation des territoires au fil des saisons, de leur façon de célébrer, des différences physiques, des guerres, de leur débrouillardise en cas de coups durs, de leurs habiletés, de leur vie dans la nature, de la sédentarité ou du nomadisme, selon les habitudes de vie propre à chaque nation.

« Pour les autochtones, la mort était un passage vers une autre vie où le disparu poursuivait avec ses ancêtres les mêmes activités que de son vivant. C’est pourquoi on plaçait à côté de lui son arc et ses flèches, ses outils, ses objets préférés et un peu de nourriture. »

C’est un ouvrage très intéressant que nous offre l’auteur car on apprend beaucoup sur les différences entre les nations, alors que bien souvent les gens croient que les autochtones fonctionnaient tous de la même manière. Ce complément aux contes est très plaisant à lire puisqu’il permet de découvrir une foule de choses. C’est aussi un livre très abordable, autant pour les adolescents qui s’intéresseraient aux différentes nations autochtones, que pour les adultes. On peut aussi choisir d’en faire la lecture à voix haute puisque le format s’y prête particulièrement bien.

Le livre est également joliment illustré. Le coup de crayon d’Émily Bélanger est doux et vraiment agréable. Il y a toujours des images au début et à la fin de chaque conte. Les illustrations sont un beau complément au texte. J’ai également apprécié que les parties documentaires soient colorées de couleurs différentes selon la nation dont on parle. Le visuel est magnifique et les contes sont passionnants.

« Les Amérindiens vouaient un grand respect à la nature. Les noms qu’ils portaient témoignaient de l’importance accordée aux animaux et aux plantes. À sa naissance, on donnait au bébé un nom temporaire lié aux circonstances de sa venue au monde. Ainsi, l’enfant qui naissait sous un arbre pouvait être appelé Arbre; ou Vent, s’il voyait le jour par vents forts. »

La nature est naturellement omniprésente dans les contes autochtones et prend une très grande place ici. J’ai adoré tous les contes, mais j’ai un faible pour le conte inuit, mon préféré. Il m’a particulièrement touché. Un livre que je relirai assurément et qui a été une très belle découverte pour moi. Un recueil à la fois très plaisant et instructif, que je ne peux que conseiller, pour un beau panorama des contes de différentes nations autochtones. 

Contes et mystères de la forêt, Échos des Premières Nations, Yvon Codère, illustrations d’Émily Bélanger, éditions du Septentrion, 168 pages, 2016

Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites

Fondée en 1905, la biscuiterie François Leclerc est inextricablement liée à l’histoire du Québec, dont elle épouse et reflète les évolutions. Pour rivaliser avec une concur­rence féroce, pour surmonter tour à tour des incendies, des guerres mondiales et des crises économiques, pour saisir les occasions offertes par la mécanisation, ­l’essor des ­médias publicitaires et les développements informatiques, les générations successives de la famille Leclerc ont dû redoubler d’ingéniosité et de persévérance. Qu’est-ce qui explique cette histoire de succès? Quels furent les choix, les écueils et les bons coups? Quelles leçons tirer de cette expérience plus que centenaire?

Il y a quelques années, j’avais lu un ouvrage de Catherine Ferland, sur la Corriveau, co-écrit avec son conjoint Dave Corriveau. J’avais beaucoup aimé cette lecture et j’avais bien envie de découvrir un autre ouvrage de l’auteure. Si j’ai eu envie de lire Les biscuits Leclerc c’est parce qu’il s’agit d’une entreprise québécoise, fondée chez nous, qui est demeurée québécoise. Rien de plus triste que d’apprendre qu’une entreprise d’ici a vendu ses avoirs à un acheteur d’un pays étranger. Chaque fois, ces nouvelles me brisent le cœur, surtout quand il s’agit d’entreprises connues, bien établies ici depuis des années. Le cas de la biscuiterie Leclerc est intéressant puisque cette entreprise familiale, même si elle a pris de l’expansion au fil des ans, est encore bien établie chez nous et appartient toujours aux Leclerc. 

On ne présente plus les biscuits Leclerc qui trônent sur nos tables depuis 1905. Des biscuits pour le thé, en passant par ceux à la gelée, l’offre de la biscuiterie a beaucoup évolué avec les années. L’entreprise a fait des choix intéressants et a testé plusieurs nouveaux produits, des céréales aux barres tendres en passant par les iconiques biscuits au chocolat frappés du dessin du château Frontenac. Ce biscuit a d’ailleurs détrôné le célèbre whippet! La petite boîte orange connue aujourd’hui sous le nom Célébration est reconnaissable au premier coup d’œil sur les tablettes des épiceries.  Autrefois nommée Frs. Leclerc, la biscuiterie a bien changée depuis sa fondation, tout en gardant ses valeurs familiales et sociales. C’est sans doute ce qui rend la lecture de ce livre intéressante.

L’ouvrage nous offre une mise en contexte de l’époque et du parcours du fondateur, François Leclerc. De la généalogie de la famille en passant par les grandes transformations sociales, l’ouvrage aborde différents thèmes autour de la fondation de l’entreprise. Les premiers pas, naturellement, ainsi que les embûches, souvent reliés aux coûts des produits et aux incendies. Il y a la guerre et ses répercussion, la Grande Dépression, la récession, les années folles, les grandes révolutions, l’avènement de l’informatique et les changements au sein de la famille. Des événements qui ont contribués à changer certaines façons de faire et à implanter encore plus solidement les produits sur les tables québécoises. On réalise qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas les premiers à promouvoir l’achat local. Déjà, dans les années 30 et 40, on incitait la population à faire preuve de civisme et de patriotisme en consommant des produits de chez nous, pour préserver les entreprises et les emplois. 

La biscuiterie, même si elle a connu une grande expansion et vend dans de nombreux pays, est toujours dans la même famille et appartient toujours à des québécois. On apprend beaucoup d’anecdotes sur l’évolution de l’entreprise. Leclerc a été la première biscuiterie à avoir confectionné des produits pour les marques maison de grandes épiceries. À l’époque, c’était pour la chaîne Steinberg. L’entreprise a même ouvert un musée pendant un temps et offrait des parcours scolaires et des activités d’un jour. Un autre point que j’ai trouvé très intéressant: Leclerc a aussi fait l’acquisition de ses propres terres pour produire son avoine et ses pommes! Une belle façon de poursuivre son expérience commerciale en étant à la source même de sa production.

C’est un ouvrage que j’ai beaucoup apprécié, rempli de belles photos d’archives et d’extraits issus des publicités d’époque et de catalogues. L’auteure retrace le parcours du fondateur de la biscuiterie et nous permet aussi d’apprendre plus de choses sur le quotidien des gens au début des années 1900. Le contexte social est tout aussi passionnant que l’évolution du commerce de François Leclerc.

En refermant le livre on se dit qu’il y a de quoi être fiers de cette belle entreprise familiale bien de chez nous!

Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites, Catherine Ferland, éditions du Septentrion, 224 pages, 2020

À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619

Avec les récits de ses expéditions menées de 1613 à 1618, Samuel de Champlain nous livre ici, en français moderne grâce à Éric Thierry, le premier grand témoignage européen sur les Algonquins et les Hurons. Il raconte sa remontée de la rivière des Outaouais, en 1613, à la recherche de l’Anglais Henry Hudson et de la «mer du Nord» qui devait permettre aux Français d’atteindre la Chine en contournant le continent nord-américain. À cette occasion, il évoque sa traversée du pays algonquin jusqu’au lac des Allumettes et sa confrontation avec le redoutable chef Tessouat. Champlain relate ensuite comment, en 1615, il a été obligé ­d’accompagner les Hurons à travers l’Ontario et l’État de New York pour combattre les Iroquois et de quelle façon ses alliés s’y sont pris pour le forcer à passer l’hiver en Huronie, au bord de la baie ­Georgienne. Il a alors eu le temps d’observer leurs «moeurs et façons de vivre», en particulier leur liberté sexuelle, leurs soins aux malades et leurs pratiques funéraires. Champlain ne fut pas seulement l’intrépide découvreur de l’Ontario. Il fut aussi un remarquable diplomate au milieu des Algonquins et des Hurons.

J’ai choisi ce livre parce que j’étais intéressé à approfondir un peu plus mes connaissances sur les expéditions menées par Samuel de Champlain et à connaître ses réflexions sur les relations qu’il entretenait avec les Premières Nations. C’est un ouvrage intéressant pour mieux comprendre ces premières rencontres.

La première portion du livre, la présentation faite par Éric Thierry, est une sorte de résumé explicatif du texte de Champlain qui y fait suite. J’ai trouvé cette partie du texte plutôt compacte au départ et très dense. Par contre, quand les récits de Champlain débutent, j’ai eu l’impression que les notes de l’historien mettaient en lumière les textes de l’expédition. La lecture en devient plus aisée, puisqu’on entre en plein cœur des récits d’origine qui ont tout de même été traduits en français moderne. Ce qui aide naturellement le public d’aujourd’hui à s’y intéresser.

On y découvre alors les récits de voyage de Champlain, ses expéditions, sa perception des Premières Nations et ses réflexions sur leur façon de vivre. Ce qui est intéressant, autant dans l’introduction que dans la partie de Champlain, c’est que le livre contient beaucoup de cartes et de croquis, Champlain étant avant tout un navigateur, un explorateur et un cartographe. Ces illustrations permettent de mieux remettre en contexte l’époque de Champlain, de comprendre les lieux qui ont été visités et cartographiés. On y retrouve, entre autres, des reproductions des cartes dessinées par Champlain lui-même suite à certains de ses voyages.

L’ouvrage permet de voir, à travers les récits du cartographe, le mode de vie de plusieurs peuples autochtones, qu’ils soient sédentaires ou nomades. On en apprend beaucoup sur leur vie quotidienne à travers les écrits de Champlain. On découvre les différences entre les peuples, ce qui les liait, ce qui les divisait, leur façon de s’organiser, de se nourrir, de se faire justice. Ils pouvaient utiliser le troc comme façon de commercer et d’acquérir des biens ou de la nourriture en fonction des caractéristiques de leur nation.

« Tous ces peuples sont d’une humeur assez joviale, bien qu’il y en ait beaucoup de complexion triste et saturnienne entre eux. Ils sont bien proportionnés de leur corps, y ayant des hommes bien formés, forts, robustes, comme aussi des femmes et des filles, dont il s’en trouve un bon nombre d’agréables et belles, tant en la taille et la couleur qu’aux traits du visage, le tout à proportion. »

L’auteur aborde de nombreux sujets qui font partie intégrante de la vie quotidienne: les rites funéraires, les techniques de chasse, les moyens de conserver la nourriture, le descriptif de leurs repas (que les français trouvaient souvent bien mauvais), leurs cultures, comme la citrouille et le maïs. C’est donc un portrait fascinant, vu par les yeux d’un français qui découvre un monde différent du sien, du mode de vie des premiers peuples. La perception des français est aussi intéressante, même si elle est souvent particulière, face au mode de vie des Algonquins et des Hurons. Leurs croyances étant bien différentes, les autochtones n’étaient pas toujours bien perçus des français, comme par exemple tout ce qui concernait la religion. Elle est importante pour les français qui voient d’un mauvais œil les mœurs bien différentes des autochtones.

« Mais, auparavant, il est à propos de dire qu’ayant reconnu aux voyages précédents qu’il y avait, en quelques endroits, des peuples sédentaires et amateurs du labourage de la terre, n’ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion, comme des bêtes brutes, alors je jugeai à part moi ce que ce serait faire une grande faute si je ne m’employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu. »

On apprend également des choses intéressantes sur les échanges entre les différents peuples, permettant par exemple à un jeune français de découvrir le pays aux côtés d’autochtones, d’apprendre la langue et de partager un nouveau savoir avec Champlain afin de lui permettre de cartographier les lieux et d’augmenter les connaissance globales de ce Nouveau Monde. L’inverse était aussi vrai, alors que de jeunes autochtones sont allés en Europe.

Champlain cartographiait tout et ses recherches pour trouver un chemin vers la Chine étaient très importantes. Sa vision est intéressante et parfois surprenante à découvrir aujourd’hui. Elle met en lumière les échanges entre les français et les premiers peuples, ainsi que les ententes qu’ils pouvaient avoir entre eux. Champlain voulant aller vers la Chine et les premières nations souhaitant combattre les iroquois, chacun comptait sur l’autre pour réussir à mener à bien son projet. Champlain avait une certaine importance pour les Premières Nations, ce qui pouvait donc amener jalousie et querelles entre les membres des différents clans.

Un livre que j’ai bien apprécié. Il nous transporte dans les années 1612 à 1619 alors que Samuel de Champlain relate ses voyages et ses découvertes à la recherche de la rivière qui permettrait aux français d’atteindre la Chine par le nord de l’Amérique. Une lecture qui débute de façon assez lente, car le texte annoté et la présentation sont très denses. Toutefois, l’introduction prend tout son sens quand on aborde les récits de Champlain, puisque Éric Thierry met en lumière le texte de l’explorateur. Traduit en français moderne, le texte devient donc accessible et est accompagné de nombreuses notes afin de mieux en saisir toute l’essence. C’est un peu comme plonger dans les carnets de Champlain et lire ses impressions sur ce qu’il découvre. Impressions qui sont, pour lui, souvent négatives ou déroutantes d’ailleurs.

Le livre nous permet de mieux comprendre le déroulement des premières rencontres entre européens et autochtones. Par les yeux de Champlain, on découvre aussi la manière dont les gens vivaient, leurs croyances, leur gestion des conflits et les caractéristiques des différents peuples. C’est un livre parfait pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des débuts de l’Amérique, à la conquête de la Nouvelle-France, aux relations entre les Européens et les Autochtones, et qui désirent en apprendre un peu plus sur ces premiers moments d’échanges entre les deux peuples.

Le livre est complété par une chronologie et une bibliographie.

À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619, Samuel de Champlain, texte en français moderne établi, annoté et présenté par Éric Thierry, éditions du Septentrion, 240 pages, 2009