À table en Nouvelle-France

L’alimentation en Nouvelle-France varie au gré des couches sociales, des saisons, du climat et des prescriptions religieuses et change avec l’amélioration des techniques agricoles. Prêts à emprunter aux Autochtones des ingrédients qui assurent leur survie, les colons français s’empresseront, aussitôt leur modèle culturel alimentaire bien implanté, de rejeter ces aliments. Plus tard, au contact des Britanniques et des loyalistes, les «Canadiens» connaîtront de nouveaux goûts et adopteront de nouveaux produits. Bref, l’alimentation coloniale évolue, de sorte qu’on assiste à la naissance non pas d’une alimentation traditionnelle, mais de traditions alimentaires. En complément de cette histoire, Yvon Desloges vous invite à plusieurs tables où vous pourrez découvrir et déguster des plats quotidiens ou extraordinaires: à la table du paysan, dans le sillage du missionnaire et du voyageur, chez les religieuses, chez le cuisinier du gouverneur français, chez le marchand, chez l’aubergiste, chez le cabaretier et chez l’administrateur britannique.

Étant un passionné d’histoire et de cuisine, ce livre avait tout pour me plaire et ce fut le cas. Cette lecture culinaire nous transporte dans le passé, au début des années 1600 jusqu’aux années 1900. On y découvre la façon dont les premiers colons se nourrissaient ainsi que l’importance de la cuisine autochtone qui a été transmise aux premiers arrivants. Par la suite, l’importation de produits de France et la Conquête par les Britannique vont changer énormément la façon dont les gens cuisinaient et ce qu’ils mangeaient.

« Selon James Smith en 1755, les Caughnawagas de retour de leur chasse hivernale rapportent avec eux beaucoup de graisse d’ours, de sucre d’érable et de la venaison séchée et font des festins où ils invitent les gens et partagent la nourriture. L’horaire des repas est celui de l’appétit. Ils n’ont pas d’heures de repas régulières et refuser de manger est considéré comme une impolitesse. »

Cet ouvrage est passionnant. On apprend quels aliments étaient disponibles à l’époque et pour qui (le statut social jouant un rôle dans l’acquisition de nourriture et dans la disponibilité des produits), la relation que les gens avaient avec l’alcool, les rations imposées au fil des ans et les changements qui ont été apportés à l’histoire culinaire. Il est intéressant de voir que certains aliments qui ont été populaires en leur temps, ont par la suite été boudés, comme la courge et le maïs. Ils sont heureusement redevenus populaires aujourd’hui.

« Les Autochtones sont généreux, partagent le produit de la chasse entre eux car ils ont le sens de l’hospitalité que seuls les nobles possèdent toujours en Europe, d’après Lescarbot. Ils sont très charitables et leur code de civilité leur impose, lorsqu’on fait bonne chasse, d’en distribuer une partie aux anciens, aux parents et aux amis. Ils dînent à 40 ou 50 mais ce nombre peut se rendre jusqu’à 300, de sorte que le terme festin puisse s’appliquer. »

Le livre débute par le chapitre Manger à la mode autochtone et aborde les différentes habitudes alimentaires, des autochtones versus celles des français. Par exemple, les français buvaient de l’eau claire et salaient beaucoup leurs plats. Les autochtones mangeaient beaucoup plus « nature », sans sel, sans gras et buvaient le bouillon dans lequel cuisaient leurs aliments plutôt que de l’eau claire. On voit au fil des ans les changements dans les habitudes, que ce soit par le partage ou l’adoption des coutumes des uns et des autres, ou suite à l’expansion de l’importation de produits venus d’ailleurs.

« L’arrivée de la tourte en mai suscite une mobilisation générales de la population pour chasser cette manne! À peu près tout le monde consomme ce volatile pendant le « temps des tourterelles ». Les bouchers de Québec, en 1710, se plaignent même qu’entre mai et septembre ils vendent beaucoup moins de viande à cause de cette chasse; l’occasion leur fournit un prétexte à demander une hausse du prix du bœuf! »

L’arrivée des britannique chamboule le quotidien, apportant beaucoup de plats sucrés, des desserts, des alcools différents, dont on retrouve encore une grande place dans notre alimentation d’aujourd’hui. Il est vraiment intéressant de comprendre d’où vient notre cuisine, l’héritage apporté par les différents peuples et de voir ce qui nous reste aujourd’hui des changements culinaires apportés en Nouvelle-France.

Le livre contient plusieurs recettes, des menus élaborés selon la classe sociale: à la table du paysan, à la table des missionnaires, des voyageurs, des religieuses, chez le gouverneur français, le marchand, l’aubergiste, le cabaretier et l’administrateur britannique. Il y a beaucoup d’illustrations d’époque, avec les références, où figurent les plats, les repas, le type de chasse, la façon de cuisiner et les moyens qui étaient utilisés. Les illustrations sont vraiment un beau complément car elles nous amènent à voyager dans le passé pour mieux comprendre la façon dont nos ancêtres cuisinaient et se nourrissaient.

On y retrouve plusieurs tableaux représentatifs qui donnent un aperçu de ce qui pouvait être consommé par les familles. On peut mieux visualiser les périodes de rationnement, la disponibilité des denrées et également le rôle de chacun dans la société (militaire, religieux, pensionnaires) qui donnait droit à certaines denrées plutôt qu’à d’autres.

Il s’agit d’un bel ouvrage, avec de nombreuses illustrations. On apprend énormément sur l’aspect culinaire et l’héritage que nous avons reçu. J’avoue que je suis content d’être né à mon époque: les plats proposés ne me font pas toujours très envie! Sauf peut-être certains desserts, comme la mousse au chocolat ou bien les crêpes. Par contre, même si je n’ai pas forcément eu envie de sortir mes chaudrons, j’ai adoré le livre et toute l’histoire autour de la cuisine. Certains plats sont étonnants et juste pour cela, les recettes à la fin en valent la peine. 

J’ai vraiment adoré cette lecture passionnante, à la base de notre cuisine d’aujourd’hui. C’est donc un ouvrage hyper intéressant pour quiconque aime la cuisine et cherche à mieux appréhender notre héritage culinaire.

À table en Nouvelle-France, Yvon Desloges, avec la collaboration de Michel P. de Courval, 2e édition, éditions du Septentrion, 240 pages, 2020

Contes et mystères de la forêt

Onze nations amérindiennes vivent tout près de nous… dans la forêt, près d’une rivière ou d’une montagne. Vous découvrirez, à travers des personnages attachants et des histoires amusantes, les mœurs et coutumes de ces Premières Nations.

Contes et mystères de la forêt est une lecture fascinante et passionnante où, comme lecteur, nous sommes transportés dans l’imaginaire de onze nations autochtones: abénakise, iroquoienne, huronne-wendat, algonquine, attikamek, malécite, micmaque, montagnaise, naskapie, crie et inuite. C’est un ouvrage parfait pour découvrir les mythes et le mode de vie de ces peuples.

L’auteur, lui-même métis Nippissing, nous présente un conte pour chacune de ces nations, suivi d’informations sur le mode de vie et les particularités de chaque peuple. À la fin de chacun des contes, l’auteur aborde de façon plus documentaire le mode de vie des différentes nations. Le texte nous offre un beau descriptif de chacune d’entre elles et nous parle de leur quotidien, leur façon de se nourrir, de la chasse, de la cueillette, de la pêche, des rituels, des amitiés entre les différents groupes, des ennemis, de leur occupation des territoires au fil des saisons, de leur façon de célébrer, des différences physiques, des guerres, de leur débrouillardise en cas de coups durs, de leurs habiletés, de leur vie dans la nature, de la sédentarité ou du nomadisme, selon les habitudes de vie propre à chaque nation.

« Pour les autochtones, la mort était un passage vers une autre vie où le disparu poursuivait avec ses ancêtres les mêmes activités que de son vivant. C’est pourquoi on plaçait à côté de lui son arc et ses flèches, ses outils, ses objets préférés et un peu de nourriture. »

C’est un ouvrage très intéressant que nous offre l’auteur car on apprend beaucoup sur les différences entre les nations, alors que bien souvent les gens croient que les autochtones fonctionnaient tous de la même manière. Ce complément aux contes est très plaisant à lire puisqu’il permet de découvrir une foule de choses. C’est aussi un livre très abordable, autant pour les adolescents qui s’intéresseraient aux différentes nations autochtones, que pour les adultes. On peut aussi choisir d’en faire la lecture à voix haute puisque le format s’y prête particulièrement bien.

Le livre est également joliment illustré. Le coup de crayon d’Émily Bélanger est doux et vraiment agréable. Il y a toujours des images au début et à la fin de chaque conte. Les illustrations sont un beau complément au texte. J’ai également apprécié que les parties documentaires soient colorées de couleurs différentes selon la nation dont on parle. Le visuel est magnifique et les contes sont passionnants.

« Les Amérindiens vouaient un grand respect à la nature. Les noms qu’ils portaient témoignaient de l’importance accordée aux animaux et aux plantes. À sa naissance, on donnait au bébé un nom temporaire lié aux circonstances de sa venue au monde. Ainsi, l’enfant qui naissait sous un arbre pouvait être appelé Arbre; ou Vent, s’il voyait le jour par vents forts. »

La nature est naturellement omniprésente dans les contes autochtones et prend une très grande place ici. J’ai adoré tous les contes, mais j’ai un faible pour le conte inuit, mon préféré. Il m’a particulièrement touché. Un livre que je relirai assurément et qui a été une très belle découverte pour moi. Un recueil à la fois très plaisant et instructif, que je ne peux que conseiller, pour un beau panorama des contes de différentes nations autochtones. 

Contes et mystères de la forêt, Échos des Premières Nations, Yvon Codère, illustrations d’Émily Bélanger, éditions du Septentrion, 168 pages, 2016

Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites

Fondée en 1905, la biscuiterie François Leclerc est inextricablement liée à l’histoire du Québec, dont elle épouse et reflète les évolutions. Pour rivaliser avec une concur­rence féroce, pour surmonter tour à tour des incendies, des guerres mondiales et des crises économiques, pour saisir les occasions offertes par la mécanisation, ­l’essor des ­médias publicitaires et les développements informatiques, les générations successives de la famille Leclerc ont dû redoubler d’ingéniosité et de persévérance. Qu’est-ce qui explique cette histoire de succès? Quels furent les choix, les écueils et les bons coups? Quelles leçons tirer de cette expérience plus que centenaire?

Il y a quelques années, j’avais lu un ouvrage de Catherine Ferland, sur la Corriveau, co-écrit avec son conjoint Dave Corriveau. J’avais beaucoup aimé cette lecture et j’avais bien envie de découvrir un autre ouvrage de l’auteure. Si j’ai eu envie de lire Les biscuits Leclerc c’est parce qu’il s’agit d’une entreprise québécoise, fondée chez nous, qui est demeurée québécoise. Rien de plus triste que d’apprendre qu’une entreprise d’ici a vendu ses avoirs à un acheteur d’un pays étranger. Chaque fois, ces nouvelles me brisent le cœur, surtout quand il s’agit d’entreprises connues, bien établies ici depuis des années. Le cas de la biscuiterie Leclerc est intéressant puisque cette entreprise familiale, même si elle a pris de l’expansion au fil des ans, est encore bien établie chez nous et appartient toujours aux Leclerc. 

On ne présente plus les biscuits Leclerc qui trônent sur nos tables depuis 1905. Des biscuits pour le thé, en passant par ceux à la gelée, l’offre de la biscuiterie a beaucoup évolué avec les années. L’entreprise a fait des choix intéressants et a testé plusieurs nouveaux produits, des céréales aux barres tendres en passant par les iconiques biscuits au chocolat frappés du dessin du château Frontenac. Ce biscuit a d’ailleurs détrôné le célèbre whippet! La petite boîte orange connue aujourd’hui sous le nom Célébration est reconnaissable au premier coup d’œil sur les tablettes des épiceries.  Autrefois nommée Frs. Leclerc, la biscuiterie a bien changée depuis sa fondation, tout en gardant ses valeurs familiales et sociales. C’est sans doute ce qui rend la lecture de ce livre intéressante.

L’ouvrage nous offre une mise en contexte de l’époque et du parcours du fondateur, François Leclerc. De la généalogie de la famille en passant par les grandes transformations sociales, l’ouvrage aborde différents thèmes autour de la fondation de l’entreprise. Les premiers pas, naturellement, ainsi que les embûches, souvent reliés aux coûts des produits et aux incendies. Il y a la guerre et ses répercussion, la Grande Dépression, la récession, les années folles, les grandes révolutions, l’avènement de l’informatique et les changements au sein de la famille. Des événements qui ont contribués à changer certaines façons de faire et à implanter encore plus solidement les produits sur les tables québécoises. On réalise qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas les premiers à promouvoir l’achat local. Déjà, dans les années 30 et 40, on incitait la population à faire preuve de civisme et de patriotisme en consommant des produits de chez nous, pour préserver les entreprises et les emplois. 

La biscuiterie, même si elle a connu une grande expansion et vend dans de nombreux pays, est toujours dans la même famille et appartient toujours à des québécois. On apprend beaucoup d’anecdotes sur l’évolution de l’entreprise. Leclerc a été la première biscuiterie à avoir confectionné des produits pour les marques maison de grandes épiceries. À l’époque, c’était pour la chaîne Steinberg. L’entreprise a même ouvert un musée pendant un temps et offrait des parcours scolaires et des activités d’un jour. Un autre point que j’ai trouvé très intéressant: Leclerc a aussi fait l’acquisition de ses propres terres pour produire son avoine et ses pommes! Une belle façon de poursuivre son expérience commerciale en étant à la source même de sa production.

C’est un ouvrage que j’ai beaucoup apprécié, rempli de belles photos d’archives et d’extraits issus des publicités d’époque et de catalogues. L’auteure retrace le parcours du fondateur de la biscuiterie et nous permet aussi d’apprendre plus de choses sur le quotidien des gens au début des années 1900. Le contexte social est tout aussi passionnant que l’évolution du commerce de François Leclerc.

En refermant le livre on se dit qu’il y a de quoi être fiers de cette belle entreprise familiale bien de chez nous!

Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites, Catherine Ferland, éditions du Septentrion, 224 pages, 2020

À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619

Avec les récits de ses expéditions menées de 1613 à 1618, Samuel de Champlain nous livre ici, en français moderne grâce à Éric Thierry, le premier grand témoignage européen sur les Algonquins et les Hurons. Il raconte sa remontée de la rivière des Outaouais, en 1613, à la recherche de l’Anglais Henry Hudson et de la «mer du Nord» qui devait permettre aux Français d’atteindre la Chine en contournant le continent nord-américain. À cette occasion, il évoque sa traversée du pays algonquin jusqu’au lac des Allumettes et sa confrontation avec le redoutable chef Tessouat. Champlain relate ensuite comment, en 1615, il a été obligé ­d’accompagner les Hurons à travers l’Ontario et l’État de New York pour combattre les Iroquois et de quelle façon ses alliés s’y sont pris pour le forcer à passer l’hiver en Huronie, au bord de la baie ­Georgienne. Il a alors eu le temps d’observer leurs «moeurs et façons de vivre», en particulier leur liberté sexuelle, leurs soins aux malades et leurs pratiques funéraires. Champlain ne fut pas seulement l’intrépide découvreur de l’Ontario. Il fut aussi un remarquable diplomate au milieu des Algonquins et des Hurons.

J’ai choisi ce livre parce que j’étais intéressé à approfondir un peu plus mes connaissances sur les expéditions menées par Samuel de Champlain et à connaître ses réflexions sur les relations qu’il entretenait avec les Premières Nations. C’est un ouvrage intéressant pour mieux comprendre ces premières rencontres.

La première portion du livre, la présentation faite par Éric Thierry, est une sorte de résumé explicatif du texte de Champlain qui y fait suite. J’ai trouvé cette partie du texte plutôt compacte au départ et très dense. Par contre, quand les récits de Champlain débutent, j’ai eu l’impression que les notes de l’historien mettaient en lumière les textes de l’expédition. La lecture en devient plus aisée, puisqu’on entre en plein cœur des récits d’origine qui ont tout de même été traduits en français moderne. Ce qui aide naturellement le public d’aujourd’hui à s’y intéresser.

On y découvre alors les récits de voyage de Champlain, ses expéditions, sa perception des Premières Nations et ses réflexions sur leur façon de vivre. Ce qui est intéressant, autant dans l’introduction que dans la partie de Champlain, c’est que le livre contient beaucoup de cartes et de croquis, Champlain étant avant tout un navigateur, un explorateur et un cartographe. Ces illustrations permettent de mieux remettre en contexte l’époque de Champlain, de comprendre les lieux qui ont été visités et cartographiés. On y retrouve, entre autres, des reproductions des cartes dessinées par Champlain lui-même suite à certains de ses voyages.

L’ouvrage permet de voir, à travers les récits du cartographe, le mode de vie de plusieurs peuples autochtones, qu’ils soient sédentaires ou nomades. On en apprend beaucoup sur leur vie quotidienne à travers les écrits de Champlain. On découvre les différences entre les peuples, ce qui les liait, ce qui les divisait, leur façon de s’organiser, de se nourrir, de se faire justice. Ils pouvaient utiliser le troc comme façon de commercer et d’acquérir des biens ou de la nourriture en fonction des caractéristiques de leur nation.

« Tous ces peuples sont d’une humeur assez joviale, bien qu’il y en ait beaucoup de complexion triste et saturnienne entre eux. Ils sont bien proportionnés de leur corps, y ayant des hommes bien formés, forts, robustes, comme aussi des femmes et des filles, dont il s’en trouve un bon nombre d’agréables et belles, tant en la taille et la couleur qu’aux traits du visage, le tout à proportion. »

L’auteur aborde de nombreux sujets qui font partie intégrante de la vie quotidienne: les rites funéraires, les techniques de chasse, les moyens de conserver la nourriture, le descriptif de leurs repas (que les français trouvaient souvent bien mauvais), leurs cultures, comme la citrouille et le maïs. C’est donc un portrait fascinant, vu par les yeux d’un français qui découvre un monde différent du sien, du mode de vie des premiers peuples. La perception des français est aussi intéressante, même si elle est souvent particulière, face au mode de vie des Algonquins et des Hurons. Leurs croyances étant bien différentes, les autochtones n’étaient pas toujours bien perçus des français, comme par exemple tout ce qui concernait la religion. Elle est importante pour les français qui voient d’un mauvais œil les mœurs bien différentes des autochtones.

« Mais, auparavant, il est à propos de dire qu’ayant reconnu aux voyages précédents qu’il y avait, en quelques endroits, des peuples sédentaires et amateurs du labourage de la terre, n’ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion, comme des bêtes brutes, alors je jugeai à part moi ce que ce serait faire une grande faute si je ne m’employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu. »

On apprend également des choses intéressantes sur les échanges entre les différents peuples, permettant par exemple à un jeune français de découvrir le pays aux côtés d’autochtones, d’apprendre la langue et de partager un nouveau savoir avec Champlain afin de lui permettre de cartographier les lieux et d’augmenter les connaissance globales de ce Nouveau Monde. L’inverse était aussi vrai, alors que de jeunes autochtones sont allés en Europe.

Champlain cartographiait tout et ses recherches pour trouver un chemin vers la Chine étaient très importantes. Sa vision est intéressante et parfois surprenante à découvrir aujourd’hui. Elle met en lumière les échanges entre les français et les premiers peuples, ainsi que les ententes qu’ils pouvaient avoir entre eux. Champlain voulant aller vers la Chine et les premières nations souhaitant combattre les iroquois, chacun comptait sur l’autre pour réussir à mener à bien son projet. Champlain avait une certaine importance pour les Premières Nations, ce qui pouvait donc amener jalousie et querelles entre les membres des différents clans.

Un livre que j’ai bien apprécié. Il nous transporte dans les années 1612 à 1619 alors que Samuel de Champlain relate ses voyages et ses découvertes à la recherche de la rivière qui permettrait aux français d’atteindre la Chine par le nord de l’Amérique. Une lecture qui débute de façon assez lente, car le texte annoté et la présentation sont très denses. Toutefois, l’introduction prend tout son sens quand on aborde les récits de Champlain, puisque Éric Thierry met en lumière le texte de l’explorateur. Traduit en français moderne, le texte devient donc accessible et est accompagné de nombreuses notes afin de mieux en saisir toute l’essence. C’est un peu comme plonger dans les carnets de Champlain et lire ses impressions sur ce qu’il découvre. Impressions qui sont, pour lui, souvent négatives ou déroutantes d’ailleurs.

Le livre nous permet de mieux comprendre le déroulement des premières rencontres entre européens et autochtones. Par les yeux de Champlain, on découvre aussi la manière dont les gens vivaient, leurs croyances, leur gestion des conflits et les caractéristiques des différents peuples. C’est un livre parfait pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des débuts de l’Amérique, à la conquête de la Nouvelle-France, aux relations entre les Européens et les Autochtones, et qui désirent en apprendre un peu plus sur ces premiers moments d’échanges entre les deux peuples.

Le livre est complété par une chronologie et une bibliographie.

À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619, Samuel de Champlain, texte en français moderne établi, annoté et présenté par Éric Thierry, éditions du Septentrion, 240 pages, 2009

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs

Le temps d’une promenade, plongez dans l’univers des guérisseurs d’autrefois, des Hospitalières aux médecins, en passant par les sages-femmes et les chirurgiens. Revivez les grands maux qui ont affligé Québec à une époque où la profanation des sépultures servait l’avancement de la médecine! Découvrez les remèdes concoctés par les apothicaires et repérez les cabinets des hommes de science, les hôpitaux et les hospices. Mais méfiez-vous des charlatans qui se disputent le privilège de guérir votre corps et votre âme…

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs est le quatrième titre de cette série de circuits historiques que je lis, après ceux consacrés à la justice, à la vie nocturne et aux célébrations de Noël. Ce titre, conçu par Les Services historiques Six-Associés et publié chez Septentrion, aborde la petite histoire de la médecine à Québec du XVIIe au XIXe siècle. 

Construit comme un circuit que l’on peut faire « en vrai » dans la ville de Québec, le livre se lit aussi aisément en restant chez soi. Il nous amène à travers la ville afin de découvrir des lieux importants des sujets abordés. Ici, on apprend plein de choses fascinantes sur la petite histoire de la médecine, des maladies, de la mort, de la naissance, en passant par les fossoyeurs et les résurrectionnistes! On y rencontre entre autres Michel Sarrazin, premier médecin du roi en Nouvelle-France et sœur Marie Angélique Viger de Saint-Martin, née en 1770, chirurgienne, apothicaire, douée en plus d’un grand talent artistique. C’est elle qui fera les plans de l’église de l’Hôtel Dieu et qui sculptera toutes les boiseries et les autels! Une femme pleine de talents!

L’ouvrage est conçu autour de dix stations à découvrir, débutant au Musée du Monastère des Augustines et se terminant sur le site de l’ancien cimetière des Picotés. Nous sommes à Québec, en 1860, alors que la ville connaît une grande effervescence et doit faire face à l’augmentation de sa population, à l’insalubrité d’une ville où les infrastructures ne suffisent pas et à la médecine encore rudimentaire. L’ouvrage nous offre un aperçu intéressant de ce que pouvait être la vie à cette époque, alors que l’on soignait avec des méthodes qui nous apparaissent aujourd’hui plutôt surprenantes, que les autopsies n’étaient pas monnaie courante à cause de la forte présence de la religion et que les barbiers étaient aussi… chirurgiens!

Le livre regorge d’anecdotes fascinantes sur l’évolution de la médecine à cette époque à Québec. Saviez-vous que la première opération d’un cancer dans la colonie était une mastectomie réalisée par Michel Sarrazin en 1700? Ce qui permit à la patiente de vivre encore presque 40 ans! Que le lavage des mains et la désinfection que l’on pratique abondamment ces derniers temps ont longtemps été perçus comme une perte de temps par les médecins, ce qui n’aidait en rien à accélérer la guérison ou à limiter les infections. Que la première sage-femme officielle rémunérée par le roi, Madeleine Bouchette, l’a été en 1722.

Les informations que l’on découvre au fil des pages abordent des sujets aussi variés que la théorie des humeurs, les épidémies, les maladies mentales et l’évolution de l’approche médicale pour les soigner, la phrénologie, les filles-mères, les maladies vénériennes, les charlatans et leurs potions miracles, la découverte de l’anesthésie, l’apparition du stéthoscope et l’encadrement de la profession médicale. Le livre contient aussi une carte pour accompagner la visite.

Je vous conseille vraiment cette belle petite collection qui nous apprend une foule de choses et qui est écrite de façon à être abordable pour tous. Les pages sont remplies de reproductions de journaux d’époque, d’affiches, de textes et de photos pour accompagner le voyage. Les anecdotes sont fascinantes. Je me promets d’ailleurs qu’un jour, j’amènerai mes livres à Québec pour faire aussi les circuits en vrai, même s’il est fort plaisant et enrichissant de les découvrir sur le papier. 

J’ai vraiment eu un beau coup de cœur pour cette collection et j’espère qu’il y aura éventuellement d’autres titres qui s’y ajouteront. Le concept est vraiment très intéressant et accessible.

Mon avis sur les autres livres de cette belle collection:

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs. La médecine à Québec du XVIIe au XIXe siècle, Les Services historiques Six-Associés, éditions du Septentrion, 126 pages, 2015