À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619

Avec les récits de ses expéditions menées de 1613 à 1618, Samuel de Champlain nous livre ici, en français moderne grâce à Éric Thierry, le premier grand témoignage européen sur les Algonquins et les Hurons. Il raconte sa remontée de la rivière des Outaouais, en 1613, à la recherche de l’Anglais Henry Hudson et de la «mer du Nord» qui devait permettre aux Français d’atteindre la Chine en contournant le continent nord-américain. À cette occasion, il évoque sa traversée du pays algonquin jusqu’au lac des Allumettes et sa confrontation avec le redoutable chef Tessouat. Champlain relate ensuite comment, en 1615, il a été obligé ­d’accompagner les Hurons à travers l’Ontario et l’État de New York pour combattre les Iroquois et de quelle façon ses alliés s’y sont pris pour le forcer à passer l’hiver en Huronie, au bord de la baie ­Georgienne. Il a alors eu le temps d’observer leurs «moeurs et façons de vivre», en particulier leur liberté sexuelle, leurs soins aux malades et leurs pratiques funéraires. Champlain ne fut pas seulement l’intrépide découvreur de l’Ontario. Il fut aussi un remarquable diplomate au milieu des Algonquins et des Hurons.

J’ai choisi ce livre parce que j’étais intéressé à approfondir un peu plus mes connaissances sur les expéditions menées par Samuel de Champlain et à connaître ses réflexions sur les relations qu’il entretenait avec les Premières Nations. C’est un ouvrage intéressant pour mieux comprendre ces premières rencontres.

La première portion du livre, la présentation faite par Éric Thierry, est une sorte de résumé explicatif du texte de Champlain qui y fait suite. J’ai trouvé cette partie du texte plutôt compacte au départ et très dense. Par contre, quand les récits de Champlain débutent, j’ai eu l’impression que les notes de l’historien mettaient en lumière les textes de l’expédition. La lecture en devient plus aisée, puisqu’on entre en plein cœur des récits d’origine qui ont tout de même été traduits en français moderne. Ce qui aide naturellement le public d’aujourd’hui à s’y intéresser.

On y découvre alors les récits de voyage de Champlain, ses expéditions, sa perception des Premières Nations et ses réflexions sur leur façon de vivre. Ce qui est intéressant, autant dans l’introduction que dans la partie de Champlain, c’est que le livre contient beaucoup de cartes et de croquis, Champlain étant avant tout un navigateur, un explorateur et un cartographe. Ces illustrations permettent de mieux remettre en contexte l’époque de Champlain, de comprendre les lieux qui ont été visités et cartographiés. On y retrouve, entre autres, des reproductions des cartes dessinées par Champlain lui-même suite à certains de ses voyages.

L’ouvrage permet de voir, à travers les récits du cartographe, le mode de vie de plusieurs peuples autochtones, qu’ils soient sédentaires ou nomades. On en apprend beaucoup sur leur vie quotidienne à travers les écrits de Champlain. On découvre les différences entre les peuples, ce qui les liait, ce qui les divisait, leur façon de s’organiser, de se nourrir, de se faire justice. Ils pouvaient utiliser le troc comme façon de commercer et d’acquérir des biens ou de la nourriture en fonction des caractéristiques de leur nation.

« Tous ces peuples sont d’une humeur assez joviale, bien qu’il y en ait beaucoup de complexion triste et saturnienne entre eux. Ils sont bien proportionnés de leur corps, y ayant des hommes bien formés, forts, robustes, comme aussi des femmes et des filles, dont il s’en trouve un bon nombre d’agréables et belles, tant en la taille et la couleur qu’aux traits du visage, le tout à proportion. »

L’auteur aborde de nombreux sujets qui font partie intégrante de la vie quotidienne: les rites funéraires, les techniques de chasse, les moyens de conserver la nourriture, le descriptif de leurs repas (que les français trouvaient souvent bien mauvais), leurs cultures, comme la citrouille et le maïs. C’est donc un portrait fascinant, vu par les yeux d’un français qui découvre un monde différent du sien, du mode de vie des premiers peuples. La perception des français est aussi intéressante, même si elle est souvent particulière, face au mode de vie des Algonquins et des Hurons. Leurs croyances étant bien différentes, les autochtones n’étaient pas toujours bien perçus des français, comme par exemple tout ce qui concernait la religion. Elle est importante pour les français qui voient d’un mauvais œil les mœurs bien différentes des autochtones.

« Mais, auparavant, il est à propos de dire qu’ayant reconnu aux voyages précédents qu’il y avait, en quelques endroits, des peuples sédentaires et amateurs du labourage de la terre, n’ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion, comme des bêtes brutes, alors je jugeai à part moi ce que ce serait faire une grande faute si je ne m’employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu. »

On apprend également des choses intéressantes sur les échanges entre les différents peuples, permettant par exemple à un jeune français de découvrir le pays aux côtés d’autochtones, d’apprendre la langue et de partager un nouveau savoir avec Champlain afin de lui permettre de cartographier les lieux et d’augmenter les connaissance globales de ce Nouveau Monde. L’inverse était aussi vrai, alors que de jeunes autochtones sont allés en Europe.

Champlain cartographiait tout et ses recherches pour trouver un chemin vers la Chine étaient très importantes. Sa vision est intéressante et parfois surprenante à découvrir aujourd’hui. Elle met en lumière les échanges entre les français et les premiers peuples, ainsi que les ententes qu’ils pouvaient avoir entre eux. Champlain voulant aller vers la Chine et les premières nations souhaitant combattre les iroquois, chacun comptait sur l’autre pour réussir à mener à bien son projet. Champlain avait une certaine importance pour les Premières Nations, ce qui pouvait donc amener jalousie et querelles entre les membres des différents clans.

Un livre que j’ai bien apprécié. Il nous transporte dans les années 1612 à 1619 alors que Samuel de Champlain relate ses voyages et ses découvertes à la recherche de la rivière qui permettrait aux français d’atteindre la Chine par le nord de l’Amérique. Une lecture qui débute de façon assez lente, car le texte annoté et la présentation sont très denses. Toutefois, l’introduction prend tout son sens quand on aborde les récits de Champlain, puisque Éric Thierry met en lumière le texte de l’explorateur. Traduit en français moderne, le texte devient donc accessible et est accompagné de nombreuses notes afin de mieux en saisir toute l’essence. C’est un peu comme plonger dans les carnets de Champlain et lire ses impressions sur ce qu’il découvre. Impressions qui sont, pour lui, souvent négatives ou déroutantes d’ailleurs.

Le livre nous permet de mieux comprendre le déroulement des premières rencontres entre européens et autochtones. Par les yeux de Champlain, on découvre aussi la manière dont les gens vivaient, leurs croyances, leur gestion des conflits et les caractéristiques des différents peuples. C’est un livre parfait pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des débuts de l’Amérique, à la conquête de la Nouvelle-France, aux relations entre les Européens et les Autochtones, et qui désirent en apprendre un peu plus sur ces premiers moments d’échanges entre les deux peuples.

Le livre est complété par une chronologie et une bibliographie.

À la rencontre des Algonquins et des Hurons 1612-1619, Samuel de Champlain, texte en français moderne établi, annoté et présenté par Éric Thierry, éditions du Septentrion, 240 pages, 2009

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs

Le temps d’une promenade, plongez dans l’univers des guérisseurs d’autrefois, des Hospitalières aux médecins, en passant par les sages-femmes et les chirurgiens. Revivez les grands maux qui ont affligé Québec à une époque où la profanation des sépultures servait l’avancement de la médecine! Découvrez les remèdes concoctés par les apothicaires et repérez les cabinets des hommes de science, les hôpitaux et les hospices. Mais méfiez-vous des charlatans qui se disputent le privilège de guérir votre corps et votre âme…

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs est le quatrième titre de cette série de circuits historiques que je lis, après ceux consacrés à la justice, à la vie nocturne et aux célébrations de Noël. Ce titre, conçu par Les Services historiques Six-Associés et publié chez Septentrion, aborde la petite histoire de la médecine à Québec du XVIIe au XIXe siècle. 

Construit comme un circuit que l’on peut faire « en vrai » dans la ville de Québec, le livre se lit aussi aisément en restant chez soi. Il nous amène à travers la ville afin de découvrir des lieux importants des sujets abordés. Ici, on apprend plein de choses fascinantes sur la petite histoire de la médecine, des maladies, de la mort, de la naissance, en passant par les fossoyeurs et les résurrectionnistes! On y rencontre entre autres Michel Sarrazin, premier médecin du roi en Nouvelle-France et sœur Marie Angélique Viger de Saint-Martin, née en 1770, chirurgienne, apothicaire, douée en plus d’un grand talent artistique. C’est elle qui fera les plans de l’église de l’Hôtel Dieu et qui sculptera toutes les boiseries et les autels! Une femme pleine de talents!

L’ouvrage est conçu autour de dix stations à découvrir, débutant au Musée du Monastère des Augustines et se terminant sur le site de l’ancien cimetière des Picotés. Nous sommes à Québec, en 1860, alors que la ville connaît une grande effervescence et doit faire face à l’augmentation de sa population, à l’insalubrité d’une ville où les infrastructures ne suffisent pas et à la médecine encore rudimentaire. L’ouvrage nous offre un aperçu intéressant de ce que pouvait être la vie à cette époque, alors que l’on soignait avec des méthodes qui nous apparaissent aujourd’hui plutôt surprenantes, que les autopsies n’étaient pas monnaie courante à cause de la forte présence de la religion et que les barbiers étaient aussi… chirurgiens!

Le livre regorge d’anecdotes fascinantes sur l’évolution de la médecine à cette époque à Québec. Saviez-vous que la première opération d’un cancer dans la colonie était une mastectomie réalisée par Michel Sarrazin en 1700? Ce qui permit à la patiente de vivre encore presque 40 ans! Que le lavage des mains et la désinfection que l’on pratique abondamment ces derniers temps ont longtemps été perçus comme une perte de temps par les médecins, ce qui n’aidait en rien à accélérer la guérison ou à limiter les infections. Que la première sage-femme officielle rémunérée par le roi, Madeleine Bouchette, l’a été en 1722.

Les informations que l’on découvre au fil des pages abordent des sujets aussi variés que la théorie des humeurs, les épidémies, les maladies mentales et l’évolution de l’approche médicale pour les soigner, la phrénologie, les filles-mères, les maladies vénériennes, les charlatans et leurs potions miracles, la découverte de l’anesthésie, l’apparition du stéthoscope et l’encadrement de la profession médicale. Le livre contient aussi une carte pour accompagner la visite.

Je vous conseille vraiment cette belle petite collection qui nous apprend une foule de choses et qui est écrite de façon à être abordable pour tous. Les pages sont remplies de reproductions de journaux d’époque, d’affiches, de textes et de photos pour accompagner le voyage. Les anecdotes sont fascinantes. Je me promets d’ailleurs qu’un jour, j’amènerai mes livres à Québec pour faire aussi les circuits en vrai, même s’il est fort plaisant et enrichissant de les découvrir sur le papier. 

J’ai vraiment eu un beau coup de cœur pour cette collection et j’espère qu’il y aura éventuellement d’autres titres qui s’y ajouteront. Le concept est vraiment très intéressant et accessible.

Mon avis sur les autres livres de cette belle collection:

Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs. La médecine à Québec du XVIIe au XIXe siècle, Les Services historiques Six-Associés, éditions du Septentrion, 126 pages, 2015

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec

Cinquante ans après le décès du général de Gaulle, Roger Barrette dévoile une facette inédite de sa personnalité, celle de son intérêt soutenu pour le Canada français. De 1911 jusqu’à son décès, il lit des auteurs québécois. Le 1er août 1940, il s’adresse directement aux Canadiens français sur les ondes de la BBC et de Radio-Canada et lance un appel au secours qui amène des milliers d’entre eux à se mobiliser pour la France libre. Il effectue non pas un, mais trois voyages mémorables au Québec. Devenu président de la Ve République, de Gaulle est un soutien indéfectible des acteurs de la Révolution tranquille. Les 75 confidences, notes et déclarations regroupées ici sont essentielles pour comprendre la pensée et les gestes du général. On y découvre que son fameux «Vive le Québec libre!» était prémédité, mais qu’il ne signifiait pas l’éclatement du Canada.

Comme beaucoup de québécois, j’ai toujours été émerveillé par le passage de De Gaulle au Québec. Ses déclarations ont marquées les esprit et depuis tout jeune, cet homme politique suscite chez moi un véritable intérêt. Pendant mon enfance et mon adolescence, on entendait beaucoup parler de son célèbre « Vive le Québec libre! » Cette lecture était donc l’occasion parfaite d’en apprendre plus et de mieux connaître l’homme politique. Il m’a toujours paru comme un homme sympathique (ce que le livre n’a fait que confirmer), et qui avait très à cœur la langue française. Il souhaitait une langue forte et un Québec épanoui, libre, autonome et libéré du joug anglais, ainsi que la liberté d’expression française au Canada. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec de l’auteur Roger Barrette est un ouvrage d’une grande qualité qui nous fait découvrir une multitude de faits accomplis pour le Québec par ce semeur d’espoir qu’était De Gaulle. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et d’attentes que je me suis attaqué à cette grande et passionnante lecture. Quand il est venu au Québec, De Gaulle a toujours soulevé les foules.

« Comment expliquer que 20% d’un peuple se mobilise pour aller à la rencontre d’un visiteur de 76 ans? Les réponses à cette question peuvent être diverses. Dans ce cas-ci, il y a bien sûr la personnalité hors normes de De Gaulle, mais il y a aussi la réalité sous-jacente qui tient en quelques mots: révolution tranquille, solidarité française et ouverture sur le monde. »

L’ouvrage nous permet de (re)découvrir l’héritage que De Gaulle nous a légué, qui a aidé à façonner le Québec d’aujourd’hui et celui de demain. Ce livre historique, biographique et politique est une très belle découverte qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur le général De Gaulle, reconnu au Québec encore aujourd’hui pour sa célèbre déclaration: « Vive le Québec libre« . Les discours de De Gaulle étaient à la fois accrocheurs et magnifiques. Il recherchait activement la liberté. 

La lecture s’est avérée passionnante et captivante. On sent le grand travail de recherche de Roger Barrette, accompagné d’une belle structure qui pousse le lecture à vouloir en apprendre d’avantage sur De Gaulle. Qu’on soit féru de politique ou non, cet ouvrage est très accessible. L’auteur est un excellent vulgarisateur et il nous permet de découvrir tout ce qui s’est fait pour le Québec. C’est un ouvrage qui devrait être lu par les générations d’aujourd’hui, afin de mieux connaître ce qu’on a pu traverser comme nation francophone. C’est un ouvrage essentiel pour mieux comprendre l’histoire passée, les luttes importantes pour l’éducation et la place du français. Ce livre est un hommage à cet homme et à tout le travail qu’il a accompli pour permettre aux québécois et aux canadiens français une reconnaissance et une visibilité internationale. De Gaulle aimait la francophonie et il adorait le Québec. Il est intéressant par exemple, de découvrir dans la bibliothèque de De Gaulle, une série de titres québécois, qu’il a fait spécifiquement relié avec des fleurs de lys sur la reliure. 

De Gaulle avait à cœur beaucoup de choses pour le Québec. Dans l’ouvrage, on sent tout de suite l’importance de l’art, l’autonomie, l’accès à l’éducation. L’instruction au Québec demeurait difficile. Pour De Gaulle, donner tous les outils nécessaires aux francophones afin de s’instruire et d’avoir accès à l’éducation était primordial. Il tenait beaucoup à la présence du Québec au sein de la francophonie, envers et contre tous, et à l’importance des rapprochements entre le Québec et la France. De nombreux échanges entre les deux pays ont d’ailleurs été proposés et instaurés par De Gaulle. 

L’ouvrage est conçu en débutant par des faits qui nous semblent connus, mais qu’au fond on ne connaît pas réellement, jusqu’aux faits moins connus. Cette lecture est donc sans cesse une découverte. C’est d’ailleurs ce qui est captivant avec ce livre. Roger Barrette nous fait entrer dans la sphère évoluant autour de De Gaulle, toujours en lien avec son travail pour le Québec. J’ignorais énormément de choses que j’ai d’ailleurs été agréablement surpris de découvrir. 

De Gaulle a été un personnage de l’histoire qui a vécu les nombreux bouleversements de son époque. Il a apporté beaucoup pendant la Révolution tranquille avec ses idées sur la langue et l’éducation, son ouverture sur le monde et sa promotion de la solidarité entre les peuples francophones. De Gaulle amène l’espoir, la vision d’un nouveau départ. Il a apporté énormément à la France, mais aussi au Québec, toujours avec l’intention de rapprocher les deux nations. 

« De Gaulle est un homme constamment tourné vers l’avenir. Comme aux échecs, il planifie toujours un coup avant le camp adverse. Il a déjà dit: « Quand on est un homme qui a dans ses mains le destin d’un pays comme la France, on est tenu de regarder loin. » »

L’ouvrage nous apprend tout d’abord qui était Charles De Gaulle. Qu’est-ce qui a amené cet homme à devenir l’homme politique qu’il est devenu? Son amour pour sa patrie, mais aussi pour la langue française en général. Il était fasciné par le Québec et les patriotes. Après avoir remis la France sur pied après la guerre, il a été un acteur important au Québec lors de la Révolution tranquille. Il souhaitait redonner aux québécois la fierté d’être ce que nous sommes, nous développer, nous instruire en français et nous permettre de s’élever en tant que peuple. 

Cette lecture m’a permis de connaître un grand homme, qui se tenait debout, qui partageait plusieurs de mes valeurs, comme l’intégrité et la fierté d’être francophone. Il avait des idées clairement définies et il y tenait. J’ai trouvé ce livre vraiment passionnant. Cette lecture m’a appris tellement de choses! L’histoire de De Gaulle mériterait d’être plus largement connue. Son parcours nous permet de nous rapprocher de nos racines, nous donne envie de s’unir pour ne pas laisser notre langue se perdre. Vu l’actualité des derniers mois, avec la difficulté pour certains de se faire servir en français dans des commerces de Montréal par exemple, on ne peut que vouloir que chacun lise ce livre pour raviver la fierté de parler français.

Les combats menés par Charles de Gaulles et les échos qu’on peut en voir aujourd’hui avec notre langue française, viennent naturellement créer beaucoup d’émotions pendant la lecture. La vision de De Gaulle et ce que nous lui devons comme peuple, ainsi que ce que nous avons apporté à la France de notre côté, ne peut que faire vibrer le lecteur. Je trouve dommage qu’aujourd’hui, ces combats semblent tomber peu à peu dans l’oubli. Aujourd’hui, si le Québec a acquis certaines libertés comme peuple francophone, c’est beaucoup grâce à De Gaulle.

L’ouvrage contient de nombreuses photographies d’époque afin d’illustrer le propos de Roger Barrette et de nous permettre de mieux connaître De Gaulle. La préface du livre est signée Denis Vaugeois, qui nous parle un peu de Roger Barrette, de ses études et de l’auteur qu’il est. L’avant-propos aborde le rapport de Barrette à De Gaulle ainsi que de la fragilité du français. Certains passages sont émouvants et remuent beaucoup notre fibre patriotique. 

« Monsieur Hamel se mit à nous parler de la langue française disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide; qu’il fallait la parler entre nous et ne jamais l’oublier, parce que quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clé de sa prison… »

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec a été un véritable coup de coup de cœur. C’est le livre qui m’a permis de découvrir un grand homme et qui m’a fait comprendre beaucoup de choses sur notre histoire. De Gaulle de Roger Barrette a été définitivement ma plus belle lecture de l’année 2020. Un incontournable à lire absolument, pour tous les québécois, les canadiens francophones, les français et les amoureux de notre langue.

L’ouvrage se termine sur l’héritage de De Gaulle, ces changements qui ont perdurés et évolués avec le temps. Il permet de mieux saisir l’ampleur du travail qui a été fait afin que le Québec ait sa place dans la francophonie et dans le monde. Le livre nous permet de mieux comprendre ce qu’a été la Révolution tranquille. Cette période où ceux qui nous ont précédés ont beaucoup travaillé pour rendre notre monde meilleur et où De Gaulle a été un acteur important. Une période qui a été au centre de grands bouleversements. Cet ouvrage apporte un bel éclairage sur notre histoire et nous pousse davantage à faire briller notre langue française. Il nous donne envie de foncer, comme peuple et de prendre la place qui nous revient, en français. 

De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec, Roger Barrette, Éditions du Septentrion, 390 pages, 2019

Promenade en Enfer

Longtemps soumises à la censure ecclésias­tique, des bibliothèques enfer­maient les ouvrages mis à l’Index dans une section surnommée Enfer, puisque la simple lecture d’une œuvre interdite par l’Église pouvait entraîner la damnation éternelle de l’âme. Le concile Vatican II a mis fin, dans les années 1960, à l’application du cadre censorial, entraînant la disparition de ces huis clos et de leurs secrets. Cependant, l’une des rares collections encore existantes se trouve dans la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, institution fondée en 1663. Cette Promenade en Enfer lève le voile sur ces ouvrages interdits jugés immoraux, hérétiques ou dangereux, témoins silencieux frappés par la censure livresque pendant plus de trois siècles qui racontent un volet dissonant et occulté de l’histoire morale et culturelle du Québec.

Aujourd’hui, je vous parle d’un ouvrage dont j’ai particulièrement aimé la lecture et qui devrait intéresser ceux qui adorent les livres. Promenade en enfer de Pierrette Lafond nous amène dans la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, sur les traces des livres mis à l’Index. Ces livres, placés dans la section Enfer, ont été marqués par l’opprobre et interdits de lecture. 

La censure littéraire m’a toujours beaucoup intéressée, surtout que je travaille en bibliothèque. La question s’est parfois posée, en lien avec l’actualité ou avec certains questionnements de lecteurs, quant à la pertinence de la présence ou non d’un livre sur les rayons. Nous avons toujours tenté de ne pas faire de censure, de faire une place aux livres « sensibles » ou « dérangeants » au même titre que les autres. Toutefois, la question de la censure m’a toujours interpellée. C’est intéressant de découvrir pourquoi un livre fait l’actualité, pour quelles raisons on souhaite en empêcher la diffusion ou la lecture et de quelle façon on décide de s’y prendre pour contrer la durée de vie d’un ouvrage sur les rayons. Promenade en enfer nous aide à mieux comprendre la censure et son application, à travers la bibliothèque du Séminaire de Québec.

« Lorsque la Loi de l’Index fut abrogée dans les années 1960, ces ouvrages interdits de lecture ont été reclassés parmi la collection générale des bibliothèques, en conservant leurs secrets. »

Pourquoi cette bibliothèque en particulier? Parce qu’elle a une grande valeur historique puisque c’est l’une des seules qui a été conservée. Mais qu’est-ce que L’enfer? C’était une section de la bibliothèque, interdite pour le commun des mortels, qui regroupait les livres censurés et donc, interdits à la lecture. Où pouvaient bien aller ces livres que l’on ne devait pas lire? En enfer, naturellement! Ce qui est toujours étonnant, c’est que quelqu’un a dû les lire ces livres pour pouvoir les condamner. On considérait donc que certaines personnes avaient la force nécessaire et le statut pour pouvoir « encaisser » d’aussi infâmes lectures!

Cet ouvrage est abondamment illustré et il est vraiment passionnant! L’auteure parle des premiers balbutiements de la censure de façon générale, des auteurs classiques de l’Antiquité en passant par Gutenberg jusqu’à l’application de la censure de nos jours. J’ai aimé la construction de l’ouvrage qui débute avec la censure de façon générale, la création de l’Index, puis son application, essentiellement religieuse. Ensuite, l’ouvrage nous amène plus particulièrement dans l’enfer de la bibliothèque du Séminaire de Québec en nous offrant un tour d’horizon des ouvrages que l’on peut y retrouver, des raisons pour lesquelles les livres y ont été ajoutés au fil du temps, du rôle des censeurs et de la façon dont ils appliquaient la sanction. Certains titres portent des mentions de toutes sortes, allant de la cote Index à la mention Enfer. D’autres ont été largement commentés par ceux qui les ont censurés. Certains font partie de la liste officielle de Rome des ouvrages mis à l’Index alors que d’autres l’ont été suite à une sanction locale.

« Mettre un livre à l’Index signifie qu’on le retire de l’espace de lecture et qu’il devient interdit aux lecteurs, que le livre et son auteur sont soumis au jugement moral des autorités ecclésiastiques ou séculières, que le propriétaire-lecteur du livre est jugé sur sa moralité et que son droit de propriété lui est dénié. »

Il est intéressant de comprendre ce qui a pu choquer les censeurs à une certaine époque. Naturellement, tout ce qui était contraire à la religion ou qui en remettait certains aspects en question, était mis à l’Index. Certains titres se retrouvent aussi condamnés à l’enfer à cause de leurs mœurs plus légères. On y retrouve d’ailleurs un ouvrage racontant les abus subis par les religieuses dans des couvents. L’aspect plus provocateur du livre n’a naturellement pas été approuvé lors de son passage entre les mains de la censure…

De nombreuses photos de la collection sont reproduites pratiquement à toutes les pages, ce qui apporte un beau contenu visuel et nous aide à mieux comprendre toute la portée de la censure. Il est intéressant de voir les marques visibles sur les livres mis à l’Index. Comme ces ratures, ces découpages ou le caviardage de texte sensible, ces notes manuscrites et ces commentaires allant de « mauvais livre » à « bon pour brûler » qui n’est pas sans rappeler le fameux texte de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Un de mes livres préférés d’ailleurs. 

Il est aussi intéressant de plonger dans l’origine des livres présents dans l’Enfer de la bibliothèque du Séminaire de Québec, en découvrant les précédents propriétaires des ouvrages, lorsque c’est possible, les ex libris, le parcours du livre avant que sa vie s’arrête et qu’il soit condamné. Le livre est un objet « dangereux » du point de vue de ceux qui veulent en limiter la diffusion. Objet durable, le livre permet aux idées de circuler, d’être lues, entendues, partagées. Il permet l’argumentation et la réflexion. C’est un objet de pouvoir qu’on doit donc contrôler.

« Lire est un acte d’indépendance et de liberté. »

Il est très intéressant d’en connaître l’histoire et de découvrir pourquoi ces livres ont été interdits. Il est tout aussi intéressant de constater que certains tentaient de contrecarrer cette mise à l’Index des livres en écrivant ou en diffusant dans l’arrière-boutique de certaines librairies, de la littérature interdite. La mise à l’Index s’accompagnant souvent de mesures punitives, on retrouve quelques exemple dans cet ouvrage qui démontrent bien les effets de la censure. Pas seulement sur l’objet-livre, mais sur la diffusion du savoir, l’alphabétisation et la vie des auteurs pointés du doigt.

Vous aimez les livres? Vous êtes un grand lecteur ou vous travaillez dans le domaine des livres? Ce livre est à lire, assurément! La censure est un sujet à la fois passionnant et dérangeant. Pour en apprendre plus sur son histoire au Québec, Promenade en enfer est un très bel ouvrage à découvrir. C’est un gros coup de cœur pour moi et une de mes meilleures lectures de l’année!

Promenade en Enfer, Les livres à l’Index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec, Pierrette Lafond, éditions du Septentrion, 144 pages, 2019

Luxure et ivrognerie: La vie nocturne à Québec au XIXe siècle

Le temps d’une promenade, retournez en 1870 pour découvrir la faune agitée qui animait les nuits de Québec. Arpentez les sites oubliés des maisons closes et des tavernes et les hauts lieux des mondanités bourgeoises. Voyagez de la haute société au petit peuple des faubourgs et abreuvez-vous de détails croustillants sur les mœurs de l’époque. Une façon ludique de découvrir Québec entre adultes consentants!

Ce livre fait partie d’une belle collection de circuits historiques, où il est possible de découvrir Québec à travers son histoire. Conçu en dix stations, le circuit offre un parcours qui nous amène dans la vie nocturne de la ville au XIXe siècle. Dans cet ouvrage, nous explorons tout ce qui animait les soirées et les nuits à Québec à cette période.

Le circuit débute près de la Porte Saint-Louis, à l’intérieur des remparts. La première station prépare la ville pour la nuit. On en apprend plus sur les lois qui dictent les déplacements nocturnes, l’éclairage des rues, la gestion des voies publiques.

Viennent ensuite les « divertissements ». Le circuit commence par les maisons closes et la prostitution au XIXe siècle. Plusieurs articles font état de désordre et de tapage nocturne, si bien que des lois sont régulièrement votées pour encadrer la pratique de ces activités. Il vaut toujours mieux protéger la moralité publique.

Le vagabondage est aussi traité dans ce livre, à travers les actions entreprises pour le contrer, ce qui dénote grandement la différence de classe sociale entre les très riches et les très pauvres. Québec avait son lot de quartiers chauds, où l’alcool coulait à flots ainsi que les bagarres et les fêtes organisées jusque tard dans la nuit. Les vols, les arrestations et le travail de la police sont des aspects importants de la vie nocturne.

Les stations suivantes abordent les loisirs des classes plus aisées de la société, ceux qui peuvent se permettre de fréquenter les beaux hôtels et les restaurants, d’aller au théâtre ou à des concerts, d’assister à des bals et de remplir leur soirée de mondanités en tous genres. On aborde également les clubs privés, les jeux de société, la présence de l’église qui contrecarrait l’organisation de jeux de hasard.

L’ouvrage regorge d’anecdotes et d’articles de journaux de toutes sortes, qui font état de petites curiosités historiques. Comme par exemple, Adeline Lachance, cette tenancière de maison malfamée, souvent incarcérée pour bagarre et obstruction… qui était mineure! Ou le London Coffee House qui a été le premier restaurant à faire l’acquisition d’une glacière pour conserver les aliments. Ludiques et fascinants, les faits historiques qui sont relatés dans cet ouvrage sont particulièrement intéressants pour mieux comprendre le quotidien des gens du XIXe siècle.

Dans cette collection, j’ai lu également La Noël au temps des carrioles que j’ai adoré et qui demeure sans doute mon préféré jusqu’à maintenant. J’ai aussi lu Crimes et châtiments qui aborde le thème de la justice, de la police et des enquêtes. Une belle série, bien conçue et vraiment agréable à lire, que je ne peux que vous conseiller de découvrir!

Luxure et ivrognerie: La vie nocturne à Québec au XIXe siècle, Les Services historiques Six-Associés, éditions du Septentrion, 102 pages, 2013