Sleeping beauties

sleeping beauties photoUn phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses. Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes. À Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie. Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ?

C’est en lisant cet article du Devoir que je me suis intéressée au livre de Stephen King et Owen King. Ça me semblait plutôt original et comme je commence à découvrir l’univers des King, j’avais envie de lire ce roman à quatre mains.

Je l’ai terminé hier et je suis un peu déçue je dois bien l’avouer. Le monde de Sleeping beauties est vraiment intéressant et semble plutôt dans l’air du temps avec toutes ces histoires apocalyptiques qui apparaissent sur nos écrans et dans les bouquins, histoires où les femmes sont maltraitées par des hommes ou absentes des sphères décisionnelles. La création d’un univers utopique entièrement féminin ou du moins son idée, est aussi dans l’air du temps.

Certaines choses de ce roman m’ont un peu dérangée. Je conçois très bien que pendant des années, les femmes sont restées derrière, n’ont eu que peu ou pas de droits et se sont battues pour les acquérir. Cependant, ce trouve que beaucoup de propos dans ce livre sont des généralités sur la place des hommes et des femmes, des propos parfois faciles et j’aurais plutôt préféré que les auteurs puisent plus loin que ça.

Le roman n’est pas inintéressant, cependant il y a énormément de longueurs. Une grosse part du roman se déroule dans une prison pour femmes et nous suivons également une grande quantité de personnages qui évoluent à l’extérieur de la prison ou dans les sphères juridiques, médicales et policières. Parfois, je devais relire des passages antérieurs afin de me remémorer qui était tel ou tel personnage. J’ai compris à la fin du roman pourquoi ça me semblait si touffu: il y a quatre pages de noms de personnages! Quatre pages… Je me questionne d’ailleurs sur la pertinence de placer ces pages à la fin du livre.

J’ai aimé l’idée générale du livre, qui ne va cependant pas assez loin à mon goût et qui fini par se perdre dans de longs passages où les différents clans se font la guerre. Ça donne une lourdeur au roman déjà plutôt impressionnant. J’ai aimé l’idée également du monde parallèle créé par les femmes, mais pas toujours leurs propos. Un questionnement rapide apporté par le personnage de Jared à la fin du livre, concernant la difficulté des hommes et des femmes à cohabiter ensemble dès qu’ils ont dépassé la petite enfance aurait été intéressante à creuser. Jared est un beau personnage d’adolescent et d’homme en devenir, qui finalement se perd dans la masse. Et c’est réellement dommage. Idem pour le personnage de Van, une femme qui travaille à la prison et fait des combats de bras de fer. Elle aurait été intéressante à creuser.

Finalement, Sleeping beauties présente de très nombreuses références à la Bible et surtout, à l’histoire d’Adam et Ève. L’étrange femme qui semble à la base de la fièvre Aurora s’appelle d’ailleurs Eve Black (Evie). Le monde créé par les femmes est un monde sans Adam. Il y a cet arbre magique et le serpent, certaines notions qui se rapportent beaucoup à l’esprit biblique. On ne peut manquer de faire la comparaison en lisant le livre.

L’aspect magique et étonnant des cocons m’intéressait beaucoup. Malheureusement, après 827 pages, on n’en sait que peu de choses. On ne sait pas trop pourquoi la fièvre Aurora est arrivée ni qui est réellement Evie Black. En refermant le livre, qui m’a accompagnée pendant de nombreux jours, ma première réflexion a été « tout ça, pour ça? »

Déception…

Sleeping beauties, Stephen King, Owen King, éditions Albin Michel, 827 pages, 2018

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M pour Mabel

m pour mabelEnfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Elle nourrit des années durant son rêve par la lecture. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale et inattendue, son père, journaliste qui a marqué profondément sa vision du monde, s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, le déni, la colère, la tristesse, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique. Elle va se procurer un rapace de huit semaines, le plus sauvage de son espèce, Mabel. Réputé impossible à apprivoiser. Elle va s’isoler du monde, de la ville, des hommes. Et emprunter un chemin étonnant.

M pour Mabel est un livre étonnant. Une sorte d’hybride entre le roman, l’autobiographie, le traité de fauconnerie et qui propose à travers son histoire, une biographie commentée de l’auteur T.H. White (Terence Hanbury White). Qui est White? Nul autre que le créateur du roman reprit par Walt Disney pour créer… Merlin l’enchanteur!

À la mort de son père, journaliste et photographe, Helen Macdonald ne va pas très bien. Elle doit retrouver un sens à sa vie et vivre avec le deuil d’un homme qu’elle chérissait. Elle adopte donc un autour, Mabel, qu’elle entraîne pour la chasse. Et elle nous raconte son histoire parallèlement à ses relectures d’ouvrages de fauconnerie. C’est là qu’intervient la vie de T.H. White, qui a aussi élevé des rapaces. S’il ne s’y prend pas toujours correctement, son histoire reste intéressante et Helen commente son propre travail en réponse aux interrogations de White à l’époque de l’écriture de son livre.

Ce roman peut sans doute déstabiliser plus d’un lecteur à cause de son sujet, la fauconnerie, qui ne rejoint pas forcément tout le monde (alors que moi, ça me passionne!) et de par sa construction, qui n’est pas du tout linéaire. De mon côté, c’est cette surprise dans le récit, dans la forme et la façon de traiter son sujet, en mêlant les genres, qui m’a beaucoup plu.

Un livre que je conseille pour vivre un contact littéraire rapproché avec un autour et l’univers de la fauconnerie, tout en se plongeant dans la littérature et l’histoire de T.H. White. Un beau tour de force de la part de l’auteur!

M pour Mabel, Helen Macdonald, éditions 10/18, 408 pages, 2017

Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres

Redez à ces arbres ce qui appartient à ces arbresQuels sont les liens entre les humains et les arbres? Qu’avons-nous à apprendre de ces géants? Les entendez-vous nous parler?
Des baobabs de son enfance aux bouleaux du Bas-du-Fleuve, Boucar Diouf a toujours été fasciné par le monde des plantes. Aujourd’hui, après avoir longtemps écouté les arbres, il leur donne la parole dans ce livre où se croisent la biologie, la poésie et l’humour.
Sous forme de conte, ce grand humaniste nous parle de la vie, de la mort, de sa famille, de sa relation intime avec les plantes et de ce qu’elles peuvent nous apprendre.

Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres est un livre surprenant et passionnant de par cette science entremêlée de mythes et de sagesse africaine qui nous apprend beaucoup sur le lien qui unit l’arbre à l’être humain.

Dans ce bouquin l’auteur nous dévoile l’importance des arbres, les légendes qui les entourent et une partie des secrets qui englobent leurs existence.

Cette lecture nous donne tout simplement envie d’aller à la rencontre de ce mystérieux arbre qu’est le Baobab pour lui parler et ainsi espérer lui soutirer quelques vieux secrets dans le but d’accroître notre sagesse personnelle face à ces géants de la nature, pour ainsi vivre d’avantage en harmonie avec eux.

L’auteur fait aussi souvent référence au savoir que son père lui a transmit tout au cours de son enfance.

Avez-vous déjà pensé qu’un arbre pouvait parler? Lisez ce livre vous allez être surpris!

Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres, Boucar Diouf, Editions La Presse, 125 pages, 2015

Ulysse from Bagdad

Ulysse from BagdadJe m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste. » Saad veut quitter Bagdad et son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche ? Tel Ulysse, il affronte les tempêtes, survit aux naufrages, échappe aux trafiquants d’opium, ignore le chant des sirènes, et doit s’arracher aux enchantements amoureux. Tour à tour absurde, bouffon, dramatique, le voyage sans retour de Saad commence…

Ulysse from Bagdad est un roman captivant du début à la fin. L’auteur Éric-Emmanuel Schmitt de sa plume magique réussit à nous ensorceler au cours de cette histoire, nous faisant vivre toutes sortes péripéties à travers le personnage Saad Saad. Cherchant à fuire le désorde et l’insécurité que subit son pays fasse à la guerre, Saad entreprenda un long voyage parsemé d’embuches dans un seul but: rejoindre le paradis que Londres pourrait lui offrir.

C’est un livre qui nous pousse à le lire d’un bout à l’autre car c’est très prenant et le récit vient nous chercher. Il parle beaucoup des préjugés vis-à-vis des migrants et la réaction que les gens du pays d’accueil ont par rapport à eux. Il nous amène dans la peau de son personnage pour nous faire comprendre ce que ces gens vivent changeant ainsi notre perpection des migrants.

En plus de l’histoire, le livre se termine sur une leçon de vie et comprend aussi le journal d’écriture de ce roman. L’auteur raconte la genèse du livre, sa façon de se documenter pour l’écrire et c’est hyper intéressant puisqu’on comprend ses motivations. Ce livre est un vrai coup de coeur pour moi! L’histoire du personnage est très captivante. La façon dont l’auteur nous la raconte nous amène à s’introduire dans la peau de Saad.

Ulysse from Bagdad, Éric-Emmanuel Schmitt, éditions Le livre de poche, 310 pages, 2010

Shelton & Felter tome 1: la mort noire

shelton et felterBoston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais. Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière. Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat); le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs). Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Je suis le travail de Jacques Lamontagne depuis un bon moment déjà. Du temps où il illustrait les couvertures de la revue Alire, jusqu’à ses plus récentes séries. La dernière en date: Shelton & Felter. Ce projet mijote depuis plus de 10 ans chez l’auteur et c’est vraiment une belle surprise!

Shelton est boxeur mais, forcé de se reconvertir, il devient journaliste. Sauf que ça ne marche pas très bien pour lui. Par hasard il rencontre Felter et réalise que ce petit libraire hypocondriaque est assez futé. Pas mal même. Il lui propose de s’associer pour enquêter et publier leurs enquêtes dans le journal.

Voilà qu’ils sont confrontés à une étrange affaire de meurtre, avec pour toile de fond un événement historique vraiment intéressant: la grande inondation de mélasse de Boston (1919). C’est un fait historique assez spectaculaire qui a causé la mort d’une vingtaine de personnes à l’époque. Ça ajoute donc beaucoup à l’histoire, même si c’est abordé comme un prétexte à l’enquête.

Le plaisir de lire cette BD réside aussi dans le talent de Lamontagne, qui n’en est pas à ses premières armes, ainsi que dans les personnages. Shelton et Felter sont caricaturés, drôles, amusants, ils sont tellement différents qu’on se demande comment leur partenariat va fonctionner, mais c’est assez réjouissant de suivre leurs aventures.

Enquêtes et humour sont au menu! Il s’agit du tome 1 mais le plus plaisant, c’est que la première de leurs enquêtes est complète avec ce tome. Donc le tome 2 ouvrira sur une nouvelle enquête.

Une belle découverte!

À noter que la première édition de cette BD contient un cahier graphique de 8 pages sur le travail entourant la création de l’histoire. Vraiment très intéressant!

Shelton & Felter tome 1: la mort noire, Jacques Lamontagne, éditions Kennes, 48 pages + cahier graphique de 8 pages, 2017