La vie secrète des champignons

La vie secrète des champignonsLes champignons constituent l’une des trois formes de vie supérieure sur la planète avec les plantes et les animaux. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie : cela fait 450 000 millions d’années qu’ils ont commencé à se répandre dans tous les écosystèmes, des forêts jusque dans notre organisme. Les champignons sont des partenaires écologiques essentiels. Près de 90 % des plantes vivent en symbiose avec eux. Et cette cohabitation nous ramène aussi loin qu’aux premiers instants de la vie botanique et animale sur Terre. Un fossile mis au jour récemment en Arabie saoudite a d’ailleurs montré que les ancêtres des champignons pouvaient alors dépasser la hauteur des arbres et atteindre six mètres avec des troncs d’un mètre de circonférence. Les biologistes sont maintenant convaincus que les végétaux ont pu coloniser les continents de la Terre uniquement grâce aux champignons. 

J’adore cette petite collection de vulgarisation sur la nature « La vie secrète de… ». Tous les livres sont passionnants et vraiment intéressants. Ils nous offrent un autre regard sur le monde qui nous entoure, sur l’évolution de la nature et les liens qui unissent plantes, champignons et animaux. J’ai lu avec grand bonheur La vie secrète des arbres et La vie secrète des animaux. Dans ma pile à lire m’attend Le réseau secret de la nature qui fera bientôt l’objet d’une chronique sur le blogue. Ce sont tous des livres magnifiques que je vous invite à découvrir. La vie secrète des champignons ne fait pas exception.

Dans ce livre, l’auteur allemand Robert Hofrichter entreprend de nous raconter le monde caché des champignons, que ce soit d’un point de vue scientifique, culturel ou historique. Il souhaite susciter le plaisir de la découverte et nous éveiller à ce qui nous entoure. Il nous parle aussi de son expérience personnelle, agrémentée de petites anecdotes.

 » Dans un monde où forêts, champs, parcs et jardins sont peuplés de ces mystérieuses créatures, présentes jusque dans les profondeurs des océans ou sur les stations spatiales en orbite. Dans les savanes et les forêts, nos ancêtres leur portaient grande attention. Nous aurions nous aussi tout intérêt à les connaître mieux. »

Le but de ce livre est de nous apprendre à mieux connaître les champignons, mais pas comme un guide de repérage. L’auteur les aborde d’abord par leur aspect biologique. Comment en est-on venu à classer les champignons dans le monde des vivants? Ils ont besoin de « manger » et donc sont plus proches des animaux que des plantes. Il nous parle également du syndrome du manque de nature, quelque chose qui me touche beaucoup dans le monde dans lequel on vit et que je considère comme un véritable désastre pour l’humain. Mieux comprendre la nature, c’est mieux la protéger, que ce soit les plantes, les animaux ou les champignons. L’auteur lance aussi, tout comme le faisait Wohlleben avec La vie secrète des arbres, une alerte à nos sociétés. Allez dehors! Intéressez-vous à la nature qui vous entoure! Et ça commence aussi avec le monde des champignons.

« Un arbre unique peut être colonisé par une centaine d’espèces de champignons différentes et, au sein de chaque espèce, par de nombreux individus différents. Un centimètre cube de terre peut contenir jusqu’à 20 kilomètres (!) de fins filaments. »

Les champignons en fait, sont partout. En nous, dans l’air que nous respirons, dans nos maisons, ils font partie de notre alimentation (et pas qu’en tant que champignons, mais aussi comme levure pour le pain ou la bière). Les champignons « dépolluent » notre environnement, peuvent pousser dans le désert, dans la mer, dans l’espace, être utilisés comme drogue, servir d’arme du crime et sont l’ancêtre du briquet. C’est tout simplement fascinant!

« Plus étonnant encore: nous, les humains, sommes fortement apparentés à ce même champignon auquel on doit la bière, le pain et le vin! Plus de 23% des gènes de la levure composent notre propre génome, un pourcentage loin d’être négligeable. »

Il y a tant à lire et à découvrir sur les champignons! Ils me fascinent depuis longtemps. Je n’ai aucune confiance en ma capacité de récolter les bons champignons (l’auteur en parle d’ailleurs abondamment dans son livre, des problèmes d’identification aux poisons et intoxications), mais j’aime les observer. Surtout, j’adore les photographier. Chaque automne, je sors photographier les champignons dans les bois. Il y a tant d’espèces toutes plus fascinantes les unes des autres si on se donne la peine de regarder et d’observer.

L’auteur nous parle d’écologie, de migration, d’environnement et de l’aspect toxique ou comestible des champignons. Les différents chapitres débutent toujours par une citation. J’ai envie, en terminant, de vous partager celle-ci, qui correspond véritablement à ma façon de voir le monde qui nous entoure:

« Tout est de plus en plus bruyant, de plus en plus rapide, d’une lumière de plus en plus crue. notre cerveau n’est pourtant pas fait pour cela, il est issu d’un temps où existaient encore les feux de camp, les limpides ciels étoilés et une véritable quiétude. »
-Tim Schlenzig, mymonk.de

J’espère que ce livre vous plaira tout autant qu’à moi et vous donnera envie d’explorer l’univers des champignons, de les observer et de mieux saisir toute l’ampleur de leur présence dans nos vies.

Le livre est complété par un glossaire et un index des champignons dont il est question dans le livre.

La vie secrète des champignons, Robert Hofrichter, éditions Multimondes, 260 pages, 2019

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage

Vivre une vie philosophique Thoreau le sauvageMichel Onfray propose un manifeste pour une vie philosophique libre, telle que H. D. Thoreau l’émule et ami de Ralph Waldo Emerson l’a pratiquée, du côté de Concord, en Amérique du Nord, au milieu du XIXe siècle. Ce livre est un hommage en même temps qu’une percutante introduction à la vie et à l’oeuvre de ce « penseur des champs » ou « romantique indien », solitaire et rebelle, qui a prôné toute sa vie une existence farouchement libre. Le philosophe dégage un portrait double de Thoreau, écologiste et libertaire et, par-delà, celui d’un modèle de vie où la pensée contemplative associée à l’action créent les conditions d’une existence authentique. Un modèle auquel Michel Onfray s’apparente, qui invite chaque philosophe et chacun d’entre nous à mettre en adéquation sa pensée et ses actions.

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage est un livre qui nous a tout de suite attiré tous les deux. Nous l’avons donc lu ensemble et nous en avons énormément discuté. Le propos de Michel Onfray ainsi que la pensée de Thoreau nous rejoint beaucoup. Dans cet ouvrage, on retrouve à la fois de grands pans de la vie de Thoreau, ses idées sur la société et l’analyse de Michel Onfray. Cet essai, quoique très court, est fort intéressant. C’est un livre qui a trouvé beaucoup d’échos pour nous deux, tant sur la vision de la vie qui y est présentée, de la place de la nature, du fait de choisir de ne pas voyager, sur la vie effrénée que mènent la plupart des gens sans savoir s’arrêter ni prendre le temps de le faire. Il y a beaucoup à découvrir chez Thoreau et Michel Onfray met ici en lumière des aspects très importants de l’idéologie de ce philosophe américain.

« Thoreau incarne un romantisme qui n’est ni celui de la forêt noire allemande ni celui des gibets jacobins français, mais celui des sagesses indiennes. Ses forêts ne sont pas taillées par le concept ou cisaillées par l’idée; sa solitude n’est pas plaintive et geignarde, il ne propose ni de rire ni de pleurer, il regarde et voit ce que peu de Blancs voient, mais ce que tous les Indiens perçoivent. »

Le début du livre commence par nous parler de philosophie en général, de la façon dont la philosophie était étudiée et démontrée en Europe, ainsi que la façon dont elle était pratiquée en Amérique. L’ouvrage aborde beaucoup la notion de grand homme versus de petit homme pour finalement en venir à Thoreau.

« Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. »

Thoreau était très intelligent et prônait plutôt la vraie vie. Il n’y a rien de mieux que de se frotter à ce qui nous entoure pour bâtir une forme de vie philosophique et y trouver sa place. C’est une nouvelle vision de la philosophie, une nouvelle façon de la pratiquer également. Thoreau n’est pas confiné à un bureau à réfléchir, il sort voir la nature pour alimenter sa réflexion.

« Car la philosophie, pour lui, n’est pas l’art d’écrire des livres, mais celui de les vivre… »

Thoreau était un battant, préférant le silence et le calme, mais tenant tête au gouvernement qui œuvrait pour les guerres et l’injustice, afin de faire savoir ses positions et sa vision des choses. C’est un homme qui se battait pour bien des causes, mais celles-ci avaient toutes un point commun: la liberté et l’indépendance. C’était le cas des causes entourant l’humain, les animaux, la nature, la forêt.

Il avait une belle philosophie de la vie, que ce soit pour la protection de la nature, la vie des Amérindiens, le combat contre l’esclavage. Nous avons appris plusieurs choses sur Thoreau en rapport aux Premières nations. Il existe une grande quantité de notes pour un ouvrage qu’il devait faire paraître sur les Amérindiens. Il est malheureusement décédé avant d’avoir pu le faire publier. Petit déception. Ça aurait été tellement intéressant de le lire sur le sujet!

Nous avons chacun un parcours différent quant à notre approche de Thoreau. Todd ne connaissait pas vraiment Thoreau avant de lire cet ouvrage, alors qu’Alaska a beaucoup lu sur cet auteur. Toutefois, nous avons pu apprécier tous les deux cet essai qui aborde la vie philosophique en général, mais principalement en se basant sur Henry David Thoreau comme philosophe. Un philosophe de la nature, épris de justice et libertaire. Nous avons été sensibles tous les deux au travail de Michel Onfray et aux réflexions qu’il apporte. Après avoir lu ce livre, nous avons envie de lire et relire Thoreau pour en découvrir encore plus. Il y a de nombreuses références à ses ouvrages les plus connus, comme Walden, mais aussi à ses textes sur l’esclavage et à son Journal par exemple. Onfray donne envie de puiser encore plus dans les écrits de Thoreau.

La nature était très importante pour lui et ce qu’elle avait à lui apprendre était tout aussi primordial. Il nous enseigne l’importance que la nature devrait avoir dans la société au lieu de notre façon de nous comporter avec elle: la détruire pour utiliser l’espace qu’elle occupe. Ce propos est encore plus saisissant aujourd’hui lorsqu’on réalise ce que l’homme fait de la nature. On perd une forme de sagesse que la nature pourrait nous transmettre alors que nous sommes en train de la faire disparaître. Les mots de Thoreau et sa philosophie de vie aujourd’hui prennent encore tout leur sens.

« Pour Thoreau, la nature est une fin en soi et non un moyen pour parvenir à plus qu’elle. »

À la fois essai, livre de philosophie, portrait d’un homme et de la nature, cet ouvrage est passionnant, captivant et vraiment très intéressant. Il saura toucher les lecteurs de Thoreau, mais aussi ceux qui ne l’ont jamais lu, ceux qui souhaitent le découvrir et ceux qui aspirent à une vie plus essentielle, axée sur la nature et ce qui compte réellement. Une vie philosophique. Une vie simple. Une vie libre.

Un beau coup de cœur pour nous deux que ce bel essai de Michel Onfray. Un livre très abordable par sa façon de nous être raconté. À découvrir absolument!

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage, Michel Onfray, Le Passeur éditeur, 113 pages, 2018

Le petit livre des bains de forêt

Petit livre des bains de forêtIl existe un lieu à notre portée, où trouver détente et sérénité, se recentrer et faire le plein d’énergie tout en se laissant aller à la méditation. Ce lieu, c’est la forêt. Très populaire au Japon, le « bain de forêt », shinrin-yoku, a conquis l’Occident. Cette pratique nous invite à nous rapprocher de la nature, de son harmonie, afin de renouer avec notre capacité innée à guérir. Alliée de l’esprit, la nature présente des bienfaits étonnants – et scientifiquement prouvés – sur notre corps, notamment le mental, la santé cardiovasculaire, la glycémie et l’immunité. Ce petit livre étonnant vous guidera pas à pas à travers la forêt et vous en livrera tous les secrets, mythologiques, médicinaux, culinaires. Respiration, pleine conscience, relaxation, marche pieds nus : grâce à des exercices et à des conseils pratiques, vous pourrez tirer profit de chacune de vos promenades ou… faire venir la nature à vous par l’aromathérapie ou les expériences de visualisation. Une immersion fascinante dans un monde magique.

À travers la forêt, l’auteure démontre à quel point on peut puiser dans cette ressource pour retrouver le bien-être, la tranquillité et un état plus reposé et moins stressé. J’ai adoré cette lecture, que j’ai trouvé très rafraîchissante. C’est une lecture reposante et relaxante, encore plus si on a la chance de la faire en forêt (ce que j’ai fait!).

« Si ton âme est malade, cache-toi dans la forêt comme une bête blessée: elle te soignera. Les arbres sombres sont des amis muets. Ils t’accueillent en silence et te font du bien. »
– Siegfried von Vegesack

L’auteure donne plusieurs exercices au fil des pages, que ce soit des exercices axés sur la méditation, la respiration ou le yoga. Le livre nous incite à ralentir, à prendre le temps de mieux observer ce qui nous entoure et apprendre à mieux respirer. Cette façon de présenter des aspects variés de l’utilisation de la forêt pour notre bien être m’a beaucoup plu.

L’ouvrage nous incite à être plus réceptif à ce qu’on peut trouver en forêt et à la sagesse que les arbres, source de vie, peuvent nous transmettent. Avec le quotidien toujours pressé d’aujourd’hui, les gens ne prennent plus de temps pour eux-même et encore moins le temps de rester en forêt pour s’y ressourcer.

« Soyons honnêtes: quand prenez-vous le temps d’aller en pleine nature vous soustraire aux contraintes du quotidien? »

Pourtant les bienfaits qu’on y retirent sont absolument fabuleux et aident à apaiser le stress. Les phytoncides, substances odorantes excrétées par les plantes, les aident à lutter contre les maladies. Ces substances sont une forme de langage des plantes. En les respirant, l’humain renforce alors son système immunitaire. Tout de suite, nous sommes apaisés.

Ce petit guide pratique et bien construit est une bouffée d’air frais. Intéressant par son côté informatif, c’est aussi un livre accompagnateur dans notre recherche d’un état plus serein et moins stressé.

« Prêtez attention à tous les bruits, proches ou lointains, qui pénètrent dans vos oreilles. Écoutez la voix de la forêt, le bruissement du vent dans les arbres, les chants d’oiseaux, le vrombissement des insectes. »

Une excellente lecture qui aborde également plusieurs espèces d’arbres et nous parle de leurs bienfaits. Ces parties du texte sont hyper-intéressantes, puisqu’on apprend toutes sortes de choses utiles. Au-delà de l’arbre, on retrouve des recettes, des idées d’infusions, des informations sur les propriétés des feuilles ou de l’écorce. J’ai d’ailleurs bien envie de tester certaines recettes!

L’auteure aborde également le côté mythique et symbolique de plusieurs arbres et leurs applications médicinales. Le texte est complété par des citations ou des pensées en rapport à la forêt, d’auteurs, de philosophes ou d’artistes.

Le petit livre des bains de forêt a été une fabuleuse lecture pour moi. Je vous conseille fortement ce petit livre très instructif et très zen!

Le petit livre des bains de forêt, (S’initier à la sylvothérapie pour se ressourcer), Bettina Lemke, éditions Albin Michel, 144 pages, 2018

Le livre du Lykke

livre du lykkeDe Dubaï à Rio, Meik Wiking explore et collecte tous les facteurs de bonheur pour nous permettre de nous les réapproprier – ou du moins, de nous en inspirer.
De combien d’argent doit-on disposer pour être heureux ? Quel est le rôle de l’éducation ? Et celui de la famille ? Celui du travail, et de l’égalité entre femmes et hommes ? Une étude globale, visionnaire, par le président de l’Institut de recherche sur le bonheur.

J’aime beaucoup l’auteur Meik Wiking, dont j’avais adoré Le livre du hygge, qui m’a apporté beaucoup dans ma façon de voir mon quotidien. C’est grâce à lui que j’ai acheté des bougies, que j’ai appris à ralentir et que je décore ma maison avec beaucoup de choses trouvées dans la nature au fil des saisons. L’esprit du hygge trouve un grand écho chez moi. Je suis aussi Meik Wiking sur les réseaux sociaux. J’aime sa philosophie et lorsque j’ai vu qu’il avait écrit un livre présentant un « tour du monde des gens heureux » j’ai eu envie de le découvrir.

Lykke est le mot danois pour « bonheur ». Avec cet ouvrage, construit de façon similaire au Livre du Hygge, Meik Wiking présente en neuf chapitres ce qui constitue le bonheur aux yeux des gens de partout dans le monde. Comment mesure t-on le bonheur? De quelle façon arrivons-nous à quantifier ce qui est à la fois très personnel et très subjectif? L’auteur tente d’expliquer la façon dont on réussit à mettre en lumière ce qui est récurrent dans la recherche du bonheur. Il aborde plusieurs aspects allant de la bonté à la confiance, de l’argent à la santé et à la liberté et le fait de vivre ensemble.

« Il s’agit de juger nos sociétés non par le succès de ceux qui finissent premiers, mais par notre capacité à relever ceux qui tombent. »

Dans cet ouvrage sur le bonheur, l’auteur retrace plusieurs initiatives qui apportent de la joie dans une communauté. Par exemple, le restaurant Robin des Bois à Madrid qui offre, la nuit venue, des repas gratuits pour les sans-abris. La Colombie qui crée des espaces publics pour que les gens puissent marcher en toute quiétude sur une quantité de voies piétonnes. Certains particuliers ont fondé des mouvements pour aider les gens (The Free Help Guy), partager des moments de bonheur (Fucking Flink) ou inciter les gens à devenir des ambassadeurs de la gentillesse (Random Acts of Kindness Activist). Sans parler de petits gestes qui font du bien à l’âme, comme cette laine et les aiguilles à tricoter trouvées dans un cabinet médical, incitant les gens à avancer l’écharpe pendant leur attente, pour l’offrir à une personne dans le besoin quand elle sera terminée.

À chaque fin de chapitre, l’auteur récapitule de belles initiatives partout dans le monde pour un quotidien plus doux et axé sur l’humain. Je trouve que c’est très inspirant! L’auteur parle aussi de Thoreau, de Tolkien et des bains de forêt nommés plus communément Shinrin-yoku.

On peut aussi offrir et recevoir des moments de bonheur avec de petits gestes simples. Partager un bon repas tous ensemble, prendre le temps de vivre, se déconnecter du monde virtuel et numérique pour vivre plus pleinement, associer des choses et des achats à des expériences, profiter de la nature pour être plus serein.

« La richesse ce n’est pas de posséder beaucoup, mais de désirer peu. »

Avec Le livre du Lykke, même si le propos est différent de son premier ouvrage (quoique pas si éloigné de l’esprit du Hygge) j’y ai retrouvé l’essentiel de ce qui m’avait plu dans le premier livre de Meik Wiking. Sa simplicité et son humour qui fonctionne très bien je trouve.

« Les Danois sont les descendants directs des Vikings, et nous adorons regarder des trucs brûler: des feux de joie, des bougies, des villages. Tout est bon. »

Dans son livre, il aborde un sujet universel chez l’humain: la quête du bonheur et ce qui nous rend heureux. J’ai toujours pensé qu’un monde plus bienveillant et plus gentil était la base du bonheur. Wiking me donne plutôt raison. Le livre du Lykke fait beaucoup de bien. C’est une lecture totalement inspirante!

Le livre du Lykke, Meik Wiking, First édition, 285 pages, 2018

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein

Mary Shelley au-delà de FrankensteinPendant deux siècles, on a imprimé, traduit, lu, adapté Frankenstein sans se préoccuper de l’existence de son auteure. Le nom de celle qui l’avait écrit à 16 ans, publié à 18 était pourtant là, sur la couverture, à portée de regard. Mais Mary Shelley semblait comme invisible. Bien que femme de lettres reconnue, elle est longtemps restée pour la postérité l’obscure épouse du grand poète romantique Percy B. Shelley. À pied, en malle-poste, en charrette, à dos d’âne ou de mule, par les fleuves ou par mer, elle a parcouru l’Europe avec lui en compagnie de leurs amis, femmes et hommes alliés dans la même recherche de beauté. Ce n’est pourtant pas son seul exploit.
Dans son œuvre novatrice, elle s’est dressée de toutes les forces de son esprit contre les idées mortifères d’une Angleterre en plein essor industriel qui cherchait à normaliser ses citoyens (et plus encore, ses citoyennes) comme des produits à perfectionner. Avec son intrépide sagesse, elle a entrevu les dangers d’une société s’adonnant sans repères ni limites à l’ivresse du progrès scientifique. Et elle a imaginé le destin du monstre que cette société allait produire. Un être anonyme, meurtrier, sentimental et raisonneur, poursuivi par la haine du savant fou qui l’avait mis au monde.
Une histoire familière ? En effet, ce couple maudit hante toujours les cauchemars de nos contemporains. Du fond de ses temps éloignés, Mary Shelley nous lance un message qu’il est urgent de décrypter encore et encore.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est à la fois une biographie et un essai. L’auteure nous partage la vie de cette toute jeune femme qu’était Mary Shelley qui a écrit à l’âge de seize ans le roman qui traversera le temps et les générations: Frankenstein. Ce roman est d’ailleurs l’un de mes préférés. Lu et relu, j’ai vu également de nombreuses adaptations cinématographiques de cette histoire. Mary Shelley est une source de fascination et d’admiration également.

Ses choix de vie, pour une si jeune femme, vont déjà à contre-courant de ce qui est bien vu dans la société où elle vit. C’est elle qui va déclarer en premier son amour pour le poète Percy B. Shelley, alors toujours marié. Elle quitte la maison paternelle en pleine nuit pour aller vivre sa vie avec lui, écrivant et lisant énormément d’ouvrages. Mary détonne dans une société qui trace à l’avance le parcours de ses femmes. Elles ne sont bonnes qu’à faire la conversation, mettre au monde des enfants et faire quelques travaux d’aiguille. Les choix de vie demeurent restreints. Mary et Percy vont à l’encontre de ce qui est moralement accepté dans leur univers. Ils mènent une vie d’errance sur les routes. Percy n’hésite pas à publier un traité d’athéisme qui fait scandale, alors que Mary attire les ragots tant par sa façon de se comporter que par le choix de leur cercle social (l’amitié avec Lord Byron par exemple). Leur vie est une véritable aventure littéraire, avec tout ce que ça implique: manque d’argent, fuite, faim, accouchements dans des conditions difficiles, etc.

« Le cabriolet cahote sur le pavé de cette rue londonienne et les emporte vers la mer. Ici commence l’une des aventures littéraires les plus curieuses de notre culture. Un périple extravagant pendant lequel deux êtres vont effectuer ensemble, à travers l’Europe, une course affolée et sans répit pour gagner sur terre leur part de paradis. »

L’ouvrage est également un essai, car l’auteure aborde le sujet complexe de l’écriture, de la société à l’époque de Mary Shelley, du féminisme, des progrès reliés à la science et en lien avec la création du monstre mythique développé par Frankenstein. Oui, car si vous ne le savez pas encore, Frankenstein est le nom du créateur et non pas du monstre… Mais il y a également plus que son célèbre livre. Mary Shelley est également l’auteure du livre Le dernier homme, un ouvrage dans lequel on retrouve beaucoup d’extraits en lien avec sa propre vie. Il est intéressant de découvrir les liens que fait Cathy Bernheim entre la vie quotidienne de Mary, ses chagrins, ses deuils, ses questionnements sur son époque et la science, et ses écrits.

J’ai trouvé passionnante cette lecture, qui aborde quantité de sujets tout en nous offrant un portrait intéressant de Mary Shelley et de son univers. Accablée par la perte de presque tous ses enfants, veuve bien avant le temps, Mary aura eu malgré tout un parcours passionnant. Elle aura écrit l’un des romans les plus marquants de sa génération, toujours lu aujourd’hui. L’ouvrage de Cathy Bernheim apporte une réflexion des plus intéressante sur cette oeuvre et sur son auteure, abordant également la façon dont la vision de Mary Shelley du futur, via la création du monstre, trouve ses répercussions aujourd’hui, avec les progrès de la science. Traductrice, Cathy Bernheim offre aussi une réflexion sur la traduction des œuvres littéraires à travers les époques.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein est proposé comme une biographie, mais l’auteure va beaucoup plus loin en offrant une réflexion féministe et scientifique. C’est ce qui en fait une lecture fort plaisante et qui donne envie de poursuivre plus loin la découverte des œuvres et du monde de Mary Shelley. On en apprend également beaucoup sur ses lectures, au fil de sa vie et de ses errances. Mary Shelley était une femme cultivée et avide de culture.

« Les livres lui parlent d’un temps qui n’est plus, avec des voix qui depuis longtemps se sont tues. Elle apprend d’eux que, pour s’enraciner au monde, paradoxalement, il faut semer des mots dans l’esprit de ses contemporains afin que leur écho parvienne aux temps futurs. »

À noter qu’on retrouve dans le livre de Cathy Bernheim, plusieurs annexes intéressantes, dont une chronologie qui replace Mary Shelley dans son contexte social et artistique, avec un accent important sur la science, qui est un pilier de Frankenstein. On y retrouve également un petit guide des termes scientifiques inconnus à l’époque de Mary Shelley, un arbre généalogique et de nombreuses citations au fil des pages.

Un ouvrage passionnant et accessible, que je vous conseille assurément! Et pourquoi ne pas en profiter pour (re)lire Frankenstein? Un classique qui mérite d’être lu, surtout aujourd’hui.

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein, Cathy Bernheim, éditions du Félin, 273 pages, 2018