Hiver: cinq fenêtres sur une saison

Hiver cinq fenêtres sur une saisonCinq fenêtres grand ouvertes sur la plus austère des saisons, comme autant de façons d’en proposer une histoire sociale et culturelle. Cet essai, poétique et abondamment documenté, puise dans l’art, le sport, l’urbanisme et l’histoire pour décrire les mille facettes de l’hiver: le chauffage au charbon, le patin, l’art romantique, les grandes explorations polaires, les fêtes de fin d’année, la littérature russe, l’art pictural japonais, le hockey ou la retraite de Russie de Napoléon. Avec élégance et érudition, Adam Gopnik sonde aussi les sentiments et attitudes qu’inspire l’hiver et montre comment ceux-ci changent avec le temps et la distance, donnant ainsi à lire une représentation commune et humaine du froid et de la neige. L’hiver, qu’on ne trouve jamais aussi beau qu’à travers les fenêtres givrées d’une demeure chaude et protectrice, évoque aussi une grande vérité anthropologique: c’est toujours de l’intérieur que nous appréhendons le mieux le monde extérieur.

J’aime passionnément l’hiver, tout comme Adam Gopnik. Ce livre avait donc tout pour m’attirer et je n’ai vraiment pas été déçue. C’est même un gros coup de cœur! Hiver: cinq fenêtres sur une saison, porte merveilleusement bien son titre. Choisir d’écrire un livre sur cette saison souvent perçue comme austère, à une époque où une grande majorité des gens préfèrent l’été, c’est un beau défi… qui a été parfaitement relevé par l’auteur.

Tout d’abord, cet ouvrage aborde l’hiver avec un regard nouveau, d’un point de vue différent. À travers cinq grands thèmes – les cinq fenêtres – l’auteur entreprend de nous offrir un nouveau regard sur cette saison autrefois perçue comme froide, mortelle, très peu invitante. C’est lorsque l’hiver ne devient plus seulement une histoire de survie, mais aussi un moment pour profiter des joies de la neige tout en chérissant la chaleur d’un foyer bien chauffé, que la perception de l’hiver s’est mise à changer.

Les cinq chapitres de cet ouvrage nous présentent l’hiver sous différents aspects. La première fenêtre, L’hiver romantique, s’attarde sur la perception au fil des ans de cette saison froide. L’auteur nous parle des romantiques, de la perception de l’hiver dans la littérature, des changements qui sont survenus au fil des ans sur notre façon de vivre l’hiver. Avec le chauffage central et des moments pour relaxer, l’hiver passe de saison dure et austère à une saison où il fait bon mettre le nez dehors.

« La conquête de l’hiver, en tant qu’acte à la fois physique et imaginaire, est l’un des grands chapitres de la renégociation des frontières du monde, des lignes que nous tirons entre la nature et les sentiments qu’elle nous inspire, qui caractérise l’ère moderne. »

De William Cowper à Vivaldi, en passant par Krieghoff, Schubert, Debussy, Andersen et même Wilson Bentley le premier photographe connu de flocons de neige, l’auteur nous fait visualiser la façon dont la perception de l’hiver a modifié la musique, les arts, la littérature, la culture. Ma plus belle découverte via cet ouvrage a été Fanny Hensel et sa série d’œuvres saisonnières pour piano. C’était la petite sœur de Mendelssohn.

La seconde fenêtre est celle de L’hiver radical. On y parle de Frankenstein, de Glenn Gould, d’Harry Somers, un compositeur canadien et d’Edgar Allan Poe. Pourquoi? Parce qu’il y est question du deuxième thème de ce livre: les expéditions polaires. Pôle Sud, Pôle Nord, qu’est-ce qui a poussé l’homme à vouloir sans cesse explorer et tenter sa chance dans des déserts de glace où il n’y avait bien souvent rien? Qu’est-ce qui nous pousse encore à lire aujourd’hui ces récits d’aventure en rêvassant? Ce chapitre parle de John Ross, Sir John Franklin, E.K. Kane, Apsley Cherry-Garrard, Sir Falcon Scott, Frederick Cook, Robert Peary, Robert Scott, Roald Amundsen, Ernest Shackleton. Un chapitre sur la folie et le courage, sur l’attrait des grands espaces glacés et vierges. Un chapitre totalement passionnant qui nous donne envie de lire tous ces récits d’explorateurs téméraires.

La troisième fenêtre est celle de L’hiver réparateur. L’hiver des célébrations. Noël comme fête hivernale par excellence et sans doute l’une des célébrations les plus importantes à travers le monde. De quelle façon l’hiver a pu devenir l’hôte d’une fête lumineuse et pleine de promesses? De quelle façon Noël est maintenant ce qu’elle est, une fête axée sur les présents, la neige, les amis et la famille? Il y est question des saturnales et des calendes, du solstice d’hiver et de Yule, de Charles Dickens, de la Trève de Noël, de la poésie, de l’époque victorienne où tout a changé, de la laïcité, du message de Noël, des cantiques, du caricaturiste Thomas Nast et de la façon dont Noël s’est peu à peu transformée en commerce. Passionnant portrait social, ce chapitre nous éclaire sur la façon dont nous célébrons en plein cœur de la saison froide.

« Si la planète a mondialisé Noël, Noël a étendu l’hiver au monde entier. La fête d’hiver a conquis désormais l’ensemble du continent: la neige artificielle, les faux glaçons, le givre tant prisé par Goethe vaporisé sur des fenêtres californiennes en l’honneur d’une déité germanique que Goethe n’aurait pas pu imaginer: le père Noël. »

La quatrième fenêtre est celle de L’hiver récréatif. Les sports d’hiver en général et le hockey plus précisément. On y parle de musique qui rend hommage au patinage et de tableaux qui ont été créés avec le même but. Lorsque les plaisirs des sports d’hiver ont été découverts, ils ont fait de la saison froide une saison de jeux et de vitesse. Une saison qui bouge. Les ponts de glace permettaient des déplacements impossibles pendant la saison chaude. Les patinoires offraient des lieux de rencontres inestimables. On en apprend plus sur la création du hockey et sur les sports d’équipes qui se sont développés. L’invention du week-end a contribué à nous offrir plus de moments de loisirs. Un chapitre où l’on croise Samuel Pepys tout autant que Maurice Richard.

La cinquième et dernière fenêtre est celle de L’hiver remémoré. On y parle d’urbanisme, de villes d’été et de villes d’hiver, de la ville souterraine, de la voiture en hiver, de la littérature et de la musique. On y parle de l’hiver comme lieu de mémoire et de souvenirs.

« L’hiver ajoute de la profondeur et de l’obscurité à la vie ainsi qu’à la littérature, et dans l’été sans fin des tropiques ni la pauvreté ni la poésie […] ne semblent capables de profondeur: la nature y est trop exultante, trop résolument extatique, comme sa musique. Une culture centrée sur la joie est forcément superficielle. » – Walcott

Poèmes polaires et cinéma se côtoient dans ce chapitre, au son d’une musique pleine de souvenirs. Ce chapitre nous parle également d’écologie. De cette perte du froid, de ce droit au froid. De la disparition des neiges d’antan comme souvenir collectif et de l’hiver dans notre imaginaire. De l’hiver comme saison en voie de disparition…

« L’hiver, la saison qu’il fallait endurer, est désormais la saison qu’il faut préserver. »

Ce livre a été un gros coup de cœur. Quand je l’ai terminé, mon livre avait des airs d’arc-en-ciel avec des post-it à toutes les pages. J’avais envie de noter toutes sortes de passages qui me plaisaient ou me parlaient. J’avais envie de partager des réflexions autour de moi. J’ai lu ce livre en accompagnant ma lecture des tableaux mentionnés dans l’ouvrage, en écoutant la musique dont on fait mention, en faisant également quelques recherches sur ce qui m’était moins familier, tout au long de ma lecture. L’ouvrage présente plusieurs poèmes et aborde toujours l’hiver d’un point de vue social et culturel, ce qui en fait un essai particulièrement parlant. C’est un ouvrage dont la forme donne envie d’aller plus loin, de faire des découvertes. Les références aux peintres, aux compositeurs, aux musiciens, aux écrivains, sont nombreuses et passionnantes. On retrouve du bien beau monde entre les pages de ce livre et des gens qui ont façonné la façon dont l’hiver a été perçu et vécu à leurs époques respectives.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison est un livre qui se lit avec grand plaisir et qui permet un autre regard sur la saison froide. Ce que nous raconte Gopnik nous permet également de mieux réaliser à quel point l’hiver est important, voire essentiel.

« Privée du souvenir de l’hiver, du Nord, de la neige, du cycle des saisons, notre civilisation perdra également au change, et cette perte sera aussi lourde, à sa manière, que celle subie par les Inuits. »

Gopnik aime l’hiver. Moi aussi. Ce livre est un brillant essai sur le bonheur du froid, sur le droit au froid, sur l’évolution de sa perception à travers le temps.

À découvrir, assurément! À noter au passage la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison, Adam Gopnik, Lux éditeur, 296 pages, 2019

Le réseau secret de la nature

Réseau secret de la natureTout est lié: végétaux, insectes et animaux vivent en parfaite symbiose. C’est ainsi qu’un loup peut modifier le cours d’une rivière, que certains petits arbres produisent des substances répulsives pour dissuader les cerfs de les manger ou qu’une forêt fabrique des nuages. Toutefois, comme dans les subtils rouages d’une horloge, une vétille peut dérégler les mécanismes mis en place dans la nature. C’est pourquoi la disparition d’une seule espèce vivante est susceptible d’avoir des conséquences lourdes et pas toujours prévisibles sur l’environnement. 

Le réseau secret de la nature fait partie d’une sorte de trilogie, incluant le livre sur les arbres et celui sur les animaux. Chaque livre peut se lire séparément, chaque livre se suffit à lui-même. Pour en savoir plus cependant, c’est très intéressant de découvrir les autres ouvrages. Il en existe aussi un autre, d’un auteur différent, sur les champignons. Tous les livres ont été chroniqués sur le blogue et les liens sont au bas de cet article.

J’ai tant aimé ma lecture des autres titres de Wohlleben que c’était un vrai plaisir de découvrir celui-ci qui s’intéresse plus spécifiquement aux liens qui existent entre les différents êtres vivants et la nature. Les arbres en font partie, les animaux aussi, le climat, de même que toute branche de l’écologie, l’évolution et même, l’homme. Ce réseau secret de la nature est à la fois immense, complexe et étourdissant, si l’on part du principe que tout est relié. Que notre vie dépend aussi de celle des autres organismes vivants, qu’ils soient visibles ou non. Que notre empreinte et celle des animaux est réelle. Que ce qui nous lie est aussi ce qui peut nous diviser. Que l’évolution se fait en fonction de toute une liste d’éléments.

« Pour autant, plus nous reconnaîtrons que d’infimes perturbations suffisent à engendrer d’incommensurables transformations, mieux nous serons armés pour défendre la protection de vastes régions. »

Les chapitres du livre abordent souvent avec humour, différents aspects de la nature. Que ce soit le lien du loup avec son environnement; les bestioles que l’on retrouve dans notre tasse de café; le saumon qui atterri dans les bois; les feux de forêts; le lien entre la production de jambon et le déplacement des grues cendrées (oui oui!), l’auteur réussit à nous faire sourire et réfléchir tout à la fois. On apprend énormément de choses.

L’auteur aborde quantité de liens entre l’homme, les animaux et la végétation. Il nous parle de la gestion des forêts et de la pousse des arbres (Wohlleben est garde-forestier quand il n’écrit pas de livres), ainsi que du réseau sous-terrain qui présente un écosystème complexe avec lequel nous sommes peu en contact, sauf quand vient le temps d’y puiser de l’eau. Il nous parle des tempêtes et des changements climatiques; de la façon dont la nature gère la mort des individus qui y vivent; des espèces disparues ou en danger; s’il vaut mieux nourrir ou non les oiseaux en hiver; des mythes et réalités entourant la biodiversité; des craquements des arbres comme des coups de fusil qu’on entend en forêt lors de grands froids; de la migration très lente des forêts; et de l’évolution de l’homme.

Les passages les plus frappants sont sans doute quand l’auteur aborde la puissance des liens entre la nature et les animaux par exemple. Comment la présence ou l’absence des loups peut modifier les cours d’eau ou alors de quelle façon les arbres peuvent identifier un animal d’un autre.

« Nous ne comprenons pas encore bien le mécanisme d’horlogerie de la nature. Et tant qu’il en sera ainsi, nous devrions nous abstenir d’essayer de le réparer. »

L’auteur nous parle également d’écologie et de la façon dont la nature est perçue par le public en général. Avec l’impression que chaque animal « fragile » est en danger de mort, que chaque rencontre avec un animal sauvage est forcément une menace, l’idée générale de la nature, vue de tours en béton, est assez faussée. Cette vision globale des choses joue beaucoup sur la façon dont l’humain tente de protéger ses villes et villages au détriment des animaux et de la nature. Avec une vision tronquée des choses, l’humain nuit beaucoup plus à la nature qu’il ne la protège. Sa vision se rapproche beaucoup de la mienne.

« La nature la mieux protégée est celle dont l’homme peut faire l’expérience. »

Les différents chapitres de ce livre sont passionnants! L’auteur nous fait réaliser l’ampleur des liens qui se tissent dans la nature et nous démontre à quel point tout est fragile et puissant à la fois. Il nous permet de voir ce qui nous entoure d’un œil nouveau, avec une vision différente des choses. En cette période où l’écologie et la nature sont au centre de nombreux discours politiques et écologistes, ce livre est un incontournable à découvrir. Wohlleben est un vulgarisateur de talent qui permet de rendre accessible à tous une vue d’ensemble du réseau qui relie la nature, les animaux, les arbres, les champignons et l’homme entre eux. Une très belle lecture.

Voici d’autres livres passionnants à découvrir dans la même collection:

Le réseau secret de la nature, Peter Wohlleben, éditions Multimondes, 248 pages, 2019

La vie secrète des champignons

La vie secrète des champignonsLes champignons constituent l’une des trois formes de vie supérieure sur la planète avec les plantes et les animaux. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie : cela fait 450 000 millions d’années qu’ils ont commencé à se répandre dans tous les écosystèmes, des forêts jusque dans notre organisme. Les champignons sont des partenaires écologiques essentiels. Près de 90 % des plantes vivent en symbiose avec eux. Et cette cohabitation nous ramène aussi loin qu’aux premiers instants de la vie botanique et animale sur Terre. Un fossile mis au jour récemment en Arabie saoudite a d’ailleurs montré que les ancêtres des champignons pouvaient alors dépasser la hauteur des arbres et atteindre six mètres avec des troncs d’un mètre de circonférence. Les biologistes sont maintenant convaincus que les végétaux ont pu coloniser les continents de la Terre uniquement grâce aux champignons. 

J’adore cette petite collection de vulgarisation sur la nature « La vie secrète de… ». Tous les livres sont passionnants et vraiment intéressants. Ils nous offrent un autre regard sur le monde qui nous entoure, sur l’évolution de la nature et les liens qui unissent plantes, champignons et animaux. J’ai lu avec grand bonheur La vie secrète des arbres et La vie secrète des animaux. Dans ma pile à lire m’attend Le réseau secret de la nature qui fera bientôt l’objet d’une chronique sur le blogue. Ce sont tous des livres magnifiques que je vous invite à découvrir. La vie secrète des champignons ne fait pas exception.

Dans ce livre, l’auteur allemand Robert Hofrichter entreprend de nous raconter le monde caché des champignons, que ce soit d’un point de vue scientifique, culturel ou historique. Il souhaite susciter le plaisir de la découverte et nous éveiller à ce qui nous entoure. Il nous parle aussi de son expérience personnelle, agrémentée de petites anecdotes.

 » Dans un monde où forêts, champs, parcs et jardins sont peuplés de ces mystérieuses créatures, présentes jusque dans les profondeurs des océans ou sur les stations spatiales en orbite. Dans les savanes et les forêts, nos ancêtres leur portaient grande attention. Nous aurions nous aussi tout intérêt à les connaître mieux. »

Le but de ce livre est de nous apprendre à mieux connaître les champignons, mais pas comme un guide de repérage. L’auteur les aborde d’abord par leur aspect biologique. Comment en est-on venu à classer les champignons dans le monde des vivants? Ils ont besoin de « manger » et donc sont plus proches des animaux que des plantes. Il nous parle également du syndrome du manque de nature, quelque chose qui me touche beaucoup dans le monde dans lequel on vit et que je considère comme un véritable désastre pour l’humain. Mieux comprendre la nature, c’est mieux la protéger, que ce soit les plantes, les animaux ou les champignons. L’auteur lance aussi, tout comme le faisait Wohlleben avec La vie secrète des arbres, une alerte à nos sociétés. Allez dehors! Intéressez-vous à la nature qui vous entoure! Et ça commence aussi avec le monde des champignons.

« Un arbre unique peut être colonisé par une centaine d’espèces de champignons différentes et, au sein de chaque espèce, par de nombreux individus différents. Un centimètre cube de terre peut contenir jusqu’à 20 kilomètres (!) de fins filaments. »

Les champignons en fait, sont partout. En nous, dans l’air que nous respirons, dans nos maisons, ils font partie de notre alimentation (et pas qu’en tant que champignons, mais aussi comme levure pour le pain ou la bière). Les champignons « dépolluent » notre environnement, peuvent pousser dans le désert, dans la mer, dans l’espace, être utilisés comme drogue, servir d’arme du crime et sont l’ancêtre du briquet. C’est tout simplement fascinant!

« Plus étonnant encore: nous, les humains, sommes fortement apparentés à ce même champignon auquel on doit la bière, le pain et le vin! Plus de 23% des gènes de la levure composent notre propre génome, un pourcentage loin d’être négligeable. »

Il y a tant à lire et à découvrir sur les champignons! Ils me fascinent depuis longtemps. Je n’ai aucune confiance en ma capacité de récolter les bons champignons (l’auteur en parle d’ailleurs abondamment dans son livre, des problèmes d’identification aux poisons et intoxications), mais j’aime les observer. Surtout, j’adore les photographier. Chaque automne, je sors photographier les champignons dans les bois. Il y a tant d’espèces toutes plus fascinantes les unes des autres si on se donne la peine de regarder et d’observer.

L’auteur nous parle d’écologie, de migration, d’environnement et de l’aspect toxique ou comestible des champignons. Les différents chapitres débutent toujours par une citation. J’ai envie, en terminant, de vous partager celle-ci, qui correspond véritablement à ma façon de voir le monde qui nous entoure:

« Tout est de plus en plus bruyant, de plus en plus rapide, d’une lumière de plus en plus crue. notre cerveau n’est pourtant pas fait pour cela, il est issu d’un temps où existaient encore les feux de camp, les limpides ciels étoilés et une véritable quiétude. »
-Tim Schlenzig, mymonk.de

J’espère que ce livre vous plaira tout autant qu’à moi et vous donnera envie d’explorer l’univers des champignons, de les observer et de mieux saisir toute l’ampleur de leur présence dans nos vies.

Le livre est complété par un glossaire et un index des champignons dont il est question dans le livre.

La vie secrète des champignons, Robert Hofrichter, éditions Multimondes, 260 pages, 2019

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage

Vivre une vie philosophique Thoreau le sauvageMichel Onfray propose un manifeste pour une vie philosophique libre, telle que H. D. Thoreau l’émule et ami de Ralph Waldo Emerson l’a pratiquée, du côté de Concord, en Amérique du Nord, au milieu du XIXe siècle. Ce livre est un hommage en même temps qu’une percutante introduction à la vie et à l’oeuvre de ce « penseur des champs » ou « romantique indien », solitaire et rebelle, qui a prôné toute sa vie une existence farouchement libre. Le philosophe dégage un portrait double de Thoreau, écologiste et libertaire et, par-delà, celui d’un modèle de vie où la pensée contemplative associée à l’action créent les conditions d’une existence authentique. Un modèle auquel Michel Onfray s’apparente, qui invite chaque philosophe et chacun d’entre nous à mettre en adéquation sa pensée et ses actions.

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage est un livre qui nous a tout de suite attiré tous les deux. Nous l’avons donc lu ensemble et nous en avons énormément discuté. Le propos de Michel Onfray ainsi que la pensée de Thoreau nous rejoint beaucoup. Dans cet ouvrage, on retrouve à la fois de grands pans de la vie de Thoreau, ses idées sur la société et l’analyse de Michel Onfray. Cet essai, quoique très court, est fort intéressant. C’est un livre qui a trouvé beaucoup d’échos pour nous deux, tant sur la vision de la vie qui y est présentée, de la place de la nature, du fait de choisir de ne pas voyager, sur la vie effrénée que mènent la plupart des gens sans savoir s’arrêter ni prendre le temps de le faire. Il y a beaucoup à découvrir chez Thoreau et Michel Onfray met ici en lumière des aspects très importants de l’idéologie de ce philosophe américain.

« Thoreau incarne un romantisme qui n’est ni celui de la forêt noire allemande ni celui des gibets jacobins français, mais celui des sagesses indiennes. Ses forêts ne sont pas taillées par le concept ou cisaillées par l’idée; sa solitude n’est pas plaintive et geignarde, il ne propose ni de rire ni de pleurer, il regarde et voit ce que peu de Blancs voient, mais ce que tous les Indiens perçoivent. »

Le début du livre commence par nous parler de philosophie en général, de la façon dont la philosophie était étudiée et démontrée en Europe, ainsi que la façon dont elle était pratiquée en Amérique. L’ouvrage aborde beaucoup la notion de grand homme versus de petit homme pour finalement en venir à Thoreau.

« Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. »

Thoreau était très intelligent et prônait plutôt la vraie vie. Il n’y a rien de mieux que de se frotter à ce qui nous entoure pour bâtir une forme de vie philosophique et y trouver sa place. C’est une nouvelle vision de la philosophie, une nouvelle façon de la pratiquer également. Thoreau n’est pas confiné à un bureau à réfléchir, il sort voir la nature pour alimenter sa réflexion.

« Car la philosophie, pour lui, n’est pas l’art d’écrire des livres, mais celui de les vivre… »

Thoreau était un battant, préférant le silence et le calme, mais tenant tête au gouvernement qui œuvrait pour les guerres et l’injustice, afin de faire savoir ses positions et sa vision des choses. C’est un homme qui se battait pour bien des causes, mais celles-ci avaient toutes un point commun: la liberté et l’indépendance. C’était le cas des causes entourant l’humain, les animaux, la nature, la forêt.

Il avait une belle philosophie de la vie, que ce soit pour la protection de la nature, la vie des Amérindiens, le combat contre l’esclavage. Nous avons appris plusieurs choses sur Thoreau en rapport aux Premières nations. Il existe une grande quantité de notes pour un ouvrage qu’il devait faire paraître sur les Amérindiens. Il est malheureusement décédé avant d’avoir pu le faire publier. Petit déception. Ça aurait été tellement intéressant de le lire sur le sujet!

Nous avons chacun un parcours différent quant à notre approche de Thoreau. Todd ne connaissait pas vraiment Thoreau avant de lire cet ouvrage, alors qu’Alaska a beaucoup lu sur cet auteur. Toutefois, nous avons pu apprécier tous les deux cet essai qui aborde la vie philosophique en général, mais principalement en se basant sur Henry David Thoreau comme philosophe. Un philosophe de la nature, épris de justice et libertaire. Nous avons été sensibles tous les deux au travail de Michel Onfray et aux réflexions qu’il apporte. Après avoir lu ce livre, nous avons envie de lire et relire Thoreau pour en découvrir encore plus. Il y a de nombreuses références à ses ouvrages les plus connus, comme Walden, mais aussi à ses textes sur l’esclavage et à son Journal par exemple. Onfray donne envie de puiser encore plus dans les écrits de Thoreau.

La nature était très importante pour lui et ce qu’elle avait à lui apprendre était tout aussi primordial. Il nous enseigne l’importance que la nature devrait avoir dans la société au lieu de notre façon de nous comporter avec elle: la détruire pour utiliser l’espace qu’elle occupe. Ce propos est encore plus saisissant aujourd’hui lorsqu’on réalise ce que l’homme fait de la nature. On perd une forme de sagesse que la nature pourrait nous transmettre alors que nous sommes en train de la faire disparaître. Les mots de Thoreau et sa philosophie de vie aujourd’hui prennent encore tout leur sens.

« Pour Thoreau, la nature est une fin en soi et non un moyen pour parvenir à plus qu’elle. »

À la fois essai, livre de philosophie, portrait d’un homme et de la nature, cet ouvrage est passionnant, captivant et vraiment très intéressant. Il saura toucher les lecteurs de Thoreau, mais aussi ceux qui ne l’ont jamais lu, ceux qui souhaitent le découvrir et ceux qui aspirent à une vie plus essentielle, axée sur la nature et ce qui compte réellement. Une vie philosophique. Une vie simple. Une vie libre.

Un beau coup de cœur pour nous deux que ce bel essai de Michel Onfray. Un livre très abordable par sa façon de nous être raconté. À découvrir absolument!

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage, Michel Onfray, Le Passeur éditeur, 113 pages, 2018

Le petit livre des bains de forêt

Petit livre des bains de forêtIl existe un lieu à notre portée, où trouver détente et sérénité, se recentrer et faire le plein d’énergie tout en se laissant aller à la méditation. Ce lieu, c’est la forêt. Très populaire au Japon, le « bain de forêt », shinrin-yoku, a conquis l’Occident. Cette pratique nous invite à nous rapprocher de la nature, de son harmonie, afin de renouer avec notre capacité innée à guérir. Alliée de l’esprit, la nature présente des bienfaits étonnants – et scientifiquement prouvés – sur notre corps, notamment le mental, la santé cardiovasculaire, la glycémie et l’immunité. Ce petit livre étonnant vous guidera pas à pas à travers la forêt et vous en livrera tous les secrets, mythologiques, médicinaux, culinaires. Respiration, pleine conscience, relaxation, marche pieds nus : grâce à des exercices et à des conseils pratiques, vous pourrez tirer profit de chacune de vos promenades ou… faire venir la nature à vous par l’aromathérapie ou les expériences de visualisation. Une immersion fascinante dans un monde magique.

À travers la forêt, l’auteure démontre à quel point on peut puiser dans cette ressource pour retrouver le bien-être, la tranquillité et un état plus reposé et moins stressé. J’ai adoré cette lecture, que j’ai trouvé très rafraîchissante. C’est une lecture reposante et relaxante, encore plus si on a la chance de la faire en forêt (ce que j’ai fait!).

« Si ton âme est malade, cache-toi dans la forêt comme une bête blessée: elle te soignera. Les arbres sombres sont des amis muets. Ils t’accueillent en silence et te font du bien. »
– Siegfried von Vegesack

L’auteure donne plusieurs exercices au fil des pages, que ce soit des exercices axés sur la méditation, la respiration ou le yoga. Le livre nous incite à ralentir, à prendre le temps de mieux observer ce qui nous entoure et apprendre à mieux respirer. Cette façon de présenter des aspects variés de l’utilisation de la forêt pour notre bien être m’a beaucoup plu.

L’ouvrage nous incite à être plus réceptif à ce qu’on peut trouver en forêt et à la sagesse que les arbres, source de vie, peuvent nous transmettent. Avec le quotidien toujours pressé d’aujourd’hui, les gens ne prennent plus de temps pour eux-même et encore moins le temps de rester en forêt pour s’y ressourcer.

« Soyons honnêtes: quand prenez-vous le temps d’aller en pleine nature vous soustraire aux contraintes du quotidien? »

Pourtant les bienfaits qu’on y retirent sont absolument fabuleux et aident à apaiser le stress. Les phytoncides, substances odorantes excrétées par les plantes, les aident à lutter contre les maladies. Ces substances sont une forme de langage des plantes. En les respirant, l’humain renforce alors son système immunitaire. Tout de suite, nous sommes apaisés.

Ce petit guide pratique et bien construit est une bouffée d’air frais. Intéressant par son côté informatif, c’est aussi un livre accompagnateur dans notre recherche d’un état plus serein et moins stressé.

« Prêtez attention à tous les bruits, proches ou lointains, qui pénètrent dans vos oreilles. Écoutez la voix de la forêt, le bruissement du vent dans les arbres, les chants d’oiseaux, le vrombissement des insectes. »

Une excellente lecture qui aborde également plusieurs espèces d’arbres et nous parle de leurs bienfaits. Ces parties du texte sont hyper-intéressantes, puisqu’on apprend toutes sortes de choses utiles. Au-delà de l’arbre, on retrouve des recettes, des idées d’infusions, des informations sur les propriétés des feuilles ou de l’écorce. J’ai d’ailleurs bien envie de tester certaines recettes!

L’auteure aborde également le côté mythique et symbolique de plusieurs arbres et leurs applications médicinales. Le texte est complété par des citations ou des pensées en rapport à la forêt, d’auteurs, de philosophes ou d’artistes.

Le petit livre des bains de forêt a été une fabuleuse lecture pour moi. Je vous conseille fortement ce petit livre très instructif et très zen!

Le petit livre des bains de forêt, (S’initier à la sylvothérapie pour se ressourcer), Bettina Lemke, éditions Albin Michel, 144 pages, 2018