La littérature – Les grands concepts expliqués

la littérature les grands concepts expliquésQu’est-ce qui fait de Madame Bovary un chef-d’oeuvre ? Qu’ont en commun À la recherche du temps perdu et Ulysse ? Qu’est-ce que l’écriture automatique ? Que symbolise la baleine blanche dans Moby Dick ? Découvrez les réponses dans ce livre qui explore les principaux courants et genres littéraires à travers plus de 250 œuvres incontournables.

C’est en faisant une recherche au catalogue de la bibliothèque autour de Moby Dick, que je suis tombée sur cet ouvrage. Comme un chapitre lui était consacré, j’ai décidé de l’emprunter pour le lire. Je me suis aussi laissée portée par de nombreux chapitres bien intéressants qui abordent entre autres des œuvres comme Guerre et paix de Tolstoï, Feuilles d’herbe de Waltman, 1984 d’Orwell, Crime et châtiment de Dostoïevski, De sang froid de Capote, Sur la route de Kerouac, et tant d’autres.

Le texte sur Moby Dick, la raison principale de ma lecture, m’a bien plu. C’est assez concis et très très accessible. Si on recherche quelque chose de très détaillé, ce n’est peut-être pas le livre qu’il vous faut. Il s’agit en fait d’un survol de certaines œuvres choisies. Je trouve que ça peut être une belle façon de compléter une lecture en lisant et en comprenant son interprétation d’un point de vue littéraire.

Moby Dick (1)

Le livre est très imagé, avec plusieurs illustrations colorées et historiques. L’emphase est mis sur certaines œuvres plus que d’autres et c’est un point qui m’a moins plu. J’aurais préféré que certaines œuvres ne soient pas abordées, pour laisser plus de place à celles dont on aura voulu se consacrer pour la peine. Par exemple, 8 pages sont consacrées à Moby Dick. C’est bien. Alice au pays des merveilles, Beloved, Guerre et paix, Crime et châtiment, Jane Eyre ont de bons dossiers comportant plusieurs pages. J’ai été déçue par exemple de voir qu’une seule page était consacrée à Frankenstein, au Chien des Baskerville et au Maître des illusions. C’est trop peu élaboré pour être intéressant alors qu’il y aurait sans doute eu beaucoup à dire. J’ai préféré, et de loin, les dossiers beaucoup plus long. Vu que le texte est très accessible, consacrer plusieurs pages à une oeucre donne un peu de profondeur au texte alors que les titres dont on ne parle que pendant une seule page sont tellement survolés qu’on retrouve facilement sur internet les grandes lignes de ce qui composent « l’analyse ».

J’ai aimé que les œuvres soient classées par catégories: de 3000 av. J-C (Héros et légendes) jusqu’à de nos jours (la littérature contemporaine). J’ai plutôt choisi de survoler la littérature ancienne qui m’interpelle moins. Je me suis attardée un peu plus autour de 1700 en montant. On y retrouve donc une grande variété d’œuvres. À la fin de chacune des parties, on retrouve un choix de livres « pour aller plus loin » et approfondir nos lectures. Un glossaire complète le livre, ainsi qu’un index. J’aurais apprécié une liste des livres abordés dans chaque section pour faciliter la recherche. L’index regroupe pêle-mêle des auteurs et des titres d’œuvres.

Il y a donc du bon et du moins bon. C’est un ouvrage qui peut être intéressant à consulter si on veut connaître rapidement la façon dont certaines grandes œuvres sont perçues. Plusieurs chapitres sont suffisamment longs pour qu’on y trouve notre compte. D’autres cependant sont beaucoup trop courts. C’est peut-être un bon titre pour quelqu’un qui souhaite aborder les grandes œuvres classiques et qui ne sait pas par quoi commencer.

Une lecture intéressante, même si je suis un peu déçue de la concision de certaines analyses. Le concept cependant, et le graphisme du livre, en font un ouvrage agréable à feuilleter.

La littérature – Les grands concepts expliqués, Collectif, Les éditions MD, 352 pages, 2016

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L’indien malcommode

L'indien Malcommode‘ L’Indien malcommode est à la fois un ouvrage d’histoire et une subversion de l’histoire officielle. En somme, c’est le résultat de la réflexion personnelle et critique que Thomas King a menée depuis un demi-siècle sur ce que cela signifie d’être Indien aujourd’hui en Amérique du Nord. Ce livre n’est pas tant une condamnation du comportement des uns ou des autres qu’une analyse suprêmement intelligente des liens complexes qu’entretiennent les Blancs et les Indiens.  »

J’ai toujours été captivé par la culture Amérindienne, depuis tout petit. Je suis né près d’une réserve ce qui a peut-être contribué à mon intérêt, mais c’est principalement en faisant de la généalogie que j’ai découvert que certains de mes ancêtres étaient Amérindiens. Le plus triste, puisqu’il s’agissait de femmes, elles apparaissent dans ma lignée comme des « inconnues » (sauvagesses) puisque l’homme Blanc considérait les Amérindiens comme des « sans âmes ».

Avec ce livre l’auteur souhaitait relater l’histoire des Autochtones d’Amérique du Nord sur quelques centaines d’années, du tout début de l’arrivée des Blancs jusqu’à aujourd’hui. La façon dont l’homme blanc a voulu sortir l’Amérindien de l’homme mais sauver l’homme en l’assimilant à sa propre culture. L’essai est très vaste, il couvre une grande période et s’attarde autant sur les massacres de tout un peuple, que sur la création des réserves et des pensionnats indiens.

Au début de ma lecture, les deux premiers chapitres m’ont semblés difficiles. Ces chapitres m’ont parus comme étant une sorte de glossaire, l’auteur relatant beaucoup de noms afin de n’oublier personne. Par la suite, le livre prend une autre forme et l’histoire est captivante puisqu’on apprend énormément de choses sur ce qui a pu se passer entre l’homme blanc et l’Amérindien.

Le chapitre des pensionnats indiens m’a beaucoup touché. Le taux de mortalité étant épouvantablement élevé, un parent qui était forcé d’y envoyer son enfant n’était pas sûr de le revoir un jour. Et quand il le revoyait, l’enfant avait tellement été coupé de sa langue et de sa culture, qu’il ne le reconnaissait plus.

« Pour la plupart, les pensionnats dans les deux pays étaient surpeuplés. La maladie y régnait. Les abus sexuels et les sévices physiques étaient monnaie courante. Les élèves étaient mal nourris et mal habillés. En 1907, le docteur Peter Bryce envoya son rapport à Duncan Campbel Scott, le surintendant du ministère des Affaires indiennes, où il était dit que le taux de mortalité des élèves autochtones dans les pensionnats de Colombie-Britannique atteignait les 30%. En Alberta, ce taux était de 50%. J’ignore comment Scott a réagi au rapport, mais, en 1910, il écarta le problème du revers de la main en disant que le taux élevé de mortalité dans les pensionnats « ne saurait motiver, à lui seul, une inflexion de la politique du ministère, qui vise à trouver une solution finale au problème indien. » « 

La transmission de la culture Autochtone, à cause des lois, des traités et des gouvernements, est tellement difficile que peu à peu de grands aspects de leurs langues et de leurs coutumes s’éteignent tranquillement. Il est encore tellement complexe de rester un Amérindien en règle pour les lois gouvernementales qu’il s’agit encore une fois d’une façon de limiter la culture Autochtone et d’empêcher sa transmission de générations en générations.

La culture blanche a apporté beaucoup de limites, que ce soit au niveau des terres, des lieux de vie et des règles, au mépris de la culture des Autochtones. Trop souvent, les Blancs auront relocalisé les Amérindiens pour pouvoir exploiter leurs terres jusqu’à saturation.

Encore aujourd’hui, l’Amérindien dérange. Les gouvernements voudraient faire disparaître le « problème amérindien » au lieu de reconnaître ce qu’ils sont, leurs droits et de reconnaître leur culture. La justice est bien trop injuste et inégale entre les blancs et les Amérindiens.

L’auteur aborde énormément d’aspects de l’histoire amérindienne: les différentes tribus, le fonctionnement de chacune d’entre elles, les relations avec le gouvernement, la présence des amérindiens au cinéma, les différents traités signés au fil du temps, la relation avec la terre, etc. Chacun des chapitres débute avec une citation en fonction de l’histoire qui va suivre.

L’auteur termine son livre sur une note positive. Le but de l’essai n’est pas simplement de démontrer du négatif mais, aussi, de montrer ce qui a été fait au fil des années et ce qui peut être encourageant dans les relations entre les deux peuples.

« Mais je dois admettre que, en dépit de ces obstacles, les Autochtones de la fin du XXe siècle et des débuts du XXIe siècle ont commencé à remporter des victoires devant les tribunaux d’Amérique du Nord. Peut-être que, après tout ce temps, la loi du pays va enfin nous favoriser; et alors, nous vivrons heureux jusqu’à la fin des temps. »

La lecture de cet essai de Thomas King m’a donné envie de lire encore plus de choses sur le sujet et d’aller découvrir de plus près la culture amérindienne en participant à certains événements. Je crois que cette lecture est essentielle, parce que plusieurs choses que l’homme Blanc sait des peuples amérindiens est à la fois faussée par des mythes ou des images, à la fois totalement incomplète. Les gens auraient intérêt à lire ce livre pour connaître l’autre côté de la médaille, au-delà des préjugés et des idées préconçues.

Un livre que je recommande fortement. L’auteur, amérindien, s’est documenté pendant des années avant de se mettre à l’écriture de L’indien malcommode. Il vaut la peine qu’on s’attarde à son travail. C’est un livre à lire.

L’indien malcommode, Thomas King, éditions du Boréal, 320 pages, 2017