Green Class t.3: Chaos rampant

Noah est mort. Et les autres peinent à s’en remettre. Où trouver encore de l’espoir dans ce monde bouleversé ? Déboussolés, ils laissent Jane et Faraday les conduire à l’abri d’une base militaire. Mais le danger les a suivis, l’épidémie est partout. Nos héros devront puiser dans leur amitié la force de mener un nouveau combat, en mémoire de Noah.

Green Class, c’est un groupe d’étudiants en voyage scolaire dans les marais de la Louisiane. Alors qu’ils rentrent chez eux, ils découvrent que le monde a changé. Un étrange virus s’est propagé, transformant les gens en monstres. Cette série de bandes dessinées, qui compte trois tomes à ce jour, nous plonge dans un monde post-apocalyptique fait de secrets de plus en plus étranges. Dans les deux premiers tomes, les auteurs mettaient en place l’univers de la série et nous faisaient découvrir les conséquences d’un étrange virus. 

Certaines personnes atteintes par le virus se transforment. D’autres ont des visions terrifiantes et on constate une vague de suicides qui fait des milliers de morts depuis le début de cette pandémie. Un nouveau discours apparaît chez certains personnages de l’album, soit le fait que l’homme est une menace pour lui-même et pour le monde dans lequel il évolue. Destructeur, l’humain risque bien d’anéantir ce qui se trouve près de lui si rien n’est fait.

« Si l’on compare l’homme aux autres formes de vie, vous savez à qui il ressemble le plus? Au cancer… L’homme est le cancer de ce monde. Et si nous ne faisons rien, il finira par tout détruire. »

Le troisième tome prend une tournure un peu différente, à laquelle je ne m’attendais pas. Les auteurs donnent plus d’informations sur ce qui se passe dans ce monde apocalyptique. On retrouve un peu l’esprit de certains classiques de science-fiction, comme Lovecraft par exemple, ou la découverte de ponts entre les mondes. Malgré cela, l’humain espère que l’armée interviendra et que quelqu’un, quelque part, agira pour que la vie reprenne son cours. On se doute bien que ce n’est pas ce qui se produira. Avec ce tome, l’histoire s’éloigne un peu du style post-apocalyptique que l’on retrouvait au début de la série, pour se tourner de plus en plus vers la science-fiction. Une tendance différente où nous mènera sans aucun doute le prochain tome, vu la façon dont celui-ci prend fin. 

J’ai bien aimé ce troisième tome, qui prend une tournure différente, tout en restant dans le thème de ce qui fait le succès de cette série. Par contre, je trouve qu’il y a quelques longueurs dans ce tome. On apprend certaines choses sur ce qui se trame derrière les événements, mais j’ai eu un peu l’impression de faire du surplace. Un tome qui me donne le sentiment d’être transitoire à ce qui viendra plus tard. Et la fin… elle se termine beaucoup trop vite, un peu comme s’il manquait des pages. J’ai donc bien hâte de voir ce que nous réservera le quatrième tome. Vu la fin, c’est à peu près impossible que l’histoire se termine ainsi. Je suis curieuse de connaître la suite. J’espère quelques dénouements un peu plus marquants et de l’action pour le prochain!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Green Class t.3: Chaos rampant, David Tako, Jérôme Hamon, éditions Le Lombard, 64 pages, 2021

Elecboy tome 1: Naissance

Année 2122, quelque part en Amérique du Nord. Sur une terre aride et brûlée par le soleil, la paix et la sagesse semblent avoir déserté. L’ancien monde civilisé a laissé place au chaos et à la pauvreté, à la violence et à la sauvagerie. Dans un décor de western, au milieu de baraquements de fortune mêlés à des panneaux solaires modernes, les membres d’une communauté autonome survivent tant bien que mal. La quête de l’eau est une préoccupation de tous les instants. Le jeune Joshua est amoureux de Margot, la soeur de Sylvio, un adolescent brutal qui prend plaisir à le frapper. Sylvio appartient au clan des hauteurs, qui affirme son pouvoir en faisant régner la peur sur les autres habitants. Un jour, d’étranges événements se produisent. Dans cet univers d’après l’apocalypse, alors que le père de Joshua et son équipe travaillent sur le réseau d’approvisionnement en eau, des créatures éthérées surgies de nulle part s’en prennent à eux…

J’ai tout de suite été attirée par la couverture de cette bande dessinée de science-fiction. Visuellement, elle est superbe! Le dessin est vraiment magnifique. L’auteur nous amène dans un univers apocalyptique au parfum de fin du monde. Nous sommes en 2122. Le monde est plongé dans le chaos. La terre est brûlée par le soleil. On sent qu’il s’est passé beaucoup de choses du moment où le monde que l’on connaît a cessé d’exister, jusqu’à l’univers empreint de violence décrit par Jaouen Salaün. Dans ce monde poussiéreux et désertique, l’approvisionnement en eau demeure un grand défi. La végétation se fait rare. D’ailleurs, la présence de quelques tomates cultivées en hauteur par Joshua, suscite de l’étonnement.

Le monde d’Elecboy est loin d’être de tout repos. Des groupes violents prennent les commandes du quotidien des humains toujours en vie. Ils propagent la violence, l’injustice, les viols, instillent la peur pour calmer toute idée de révolte. Joshua pose un regard assez dur sur son entourage qui se laisse diriger par le groupe, pour éviter des conflits sanglants. Le jeune homme est aussi amoureux d’une fille, Margot, membre d’un de ces groupes, ce qui ne facilite pas vraiment leurs relations. 

« Dès que je m’extraie de ce clan de fous, tu me ramènes de force!
-Non Margot. Je te mets en garde. On ne peut se mentir sur ses origines. Le sang de l’ancien, comme le mien, coule dans tes veines et dans celles de Sylvio. Aussi sale et visqueux soit-il, ce sang est le tien. »

Un jour, des créatures étranges se manifestent. D’où viennent-elles? Elles sont à la recherche de quelque chose. L’ambiance est plutôt intrigante.

La série Elecboy devrait compter quatre tomes. Ce premier tome comporte beaucoup de personnages et de clans. Ici l’auteur s’attarde principalement à mettre en place son univers. On a beaucoup de questions et bien peu de réponses. Sans doute seront-elles distillées au fil des tomes. L’atmosphère chaude et écrasante, ainsi que le contraste avec la noirceur de la violence sont très bien rendues dans la bande dessinée. 

J’ai quand même bien aimé cette bd, assez particulière, même si beaucoup de choses nous laissent un peu dans le flou. Le monde d’Elecboy est violent, dur, géré par des hommes sans scrupule. La vie dans cet univers est loin d’être une partie de plaisir. J’ai hâte de voir où l’auteur nous mènera par la suite.

Elecboy tome 1: Naissance, Jaouen Salaün, éditions Dargaud, 64 pages, 2021

Green Class t.2: l’Alpha

Le géant végétal a brisé le mur qui isolait la région. La quarantaine est rompue et nos héros peuvent découvrir le monde extérieur. Leur déception est terrible, la contamination s’est étendue à tout le pays. Mais Lucas, Beth, Linda et Sato n’ont pas le temps d’y penser. Le géant a emmené Naïa et Noah, et il est urgent de les retrouver. 

J’avais beaucoup aimé le premier tome, qui s’intitule Pandémie. Alors qu’un groupe était en voyage scolaire, il se retrouve coincé en Louisiane, en pleine pandémie alors que le virus transforme les humains en inquiétants monstres végétaux. L’atmosphère m’avait plu et l’intrigue est assez prenante pour avoir envie d’en savoir plus. J’étais donc très contente de pouvoir lire le second tome, L’alpha.

Avec cette suite attendue, nous découvrons un peu plus l’univers des êtres effrayants qui ont muté suite à la dispersion du virus. La ville où évoluent les jeunes n’est pas protégée comme ils le pensaient. Ils croyaient qu’une autorité quelconque aurait tenté de mettre en place des mesures pour aider à protéger tout le monde, ce qui n’est pas le cas. Les jeunes sont laissés à eux-mêmes. Ils doivent donc se battre pour survivre et user d’ingéniosité pour réussir à se faire une place dans un monde devenu dangereux, où des clans se forment et où l’on ne peut faire confiance à personne. Le groupe initial s’est divisé, en espérant réussir à survivre, même si l’un des leurs a été infecté.

D’étranges symboles apparaissent ici et là sur les murs de la ville, partout où il y a eu des infectés. Une partie du groupe rencontre des membres de l’armée et les découvertes qu’ils font les inquiètent beaucoup. Dans un monde où il n’y a plus vraiment de contrôle, où certains groupes prennent les commandes et où les infectés sont à la fois craints et convoités pour leurs capacités, le monde de Green Class s’assombrit de plus en plus. L’atmosphère devient à la fois inquiétante et intéressante pour le lecteur.

La bande dessinée est complétée par quelques croquis. Comme le premier volet, j’aime beaucoup le travail graphique de cette bande dessinée. Les illustrations, la couverture texturée et les couleurs. Tout contribue à offrir une belle expérience de lecture pour une histoire sombre et intrigante.

La fin de ce second tome est marquante et c’est avec beaucoup d’impatience qu’on attend le tome 3. Vivement la suite!

Mon avis sur le premier tome, Pandémie.

Green Class t.2: l’Alpha, David Tako & Jérôme Hamon, éditions Le Lombard, 59 pages, 2020

La Bête de Buckingham Palace

Alfred a 12 ans et il n’est rien de moins que l’héritier de la couronne d’Angleterre. Mais par malheur, l’époque qui l’a vu naître est celle de la nuit perpétuelle : désastre écologique, trahison et tyrannie… Nous sommes en 2120 et si la royauté a survécu à la disparition du soleil et à la quasi destruction de Londres, elle vit enfermée à Buckingham Palace, sous le joug d’un tyran qui prétend la protéger contre de soi-disant révolutionnaires. Lorsqu’Alfred voit sa mère la reine, accusée d’être leur complice, se faire arrêter par les gardes, il retrouve son cœur de Lion et décide avec ses faibles forces et peu d’alliés de révéler le vrai visage du Lord Protecteur…

J’avais beaucoup aimé Le Monstre des glaces du même auteur. C’était une lecture amusante et impertinente. J’avais donc bien hâte de découvrir La bête de Buckingham Palace qui me semblait dans le même esprit. Si l’histoire est très différente, les deux romans ont beaucoup de points en commun. Tous les deux mettent en scène un personnage différent. L’auteur leur fait vivre des aventures dans un cadre semblable: on côtoie la royauté et les codes de conduites qui y sont reliés. Si Le Monstre des glaces se déroulait à l’époque victorienne, La Bête de Buckingham Palace nous parle du futur. 

Alfred est prince. Maladif, assoiffé de lecture, il n’est jamais sorti du palais. Il faut dire que nous sommes en 2120, que Londres est à feu et à sang, et que la ville est en ruines. Il se passe de drôles de choses au palais. Alfred ne reconnaît pas son père qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le conseiller du roi prend beaucoup (trop?) de place au royaume. Les révolutionnaires se battent pour tenter de survivre dans une ville qui n’en est plus une. Quand la reine est arrêtée, Alfred doit faire quelque chose. Et il ne s’attend certainement pas à vivre toutes les aventures qui l’attendent!

« Depuis les événements catastrophiques qui avaient plongé le royaume dans l’obscurité, le roi s’était énormément appuyé sur son grand conseiller pour gérer les problèmes de ce terrifiant nouveau monde. D’année en année, il était devenu de plus en plus effacé, comme s’il s’était retiré au fond de lui-même. »

La bête de Buckingham Palace est un roman jeunesse abondamment illustré par Tony Ross, avec une police de caractère qui change au fil des péripéties. Quand les personnages sont plongés dans le noir, les pages sont… noires! On suit le destin d’Alfred, bien inconscient de ce qui se déroule en dehors du palais. C’est une époque de guerres, de révolution, de courage et d’affrontements. Malgré tous les malheurs qui s’abattent sur Alfred, l’auteur amène certaines scènes loufoques, d’étranges robots qui s’occupent du palais et beaucoup d’action.

 » Autrefois, le palais était un sanctuaire. Aujourd’hui, c’était une forteresse. »

Si j’ai préféré Le monstre des glaces, à cause de l’époque victorienne et des clins d’œil amusants concernant les conventions de l’époque que le personnage principal s’amuse à confronter, La Bête de Buckingham Palace est intéressant pour sa mise en place d’un monde futuriste où les robots côtoient la pauvreté et la révolte du peuple. Cette histoire se lit avec plaisir. Le côté mythologique, avec certaines créatures dont la bête du titre, est très présent dans ce roman. C’est un roman sur la tyrannie, la résistance, la justice et la rébellion. On se retrouve dans le futur, alors que le pays est plongé dans un hiver éternel, dans une Angleterre fort différente de celle que nous connaissons. 

La Bête de Buckingham Palace, David Walliams, éditions Albin Michel, 480 pages, 2020

L’avenir

Dans une version imaginée du Detroit que l’on connaît, Gloria s’installe dans une maison à demi morte. Étrangère dans une ville qui a connu toutes les fins du monde, elle cherche à découvrir la vérité sur le crime qui a avalé sa famille. Petit à petit, elle prend la mesure de la désolation et de la violence qui l’entourent, mais aussi de la beauté d’une nature qui reprend ses droits et de la résilience des humains qui tiennent bon. Au sein d’une communauté têtue et généreuse, elle s’éprend de la complexité de ce lieu où les rivières guérissent et empoisonnent, où les enfants fondent des royaumes dans les arbres, où les maisons brûlent pour mieux repousser, où la jeunesse arrache sa vie à l’ancien monde, et où passé et futur sont confondus dans un même mouvement libérateur.

L’avenir m’attirait énormément lorsque j’ai lu la quatrième de couverture. Je l’avoue, je m’étais d’abord fait une idée de ce roman post-apocalyptique avant de le commencer. La couverture est mystérieuse et attirante à la fois. On a envie de découvrir ce que peut bien cacher L’avenir. J’ai donc ouvert ce roman avec plein d’idées en tête. Et j’ai été totalement déstabilisée. 

« Une ville déserte en plein jour est une chose. La nuit, le vide est imparable. »

Après quelques pages, je savais que je sortais grandement de mes habitudes de lecture avec le livre de Catherine Leroux. Il s’agit d’ailleurs d’une découverte pour moi que la plume de cette auteure. J’étais bien loin de ce que j’avais imaginé en ouvrant cette histoire au parfum de fin du monde, dans un Détroit désolé et violent. C’était une expérience de lecture nouvelle pour moi et je n’étais plus si certaine de savoir l’apprécier. Puis, la magie a opéré. J’ai lu cinquante pages, puis cent et j’étais totalement embarquée.

L’écriture est vraiment belle. J’ai été surprise par la forme que prend l’histoire. Il y a plusieurs parties différentes, où l’on suit les nombreux personnages. J’avoue que par moment, surtout en ce qui concernait les enfants, je ne savais plus trop qui était qui. On suit tout d’abord Gloria, la grand-mère, qui vient reprendre la maison de sa fille décédée. Elle espère retrouver ses petites-filles. La ville étant dévastée et les gens, laissés à eux-mêmes, ce n’est pas toujours évident de continuer à survivre dans ce monde mal aimé, fait de vols, de violence et d’incendies.

« Les vies sont courtes et magiques, dures et pleines, et elles sont toutes gouvernées par Fidji. Elle se répète son mantra, ils sont en sécurité, ils sont invisibles, elle s’y agrippe car après tout ce temps à la tête du camp deux choses la tiennent toujours avec toute la rectitude d’une épine dorsale: l’omnipotence et la responsabilité, et plus la seconde pèse, plus la première grandit, comme deux charges s’égalisent pour éviter qu’un bateau chavire. »

Malgré tout, il n’y a rien de dramatique dans l’écriture de l’auteure, même si ce qu’elle raconte est dur. Le ton est surtout celui de l’espoir. Les personnages avancent, essaient de trouver des solutions et des raisons de continuer. Les adultes se regroupent autour de jardins et s’entraident pour réussir à avoir une vie à peu près normale. J’ai beaucoup aimé tout ce qui abordait la création du jardin potager et la façon dont on tente de transmettre cet héritage qui en est aussi un de gratification et de survie.

« Le sel de la terre. Ça finit par fleurir. Ça peut pas s’en empêcher. C’est comme l’amour. Comme les enfants. »

Les enfants eux, vivent dans le « ravin », un lieu compliqué où la « reine » tente de garder en vie tous ces jeunes laissés à eux-mêmes. Si l’écriture de ce roman m’a beaucoup plu, j’ai surtout adoré les différents niveaux de langage utilisés par l’auteure. Je trouve que ça donne beaucoup de relief aux personnages. 

L’atmosphère un peu inquiétante et mystérieuse, qui oscille entre l’entraide et la violence, apporte aussi beaucoup de plaisir à la lecture. On veut savoir ce qui va se passer et qui sont tous ces personnages. L’avenir est un roman qui parle de résilience et de renaissance. D’une vie après la catastrophe, qu’elle soit humaine ou écologique. L’écriture de ce roman date d’avant la pandémie qui nous touche actuellement et pourtant, on peut y voir un message d’espoir et de renouveau, après une catastrophe. Il est facile de faire le lien avec ce que le monde vit actuellement. 

L’avenir est un roman particulier, que j’ai aimé, mais qui m’a fait sortir grandement de mes habitudes de lecture. J’ai dans ma pile un autre roman de Catherine Leroux, La marche en forêt, que je compte bien lire en 2021.

L’avenir, Catherine Leroux, éditions Alto, 380 pages, 2020