Les Rois du Yukon

Long de plus de trois mille kilomètres, le Yukon traverse le Canada et l’Alaska avant de se jeter dans la mer de Béring. Chaque été, depuis la nuit des temps, les saumons royaux (ou chinooks) remontent ses eaux pour retourner pondre et mourir sur leur lieu de naissance. C’est l’un des derniers endroits sauvages de la planète. En entreprenant ce long et difficile voyage en canoë afin d’accompagner les saumons dans leur migration, Adam Weymouth souhaitait constater les effets du réchauffement climatique sur une nature presque vierge et coupée de tout. A terme, c’est l’existence même du saumon royal qui est menacée, mais aussi celle des communautés autochtones qui dépendent de lui, et dont l’auteur dresse un portrait inoubliable. S’interrogeant sur notre relation de plus en plus complexe avec le monde vivant, il nous offre le récit captivant d’une aventure extraordinaire, et nous invite à une immersion élégiaque au cœur des mystères de la vie.

Coup de cœur pour ce livre vraiment passionnant qui est bien plus qu’un récit de voyage. L’auteur entreprend la traversée du Yukon en canoë, avec comme projet de suivre le saumon royal et d’aller à la rencontre des gens qui vivent le long du fleuve. Dans un décor encore sauvage et parfois impitoyable, Adam Weymouth entreprend de raconter les changements climatiques et la façon dont les communautés et le saumon en sont affectés. Il nous raconte également son voyage, d’un bout à l’autre du Yukon, jusqu’à son retour en Angleterre. La navigation en canoë, les rencontres au fil de l’eau, le camping, les orages, les ours, les soirées improvisées avec des gens du coin. 

« Si tu veux vraiment essayer de mieux comprendre le Grand Nord, me suis-je dit, alors peut-être devrais-tu partir à la recherche de l’une de ses espèces les plus caractéristiques avant qu’elle ne disparaisse à jamais. »

Un périple sur un si long cours d’eau, rythmé par les températures, le temps et les intempéries, demande une grande préparation. Cette partie du voyage nous est aussi racontée. Adam partira d’abord avec un ami, avant de pagayer seul un moment puis de retrouver sa compagne pour la fin du voyage. Le Yukon est un lieu magnifique, qui impressionne et qui donne un sentiment plus grand que nature. C’est aussi ce que nous raconte ce livre. La solitude face à un aussi grand territoire. Le voyage exaltant. L’aventure. 

Le Yukon c’est également son aspect touristique. Les vestiges de la ruée vers l’or. Dawson City. La moitié de la cabane de Jack London. Le fameux Sourtoe Cocktail, sorte de rite de passage qui consiste à boire un shooter contenant un orteil humain momifié. C’est aussi tout son aspect mythologique et ceux qui lui ont donné son image qui fait rêver. Les grands espaces. Les auteurs qui y sont passés. Ceux que l’on voit dans les émissions de télévision et qui nous montrent un Yukon grandiose et parfois effrayant. 

Comme le but premier de son voyage est de suivre aussi la progression du saumon, principalement le Royal (ou Chinook), plusieurs réflexions écologiques sont en lien avec ce poisson tant apprécié à travers le monde. Avec un recul qui m’a plu et sans jugement, Adam Weymouth raconte l’histoire du saumon, d’un point de vue biologique, mais aussi historique et folklorique. Aliment essentiel et mode de subsistance pour bien des habitants des berges du Yukon, le saumon est victime des changements climatiques, de la surpêche et de l’industrie. Weymouth tente de comprendre l’impact des modifications sur le territoire et le climat, ainsi que sur le poisson.

« C’est donc ainsi qu’est fait le caviar rouge: par des adolescents yupiks le soir après l’école, dans un Algeco barbouillé de sang au milieu d’un marécage boueux, avec les haut-parleurs qui crachent du Puff Daddy. »

Dans ce livre, la nature époustouflante côtoie les préoccupations écologiques. L’histoire évolue en parallèle aux récit des locaux, qu’ils soient autochtones ou qu’ils se soient installés dans la région pour fuir une vie qui ne leur convenait pas. La petite histoire des gens est souvent aussi intéressante que la grande. L’auteur prend le temps de les rencontrer, de les laisser raconter leur mode de vie, leurs expériences et la façon dont ils évoluent au bord du Yukon. Ces rencontres sont riches en anecdotes et en réflexions. Ce sont les gens qui font l’histoire en fin de compte.

Adam Weymouth réussit à combiner tout cela en nous offrant un texte qui se lit comme un roman d’aventure. C’est un constat de la façon dont fonctionne le Yukon et surtout, les saumons qui y vivent. Des œufs de saumons jusqu’au morceau de poisson acheté en Angleterre des mois plus tard, Weymouth nous raconte la vie sauvage et les contraintes du monde moderne, qui a un impact toujours grandissant sur les communautés autochtones qui vivent en bordure du Yukon et survivent grâce au saumon. Le poisson est désormais plus petit, plus rare, parfois la pêche est interdite, on constate un décalage des événements saisonniers et certaines communautés doivent être relocalisées à cause du niveau de l’eau qui ne cesse de monter. 

« Il n’y a plus guère de grandes migrations. Les colons européens ont décimé soixante millions de bisons au fil de leur progression à travers les Grandes Plains; il n’en reste plus que cinq mille aujourd’hui. Des nuées de tourtes voyageuses obscurcissaient autrefois le ciel des jours durant; la dernière est morte en 1900, l’espèce ayant été chassée jusqu’à son extinction. Du milliard de papillons monarques qui, chaque printemps, effectuaient le voyage du Mexique au Canada, seule une fraction a survécu à la perte de l’habitat, à l’usage des pesticides, aux parasites et au changement climatique. Qu’un animal puisse avoir besoin non seulement d’un biotope intact, mais également que nous lui accordions les vastes étendues de territoire nécessaires à sa migration semble être une exigence presque anachronique sur une planète aussi anthropocentrique que la nôtre, où l’homme se sent à l’étroit. »

L’ouvrage débute par un croquis expliquant le cycle des saumons ainsi qu’une carte du trajet parcouru par l’auteur. Pendant la lecture, je me suis amusée à suivre son périple pour mieux comprendre l’évolution de ce qu’il percevait au fil de son voyage: les changements dans la nature, les animaux, les gens et leur mode de vie, le changement vécu par les saumons. Son récit est l’histoire de la complexité d’un fleuve, de la vie qui l’agite et des gens qui y vivent.

Ce texte passionnant est une lecture vraiment intéressante à tous points de vue. J’ai adoré! Je ne peux que vous suggérer ce livre si les récits d’aventure, l’écologie et la nature vous intéresse.

Les Rois du Yukon: trois mille kilomètres en canoë à travers l’Alaska, Adam Weymouth, éditions Albin Michel, 336 pages, 2021

La patience du lichen

Très loin sur la côte nord du golfe Saint-Laurent se trouve au milieu du chemin un panneau de signalisation portant le mot FIN : le voyageur doit s’arrêter à cette hauteur. Or, au-delà de la limite de l’asphalte existent sur plusieurs centaines de kilomètres des communautés qui ne sont accessibles que par les airs, l’eau ou la glace, selon les saisons. Fascinée depuis son enfance par le bout de la route 138, Noémie Pomerleau-Cloutier est allée à la rencontre des Coasters – innus, francophones et anglophones –, a enregistré leurs voix pour remailler en poème ces territoires morcelés et ces luttes à finir. La patience du lichen est un témoignage poétique d’une rare envergure, un reportage au grand cœur qui plonge dans l’histoire et l’intimité de cette partie méconnue du Québec.

J’ai découvert cette auteure lors de la publication de son premier recueil, Brasser le varech. C’était une poésie que j’avais beaucoup appréciée et j’avais été agréablement surpris par la qualité de ce texte, surtout pour un premier recueil. J’attendais donc avec impatience la sortie d’un autre titre de l’auteure. Voilà pourquoi j’ai eu très envie de lire La patience du lichen.

Il s’agit d’un recueil de poésie mais totalement différent de ce que l’on peut voir habituellement. C’est un croisement entre le reportage et le recueil de poèmes. Comme j’aime particulièrement tout ce qui touche aux cultures autochtones et que l’histoire m’intéresse énormément, ce livre avait tout pour me séduire. L’auteure nous transporte au-delà de la route 138, dans la basse Côte Nord, où les seuls moyens d’accès sont par l’eau, la voie des airs ou la glace en hiver. Noémie Pomerleau-Cloutier va à la rencontre d’innus, de francophones et d’anglophones afin de transposer leurs témoignages en poésie.

Ce livre est un voyage poétique qui mêle trois langues, un reportage humain et enrichissant. C’est une très belle lecture qui nous présente la réalité des habitants de cette région. Le format est vraiment original et d’une grande beauté.

« Elle n’est pas
une femme de papier
ses idées
des jardins de tous âges
qu’elle fait grandir
sur le roc

elle aurait pu vivre ailleurs
elle est revenue
elle a fait ses semis
elle reste

une maison
c’est une âme
à la lisière de la route
qui finira par pousser »

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. On y découvre la vie des Coasters, qu’ils soient autochtones, francophones ou anglophones. Ils vivent à l’écart, puisque le moyen de transport est limité pour s’y rendre. L’auteure découvre leur mode de vie, leur milieu de vie, leur culture. Ils vont lui raconter des choses qu’ils ont vécu, des choses passées ou présentes, des souvenirs. Elle nous fait découvrir ces gens et ce qu’ils ont à dire. Pour écrire son recueil, l’auteure est allée à leur rencontre avec une enregistreuse à la main afin de conserver leur témoignage et s’en inspirer.

Ce qui est beau et intéressant dans le livre, c’est que l’on retrouve le texte en différentes langues et aussi des traductions pour l’innu. Le mélange de langues et d’expressions apporte une belle authenticité au recueil. C’est un ouvrage que j’ai beaucoup aimé. Je le trouve à la fois passionnant, humain et très original. Partir avec l’auteure à la rencontre de gens qui nous parlent de leur quotidien, des fêtes, du gouvernement, de l’héritage de leurs ancêtres, de la pêche, de la chasse, de transport, de leur vie dans une nature très présente et très vaste, rythmée par les saisons.

« il m’a emmenée sur son terrain
pêcher la truite

puis m’a invitée 
à m’asseoir dans son shack
des bottes de phoque au mur
un verre de ruisseau à la main
un feu dans le poêle
et du temps à offrir

il m’a parlé de sa vie ailleurs
et de combien il voudrait revenir
bâtir quelque chose de créatif
pour la communauté

il y a longtemps qu’il recherche
l’aurore sombre de ses racines
dans ce territoire métissé »

L’écriture est aussi belle que dans le premier recueil. Si j’avais trouvé Brasser le varech touchant, celui-ci l’est tout autant, mais d’une façon différente. L’originalité du recueil et la beauté des mots nous permettent de plonger instantanément très loin sur la côte Nord, un voyage en mots et en images, magnifique et touchant.

Des notes explicatives et des informations additionnelles sur certains aspects du texte ou des traductions sont ajoutées en fin de volume.

Un très beau recueil qui vaut grandement la peine d’être lu!

La patience du lichen, Noémie Pomerleau-Cloutier, éditions La Peuplade, 264 pages, 2021

Une forme claire dans le désordre

À l’occasion du vingtième anniversaire de leur résidence à la Villa Médicis, quatre amis artistes louent ensemble un appartement à Rome pour y passer un long weekend. Deux décennies durant, Adèle, Thomas, Peter et Yosr ont beaucoup vécu. Alors qu’ils arpentent les rues d’une cité dont le dessin leur semble à la fois familier et déroutant, une question résonne à chacun de leurs pas : qui sont-ils devenus?

J’ai terminé Une forme claire dans le désordre (quel beau titre!) d’Éléonore Létourneau et j’ai passé un beau moment de lecture. C’est ma première rencontre avec la plume agréable et l’écriture soignée de l’auteure. J’ai beaucoup aimé sa façon d’amener son sujet et de parler de ses personnages. 

Ce court roman nous raconte l’histoire de quatre amis artistes qui se retrouvent après vingt ans, à Rome. Ils étaient une douzaine de pensionnaires à l’époque, à créer et profiter des lieux, ils ne seront que quatre pour ces retrouvailles: Adèle, française ayant vécu au Japon et qui est écrivaine; Yosr, photographe, native de Tunisie, impliquée dans sa communauté; Peter, artiste de land art, qui tente de faire le deuil de Mia; et Thomas, musicien de Brossard, qui espérait vivre le rêve américain. Des personnages que l’on suit au fil du temps et qui se livrent, peu à peu.

« Ils étaient revenus comme on renverse le cours du temps. »

L’histoire nous raconte leur séjour à Rome alors qu’ils tentent de se retrouver eux-mêmes, de définir leur parcours et leur évolution après toutes ces années. Les retrouvailles se déroulent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, même si le temps a fait son œuvre, que les expériences se sont accumulées, parfois pour le meilleur comme pour le pire. Ce retour à Rome est l’occasion pour eux de se redéfinir, de réaliser qui ils ont été et qui ils sont maintenant. Entre les souvenirs et les réflexions sur leur vie actuelle, l’histoire brosse un portrait délicat de personnages qui ont vécu pour et par leur art.

Le roman est aussi ancré dans l’actualité. On y retrouve des réflexions sur les changements climatiques, les guerres, les injustices et les révolutions. Le texte nous fait voir les combats et les implications de chacun des personnages, dans leur vie personnelle et à travers leur art. L’écriture est vraiment agréable, les chapitres défilent vite. J’ai trouvé le livre à la fois dépaysant, puisqu’il m’amenait vraiment hors de mes habitudes de lectures, et intéressant dans son questionnement sur ce que nous choisissons de faire de nos vies, sur l’amitié et sur la création.

« Dans la vastitude des territoires inexplorés, des millions, des milliards de personnes conduisaient des vies solitaires et entrelacées, faites de continuité et de ruptures, de lutte et d’abnégation, d’effusions et de déchirements. Ce tissu d’existences tenait le monde, comme une trame, en dépit des guerres et des enjeux nationaux. On ne vivait pour rien d’autre que pour sentir ça. Cette grandeur jusque dans l’infime, ces marées intérieures berçant l’univers. »

Un roman dont la lecture m’a beaucoup plu. Une belle découverte! 

Une forme claire dans le désordre, Éléonore Létourneau, VLB éditeur, 144 pages, 2021

Conan Doyle au Pôle Nord

En 1880, Arthur Conan Doyle, alors jeune étudiant, embarque comme médecin à bord du Hope, un baleinier arctique. Durant tout son périple près du pôle, il rédige son journal : on y découvre un chroniqueur fidèle de la vie à bord, un naturaliste précis mais aussi un jeune homme curieux de tout, plein d’humour et d’autodérision. Son récit, émaillé de nombreux croquis, nous plonge dans un monde à la fois inquiétant et fascinant : s’il dévoile les sombres pratiques des chasseurs de phoques et de baleines, la rivalité entre les navires, Conan Doyle évoque aussi avec enthousiasme les paysages glacés qu’il traverse et la richesse de la faune arctique. Cette expérience insolite, véritable voyage initiatique, a selon ses propres dires changé le cours de sa vie : peu après son retour en Écosse, le père de Sherlock Holmes publie sa première nouvelle, une histoire de fantômes quelque part dans le Grand Nord…

Ce livre m’a tout de suite attirée. J’aime Conan Doyle depuis l’adolescence. Je suis une grande fan de Sherlock Holmes, du canon en passant par les pastiches et les livres-hommage. Sans oublier les adaptations à l’écran! Quand j’ai découvert que Conan Doyle était parti en expédition sur un baleinier, en 1880, alors qu’il était étudiant en médecine, je voulais absolument lire ce livre.

Cette lecture a été vraiment très intéressante. L’objet-livre est magnifique. On l’ouvre comme on ouvrirait le journal de Conan Doyle. Ce très bel ouvrage reprend d’ailleurs les trois tomes de son journal de bord alors qu’il était en mer. Un ami qui devait partir sur le baleinier ne peut y aller et propose à Conan Doyle, alors en troisième année de médecine, de prendre sa place. Le futur créateur de Sherlock Holmes, alors âgé de vingt ans, accepte et part donc en mer sur le Hope. Une carte en début de volume nous explique un peu le trajet qu’il effectue alors avec l’équipage. Le bateau partira le 28 février 1880 pour ne revenir que le 11 août de la même année.

« Une semaine seulement depuis les Shetland, et nous sommes ici loin dans les champs de glace. Un splendide voyage, c’est certain. Champs de glace, blanc de neige dans le bleu très sombre de l’eau, aussi loin que le regard peut porter. »

Conan Doyle tient une chronique détaillée de ce qu’il voit et participe activement au travail sur le bateau, soit la navigation, la chasse à la baleine et aux phoques. Il nous raconte les longues soirées où l’équipage est en attente et qu’il n’y a rien à faire. Il sort souvent ses gants de boxe en soirée pour affronter l’un ou l’autre des membres de l’équipage. Il tient le journal de ses humeurs, de la concurrence entre les bateaux et des différentes prises, de ce qu’il lit, de certains repas ou de son travail comme médecin. Ses tâches ne sont pas toujours celles que l’on imagine. Par exemple, c’est la tâche du médecin de distribuer le tabac sur le bateau. Il nous raconte sa vie à bord, avec ses déceptions, ses drames (les funérailles de l’un des leurs) et les joies relatives au travail ou à de bons moments passés ensemble. Il tient le décompte des prises du jour pour lui et ses compagnons. Les hommes discutent de toutes sortes de choses et il y a plusieurs allusions culturelles ou d’époque. 

Conan Doyle parle aussi des espèces qu’il observe. D’abord celles à qui son baleinier fait la chasse. Les baleines et les phoques, leurs différentes selon les espèces et le rendement qu’elles peuvent apporter, selon celles qu’on doit chasser ou celle dont on doit s’abstenir. Il tient aussi un registre des espèces croisées pendant le voyage, de sa découverte d’espèce d’oiseaux qui l’intéressent bien et qu’il décrit dans son journal. Il rassemble aussi ce qu’il appelle son « musée arctique ».

Ce qui m’a surprise, c’est le ton qu’il emploie dans son journal. Conan Doyle est capable de beaucoup d’humour et d’autodérision. Il ne maîtrise par encore tout à fait le travail sur la banquise et se retrouve à l’eau plusieurs fois, ce qui lui vaut le surnom de « grand plongeur du Nord ». Il se joint à l’équipage comme médecin de bord, mais devient rapidement un membre à part entière et travaille comme les autres. C’est intéressant de le percevoir plus jeune, avec ses idées et sa façon d’être. 

« Absolument rien à faire à part râler, alors on a fait ça. Une journée des plus désagréables avec une horrible mer hachée et de la houle. Pas de phoques, rien que la misère. Me suis senti patraque toute la journée. Été tiré du lit à une heure du matin pour voir un homme à l’avant avec des palpitations cardiaques. Ça n’a pas amélioré mon humeur. »

Ce journal de bord est vraiment très beau. En plus du texte traduit, il contient des photos d’époque. Entre ses pages sont aussi reproduites des cartes et des croquis de l’auteur ainsi que celles d’autres passagers, des notes, lettres, poésie, réflexions, dessins explicatifs crayonnés par Conan Doyle pour tenter de reproduire au mieux ses impressions sur ce qu’il vit à bord du baleinier. C’est aussi l’occasion pour le jeune auteur de découvrir une biologie différente de ce à quoi il est habitué et d’en étudier les rouages. 

« Je ne reverrai peut-être jamais les grands floes du Groenland, ni la terre où j’ai fumé tant de pipes songeuses, où j’ai poursuivi le cétacé rusé, et tiré le malin phoque à capuchon. Qui dit que tu étais froide et inhospitalière, ma pauvre banquise? Je t’ai connu dans le calme et dans la tempête et je dis que tu es généreuse et bienveillante. »

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui retrace le voyage initiatique de Conan Doyle et qui est en même temps un beau témoignage sur le travail et les expéditions en Arctique. Cette lecture m’a fait découvrir un Arthur Conan Doyle que je ne connaissais pas du tout, sans doute plus humain et défaillant que l’image qu’on peut s’en faire de façon générale. Un jeune homme faisant de son mieux, transformé en chasseur de phoques du jour au lendemain, mais s’émerveillant malgré tout devant la grandeur du monde polaire. 

Conan Doyle au pole nord. Les carnets retrouvés du père de Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, éditions Paulsen, 192 pages, 2014

Orignal : Roi des forêts du Nord

Doté d’un impressionnant panache, l’orignal est le plus majestueux des grands mammifères d’Amérique du Nord. Pesant jusqu’à 800 kg (1800 lb), il peut courir à 55 km/h (35 mi/h), nager longtemps sans le moindre effort, plonger à 5,5 m (18 pi) de profondeur et rester immergé pendant une minute. Malgré ces incroyables performances, l’orignal n’est pas à l’abri de tout danger. Le roi des forêts du Nord doit faire face aux activités humaines qui diminuent son territoire et au réchauffement climatique qui l’incite à se déplacer vers des contrées plus fraîches. À l’heure actuelle, la population de ce mastodonte est estimée à un million de spécimens en Amérique du Nord, où vivent quatre des sept sous-espèces d’orignaux.

Orignal: roi des forêts du Nord est un livre magnifique. J’ai tout de suite eu envie de le lire lors de sa parution. Les orignaux comptent parmi mes animaux préférés. Ils sont magnifiques et intelligents. En rencontrer un, à quelques mètres de nous, est une expérience vraiment impressionnante. Ma première rencontre avec deux d’entre eux restera toujours un souvenir très puissant pour moi. C’était un moment particulièrement magique.

Ce livre, écrit par le biologiste et photographe Mark Raycroft, est aussi beau qu’intéressant. On apprend beaucoup de choses sur l’orignal et les photos sont un vrai plaisir pour les yeux! L’ouvrage est vraiment très beau. J’ai adoré la façon dont le livre est conçu. Entre les pages dédiées aux photographies, le texte est présenté en deux parties, avec des polices d’écriture différentes. Une portion du texte est consacrée aux histoires personnelles de l’auteur lors de belles rencontres avec des orignaux, alors que l’autre portion est consacrée aux informations biologiques de l’animal.

« J’ai suivi ces géants depuis les marécages du nord de Terre-Neuve, à travers l’Amérique du Nord et jusqu’aux montagnes enneigées de l’Alaska. Je vous offre aujourd’hui des images et des histoires qui vous transporteront au royaume de l’orignal et vous permettront de l’observer de près. »

C’est intéressant d’apprendre une foule de choses sur cet imposant mammifère (l’orignal d’Alaska est le plus grand animal à panache du monde), tout en accompagnant l’auteur lors de ses excursions d’observations. On a l’impression d’y être aussi un peu. C’est une belle approche pour livrer de nombreux renseignements tout en gardant un aspect très convivial au livre. 

L’ouvrage permet d’aborder différents aspects de l’orignal: l’écologie, les quatre sous-espèces de l’Amérique du Nord, le cycle du panache, le rut, la conservation et l’avenir de l’original à l’époque des changements climatiques. Un chapitre est aussi consacré à la photographie de l’orignal. Une carte et une bibliographie complètent l’ouvrage. 

J’ai appris une foule de choses intéressantes sur l’orignal dans cet ouvrage. Saviez-vous par exemple qu’en langue algonquine, on appelle l’orignal « mooswa » (ce qui a donné « moose » en anglais) ? Mooswa signifie « l’animal qui enlève l’écorce des arbres« . Que l’orignal se déplace parfaitement à la nage et va plus vite qu’un pagayeur dans un canot? Ou qu’un mâle adulte peut consommer plus de 18 kilos de végétation par jour? 

Les photographies sont à couper le souffle. Les couleurs et les décors naturels privilégiés par le photographe mettent tellement en valeur l’animal que c’est un véritable plaisir pour les yeux. Certaines images sont impressionnantes, comme celles entourant la transformation du panache au fil des saisons. 

Avec Orignal: roi des forêts du Nord, Mark Raycroft nous présente en détail et en photos ce superbe animal. C’est un ouvrage qui célèbre la magnificence et les comportements secrets du géant de nos forêts.

À découvrir! Un très beau livre à s’offrir ou à offrir aux amoureux de la nature.

Orignal : Roi des forêts du Nord, Mark Raycroft, Éditions Modus Vivendi, 164 pages, 2020