Une forme claire dans le désordre

À l’occasion du vingtième anniversaire de leur résidence à la Villa Médicis, quatre amis artistes louent ensemble un appartement à Rome pour y passer un long weekend. Deux décennies durant, Adèle, Thomas, Peter et Yosr ont beaucoup vécu. Alors qu’ils arpentent les rues d’une cité dont le dessin leur semble à la fois familier et déroutant, une question résonne à chacun de leurs pas : qui sont-ils devenus?

J’ai terminé Une forme claire dans le désordre (quel beau titre!) d’Éléonore Létourneau et j’ai passé un beau moment de lecture. C’est ma première rencontre avec la plume agréable et l’écriture soignée de l’auteure. J’ai beaucoup aimé sa façon d’amener son sujet et de parler de ses personnages. 

Ce court roman nous raconte l’histoire de quatre amis artistes qui se retrouvent après vingt ans, à Rome. Ils étaient une douzaine de pensionnaires à l’époque, à créer et profiter des lieux, ils ne seront que quatre pour ces retrouvailles: Adèle, française ayant vécu au Japon et qui est écrivaine; Yosr, photographe, native de Tunisie, impliquée dans sa communauté; Peter, artiste de land art, qui tente de faire le deuil de Mia; et Thomas, musicien de Brossard, qui espérait vivre le rêve américain. Des personnages que l’on suit au fil du temps et qui se livrent, peu à peu.

« Ils étaient revenus comme on renverse le cours du temps. »

L’histoire nous raconte leur séjour à Rome alors qu’ils tentent de se retrouver eux-mêmes, de définir leur parcours et leur évolution après toutes ces années. Les retrouvailles se déroulent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, même si le temps a fait son œuvre, que les expériences se sont accumulées, parfois pour le meilleur comme pour le pire. Ce retour à Rome est l’occasion pour eux de se redéfinir, de réaliser qui ils ont été et qui ils sont maintenant. Entre les souvenirs et les réflexions sur leur vie actuelle, l’histoire brosse un portrait délicat de personnages qui ont vécu pour et par leur art.

Le roman est aussi ancré dans l’actualité. On y retrouve des réflexions sur les changements climatiques, les guerres, les injustices et les révolutions. Le texte nous fait voir les combats et les implications de chacun des personnages, dans leur vie personnelle et à travers leur art. L’écriture est vraiment agréable, les chapitres défilent vite. J’ai trouvé le livre à la fois dépaysant, puisqu’il m’amenait vraiment hors de mes habitudes de lectures, et intéressant dans son questionnement sur ce que nous choisissons de faire de nos vies, sur l’amitié et sur la création.

« Dans la vastitude des territoires inexplorés, des millions, des milliards de personnes conduisaient des vies solitaires et entrelacées, faites de continuité et de ruptures, de lutte et d’abnégation, d’effusions et de déchirements. Ce tissu d’existences tenait le monde, comme une trame, en dépit des guerres et des enjeux nationaux. On ne vivait pour rien d’autre que pour sentir ça. Cette grandeur jusque dans l’infime, ces marées intérieures berçant l’univers. »

Un roman dont la lecture m’a beaucoup plu. Une belle découverte! 

Une forme claire dans le désordre, Éléonore Létourneau, VLB éditeur, 144 pages, 2021

Conan Doyle au Pôle Nord

En 1880, Arthur Conan Doyle, alors jeune étudiant, embarque comme médecin à bord du Hope, un baleinier arctique. Durant tout son périple près du pôle, il rédige son journal : on y découvre un chroniqueur fidèle de la vie à bord, un naturaliste précis mais aussi un jeune homme curieux de tout, plein d’humour et d’autodérision. Son récit, émaillé de nombreux croquis, nous plonge dans un monde à la fois inquiétant et fascinant : s’il dévoile les sombres pratiques des chasseurs de phoques et de baleines, la rivalité entre les navires, Conan Doyle évoque aussi avec enthousiasme les paysages glacés qu’il traverse et la richesse de la faune arctique. Cette expérience insolite, véritable voyage initiatique, a selon ses propres dires changé le cours de sa vie : peu après son retour en Écosse, le père de Sherlock Holmes publie sa première nouvelle, une histoire de fantômes quelque part dans le Grand Nord…

Ce livre m’a tout de suite attirée. J’aime Conan Doyle depuis l’adolescence. Je suis une grande fan de Sherlock Holmes, du canon en passant par les pastiches et les livres-hommage. Sans oublier les adaptations à l’écran! Quand j’ai découvert que Conan Doyle était parti en expédition sur un baleinier, en 1880, alors qu’il était étudiant en médecine, je voulais absolument lire ce livre.

Cette lecture a été vraiment très intéressante. L’objet-livre est magnifique. On l’ouvre comme on ouvrirait le journal de Conan Doyle. Ce très bel ouvrage reprend d’ailleurs les trois tomes de son journal de bord alors qu’il était en mer. Un ami qui devait partir sur le baleinier ne peut y aller et propose à Conan Doyle, alors en troisième année de médecine, de prendre sa place. Le futur créateur de Sherlock Holmes, alors âgé de vingt ans, accepte et part donc en mer sur le Hope. Une carte en début de volume nous explique un peu le trajet qu’il effectue alors avec l’équipage. Le bateau partira le 28 février 1880 pour ne revenir que le 11 août de la même année.

« Une semaine seulement depuis les Shetland, et nous sommes ici loin dans les champs de glace. Un splendide voyage, c’est certain. Champs de glace, blanc de neige dans le bleu très sombre de l’eau, aussi loin que le regard peut porter. »

Conan Doyle tient une chronique détaillée de ce qu’il voit et participe activement au travail sur le bateau, soit la navigation, la chasse à la baleine et aux phoques. Il nous raconte les longues soirées où l’équipage est en attente et qu’il n’y a rien à faire. Il sort souvent ses gants de boxe en soirée pour affronter l’un ou l’autre des membres de l’équipage. Il tient le journal de ses humeurs, de la concurrence entre les bateaux et des différentes prises, de ce qu’il lit, de certains repas ou de son travail comme médecin. Ses tâches ne sont pas toujours celles que l’on imagine. Par exemple, c’est la tâche du médecin de distribuer le tabac sur le bateau. Il nous raconte sa vie à bord, avec ses déceptions, ses drames (les funérailles de l’un des leurs) et les joies relatives au travail ou à de bons moments passés ensemble. Il tient le décompte des prises du jour pour lui et ses compagnons. Les hommes discutent de toutes sortes de choses et il y a plusieurs allusions culturelles ou d’époque. 

Conan Doyle parle aussi des espèces qu’il observe. D’abord celles à qui son baleinier fait la chasse. Les baleines et les phoques, leurs différentes selon les espèces et le rendement qu’elles peuvent apporter, selon celles qu’on doit chasser ou celle dont on doit s’abstenir. Il tient aussi un registre des espèces croisées pendant le voyage, de sa découverte d’espèce d’oiseaux qui l’intéressent bien et qu’il décrit dans son journal. Il rassemble aussi ce qu’il appelle son « musée arctique ».

Ce qui m’a surprise, c’est le ton qu’il emploie dans son journal. Conan Doyle est capable de beaucoup d’humour et d’autodérision. Il ne maîtrise par encore tout à fait le travail sur la banquise et se retrouve à l’eau plusieurs fois, ce qui lui vaut le surnom de « grand plongeur du Nord ». Il se joint à l’équipage comme médecin de bord, mais devient rapidement un membre à part entière et travaille comme les autres. C’est intéressant de le percevoir plus jeune, avec ses idées et sa façon d’être. 

« Absolument rien à faire à part râler, alors on a fait ça. Une journée des plus désagréables avec une horrible mer hachée et de la houle. Pas de phoques, rien que la misère. Me suis senti patraque toute la journée. Été tiré du lit à une heure du matin pour voir un homme à l’avant avec des palpitations cardiaques. Ça n’a pas amélioré mon humeur. »

Ce journal de bord est vraiment très beau. En plus du texte traduit, il contient des photos d’époque. Entre ses pages sont aussi reproduites des cartes et des croquis de l’auteur ainsi que celles d’autres passagers, des notes, lettres, poésie, réflexions, dessins explicatifs crayonnés par Conan Doyle pour tenter de reproduire au mieux ses impressions sur ce qu’il vit à bord du baleinier. C’est aussi l’occasion pour le jeune auteur de découvrir une biologie différente de ce à quoi il est habitué et d’en étudier les rouages. 

« Je ne reverrai peut-être jamais les grands floes du Groenland, ni la terre où j’ai fumé tant de pipes songeuses, où j’ai poursuivi le cétacé rusé, et tiré le malin phoque à capuchon. Qui dit que tu étais froide et inhospitalière, ma pauvre banquise? Je t’ai connu dans le calme et dans la tempête et je dis que tu es généreuse et bienveillante. »

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui retrace le voyage initiatique de Conan Doyle et qui est en même temps un beau témoignage sur le travail et les expéditions en Arctique. Cette lecture m’a fait découvrir un Arthur Conan Doyle que je ne connaissais pas du tout, sans doute plus humain et défaillant que l’image qu’on peut s’en faire de façon générale. Un jeune homme faisant de son mieux, transformé en chasseur de phoques du jour au lendemain, mais s’émerveillant malgré tout devant la grandeur du monde polaire. 

Conan Doyle au pole nord. Les carnets retrouvés du père de Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, éditions Paulsen, 192 pages, 2014

Orignal : Roi des forêts du Nord

Doté d’un impressionnant panache, l’orignal est le plus majestueux des grands mammifères d’Amérique du Nord. Pesant jusqu’à 800 kg (1800 lb), il peut courir à 55 km/h (35 mi/h), nager longtemps sans le moindre effort, plonger à 5,5 m (18 pi) de profondeur et rester immergé pendant une minute. Malgré ces incroyables performances, l’orignal n’est pas à l’abri de tout danger. Le roi des forêts du Nord doit faire face aux activités humaines qui diminuent son territoire et au réchauffement climatique qui l’incite à se déplacer vers des contrées plus fraîches. À l’heure actuelle, la population de ce mastodonte est estimée à un million de spécimens en Amérique du Nord, où vivent quatre des sept sous-espèces d’orignaux.

Orignal: roi des forêts du Nord est un livre magnifique. J’ai tout de suite eu envie de le lire lors de sa parution. Les orignaux comptent parmi mes animaux préférés. Ils sont magnifiques et intelligents. En rencontrer un, à quelques mètres de nous, est une expérience vraiment impressionnante. Ma première rencontre avec deux d’entre eux restera toujours un souvenir très puissant pour moi. C’était un moment particulièrement magique.

Ce livre, écrit par le biologiste et photographe Mark Raycroft, est aussi beau qu’intéressant. On apprend beaucoup de choses sur l’orignal et les photos sont un vrai plaisir pour les yeux! L’ouvrage est vraiment très beau. J’ai adoré la façon dont le livre est conçu. Entre les pages dédiées aux photographies, le texte est présenté en deux parties, avec des polices d’écriture différentes. Une portion du texte est consacrée aux histoires personnelles de l’auteur lors de belles rencontres avec des orignaux, alors que l’autre portion est consacrée aux informations biologiques de l’animal.

« J’ai suivi ces géants depuis les marécages du nord de Terre-Neuve, à travers l’Amérique du Nord et jusqu’aux montagnes enneigées de l’Alaska. Je vous offre aujourd’hui des images et des histoires qui vous transporteront au royaume de l’orignal et vous permettront de l’observer de près. »

C’est intéressant d’apprendre une foule de choses sur cet imposant mammifère (l’orignal d’Alaska est le plus grand animal à panache du monde), tout en accompagnant l’auteur lors de ses excursions d’observations. On a l’impression d’y être aussi un peu. C’est une belle approche pour livrer de nombreux renseignements tout en gardant un aspect très convivial au livre. 

L’ouvrage permet d’aborder différents aspects de l’orignal: l’écologie, les quatre sous-espèces de l’Amérique du Nord, le cycle du panache, le rut, la conservation et l’avenir de l’original à l’époque des changements climatiques. Un chapitre est aussi consacré à la photographie de l’orignal. Une carte et une bibliographie complètent l’ouvrage. 

J’ai appris une foule de choses intéressantes sur l’orignal dans cet ouvrage. Saviez-vous par exemple qu’en langue algonquine, on appelle l’orignal « mooswa » (ce qui a donné « moose » en anglais) ? Mooswa signifie « l’animal qui enlève l’écorce des arbres« . Que l’orignal se déplace parfaitement à la nage et va plus vite qu’un pagayeur dans un canot? Ou qu’un mâle adulte peut consommer plus de 18 kilos de végétation par jour? 

Les photographies sont à couper le souffle. Les couleurs et les décors naturels privilégiés par le photographe mettent tellement en valeur l’animal que c’est un véritable plaisir pour les yeux. Certaines images sont impressionnantes, comme celles entourant la transformation du panache au fil des saisons. 

Avec Orignal: roi des forêts du Nord, Mark Raycroft nous présente en détail et en photos ce superbe animal. C’est un ouvrage qui célèbre la magnificence et les comportements secrets du géant de nos forêts.

À découvrir! Un très beau livre à s’offrir ou à offrir aux amoureux de la nature.

Orignal : Roi des forêts du Nord, Mark Raycroft, Éditions Modus Vivendi, 164 pages, 2020

Grandes Plaines

grandes-plainesL’Ouest? Le mythe américain par excellence, nimbé du halo doré des légendes, magnifié par le western. Certes. Mais aussi, aujourd’hui, un vaste «nulle part» à l’abandon, que l’on survole en allant d’un point à un autre. Et où l’on stocke l’arsenal nucléaire. Rien que cela, vraiment? Que nous dit encore, et dit de nous, l’Ouest américain? Pour en avoir le cœur net, Ian Frazier, journaliste star du New Yorker, homme de l’Est par excellence, à l’œil aigu et à l’humour ravageur, fasciné enfant par les «shows» télévisés, décide à trente et un ans de s’installer dans le Montana. Début d’un immense voyage dans les archives et par les routes, de la maison abandonnée de Bonnie et Clyde, dernier témoin de leur cavale, à la cabane de Sitting Bull, en passant par les lieux des crimes chroniqués par Truman Capote dans De sang-froid – 25 000 miles d’une exploration, entre légendes et réalité, d’un territoire hors norme où les étendues sauvages et anonymes disent tour à tour la force et la fragilité du rêve américain.

L’Ouest américain. Dans notre imaginaire, ce lieu fait rêver. C’est donc tout naturellement que j’ai eu envie de découvrir cet essai de Ian Frazier sur ce coin du monde qui suscite bien l’imagination.

« Point de vue fantasme, les Grandes Plaines sont l’endroit idéal à plus d’un titre. Elles sont tellement vastes qu’on ne pourra jamais les connaître à fond – vos fantasmes ne pourraient jamais en faire le tour. Leur pluriel lui-même semble les étirer plus loin dans une sorte de brouillard romantique. »

À la fois essai, document, reportage, livre d’histoire et récit de voyage, cet ouvrage nous amène à la découverte de différentes facettes de ce que l’on appelle « les grandes plaines ». Le livre regorge d’informations de toutes sortes qui font le pont entre la vie à l’époque des premiers habitants jusqu’aux fermes abandonnées d’aujourd’hui. Dans son récit, Frazier montre à quel point il aime l’Ouest, avec ses bons et ses mauvais côtés. Il démontre également de quelle façon les lieux sont passés à travers l’évolution et la technologie, à quel point les grandes plaines sont vastes et impressionnantes. À l’époque:

« Si vous quittiez l’Est au début du printemps, vous pouviez éventuellement atteindre les plaines vers la mi-mai, et les avoir traversées au 4 juillet. Aujourd’hui, si vous quittez Kennedy Airport à bord d’un 747 pour Los Angeles juste après le petit déjeuner, vous pourrez déjeuner dans les plaines. »

Grandes plaines parle de nature et d’écologie, de voyage et d’histoire. Dans ce livre, l’auteur part en road trip dans l’Ouest américain. Il y rencontre le petit-fils de Crazy Horse, nous parle des peuples amérindiens, des trappeurs, des fermiers, de tempêtes de poussière, d’alcool, d’épidémie de variole, de la disparition des bisons, de géographie, d’archéologie, de dinosaures, de musique, des West Wild Shows, de Buffalo Bill, de météo, d’armes, de Bonnie et Clyde, de l’alcool, de la communauté Noire, d’excursion, d’art, de Lewis et Clark, de musées, de missiles nucléaires, de chemin de fer, d’auto-stoppeurs, de Billy the Kid, des compagnies de fourrures, de ce qu’est l’Ouest aujourd’hui avec ses fermes abandonnées et ses plaines à perte de vue. C’est un livre passionnant pour apprendre toutes sortes d’anecdotes historiques sur l’Ouest mythique.

« Les découvertes effectuées sur les Grandes Plaines furent à la base d’une grande partie de nos connaissances modernes des dinosaures. Plus de la moitié des spécimens dans les salles des dinosaures du musée d’histoire naturelle de New York viennent des plaines américaines ou canadiennes. »

Son livre est une sorte de méli-mélo absolument captivant. Un livre d’histoire, vu par les yeux d’un journaliste-voyageur. Il établit également, à même le texte, des listes aussi variées qu’intrigantes: liste des rivières des Grandes Plaines, liste des équipes de basket des lycées, liste de villes aux noms étranges, liste de chansons entendues à la radio dans l’Ouest, liste de gens ayant abandonné leurs fermes… Le passé devient tout à coup un prétexte pour parler du présent et de l’avenir, et d’anticiper ce qu’il adviendra des Grandes Plaines.

« J’ai peur pour les Grandes Plaines parce que beaucoup de gens les trouvent ennuyeuses. L’argent et le pouvoir de ce pays se concentre ailleurs. (…) Le mouvement écologiste travaille souvent mieux lorsqu’il présente des vues charmantes sur la vie sauvage. Dans ce cadre, les Grandes Plaines détonnent. »

En terminant, sachez que l’ouvrage comporte à la fin une section de notes, divisée par chapitres. Comme ce n’est pas mentionné au début du livre et que rien n’y réfère, je l’ai découvert par hasard en feuilletant l’ouvrage. Je vous conseille de suivre chapitre par chapitre en allant lire les notes lorsque vous en terminez un. C’est beaucoup plus agréable de cette façon, autrement on passe à côté d’informations intéressantes. Outre ses sources et références, l’auteur explique beaucoup de choses dans ses notes de fin de volume.

Grandes plaines a été une fabuleuse lecture pour moi. Le contenu est passionnant, la construction de l’ouvrage aussi. On se promène entre les histoires de voyage de Ian Frazier, ses rencontres sur la route, ses découvertes historiques sur les lieux qu’il visite, ses réflexions sur l’Ouest et une liste d’informations aussi percutantes que fascinantes sur tous ceux qui ont foulé les grandes plaines au fil des siècles.

Un livre passionnant à lire si l’Ouest vous intéresse. Pour moi ce livre a été un beau coup de cœur et une très belle découverte à laquelle je ne m’attendais pas. Une très belle surprise!

Grandes Plaines, Ian Frazier, éditions Hoëbeke, 288 pages, 2018

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise

L'incroyable voyage de Coyote SunriseCoyote, douze ans, vit avec Rodeo, son père, dans un bus scolaire. Ensemble, ils sillonnent les États-Unis au gré de leurs envies, embarquant parfois quelques autostoppeurs à l’âme en peine. Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide de tenter l’impossible : traverser le pays en moins de quatre jours pour arriver avant les bulldozers. Un défi de taille, puisque Rodeo a juré de ne jamais retourner sur les lieux qui abritent leurs plus précieux souvenirs. Mais le voyage est parfois plus important que la destination…

En commençant L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, je n’étais pas du tout certaine de ma lecture, mais je me suis vite prise au jeu. Coyote a douze ans. Elle vit dans un bus surnommé « Yageur », avec son père Rodeo, un hippie hirsute aux yeux très spéciaux, et Ivan, un adorable chaton, qui se joindra au duo au tout début du périple.

Ce roman jeunesse met en avant la différence de mode de vie, mais aussi l’amitié, la fuite et surtout le deuil. Le périple de Coyote et son père prendra un nouveau sens quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit. C’est alors une course contre la montre pour revenir à temps avant la destruction de cette petite forêt sauvage qui représente tant pour elle. Si je croyais lire un roman écologique sur la sauvegarde de la nature, ce n’est pas du tout ce que j’ai trouvé entre les pages, mais c’est tout aussi bien. C’est l’histoire d’une reconstruction, bourrée d’émotions, de rires, de larmes et d’amitié rencontrées au fil des kilomètres.

Coyote et Rodeo sillonnent les routes depuis déjà un bon moment. Leur vie est là, dans un bus converti en maison. Si tout semble aller pour le mieux, on réalise bien rapidement que Coyote ne vit pas les choses de la même façon que son père. Sur les routes, Coyote et son père rencontrent toutes sortes de gens, qu’ils finissent par prendre avec eux dans le bus. Des âmes esseulées, en difficulté, fuyant tout, comme Rodeo et Coyote, une vie dont ils ne veulent pas. Parfois, affronter ce qui nous fait le plus mal est aussi une façon d’avancer.

« Parfois, faire confiance à quelqu’un est la chose la plus terrifiante qui soit. Mais tu sais quoi? C’est bien moins effrayant que d’être toute seule. »

Malgré la gravité des sujets abordés, ce roman est très estival et vraiment lumineux. C’est beau, réconfortant et émouvant. J’ai vraiment apprécié ma lecture, parce que le roman nous fait vivre de nombreuses émotions et que l’humour est aussi bien présent. Ce qui est vraiment amusant dans ce livre, ce sont les jeux de mots entre Coyote et son père, leurs particularités très attachantes et leurs réparties. Il y est beaucoup question de livres aussi. Rodeo pose d’ailleurs trois questions aux potentiels auto-stoppeurs qui pourraient se joindre à eux une partie du voyage, dont l’une d’elle est « quel est ton livre préféré ?».

« Rien de mieux qu’un bon livre pour réunir deux personnes. »

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise est un roman qui se lit avec bonheur, parce que l’auteur réussit le pari d’aborder des sujets douloureux, avec humour et beaucoup d’humanité. C’est vivant, ça donne envie de profiter de la vie. Il y a quelque chose de très réjouissant dans le voyage complètement fou accomplit par Coyote et Rodeo, qui est autant métaphorique que réel. Les routes empruntées sont autant de passages vers leur vie réelle et l’acceptation de ce qu’il est impossible de changer. C’est un roman sur la vie, sur le fait de faire face aux événements et d’en guérir. Un très beau roman!

Et vous, avez-vous envie de voyager pendant un moment aux côtés de Coyote, Rodeo, Ivan, Lester, Salvador, Val et plusieurs autres personnages hauts en couleurs? Tout le monde à bord de Yageur pour un voyage particulier et touchant, plein de péripéties toutes plus incroyables les unes des autres!

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, Dan Gemeinhart, éditions Pocket Jeunesse, 416 pages, 2020