La vie secrète des arbres

vie secrete des arbresIl y a un Wood Wide Web comme il y a un World Wide Web! Par leurs racines mais aussi par leurs feuilles et par le pollen qu’ils émettent, bouleaux, épinettes, sapins, érables, pins ou trembles communiquent entre eux. C’est du moins l’une des étonnantes constatations du garde forestier Peter Wohlleben, dont le livre sensible et plein d’intuition nous révèle un monde bien caché. Étant donné que l’évolution nous a très tôt coupés du monde végétal, il nous est aujourd’hui plus difficile de comprendre les plantes que les animaux. L’auteur nous invite à renouer avec nos forêts anciennes où pullule une vie très mal connue. Il nous apprend que les arbres possèdent un sens du goût, s’entraident, respirent, réussissent à vivre des centaines voire des milliers d’années…

Ce livre, je l’ai lu en prenant mon temps, à raison d’un ou deux chapitres par jour. J’avais besoin d’assimiler ce que je lisais, de prendre conscience de tout ce que j’apprenais sur les arbres et de compléter ma lecture en observant la forêt autour de moi. En associant ce que je voyais à des passages du livre, je voulais donner toute sa force au contenu du livre et je crois que c’est une grande réussite car c’est l’un des ouvrages les plus marquants que j’ai pu lire ces dernières années.

La vie secrète des arbres est un livre très accessible, conçu pour tous, qui vous fera redécouvrir la vie des arbres. Assurément, il est impossible de rester de marbre face à cette lecture, parce qu’elle change quelque chose en nous. Elle modifie grandement notre façon de percevoir les arbres. Et pour ça, je remercie l’auteur. Maintenant que j’ai lu le livre, je peux vous le dire: vous n’avez aucune idée de tout ce qui se passe dans une forêt. Vous n’avez aucune idée de la façon dont les arbres vivent. Vous ne savez pas tout ce qui se joue secrètement, au fond des bois, pendant que vous vivez votre vie. Il faut découvrir ce livre pour en prendre pleinement conscience.

L’auteur aborde tellement de thèmes en rapport aux arbres, qu’il est étonnant de constater la mine d’information contenue dans moins de 300 pages. Beaucoup de comparaisons entre l’homme et l’arbre sont utilisées dans ce livre, comme notre rapport au soleil (le vieillissement de la peau pour nous, de l’écorce pour les arbres), la « calvitie » chez l’homme comme dans le houppier des arbres vieillissants, notre rapport à l’eau versus celui des arbres, nos défenses contre les bactéries et la même chose que l’on retrouve chez les arbres.

Plusieurs chapitres sont étonnants. Celui qui aborde les champignons et la forme de compagnonnage qu’ils exercent auprès des arbres en est un bon exemple:

« Au fil des siècles, un unique champignon peut ainsi s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, il concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. »

« Une cuillère à café [de terre] contient déjà à elle seule un kilomètre de filaments de champignons. »

Les chapitres qui parlent de la chute des feuilles en automne et de la façon dont les arbres se nourrissent sont fascinants, tout comme ceux qui abordent la couleur verte en forêt, résidu de lumière si apaisant lors d’une balade dans les bois. Même chose pour ce que l’on qualifie de « bon air de la forêt » et par ricochet, la façon dont les arbres « dorment » la nuit. La mobilité des arbres et les migrations d’espèces sont tout aussi étonnantes, justement parce que dans une vie d’homme, ces mouvements sont pratiquement imperceptibles.

L’homme cependant, n’y a pas toujours un rôle positif. La communication entre les plantes est souvent interrompue par l’humain, à cause de sa façon de traiter les cultures et les forêts, ses coupes intempestives et son utilisation de pesticides. Peut-être qu’en prenant conscience de toute la vie qui se joue dans les bois, l’humain comprendrait un peu mieux que l’arbre est une richesse qui ne sert pas qu’à sa simple exploitation.

« Je me demande parfois si on ne serait pas contraints de traiter les arbres et l’ensemble des végétaux avec plus d’égards s’il s’avérait sans contestation possible qu’ils partagent de nombreuses facultés avec les animaux. »

J’ai eu un immense coup de cœur pour cet ouvrage de Peter Wohlleben qui réussit à nous faire changer littéralement le regard que nous portons sur les arbres, la forêt et les ramifications invisibles qui unissent chaque individu et chaque espèce. Son livre nous offre un point de vue unique et inédit, tout en modifiant notre perception des arbres. Ce garde forestier, près de Cologne en Allemagne, est un vulgarisateur hors paire qui nous donne les clés d’un univers qu’on ne connaissait que trop peu.

« Un seul arbre peut ainsi s’étendre sur plusieurs hectares, parfois même dans certains cas extrêmes, sur beaucoup plus. La Fishlake National Forest, dans l’État nord-américain de l’Utah, héberge ainsi un faux tremble de plus de 40 000 troncs qui s’étend aujourd’hui sur environ 43 hectares pour un âge estimé à plusieurs milliers d’années. »

Désormais, chaque fois que je vais me promener dans les bois, mon regard sur les arbres change. Il est à l’affût des moindres détails afin d’espérer percevoir ne serait-ce qu’une miette de tout ce que j’ai pu apprendre dans cet ouvrage. En cela, le livre de Wohlleben est un incontournable pour tous ceux qui se soucient de la nature et qui aiment les arbres tout en souhaitant mieux les connaître. Je crois même que cet ouvrage pourrait agir comme un plaidoyer en faveur de la protection des arbres. Comment peut-on saccager une forêt en sachant tout ce qui s’y joue, dans l’ombre?

Votre façon de percevoir les arbres changera à jamais après avoir lu ce livre.

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, éditions Multimondes, 259 pages, 2017

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Expo habitat

expo habitat photoElle a douze ans et autant de cabanes sur la câliboire de calvasse de câlasse de câlique de caltor de ferme, qu’elle a pourtant aimée plus que tout, sur les lignes de trappe, dans les traversées sinueuses où elle apprenait à marcher dans le noir, à dompter les pas inquiets, à habiter l’indépassable campagne.

Pour Marie-Hélène Voyer, chaque lieu est une manière d’être, une manière de dire – ou de taire. À travers un pays que l’on ne construit qu’en vivant, elle propose une formidable cavale poétique tout en épivardages, élancements, voyagements, enfargements et effarouchements. La voix ruse, se densifie, se transforme et s’adapte ; glisse la langue de l’enfance. Sur le mode de l’oscillation apparaissent une ruralité québécoise fascinante et angoissante, une urbanité creuse et décevante, et, ultimement, une boréalité salutaire.

Premier recueil de poésie de l’auteure, ce livre nous amène dans un univers où les mots et les images s’entremêlent, racontant des moments de vie sur la ferme familiale, de villages, de routes, de villes, de territoires. Sorte de journal poétique, Expo habitat raconte une enfance, un présent et une vision du passé.

Cette belle lecture commence sur les racontages d’une enfance à la campagne où voltigent des souvenirs imagés de champs, d’animaux, d’équipements de ferme. Une poésie où l’humour est souvent au rendez-vous.

Tombée du fenil
tu te réveilles sur le ciment
sonnée le front léché
par une vache
et tu découvres
quelque chose
comme la tendresse.

L’Auteure montre une belle maîtrise du texte et des sujets et nous offre de beaux jeux de mots très forts en image. C’est une poésie joyeuse, qui fait du bien et qu’on prend plaisir à lire. Le recueil nous propose 5 thèmes différents: Ferme familiale; Bic, village; Route, autoroutes, boulevard; Villes banlieues; Territoires et échappées. Chaque thème est un univers en soi.

Le temps traîne de la patte
prend des détours
brette un peu
dans le pareil au même
des chemins de terre
c’est que toutes les routes
sont faites en croix.
Je ne sais pas pourquoi. 

J’ai adoré cette lecture, c’est une forme de poésie qui me touche particulièrement et que j’aime lire. Un texte très imagé me plaît beaucoup. Ici, on « voit » littéralement ce qu’elle décrit. Comme l’air de la campagne, ce premier recueil est très rafraîchissant. Il nous transporte dans différents moments de l’enfance, avec sa vision poétique des choses. La façon dont elle a perçu ce qui l’entourait quand elle était petite et à mesure qu’elle grandit. C’est à la fois coloré et très beau.

L’auteure aborde l’amour de la nature, de la campagne et de la vie rurale. Elle y parle autant de la période des foins sur la ferme, du travail à l’érablière que de la trappe. Écrit dans une langue qui nous est familière, pleine de souvenirs et très proche de nous,  c’est un recueil particulièrement plaisant à lire puisqu’on se sent interpellé par une langue qui nous ressemble.

Le texte m’a semblé plus vaste, plus oxygéné lorsqu’il aborde la campagne que lorsqu’il parle de la ville. Cependant, la campagne n’est jamais loin. Les mots de Marie-Hélène Voyer habitent l’espace et nous touchent.

Une auteure à lire et à découvrir. Un très beau moment de lecture pour moi.

Expo habitat, Marie-Hélène Voyer, éditions La Peuplade, 176 pages, 2018

Tout savoir en 5 minutes

tout savoir en 5 minutes

Inspiré des chroniques « En 5 minutes » du Journal de Montréal et du Journal de Québec, ce livre décortique plus de 220 sujets répartis sous 5 grandes catégories : nature et environnement, histoire, santé, science et technologie et sport. Illustré de superbes modélisations 3D et de nombreux graphiques, Tout savoir en 5 minutes rend tous les sujets accessibles tout en suscitant le plaisir d’apprendre.

De ce beau livre illustré, nous avons choisi d’en faire une lecture en duo, à haute voix. Un bon chocolat chaud et c’est parti pour quelques pages de découvertes! Alaska lisait les pages de gauche et Todd, les pages de droite. C’est une belle façon d’aborder ce livre qui s’inspire des chroniques « En 5 minutes » parues dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec.

Le livre est séparé en cinq grandes parties: la nature et l’environnement, l’histoire, la santé, la science et la technologie, les sports. Chacune d’entre elles présente plusieurs chroniques. Chacune fait une seule page (deux pour de rares exceptions), en couleur, imagée avec des illustrations, des croquis et des graphiques qui nous permettent de mieux saisir ce dont il est question.

Par exemple, la formation des vagues ou celle des volcans est plus simple à comprendre avec des images. Cette présentation permet sans doute de retenir plus facilement les informations qui sont présentées, puisque tout est très visuel. On apprend, entre autres, pourquoi les feuilles d’automne tombent, à qui appartient le Pôle Nord, pourquoi les ballerines seraient immunisées contre le vertige, comment fonctionne le déminage ou la façon dont sont fabriqués les skis alpin. De tout, pour tous les goûts!

C’est un livre qui nous a bien plu, parce qu’on y revenait chaque jour pour découvrir de nouvelles choses. On apprend toujours, même s’il s’agit d’informations condensées. C’est un modèle d’ouvrage qui nous plaît bien puisqu’on n’a pas toujours le temps d’élaborer tous les sujets, alors qu’il est intéressant d’avoir des connaissances générales dans plusieurs domaines et d’apprendre de nouvelles choses. Si c’est votre objectif, Tout savoir en 5 minutes est un livre qui y répond bien, un peu comme les collections « En 3 minutes » ou « En 30 secondes » qui existent déjà sur le marché. Ici, on a particulièrement aimé les sujets traités, le classement par thèmes et le fait que le livre soit visuellement très attractif.

La préface du livre est de David Saint-Jacques, astronaute de l’Agence spatiale canadienne et ce collectif d’auteurs est dirigé par Benjamin Bourque. L’ouvrage est conçu pour nous présenter un survol de plusieurs sujets, afin de  peaufiner nos connaissances générales. Libre à nous par la suite de creuser un peu plus ceux qui nous intéressent!

Tout savoir en 5 minutes, Collectif, sous la direction de Benjamin Bourque, Les éditions du Journal, 272 pages, 2018

Désert solitaire

désert solitairePeu de livres ont autant déchaîné les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il “changeait les vies” comme l’écrit Doug Peacock. À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là.

Il y a des livres dont on a envie de noter chaque passage tant le propos nous parle. Désert solitaire fait partie de ces livres-là. De ceux qui sont autant plaisants à lire qu’intelligents. Edward Abbey signe ici une sorte de plaidoyer en faveur de la nature, de l’écologie, d’une conservation des espaces naturels plus respectueuse de l’environnement et de ce qu’ils représentent.

Cet ouvrage est le récit des mois vécus par Abbey comme ranger dans un parc national. Le livre a été écrit en 1968 et c’est sans doute ce qui est le plus frappant. L’auteur est étonnamment lucide et clairvoyant sur la façon dont les gouvernements utilisent les espaces « préservés » pour en faire de vrais parcs  à touristes. Déjà à l’époque, il est conscient que son récit est sans doute une histoire de lieux qui n’existeront plus quand on lira ce livre. De lieux dénaturés par l’homme, qui envahit les parcs à bord de caravanes puant l’essence, campe n’importe où et goudronne tout ce qu’il peut pour éviter de marcher. L’essence même d’aller se perdre plusieurs jours en pleine nature, de randonner pour rejoindre un campement et devoir planifier son séjour pour ne manquer de rien est révolue. La nature sauvage, réelle, vraie n’est (presque) plus. Abbey prend conscience que les choses sont en route vers le changement. Que les ressources essentielles à l’âme de tout homme, la nature, ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir.

 » Peuple de plus en plus païen et hédoniste (Dieu merci!), nous comprenons enfin que les forêts et les montagnes et les canyons désertiques sont plus sacrés que nos églises. Comportons-nous donc en conséquence. »

Malgré la tristesse du propos d’Edward Abbey, le livre fait beaucoup plus réfléchir qu’il n’est larmoyant. C’est essentiellement à cause de la façon dont l’auteur raconte. Pince-sans-rire, direct, Abbey amène son propos en utilisant un humour noir particulier qui m’a beaucoup parlé. C’est ce qui fait la grande force de ce livre: Abbey ne mâche pas ses mots, autant à l’égard des gouvernements que de ses semblables. Mais il ne se prend pas non plus au sérieux et parle avec une grande sincérité de tous les sujets qu’il aborde.

 » Il y aura toujours une minorité téméraire qui voudra partir à l’aventure par ses propres moyens, et aucun obstacle ne devrait lui être opposé; qu’ils prennent des risques, bon sang, qu’ils se perdent, qu’ils se brûlent sous le soleil, qu’ils s’échouent, qu’ils se noient, qu’ils se fasse dévorer par les ours, ensevelir par les avalanches – c’est le droit et le privilège le plus strict de tout Américain libre. »

Désert solitaire nous fait découvrir l’Utah et le parc national des Arches. À travers sont récit, Abbey nous amène voir une terre hostile, assoiffée, difficile, mais incroyablement belle. Il nous parle de la faune, de la flore, apporte toutes sortes d’anecdotes intéressantes, amusantes, particulières.

« La joie est-elle un atout dans la lutte pour la survie darwinienne? Quelque chose me dit que oui; quelque chose me dit que les êtres moroses et craintifs sont voués à l’extinction. Là où il n’y a pas de joie il ne peut y avoir de courage; et sans courage toutes les autres vertus sont vaines. »

Il nous guide en randonnée un peu partout, parle de son travail de ranger, des gens qu’il rencontre, de ses amis avec qui il partage une si belle nature, des drames qui se jouent parfois dans le désert, de l’eau et de la soif qui deviennent presque une fixation par moments, des animaux, de l’écologie, de la culture, de la solitude, de la civilisation, du sort des indiens Navajo, de l’industrialisation, de l’histoire, et de ces lieux qui l’ont transformé et qu’il aime tant.

 » C’est le plus bel endroit au monde. Des endroits comme ça, il en existe beaucoup. Tout homme, toute femme, a dans son cœur et dans son esprit l’image de l’endroit idéal, de l’endroit juste, de l’authentique chez-soi, connu ou inconnu, réel ou imaginé. Pour moi, ce sera Moab, Utah. »

Ce livre est un hommage au désert, mais surtout, un hommage à la nature elle-même qu’il est urgent de sauver, de protéger de l’homme et de tous ceux qui veulent faire de ces lieux encore un peu sauvages, des attractions touristiques. Ici, la nature est perçue comme arme de résistance.

Un récit essentiel, que les amoureux de la nature devraient lire. Abbey soulève des questions importantes qui sont encore d’actualité, même si le livre a été écrit il y a cinquante ans.

C’est l’auteur Doug Peacock (Mes années grizzlis, Une guerre dans la tête) qui signe la préface du livre. Il dit:

« À l’évidence, Désert solitaire se distingue de la plupart des livres « de nature ». Il prône la désobéissance civile et pousse le lecteur à agir, voire à changer radicalement de vie. »

C’est aussi pour cette raison que ce livre est un incontournable.

Désert solitaire, Edward Abbey, éditions Gallmeister, 352 pages, 2018

L’Isle aux abeilles noires

isle aux abeilles noiresPendant la Seconde Guerre mondiale, trois familles d’origines et d’horizons différents s’exilent sur l’Isle aux abeilles noires, petite île perdue dans l’archipel des Hébrides, dont les falaises enveloppées de brouillard vibrent de la vie de millions d’abeilles et de centaines d’espèces d’oiseaux de mer. Ces lignées — française, danoise et grecque — y verront naître des enfants, porteurs d’une vision du monde hors du commun et dont les vies deviendront intimement liées. Parmi tous ces êtres à la créativité foisonnante et visionnaire, portés par leurs passions, un apiculteur, un souffleur de verre, une ondiste, une parfumeuse, une danseuse et un enfant magicien nous entraînent dans l’éblouissement de l’imagination, de l’amour, aux confins de la folie et de la mort.

L’Isle aux abeilles noires est ma première rencontre avec la plume d’Andrée Christensen et quelle rencontre! Ce roman, très atypique, raconte l’histoire de trois familles arrivées sur l’île. Un endroit rempli de mythes, une île pleine de mystères. Dans ces lieux si particuliers, chaque famille et chaque enfant y fera rayonner son métier.

Les enfants nés sur l’île ont tous un lien important, avec des dons propres à chacun qui sont hors du commun. Il y a un beau message d’amour et sur ce lien particulier qui lie les gens nés sur l’île. Leurs dons singuliers donnent l’impression que l’île est pour beaucoup dans ce cadeau qu’ils ont reçu. Ils ont tous un talent différent qui les amène à avoir besoin des uns des autres pour se compléter.

Il y a plusieurs personnages, ils sont tous importants et on s’attache énormément à eux. L’auteure réussit à nous captiver par rapport à ce qu’ils vivent. Vers la fin du livre, ce sont les personnages en lien avec l’apiculture qui prennent le dessus, puisque les abeilles sont intimement liées à leur histoire.

« Quand Helios parle à sa fille, il a des abeilles dans les yeux et les mots coulent de sa bouche comme du miel. »

C’est une lecture facile et agréable, mais aussi très riche par son contenu. Certaines portions du livre sont plus poétiques, théâtrales, fantaisiste et il y a un certain mystère. J’ai eu l’impression, pendant ma lecture, que l’auteure avait voulu mettre en avant l’histoire des abeilles, pas seulement dans l’histoire mais aussi dans la construction du livre. Les chapitres très courts et les différentes parties me rappelaient un peu l’image de la vie d’une ruche, ses nombreux individus et les alvéoles de la ruche.

« Quand il vient vers ses ruches, Helios entre dans le temps des abeilles avec révérence, respect et reconnaissance. En leur présence, sa respiration ralentit naturellement, ses sens s’aiguisent, son cœur se dilate et bat au rythme de la ruche. »

La musique prend une place considérable dans le roman, pour chaque personnage. L’art en général est très présent, que ce soit à travers la danse, la création, les projets artistiques. On suit les membres des différentes familles sur plusieurs années, leurs joies, leurs drames, de grandes déchirures, la détresse, mais toujours, l’art et la nature.

Une nature omniprésente par ses lacs, sa mer, les oiseaux, les abeilles qui sont très marquantes dans l’histoire et dans la construction du roman. La famille d’apiculteur se détache des autres, ils deviennent des éléments principaux du roman, en pleine lumière. Les mythes associés à la nature se retrouvent dans le livre. La violence de la mer par exemple est accueillie en musique, pour amadouer la colère des vagues. Il y a vraiment de très beaux passages dans ce roman.

Je dois dire que j’ai pris du temps pour lire ce livre. Pas parce qu’il est ennuyant, au contraire, mais plutôt parce que c’est un livre foisonnant qui mérite qu’on s’y attarde. C’est une histoire qui est vraiment très agréable à lire, que je retrouvais chaque soir avec un grand plaisir. Un roman que je conseille énormément. C’est un livre qui plaira à plusieurs, que vous soyez attirés par l’histoire, la poésie, les récits familiaux ou l’art. Globalement, c’est un roman qui peut rejoindre beaucoup de lecteurs tant les thèmes abordés sont variés. L’écriture est vraiment très belle, poétique et magnifique.

Le roman est très riche, captivant à lire. Il inclut plusieurs petits poèmes dans le texte, au fil du récit. Il contient aussi beaucoup de références artistiques et musicales. Quand un des personnages joue du violoncelle par exemple, on retrouve les références de ses performances. Des notes en bas de page sont un ajout intéressant pour découvrir des pièces musicales et la source d’inspiration de l’auteure pour son roman.

Sur le site d’Andrée Christensen, on retrouve des projets complémentaires au roman: œuvres d’art, journal d’écriture, musique en fond sonore, etc. C’est très intéressant de pouvoir compléter la lecture du livre avec les autres projets autour de L’Isle aux abeilles noires.

Un roman coup de cœur que je vous conseille fortement, une merveilleuse découverte!

L’Isle aux abeilles noires, Andrée Christensen, éditions David, 356 pages, 2018