Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

minuit douze histoires d'amour a noelLa neige, les fêtes, les longues soirées d’hiver… C’est le moment de tomber amoureux! Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado.

J’ai lu cette anthologie présentée par Stephanie Perkins pendant les vacances de Noël, à raison d’une histoire (parfois deux) par jour. J’ai adoré cette façon de découvrir ce livre puisqu’elle permet de mieux savourer chaque histoire. Les auteurs regroupés dans cette anthologie sont d’ailleurs des auteurs pour la jeunesse reconnus. C’est agréable de les retrouver dans une toute autre forme, celle de longues nouvelles.

Chaque histoire du recueil Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, raconte effectivement une histoire d’amour. Sauf que chacune est bien différente et ne parle pas uniquement d’amour. Plusieurs sujets importants sont abordés, comme l’amitié, la famille, les choix, la pauvreté. Certaines histoires nous plongent aussi dans une ambiance plus fantastique alors que d’autres sont plus réalistes. Elles ont cependant toutes un brin de magie, pour une lecture propice à Noël ou à la saison hivernale.

« Il y a deux sortent d’enfants. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Chaque année, il semble que le nombre de ceux qui croient diminue encore. Papa dit qu’il n’est pas facile de demander à un enfant de croire en quelque chose qu’il ne peut pas voir; il dit que c’est bien ça qui le rend magique. Il dit que si l’on possède cette magie, il faut toujours la protéger et ne jamais la laisser disparaître parce que, une fois disparue, elle ne reviendra plus jamais. »

J’ai envie de vous proposer un petit tour rapide des différentes histoires qui composent l’anthologie. Vous verrez qu’on y retrouve de très bons auteurs pour la jeunesse!

Trois, deux, un (Rainbow Rowell)
J’adore Rainbow Rowell et la retrouver ici était un vrai plaisir. Cette histoire est à l’image de ses romans habituels. Une belle histoire d’amitié/amour qui trouve son dénouement la veille du Nouvel An. C’est une belle histoire sur le changement, les traditions, le plaisir d’être bien à deux et… les allergies!

La dame et le renard (Kelly Link)
Cette histoire puise dans le fantastique et c’est son atmosphère quelque peu intemporelle qui fait tout le charme de ce texte. Une histoire d’amour à travers le temps et une veste particulière avec une broderie de renard, recousue par des doigts de fée, vont changer le cours des choses.

Des anges dans la neige (Matt de la Peña)
L’histoire d’une rencontre particulière, un soir de tempête, entre deux étudiants qui semblent n’avoir rien en commun. C’est aussi une histoire de tuyaux gelés, de bouffe, de musique et de quelques mensonges. J’ai aimé cette histoire parce qu’elle aborde la pauvreté et le fait de se sentir comme un imposteur quand on se sent un peu à part des autres ou issu d’un milieu différent.

Sapin de solstice (Stephanie Perkins)
Cette histoire me plaît particulièrement pour plusieurs raisons. Elle met en scène un garçon dont la famille est propriétaire d’une exploitation de sapin de Noël, et une fille qui rêve de travailler pour un studio d’animation et est en quête de la voix parfaite pour son projet. C’est une histoire de sapin qui sera le prétexte à leur rencontre. Une histoire sensible et touchante sur la solitude et la famille qui doit se reconstruire.

Polaris, c’est là que tu me trouveras (Jenny Han)
L’auteure du populaire roman À tous les garçons que j’ai aimés (adapté par Netflix) présente ici une histoire fantastique sur une jeune fille adoptée par le père Noël et amoureuse d’un elfe. C’est un conte original sur la magie de Noël, mais aussi sur les amours qui ne sont pas partagées, avec un soupçon de magie et d’espoir.

Ton père Noël pour une nuit (David Levithan)
L’excellent David Levithan revient ici avec une histoire de Noël amusante et touchante. Connor, en grand frère dévoué, demande à son petit ami de se déguiser en père Noël pour surprendre sa petite sœur Riley. Il accepte de jouer le jeu. Une histoire sur les blessures familiales et les nouvelles amours. On retrouve ici l’univers bien connu de l’auteur, entre le rire et les larmes.

Krampuslauf (Holly Black)
Une fête de Noël où c’est plutôt Krampus que l’on célèbre, une créature munie de cornes, présent pour punir les enfants qui ne sont pas sages. Des adolescents décident d’organiser une fête pour régler certains comptes. L’arrivée d’invités particuliers bouleverse les choses. Krampuslauf, c’est une histoire d’amour et de tromperie, de clans différents dont certains proviennent des beaux quartiers de la ville et d’autres, des coins mal famés. Le tout avec une petite touche fantastique!

Bon sang, Sophie Roth, qu’est-ce qui t’a pris? (Gayle Forman)
Sophie n’arrive pas à s’adapter dans sa nouvelle université de Trou-perdu. C’est une remarque sur Les Simpson qui lui fait rencontrer Russell avec qui elle a beaucoup d’affinités, mais qui lui fera voir certaines choses qu’elle n’envisageait pas et l’aidera à déconstruire plusieurs de ses préjugés. Une belle histoire sur les différences et sur ce qui est imparfait.

Seaux de bière et petit Jésus (Myra McEntire)
Cette nouvelle est bien intéressante à plusieurs niveaux. Elle commence alors que Vaughn a mit le feu à l’église, rien de moins. Juste à temps pour Noël et pour la représentation de la crèche vivante. Comme il veut absolument quitter cette ville pour aller à la fac, il opte pour la seule option possible offerte par le juge: faire des heures de travaux communautaires pour l’église. C’est une histoire pleine d’humour et un comparatif entre ce que l’on considère comme « bien » et « mal », doublé d’une jolie histoire d’amour.

Bienvenue à Christmas, Californie (Kiersten White)
Christmas en Californie, un bled perdu au milieu de nulle part où Maria travaille comme serveuse dans un café au thème très inspiré de Noël. Son unique but dans la vie: partir très loin de Christmas. L’arrivée d’un nouveau cuisinier va changer certaines choses dans sa vie. Cette nouvelle est intéressante parce qu’elle aborde l’héritage familial et l’incompréhension au sein d’une famille dont le dialogue fait cruellement défaut. L’histoire est bien jolie. Et donne envie de plats réconfortants sortis de nos meilleurs souvenirs.

L’étoile de Bethlehem (Ally Carter)
Lydia est à l’aéroport quand elle fait la connaissance de Hulda qui souhaite faire changer son billet. Comme c’est impossible, elle lui propose alors de changer de place, du moins pour la période des Fêtes. L’embarquement est immédiat, elles n’ont pas de temps de faire une mise au point. Lydia se retrouve donc à prendre la place de Hulda, en route pour Bethlehem, un coin perdu au milieu de nulle part en Oklahoma…
Une histoire agréable, mais un peu précipitée, qui m’a quand même plu. Elle parle de la famille et du choix de faire de sa vie ce que l’on a envie.

Le réveil du rêveur (Laini Taylor)
Je suis un peu mitigée quant à la place de cette histoire dans ce recueil. Je trouve qu’elle parle d’un monde très loin de ce à quoi nous nous attendons avec un livre festif axé sur des histoires amoureuses qui trouvent leur dénouement pendant la période de Noël. C’est une histoire qui se rapproche plus d’une ambiance à la Servante écarlate, avec un monde restrictif régit par de drôles de règles, que d’une histoire de Noël. Dans le contexte du livre, c’est celle qui m’a le moins plu.

Toutes les nouvelles abordent, malgré leur apparente légèreté, des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. C’est ce qui m’a plu dans ces histoires, qui peuvent convenir autant aux ados qu’aux adultes. Ces derniers aurons sans doute un recul différent, mais n’en auront pas moins de plaisir à les découvrir. L’humour est régulièrement présent et la petite touche de fantastique de certaines histoire amène juste ce qu’il faut de magie à ce recueil.

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël est une anthologie que j’ai adoré, si l’on excepte la dernière histoire, qui détonne un peu dans l’esprit du recueil. Elle n’est pas très festive ni très romantique, en plus de ne pas avoir réellement d’atmosphère de Noël. Autrement, je vous suggère fortement ce recueil, les onze autres histoires en valent vraiment la peine. Elles sont parfaites pour se plonger dans l’ambiance des Fêtes et présentent un contexte à la fois magique (la magie étant aussi dans de petits gestes du quotidien) et romantique. Un livre que je relirais bien Noël prochain!

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, Collectif, éditions Gallimard Jeunesse, 485 pages, 2015

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Flocons d’amour

flocons d'amourUne terrible tempête, un train bloqué dans la neige. Gracetown : tous les voyageurs descendent ! Gracetown, bourgade perdue au milieu de nulle part… Pourtant Jed, Jubilé, et les autres vont y vivre le réveillon le plus insolite de leur vie. Dans un café bondé de pom-pom girls ou au détour d’une route enneigée, les rencontres inattendues se multiplient. Les couples se font, se défont et se refondent…

J’ai lu ce roman pour la première fois il y a quelques années déjà et je l’ai tout de suite adopté. C’est devenu mon roman de Noël préféré que je relis chaque année ou presque. Je me garde un moment dans les préparatifs des Fêtes pour le relire, avec un bon thé ou un chocolat chaud. Je sais à l’avance que lorsque je me replongerai dedans, j’y retrouverai une atmosphère enneigée, une envie irrésistible de manger des gaufres et boire des cafés de Noël et que je m’amuserai beaucoup. J’aime énormément ce roman pour le plaisir de lecture qu’il m’apporte chaque année et pour son ambiance festive et rigolote.

Alors, qu’est-ce qui me plaît tant dans ce roman? Flocons d’amour est écrit par trois auteurs reconnus pour la jeunesse: John Green, Lauren Myracle et Maureen Johnson. Le roman est séparé en trois parties, qui mettent l’emphase sur certains personnages. L’univers est le même pour toutes les histoires et partent du même événement majeur, soit une immense tempête de neige qui bloque tout et qui a occasionné un accident de train. Les personnages se croisent et se recroisent dans chacune des histoires et chaque événement a des répercussions que l’on retrouve aussi dans les autres partie. La construction est fluide et vraiment intéressante de ce côté-là.

Chaque histoire offre une ambiance de Noël enneigée, remplie de toutes ces petites choses qui font les souvenirs les plus plaisants du temps des Fêtes. Chaque histoire est aussi une histoire d’amour, mais pas une romance classique au sens où on l’entend. C’est plutôt une histoire d’amour mignonne, née de plusieurs événements et petites difficultés.

L’aspect le plus fort de ce roman à trois voix est pour moi l’humour qui est très présent dans les trois histoires. Il y a plein de moments rocambolesques et impossibles qui sont vraiment drôles: ce restaurant rempli de pom-pom girls qui s’appellent toutes Amber et Madison; les parents en prison pour avoir fait partie d’une émeute pour se procurer des maisonnettes d’un village de Noël (!), la course pour un jeu Twister dans une tempête de neige impossible; JP en habit de neige en pilou (qui heureusement pour ses parents n’est pas mort attifé de cette façon); un p’tit cochon nommé Gabriel dans une tasse du Starbucks; Monsieur Alu… et j’en passe! Chaque fois ces passages me font sourire, quand je ne ris pas franchement. Les dialogues sont rigolos, les personnages très attachants. J’aime particulièrement Stuart, Le Duc et Jeb, mais tous les autres ont un petit quelque chose d’intéressant.

Le roman contient ces trois histoires, qui n’en forment finalement qu’une seule:

  • Le Jubilé Express (Maureen Johnson)
  • Un miracle de Noël à pompons (John Green)
  • Le Saint patron des cochons (Lauren Myracle)

Le ton est léger, tout en abordant des thématiques plus importantes: l’amitié, la générosité, l’égocentrisme, les relations amoureuses, l’identité de genre, la différence, la famille. L’humour de ces auteurs fonctionne parfaitement avec moi. Plusieurs phrases sont devenues des moments clés de ma relecture annuelle qui me font chaque fois bien rire. J’aime aussi cette forme de tendresse qu’ont les auteurs envers leurs personnages qui, même s’ils vivent des choses difficiles, n’en sont pas moins humains (et touchants). C’est parfait en cette période de l’année.

J’ai suggéré plusieurs fois ce titre à des amies qui ont un sens de l’humour semblable au mien et chaque fois, ça a bien fonctionné. Cette histoire les a fait rire et passer un excellent moment de lecture pendant le temps des Fêtes.

Le seul bémol que j’ai en rapport à ce livre, c’est son titre en français! Sérieusement… on aurait pu faire mieux sur ce coup-là! Le titre anglais, Let it snow, est beaucoup plus parlant (petit clin d’œil à ce titre sur ma photo). Au moins, la nouvelle édition française a laissé de côté sa couverture avec un cœur pour une couverture plus représentative de l’esprit du livre: des flocons de neige!

On peut se réjouir aussi de savoir que les droits cinématographiques de ce livre ont été repris par Netflix après avoir traîné un bon moment dans les tiroirs d’Universal. Le tournage devrait commencer en janvier 2019! Inutile de vous dire que j’ai très très très hâte!

En attendant, vous pouvez découvrir le livre, qui vous fera assurément passer un excellent moment!

Flocons d’amour, John Green, Maureen Johnson, Lauren Myracle, éditions Hachette, 345 pages, 2010

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles

manuel de survie a l'usage des jeunes fillesQue font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ? Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur. Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles porte assez bien son titre. Je le vois comme faisant référence aux recherches de Sal sur la survie en forêt, tout comme à un guide pour ces filles totalement dépourvues de stabilité dans leur vie et qui se retrouvent seules, en pleine nature.

Avant de commencer ce roman, j’avais un très bon pressentiment, j’étais assez certaine qu’il me plairait et je n’ai pas été déçue. C’est un très beau roman, même s’il raconte beaucoup de drames humains. Le livre a un côté lumineux, à cause de la présence d’une nature si belle et si vaste, par la forêt, par le personnage assez singulier de Peppa, la petite sœur drôle, extravertie, qui fait souvent trop de bruit et raconte tout à n’importe qui.

Le roman commence alors que les deux jeunes filles s’apprêtent à quitter la maison pour sans doute la plus grande aventure de leur vie. Renoncer à ce qu’on connaît pour aller se perdre dans les bois en espérant revivre et apaiser un nombre incalculable de souffrances, c’est quelque chose de difficile pour de si jeunes filles. Pourtant, elles s’en sortent assez bien vu les circonstances. Dans le livre, la nature m’apparaît comme un baume, un remède pour aller mieux, pour apprendre à revivre.

Si Peppa est un personnage plein de vie qui a une grande présence dans le livre, Sal est sans doute mon personnage préférée. C’est elle qui nous raconte son histoire. Elle ne réussit pas bien à l’école, encaisse des choses abominables pour une si jeune adolescente et elle prend soin à la fois de sa mère, complètement abrutie par l’alcool et de sa sœur. Elle fait face à tout avec un sérieux et une maturité déroutante.

« Survivre se résume en grande partie à prévoir, prendre le temps de réfléchir, prévoir, essayer de voir ce qui peut mal tourner et imaginer ce qui se passera si les choses changent. »

Elle connaît sur le bout des doigts des sujets pointus pour lesquels elle a un grand intérêt alors qu’elle a du mal à intégrer des notions d’apprentissage comme la lecture ou les matières enseignées à l’école. Elle peut apprendre à chasser le lapin à l’aide d’une vidéo sur Youtube ou construire un abri en consultant Internet. Elle a acheté en ligne (en piquant des cartes de crédit volées) du matériel de camping. Sa fuite est préparée dans les moindres détails. En mode défense, elle est redoutable. Elle apprend vite, connaît des tas de choses (mais qui ne font pas partie de ce que l’on doit connaître pour exceller en classe), elle peut survivre avec presque rien tout en s’occupant de sa sœur et en faisant passer leur expédition pour un « jeu ». Elle nous raconte son histoire, celle de sa famille, de ce qu’elle vivait à la maison. Puis vient la révélation, la raison pour laquelle elle est partie.

Il y a de fabuleux passages sur la vie en plein air, la création d’un abri, la chasse, la pêche, l’inventivité de Sal pour créer à elle et sa petite sœur, un lieu de vie en plein air qui soit chaud et confortable. Vivre dehors pour les sœurs, est presque moins difficile que de vivre à la maison. C’est une forme de liberté qui fait du bien, même si la menace de se faire prendre plane toujours au-dessus d’elles. À la maison, c’était la menace continuelle d’une visite des services sociaux. En pleine nature, c’est de se faire intercepter par les autorités et devoir rentrer à la maison pour affronter ce qu’elles y ont laissé… Beaucoup de problèmes.

Cette histoire est une bonne surprise car elle s’avère beaucoup plus riche que je ne l’aurais cru. Plusieurs personnages croisent la route de Sal et Peppa, mais le roman tourne essentiellement autour des filles, d’Ingrid qui représente une partie de l’histoire à elle seule avec sa vie si particulière, triste et captivante, ainsi que la mère des filles qui a un grand besoin d’aide. Quelques autres personnages apparaissent, mais le roman est essentiellement un livre sur la force et la faiblesse des femmes. À leur capacité de faire face à tout ou de s’effondrer quand ce n’est plus possible. Sal et Ingrid sont sans doute les femmes les plus intéressantes du roman, avec leur façon de voir les choses et la force qui les anime. Il y a en elles quelque chose d’aussi grand et d’aussi vaste que la nature.

Un roman à découvrir, assurément!

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson, éditions Métailié, 246 pages, 2018

Anna Caritas tome 1: Le sacrilège

Anna CaritasLe retour de Marianne Roberts au prestigieux collège Anna Caritas semble avoir enclenché une série d’événements bizarres dans la petite ville de St-Hector. William Walker n’a jamais cru à ce genre de phénomène. Pourtant, lorsque ses amis et lui décident d’interroger l’au-delà, ils réveillent quelque chose d’étrange dans la maison de Sabrina et, bientôt, cette force surnaturelle semble s’attaquer à eux sans répit. Forcé d’admettre son impuissance face à l’ennemi invisible, William, accompagné de ses fidèles complices, Anthony et Gabrielle, n’aura pas d’autre choix que de se tourner vers celle qu’il essayait d’éviter à tout prix: Marianne.

À l’approche de l’Halloween, je voyais ce livre un peu partout sur les réseaux sociaux. L’horreur pour la jeunesse est assez rare, j’étais curieuse de voir ce qu’un auteur comme Patrick Isabelle en avait fait et j’ai donc eu envie de lire ce roman pour m’en faire une petite idée.

Anna Caritas c’est le pensionnat privé de la ville. Un pensionnat très cher, reconnu à travers le pays pour la qualité de son instruction. Un pensionnat d’élite qui accueille quand même les locaux à moindre coût pour les accommoder. Ce qui crée certaines tensions parmi les jeunes.

L’auteur a créé une petite ville, St-Hector, avec une carte en début de volume, des personnages variés, son pensionnat privé et plusieurs détails assez intéressants. Will est le narrateur et il nous parle de la ville, très conservatrice, de son histoire et surtout de Marianne Roberts.

« L’été, autour des feux de camp, c’est l’histoire du meurtre des Roberts qu’on se raconte pour se foutre la trouille. Le soir de l’Halloween, la police locale doit même patrouiller devant l’ancien manoir abandonné pour repousser les jeunes un peu trop aventureux. En deux ans, Marianne est devenue un mystère, certains allant jusqu’à dire que c’est elle qui a assassiné son père et sa belle-mère de sang-froid. »

L’atmosphère est mise en place rapidement. Will et ses amis, un soir, décident de jouer avec une vieille planche de Ouija. C’est à partir de ce moment-là que les choses dégénèrent pour eux. Sans trop raconter l’histoire, on peut dire que leur séance a libéré quelque chose de beaucoup plus puissant qu’eux et de très effrayant. Le groupe commence alors peu à peu à se diviser, à se disloquer, à se quereller et à subir des choses épouvantables.

J’ai aimé beaucoup de choses de ce roman, qui se lit d’ailleurs tout seul, mais il y a certains aspects qui m’ont un peu moins plu. Tout d’abord, on embarque rapidement dans l’histoire que Will nous raconte. La petite ville intrigue, le mystère Marianne Roberts aussi et on veut rapidement en savoir plus. La séance de Ouija est efficace pour instiller l’horreur avec des peurs et une curiosité un peu malsaine pour les esprits qu’on a souvent à l’adolescence. J’ai eu quelques souvenirs de frissons vécus également avec une planche de Ouija à l’adolescence.

« L’imagination prend souvent des airs de réalité et s’immisce dans les souvenirs. »

Entre le moment où les jeunes font une séance avec la planche de jeu et l’arrivée de Marianne Roberts, il y a un moment de flottement que j’ai trouvé un peu long. Ce qui m’a dérangée aussi c’est la faiblesse des personnages. Même si on sait plein de choses sur leur statut familial et social, je les ai trouvé un peu fades. Ils ne sont pas vraiment attachants et commencent à avoir de la substance alors que le livre est plus avancé. Il manque définitivement un petit quelque chose de plus que l’histoire d’horreur pour me plaire totalement. J’aurais aimé des personnages plus consistants.

Même si l’auteur joue avec un domaine immatériel – les esprits, la possession – il y a certaines choses qui m’ont donné l’impression de rester dans le flou. Peut-être que le tome deux donnera la réponse à certains événements? Car oui, un tome deux vient de paraître. Je pense que je le lirai mais pas tout de suite.

La fin nous laisse sur un bon suspense. On a envie d’en lire encore. De ce côté, l’horreur est bien menée parce que c’est essentiellement à cause de cet aspect de l’histoire que je veux lire le tome 2. Dans la dernière partie du livre, les personnages s’améliorent, ils m’ont beaucoup plus intéressée parce que leur dynamique est moins lisse et qu’elle change. L’arrivée de Marianne Roberts y est pour beaucoup!

Le roman s’adresse à des adolescents et il met en scène des jeunes de secondaire 2. Par contre, même si le texte s’adresse clairement aux ados, avec tous les codes du genre, j’ai eu une impression constante de personnages beaucoup plus vieux à la lecture.

Malgré quelques bémols, l’horreur dans Anna Caritas est bien amené et l’histoire est plutôt réussie. J’ai aussi apprécié la mise en page du roman, où chaque titre de chapitre est un mot en latin et un symbole. Les deux contribuent à donner une ambiance inquiétante au livre. Je salue la parution d’un roman du genre pour les jeunes car ils se font rares. Le roman est efficace même si je trouve les personnages moins intéressants que dans d’autres livres pour la jeunesse. Une lecture assez agréable quand même.

Anna Caritas tome 1: Le Sacrilège, Patrick Isabelle, éditions Les Malins, 325 pages, 2018

L’insaisissable logique de ma vie

l'insaisissable logique de ma vieSal mène une vie paisible et sans histoires, dans une famille moitié mexicaine, moitié américaine. Mais tout bascule le jour de sa rentrée en terminale. Pour défendre l’honneur de son père adoptif, il sort les poings et frappe. Surprise, colère, satisfaction, culpabilité se bousculent dans la tête du jeune homme, qui se met à douter de tout, même de sa propre identité. Alors, avec l’aide de Sam, sa meilleure amie, et de son père, Sal va tenter de comprendre l’insaisissable logique de sa vie.

Ce que j’ai pu aimer ce roman! Il m’a fait vivre toute une gamme d’émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été émue, j’ai souri et le livre m’a fait réfléchir. En tournant la dernière page, je me suis rappelée pourquoi j’avais tant aimé Aristote et Dante du même auteur et pourquoi, Benjamin Alire Sáenz est sans doute l’un des auteurs pour la jeunesse qui me parle le plus.

Son talent est définitivement d’aborder des sujets graves – les thématiques LGBT, le deuil, les ruptures, l’amour et ses sentiments si forts, la drogue, l’alcool, la mort, l’adoption, la recherche de soi-même – tout en écrivant un roman qui est aussi réconfortant. Qui fait du bien. Qui agit un peu comme un baume. Parce que la vie, c’est tout ça à la fois. Du beau, du plus difficile, des gens qui en valent la peine et des moments qui sont de vrais instants de bonheur. C’est ce que j’aime chez cet écrivain. Il montre que la vie, même la plus dure, peut avoir des moments de pure lumière. Il met en scène des adolescents pas comme les autres, parle énormément des mots, de leur pouvoir, des langues et ses personnages sont intéressants. La dualité entre la culture blanche américaine et la culture mexicaine est souvent abordée dans ses livres. L’auteur aborde les thèmes reliés à l’identité. Il écrit des romans jeunesse intelligents et sensibles.

L’insaisissable logique de ma vie parle d’un jeune homme de dix-sept ans qui a été adopté tout petit, Salvadore. Appelé aussi Sal, Sally (qu’il déteste!) et Salvie, selon les gens qui s’adressent à lui. Il vit avec son père, Vicente, qui l’a adopté bébé. Sal mène une vie plutôt tranquille avec son père. Il a une meilleure amie, Sam, une grand-mère qu’il adore et une famille mexicaine géniale qui aime faire des repas en famille et manger. Ils m’ont d’ailleurs donné faim avec leurs tacos et leurs tortillas (j’aime la cuisine mexicaine!)

Les choses se mettent à débouler dans sa vie quand quelqu’un insulte son père à l’école et que Sal décide de se battre, ce qui lui arrive ensuite de plus en plus souvent. Il reçoit aussi une étrange lettre qui lui fait remettre en question beaucoup de choses…

« Je savais pourquoi les gens avaient peur de l’avenir. Parce que l’avenir ne ressemblerait pas au passé. C’était effrayant. »

Ce roman se lit presque d’une traite. Les chapitres sont courts, il se passe beaucoup de choses dans la vie de Sal que lui-même ne comprend pas. Comme dans Aristote et Dante, le roman raconte la recherche et la compréhension de soi-même. Dans le cas de Sal, enfant blanc, adopté, vivant dans une famille mexicaine, beaucoup de questions surgissent alors qu’il ne comprend plus son comportement, ses excès de colère et qu’il se demande s’il n’est pas en train de devenir comme son père biologique qu’il ne connaît pas.

Entre ce que lui-même vit, ce que son père et son copain Marcos vivent et ce que ses amis, Sam et Fito doivent traverser, Sal apprend à grandir et à se comprendre. Il cherche un sens à sa vie et cherche surtout à en comprendre la logique.

« Y a-t-il jamais un bon moment pour quoi que ce soit? Vivre est un art, pas une science. »

Le roman m’a plu parce qu’en plus de l’histoire, il y a de beaux personnages et de beaux moments dans ce livre. Les mots sont importants et entre Sal et Sam, les mots ont une grande histoire. Une histoire d’amour. Parce que les mots sont puissants. Les jeunes s’envoient chaque jour un « MDJ » (Mot Du Jour) afin de partager leurs émotions et ce qu’ils vivent.

« Les mots n’existent qu’en théorie. Et un jour, on tombe nez à nez avec un mot pour de vrai. Et alors, ce mot devient une personne que l’on connaît. Ce mot devient une personne que l’on déteste. Et on emporte ce mot avec soi, où qu’on aille. Et on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. »

Il y a également de belles choses dans la famille que deviendront Sal et son père. S’ils vivent à deux au départ, plusieurs autres personnages vont se greffer à leur univers au fil du temps et j’ai trouvé que c’était amené avec une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Pour couronner le tout, un petit plus bien personnel, parce que moi ça me plaît toujours beaucoup: le livre se déroule pendant la période de l’automne à l’hiver et nous vivons avec les personnages toutes les Fêtes, de l’Halloween à Thanksgiving, en passant par Noël.

J’ai eu un gros coup de cœur pour cette histoire qui parle d’homoparentalité, d’amitié, de deuil et aussi d’amour (mais pas l’amour auquel on pense en premier). C’est un roman bien écrit, dans lequel on plonge avec plaisir. Difficile de ne pas être sensible à l’univers de Sal, Sam et Fito. Et que dire de Vicente, un père exceptionnel! Pas parfait, mais à l’écoute, intelligent et incroyable. On l’aime tout de suite! Un très beau personnage, vraiment!

L’univers de Sal est remplie de sensibilité. Il aime les étoiles, fait de la course à pied pour aller mieux et apprécie la force et la sonorité des mots. Je me suis retrouvée dans ces détails qui rendent l’histoire tellement plus dense et intéressante.

Un roman coup de cœur, tout comme l’a été Aristote et Dante. Il y a quelque chose dans les livres de Benjamin Alire Sáenz qui fait du bien. Beaucoup de bien. On a envie d’y rester un peu plus longtemps. Ça m’avait fait la même chose avec son premier roman. Si vous ne connaissez pas cet auteur, foncez! Ses livres valent vraiment la peine d’être lus!

L’insaisissable logique de ma vie, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 505 pages, 2018