Stranger Things Runaway Max

Qui est Max Mayfield? – Quand on s’est installés à Hawkins, j’étais convaincue que c’était le genre d’endroit où rien n’arrivait jamais. Et pour moi, jusqu’ici les monstres étaient des hommes, comme mon demi-frère Billy… Mais ce soir, la créature que j’essaie d’arrêter vient d’ailleurs, d’une autre dimension. Je suis bien décidée à en finir avec elle, et avec tous les autres monstres. Une bonne fois pour toutes…

J’aime toujours beaucoup découvrir les livres inspirés de la série Stranger Things et les romans officiels. J’ai donc décidé de sortir de ma pile à lire Stranger Things Runaway Max, un roman dans l’univers de la série qui met en vedette le personnage de Max Mayfield, arrivée dans la seconde saison. Au fil de la série, elle prend de plus en plus de place et elle a un rôle très important dans la quatrième saison sortie il y a peu. C’est un personnage que j’aime beaucoup, justement parce qu’elle a du caractère. C’était donc le bon moment de lire ce roman.

Alors, qu’est-ce que j’en ai finalement pensé? J’ai plutôt bien aimé cette lecture, ça se lit facilement. L’idée de me replonger dans l’univers de Max, à son arrivée à Hawkins, me plaisait bien. J’ai aimé ce que j’ai découvert sur elle, même si je trouve que ça ne va pas assez loin à mon goût. Cependant, comme c’est un roman officiel, Max est fidèle au personnage de la série et à ce qu’on peut imaginer d’elle avant Hawkins, avant les monstres et avant que Billy fasse partie de sa famille. On y retrouve aussi des clins d’œil à l’époque où se déroule Stranger Things, soit les années 80: Radio Shack, Terminator au cinéma, les bornes de jeux vidéo et les arcades.

« Les films d’horreur racontaient tous que les monstres pouvaient être vaincus… et les suites, qu’ils revenaient toujours. »

Ce livre a été une lecture sympathique mais loin d’être incontournable. Contrairement aux autres romans de la série que j’ai lu, celui-ci n’apporte pas beaucoup de nouvelles choses. Il se déroule avant et pendant la saison 2 de la série. On apprend des choses sur la vie de Max avant Hawkins, des choses sur son père, sur la dynamique familiale difficile après la séparation de ses parents et le mariage de sa mère avec Neil, qui a amené dans son sillage le violent et terrifiant Billy… On apprend des choses sur le meilleur ami de Max, Nate et sur ses autres amis avec qui elle faisait du skate avant de déménager. Dans son « ancienne vie » ses meilleurs amis étaient aussi un groupe de garçons. On découvre à quel point Neil, son beau-père, est aussi effrayant que son fils et pourquoi Max a fait quelques tentatives de fugue…

« J’avais été une vraie idiote de croire que ma famille pouvait me protéger. Je connaissais la vérité maintenant. Le monde était un endroit immense et chaotique, et j’y étais seule, toute seule. »

Autrement, la seconde partie du roman est une réécriture en accéléré des événements de la saison 2 vécus par Max et racontés de son point de vue. C’était agréable à lire, mais j’aurais aimé que ça pousse un peu plus loin dans la découverte du personnage, surtout que j’ai toujours beaucoup aimé Max. L’aspect le plus intéressant du roman est ce que l’on apprend de sa vie avant Hawkins.

Une bonne lecture donc, un plaisir pour les fans de la série, mais ce n’est pas une lecture marquante. 

Stranger Things Runaway Max, Brenna Yovanoff, éditions Hachette, 306 pages, 2019

Mort et déterré t.3: Les derniers jours d’un zombie

Yan Faucher, 13 ans, est un ado qui se fait accidentellement poignarder par un dealer. Un an après son inhumation, il se réveille et arrive à quitter son cercueil. Il décide de mener une double quête : retrouver son assassin et reconstruire sa famille en pleine décomposition depuis son décès. Avec l’aide de son pote Nico, un fan d’histoires de zombies, et d’Alice, une amie spécialiste en maquillage secrètement éprise de lui, Yan va mener l’enquête et retrouver sa famille. Mais Yan a peu de temps pour arranger ses histoires de famille car son assassin a tué Alice, et Yan n’a plus qu’une obsession : ramener son amoureuse à la vie !

J’attendais ce troisième tome avec grande impatience! Aussitôt reçu, aussitôt lu! Cette série est vraiment sympathique et elle réécrit à sa façon les codes des histoires de zombies. Yan est un personnage très attachant et c’est toujours avec grand plaisir qu’on suit ses aventures rocambolesques.

 » Si j’avais su que la mort serait aussi épuisante, je serait resté dans ma tombe! »

Dans ce troisième tome, on retrouve Yan alors qu’il déambule dans notre monde. Sorti de sa tombe dans le premier tome, il a vécu toutes sortes d’aventures, certaines plus éprouvantes que d’autres, et il va enfin retrouver sa famille. Malheureusement, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes depuis qu’il est mort. Sa mère voit quelqu’un d’autre, son père boit, ses parents vont se séparer et sa famille se disloque de tous les côtés. Depuis son décès, tout va mal pour eux. Ils n’arrivent plus à être une vraie famille.

Parallèlement, Yan tente de sauver Alice, son amie décédée des mains du même assassin que lui. Si lui-même est revenu à la vie, Alice le pourrait aussi, non? C’est ce qu’il tente d’accomplir. Mais Yan est un mort-vivant vraiment malchanceux: la police lui en veut constamment, il fait la une des nouvelles avec ses mésaventures et il en perd littéralement la tête! Les événements aussi drôles qu’absurdes s’enchaînent pour lui, pour notre plus grand plaisir.

Cette série est un vrai plaisir à découvrir avec plusieurs bons gags de zombies, beaucoup d’humour et des personnages très attachants qu’on aime beaucoup suivre d’un livre à l’autre. J’ai même l’impression que c’est meilleur à chaque fois!

« -C’est pas si amusant que ça, d’être allongée dans un cercueil.
-En effet, c’est très surévalué comme expérience. »

Sur le dessus de l’album, c’est indiqué qu’il s’agit de la finale de la trilogie. MAIS! À la toute fin c’est indiqué « Fin du premier cycle ». La fin étant ouverte, on peut donc espérer d’autres aventures! J’en suis bien contente et j’ai très hâte car j’espère bien suivre Yan encore un petit moment. J’adore les histoires de zombies, mais je les aime encore plus quand les auteurs mêlent beaucoup d’humour à tout cela. Je trouve que le sujet s’y prête bien et c’est le cas ici. Cette série est vraiment un pur plaisir!

Mon avis sur les autres tomes:

Mort et déterré t.3: Les derniers jours d’un zombie, Jocelyn Boisvert, Pascal Colpron, édition Dupuis, 56 pages, 2022

Mile 81

Pete Simmons, dix ans, décide de partir explorer l’aire de repos désaffectée du mile 81 quand son frère, chargé de le surveiller, part jouer avec des copains. Sur place, rien de bien intéressant pour un garçon de son âge, à l’exception de quelques vieux magazines et de cette étrange voiture garée-là…

Mile 81 de Stephen King est une autre excellente novella publiée dans la collection Wiz. Ce texte est d’abord paru dans le recueil Le bazar des mauvais rêves.

Pete a dix ans. Il a un grand frère qui préfère jouer avec ses copains plutôt que de trimballer son petit frère toute la journée. Leurs parents sont absents. Pete se retrouve donc seul, il s’ennuie mortellement et décide d’aller explorer l’aire de repos désaffectée du mile 81. Les endroits abandonnés sont toujours attirants et partir en exploration quand on a dix ans c’est très excitant. Pete le vit un comme nouveau défi et un pied de nez au rejet de son frère.

« Mais pouvait-on parler d’effraction s’il trouvait une porte ouverte ou une planche déclouée sur l’une des fenêtres? Au fond de son cœur, il savait que oui, mais il se disait que sans la partie effraction, l’entrée n’entraînerait pas la prison. Et puis après, est-ce que ce n’était pas précisément pour prendre un risque qu’il était venu ici? »

Il y fait quelques nouvelles expériences, ce qui était un peu le but en s’aventurant en terrain inconnu. Alors qu’il s’y attend le moins, il entend un cri perçant et aperçoit cette étrange voiture garée tout près…

Ce qui est intéressant avec cette longue nouvelle, c’est que chaque chapitre est consacré à un nouveau personnage. L’auteur y note aussi son moyen de transport puisque les voitures ont une grande importance dans cette histoire. Surtout une en particulier. On découvre de nouveaux personnages sans trop savoir où l’auteur nous mène, jusqu’à ce que tout se recoupe. L’histoire s’avère en fait être profondément terrifiante.

La fin est un peu abrupte. J’aurais aimé en savoir plus, forcément, avec une histoire pareille. Mais ça laisse libre cours à l’extrapolation et ce n’est pas plus mal. Je trouve que l’horreur est bien amenée dans cette histoire et le contexte (la route, les voitures, mais surtout une aire de repos abandonnée) sont propices à toutes sortes de situations et de choses inquiétantes. J’ai toujours aimé les aires de repos justement parce que ce sont des endroits vraiment particuliers pour quiconque a un peu d’imagination… et je n’en manque clairement pas!  King explique d’ailleurs en début de volume de quelle façon l’inspiration lui est venue pour cette histoire. J’aime toujours beaucoup quand il raconte son processus d’écriture au début de ses livres. Ça apporte un regard différent sur l’histoire.

J’ai donc beaucoup aimé cette nouvelle. Il est certain qu’après avoir lu Mile 81, on voit d’un autre œil les voitures arrêtées en bordure d’une aire de repos… surtout si, en plus, elle est désaffectée. Une histoire qui donne le frisson!

Mile 81, Stephen King, éditions Albin Michel, 144 pages, 2022

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

J’ai lu Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers pour la première fois en 2015. J’avais adoré ce livre qui m’avait énormément touchée. Depuis, j’ai lu aussi L’insaisissable logique de ma vie toujours de Benjamin Alire Sáenz. Cet auteur est l’un de mes écrivains pour la jeunesse préféré. Il réussit à aborder des sujets graves avec une certaine tendresse et ses personnages sont attachants. Mais surtout, il écrit de façon intelligente. J’avoue que j’ai parfois un peu de mal avec le langage de cour d’école dans les romans pour ados. Benjamin Alire Sáenz s’adresse aux jeunes (et aux moins jeunes) avec un discours intelligent tout en restant ancré dans le quotidien de ce que ces adolescents peuvent vivre. Avec la sortie du second tome d’Aristote et Dante, et le film qui est en post-production, c’était le moment parfait pour le relire.

Aristote et Dante débute en 1987. C’est un vrai roman d’été, même s’il se déroule sur une plus longue période. C’est un livre plein de souvenirs pour moi, du temps où l’on passait nos vacances dehors (ou à la piscine). Ces moments d’insouciance et de questionnement, entre les amis, les petits emplois saisonniers, les jeux et la quête de soi-même. J’adore ce roman et je sais que je le relirai encore éventuellement.

Aristote rencontre Dante à la piscine, par une chaude journée d’été. Ari s’ennuie et il n’a pas d’amis. Dante lui apprendra à nager. Ils deviennent rapidement très proches. Aristote est un garçon en colère, qui parle peu, comme son père revenu de la guerre marqué par ce qu’il a vu.

« Le problème, c’est que ma vie était l’idée de quelqu’un d’autre. »

Leur relation n’est pas facile et Ari se pose énormément de questions. Surtout qu’il est le plus jeune de sa fratrie, avec un bon écart entre son frère et ses sœurs. Ari a d’ailleurs un frère en prison dont on ne parle pas. C’est un fantôme qui n’existe plus, il a été effacé de l’histoire familiale. Ari vit cette absence de relation de façon très pénible. C’est lui-même qui nous raconte son quotidien et son histoire. Il a quinze ans à l’été où il rencontre Dante.

« J’étais donc le fils d’un homme qui portait tout le Vietnam en lui. J’avais de quoi m’apitoyer sur mon sort. Et avoir quinze ans n’aidait pas. Parfois, je me disais qu’avois quinze ans était la pire tragédie qui soit. »

Dante est le fils d’un prof de littérature. C’est un garçon étrange, qui porte aussi un prénom particulier, comme Aristote. Il parle avec des mots qu’Ari ne comprend pas toujours et lit plein de classiques, qu’il finit par partager avec son ami, qui lui les partage avec son père. C’est leur façon de se parler, par livres interposés. Dante adore ses parents. Il partage une belle complicité avec son père. C’est un garçon sensible, qui pleure facilement, qui aime les oiseaux et les animaux (et veut les sauver).

Pendant l’année qui suivra, Aristote et Dante vont essayer de grandir tout en restant amis. Il y aura beaucoup d’événements et de changements dans leurs vies. Il y a aussi Legs, le chien d’Ari que les deux garçons adorent, et ce camion rouge qu’il apprend à conduire et avec lequel il va dans le désert, dans son endroit préféré, regarder les étoiles. Avec Dante, parfois.

Tous les deux, ils partagent quelque chose de si grand que ça changera toute leur vie. Ensemble, ils vont tenter de comprendre les secrets de l’univers.

J’aime définitivement énormément cet auteur. Cette relecture n’a fait que le confirmer. J’ai lu le livre en trois heures, d’une traite. Retrouver Aristote et Dante était un vrai plaisir. L’auteur a une façon de raconter qui me touche droit au cœur. Ses romans sont beaux, intelligents. Je ne peux que vous les conseiller. Chaque fois c’est un merveilleux moment de lecture!

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 368 pages, 2015

Sukkwan Island

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Lors de sa sortie, Sukkwan Island a fait beaucoup de bruit. Je ne me sentais pas prête à le lire tout de suite même s’il est dans ma pile à lire depuis longtemps. J’ai donc attendu. C’est le second roman que je lis de David Vann, le premier était Aquarium et ça avait été un vrai coup de poing. Vann a le don de créer des événement,s qui surviennent dans le quotidien de ses personnages, et qui ont le pouvoir dévastateur d’une tornade. 

Sukkwan Island est divisé en deux parties. La première partie raconte l’installation d’un père et son fils sur une île sauvage d’Alaska loin de tout. Jim décide d’amener son fils de treize ans, Roy, vivre une année en marge du monde dans une cabane pour apprendre une vie différente. La nature sauvage dans sa plus grande splendeur et une aventure à vivre pour tous les deux. Mais Jim est mal organisé, Roy le réalise assez vite. Surtout que le temps change, que l’hiver arrivera. Jim improvise, il ne respecte pas ce qu’il avait convenu avant le départ. Il avait promit à la mère de Roy de revenir pour des vacances sur le continent et un retour à la civilisation quelques fois pendant l’année. Il avait aussi assuré qu’il ferait l’école à distance pour son fils. On réalise rapidement – et en même temps que Roy – que Jim ne sais pas vraiment comment se débrouiller, qu’il n’a pas d’organisation. Il est instable et il fait des fixations sur certaines choses. Son comportement est souvent imprévisible. Jusqu’à ce qu’un drame terrible survienne. On sait que quelque chose va arriver, c’est inévitable tant on sent que le monde bascule tranquillement au fil des pages. L’atmosphère change. On se sent un peu oppressé. Puis, de plus en plus. Mais la surprise est si forte qu’on reçoit ces quelques mots qui racontent le drame, au milieu du roman, comme une claque.

La seconde partie nous raconte la vie après ce drame. Jim est un personnage troublant, difficile à aimer, dur, malade, souffrant lui-même aussi sans doute. Il est confus et particulièrement marquant. Il se déresponsabilise, idéalise les choses, gère sa vie sur les lubies qui lui passent par la tête et échoue à peu près tout ce qu’il fait. Son personnage de père complètement démuni et perturbant est aussi fort – quoique bien différent – que le personnage de la mère dans Aquarium

« Il s’asseyait sous les arbres à une centaine de pas de là et se demandait comment il pourrait raconter tout cela. Il n’était pas sûr que son histoire soit compréhensible. Chaque événement rendait le suivant inévitable, mais l’ensemble ne faisait pas bonne impression. »

En plus du drame, ce roman aborde beaucoup de thèmes chers à l’auteur. Il parle de la relation père/fils, de la difficulté pour un enfant d’avoir un parent malade, irresponsable et perturbé. Mais le livre parle aussi d’un des grands combats de David Vann, la banalisation des armes à feu. Sukkwan Island est aussi un livre de nature writing qui nous raconte la vie loin de tout, la survie au quotidien, pour des gens mal équipés et mal préparés. Une nature magnifiquement cruelle.

Sukkwan Island est assurément un livre qu’on ne peut oublier. On vit une foule d’émotions en le lisant. C’est un roman qui porte à la réflexion et auquel on ne peut s’empêcher de penser après avoir tourné la dernière page… 

Sukkwan Island, David Vann, éditions Gallmeister, 208 pages, 2011