L’étrange Noël fantôme

Le matin de Noël, Mirka ne comprend plus rien : ses parents débordés l’envoient à l’école ! Là-bas, c’est tout aussi fou : un mystérieux professeur qui enseignait il y a 200 ans accueille les enfants éberlués. Quand les élèves fantômes de cette époque décident de hanter l’école à leur tour, c’est rapidement la pagaille. Mais que veulent donc tous ces revenants ?Un roman illustré sur l’esprit et les valeurs de Noël, à l’ère de la surconsommation.

L’étrange Noël fantôme est un petit livre jeunesse à partir de 8 ans. Nous sommes le 24 décembre, mais les parents de Mirka l’envoient à l’école à son grand étonnement. Ils la mettent carrément dehors avec son déjeuner! Elle se rend donc en classe, mais c’est un vieux professeur (qu’on ne voit pas sans des lunettes spéciales) qui les accueille. Il enseignait il y a 200 ans! C’est le fantôme des profs passés. Et il y a aussi tous ces enfants fantômes qui ont déjà étudié dans cette école. C’est une journée bien étrange qui commence pour Mirka et ses amis… 

Ce roman aborde le thème de la surconsommation et de l’esprit de Noël à travers l’expérience que font des enfants d’aujourd’hui, de se retrouver avec des enfants et un professeur tous issus du passé. L’histoire, même si elle s’inspire de quelques classiques de Noël (on pense forcément à Dickens), est plutôt intéressante. Les dessins qui accompagnent le roman nous plongent dans une atmosphère un peu glauque, qui nous change des livres de Noël habituels, surtout pour les plus jeunes.

J’ai aimé l’intervention des enfants du passé. Le roman fait la part belle aux fantômes, un peu comme dans les premières histoires de Noël racontées anciennement et qui étaient toujours des histoires mystérieuses avec des revenants. Noël était le moment des récits qui donnaient le frisson. Ici, oui on parle de surconsommation, mais je trouve aussi que ça peut être une belle entrée en matière pour comparer les habitudes des Noëls d’antan à celles des Noëls d’aujourd’hui. Les valeurs qui y sont associées, la façon de vivre, les familles nombreuses. En prime: une petite recette en fin de volume qui nous offre une gourmandise typiquement québécoise!

L’étrange Noël fantôme, Karine Glorieux, illustré par Camila De Orduna-Ortiz, éditions La bagnole, 96 pages, 2022

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Nauetakuan, un silence pour un bruit

Nauetakuan : mot innu qui nous annonce qu’un son, au loin, vient à nous. Comment l’entendre, si tout, dehors comme dedans, vibre, bourdonne, crie? Il faut, oui, faire silence. Perdue dans la ville, Monica cherche sa liberté en même temps que ses liens. Ses études en histoire de l’art ne lui inspirent plus rien, le sens la fuit et le vide menace de l’envahir pour de bon, fragilisant l’armure qu’elle se confectionne chaque jour. Pour pouvoir enfin déposer le lourd bagage dont elle a hérité, revenir en paix chez elle, à Pessamit, elle devra d’abord apprivoiser les orages qui grondent en elle. Remonter le fil des routes et des rivières, leur courant tantôt allié, tantôt contraire, d’un bout à l’autre du continent. Retrouver la puissance qui se façonne une perle à la fois.

Le roman nous amène vers deux filles, Katherine et Monica, qui se rencontrent dans un musée, lors d’une exposition sur les Premières nations. Ce sont deux filles qui ont été coupées de leurs racines autochtones étant jeunes. Elles deviennent de grandes amies. Le roman s’attarde sur Monica, en recherche d’identité. Les filles vont dans des bars, expérimentent des choses, font des rencontres. Les lendemains de veille sont difficiles. L’auteure met en lumière leur évolution. Elles ont un vide intérieur et se cherchent.

Cette première partie m’a donné un peu de difficulté. J’avais du mal à m’intéresser à cette portion de l’histoire qui ne me touchait pas beaucoup. Je trouvais les personnages un peu flous et je me questionnais à savoir où ils nous menaient. Après ma lecture j’y vois un parallèle entre l’évolution du personnage de Monica, qui est perdue au début du livre et en quête d’identité, puis qui se découvre elle-même. Et mon intérêt allait alors grandissant.

Monica va développer un grand besoin de se pencher sur ses origines. Elle ira vers le village de sa mère et de sa grand-mère. C’est à ce moment que, pour moi, le livre devient vraiment captivant. C’était intéressant de se laisser porter par le texte et les découvertes de Monica. Elle va puiser dans le vécu de sa famille pour comprendre qui elle est. Les choix qu’elle fera pendant qu’elle est dans le village de ses ancêtres l’aident à prendre des décisions pour son avenir. À retrouver une part d’elle-même qu’elle ne connaissait pas vraiment, comme c’est le cas de beaucoup de jeunes autochtones qui ont été coupés de leurs racines. 

« C’est la colère de savoir qu’on a créé des lieux pour effacer l’existence de mon peuple, de tous les Premiers Peuples. Les gens qui ont imaginé ce projet monstrueux n’ont pas réussi, mais, dans certains cas, ils sont parvenus à broyer des vies entières et combien d’autres encore. »

Elle découvre alors l’histoire de sa famille, de sa mère qui ne parlait pas du tout de leurs racines, à sa grand-mère qui a vécu les pensionnats. Ce sont des gens qui parlaient peu du passé. Les pensionnats les ont tellement détruits, ont voulu effacer leur culture et leurs coutumes. Ce qui rend difficile la transmission du savoir et du vécu aux plus jeunes générations. C’est alors plutôt la transmission d’un mal être, de la douleur, qui se perpétue.

Monica va vivre son propre périple qui va l’amener à se découvrir elle-même et à découvrir ce que sa grand-mère et sa mère ont pu vivre. C’est aussi une façon de redonner espoir à la jeune génération et les suivantes, de se réapproprier leur art, leurs danses, leurs langues, leur lien avec la nature.

« Je suis chez moi partout en Amérique. Partout où je vais, nos peuples ont été présents. Nos langues ont été présentes. Nos cultures ont été célébrées durant des siècles. Je dois réapprendre à appeler « chez moi » la terre qui m’a vue naître. Retourner dans le village de mon enfance. Le village de ma mère et de ma grand-mère. Réapprendre à connaître ma famille. À reconnaître les visages de mon peuple. Retourner chez moi. Sinon je ne peux pas avancer. »

Le message est très beau, souvent touchant. Les rêves et les songes tiennent aussi une place importante. 

Ce roman, qui m’intéressait un peu moins au début, s’est avéré finalement être un texte très touchant, qui m’a beaucoup parlé.

Nauetakuan, un silence pour un bruit, Natasha Kanapé-Fontaine, éditions XYZ, 254 pages, 2021

Mascottes sanglantes et pizzas frettes

Gabriel, 16 ans, s’est enfin trouvé un travail. Pas le plus glamour (vendre des pointes de pizza sous un néon qui clignote) mais à tout le moins PAYANT. Or l’ambiance est glauque. « Ça serait bête qu’il se mette à y avoir des morts », avait rigolé son meilleur ami. Ha ha. Oui. Très drôle. #not. Ça, c’était avant que les gens meurent pour vrai.

J’ai lu Mascottes sanglantes et pizzas frettes de Pierre-Yves Villeneuve, le premier livre que je lis de cet auteur. Le titre particulier m’attirait bien. Il s’agit d’un court roman d’horreur proposé à partir de 12 ans.

Gabriel travaille dans une pizzéria avec son meilleur ami Jean-Pascal. Gabriel est un ado plutôt terre à terre et très sérieux alors que son ami est tout le contraire de lui. Gabriel arrive à la pizzeria et il débute son quart de travail mais sa journée est vraiment étrange. Il se passe des choses bizarres voire même inquiétantes. Même son trajet jusqu’à son lieu de travail a été pénible. Tout va de travers. Quand il se retrouve seul pour fermer le restaurant, l’ambiance devient de plus en plus glauque et les choses dégénèrent rapidement. Gabriel commence à avoir peur. Pour vrai.

« Au cours des dernières heures, un banc de brouillard est sorti des champs et a complètement enveloppé la ville. La température est tombée. Le fond de l’air traîne avec lui une odeur d’humidité et de fumier. La brume est épaisse. La lumière diffusée par les lampadaires d’Ipex peine à éclairer le stationnement. »

L’histoire est intrigante. L’ambiance est très visuelle et on imagine sans mal la pizzeria: achalandée le jour, elle devient carrément inquiétante quand c’est le temps de fermer. On retrouve les codes classiques d’une histoire d’horreur, dont le meilleur ami de Gabriel est d’ailleurs un grand fan. J’ai aimé l’originalité de l’histoire qui est bien différente de ce à quoi on s’attendrait. 

Même si le roman est assez court (un peu trop? J’aurais aimé que l’atmosphère soit plus développée) l’intrigue qui se met en place prend finalement une tournure assez inattendue. C’est sanglant et plutôt efficace. Je crois que j’aurais bien aimé lire cette histoire lorsque j’étais ado.

La seule chose qui m’a dérangée, et j’en parle parce que c’est de plus en plus fréquent dans la littérature jeunesse québécoise, c’est l’utilisation de mots en anglais qui auraient très bien pu être en français. Un « close » (pour une fermeture) ou un « chunk » pour un morceau. Je considère que ce n’est pas nécessaire. Malgré cela, le texte était bien écrit.

Une lecture pleine d’hémoglobine et de pizzas pour les ados en quête de frissons!

Mascottes sanglantes et pizzas frettes, Pierre-Yves Villeneuve, éditions La Bagnole, 120 pages, 2022

Le pendu

Par une froide matinée de novembre, un joggeur découvre un corps pendu à un arbre dans les bois du paisible village de Three Pines. Le pauvre homme séjournait à l’Auberge, où il était sans doute venu chercher la tranquillité. Mais s’est-il vraiment donné la mort ou a-t-il été assassiné ? Le chef des homicides de la Sûreté du Québec et son fidèle second Beauvoir sont appelés à élucider l’affaire. En examinant les indices, ils mettent au jour un secret terrible et déchirant. Or Armand Gamache sait que la conscience cède parfois tragiquement sous le poids du passé…

J’adore les romans de Louise Penny et son personnage d’Armand Gamache. Le pendu est une courte nouvelle qui le met en scène et qui a été écrite dans le cadre d’un programme d’alphabétisation, entre les romans Enterrrez vos morts et Illusion de lumière. Cette nouvelle a inspiré les deux derniers épisodes de la série sortie ce mois-ci sur Prime vidéo. Je voulais donc absolument lire cette novella avant de voir la série.

Le pendu est une courte histoire mettant en scène Gamache, Beauvoir et quelques autres personnages de Three Pines. Elle se déroule au mois de novembre alors qu’un joggeur découvre un corps pendu à un arbre dans les bois de Three Pines. À première vue il s’agit d’un suicide. Mais en est-ce vraiment un? Gamache et Beauvoir vont enquêter et fouiller dans des secrets enfouis depuis des années.

Nul besoin de connaître déjà l’univers de Three Pines pour lire cette novella. On y retrouve un condensé de tout ce qui fait le bonheur des romans: le village, les personnages, Gamache, le bistro et sa bouffe réconfortante. Mais en version accéléré. Ça passe beaucoup trop vite! On a assurément envie de rester un peu plus longtemps avec Gamache. Heureusement pour ça, il y a les romans.

« Three Pines reposait au fond de la valle, comme si le village cherchait à se cacher du monde. Et le monde tombait dans le panneau. » 

J’ai bien aimé cette histoire que je prends comme un petit cadeau, le temps d’une soirée, pour la fan que je suis des romans de Louise Penny. Naturellement, la lecture se fait rapidement, mais c’était un plaisir. Je crois que c’est une porte d’entrée intéressante pour donner envie de lire la série de romans, tout en gardant en tête que ce texte est très court. Les romans sont beaucoup plus élaborés, avec toujours beaucoup de détails sur les enquêtes, les repas (qui donnent forcément faim), les personnages attachants, les lieux chaleureux et les dialogues plein d’humour. 

Le pendu, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 128 pages, 2022

Créatures t.1 – La ville qui ne dort jamais

New York, dans un futur proche mais apocalyptique… Le chaos règne et la brume fait apparaître des créatures terrifiantes. Les adultes sont sous l’influence d’une entité monstrueuse et les enfants doivent s’organiser pour survivre. Comment le monde en est-il arrivé là ? Que sont ces créatures ? Que veulent-elles ? Peut-on vaincre ces monstruosités ?

Cette bande dessinée m’attirait beaucoup. J’aime bien le dessin de celle-ci et, de façon générale, les histoires post-apocalyptiques, quand elles sont bien ficelées. Un groupe d’enfant est laissé à lui-même dans la ville. On ne sait pas trop ce qui s’est passé à part que « la grande nuit » a balayé le monde civilisé tel qu’on le connaît. Les adultes sont devenus des menaces. Le monde est dévasté. Les enfants viennent de basculer en mode survie. 

« Si le brouillard se lève et que tu le respires, tu deviendras comme eux et tu ne sentiras plus rien. »

Vanille et Minus vivent avec leur mère apathique. Vanille fait tout pour permettre à Minus de manger et de survivre. Elle s’occupe de tout. Mais quand la brume se lève sur la ville, il faut fuir. Les choses ne se déroulent toutefois pas comme d’habitude. Vanille est la cible de jeunes voleurs qui tentent de lui dérober sa marchandise… C’est à partir de ce moment que les choses changent pour elle.

De son côté, Taupe, un des jeunes de l’autre groupe, n’a pas le choix d’accepter un échange avec le grand-père qui peut lui fournir des livres: des bouquins contre des repas. La connaissance est essentielle pour survivre dans ce monde où les repères familiers n’existent plus… Un monde rempli de créatures et de menaces.

Après avoir terminé le premier tome j’ai eu envie de lire la suite. Cette bande dessinée post-apocalyptique me fait penser à un croisement entre les univers de Seuls et de Green Class. C’est divertissant et ça se lit tout seul. J’ai passé un très bon moment! J’ai déjà lu le second tome dont je vous parle bientôt et le troisième m’attend dans ma pile.

Créatures t.1 – La ville qui ne dort jamais, Betbeder & Djief, éditions Dupuis, 72 pages, 2021