L’Institut

l'institutAu cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

L’Institut est un livre que j’avais très hâte de lire. Petit dernier de Stephen King paru en français, la quatrième de couverture compare le roman à Charlie et à Ça. J’écris ce billet « à chaud ». J’ai passé la nuit à lire le roman et j’ai eu de la difficulté à le poser. Si le début met doucement en place l’univers et les personnages, la deuxième moitié du roman est tellement prenante et intrigante qu’il est difficile de lâcher le livre.

En début de roman on retrouve une petite note, juste au-dessus des données de catalogage. Une note qui donne le frisson:

« Selon le Centre national pour les enfants disparus et exploités, environ 800 000 enfants disparaissent chaque année aux États-Unis. La plupart sont retrouvés. Des milliers ne le sont pas. »

Le livre commence par nous parler de Tim Jamieson, débarqué d’un avion en empochant un peu d’argent et qui a atterri dans une ville paumée au fin fond de nulle part. Ancien policier, il décide de prendre du travail – un emploi complètement archaïque – dans cette ville perdue qui semble avoir échappé à toute technologie. On apprend à connaître les habitants de DuPray, la dynamique de la communauté.

« Vous savez cette vie qu’on croit mener, elle n’existe pas. Ce n’est qu’un théâtre d’ombres. Et en ce qui me concerne, je ne serai pas mécontent quand les lumières s’éteindront. Dans l’obscurité, toutes les ombres disparaissent. »

On quitte ensuite DuPray pour faire la connaissance de Luke Ellis et de sa famille. Le garçon est un vrai petit génie, brillant et complet, qui aime autant s’amuser qu’étudier. Il a tout juste douze ans et est déjà accepté dans deux universités. Il est à un tournant de sa vie et s’apprête à faire des choix qui changerons à jamais son parcours, sans se douter qu’autre chose se prépare pour lui. C’est alors qu’il se réveille dans une chambre pareille à la sienne, mais qui n’est pas la sienne.

Bienvenue à L’Institut, un endroit inquiétant où l’on fait la rencontre de plusieurs enfants aux pouvoirs spéciaux. Le roman livre peu à peu ses secrets quant à cet endroit où les dirigeants ont des yeux partout et où tout est contrôlé. Luke tentera de comprendre où il est et ce que les gens de L’Institut font. Cet endroit, imaginé par King, est horrible. Ce qui s’y déroule dépasse l’entendement. La raison d’être de cet endroit est terrifiante, surtout lorsqu’on commence à en comprendre les rouages. À L’Institut, il y a l’Avant et l’Arrière. Il y a des règles rigides et dures, alors que d’autres sont totalement négligées.

« Il ne savait pas si ses secrets pourraient lui être utiles, mais il savait qu’il y avait des fissures dans les murs de ce que Georges avait appelé, fort justement, cet enfer. Et s’il parvenait à utiliser ses secrets – et son intelligence prétendument supérieure – comme on manie un pied-de-biche, il pourrait peut-être élargir une de ces fissures. »

C’est un lieu inhumain, prétexte pour aborder de nombreux thèmes: l’injustice, le pouvoir, les organisations secrètes, les enlèvements, les dons spéciaux et particuliers. La sensibilité des personnages et leurs capacités qui dépassent celles du commun des mortels, sont le thème principal de L’Institut où il est question principalement de télékinésie et de télépathie. Un thème souvent abordé chez King, tout comme le thème de l’enfance. Enfance qui est la plupart du temps volée ou altérée. On parle aussi de ces petites choses que l’on nomme « hasard » et qui nous poussent parfois à accomplir certains gestes, sans trop savoir pourquoi. Une sorte d’impulsion qui met en lumière la complexité du cerveau humain et de ses capacités.

On qualifie bien souvent Stephen King de « maître de l’horreur ». C’est vrai, en un sens, mais ce qualificatif demeure tellement réducteur. King est réellement plus que cela, c’est un grand écrivain, qui puise dans la société et le monde fou dans lequel on vit, matière à écrire des histoires et à nous faire réfléchir. Ici, ce qui est terrifiant, ce ne sont pas les monstres tapis dans l’ombre. Ce n’est pas l’horreur au premier degré. Le monstre, c’est l’humain, dans ce qu’il a de meilleur comme de pire. Surtout de pire.

C’est d’ailleurs ce que j’aime de Stephen King. Il peut écrire toutes sortes de choses – de l’horreur, du fantastique, des thrillers, du policier – mais c’est dans la description des personnages et des événements qu’il réussit à instaurer un sentiment de peur et d’inconfort. Ses bons ne sont pas parfaits et ses méchants, même les pires, ont souvent un petit côté « humain » qui rend le lecteur mal à l’aise. Ils ont des peurs eux aussi, des familles et une vie en dehors de ce qu’ils font. Ici, c’est le cas. On a beau détester de toutes ses forces les méchants de l’histoire, ils sont suffisamment décrits pour prendre corps, pour exister et pour nous permettre une remise en question. C’est troublant pour le lecteur et on retrouve énormément cette façon de fonctionner dans les romans de King. C’est ce qui fait de ses histoires beaucoup plus que de simples histoires d’horreur. Ses livres sont une chronique sur la société, une critique de la noirceur de l’âme humaine et des failles de l’esprit des hommes. C’est donc beaucoup plus effrayant à mon avis que les histoires de monstres cachés sous le lit ou dans les placards.

Chaque fois que je termine un nouveau Stephen King, je me fais la réflexion à quel point c’est fou qu’un auteur réussisse à me troubler autant. Il y a peu d’auteurs qui peuvent me bouleverser de cette façon. King y arrive. Parce qu’il joue avec ce qui est fondamental chez l’humain: la recherche d’une forme de quiétude, le sentiment de sécurité, les souvenirs reliés à l’enfance, la certitude que les choses vont dans le bon sens, alors que finalement, tout peut éclater à chaque instant. Le mal peut se tapir dans l’ombre. Ce que l’on croyait vrai n’existe peut-être pas.

L’Institut est un grand roman, un roman dérangeant. Il nous place face à des gestes qui sont difficiles, incompréhensibles, mais qui cachent quelque chose de si grand que ça en est perturbant. L’auteur crée un bon suspense avec le déroulement des événements à L’Institut et avec le destin du petit Luke Ellis qui nous tient en haleine une bonne partie de l’histoire. Les ramifications qui s’éclaircissent à mesure qu’avance l’intrigue sont incroyables.

« Les petits détails font les grandes histoires. »

Les droits d’adaptation du roman ont déjà été acquis par l’équipe qui a aussi produit la série Mr. Mercedes. L’adaptation devrait être une mini-série et comporter une seule saison. Nous avons encore peu de détails jusqu’à maintenant, mais je suis impatiente de découvrir cette histoire à l’écran. Visuellement, il y a quelque chose de très fort à faire avec l’histoire de L’Institut.

En attendant, je vous invite bien sûr à découvrir cette histoire puissante et à faire connaissance avec Luke Ellis. Un roman – et des personnages – difficiles à oublier.

L’Institut, Stephen King, éditions Albin Michel, 608 pages, 2020

Couleur de l’âme

Couleur de l'âmeQuand la mort côtoie l’enfance qui nous traverse d’un bout à l’autre, à quoi assistons-nous? Voici des miracles ordinaires, des vertiges, des bonheurs fugaces qui réclament une parole. Voici l’aube fabuleuse, et une jeunesse qui ne cesse de fleurir, là même où on ne l’espérait plus. C’est un regard sur le petit, l’humble. L’imparfait. L’éphémère. Pour en faire valoir la lumière et la beauté. Et c’est aussi un défi stylistique : écrire de la poésie sans dire « je ». Ni « tu » d’ailleurs. Fine et épurée, l’écriture nous transporte autant qu’elle nous rive à nos racines les plus sourdes, à la terre / tendue de beauté. 

Couleur de l’âme est une poésie d’une grande beauté. Déjà, le titre est magnifique. La narration pose un regard extérieur sur ce qui est vécu, sans pour autant être détaché. Le regard du poète est juste.

L’auteur se met en quelque sorte dans la peau de l’enfance et nous exprime, à travers sa poésie, ce que peuvent vivre les enfants. Il nous renvoie à notre propre histoire. Les grands drames, les petites peurs, la tristesse et les difficultés, mais aussi le bonheur et la liberté. Certains passages, même si l’auteur ne l’évoque pas réellement, m’ont rappelé le vécu des enfants qui vivent dans un pays en guerre. Ce peut être aussi perçu comme les petites guerres de l’enfance, le choc des émotions vécues, l’absence d’un parent, les difficultés d’apprentissage, l’identité. L’espoir également, comme un regard tourné vers le ciel et qui mène à une forme de liberté.

Le sujet n’est pas toujours joyeux et pourtant, la poésie de Mario Cyr est lumineuse, pleine d’espoir et de beauté. Ses mots réussissent à transmettre une belle gamme d’émotions dont la lecture est un magnifique moment. Dans le désespoir ou l’insomnie d’une enfance douloureuse qui refuse de croire au futur, les couleurs et les images de Mario Cyr mettent de la lumière sur le chagrin.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce recueil, dont les poèmes sont très imagés. Je l’avoue, j’aurais bien aimé avoir quelques pages de plus à lire. La lecture coule doucement, on se laisse bercer par les mots de l’auteur. Le texte, même s’il s’intéresse principalement aux blessures et aux bonheurs de l’enfance, utilise un large éventail d’images pour nous transmettre sa poésie.

Le recueil se lit facilement. La compréhension de la poésie est simple à apprécier, qu’on soit un lecteur habitué à la poésie ou qu’on aborde ce style littéraire pour la première fois. C’est donc un livre très accessible et vraiment agréable à lire.

« chaque matin chaque soir
refermer les bras sur du vide

le joyau bleu du ciel les avions
rangs et cantons
un cargo juste là des chagrins épelés
les robes de satin »

Pour moi il s’agit d’une première rencontre avec la plume de Mario Cyr et c’est un auteur que je relirai éventuellement. Couleur de l’âme est une très belle poésie que je ne peux que vous conseiller. Pour moi, ce fut un très beau moment de lecture.

Couleur de l’âme, Mario Cyr, Annika Parance éditeur, 72 pages, 2019

Le concile des arbres

concile des arbresDans un XIXe siècle improbable, baigné d’une ambiance Nouvelle-Angleterre à la Sleepy Hollow, deux enquêteurs spécialisés dans le paranormal tentent de comprendre pourquoi, dans un hôpital perdu en pleine forêt, des enfants disparaissent. Ils découvrent que, non loin de cette vieille bâtisse, il y a des siècles de cela, un massacre aurait eu lieu. Ces étranges disparitions seraient liées à ce lieu sacré et maudit…

L’histoire du Concile des arbres est intrigante à souhait. C’est le résumé qui m’a donné envie de la lire. J’aime ce qui est mystérieux et inquiétant. Ici, chaque nuit, des enfants soignés dans un hôpital gothique, se lèvent de leurs lits et grimpent sur le toit. Ils semblent en proie à une étrange transe et on les dirait possédés. Ils fredonnent une mélopée incompréhensible. Chaque nuit, tout le personnel de l’hôpital s’agite. Si certains tentent de prendre soin des petits, d’autres souhaitent faire avancer leur carrière en étudiant d’un point de vue scientifique cet étrange phénomène.

Un couple improbable d’enquêteurs est chargé de trouver ce qui se passe entre les murs de l’hôpital royal pour femmes et enfants. La dynamique entre ces deux personnages est très particulière et la petite histoire entre eux plutôt convenue. J’avoue qu’ils m’ont peu intéressée et que j’étais plutôt intriguée par ce qui semble posséder les enfants. Les enquêteurs tentent d’approcher l’hôpital et de mener leur enquête, mais on leur place constamment des bâtons dans les roues. Ils devront s’imposer pour réussir à soutirer à l’étrange personnel des lieux, quelques réponses…

Cette histoire est à la fois une enquête policière, une histoire fantastique qui puise dans les récits des Druides et qui commence dans une clairière entourée d’arbres où arrivent d’étranges disparitions…

J’ai passé un assez bon moment avec cette bande dessinée qui, sans réinventer le genre, est assez intéressante. Suffisamment prenante pour qu’on veuille connaître la fin. J’ai été cependant moins sensible aux dessins. Je trouve les expressions des personnages trop caricaturales. J’aurais préféré, vu le type d’histoire, quelque chose d’un peu plus brumeux. Question de goût!

Le concile des arbres n’est pas une histoire inoubliable, mais c’est un one-shot tout de même agréable à lire s’il vous tombe entre les mains.

Le concile des arbres, Bara & Pierre Boisserie, éditions Dargaud, 64 pages, 2016

Les excursions de l’écureuil

les excursions de l'écureuilSigmar est un petit garçon à part qui, par le pouvoir de l’imagination, change les mondes, voit partout autour de lui les objets comme des animaux – l’aspirateur est un poisson de pierre dans une grotte marine, les biches ornant une nappe sont perdues dans un labyrinthe. Au lit un livre à la main, dehors au jardin, sur le chemin des courses avec Björg, sur son chantier naval ou plongé dans le corps de l’écureuil de son dessin, les excursions de l’enfant aménagent sa solitude et capturent nos conceptions du monde réel. Devenu écureuil, il marche jusqu’à la ville. Suit-il les traces du garçon mystérieusement disparu ? Ne souhaite-t-il seulement qu’un camarade de jeu ?

Il y a quelques mois, je suis tombée sous le charme de la plume de Gyrðir Elíasson avec son roman Au bord de la Sandá, une histoire contemplative où la nature prenait une très grande place. J’étais donc impatiente de découvrir Les excursions de l’écureuil.

Ce roman est très particulier, surtout dans sa seconde partie. C’est un texte court sur l’enfance, entre le rêve et la réalité. C’est une histoire qui place au premier plan le pouvoir extraordinaire de l’imagination et du jeu qui donne aux enfants une véritable consistance à ce qu’ils imaginent être réel. De ce point de vue, l’auteur réussit à entrer dans la peau du jeune Sigmar et à nous faire vivre son quotidien. Il est intéressant de prendre le temps de décortiquer ce texte pour mieux en saisir toute la profondeur.

« On peut toujours changer les mondes. »

D’ailleurs, cette façon particulière de raconter l’enfance et le pouvoir de l’imagination m’a grandement rappelé un très beau texte de Dylan Thomas que j’adore: Un Noël d’enfant au pays de Galles. Je vous le conseille au passage, surtout si vous avez lu et aimé Les excursions de l’écureuil. Pas que les deux textes soient vraiment semblables, mais on y retrouve le même talent de capturer ce moment magique du quotidien et cette imagination fertile de l’enfant qui joue. Dans les deux cas, l’extérieur, le dehors, est omniprésent. C’est, je crois, à notre époque du numérique, quelque chose qui vient toujours beaucoup me chercher.

Chez Gyrðir Elíasson, chaque chapitre est écrit comme on peint un tableau : par petites touches. C’est le portrait du temps qui passe, des événements journaliers et de l’imagination débordante du garçon. C’était un peu la même chose avec Au bord de la Sandá et c’est, je crois, la raison pour laquelle cet auteur m’interpelle particulièrement. J’aime son écriture et sa façon d’amener son univers, à la fois si simple, mais si complexe.

« Des soleils de rêve me réveillent et l’espace d’un instant, je ne suis pas sûr d’être dans ce monde ou dans l’autre. »

Même si ma préférence va a son autre livre, Au bord de la Sandá, j’ai beaucoup aimé l’histoire de Sigmar. Il aime explorer, inspecter les choses, utiliser le télescope pour mieux voir, se balader. C’est l’époque du travail sur la ferme, des dentistes qui arrachent les dents et des lignes téléphoniques partagées par plusieurs ménages. La première moitié du roman se concentre essentiellement sur le quotidien du garçon, qui voit toutes sortes de choses prendre forme dans les objets autour de lui: les sacs de toile deviennent des chauves-souris roulées dans la farine, la lampe de poche est une faux qui taille les ténèbres.

« Une fois au lit, je cherche à tâtons sous l’oreiller de duvet et ramène des exemplaires fatigués de livres danois sur les animaux. J’arrange la lampe au long cou de dinosaure muni d’une ampoule minuscule tout au bout. La chambre s’emplit tout à coup de créatures fantasmagoriques. Un crocodile nain rampe le long de la housse d’édredon, un serpent siffle dans un coin, un lynx se frotte paisiblement au radiateur. Je saute la page de la panthère noire avant qu’elle ne bondisse sur moi de son arbre feuillu… »

Dans la seconde partie du roman, Sigmar dessine un écureuil qui observe sa cabane avant de prendre vie. Il est lui-même devenu cet écureuil et partira pour la ville à la découverte du monde. Son imagination est peuplée d’animaux et de rencontres: le renard à la station-service, le Saint-Bernard qui le fait monter en voiture, l’ours qui s’occupe de la brocante. Son imagination n’a pas de limites.

Un roman étrange et original sur l’enfance, l’imaginaire riche en rebondissements (dont les rêveries ne sont pas toujours roses non plus), le jeu et le bonheur de créer des mondes différents. Un auteur encore une fois que je vais surveiller puisqu’il me plaît de plus en plus!

Les excursions de l’écureuil, Gyrðir Elíasson, éditions La Peuplade, 108 pages, 2017

Un pont entre les étoiles t.1

un pont entre les étoiles 11936, Shanghai. Pour suivre son père, Haru, jeune Japonaise, est contrainte de déménager en Chine, loin de son Nagasaki natal. D’abord effrayée à l’idée de vivre dans un pays étranger, où les Asiatiques ne ressemblent en rien aux Japonais, la petite fille va faire la rencontre d’un jeune Chinois. Au contact de ce dernier, elle va connaître l’excitation de découvrir l’inconnu et de s’ouvrir, avec son regard d’enfant, à une autre culture. Mais quand les racismes et nationalismes s’en mêlent… Leur amitié pourra-t-elle survivre à la tempête qui se prépare ?

Un pont entre les étoiles se déroule à l’aube de la guerre sino-japonaise qui éclata en 1937. Haru vient d’une famille aisée et avec ses parents, elle doit déménager en Chine pour suivre son père. Elle est effrayée par sa nouvelle terre d’accueil et vit un peu en vase clos, jusqu’à ce qu’elle rencontre Xing, un garçon aux yeux comme des billes d’argent.

Leur monde est diamétralement opposé et ils ne parlent pas la même langue. Sauf que pour Haru, Xing est un peu un magicien. Il l’amène à travers les ruelles de Shanghai pour lui faire voir le monde et dessine admirablement bien. À travers ses dessins, Haru découvre la Chine et apprend à connaître des paysages qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

« … à travers ses yeux, le monde a l’air un peu plus brillant. »

Les deux enfants deviennent rapidement amis dans un monde difficile. Ils apprennent à se connaître puis à communiquer malgré la barrière de la langue. Pouvoir enfin échanger quelques mots est un tel émerveillement pour eux! Leur amitié se développe petit à petit.

À cette époque, il ne fait pas forcément bon être japonaise en Chine et Haru l’apprend un peu à ses dépends. Avec elle et Xing, nous sommes confrontés au racisme ambiant et aussi aux gangs qui gèrent les ruelles en faisant la pluie et le beau temps. Haru doit aussi faire face à sa propre famille qui vient d’un milieu bien différent de celui de Xing.

Cette série annoncée comme une histoire en quatre tomes, aborde les conflits entre nations à travers la belle amitié de deux enfants. C’est un manga historique qui prône une certaine forme de bienveillance et de paix. Quant au dessin, je trouve que la différence entre certaines scènes crayonnées et le reste du manga est un peu trop différente. Je pense entre autres à l’arrivée de Haru à Shanghai alors que le portrait de la ville est magnifique contrairement à certaines images un peu caricaturales du père de la fillette. Même si je n’étais pas fan des dessins au départ (je leur trouve un air trop enfantin) je me suis laissée porter par l’histoire et j’ai apprécié cette lecture.

Un pont entre les étoiles est un joli manga, une belle histoire d’amitié et de courage.

Un pont entre les étoiles t.1, Kyukkyupon, éditions Akata, 200 pages, 2019