Liminal

liminalLe 21 janvier 2017 à 11h04, la mère malade de Jordan n’est toujours pas réveillée. Il ouvre la porte de sa chambre pour vérifier si tout va bien. Son regard s’ajuste sur la forme allongée dans le lit. Monica vit-elle encore ? Liminal tient dans cette seule seconde. Toute la vie revient alors en une bouffée de souvenirs, une plongée immense dans un seul mystère : être un corps. Qu’est-ce qu’un corps ? Quelles en sont les limites ? Des androïdes aux sex clubs, de l’extase mystique de Sainte Thérèse d’Avila à la castration d’une performeuse queer, au carrefour de l’autofiction, de la saga milléniale et de la pop philosophie, le récit s’organise en une prodigieuse odyssée personnelle peuplée d’artistes, de scientifiques et de marginaux magnifiques.

Liminal est une sorte d’autofiction fascinante, difficile à classer, complexe. C’est un roman étonnant, une grande réflexion dans laquelle on plonge avec l’auteur.

Le personnage principal, Jordan, entre dans la chambre de sa mère. Elle tarde à se lever et il s’inquiète. Est-elle décédée? Cet événement amène Jordan à raconter sa vie, sa relation avec sa mère, sa propre réaction face à la mort, face au corps, à ce que nous sommes. Avec philosophie et intelligence, Jordan mène de nombreuses pistes de réflexions autour du corps et de ses limites.

Pour l’auteur, chaque personne est une âme prisonnière d’un corps. La mort libère l’âme. Il se demande à quel moment la personne devient un simple corps. Il s’interroge sur ce que deviendra son propre corps après son décès. Même si l’idée est terrifiante, sa réflexion a un côté très philosophique. Il fait constamment des parallèles avec la mort et avec de nombreuses choses pour mener à bien sa réflexion autour du corps, autour de la mort, autour de ce qu’est l’humain et à quel moment son statut de « vivant » change. La manière dont le corps humain absorbe ce qui l’entoure. Le corps avec ses faiblesses, ses forces, sa honte, sa grandeur, ses hauts et ses bas.

« Tandis que je me tiens ici, je réalise que mon corps est la chose que je saisis le moins. Ce qui distingue la chose vivante que je suis de la chose sans vie que tu sembles être. Et comment puis-je seulement considérer cela comme mon propre corps, comme une chose que je possède, alors que le tien me montre que toi tu ne le possèdes pas? Tout au long de ma vie, je me suis lancé dans des relations avec des amis, des amants, des villes, relations que je savais vouées à se consumer rapidement en raison de leur intensité, et pourtant, j’ai toujours été surpris lorsqu’elles prenaient fin. Comment fait-on pour vivre une chose et l’aimer tout en sachant qu’elle échouera et finira par nous déserter? Un vaisseau se précipitant vers la mort? »

L’auteur fait également beaucoup de parallèles avec la nature et avec le monde vivant ou inanimé, toujours pour construire sa réflexion. Liminal va plus loin qu’une simple intrigue. Le roman nous apprend de nombreuses choses: sur l’entreprise lucrative qu’est devenue la mort, sur les champignons qui attaquent et tuent les fourmis, sur le monde fascinant des humanoïdes. De nombreuses discussions avec d’autres personnages portent le roman vers plusieurs questionnements: l’éternité, la rotation des choses et de la nature, le cycle vie et de mort de tout ce qui nous entoure, des grains de sable en passant par les ordinateurs.

La relation entre Jordan et sa mère est au centre du roman. L’idée de la religion est également abordée, entre sa mère très religieuse et lui, athée. Certaine confrontation avec sa mère, plus sérieuse, scientifique, parallèlement avec Jordan qui oeuvre dans le domaine du théâtre, dans un monde queer qui n’est pas forcément accepté par sa mère. Toutefois, les deux ont un grand respect l’un envers l’autre. Sa mère étudiait les possibilités scientifiques en cas de graves problèmes au cerveau, pour trouver une forme d’intelligence artificielle qui puisse prendre le relais. Cet aspect mêlant philosophie et science était fascinant et j’ai adoré cette partie du livre.

Avec Liminal, Jordan Tannahill nous amène dans une autofiction où il s’interroge sur une possible situation, la mort de sa mère, et sur ce que devient l’humain après avoir quitté la vie terrestre. Sur la place et le statut que prend alors le corps. Le personnage cherche à comprendre ce que la mort fait au corps, le lien si ténu entre la vie et le trépas.

« Tu as toujours dit que tu voulais être incinérée (simple et rapide) et conservée dans un lieu où tes amis pourraient te rendre visite. Une petite alcôve, un mur de marbre, une plaque de cuivre. Le Canada n’autorise pas ses citoyens à préparer le corps de ceux qui leur sont chers en vue de l’inhumation, ainsi que les êtres humains l’ont fait durant des millénaires. Cela nous oblige à contracter ces services auprès de professionnels, comme on fait appel à un réparateur de fournaise. Mais si tu es morte, je veux toucher ta mort avec mes mains. Je veux comprendre ton absence à travers le rituel de préparation du corps. Je me demande combien de jours je pourrai cacher ton décès à l’État? »

Le monde artistique et cinématographique prend une très grande place dans le roman au fur et à mesure que le texte avance. Il y a tout un côté queer, parfois un peu cru, très présent dans le livre. L’idée du corps et également de la mort, est au centre des réflexions qu’offre Jordan dans son autofiction.  Le roman est en quelque sorte sa vision du corps et de son évolution durant le cycle de la vie.

Liminal est un roman que j’ai aimé, qui est fascinant à plusieurs points de vue et bien souvent captivant. C’est un roman très dense qui aborde une foule de sujets. Le lecteur est rapidement emporté par les différents questionnements de Jordan et par la vie queer menée par le personnage. Cependant, ce qui saute aux yeux en commençant le roman c’est la solidité du texte et la qualité de l’écriture. L’auteur a une plume fabuleuse.

Puisqu’il s’agit d’une traduction, il faut absolument souligner le travail impeccable de Mélissa Verreault. Elle a fait un très beau travail pour nous faire découvrir l’univers coloré et rempli d’interrogations de Jordan Tannahill. La plume de Tannahill est fantastique et très surprenante. Ses idées partent régulièrement dans une sorte de douce rêverie où il remet en question l’univers qui l’entoure, toujours en lien avec le corps et la mort. Pourtant, malgré le sujet qui pourrait sembler rébarbatif, le roman est aussi prenant qu’il est fascinant.

Un premier roman étonnant tant il est difficile de le classer. Juste pour l’écriture brillante et intelligente, il vaut le détour.

Ce livre fait partie de la liste préliminaire du Prix des libraires du Québec 2020, catégorie Roman-Nouvelles-Récit hors Québec.

Liminal, Jordan Tannahill, éditions La Peuplade, 440 pages, 2019

Canyons

CanyonsIdaho, 1970. Ward, sa petite amie Gwen, et Eric, le frère jumeau de cette dernière, partent chasser sous un ciel d’azur. La vie semble sourire à ces trois jeunes gens insouciants à peine sortis de l’adolescence. Mais par un coup cruel du destin Ward tue accidentellement Gwen et anéantit ainsi à tout jamais leur avenir. Vingt-cinq ans plus tard, Ward, abîmé par l’alcool et hanté par le passé, recroise la route d’Eric. Sa rage intérieure a consumé son talent de musicien et fait le vide autour de lui. Le moment est désormais venu pour chacun d’affronter ses démons, et Ward invite Eric à une partie de chasse dans son ranch au pied des Bighorn Mountains. Les deux hommes se préparent alors à une nouvelle expédition : Ward espère y trouver sa rédemption, Eric sa vengeance.

Je l’avoue, je trouve la couverture de Canyons magnifique et c’est ce qui m’a donné envie de lire le livre. Le résumé parle d’une histoire de chasse et de ranch qui m’a également tout de suite intéressée. L’occasion de découvrir un nouvel auteur aussi. Je suis donc partie à la rencontre de Ward et d’Eric, deux amis séparés par un tragique incident de chasse. Chacun n’est plus que l’ombre de lui-même. Ward a beau être marié et père de famille, il est rongé par la culpabilité et lorsque c’est trop pour lui, il se jette dans l’alcool. Quant à Eric, il souffre d’une grande colère et d’une envie presque maladive de vengeance qui n’a jamais été assouvie. Sa vie est un fiasco. Musicien extrêmement doué, il mène pourtant une vie misérable, a trois divorces à son actif et n’arrive plus à payer ses comptes.

« Parfois les vannes s’ouvraient et la musique déferlait par mesures entières, si pure, si juste et fondamentale, la seule chose authentique que personne ne pourrait jamais lui arracher. »

Ces deux hommes ont jadis été de grands amis. Unis par Gwen que chacun aimait énormément, ils partageaient de nombreuses idées, aimaient lire et parlaient énormément de philosophie. Ward trouvait refuge dans les idées, Eric dans la musique. Gwen décédée, la culpabilité et la vengeance les ont séparés. Chacun a tenté de vivre de son côté. Tous les deux ont échoué. Une réunion d’anciens élèves les fera se retrouver à nouveau. Une rencontre qui changera tout.

Canyons raconte en fait le destin de deux hommes séparés par des sentiments diamétralement opposés, séparés par leurs choix de vie et par leur façon de poursuivre leur quotidien dans des environnements totalement différents. Il s’agit bien d’un roman de « nature writing », surtout qu’il y a de très beaux passages sur la chasse, la façon de se déplacer dans la nature et sur les paysages magnifiques qui entourent les deux hommes, mais c’est aussi une forme de réflexion sur l’amitié et le pardon.

J’ai énormément aimé ce roman qui se lit d’une traite. On entre dans le quotidien des deux amis: Eric vit en ville entouré de musique et passe son temps dans les studios, alors que Ward mène une vie de famille sur un ranch en tentant de trouver la paix, dans un lieu idyllique. Ils sont très différents et leur façon de réagir au même événement l’est tout autant. Jusqu’où peut aller la soif de vengeance d’un homme qui l’a alimentée pendant de longues années? Combien de temps peut durer le repentir d’un homme rongé par le remords d’un accident qu’il n’a pas voulu? Qu’arrive-t-il lorsque ces deux hommes se retrouvent des années après l’événement qui a marqué leurs vies à jamais et qu’ils passent un peu de temps seuls, à l’écart de tout, dans la nature sauvage?

« Le réconfort ne durait jamais. Au lieu de disparaître, son anxiété s’était accrue au fil des ans. Tant qu’il la gardait sous contrôle, la rage restait supportable, mais sitôt qu’il baissait la garde, elle s’écoulait comme de la lave en fusion. Il ne pouvait plus vivre ainsi. »

La nature peut être le lieu de bien des secrets et de bien des événements. Canyons nous amène dans une partie de chasse qui, on le sent, pourrait complètement dégénérer. Entre la beauté de la nature et les fils qui se nouent sous nos yeux, on appréhende ce qui va se passer, tout comme on imagine les lieux magnifiques de cette histoire. Le contraste est saisissant et pas seulement entre les vies et réactions des deux personnages principaux, mais aussi entre la beauté de la nature et la violence des hommes.

L’auteur décrit parfaitement bien les sentiments qui peuvent ronger le cœur des hommes une vie durant. Il donne aussi à son histoire une dimension inattendue et très humaine. Certains passages sont magnifiques. Le texte est à la fois court et pertinent, tout autant qu’il pousse à la réflexion. L’histoire débute et se termine sur un ranch. La scène d’ouverture du roman, qui se déroule plusieurs années plus tôt, donne le frisson. L’auteur joue avec une certaine forme d’angoisse. On sait que quelque chose va se produire et on sent que ce sera un point de non-retour.

« Ton combat, c’est d’essayer de vivre alors que tu ne penses pas en avoir le droit. »

Un roman fort, sur l’amitié entre deux hommes écorchés qui souffrent et sur le poids de la culpabilité. L’auteur a créé des personnages entiers, qui demeurent en tête bien longtemps après avoir tourné la dernière page. Canyons est un premier roman très réussi. J’espère que l’auteur ne s’arrêtera pas là!

Canyons, Samuel Western, éditions Gallmeister, 224 pages, 2019

Élévation

ElevationDans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite. C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien? Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

J’avais très hâte de lire ce court roman inédit de Stephen King paru en français directement en format poche. D’autant plus qu’il a mit des mois à se rendre jusqu’à nous après sa sortie en Europe. La date de sortie du roman était sans cesse repoussée. J’étais donc très contente de pouvoir enfin mettre la main dessus. Et ce fut une très belle surprise!

Élévation est un roman très différent de ce qu’on a l’habitude de lire de Stephen King. Point d’horreur ici ou de frissons, du moins pas au sens où on l’entend. Avec Élévation, King nous offre plutôt une sorte de fable sur la mort, sur ce que l’on choisi de faire de nos vies et sur les bienfaits de l’amitié et de la bienveillance. Il démontre à travers des personnages très attachants, l’importance de prendre soin des uns et des autres. C’est un très beau roman, qui fait à la fois chaud au cœur et qui a un côté touchant et triste à la fois.

L’histoire est particulière et teintée de fantastique. Scott demande l’avis de son ami médecin sur sa condition: il ne cesse de perdre du poids. Tous les jours. Tout le temps. Peu importe ce qu’il mange. C’est donc à la fois effrayant, perturbant et inquiétant.

« Personne ne pèse le même poids nu qu’habillé. C’est aussi immuable que la gravité. »

Mais Scott ne veut pas devenir une bête de foire médicale et apprend à vivre avec sa condition. Parallèlement, il fait la connaissance de ses voisines, un couple qui sort courir avec ses chiens régulièrement. Les bêtes utilisent sa pelouse comme parc à chiens pour faire leurs besoins… Si Scott commence par les confronter avec colère et frustration, il réalise vite que la ville met ses voisines à l’écart. L’homophobie bat son plein à Castle Rock et le couple en souffre. Scott prend alors le parti de les aider contre leur gré…

J’ai adoré ce roman! Il est court, se lit tout seul et nous offre une belle histoire pleine d’émotions. C’est une fable sur la mort magnifiquement bien menée. Le roman se déroule pendant mes trois fêtes préférées: l’Halloween, Thanksgiving et Noël avec l’ambiance appropriée. C’était donc la période parfaite pour le lire. Comme toujours chez King il y a ces fameux clins d’œil au reste de son oeuvre qui me font toujours sourire:

« Les citrouilles sortaient sur les perrons, chats noirs et squelettes dansaient derrière les fenêtres. À l’école primaire, on enjoignait aux enfants de marcher sur le trottoir le grand soir et de n’accepter que des bonbons enveloppés. Les lycéens se rendirent déguisés au bal annuel d’Halloween dans le gymnase, pour lequel un groupe de rock garage local, Big Top, se rebaptisa Pennywise et les clowns. »

Chaque début de chapitre est illustré des dessins de Mark Edward Geyer. Avec ce court roman, en plus des fêtes, de l’amitié, de l’homophobie et de cette étrange histoire de perte de poids, l’auteur parle aussi de course à pied puisque plusieurs pages sont consacrées à la grande course de Thanksgiving. Ce sont d’ailleurs de très très beaux passages.

Un roman intéressant à découvrir, que vous soyez un lecteur d’histoires d’horreur ou non. Une bien belle lecture, qui donne tout son sens au mot « élévation ».

Élévation, Stephen King, Le livre de poche, 160 pages, 2019

Locke & Key t.1: Bienvenue à Lovecraft

Locke and Key 1Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir… Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes… 

Locke & Key est sans doute la série de comics la plus fascinante et la mieux écrite que j’ai pu lire. Elle a d’ailleurs remporté plusieurs prix. Le scénario est original et il flotte dans l’ambiance de cette série quelque chose d’un peu effrayant. Une histoire de maison étrange et de clés encore plus étranges, c’est fascinant! C’est une histoire prenante dont on veut forcément connaître le dénouement. Les six tomes seront chroniqués ici au cours des prochaines semaines. À noter également qu’une adaptation en série sera diffusée sur Netflix début 2020. J’ai très hâte de voir comment ce sera à l’écran. Il y a certainement matière à faire une série vraiment intéressante!

Alors, qu’est-ce qui se cache derrière les portes de Keyhouse? Tyler, Bode et Kinsey débarquent dans la vieille demeure après le décès tragique de leur père. Leur mère a survécu au massacre, mais elle n’est que l’ombre d’elle-même. Tyler et Kinsey quant à eux, essaient de survivre à l’adolescence et de gérer leurs peurs et leur peine. Bode est encore un enfant. Un enfant curieux, qui trouve d’étranges clés dans la maison. Beaucoup de clés…

Ce premier tome met en place les personnages et nous montre la dynamique entre les membres de la famille. On rencontre Duncan, l’oncle qui tente de reprendre en main la famille du mieux qu’il peut depuis la mort de son frère. On apprend également ce qui s’est passé réellement le jour du massacre et comment ce terrible événement a affecté tous les membres de la famille.

« Regarde un peu ce que Bode a ramené de l’école. Il a dû illustrer ses vacances d’été. Ça commence par le meurtre de son père. Génial, non? Mon passage préféré, c’est la fin où il s’imagine qu’une porte magique lui permet de se transformer en fantôme et de se rapprocher de son père. »

Keyhouse quant à elle, fait partie prenante de l’histoire. Elle devient littéralement un personnage de l’histoire et un témoin du passé comme du présent. C’est un refuge, mais aussi le lieu de choses effrayantes. La demeure familiale a vu également le père de Tyler, Kinsey et Bode y vivre et venir y passer du temps avec ses amis à l’époque. La maison a été témoin de beaucoup d’événements. Bode, souvent laissé à lui-même et encore petit, passe beaucoup de temps à explorer les lieux. Il se retrouve seul face à des forces qu’il n’appréhende pas, des événements tragiques dont il ne mesure pas encore la portée et des êtres dangereux…

Le dessin de Gabriel Rodriguez est tout simplement fabuleux. En duo avec Joe Hill, ils maîtrisent parfaitement cette histoire fascinante et intrigante. Il s’en passe des choses à Keyhouse et les illustrations collent parfaitement à l’atmosphère des lieux. Sincèrement, leur collaboration est tout simplement parfaite!  On éprouve un grand plaisir à plonger dans cette histoire, à y découvrir les clés aux côtés de Bode et les monstres qui se cachent là où on ne s’y attend pas. On suit les bons comme les méchants en découvrant peu à peu la façon dont Keyhouse fonctionne et ce qu’elle peut éventuellement cacher ou offrir, selon le point de vue.

Ce premier tome est fascinant. C’est une super lecture qui m’a énormément enthousiasmée et je ne peux que la conseiller si vous aimez les lieux étranges et intrigants. Avec Keyhouse, vous serez servis!

La préface de ce premier tome est signé par l’auteur Robert Crais. Le volume se termine par une galerie d’illustrations signées Gabriel Rodriguez. C’est un ajout intéressant à l’album qui lui donne un aspect « collectionneur » bien agréable.

Osez-vous pousser les portes de Keyhouse? À découvrir, avant la sortie de la série!

Locke & Key t.1: Bienvenue à Lovecraft, Joe Hill & Gabriel Rodriguez, éditions Hi Comics, 168 pages, 2018

Mort et déterré t.1: Un cadavre en cavale

mort et déterré 1Dernier jour d’école. Un coup de couteau. Un adolescent assassiné. Une famille ravagée par le deuil. Six pieds sous terre, un macchabée se retourne dans sa tombe. Une évasion inattendue. Un cadavre en cavale. Un zombie en liberté. Pas facile d’être un mort-vivant par les temps qui courent !

Les livres qui parlent de la mort – surtout quand ils sont humoristiques – sont toujours intéressants car ils tentent d’aborder un aspect de la vie que personne ne connaît réellement: ce qui se passe après.

Mort et déterré aborde le sujet à travers l’histoire d’un adolescent qui trouve la mort dans des circonstances malheureuses et imprévues. Aîné d’une famille de trois enfants, bientôt quatre car sa mère attend un bébé, Yan est un adolescent comme les autres. C’est un garçon gentil et serviable, un personnage attachant. Victime d’un crime, il se retrouve six pieds sous terre. Pour une raison qu’il ignore, il reprend conscience. Et il s’ennuie. Il décide alors de jouer du clairon, puisqu’il a été enterré avec son instrument, et c’est là que toute son existence (ou plutôt sa mort) est chamboulée. Un an après son décès, Yan revient d’entre les morts à la terreur des passants et à l’enthousiasme de ses amis.

Cette bande dessinée qui peut être lue avec plaisir autant par des jeunes que par des adultes, aborde de façon humoristique la mort, le deuil, les souvenirs reliées à la personne décédée que l’on aimait. Les auteurs ont su apporter une dose de légèreté et d’humour en faisant de Yan une sorte de mort-vivant. Il y a des moments plus émouvants, lorsque la famille et les amis rendent hommage au garçon, puis des moments assez loufoques alors que du fond de sa tombe, Yan allume la lumière de sa montre pour constater les lieux autour de lui…

« Enfermé entre quatre planches, on oublie à quel point le monde est beau. »

Il y a aussi les réactions de ses amis, son passage furtif chez lui qui lui permet de voir le nouveau membre de la famille né le jour de sa mort et l’état désastreux dans lequel se retrouve ses parents, son frère et sa sœur après son départ. Malheureusement, on ne revient pas aussi facilement du monde des morts et Yan choisi de se faire discret. Car avec son apparence actuelle qui a, disons-le, un peu changée et les problèmes reliés à la loi, rien n’est plus difficile que d’être un mort-vivant. Yan commence à l’apprendre à ses dépends!

Un premier tome vraiment amusant, souvent drôle et parfois émouvant qui m’a fait passer un excellent moment. Le dessin est coloré et plaisant, les personnages sont sympathiques et j’ai bien hâte de voir où nous mènera l’histoire improbable de Yan.

À noter que cette bande dessinée est adaptée du roman du même nom de Jocelyn Boisvert. Je n’ai pas lu le roman, mais la bande dessinée est excellente et je vous la conseille. À partir de 9 ans (mais tout aussi plaisant à lire pour les adultes!)

Vivement la suite!

Mort et déterré t.1: Un cadavre en cavale, Jocelyn Boisvert & Pascal Colpron, éditions Dupuis, 48 pages, 2019