La voix des ombres

voix des ombresLa jeune Makepeace avait pourtant appris à se défendre contre les fantômes. Mais aujourd’hui, un esprit habite en elle. Il est sauvage, fort, en colère… et il est aussi son seul rempart contre la cruelle dynastie de son père. Dans un pays déchiré par la guerre, Makepeace va devoir faire un choix difficile: la liberté ou la vie.

La voix des ombres est un gros roman atypique, particulier et vraiment intéressant. Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un roman qui nous permet de s’immerger autant dans la tête d’une héroïne et qui est aussi prenant. C’est un plaisir de lecture d’un bout à l’autre. C’est un roman jeunesse qui surprend et qui détonne, tant par son sujet que par le monde dans lequel il nous plonge. Et que dire de son héroïne, Makepeace, une jeune fille particulièrement attachante, humaine et très courageuse!

Le roman se déroule principalement dans les années 1640, au moment où la tension monte entre le Parlement d’Angleterre et le roi Charles. C’est la Première révolution anglaise (ou Grande Rébellion). Makepeace a perdu sa mère et est récupérée par la famille de son père qu’elle n’a jamais connu. Elle devient alors fille de cuisine dans un grand château, fait la connaissance de son demi-frère James qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. Avec lui, elle fait le pacte de se sauver, un de ces jours. Les deux jeunes préparent leur évasion au fil du temps. Mais ce qui se passe entre les murs de pierres est terrifiant et quand Makepeace comprend le secret que cache sa famille, elle est rapidement prise au piège.

« Les humains sont des animaux étranges, qui s’adaptent toujours et finissent par s’habituer à n’importe quoi, même à l’impossible ou à l’insupportable. Avec le temps, ce qui était impensable devient normal. »

Je me suis demandé comment je parlerais de ce livre sans dévoiler certains faits de l’intrigue… C’est à peu près impossible. La quatrième de couverture résume très légèrement un aspect important de l’histoire, soit la possession et la présence de fantômes, mais l’auteure va beaucoup plus loin et c’est vraiment ce qui rend le roman intéressant.

Makepeace se retrouve au cœur d’un secret de famille, qui permet aux Fellmotte de garder pratiquement intact le savoir acquis au fil des siècles par les membres les plus éminents de la famille.

« Imaginez la grandeur que pourrait acquérir une famille si aucune expérience, aucun talent, aucun souvenir ne s’y perdait jamais. Imaginez qu’on puisse préserver toutes les personnes qui comptent. Le trésor représenté par des siècles de sagesse accumulée… »

Les Fellmotte sont une puissance dans un monde qui s’écroule. Même si la guerre fait rage, ils ont encore beaucoup de pouvoir. Le lecteur réalise rapidement que Makepeace, tout comme James ou d’autres rejetons de la famille, servent en fait la cause des Fellmotte. Pas forcément par choix, puisqu’ils ne sont pas de haut rang et ne sont que des bâtards, mais plutôt par dépit, quand la famille n’a pas d’autres réceptacles à portée de main.

« Les Felmotte ne s’occupent pas des fruits de leurs amourettes, à moins qu’ils ne se mettent à faire ces rêves, comme nous. Dans ce cas, ils nous cherchent pour nous cueillir et nous ramener ici. »

Après des années à préparer une fuite hypothétique, Makepeace se retrouve à devoir faire des choix. Elle doit sauver sa peau si elle ne veut pas être possédée. Elle utilisera son don pour faire avancer les choses, s’associera avec des gens dont les capacités l’aideront à s’en sortir et fera tout pour sauver son frère de l’emprise familiale. Elle aura dans son camp l’aide d’un ours, d’un médecin, d’un soldat déserteur et d’une ombre… Les temps sont durs, des complots se trament dans les recoins des châteaux, la guerre fait rage, les soldats sont partout sur les routes et Makepeace sera enrôlée malgré elle dans une affaire d’espionnage plutôt exaltante.

Le roman de Frances Hardinge est à la fois un roman fantastique, une vaste épopée en temps de guerre, une histoire de fantômes, une chasse aux sorcières, une fresque familiale et un portrait de l’absurdité humaine et des différentes classes sociales.

« C’était bien le monde dans toute sa sottise. Les armées pouvaient s’affronter et les hommes périr en masse, mais les deux partis s’accordaient pour estimer que le roi devait pouvoir faire laver ses bas. »

Le contexte social et historique du livre est captivant. Il n’y a pas à dire: ce roman aborde le sujet de la possession de façon peu commune en plus d’être plein de rebondissements et d’aventure. Si le début est un peu lent, il sert principalement à la mise en place du contexte, des personnages et de ce qui suivra. Le destin de Makepeace est fascinant. Cette héroïne n’a pas froid aux yeux et c’est avec un plaisir immense que nous suivons son histoire.

« Des choses importantes vous ont échappé, à force de ne pas faire attention aux gens. Et maintenant, c’est trop tard pour vous tous. Cette guerre n’est pas comme les autres que vous avez livrées. Ce qui arrive est sans précédent. C’est la fin du monde… »

En page couverture, l’auteur Patrick Ness dit: « Tout le monde doit lire Frances Hardinge. » Et je lui donne totalement raison! J’ai eu un beau coup de cœur pour La voix des ombres. L’écriture de Frances Hardinge est très visuelle. Je me dis aussi que ce livre ferait un film vraiment intéressant tant le contenu est imagé et original.

Une des belles forces de ce roman c’est d’aller au-delà du livre jeunesse classique. L’histoire est suffisamment complexe et prenante pour que les adultes y trouvent beaucoup de plaisir. L’originalité du traitement d’un sujet vieux comme le monde dans les livres, soit celui de la possession, est inattendu.

En terminant La voix des ombres, j’étais totalement conquise. Je veux maintenant lire l’autre roman de l’auteure, qui a remporté le prix Costa 2017, L’île aux mensonges. Une auteure à surveiller, définitivement!

La voix des ombres, Frances Hardinge, éditions Gallimard Jeunesse, 497 pages, 2019

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Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

cimetiere vivant

Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003

Cheval indien

cheval indienEnfermé dans un centre de désintoxication, Saul Cheval Indien touche le fond et il semble qu’il n’y ait plus qu’une seule issue à son existence. Plongé en pleine introspection, cet Ojibwé, d’origine Anishinabeg du Nord ontarien, se remémore à la fois les horreurs vécues dans les pensionnats autochtones et sa passion pour le hockey, sport dans lequel il excelle. Saul, confronté aux dures réalités du Canada des années 1960-1970, a été victime de racisme et a subi les effets dévastateurs de l’aliénation et du déracinement culturels qui ont frappé plusieurs communautés des Premières Nations.

Cheval indien est sans doute le livre le plus poignant et le plus touchant que j’ai pu lire sur les pensionnats indiens. La force du texte, son aspect poétique et l’écriture à la première personne en font un roman particulièrement puissant. L’auteur aborde le thème difficile des pensionnats indiens en parlant des séquelles et des traumatismes vécus à travers différentes générations: ceux qui y sont allés et qui en reviennent brisés, ceux qui ont perdu leur culture et ceux, comme la grand-mère de Saul, qui tentent de perpétuer les croyances et l’héritage des Anciens.

« Tout ce que je savais d’indien est mort à l’hiver 1961, celui de mes huit ans. »

Saul est un jeune amérindien qui, à cause des blancs, vit peu à peu l’éclatement de sa famille. Les débuts du roman nous racontent la vie familiale de Saul, dans la nature. Leurs croyances, les traditions de leur peuple, la façon de vivre, les techniques pour manger, se loger et vivre ensemble.

« Keewatin. C’est le nom du vent du nord. Les Anciens lui donnaient un nom parce qu’ils voyaient en lui un être vivant, une créature comme les autres. Le Keewatin prend naissance à la lisière des terres sans arbres et serre le monde entre ses doigts cruels, nés dans le sein glacé du pôle Nord. Le monde ralentit peu à peu son rythme afin que les ours et autres créatures qui hibernent remarquent l’inexorable progression du temps. »

La nature est importante, mais elle devient peu à peu le seul endroit où se cacher des blancs. La fuite devient le cœur de leur quotidien, jusqu’à ce que leur course en pleine nature se termine pour lui au pensionnat indien, où l’on tente de « casser » l’Amérindien en chacun des enfants, afin de les rendre « dignes de recevoir la bénédiction de Dieu ». Sévices, agressions, humiliations, travail forcé, coups, viols, les pensionnats indiens sont de véritables nids à torture. Les pages qui en parlent, le font avec une écriture sobre, troublante. Richard Wagamese réussit à rendre ces passages poignants. Pas parce que c’est raconté crûment, mais plutôt parce que c’est raconté avec talent et émotion, dans une langue qui nous prend aux tripes.

« J’ai été amené au pensionnat indien de St. Jerome. J’ai lu quelque part qu’il existe dans l’Univers des trous qui avalent toute la lumière, tous les corps. St. Jerome a éteint la lumière de mon monde. Derrière moi, tout ce que je connaissais s’est volatilisé dans un bruissement audible, celui de l’orignal qui disparaît au milieu des épinettes. »

Saul nous parle de ce qu’il voit et de la façon dont il tente de survivre. Sa rencontre avec le jeune prêtre Leboutilier et sa passion pour le hockey le sauveront de l’enfer du pensionnat et causeront du même coup, sa perte. Le hockey agit, du moins au début, comme un exutoire et une façon de se défouler.

« M’efforçant d’assimiler les moindres nuances du sport, j’avais l’impression de voler, de traverser le ciel sur de larges ailes. J’adorais cette sensation. J’étais un petit garçon avec des patins trop grands pour lui. Dans le monde du hockey, j’ai trouvé un chez-moi. »

Le sport comme soupape à l’horreur. Sauf que c’est aussi un monde terrible que celui du hockey, sport que ce sont approprié les blancs. Les moqueries, les bagarres, l’intimidation et la violence sont terriblement injustes. Saul se referme, devient plus agressif et le sport perd peu à peu de sa saveur.

Le roman suit Saul de l’enfance jusqu’à la mi-trentaine, du pensionnat aux équipes de hockey, en passant par la grande ville, ses addictions et ses tentatives pour se sortir des blessures qui l’accablent. Son parcours est à la fois intéressant et effrayant. Lucide, calme, profondément blessé, il nous raconte la façon dont il a tout misé sur la fuite pour tenter de survivre. Il révèle certaines choses à la fin du roman et tente enfin de mettre des mots sur ce qui l’a brisé. La chute a été douloureuse, mais il a beaucoup travaillé à tenter de se relever.

Le personnage de Saul est attachant, émouvant, droit et honnête. On ne peut que l’apprécier et vivre avec lui toute la gamme des émotions qu’il traverse. Sa passion pour le hockey est contagieuse, salvatrice, mais la vie au pensionnat est faite de violence et d’injustices. C’est difficile, souvent poignant, mais la beauté du texte et sa poésie sont deux éléments importants de ce roman.

Malgré l’histoire terrifiante derrière les pensionnats indiens, l’écriture de Wagamese est magnifique. Il nous fait comprendre le parcours de Saul et les conséquences psychologiques sur son personnage. Difficile de ne pas être touché et de ne pas se sentir concerné par ce très sombre épisode de notre histoire. De ce côté, l’auteur réussit un vrai tour de force. Parler d’un sujet très dur avec poésie et sensibilité.

Cheval indien est un roman très puissant, troublant, que chacun devrait lire pour mieux aborder l’histoire terrible des pensionnats indiens et comprendre toutes les conséquences que ça a pu avoir sur les enfants qui y ont été amenés. Des conséquences qui ont des ramifications importantes à travers les années et qui rendent complexe la possibilité pour ces jeunes devenus adultes de se construire une vie « normale ». En parler en parallèle du hockey est une bonne idée puisque c’est sans doute un des livres les plus intéressant que j’ai pu lire sur le sujet. Pour les amateurs, on retrouve d’ailleurs plusieurs mentions à des grands du hockey qu’admire Saul: Yvan Cournoyer, Maurice « Rocket » Richard, Jean Béliveau. On y parle de La Soirée du hockey, des Canadiens et des Maple Leafs. On y découvre cependant à quel point ce sport était réservé aux blancs et impitoyable envers les équipes amérindiennes…

Je vous recommande chaudement ce livre, qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Je le trouve essentiel. Lisez-le.

Le livre a été adapté au cinéma. J’ai le film à la maison et je compte le regarder bientôt. Je viendrai sans doute ajouter quelques mots dessus quand je l’aurai vu. En attendant, je vous laisse la bande annonce:

Ce livre est paru en Europe sous le titre Jeu blanc (avec un autre traducteur). Si vous avez accès aux deux éditions, lisez plutôt celle parue chez XYZ éditeur. La traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné est vraiment parfaite. J’ai eu la chance de pouvoir comparer des passages de l’autre édition grâce à une amie française. Même si le texte se ressemble, je préfère la traduction bien de chez nous. La puissance du texte me semble beaucoup plus forte. N’hésitez même pas!

Cheval indien, Richard Wagamese, XYZ éditeur, 265 pages, 2017

Navires de guerre

Navire de guerreRien de mieux qu’un peu de poésie pour parler d’un recueil de poèmes!
Le livre d’Élise Turcotte est une magie poétique ou s’entrelace l’amour, la frustration, le rêve.
Un rêve, une plume qui s’envole, qui trace toutes sortes d’arcs-en-ciel, de couleurs, de fraîcheur, de noirceur et de chaleur nous rappelant que la vie est une montagne russe dans un parc d’amusement, où on peut toucher le soleil, la lune, la mer, la rosée et la magie des mots qui nous ramènent au rêve.

Dans un imaginaire insaisissable ou l’auteure surplombe un navire de guerre immobile dans une mer morte, c’est avec une mémoire fictive remplie de silence, assaisonnée d’un désir et d’une passion inventée qu’elle nous rend ainsi possible d’accéder à son imaginaire. Le désir inventé nous permet de caresser la peau de ses mots dans la mémoire des pages blanches qui s’écrivent, meurent et recommencent. Une naissance qui s’éteint puis renaît.

L’auteur présente une plume exeptionnelle qui nous pousse à lire ce livre d’une traite, sans pause, sans répit. Elle nous hypnotise du début à la fin. On entre dans la peau d’une jeune fille qui va fantasmer, rêver et qui désire des choses qui semblent réelles mais qui ne le sont pas tout à fait. Elle fait un peu la même chose face à la mort et à ce qu’elle imagine quand elle sera plus vieille. Le recueil est fait comme si chaque fois on recommençait une nouvelle page, un nouvel imaginaire, un nouveau rêve.

Le titre provient d’un rêve d’un navire de guerre abandonné au milieu de la mer. Elle s’imagine toutes sortes de scénario en rapport avec l’amour, le regret, les grandes passions, le sexe. C’est un livre magnifiquement écrit, il y a de beaux jeux de mots et un bel entrelacement des images qu’ils provoquent.

Le contexte du livre est peu marqué au début, mais on réalise rapidement que c’est l’imaginaire qui est en fait le point d’ancrage du livre. La poésie laisse percevoir toutes sortes d’illusions, d’évasion. À travers le rêve d’un navire de guerre sorti de nulle part, une jeune fille rêve d’amour et de sensualité.

Navires de guerre nous donne l’impression que les mots virevoltent. Je ne savais pas du tout ce que j’allais entamer comme livre, étant donné qu’il m’a été offert. Comme j’aime énormément la poésie, c’était un livre bien choisi, intéressant et différent. Le titre ne relate pas ce à quoi on s’attend du livre, mais ce fut une belle surprise. L’amour, la rêvasserie, la mémoire, le silence et la passion sont au coeur du recueil.

« Y aura-t-il une image?
Ou alors comment parler d’un mouvement, celui des décors apparus, disparus, celui d’une main dans la répétition, ou alors l’histoire est un cabaret dans lequel je chantais, intensément, pour que tout revienne, pour que les traces s’écaillent miroitantes. Et maintenant, une autre ville où je n’oublie pas. »

L’écriture et le texte sont bien maitrisés. C’est une poésie très imagée, ce qui rend la lecture très intéressante. Un lecteur habitué à lire de la poésie devrait apprécier les couleurs que l’auteure apporte à son histoire. C’est peut-être une poésie moins accessible pour ceux qui n’ont pas l’habitude d’en lire. Pourtant, c’est un livre qui vaut le détour.

Navires de guerre, Élise Turcotte, Les Écrits des Forges, 61 pages, 1984