Canyons

CanyonsIdaho, 1970. Ward, sa petite amie Gwen, et Eric, le frère jumeau de cette dernière, partent chasser sous un ciel d’azur. La vie semble sourire à ces trois jeunes gens insouciants à peine sortis de l’adolescence. Mais par un coup cruel du destin Ward tue accidentellement Gwen et anéantit ainsi à tout jamais leur avenir. Vingt-cinq ans plus tard, Ward, abîmé par l’alcool et hanté par le passé, recroise la route d’Eric. Sa rage intérieure a consumé son talent de musicien et fait le vide autour de lui. Le moment est désormais venu pour chacun d’affronter ses démons, et Ward invite Eric à une partie de chasse dans son ranch au pied des Bighorn Mountains. Les deux hommes se préparent alors à une nouvelle expédition : Ward espère y trouver sa rédemption, Eric sa vengeance.

Je l’avoue, je trouve la couverture de Canyons magnifique et c’est ce qui m’a donné envie de lire le livre. Le résumé parle d’une histoire de chasse et de ranch qui m’a également tout de suite intéressée. L’occasion de découvrir un nouvel auteur aussi. Je suis donc partie à la rencontre de Ward et d’Eric, deux amis séparés par un tragique incident de chasse. Chacun n’est plus que l’ombre de lui-même. Ward a beau être marié et père de famille, il est rongé par la culpabilité et lorsque c’est trop pour lui, il se jette dans l’alcool. Quant à Eric, il souffre d’une grande colère et d’une envie presque maladive de vengeance qui n’a jamais été assouvie. Sa vie est un fiasco. Musicien extrêmement doué, il mène pourtant une vie misérable, a trois divorces à son actif et n’arrive plus à payer ses comptes.

« Parfois les vannes s’ouvraient et la musique déferlait par mesures entières, si pure, si juste et fondamentale, la seule chose authentique que personne ne pourrait jamais lui arracher. »

Ces deux hommes ont jadis été de grands amis. Unis par Gwen que chacun aimait énormément, ils partageaient de nombreuses idées, aimaient lire et parlaient énormément de philosophie. Ward trouvait refuge dans les idées, Eric dans la musique. Gwen décédée, la culpabilité et la vengeance les ont séparés. Chacun a tenté de vivre de son côté. Tous les deux ont échoué. Une réunion d’anciens élèves les fera se retrouver à nouveau. Une rencontre qui changera tout.

Canyons raconte en fait le destin de deux hommes séparés par des sentiments diamétralement opposés, séparés par leurs choix de vie et par leur façon de poursuivre leur quotidien dans des environnements totalement différents. Il s’agit bien d’un roman de « nature writing », surtout qu’il y a de très beaux passages sur la chasse, la façon de se déplacer dans la nature et sur les paysages magnifiques qui entourent les deux hommes, mais c’est aussi une forme de réflexion sur l’amitié et le pardon.

J’ai énormément aimé ce roman qui se lit d’une traite. On entre dans le quotidien des deux amis: Eric vit en ville entouré de musique et passe son temps dans les studios, alors que Ward mène une vie de famille sur un ranch en tentant de trouver la paix, dans un lieu idyllique. Ils sont très différents et leur façon de réagir au même événement l’est tout autant. Jusqu’où peut aller la soif de vengeance d’un homme qui l’a alimentée pendant de longues années? Combien de temps peut durer le repentir d’un homme rongé par le remords d’un accident qu’il n’a pas voulu? Qu’arrive-t-il lorsque ces deux hommes se retrouvent des années après l’événement qui a marqué leurs vies à jamais et qu’ils passent un peu de temps seuls, à l’écart de tout, dans la nature sauvage?

« Le réconfort ne durait jamais. Au lieu de disparaître, son anxiété s’était accrue au fil des ans. Tant qu’il la gardait sous contrôle, la rage restait supportable, mais sitôt qu’il baissait la garde, elle s’écoulait comme de la lave en fusion. Il ne pouvait plus vivre ainsi. »

La nature peut être le lieu de bien des secrets et de bien des événements. Canyons nous amène dans une partie de chasse qui, on le sent, pourrait complètement dégénérer. Entre la beauté de la nature et les fils qui se nouent sous nos yeux, on appréhende ce qui va se passer, tout comme on imagine les lieux magnifiques de cette histoire. Le contraste est saisissant et pas seulement entre les vies et réactions des deux personnages principaux, mais aussi entre la beauté de la nature et la violence des hommes.

L’auteur décrit parfaitement bien les sentiments qui peuvent ronger le cœur des hommes une vie durant. Il donne aussi à son histoire une dimension inattendue et très humaine. Certains passages sont magnifiques. Le texte est à la fois court et pertinent, tout autant qu’il pousse à la réflexion. L’histoire débute et se termine sur un ranch. La scène d’ouverture du roman, qui se déroule plusieurs années plus tôt, donne le frisson. L’auteur joue avec une certaine forme d’angoisse. On sait que quelque chose va se produire et on sent que ce sera un point de non-retour.

« Ton combat, c’est d’essayer de vivre alors que tu ne penses pas en avoir le droit. »

Un roman fort, sur l’amitié entre deux hommes écorchés qui souffrent et sur le poids de la culpabilité. L’auteur a créé des personnages entiers, qui demeurent en tête bien longtemps après avoir tourné la dernière page. Canyons est un premier roman très réussi. J’espère que l’auteur ne s’arrêtera pas là!

Canyons, Samuel Western, éditions Gallmeister, 224 pages, 2019

Élévation

ElevationDans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite. C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien? Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

J’avais très hâte de lire ce court roman inédit de Stephen King paru en français directement en format poche. D’autant plus qu’il a mit des mois à se rendre jusqu’à nous après sa sortie en Europe. La date de sortie du roman était sans cesse repoussée. J’étais donc très contente de pouvoir enfin mettre la main dessus. Et ce fut une très belle surprise!

Élévation est un roman très différent de ce qu’on a l’habitude de lire de Stephen King. Point d’horreur ici ou de frissons, du moins pas au sens où on l’entend. Avec Élévation, King nous offre plutôt une sorte de fable sur la mort, sur ce que l’on choisi de faire de nos vies et sur les bienfaits de l’amitié et de la bienveillance. Il démontre à travers des personnages très attachants, l’importance de prendre soin des uns et des autres. C’est un très beau roman, qui fait à la fois chaud au cœur et qui a un côté touchant et triste à la fois.

L’histoire est particulière et teintée de fantastique. Scott demande l’avis de son ami médecin sur sa condition: il ne cesse de perdre du poids. Tous les jours. Tout le temps. Peu importe ce qu’il mange. C’est donc à la fois effrayant, perturbant et inquiétant.

« Personne ne pèse le même poids nu qu’habillé. C’est aussi immuable que la gravité. »

Mais Scott ne veut pas devenir une bête de foire médicale et apprend à vivre avec sa condition. Parallèlement, il fait la connaissance de ses voisines, un couple qui sort courir avec ses chiens régulièrement. Les bêtes utilisent sa pelouse comme parc à chiens pour faire leurs besoins… Si Scott commence par les confronter avec colère et frustration, il réalise vite que la ville met ses voisines à l’écart. L’homophobie bat son plein à Castle Rock et le couple en souffre. Scott prend alors le parti de les aider contre leur gré…

J’ai adoré ce roman! Il est court, se lit tout seul et nous offre une belle histoire pleine d’émotions. C’est une fable sur la mort magnifiquement bien menée. Le roman se déroule pendant mes trois fêtes préférées: l’Halloween, Thanksgiving et Noël avec l’ambiance appropriée. C’était donc la période parfaite pour le lire. Comme toujours chez King il y a ces fameux clins d’œil au reste de son oeuvre qui me font toujours sourire:

« Les citrouilles sortaient sur les perrons, chats noirs et squelettes dansaient derrière les fenêtres. À l’école primaire, on enjoignait aux enfants de marcher sur le trottoir le grand soir et de n’accepter que des bonbons enveloppés. Les lycéens se rendirent déguisés au bal annuel d’Halloween dans le gymnase, pour lequel un groupe de rock garage local, Big Top, se rebaptisa Pennywise et les clowns. »

Chaque début de chapitre est illustré des dessins de Mark Edward Geyer. Avec ce court roman, en plus des fêtes, de l’amitié, de l’homophobie et de cette étrange histoire de perte de poids, l’auteur parle aussi de course à pied puisque plusieurs pages sont consacrées à la grande course de Thanksgiving. Ce sont d’ailleurs de très très beaux passages.

Un roman intéressant à découvrir, que vous soyez un lecteur d’histoires d’horreur ou non. Une bien belle lecture, qui donne tout son sens au mot « élévation ».

Élévation, Stephen King, Le livre de poche, 160 pages, 2019

Locke & Key t.1: Bienvenue à Lovecraft

Locke and Key 1Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir… Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes… 

Locke & Key est sans doute la série de comics la plus fascinante et la mieux écrite que j’ai pu lire. Elle a d’ailleurs remporté plusieurs prix. Le scénario est original et il flotte dans l’ambiance de cette série quelque chose d’un peu effrayant. Une histoire de maison étrange et de clés encore plus étranges, c’est fascinant! C’est une histoire prenante dont on veut forcément connaître le dénouement. Les six tomes seront chroniqués ici au cours des prochaines semaines. À noter également qu’une adaptation en série sera diffusée sur Netflix début 2020. J’ai très hâte de voir comment ce sera à l’écran. Il y a certainement matière à faire une série vraiment intéressante!

Alors, qu’est-ce qui se cache derrière les portes de Keyhouse? Tyler, Bode et Kinsey débarquent dans la vieille demeure après le décès tragique de leur père. Leur mère a survécu au massacre, mais elle n’est que l’ombre d’elle-même. Tyler et Kinsey quant à eux, essaient de survivre à l’adolescence et de gérer leurs peurs et leur peine. Bode est encore un enfant. Un enfant curieux, qui trouve d’étranges clés dans la maison. Beaucoup de clés…

Ce premier tome met en place les personnages et nous montre la dynamique entre les membres de la famille. On rencontre Duncan, l’oncle qui tente de reprendre en main la famille du mieux qu’il peut depuis la mort de son frère. On apprend également ce qui s’est passé réellement le jour du massacre et comment ce terrible événement a affecté tous les membres de la famille.

« Regarde un peu ce que Bode a ramené de l’école. Il a dû illustrer ses vacances d’été. Ça commence par le meurtre de son père. Génial, non? Mon passage préféré, c’est la fin où il s’imagine qu’une porte magique lui permet de se transformer en fantôme et de se rapprocher de son père. »

Keyhouse quant à elle, fait partie prenante de l’histoire. Elle devient littéralement un personnage de l’histoire et un témoin du passé comme du présent. C’est un refuge, mais aussi le lieu de choses effrayantes. La demeure familiale a vu également le père de Tyler, Kinsey et Bode y vivre et venir y passer du temps avec ses amis à l’époque. La maison a été témoin de beaucoup d’événements. Bode, souvent laissé à lui-même et encore petit, passe beaucoup de temps à explorer les lieux. Il se retrouve seul face à des forces qu’il n’appréhende pas, des événements tragiques dont il ne mesure pas encore la portée et des êtres dangereux…

Le dessin de Gabriel Rodriguez est tout simplement fabuleux. En duo avec Joe Hill, ils maîtrisent parfaitement cette histoire fascinante et intrigante. Il s’en passe des choses à Keyhouse et les illustrations collent parfaitement à l’atmosphère des lieux. Sincèrement, leur collaboration est tout simplement parfaite!  On éprouve un grand plaisir à plonger dans cette histoire, à y découvrir les clés aux côtés de Bode et les monstres qui se cachent là où on ne s’y attend pas. On suit les bons comme les méchants en découvrant peu à peu la façon dont Keyhouse fonctionne et ce qu’elle peut éventuellement cacher ou offrir, selon le point de vue.

Ce premier tome est fascinant. C’est une super lecture qui m’a énormément enthousiasmée et je ne peux que la conseiller si vous aimez les lieux étranges et intrigants. Avec Keyhouse, vous serez servis!

La préface de ce premier tome est signé par l’auteur Robert Crais. Le volume se termine par une galerie d’illustrations signées Gabriel Rodriguez. C’est un ajout intéressant à l’album qui lui donne un aspect « collectionneur » bien agréable.

Osez-vous pousser les portes de Keyhouse? À découvrir, avant la sortie de la série!

Locke & Key t.1: Bienvenue à Lovecraft, Joe Hill & Gabriel Rodriguez, éditions Hi Comics, 168 pages, 2018

Mort et déterré t.1: Un cadavre en cavale

mort et déterré 1Dernier jour d’école. Un coup de couteau. Un adolescent assassiné. Une famille ravagée par le deuil. Six pieds sous terre, un macchabée se retourne dans sa tombe. Une évasion inattendue. Un cadavre en cavale. Un zombie en liberté. Pas facile d’être un mort-vivant par les temps qui courent !

Les livres qui parlent de la mort – surtout quand ils sont humoristiques – sont toujours intéressants car ils tentent d’aborder un aspect de la vie que personne ne connaît réellement: ce qui se passe après.

Mort et déterré aborde le sujet à travers l’histoire d’un adolescent qui trouve la mort dans des circonstances malheureuses et imprévues. Aîné d’une famille de trois enfants, bientôt quatre car sa mère attend un bébé, Yan est un adolescent comme les autres. C’est un garçon gentil et serviable, un personnage attachant. Victime d’un crime, il se retrouve six pieds sous terre. Pour une raison qu’il ignore, il reprend conscience. Et il s’ennuie. Il décide alors de jouer du clairon, puisqu’il a été enterré avec son instrument, et c’est là que toute son existence (ou plutôt sa mort) est chamboulée. Un an après son décès, Yan revient d’entre les morts à la terreur des passants et à l’enthousiasme de ses amis.

Cette bande dessinée qui peut être lue avec plaisir autant par des jeunes que par des adultes, aborde de façon humoristique la mort, le deuil, les souvenirs reliées à la personne décédée que l’on aimait. Les auteurs ont su apporter une dose de légèreté et d’humour en faisant de Yan une sorte de mort-vivant. Il y a des moments plus émouvants, lorsque la famille et les amis rendent hommage au garçon, puis des moments assez loufoques alors que du fond de sa tombe, Yan allume la lumière de sa montre pour constater les lieux autour de lui…

« Enfermé entre quatre planches, on oublie à quel point le monde est beau. »

Il y a aussi les réactions de ses amis, son passage furtif chez lui qui lui permet de voir le nouveau membre de la famille né le jour de sa mort et l’état désastreux dans lequel se retrouve ses parents, son frère et sa sœur après son départ. Malheureusement, on ne revient pas aussi facilement du monde des morts et Yan choisi de se faire discret. Car avec son apparence actuelle qui a, disons-le, un peu changée et les problèmes reliés à la loi, rien n’est plus difficile que d’être un mort-vivant. Yan commence à l’apprendre à ses dépends!

Un premier tome vraiment amusant, souvent drôle et parfois émouvant qui m’a fait passer un excellent moment. Le dessin est coloré et plaisant, les personnages sont sympathiques et j’ai bien hâte de voir où nous mènera l’histoire improbable de Yan.

À noter que cette bande dessinée est adaptée du roman du même nom de Jocelyn Boisvert. Je n’ai pas lu le roman, mais la bande dessinée est excellente et je vous la conseille. À partir de 9 ans (mais tout aussi plaisant à lire pour les adultes!)

Vivement la suite!

Mort et déterré t.1: Un cadavre en cavale, Jocelyn Boisvert & Pascal Colpron, éditions Dupuis, 48 pages, 2019

Les sept morts d’Evelyn Hardcastle

Les sept morts d'Evelyn HardcastleCe soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Tout au long de ma lecture de ce roman atypique, étrange, intrigant, bizarre et mystérieux, je me suis posé la même question: comment vais-je en parler sans dire quelque chose qui viendrait gâcher le plaisir de lecture? Je commence l’écriture de ce billet en ne sachant absolument pas comment je vais m’y prendre, surtout parce que je pense qu’il faut commencer Les sept morts d’Evelyn Hardcastle en sachant le moins de choses possibles.

« La certitude a été la première chose que Blackheath m’a prise. »

Alors… L’éditeur présente ce roman comme un mélange d’Agatha Christie, de Downton Abbey et du film Un jour sans fin (Le jour de la marmotte au Québec). Et c’est plutôt juste. Je rajouterais aussi que ça ressemble à un jeu de Clue où les règles ne sont pas claires et où on ne résout pas l’énigme de façon linéaire. Sauf qu’en commençant ce roman, vous ne vous attendez pas à ce que vous allez y trouver. Ici, il est à peu près impossible de deviner de quoi sera fait la page suivante. Parce que l’auteur nous mène en bateau. On se creuse la tête pendant plus de 500 pages.

« À quel point faut-il être perdu pour laisser le diable vous indiquer votre chemin? »

Il est impossible de parler de la structure de ce roman ou de ce qui arrive aux personnages sans divulguer ce qui fait l’originalité et la curiosité de cette histoire. Je peux cependant vous dire certaines petites choses.

Le roman s’ouvre sur une étrange scène où un homme crie le nom d’une femme, en ne sachant pas où il est ni qui il est. Il est en quelque sorte amnésique. C’est le début d’un roman très particulier…

« Si ce n’est pas l’enfer, le diable prend à coup sûr des notes. »

On retrouve effectivement l’atmosphère de Downton Abbey dans le livre. La famille riche qui cultive beaucoup de secrets, les différences entre les classes sociales, la hiérarchie entre les invités et les domestiques. Nous sommes à Blackheath House, une immense demeure laissée à l’abandon et un bal masqué s’y prépare. La demeure sera rouverte pour les festivités. Le début du livre présente un plan des chambres de la grande demeure et les noms de ceux qui y résident. Ici, on se croirait dans le jeu Clue. C’est intrigant. Surtout qu’un drame s’est produit dans les mêmes lieux il y a des années et qu’on demande aux invités de ne pas aborder le sujet pour épargner la famille.

L’histoire est faite d’enquêtes, de crimes déjà commis ou à commettre, de doutes. Tout le monde est suspect. Tout le monde est étrange. Blackheath House est un drôle d’endroit, jusqu’à ce qu’on comprenne peu à peu ce qui se passe. Le dénouement complet se fait dans les dernières pages. Moi, je ne m’y attendais pas. À vrai dire, je ne me rappelle pas avoir déjà lu un livre semblable.

Officiellement, nous rencontrons pour la première fois le personnage mentionné en quatrième de couverture, Aiden Bishop, seulement à la page 142 du livre. En plus, aucun des personnages de ce roman n’est vraiment ce qu’il semble être ou ce qu’il prétend être. Pendant votre lecture, ne vous fiez jamais aux apparences.

Les petits messages bizarrement prémonitoires sont légion à travers les pages de ce roman, pour notre plus grand plaisir. Les armes, l’alcool et les drogues aussi. Blackheath House est le lieu de beaucoup trop de crimes, toujours sous le couvert d’une riche classe sociale qui garde intactes les apparences. (Mais, les apparences sont trompeuses, n’est-ce pas?)

« La partie de chasse débute dans une demi-heure et je ne peux pas la rater. J’ai trop de questions, et la plupart des réponses porteront des fusils. »

En commençant la lecture du roman de Stuart Turton, il faut avoir l’esprit ouvert. Être prêt à être déboussolé, perdu, à se poser des questions, à être surpris, à ne pas tout comprendre du premier coup et à rester concentré. C’est un roman qui est parfois un peu exigeant à cause de la flexibilité du temps qu’utilise l’auteur, mais qui est tellement intrigant qu’on est surpris à chaque chapitre. Et ça reste passablement rare pour être souligné.

« La colère brûle dans chacun de ses mots. Je ne puis qu’imaginer ce que ça doit faire d’être tellement préoccupé par l’avenir qu’on est pris par surprise par le présent. »

Si l’expérience assez particulière vous tente, si vous voulez lire quelque chose qui se démarque et sort vraiment de l’enquête traditionnelle, ce bouquin est pour vous!
Vous allez être… surpris! Ou au moins, très intrigué.

(Et si ce n’est pas le cas, j’avoue que je ne sais pas ce que ça vous prend…)

Bonne visite à Blackheath House!

Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton, éditions Sonatine, 539 pages, 2019