Sapiens t. 2: Les piliers de la civilisation

Avec la révolution agricole, les Sapiens cohabitent non plus par dizaines d’individus, mais par millions… Pour se nourrir, partager des informations et simplement vivre ensemble, les humains érigent alors les piliers de la civilisation, mais tombent aussi dans un piège dont nous ne sommes pas encore sortis! Et si notre présent s’était joué il y a 12 000 ans ?

J’avais adoré ma lecture de Sapiens: la naissance de l’humanité qui était vraiment passionnante. J’avais donc très hâte de lire le second tome pour poursuivre ma découverte de l’histoire de l’évolution de Sapiens et donc, de notre monde. J’ai débuté la lecture de ce second volet qui ne pas m’a déçu du tout. Je l’ai tout autant adoré que le premier. Il faut dire que la formule demeure la même et que c’est vraiment bien construit justement pour apprendre une foule de choses.

Dans ce second tome, on retrouve les mêmes « personnages » principaux que dans le premier tome, soit l’auteur, Yuval, accompagné de différents scientifiques. À leurs côtés, nous abordons les débuts de la révolution agricole et le développement des différentes civilisations. La bande dessinée aborde plusieurs grands thèmes autour de l’évolution de Sapiens, thèmes qui vont dans la continuité de ce que nous avons découvert dans le premier volet. On apprend beaucoup de choses sur la sédentarisation, la domestication des animaux, l’industrie laitière, l’esclavage, l’écriture, la bureaucratie et les hiérarchies sociales. Pendant la révolution agricole, la nourriture se fait également moins rare. Puisqu’elle est plus facilement accessible, les couples ont plus d’enfants, il y a donc plus de gens dans un plus petit espace et les sociétés se développent et s’agrandissent. 

L’auteur parle également de ce qu’on appelle les ordre imagés. Ils servent à donner une cohérence à la société en lui imposant des règles, des lois et donc, en facilitant la gestion d’un grand groupe d’humains. Cela permet une meilleure coopération. De là, la création des hiérarchies.

« Comment amener les gens à croire à un ordre imaginé? Premièrement… Il faut que tous les individus concernés soient convaincus que les ordres imaginés n’ont rien d’imaginaire. Vous ne devez jamais reconnaître que c’est une invention humaine. Il faut affirmer que l’ordre qui soutient la société est une réalité objective… créée par les grands dieux ou les lois de la nature. »

En formant des sociétés, de grandes civilisations, des groupes, des modèles à suivre, l’homme devient plus fort et donc, c’est ce qui lui permet de se démarquer des autres êtres vivants. Ça apporte des points positifs mais également des points négatifs. La notion de temps, de l’usage qu’on en fait, amène des problèmes et des maladies. Un retour en arrière est donc quasi-impossible, notre savoir ayant été dilué, chacun ayant une spécialité propre dans la société. Beaucoup plus qu’à l’époque des premiers hommes où de grandes connaissances de survie, de recherche de nourriture et de l’environnement étaient indispensables.

L’agriculture afin de se nourrir ainsi que la sédentarisation permettent éventuellement le développement des chiffres et des lettres. On voit alors l’émergence de l’écriture, de la comptabilité et de la bureaucratie. Toutes ces nouvelles réalités amènent du même coup plusieurs inégalités, par exemple les travailleurs manuels par rapport aux dirigeants, l’accession variable aux richesses et à de meilleurs conditions de vie. 

« Les fourrageurs n’ont jamais eu besoin de se souvenir ni de traiter de grandes quantités de données mathématiques. Car un fourrageur n’avait pas besoin de se rappeler le nombre exact de fruits sur chaque arbre de la forêt. Le cerveau humain n’a donc jamais été adapté au stockage et au traitement des chiffres. Voilà pourquoi, même après la révolution agricole, Sapiens rencontra de réelles difficultés à fonder de grands royaumes et des empires. »

L’auteur emploie ici les mêmes procédés que dans le premier tome pour nous relater l’évolution de l’humanité. On y retrouve par exemple plusieurs ajouts à même la bd. Je pense à ces histoires intitulées Les nouvelles aventures de Bill et Cindy qui sont des bd ressemblant aux Pierrafeu, qui nous racontent le passé afin de mieux comprendre, en humour, ceux qui nous ont précédés et l’évolution de l’humain. L’ajout de contenu supplémentaire permet de saisir un peu mieux le concept de l’évolution et les révolutions qui ont apportées de grands changements chez l’homme. 

Sapiens est vraiment une série que je vous conseille. C’est abordable, accessible, facile à comprendre. On passe un très bon moment à découvrir l’évolution de Sapiens et à mieux saisir d’où l’on vient. Le dessin me plaît aussi beaucoup.

Une bd vraiment passionnante et instructive où l’on apprend énormément de choses. Il y aura un troisième tome qui parlera de la façon dont Sapiens tente de conquérir et d’unifier la planète. J’ai déjà hâte de le lire!

Mon avis sur le premier tome.

Sapiens t. 2: Les piliers de la civilisation, Yuval Noah Harari, David Vandermeulen, Daniel Casanave, éditions Albin Michel, 260 pages, 2021

La Traversée des temps t.1 – Paradis perdus

Cette Traversée des temps affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.
Paradis perdus lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Paradis perdus est le premier tome de cette série qui comprendra huit tomes et offriront un panorama de l’histoire de l’humanité. C’est donc à un vrai monument que l’on s’attaque en commençant ce livre. Pour le moment deux tomes sont parus (le second est d’ailleurs dans ma pile à lire) et les autres sont à venir. L’auteur a travaillé des années, soit trente ans, sur ce projet titanesque de raconter l’histoire de l’humanité, d’un monde à l’autre, à travers les siècles les civilisations. Chaque titre parlera d’une période importante pour l’histoire humaine.

Ce premier tome commence alors que Noam, né il y a 8 mille ans, se réveille dans notre monde d’aujourd’hui. La vie a bien changée depuis l’époque de Noam. Ayant parcouru plusieurs ères, Noam parle de nombreuses langues et découvre notre société avec son réchauffement climatique, ses guerres, le chaos social, la technologie qu’il ne connaît pas.

L’essentiel du roman se concentre sur Noam et sa vie à l’époque. On apprend à connaître son entourage et la façon dont son peuple vivait. Il nous raconte la relation avec son père, un personnage détestable, un homme égocentrique dont le fils n’a pas vraiment d’importance pour lui. Le père et le fils sont très différents. Noam est un personnage qui se questionne continuellement alors que son père crée beaucoup de tensions familiales et il est craint par son peuple. Il réussit à instaurer la peur dans son entourage.
Noam quittera alors son peuple pour échapper à tout cela et ira retrouver son oncle, un géant et chasseur qui vit dans la nature. Le conflit entre Noam et son père va l’amener à voir autre chose, à aller au-delà de ce qu’il connaît. C’est l’occasion de s’ouvrir sur un autre monde pour mieux appréhender le sien. On apprend beaucoup de choses sur leurs différents clans, sur la survie, sur la façon dont la vie devrait être: plus libre et plus posée. Son oncle est sage et lui apprendra beaucoup de choses.

« La Nature nécessite la mort afin de perpétuer la vie. Regarde autour de toi. Cette forêt existe depuis toujours et se nourrit d’elle-même. Examine! Aucun débris, rien d’inutile. Ni les excréments, ni les cadavres, ni les pourritures. Des ramures sont tombés, dont la moisissure a engraissé les plantes, les champignons, les vers. Des animaux sont tombés et leurs chairs, leurs pelages, leurs os ont restauré leurs congénères. Lorsque tu marches au milieu des broussailles, des bruyères, et des surgeons entrelacés, tes pieds foulent les mille forêts précédentes. Les feuilles mortes forment des feuilles vivantes, la jeune tige jaillit d’une décomposition. Chaque chute produit une pousse, chaque disparition grossit l’être. Il n’y a pas de défaites. La Nature ne connaît ni arrêt ni fin puisqu’elle recycle en enchaînant les formes nouvelles. La mort, c’est ce par quoi la vie renaît, persévère et se développe. »

On retrouve dans Paradis perdus des liens avec l’histoire de l’Arche de Noé. On y voit donc des aspects se rapprochant de l’histoire biblique et de l’histoire de l’humanité. Pendant le roman, on va revenir à notre époque actuelle à quelques reprises, surtout au début et à la fin du livre, ce qui amène une nouvelle perception de l’histoire. L’auteur crée donc un roman foisonnant qui nous happe et nous amène à découvrir l’humanité d’une autre façon, toujours à travers le prisme de la fiction. Le lecteur va vivre aux côtés de Noam et de son clan, il va voir le fonctionnement de son peuple, les liens entre les personnages, la façon dont la hiérarchie fonctionne, les décisions sociales et politiques qui sont prises et la façon dont son monde est géré.

« Pannoam nous fait ce qu’il fait aux mouflons, aux chèvres, aux aurochs, aux chiens: il nous transforme en troupeau docile. En même temps que l’animal domestique, il invente l’homme domestique. La soumission gagne du terrain. Plus personne ne vit libre. »

Roman historique, chronique familiale, roman d’amour, ce livre est étonnant. C’est un roman sur l’histoire, sur l’évolution, mais aussi la grande histoire d’un homme. On vit les tensions qu’il vit, la tendresse qu’il éprouve pour son oncle qui lui est précieux, son amour pour Noura, même si cette dernière est un personnage changeant et difficile à cerner. Noam est le personnage central de cette grande épopée, mais j’ai beaucoup aimé Barak, qui reste mon préféré. Divertissant et drôle, il me plaisait beaucoup. Quant à Noam, c’est un personnage bon et attachant, dont on suit les aventures avec plaisir.

J’ai bien apprécié ma lecture. L’écriture de Schmitt est toujours très belle. J’aime énormément le lire pour le plaisir de retrouver sa plume. Le livre se lit très bien. Toutefois, à certains moments, vers la fin, le livre manquait légèrement d’un petit quelque chose pour nous pousser à lire la suite. J’ai hâte de voir la façon dont le second tome se déroulera, je suis très curieux de m’y plonger pour justement voir de quelle façon l’histoire prendra forme au fil du temps. Comme Noam ne vieillit plus, je me demande ce qu’il adviendra de lui puisque les autres autour continuent de vieillir. Le statut de Noam est intrigant. Pourquoi est-il «immortel»? Pour quelle raison est-il ici, de nos jours? Pourquoi cesse t’il de vieillir? On apprend au fil des pages certaines des raisons qui l’ont mené là. Certaines choses demeurent nébuleuses et j’ai hâte de voir ce qu’il adviendra de lui dans les autres tomes.

Le personnage de Noam est un lien continu entre les mondes. On peut le percevoir comme une sorte de fil conducteur entre son monde et notre époque d’aujourd’hui. Malgré les liens que l’on peut faire avec la Bible, ici avec le déluge par exemple, Paradis perdus n’est pas du tout un roman qui parle de religion. On en perçoit simplement les liens. Le regard qu’il pose sur notre monde d’aujourd’hui est intéressant. Il doit mentir pour ne pas se faire découvrir, afin de passer incognito, tant son histoire est incroyable. La confrontation de ces deux mondes et le regard que Noam pose sur son histoire personnelle sont intéressants à découvrir. Confronter les différents mondes à travers le temps permet à l’auteur de faire une synthèse intéressante de notre évolution en bâtissant sa propre idée, ancrée dans son imaginaire. Une sorte de réécriture de l’histoire de l’humanité.

Un travail assurément colossal!

La Traversée des temps t.1 – Paradis perdus, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 576 pages, 2021

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone

Si les loups terrifient les personnages des contes de fées, leur histoire porte en elle une magie sauvage qui a autrefois permis de restaurer une terre stérile. Quatorze Loups nous raconte cela : d’abord l’expérience de réensauvagement menée avec succès en 1995 dans le parc américain de Yellowstone, d’où l’espèce avait été chassée par les hommes ; puis les effets bénéfiques de cette réintroduction sur l’ensemble de l’écosystème. Les peintures de Jenni Desmond incarnent magnifiquement cette meute de loups et évoquent, dans des planches plus naturalistes, l’équilibre écologique et les actions de réensauvagement.

Cet album de Catherine Barr, illustré par Jennifer Desmond, est une vraie petite merveille! J’ai tout aimé de ce livre: l’histoire vraie qu’il raconte, les splendides illustrations et le format de l’album, agréable à manipuler.

Ce livre raconte l’expérience de réintroduction des loups dans le parc de Yellowstone, alors qu’ils avaient tous disparus, tués et chassés. S’attaquant parfois au bétail, les bêtes ont été pourchassés, en une véritable chasse aux sorcières. On les a aussi chassés pour leur fourrure. Quand ils ont totalement disparus, c’est tout l’écosystème qui en a été perturbé. Il aura fallu des années, jusqu’en 1995, avant que l’on décide de tenter le tout pour le tout: la réintégration du loup à Yellowstone, en espérant rétablir le fragile équilibre de la nature. Cet album documentaire présente ce qui a été fait pour amener les bêtes à y vivre de nouveau et ce que les loups, les premiers qui ont été réintégrés, sont devenus au fil du temps.

« Le loup suscite autant de peur que d’admiration. Dans les contes de fées, le hurlement du loup fait frémir les uns, et courir les autres à leur porte pour la fermer à double tour. Mais pour beaucoup, la plainte lancinante du loup est riche d’une magie sauvage – une magie qui, un jour, a redonné vie à une contrée désolée. »

Au fil des pages et des images, on découvre également les paysages époustouflants de la nature sauvage et du parc de Yellowstone. Des images de forêts, de bêtes sauvages, de la façon dont les espèces cohabitent entre elles et des paysages enneigés ou verdoyants. Si on aime la nature, on est plus que servis avec cet album. Ce livre jeunesse (à partir de six ans) convient parfaitement bien à tout le monde. Visuellement, c’est splendide! Les peintures de Jennifer Desmond sont délicates, magnifiques et nous plongent en pleine nature sauvage, à travers le passage des quatre saisons. J’ai adoré le visuel du texte qui donne l’impression d’être écrit à la main et de se fondre par moments dans le paysage.

L’ouvrage est excellent pour expliquer avec simplicité pourquoi la disparition d’une seule espèce peut avoir de graves répercussions sur tout un écosystème, incluant la flore, la faune et l’être humain. Elle peut modifier le paysage, le cours des rivières, chasser toutes sortes d’animaux et d’oiseaux, détruire des arbres. En quelques pages, on réalise tout de suite comment fonctionne le cycle de la nature.

Le livre aborde également ce qui a suivi la réintégration des loups: les changements écologiques, la réapparition d’autres animaux qui avaient déserté le parc, le fonctionnement des nouvelles meutes de loups qui se sont naturellement formées après leur intégration et les nouvelles portées qui ont contribué à la survie de l’espèce jusqu’à aujourd’hui. Les auteures nous donnent aussi des nouvelles des premiers loups qui ont été les pionniers du réensauvagement du parc de Yellowstone. Elles donnent aussi des exemples de réintroduction qui ont été de belles réussites, ailleurs dans le monde.

J’ai toujours été fascinée par Yellowstone et par les loups. Ce livre était donc tout trouvé pour moi. J’ai eu tellement de plaisir à lire et regarder cet album, qu’il aura une place de choix dans ma bibliothèque. Un gros coup de cœur!

Quatorze loups pour réensauvager Yellowstone, Catherine Barr, Jenni Desmond, éditions Albin Michel Jeunesse, 56 pages, 2021

Les évadés

« Comme je crois l’avoir dit, en prison tout le monde est innocent. Pendant tout le temps que j’ai passé là-bas, j’ai cru à l’innocence de moins de dix hommes. Andy Dufresne était l’un d’eux. »

Condamné à une peine de prison à perpétuité après le meurtre de sa femme et de l’amant de celle-ci, Andy Dufresne, jeune banquier, purge sa peine au pénitencier de Shawshank.

Les évadés de Stephen King a d’abord été publié dans le recueil Différentes saisons sous le titre Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank. Cette lecture s’est avérée être un gros coup de cœur. Je garde un très vague souvenir du film, À l’ombre de Shawshank, sorti en 1994. Je me demande si je l’ai vu… je n’en suis pas certaine même si les images me sont familières. Quoiqu’il en soit, j’ai eu un gros coup de cœur pour le livre. Cette histoire est à la fois fascinante, dérangeante et extraordinaire.

L’histoire se déroule à la fin des années 40 et au début des années 50. Elle est racontée par Red, un prisonnier qui est en fait un pourvoyeur. Il s’occupe de trouver aux autres prisonniers ce dont ils ont besoin, n’importe quoi, moyennant de l’argent. Il fait alors la connaissance d’un petit nouveau, Andy, jeune, beau, ancien banquier et géologue amateur condamné pour le meurtre de sa femme et de l’amant de celle-ci. À travers les yeux de Red nous découvrons l’histoire d’Andy.

« Je commençais à apprécier son style sobre et tranquille. Quand on s’est payé dix ans de vacarme infernal, ce qui était mon cas, on en a sacrément marre des gueulards, des vantards et des frimeurs. Oui, je crois qu’on peut honnêtement dire qu’Andy m’a plu dès le premier jour. »

On apprend ce qui s’est passé pour qu’il atterrisse en prison, ce qu’il a vécu lors de son incarcération, sa façon de faire face à la violence et le moment où le vent a tourné pour lui. Sa position en prison a changée. Il a su mettre à profit ses connaissances au service des autres. Il s’occupera même de la bibliothèque de la prison pendant des années. En nous racontant l’histoire d’Andy, Red brosse du même coup un portrait de la vie rude et difficile en cellule, où tout est monnayable et où les agressions sont légion.

Les évadés est un roman qui a su beaucoup me toucher. C’est un livre incroyable et en même temps, c’est l’histoire d’une grande amitié et de la survie dans un milieu hostile et complexe.

« Andy était cette part de moi qu’ils n’ont jamais pu enfermer. »

Je ne veux pas raconter trop de choses sur ce roman car si vous n’en connaissez pas encore l’histoire, il est vraiment intéressant d’en découvrir peu à peu les détails au fil des pages et de ce que nous raconte Red. J’ai trouvé la construction de cette histoire très forte. Je crois que, de tous les livres du King dans la collection Wiz, celui-ci est mon préféré. La narration fait toute la différence dans ce livre, vu que l’histoire nous est racontée par une autre personne. On veut découvrir ce que Red sait, ce qu’il a entendu et ce qui s’est vraiment déroulé. On veut savoir ce qu’il adviendra d’Andy et parallèlement, ce qu’il adviendra de Red.

« Je me demande que faire. Mais en fait la question ne se pose pas. Il n’y a jamais que deux choix. S’occuper à vivre ou s’occuper à mourir. »

Bien au-delà d’une histoire sur la prison et sur les violences qui s’y déroulent, Les évadés est une histoire d’amitié, de justice (et d’injustice), de courage, d’espoir et du choix de continuer à vivre malgré tout.

J’ai adoré! 

Les évadés, Stephen King, éditions Albin Michel, 192 pages, 2021

Sapiens: la naissance de l’humanité

Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde. Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole. Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Yuval Noah Harari a fait paraître il y a quelques années le livre Sapiens. Voici cet ouvrage en bande dessinée, créé avec David Vandermeulen et Daniel Casanave. Et quelle bd! 

Le narrateur et le personnage principal de la bd est nul autre que l’auteur, Yuval Noah Harari, qui va à la rencontre d’experts, d’anthropologues, de biologistes et de scientifiques afin de mieux comprendre le développement de l’humain et son évolution au fil des siècles. Je dois l’avouer, c’est une bande dessinée que j’avais bien hâte de découvrir et qui m’attirait plus que l’essai d’origine. J’ai eu énormément de plaisir à lire cette bd, qui est le premier volet de Sapiens. La suite est à paraître très bientôt.

Voilà un ouvrage véritablement passionnant, qui peut se lire facilement d’une traite. Le texte est très abordable et accessible. L’auteur utilise l’humour pour captiver et faire rire le lecteur, sans toutefois mettre de côté tout l’aspect documentaire. On y apprend une foule de choses. C’est amusant de suivre Yuval dans son parcours et ses rencontres avec des spécialistes. Le ton est très agréable.

Le livre commence au tout début de l’humanité et parle d’au moins six types d’humains. À partir des portraits de ces six races d’hommes, qui se sont parfois croisées, la bande dessinée explique l’évolution qui a conduit l’Homo sapiens jusqu’à nous. On comprend alors les raisons pour lesquelles les autres races d’humains se sont éteintes, laissant la place à celui qui deviendra l’humain d’aujourd’hui. On y découvre énormément de choses, allant de notre développement à notre évolution, ainsi qu’à notre rapport à la nature. L’histoire de l’homme étant étroitement liée à son environnement, on y découvre à quel point Sapiens a eu de l’influence sur ce qui l’entourait. 

Cette bande dessinée est tellement bien construite qu’elle nous permet d’aborder beaucoup de sujets variés en lien avec l’évolution humaine. Par exemple, le développement du cerveau. J’ai appris avec étonnement que notre cerveau est plus petit qu’avant. Au fil du temps, l’humain s’est spécialisé, notre savoir est beaucoup plus concentré sous forme de niches et donc on en demande un peu moins à nos neurones. Nous sommes en quelque sorte moins diversifiés puisque notre survie n’est plus vraiment un enjeu quotidien. On en apprend plus sur le développement de nos sociétés. Il y a également tout un chapitre sur la fiction, soit ce que l’homme a créé, comme les gouvernements, la religion, les obligations en société, les lois, qui n’existaient pas avant mais qui régissent le quotidien et qui ont un effet rassembleur. Ce qui donne la puissance nécessaire à l’humain pour dominer en quelque sorte la planète et son environnement.

On apprend également la façon dont Sapiens voyageait d’une région à l’autre, sa manière de se nourrir, le développement de ses techniques de chasse, de conservation des aliments, bref, tout ce qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui, après des années d’évolution. On parle beaucoup du Sapiens comme du fourrageur. Le fourrageur est en fait le chasseur-cueilleur avant la révolution agricole. Il est intéressant de comprendre l’histoire de notre évolution mais aussi, ce qui a mené à la place que nous occupons aujourd’hui sur Terre. L’ouvrage s’intéresse aussi aux tribus qui n’ont pas eu beaucoup de contacts avec les sociétés d’aujourd’hui, afin d’essayer de comprendre leur fonctionnement et par ricochet, de mieux comprendre nos ancêtres. On y découvre que Sapiens avait une grande capacité d’adaptation. 

Un aspect très intéressant et amusant de cet ouvrage, c’est la façon qu’ont les auteurs de changer la narration. Ils passent par plusieurs formes de narration: enquêtes, entretiens, rencontres avec un super-héros, fausses publicités, comics comme ceux que l’on retrouve dans les journaux et épisodes de séries. Par exemple, vu la façon cavalière qu’a l’Homo sapiens de traiter le monde autour de lui, on en fait son procès dans la bande dessinée. Le ton est humoristique et très convivial. Ce choix apporte une touche de légèreté et de rires, c’est une approche amusante pour mieux comprendre l’histoire de l’homme. Cette façon d’appréhender notre humanité permet d’assimiler encore plus les propos des auteurs. Une excellente façon pour capter l’attention et se renouveler. On ne s’ennuie jamais. Visuellement, j’aime énormément le dessin. Les couleurs de cet album sont rayonnantes et c’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié tout au long de ma lecture. Le coup de crayon est très beau. On y retrouve plusieurs cartes également.  

Sapiens: la naissance de l’humanité est un véritable petit chef-d’œuvre. Tout à fait le genre de livre à offrir (ou à garder précieusement pour soi!) C’est un ouvrage accessible aux jeunes qui sont de bons lecteurs et aux adultes. Le sujet est extrêmement bien documenté. C’est vraiment passionnant! Elle nous permet de mieux définir le monde qui nous entoure et son évolution. J’ai adoré cette lecture qui m’a appris énormément de choses sur nous, sur le développement de notre intelligence, de notre position sur la Terre, sur le développement de nos sociétés. On comprend bien le parcours de Sapiens et le livre offre des réponses intéressantes sur notre évolution. J’ai tellement aimé cette bd que je suis impatient de découvrir la suite. Je vous conseille fortement cette excellente lecture!

Sapiens t.1: la naissance de l’humanité, Yuval Noah Harari, Daniel Casanave, David Vandermeulen, éditions Albin Michel, 248 pages, 2020