Le miel, une autre histoire de l’humanité

Au commencement, disent les anciens Égyptiens, le bourdonnement de l’abeille née des larmes du dieu solaire Rê s’éleva au-dessus des eaux primordiales du Nil, et cette vibration dans l’air serait à l’origine du monde… Saviez-vous que des peintures rupestres espagnoles vieilles de 18 000 ans montrent que le miel sauvage était récolté dès la Préhistoire, au péril de leur vie, par les premiers hommes ? Que les scènes d’apiculture découvertes dans le temple de Niouserrê en Basse-Égypte témoignent de l’existence de ruches domestiques au moins 2 000 avant J.-C. ? Qu’à l’Âge du bronze, le perfectionnement de la métallurgie qui a permis aux empires de prospérer doit beaucoup à la pratique de la cire perdue, un autre produit de la ruche ? Que la première boisson fermentée alcoolisée que l’être humain a fabriquée est l’hydromel ? Qu’Hippocrate préconisait à ses patients de boire du vinaigre mélangé à du miel (oxymel) pour soigner les rhumes, la toux, et apaiser la douleur ? Remontant le cours du temps dans le sillage de ces petites butineuses sur tous les continents, Marie-Claire Frédéric nous montre que l’histoire des civilisations humaines est indissociable de celle des abeilles et de leur précieux nectar, et que leur destin est, aujourd’hui plus que jamais, lié à la préservation de notre planète.

Cet ouvrage sur les abeilles est tout simplement fascinant! Dans cet essai de Marie-Claire Frédéric, le lecteur est transporté à plusieurs époques et découvre une foule de sujets divers, toujours en lien avec les abeilles et leur miel.

« Au commencement, selon les anciens Égyptiens, le bourdonnement de l’abeille bruissait au-dessus des eaux primordiales. Cette vibration dans l’air associée à l’humidité, a créé le monde. Le bourdonnement de l’abeille a donné le rythme, la cadence de l’univers. »

Insecte vieux de plusieurs millions d’années, les abeilles ont côtoyé les dinosaures, été représentées sur les parois des grottes préhistoriques, ont vécu l’Égypte ancienne, vu le monde médiéval et survécu jusqu’à notre réalité d’aujourd’hui. L’abeille a su s’adapter aux changements climatiques, aux extinctions massives et à de nombreux prédateurs. À travers les siècles, l’humain a vénéré l’abeille et son miel précieux, ce doux nectar sucré à la couleur dorée. Le système social de la ruche, sa hiérarchie, la soumission inconditionnelle des sujets pour la reine (qu’on pensait alors être un roi), en ont fait un système idéal à reproduire pour les sociétés humaines. Les rois de l’époque, qui croyaient avoir un modèle parfait de hiérarchie sociale, ont découvert avec les chercheurs, que l’insecte qu’ils croyaient être un roi dans la ruche était plutôt… une reine. Ça dû être un choc royal!

L’abeille a beaucoup fasciné l’humain à travers les époques et continue de le faire aujourd’hui. Ce tout petit insecte a eu un rôle puissant à travers le temps. Ce qui est passionnant dans ce livre, c’est qu’en suivant le parcours de l’abeille, c’est aussi l’histoire de l’humanité que l’on découvre. C’est l’évolution de notre relation à l’abeille et à sa domestication: de la chasse au miel en passant par les premières ruches dans les troncs d’arbre, jusqu’aux ruches que l’on connaît aujourd’hui.

« La pratique de « raconter aux abeilles » (« telling the bees ») trouve sans doute son origine dans ce type de croyances, selon lesquelles les abeilles font le lien entre notre monde et le monde des esprits. Si vous aviez une déclaration à faire à une personne disparue, il vous suffisait donc de le dire aux abeilles et elles délivraient le message. »

On s’aperçoit que l’abeille était une partie importante du mode de vie des gens au niveau culinaire, médical, mais aussi d’un point de vue religieux, en lien avec les croyances, les rites funéraires et les légendes. Le miel, c’est aussi l’hydromel, boisson sucrée et appréciée. On découvre d’ailleurs quelques recettes dans le livre. L’abeille est souvent vénérée car elle est perçue comme étant divine. Le miel était précieux, rare et symbolique. On apprend également l’histoire de la phonétique et des mots utilisés dans différentes langues pour parler du miel et des abeilles.

L’histoire de l’homme et de l’abeille est étroitement liée. On entend souvent que l’homme viendrait qu’à disparaître si l’abeille n’existait plus. Ce n’est pas tout à fait vrai. Toutefois, notre mode de vie, notre alimentation et nos écosystèmes changeraient indubitablement. Notre vie avec l’abeille, c’est une cohabitation précieuse qui a apporté énormément à l’humanité et à nos sociétés.

« Le miel est le symbole de la douceur de vivre; il nous soigne et nous nourrit d’une provende plaisante et sucrée. Parfois, il nous enivre. Mais toujours il charme nos sens. Avec lui, la « lune de miel » est éternelle. Compte tenu des nombreuses propriétés bénéfiques du miel et de ses produits dérivés, de son caractère sacré dans bon nombre de coutumes, on ne s’étonnera pas de le voir figurer en bonne place parmi les offrandes faites aux Dieux. »

Le livre est complété par quelques photos et illustrations au centre de l’ouvrage. Je vous recommande assurément cette lecture qui m’a beaucoup plu. Le travail de recherche est excellent. Étant friand d’histoire, de nature et de mythologie, j’ai trouvé le propos passionnant. Un beau coup de cœur!

Le Miel, une autre histoire de l’humanité, Marie-Claire Frédéric, éditions Albin Michel, 256 pages, 2022

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La Méduse géante de l’Arctique

Dr Morley, passionnée par les méduses depuis toujours, s’apprête à embarquer pour une mission à l’extrémité la plus septentrionale de la planète : la recherche d’une créature dont tout le monde parle, mais que personne n’a jamais vue… la méduse géante de l’Arctique. Parviendra-t-elle à croiser son chemin et à enfin percer son mystère ?

La méduse géante de l’Arctique de Chloe Savage a été une belle lecture. Le genre d’album qu’on ouvre avec fébrilité, confiant qu’on va aimer. Et effectivement, ce fut mon cas. Il s’agit d’un très bel album que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.

Dr Morley est passionnée par les méduses depuis toujours. Quand elle a l’occasion de partir en mission en Arctique, elle y va avec beaucoup d’enthousiasme. Elle espère pouvoir observer la légendaire méduse géante. Existe-t-elle réellement ou s’agit-il seulement d’un mythe?

J’ai adoré cet album! Le dessin est magnifique, un peu naïf, avec de très beaux contrastes de couleurs entre le bleu et le rouge. Les étendues glacées et sauvages sont superbes. J’ai aimé le petit clin d’œil amusant que l’on retrouve à chaque page avec la méduse. On croise les doigts pour que l’équipe scientifique puisse l’observer, puisque c’est le grand rêve de la Dr Morley. 

J’ai apprécié également que l’auteure présente une équipe de scientifiques en plein travail. C’est intéressant dans un album jeunesse et assez peu fréquent. L’univers glacé et bleuté, avec sa faune, son ciel étoilé et ses aurores boréales, est visuellement très attractif. Les narvals, ours polaires, orques, bélugas, sont naturellement au rendez-vous. C’est le genre d’album qu’on aime conserver dans sa bibliothèque et vers lequel on prend plaisir à revenir. 

À conseiller à partir de 5 ans pour les petits lecteurs, mais c’est un livre qui devrait plaire tout autant aux grands qui aiment les univers de froid et de glace, ainsi que les animaux polaires et les expéditions dans le Grand Nord. De mon côté, j’ai adoré.

Un très bel album, autant du point de vue du texte qui met en scène une exploration scientifique, que des dessins qui sont jolis, doux et colorés. Une bien belle découverte!

La Méduse géante de l’Arctique, Chloe Savage, éditions Albin Michel Jeunesse, 32 pages, 2023

Widjigo

En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. A l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres… 

Widjigo est un roman prenant qui nous amène dans un monde de légendes. L’atmosphère est tout de suite intéressante dès les premières pages et j’ai aimé le contexte historique, assez rare il me semble en littérature de l’imaginaire. 

Nous sommes en 1793. Jean Verdier est un jeune lieutenant sommé de capturer un noble, Justinien de Salers, qui a trouvé refuge dans une vieille tour de pierres. Contre toute attente, le vieil homme accepte de le suivre à une seule condition: que Verdier écoute son histoire. D’abord méfiant, il accepte finalement. Autour d’une tasse de café, le noble lui parle de ce qu’il a vécu quarante ans plus tôt. Son histoire est celle d’un naufrage et de la survie en pleine nature, où l’horreur, la peur, la solitude, le froid et les monstres ne sont jamais loin…

« Ma mort traverse l’océan. Elle vient des glaces et des neiges. Il y a un Ankou, tu sais, là-bas… À Terre-Neuve. Ce sont les pêcheurs de Bretagne qui l’ont amené. Et d’autres créatures encore, qui étaient là bien avant nous. Qui naissent de la faim, et de la solitude… »

L’histoire racontée par Justinien de Salers se déroule en 1753, dix ans avant que la Nouvelle-France ne devienne une colonie britannique. Nous sommes aussi à l’aube de la déportation des Acadiens qui commencera deux ans plus tard, mais dont on perçoit déjà les prémisses dans ce roman. Le contexte historique est en filigrane, mais contribue beaucoup à l’ambiance du livre. J’ai adoré!

« En tous lieux les histoires se mêlent à ce que nous sommes, cette Terre même que nous arpentons, ces océans au travers desquels nous lançons nos courses. Les histoires nous relient à ceux qui nous ont précédés, également, tout au long des siècles. Ceux qui ont vécu bien avant notre ère, mais aussi ceux que nous avons croisés, ceux que nous avons aimés, ou haïs, et qui sont partis avant nous. »

Un mécène regroupe des personnages variés qui n’ont rien en commun. Ils sont mandatés pour une expédition à la recherche d’une autre expédition disparue, qui n’est jamais revenue. Ce roman, autant dans sa forme que dans le fond, est intrigant. On suit les personnages, qui se retrouvent malgré eux rescapés du naufrage de leur bateau, avec d’autres rescapés. C’est alors que le petit groupe tente de s’organiser et de survivre.

« Comment es-tu certain de n’être pas déjà mort? »

Les lieux sont isolés, la température est hostile. La nature est dangereuse. C’est alors que surviennent des événements troublants et on est rapidement happé par l’histoire. Le roman puise dans les légendes, les mythes autochtones et les histoires de marins, pour nous offrir une expédition étonnante et terrifiante.

Une histoire fantastique qui nous amène en Acadie, avec une atmosphère particulièrement inquiétante et efficace. J’ai beaucoup aimé l’époque du roman et la rencontre improbable des personnages. Si j’avais deviné une petite partie de l’intrigue, d’autre révélations se sont avérées plutôt surprenantes et je ne m’y attendais pas. Le livre est assez court, ce qui nous garde plutôt sur le qui-vive.

Une bonne lecture qui a su me surprendre!

Widjigo, Estelle Faye, éditions Albin Michel, 256 pages, 2021

L’Esprit ensauvagé

Face aux périls qui menacent l’humanité en ce début de XXIe siècle – réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, montée des tensions -, les peuples autochtones ont un message à nous délivrer. En Amérique du Nord ou du Sud, en Afrique ou en Océanie, ils perpétuent encore, à travers leur culture et leur spiritualité, une autre façon d’être au monde. Nourrissant son propos de ses nombreux voyages et de ses rencontres, chez les Sioux Lakotas notamment, Maurice Rebeix nous offre un panorama de réflexions tous horizons, promesse d’une réconciliation avec notre nature profonde. Afin de léguer une planète viable aux générations futures, il offre une piste qui invite à « ensauvager » nos esprits en s’inspirant de la pensée des peuples premiers.

Ce livre m’a accompagnée pendant plusieurs jours et son propos m’a énormément rejointe. L’auteur, très proche de plusieurs peuples autochtones, adopté par certains d’entre eux, nous parle ici de leur façon d’être au monde, de leur perception de tout ce qui est vivant. À la fois essai d’écologie et d’anthropologie, ce livre aborde aussi la spiritualité et l’histoire. Attention! Spiritualité ne signifie pas religion. On parle ici d’une spiritualité en lien avec la nature. De philosophie. De notre rapport à la sacralité et de notre place dans le monde du vivant. 

« … s’émerveiller de l’extraordinaire plutôt que d’y chercher à tout prix l’explication logique, c’est le privilège de celles et ceux qui savent tout simplement sourire aux « actions » les plus improbables du monde. »

En filigrane, nous suivons l’auteur pendant la Danse du Soleil, rituel Lakota auquel il participe. Et il en profite pour nous parler de tout. De la nature, d’abord et avant tout et de notre relation défaillante avec elle. De la pandémie qui aurait pu faire changer beaucoup de chose sur notre relation au monde, alors que l’humain est vite revenu à sa position d’avant, dès qu’il en a eu l’occasion. L’auteur aborde aussi la sacralité du vivant, l’art, la médecine, la science, l’anthropocentrisme, les animaux, les végétaux et les arbres, les rites, le modèle de société des Blancs, des exemples de cascade trophique, de ce qui nous donne de la joie, les mythes, de l’émerveillement, des savoirs ancestraux que l’on perd, de la paix aussi, de soi, des autres.

« L’homme blanc est à la fois génial et fou, il a le génie de la technologie mais il fait un usage dément de celle-ci. »

Ce livre m’a beaucoup touchée car il aborde des sujets qui me tiennent à cœur. Je suis généralement une optimiste mais je trouve tellement décevant de voir où s’en va notre monde. Maurice Rebeix touche des points sensibles et vise juste quand il parle de notre rapport à l’éducation, à l’appât du gain (toute notre société ne tourne qu’autour de l’argent, malheureusement) et de la façon dont on saccage toute nature. Aussitôt que l’humain s’installe quelque part, il massacre allègrement son milieu de vie. Dès l’instant où notre monde n’a plus rien de sacré, que ce soit les insectes, une plage, une forêt, un loup, notre rapport au monde devient défaillant. On agit en conquérant, le reste n’a plus d’importance.

« En l’absence du sacré, tout est à vendre. »

Étant passionnée par la nature, par son développement, sa sauvegarde, faisant tout ce qui est possible pour contribuer, à ma façon, à limiter mon empreinte et la place que je prends dans la nature, à promouvoir la biodiversité, à la traiter avec respect, tout comme j’aimerais être moi-même traitée, à remercier pour ce qu’elle m’offre, ce livre m’a énormément parlé. J’y ai trouvé un fort écho de ce que je pense du rapport de l’homme au monde, de ce que l’on devrait changer comme société. De repenser le modèle dans lequel on vit pour un meilleur rapport au monde. 

« La permaculture ne résoudra pas le problème de la faim dans le monde, l’agriculture industrielle non plus: aucun système n’est résilient tant que le système marchand exploite tout, les hommes, la terre, et que la moitié produite est gaspillée. »

L’auteur amène plusieurs exemples que l’on retrouve dans la nature et aussi, d’exemples d’initiatives humaines. Elles peuvent sembler minimes à l’échelle de la planète, mais ces initiatives sont essentielles. Je pense à la réintroduction des loups à Yellowstone, aux « forêts de poche » et à une meilleure éducation chez les jeunes. Si on passe du temps dans la nature et qu’on comprend l’intime relation de l’humain avec le vivant, on est à même de protéger ce que l’on connaît et d’en comprendre la sacralité.

« Consommer toujours plus en trouvant toujours moins de quoi remplir nos vies. S’astreindre coûte que coûte à avoir quelque chose alors même que nous avons de plus en plus de mal à être quelqu’un. Perte de lien, quête de sens… »

J’ai adoré cette lecture qui est pertinente et éclairante dans le monde perturbé dans lequel on vit. J’ai noté un nombre incalculable de passages qui ont résonné chez moi. Je considère ce livre comme essentiel, parce qu’il amène une vision si simple et à la fois si peu prise en compte par l’humain. C’est déroutant de voir à quel point l’humain n’a, au fond, rien compris. Malgré cela, le livre de Maurice Rebeix ne donne pas de leçons et ne juge pas. Il constate. Et il m’a fait du bien, parce qu’il m’a donné l’impression de ne pas être seule avec mes idées et mes actions sur le monde vivant. 

« Sachez que vous-même êtes essentiel à ce monde. Comprenez à la fois la bénédiction et le fardeau que cela représente. Vous êtes désespérément nécessaire pour sauver l’âme de ce monde. Pensiez-vous que vous étiez ici pour moins que ça? »

À l’ère des changements climatiques et de l’écoanxiété, cet ouvrage passionnant et intéressant est un véritable plaidoyer pour changer notre mode de pensée et de fonctionnement en tant qu’humain. Pour modifier notre rapport au monde et mieux comprendre que tout, toujours, est relié. Et que notre survie en dépend.

Un livre à lire. Parce que je pense qu’on en a tous besoin.

L’Esprit ensauvagé, Maurice Rebeix, éditions Albin Michel, 464 pages, 2022

N.

Alors qu’il traverse le Maine en voiture, N. tombe par hasard sur un étrange monument mégalithique dressé au beau milieu d’un champ. Aussitôt, tout autour de lui vacille… Sa santé mentale serait-elle en train de l’abandonner ? Ou aurait-il découvert un portal séparant la réalité d’un univers parallèle ?

N. est la plus récente parution de Stephen King dans la collection jeunesse Wiz. Il s’agit d’une longue nouvelle parue précédemment dans le recueil Juste après le crépuscule. À chaque fois, je suis toujours impatiente de découvrir un nouveau titre, puisque j’adore ces parutions de nouvelles en format individuelle. La collection est très belle.

L’histoire s’ouvre sur une étrange lettre d’une femme à un ami d’enfance. Elle se termine également sur une lettre. Entre les deux, nous découvrons l’étrange histoire de N. telle qu’il l’a racontée à son psychiatre. Ce dernier a d’ailleurs pris soin de prendre des notes tellement ce qu’il a entendu était troublant.

« Ce truc qui ne tourne pas rond chez moi pourrait être très dangereux. Pour moi. Et peut-être pour d’autres. »

N. se présente en consultation car il est épuisé. Il est arrivé à un point de non retour. Sa santé mentale ne va pas bien et il souffre de nombreux troubles obsessionnels-compulsifs. Comptable de métier, la photographie lui sert de passe-temps et d’échappatoire. Il se promène donc parfois dans la nature à la recherche de lieux inspirants. C’est en découvrant un champ magnifique qui l’incite à s’arrêter pour prendre des photos, qu’il tombe sur une très étrange formation de pierres…

Cette histoire est à la fois intrigante et troublante. Elle aborde des thèmes difficiles, liés à la santé mentale: les tics, les hallucinations, la dépression, le suicide, la médication. Toutefois, il s’agit d’une histoire fantastique et très étrange, comme King en a l’habitude. Le récit inclut des lettres, des notes et des articles de journaux.

« C’est la manière dont nous voyons le monde qui tient en respect les ténèbres. »

C’est une longue nouvelle que j’ai trouvé intéressante. L’histoire fait peur, tant ce qui s’y déroule pousse les gens à perdre le contrôle d’eux-mêmes. Elle met en scène des forces sorties tout droit des ténèbres. C’est une lecture que j’ai aimé, qui est suffisamment intrigante (mais triste aussi) pour nous pousser à la lire d’une traite.

N., Stephen King, éditions Albin Michel, 144 pages, 2022