En plein cœur

Three Pines, dans les Cantons-de-l’Est, est un petit coin de paradis. Un matin, durant le week-end de l’Action de grâce, Jane Neal est trouvée morte dans les bois, le cœur transpercé. Le réveil est brutal pour cette communauté tranquille, car ce qui pourrait n’être qu’un bête accident de chasse laisse perplexe Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec dépêché sur les lieux. Qui pourrait bien souhaiter la mort de Jane Neal, cette enseignante à la retraite, artiste à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village et qui dirigeait l’association des femmes de l’église anglicane ? En détective intuitif et expérimenté, Armand Gamache se doute qu’un serpent se cache au cœur de l’éden, un être dont les zones d’ombre sont si troubles qu’il doit se résoudre au meurtre. Mais qui ?

J’avais très envie de relire toute la série Armand Gamache enquête de Louise Penny et ce, depuis un bon moment. J’ai donc eu envie d’organiser un défi lecture: Un Penny par mois. C’est donc dans ce cadre que j’ai relu le premier volet des histoires se déroulant dans le petit village fictif de Three Pines. Il s’agit d’une troisième relecture pour moi. J’ai toujours adoré les livres de Louise Penny. Je l’avais découvert dans un article de journal à l’époque alors que ses romans n’étaient pas encore traduits. J’étais tellement contente quand une première traduction en français avait été annoncée. Je l’avais lu à sa sortie, en 2010. 

En plein cœur est la première enquête de l’inspecteur Armand Gamache. Elle se déroule à Three Pines, un petit village qu’on ne retrouve pas sur les cartes. C’est un lieu qu’on imagine magnifique, invitant, un petit village typique des Cantons-de-l’Est.

« Three Pines ne figurait sur aucune carte routière, trop loin des routes principales et même secondaires. Comme Narnia, on tombait généralement dessus par hasard, étonné qu’un village aussi âgé soit resté caché si longtemps dans cette vallée. Ceux qui avaient la chance de le dénicher en retrouvaient habituellement le chemin. L’Action de grâce, en octobre, était le moment parfait. L’air était habituellement pur et vif, les odeurs estivales des vieilles roses et des phlox étaient remplacées par celles, musquées, des feuilles d’automne, de la fumée de bois et de la dinde rôtie. »

Le ton est donné et l’ambiance bien en place. On a assurément envie de visiter Three Pines et de passer un moment avec les personnages imaginés par Louise Penny. Naturellement, cette série en est une d’enquêtes. Malgré les crimes et les meurtres – fortement concentrés pour un si petit village idyllique – l’écriture, la psychologie des personnages et de l’humain en général, la présence importante des fêtes et des saisons, nous donnent envie d’y rester.

En plein cœur raconte la découverte d’un corps dans les bois, dans la magnificence de l’automne. Jane, une ancienne institutrice appréciée dans sa communauté, est découverte sur un vieux sentier. La mort semble suspecte et c’est pourquoi on dépêche l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec sur les lieux, Armand Gamache. On aime tout de suite cet homme doux et gentil, fin psychologue, qui est cultivé, réfléchi, qui aime sa femme depuis trente-deux ans et prend soin de sa famille. Ça nous change beaucoup de tous ces inspecteurs de police tourmentés et alcooliques. Gamache et son équipe doivent donc élucider le crime. Mais qui donc, dans ce petit village chaleureux et charmant a bien pu vouloir la mort d’une gentille femme sans histoires?

En plein cœur est ce que l’on pourrait qualifier de polar réconfortant. C’est un roman où la psychologie humaine prend une grande place (comme toujours chez Louise Penny) et où les lieux agréables et réconfortants abondent: bistro très particulier qui donne envie de s’attarder, bonne bouffe, librairie, petite auberge, etc. Dans ses romans, l’art sous toutes ses formes et l’histoire prennent beaucoup de place. Ici, dans cette première enquête, il est surtout question d’artistes et d’arts visuels. On plonge dans une petite communauté d’artistes, on entrevoit leur travail et le statut différent de plusieurs des personnages qui sont artistes. C’est aussi une sorte d’hommage à l’art en général et aux émotions qu’il peut susciter. 

L’enquête s’intéresse aussi aux chasseurs, principalement à cause de l’arme du crime. L’automne, on le sait, les bois sont envahis par les chasseurs désireux de faire une belle prise. Il y a tout un monde qui gravite autour d’eux, du choix des armes, aux sentiers et à la façon de tirer. Il suffit de vivre dans un petit village où les camps de chasse sont légion pour y retrouver un peu de cette atmosphère automnale particulière. Gamache traque les criminels en s’attardant à la façon dont les gens se comportent entre eux.

« Je pense que bien des gens adorent leurs problèmes. Ça leur donne toutes sortes d’excuses pour éviter de grandir et de se mettre à vivre. »

Sans surprise, j’ai adoré ce roman, même après une troisième relecture. C’est pour l’atmosphère et les personnages si attachants (si imparfaits et si humains) qu’on lit Louise Penny. Un vrai plaisir! Il y a aussi une pointe d’humour que j’apprécie particulièrement dans ses livres.

« En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n’avait jamais, au grand jamais, entendu parler d’un crime. Si l’on verrouillait les portes, c’était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte. »

Mais c’est aussi pour les enquêtes, qui nous amènent à sonder un peu l’âme humaine. Dans ce livre, Jane était sur le point de présenter un tableau au grand jour, elle qui avait toujours été une artiste très discrète. C’est intéressant de découvrir ce que cachent ses motivations et les liens avec l’enquête.

Le village compte une petite librairie que l’on imagine aisément, surtout en tant que lecteur. Voisine du bistro de Gabri et Olivier, tenue par Myrna, cette librairie est un lieu fascinant. Gamache y trouve refuge, pour réfléchir et discuter. J’aime aussi beaucoup ces références littéraires que l’on retrouve dans le roman: Virginia Woolf, Herman Melville, W.H. Auden. 

« Le mal n’est jamais spectaculaire et toujours humain. Il dort dans nos lits et mange à nos tables. »

J’ai passé à nouveau un excellent moment à Three Pines et je suis très contente de faire ces lectures en compagnie d’autres passionnés avec le défi Un Penny par mois. C’est un vrai plaisir que de replonger dans les enquêtes de l’inspecteur Gamache, de retrouver le petit village, ses habitants gentils et sympathiques, même si tout n’est pas toujours parfait. Malgré les crimes et les enquêtes, ce sont des livres dans lesquels on se sent bien, ce qui est plutôt paradoxal, mais totalement réjouissant. Le texte mise beaucoup sur l’atmosphère et sur ce qui rend la vie agréable.

Un roman parfait en cette période de l’année. Si vous ne connaissez pas encore Louise Penny, c’est le moment de vous lancer! 

À noter qu’une série est en cours de tournage qui s’intitulera Three Pines. Il n’y a pas encore de date de sortie connue. Un livre de recettes est également prévu éventuellement. Plein de belles choses seront donc à découvrir prochainement autour de l’univers de Louise Penny, pour notre plus grand plaisir!

En plein cœur, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 416 pages, 2013

La plus belle crotte du monde

Dans la clairière du Bois des Fées se réunit une curieuse assemblée. Qui, de la belette ou du renard, du blaireau ou du putois, fait les plus belles crottes du monde ? Les animaux veulent tous participer. Mais ce faisant, ils oublient de rester sur leurs gardes. Or la forêt est un endroit bien dangereux quand les hommes s’en approchent…

Quand ce livre m’est passé entre les mains, je trouvais le titre amusant. Auprès des enfants, ce genre de livre fonctionne toujours très bien. J’ai feuilleté un peu l’album grand format que je trouvais vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques et le format du livre est assez gros, ce qui est plaisant pour la lecture avec des petits. Visuellement, cet album est très beau. On plonge littéralement dans la forêt, auprès des animaux qui l’habitent.

L’histoire est courte et amusante. Une souris annonce à un écureuil qu’elle fait les plus belles crottes du monde. Naturellement, l’écureuil veut lui prouver que ses crottes à lui sont encore plus belles. Curieux et voulant jouer à leur tour, les autres animaux de la forêt, la belette, le putois, le blaireau, le renard, le loup et le cerf, se prêtent au jeu. C’est l’occasion pour les auteures de faire un survol des animaux qui peuplent la forêt, du plus petit au plus gros.

Arrive alors le chasseur, qui s’apprête à tirer sur l’un d’entre eux. Branle-bas de combat dans la forêt, tout le monde prend la fuite. Sauf que… le petit jeu des animaux quelques minutes avant sera, à leur étonnement, très utile face au chasseur. L’album devient assez rigolo et amusant. Le lecteur rit des déboires du chasseur et de ses petites mésaventures!

La plus belle crotte du monde est un très bel album qui devrait plaire aux jeunes enfants et qui amène de façon amusante l’idée de protection de la nature et des animaux, en déboutant les plans du chasseur. Arrivé comme une menace dans la forêt, l’homme devient rapidement la risée des animaux… pour notre plus grand plaisir! L’histoire pleine d’humour est portée par des illustrations douces, détaillées, colorées et vraiment très agréables.

Pour les enfants de 4 ans et plus.

La plus belle crotte du monde, Marie Pavlenko & Camille Garoche, éditions Little Urban, 32 pages, 2020

Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Waluk t.1: La Grande Traversée

Abandonné par sa mère, le petit ourson polaire Waluk doit apprendre à survivre seul. Ses premières expériences sont difficiles dans ce milieu hostile où la nourriture se raréfie. Heureusement, le vieil ours Esquimo va lui enseigner son savoir. Il parviendra peut-être à faire de lui le successeur du légendaire Nanuq, l’ours le plus fort de tous… dont la mission est de sauver les ours de leur plus terrible ennemi : l’Homme !

Cette bande dessinée m’a tout de suite attiré. Le dessin est très beau, hivernal et aux coloris très doux. J’adore les ours polaires et j’avais l’impression que j’adorerais cette bande dessinée, même si elle est destinée à un public jeunesse. J’ai effectivement adoré cette lecture et j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l’histoire de Waluk. C’est une belle fable animalière portée par des dessins magnifiques, doux et colorés. Malgré tout, l’histoire n’est pas trop enfantine car la vie des ours polaires n’est pas rose tous les jours. Le propos est très intéressant et on apprend beaucoup de choses sur la façon dont les ours polaires vivent. 

L’histoire commence alors que Waluk est seul et qu’il fait la connaissance d’Esquimo. Le vieil ours commence à être âgé, il voit moins bien, entend moins bien et perd un peu l’odorat. Il a besoin d’un coup de main, qu’il retrouvera chez Waluk, qui est jeune et en forme. Le jeune ours va profiter du savoir du vieil ours en lui permettant de mettre à profit ses propres facultés afin qu’ils puissent s’entraider et survivre ensemble. Esquimo prépare l’apprentissage de Waluk qui doit apprendre à chasser, à manger seul et à se déplacer. Ce qui est intéressant c’est qu’on apprend en même temps que Waluk la façon dont les ours vivent sur la banquise, dans un milieu de plus en plus difficile à cause des changements climatiques et de la présence de l’Homme qui est, pour l’ours, une menace. L’histoire raconte également une belle légende, vraiment intéressante à découvrir.

La relation qui se développe entre Waluk et Esquimo est très belle. Chacun a besoin de l’autre et chacun peut s’améliorer et survivre en profitant des habiletés de l’autre. C’est une belle leçon de vie et une belle histoire d’amitié et de confiance. La question des changements climatiques n’est pas clairement mentionnée comme un documentaire par exemple, mais plutôt par ce que doivent vivre les ours au quotidien. On sent dans leur « grande traversée » que les choses sont moins faciles, qu’il y a moins de banquises et que la survie devient plus difficile depuis que tout est en train de changer.

C’est un monde enneigé, rafraîchissant, vraiment très beau, même si le constat de la relation entre l’homme et l’ours est assez triste. Principalement parce que l’homme dévaste tout sur son passage.

« À l’approche de l’hiver, les conditions de survie deviennent de plus en plus difficiles. Les ours polaires étant actifs toute l’année, ils doivent aller chercher la nourriture là où elle se trouve. Les ours se rapprochent donc de l’homme. Un jour, Waluk s’aperçut que le sol qu’il foulait avait changé, il était rugueux et dégageait une odeur bizarre: il était chaud et très noir… C’était de l’asphalte. »

Toutefois, l’ensemble des dessins sont faits de neige, de glace, de cieux remplis d’aurores boréales. C’est un monde glacé mais tout de même très beau par la belle relation entre les deux ours. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire et j’ai hâte de lire le second tome qui m’attends déjà dans ma pile à lire. Même si cette bande dessinée est classée en littérature jeunesse, comme l’histoire touche au monde animal et à l’écologie, elle peut rejoindre un grand public. Je dirais donc qu’il s’agit d’une histoire familiale, parfaite pour les jeunes et les adultes. Une façon de sensibiliser les lecteurs aux enjeux des animaux du Grand Nord et aux changements climatiques. Une excellente lecture!

Waluk t.1: La Grande Traversée, Emilio Ruiz, Ana Miralles, éditions Dargaud, 48 pages, 2020

Sur les ossements des morts

Janina Doucheyko vit seule dans vin petit hameau au cœur des Sudètes. Ingénieure à la retraite, elle se passionne pour la nature, l’astrologie et l’œuvre du poète et peintre William Blake. Un matin, elle retrouve un voisin mort dans sa cuisine, étouffé par un petit os. C’est le début d’une série de crimes mystérieux sur les lieux desquels on retrouve des traces animales. La police mène l’enquête. Les victimes avaient toutes pour point commun une passion dévorante pour la chasse

J’ai choisi ce roman car il m’intriguait beaucoup. Le résumé laisse planer quelque chose de mystérieux et d’inquiétant. J’avais très envie de découvrir ce que c’était, d’autant plus que je ne connaissais pas du tout l’auteure, Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature en 2018. 

Ce que je retiens essentiellement de cette lecture, c’est son atmosphère si particulière. Des chalets plantés sur un plateau au cœur des Sudètes, des gens qui vivent doucement, se passionnent pour des choses simples comme l’entomologie, la traduction de poésie ou les longues promenades dans la nature. Le tout baigne peu à peu dans une brume un peu mystérieuse et inquiétante, lorsqu’un premier corps, puis un second, puis encore un autre sont découverts. Au centre de l’intrigue, une vieille femme, professeure, qui s’occupe des maisons de saisonniers qui viennent habiter dans le coin quelques mois par année. C’est elle qui découvre les corps. C’est avec elle également que nous suivons le développement de l’affaire et la vie quotidienne sur ce plateau un peu à l’écart du monde. 

« La vie st une sorte de champ d’expérimentation d’une extrême exigence. Tout compte dans une vie, tout ce qu’on entreprend, aussi bien nos pensées que nos actes, non pas à cause d’un châtiment futur ou d’une récompense, mais parce qu’ils servent à construire notre monde. »

Janina Doucheyko est un personnage particulier. On l’imagine sans mal, se promener dans de longs lainages, s’occuper de son petit coin du monde, converser avec ses voisins et ses amis. C’est aussi une femme qui a des convictions et n’hésite pas à harceler les policiers pour faire connaître ses opinions. Elle sème des lettres à tout vent pour partager son point de vue et ce qui la choque. La nature lui est importante. Elle est végane, contre la chasse, détonne un peu dans son entourage, même si elle a des amis qui la soutiennent. Par moments, je comprenais son point de vue et ses idées sur la nature, ainsi que ce sentiment d’impuissance quand les autorités ne font rien face à des désastres écologiques. Par moments aussi je la trouvais aussi un peu agaçante.

Le roman rappelle le polar, de par sa construction ascendante vers le mystère, mais ce n’en est pas tout à fait un non plus, à cause de la façon dont l’intrigue se déroule. Du moins, ce n’est pas un polar au sens propre, comme on peut s’y attendre. L’histoire met en scène des sujets assez rares pour ce type de roman: le droit animal, la chasse, le véganisme. J’ai par contre trouvé le propos un peu trop tranché. Tout n’est pas que noir ou blanc, que l’on soit végane ou chasseur. L’histoire, cependant, va aussi au-delà de cela en abordant la question humaine et son rôle dans la nature. Il y a des propos intéressants dans ce roman.

L’écriture m’a beaucoup plu. Elle est à la fois poétique et intelligente. C’est un roman qui est vraiment bien écrit, la traduction est aussi très agréable à lire. J’ai lu de nombreux chapitres avec beaucoup d’intérêt, mais quelque chose m’a fait un peu décrocher au fil de ma lecture. Le personnage principal est une adepte d’astrologie, qui crée des horoscopes et consulte les cartes du ciel. Si, au début du roman, elle n’en parlait que de façon anecdotique, plus le roman avance, plus elle se lance dans de longs monologues sur l’alignement des planètes et sur les événements qui y sont rattachés et qui suivent forcément l’influence des astres. Elle tente même de partager sa passion aux autres personnages, qui n’en ont aucun intérêt. Comme moi. 

« Si la police tenait compte des remarques des astrologues, cela permettrait à de nombreuses personnes d’échapper au malheur. »

C’est dommage parce que cette caractéristique, qui n’apporte finalement pas grand chose à l’intrigue, m’a peu à peu lassée. Ça crée un flottement au centre du livre qui m’a donné l’impression de perdre un peu le fil du roman et d’avoir envie de le terminer plus rapidement, juste pour connaître la fin. C’est donc avec un sentiment partagé que j’ai refermé ce roman. J’ai aimé l’aspect intrigant et mystérieux, j’ai adoré l’écriture et l’atmosphère dans laquelle baigne le livre, mais d’autres points m’ont parfois ennuyée. Malgré tout, j’ai été contente de découvrir ce roman qui donne tout de même à réfléchir. D’autant plus qu’il s’agit de ma première incursion dans la littérature polonaise.

Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk, éditions Libretto, 288 pages, 2020