Un pont entre les étoiles t.1

un pont entre les étoiles 11936, Shanghai. Pour suivre son père, Haru, jeune Japonaise, est contrainte de déménager en Chine, loin de son Nagasaki natal. D’abord effrayée à l’idée de vivre dans un pays étranger, où les Asiatiques ne ressemblent en rien aux Japonais, la petite fille va faire la rencontre d’un jeune Chinois. Au contact de ce dernier, elle va connaître l’excitation de découvrir l’inconnu et de s’ouvrir, avec son regard d’enfant, à une autre culture. Mais quand les racismes et nationalismes s’en mêlent… Leur amitié pourra-t-elle survivre à la tempête qui se prépare ?

Un pont entre les étoiles se déroule à l’aube de la guerre sino-japonaise qui éclata en 1937. Haru vient d’une famille aisée et avec ses parents, elle doit déménager en Chine pour suivre son père. Elle est effrayée par sa nouvelle terre d’accueil et vit un peu en vase clos, jusqu’à ce qu’elle rencontre Xing, un garçon aux yeux comme des billes d’argent.

Leur monde est diamétralement opposé et ils ne parlent pas la même langue. Sauf que pour Haru, Xing est un peu un magicien. Il l’amène à travers les ruelles de Shanghai pour lui faire voir le monde et dessine admirablement bien. À travers ses dessins, Haru découvre la Chine et apprend à connaître des paysages qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

« … à travers ses yeux, le monde a l’air un peu plus brillant. »

Les deux enfants deviennent rapidement amis dans un monde difficile. Ils apprennent à se connaître puis à communiquer malgré la barrière de la langue. Pouvoir enfin échanger quelques mots est un tel émerveillement pour eux! Leur amitié se développe petit à petit.

À cette époque, il ne fait pas forcément bon être japonaise en Chine et Haru l’apprend un peu à ses dépends. Avec elle et Xing, nous sommes confrontés au racisme ambiant et aussi aux gangs qui gèrent les ruelles en faisant la pluie et le beau temps. Haru doit aussi faire face à sa propre famille qui vient d’un milieu bien différent de celui de Xing.

Cette série annoncée comme une histoire en quatre tomes, aborde les conflits entre nations à travers la belle amitié de deux enfants. C’est un manga historique qui prône une certaine forme de bienveillance et de paix. Quant au dessin, je trouve que la différence entre certaines scènes crayonnées et le reste du manga est un peu trop différente. Je pense entre autres à l’arrivée de Haru à Shanghai alors que le portrait de la ville est magnifique contrairement à certaines images un peu caricaturales du père de la fillette. Même si je n’étais pas fan des dessins au départ (je leur trouve un air trop enfantin) je me suis laissée porter par l’histoire et j’ai apprécié cette lecture.

Un pont entre les étoiles est un joli manga, une belle histoire d’amitié et de courage.

Un pont entre les étoiles t.1, Kyukkyupon, éditions Akata, 200 pages, 2019

Moving Forward t.2

moving forward 217 janvier 1995, Kobé. Kuko n’est encore qu’un nourrisson. Ce matin-là, alors que son père quitte le foyer pour se rendre au travail, l’irrémédiable se produit. Un terrible séisme se produit, qui marquera à jamais l’histoire du Japon. Mais aussi, et surtout, la vie de Kuko. Désormais adolescente, la lycéenne doit apprendre à vivre, à grandir, à aimer… Mais comment s’éveiller à tous ces sentiments en l’absence d’une mère ?

Après avoir été plutôt déçu du premier tome de la série Moving Forward, j’hésitais à lire le deuxième. Je l’avais déjà sous la main et j’ai eu envie de lui donner une chance. J’espérais vraiment que ce second tome soit mieux que le premier.

L’histoire débutait de façon fort différente du premier livre. L’auteure nous offre une scène assez difficile à travers une image passée. Nous sommes en 1995. C’est le grand tremblement de terre de Kobe. La scène est frappante. C’est ainsi que l’on apprend, dans les toutes premières pages, la façon dont Kuko a perdu sa mère.

Dès la première partie, je trouvais le texte beaucoup plus fluide que dans le tome 1. L’histoire me semblait plus claire, plus définie. Je me suis sentie plus proche des personnages. Puis le langage adolescent un peu fouillis est revenu, les cases pas très claires et cette histoire de sourire qui revient comme un leitmotiv, tout cela m’a ramenée à tout ce qui ne m’a pas plu dans le tome 1. En fait, les personnages sont agaçants et les dialogues, dont je ne comprend pas réellement l’utilité, sont plus lassants qu’autre chose.

Si ce second tome commençait bien, avec l’enfance de Kuko et le deuil auquel elle a dû faire face, j’ai rapidement eu l’impression de ne rien comprendre de ce qui se passait vraiment. Kuko semble amoureuse, mais ce n’est jamais très clair. Les personnages interagissent entre eux d’une drôle de façon, entre non-dits et éclats. Ils peuvent être timides une page avant et se crier des bêtises la page suivante. Je n’en comprends pas l’intérêt. Kuko est un personnage insupportable, qui s’aime, le scande haut et fort, tout en souffrant intérieurement. Le genre de personnage qui m’exaspère.

J’arrête ici cette série qui aurait eu du potentiel, si elle aurait été bien exploitée. L’art dans le premier tome et ici, le séisme de Kobe, auraient pu être des bases intéressantes à développer une histoire plus poétique, plus axée sur l’adolescence. Ici, avec Moving Forward, j’ai plutôt l’impression d’un mélange assez étrange qui n’apporte pas grand chose…

Dommage!

Mon avis sur le tome 1.

Moving Forward t.2, Nagamu Nanaji, éditions Akata, 190 pages, 2017

Le mari de mon frère t.4

Le mari de mon frère 4C’est avec une idée bien précise en tête que Mike s’est rendu au Japon, où il y a rencontré Yaichi et la petite Kana. Pour tenir la promesse qu’il avait fait, avec son défunt mari… Et tandis qu’à l’école de sa nièce, sa venue semble devoir faire des remous, les choses se concrétisent et… Peu à peu, le jour fatidique de son retour pour le Canada semble s’approcher.

Le quatrième tome de la série Le mari de mon frère est sans doute mon préféré, même si toute la série est excellente et trône sans doute au sommet de mes mangas favoris. L’auteur avec cette série tente de déconstruire les préjugés entourant l’homosexualité, dans un pays où la culture n’est pas forcément très ouverte sur le sujet. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de permettre une certaine réflexion sur la place de chacun au sein de la famille, de ce qu’est une famille même si elle n’est pas forcément traditionnelle au sens où on l’entend.

Dans ce quatrième tome, Kana amène des amis à la maison et cette rencontre avec Mike est l’occasion pour Yaichi de réfléchir encore plus à l’acceptation et la bienveillance des autres qui sont différents de nous. On constate également de grands changements chez lui, alors qu’il est confronté à la direction de l’école de Kana qui s’inquiète des propos que la fillette peut avoir sur cet oncle du Canada marié à un autre homme.

« Si à l’avenir elle devait montrer des aspects hors de la norme… À mes yeux, lui demander de changer sous prétexte qu’elle serait différente des autres n’aurait aucun sens. »

Sa relation avec Mike a aussi beaucoup évoluée et c’est très touchant de les voir ensemble, partager des photos de Ryôji. Ces moments sont très beaux puisque Yaichi constate l’ouverture de la famille de Mike et apprend des choses que Ryôji avait confiées à son mari. Yaichi réalise que son jumeau était heureux dans sa nouvelle vie, assumant pleinement son amour pour Mike. Ce moment est très fort pour Yaichi qui constate que beaucoup de choses l’avaient éloigné de son jumeau.

« Moi, aujourd’hui, j’ai beaucoup de regrets. Mais le fait de savoir qu’il était heureux ça m’enlève vraiment un poids. »

Ce tome lève aussi le voile sur la promesse faite par Mike à son défunt mari et sa présence au Japon. J’ai apprécié que l’auteur donne cette fin à sa série: sans promesses impossibles à tenir et complètement ancrée dans la réalité, tout en étant très belle. Je trouve que ce dernier tome complète merveilleusement bien la série, de façon très cohérente.

Ce manga est vraiment très beau et le tome 4 encore plus, il m’a beaucoup émue et énormément touchée. Il n’est pas question que d’homosexualité dans cette série, mais avant tout, de l’humain. De l’envie universelle d’aimer et d’être aimé, d’avoir une famille, d’être entouré. L’auteur parle aussi du deuil, de la façon de le vivre, des regrets. C’est un thème plus approfondi dans ce dernier tome. C’est poignant, beau et touchant. Les propos de l’auteur sont à la fois réalistes et positifs. C’est ce que j’ai particulièrement apprécié. Cette forme de bienveillance latente qui fait du bien est présente tout le long de la série.

Cette série a été un beau coup de cœur pour moi. Une série à découvrir, si vous ne l’avez pas encore lue. Une série nécessaire pour combattre les préjugés et les idées reçues. Une série à mettre entre toutes les mains.

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Le mari de mon frère t.4, Gengoroh Tagame, éditions Akata, 176 pages, 2017

Le mari de mon frère t.3

Le mari de mon frère 3Peu à peu, Yaichi s’est habitué à la présence de Mike. Réussissant même à se comporter avec son beau-frère de manière très naturelle ! C’est à l’occasion d’un voyage en famille aux sources thermales que le père de Kana va réaliser à quel point il a déjà évolué. Mais à leur retour, quelques surprises pourraient bien les attendre…

Ce troisième tome, toujours aussi bon que les deux premiers, nous amène un peu plus loin dans la relation entre Yaichi et Mike. L’histoire nous montre à quel point Yaichi change au contact de son beau-frère, à quel point cette arrivée inopinée dans sa vie l’amène à se questionner et à réfléchir plus longuement sur les préjugés, sur la vision qu’a de l’homosexualité la société dans laquelle il vit. Son parcours est intéressant puisqu’il est empreint de changements.

Yaichi se pose beaucoup de questions. Il se demande quelle serait sa réaction si sa fille Kana lui annonçait un jour qu’elle est amoureuse d’une autre fille. Un petit séjour aux sources en compagnie de sa fille, de son ex-femme et de Mike l’amène à se questionner aussi sur la façon dont la société les perçoit, tous ensemble et sur les préjugés qui peuvent être véhiculés. Il y est beaucoup question d’une société en apparence sans problème, alors que l’homosexualité est vécue de façon beaucoup plus cachée. Pour Mike, qui ne se cache pas, la vie est plus simple. Ce n’est pas le cas de tout le monde, surtout dans les pays qui ne sont pas très ouverts sur la question.

C’est aussi l’occasion pour Yaichi de se questionner sur la famille: ce qu’elle est, ce qu’elle représente, et de revoir son modèle idéal pour réaliser que sa famille, même si elle diffère des familles classiques, est aussi importante.

J’aime beaucoup le personnage de Mike, très sympathique et curieux de découvrir tout ce qui est nouveau pour lui, mais j’aime énormément l’évolution du personnage de Yaichi. On sent une réelle envie de mieux connaître son beau-frère et de comprendre de nouvelles réalités qui ne lui avait même pas effleuré l’esprit auparavant. En revanche, le personnage de Katoyan que l’on rencontre dans ce troisième tome est d’une grande tristesse, étant donné sa façon de vivre et d’agir.

On retrouve comme toujours le petit cours de culture gay de Mike, qui cette fois aborde la marche des fiertés, les droits des homosexuels (on y parle des émeutes de Stonewall) et la gay pride.

Comme toujours, cette série est pertinente et nécessaire. À mettre entre toutes les mains!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Le mari de mon frère t.3, Gengoroh Tagame, éditions Akata, 274 pages, 2017

Moving Forward t.1

moving forward 1Sourire pour quoi ? Sourire pour qui ? Pour masquer ses blessures… ou exprimer sa joie ? Kuko, jeune lycéenne, affiche toujours un sourire radieux ! Mais autour d’elle, personne ne semble soupçonner que derrière cette apparente bonne humeur se cache une profonde douleur. Mais l’arrivée dans son quartier d’un garçon plus perspicace que les autres pourrait bien chambouler son quotidien… Entre regards perdus et non-dits, découvrez le quotidien de jeunes adolescents qui, entre arts, amour et amitié, cherchent leur équilibre fragile dans un monde souvent trop cruel.

Moving Forward tome 1 est un manga qui aborde l’adolescence sous un thème qui aurait pu être vraiment intéressant s’il aurait été développé autrement: l’art. Kuko est une jeune fille toujours souriante, toujours gentille avec les autres. Sa bonne humeur est souvent factice et elle ne se laisse jamais aller à ses sentiments ou ses émotions. Un sourire pour cacher tout ce qui ne va pas.

Dans l’entourage de Kuko, chacun pratique une forme d’art. La photographie, la musique, la peinture, l’art sous différentes formes. Chacun des adolescents de Moving Forward utilise l’art comme exutoire à ses émotions. C’est un sujet qui aurait donc eu un très grand potentiel.

Le manga est assez particulier. J’ai dû reprendre ma lecture à plusieurs reprises parce que je perdais complètement le fil. En fait, à part mettre en scène des ados qui vivent des choses difficiles, se cherchent et ne se parlent jamais de ce qu’ils ressentent vraiment, le manga ne va à peu près nulle part. Il ne se passe rien. Les prises de bec entre l’un et l’autre sont vides et n’apportent rien à l’histoire.

L’histoire manque de crédibilité, n’a aucune ligne de conduite, flirte avec les non-dits qui finalement, ne disent absolument rien. J’avais souvent l’impression d’être perdue pendant ma lecture, de ne pas savoir où j’en étais. C’est une histoire que je serais bien en peine de décrire tant il n’y a pas d’histoire. J’aurais envie de dire qu’il y a quelque chose de lyrique ou de poétique dans tous ces non-dits, mais j’ai eu l’impression que l’auteure est carrément passée à côté de ce qu’elle aurait pu montrer de la difficulté d’être adolescent et de vivre toutes sortes d’émotions et de changements.

L’atmosphère globale du manga m’a donné une impression de grand fouillis. Je n’ai pas compris l’utilité de la plupart des scènes qui nous sont montrées. J’ai eu aussi l’impression que certaines cases partaient parfois dans une sorte de délire où je ne comprenais rien. Le langage utilisé est assez moyen. Il se veut « jeune », mais je l’ai trouvé surtout agaçant. Je crois qu’on peut parler aux ados sans tomber dans la facilité.

L’auteure intervient énormément à travers les marges de son manga, soit en racontant la triste histoire de son AVC ou en nous parlant d’une adaptation à laquelle elle a contribué. J’avoue que ça ne m’a pas intéressée plus que ça puisque ça coupe le manga en bas de page ou dans les marges. Déjà que l’histoire se suit difficilement…

Vous l’aurez compris, je n’ai pas particulièrement apprécié cette lecture. Ce que j’ai aimé, en revanche, ce sont les dessins. Très beaux, très doux, les personnages classiques des manga japonais, mais avec un petit quelque chose de plus. Visuellement ce manga est magnifique. C’est l’histoire qui ne suit pas, du moins, à mon avis.

Ce premier tome est un manga vite lu et rapidement oublié. C’est dommage parce que je crois qu’il y aurait eu un grand potentiel à puiser dans l’art pour faire un beau parallèle avec la difficulté d’exprimer qui nous sommes vraiment à l’adolescence. J’ai le second tome sous la main et je le lirai pour voir si l’histoire s’améliore un peu…

Vous avez lu ce manga? Vous avez aimé?

Moving Forward t.1, Nagamu Nanaji, éditions Akata, 197 pages, 2017