Notre top 5 2021!

L’année se termine. Elle a été remplie de très belles lectures. Comme chaque année, nous vous offrons notre top 5. L’exercice est d’autant plus significatif car sélectionner cinq ouvrages marquants est difficile. Surtout quand on lit beaucoup et qu’on a lu de bien belles choses tout au long de l’année.

Voici donc le top 5 de nos lectures pour 2021:

Choix de Guy:

  1. Marie-Lumière (Lucie Pagé) 
    Un livre qui fait du bien. Qui nous pousse à lâcher prise, à mieux vivre. C’est un très beau roman, lumineux et passionnant. 
  2. L’accident de chasse (David L. Carlson & Landis Blair)
    J’ai été époustouflé par la qualité de ce roman graphique. C’est une histoire passionnante et très riche, où la littérature prend énormément de place. 
  3. The White Darkness (David Grann)
    Un livre fascinant et passionnant sur l’expédition de Henry Worsley. Un ouvrage qui se lit d’une traite tant il est captivant.
  4. Buveurs de vent (Franck Bouysse)
    La qualité du texte de ce roman est exceptionnelle. L’auteur crée tout un univers et des personnages plus grands que nature qu’il est impossible d’oublier. 
  5. Retenir la lumière (Hélène Bouchard)
    Un recueil scintillant, joyeux, qui fait du bien. À lire, simplement parce que c’est si beau!

Choix de Geneviève:

  1. Mégantic, un train dans la nuit (Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel)
    Le dessin est sublime. Certaines images sont de véritables coups de poing. Une bd incontournable. Pour ne pas oublier et pour mieux comprendre comment tout cela a pu arriver…
  2. La mémoire est une corde de bois d’allumage (Benoit Pinette)
    Il y a des mots dans ce livre qui touchent au plus profond de ce que nous sommes comme être humain. Les mots de Benoit Pinette sont grands dans toute leur simplicité.
  3. La Mariée de corail (Roxanne Bouchard)
    Personne d’autre n’écrit comme Roxanne Bouchard. C’est un vrai plaisir de lecture, chaque fois. Une enquête aux effluves de bord de mer et d’eau salée. À lire!
  4. Huit crimes parfaits (Peter Swanson)
    Original et imprévisible, ce roman est un vrai plaisir de lecture surtout si on s’y connaît un peu en matière de romans policiers.
  5. L’oiseau moqueur (Walter Tevis)
    Un roman sur le droit de réfléchir par soi-même, d’apprendre, d’être imparfait, émotif, mais aussi sur le droit d’aimer. Un roman superbe, fascinant, terrifiant et beau à la fois.

Nous espérons que nos choix vous permettront de faire quelques découvertes.

Nous en profitons pour vous souhaiter une très belle année 2022, remplie de belles lectures! Prenez soin de vous.

Guy & Geneviève

La Traversée des temps t.1 – Paradis perdus

Cette Traversée des temps affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.
Paradis perdus lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Paradis perdus est le premier tome de cette série qui comprendra huit tomes et offriront un panorama de l’histoire de l’humanité. C’est donc à un vrai monument que l’on s’attaque en commençant ce livre. Pour le moment deux tomes sont parus (le second est d’ailleurs dans ma pile à lire) et les autres sont à venir. L’auteur a travaillé des années, soit trente ans, sur ce projet titanesque de raconter l’histoire de l’humanité, d’un monde à l’autre, à travers les siècles les civilisations. Chaque titre parlera d’une période importante pour l’histoire humaine.

Ce premier tome commence alors que Noam, né il y a 8 mille ans, se réveille dans notre monde d’aujourd’hui. La vie a bien changée depuis l’époque de Noam. Ayant parcouru plusieurs ères, Noam parle de nombreuses langues et découvre notre société avec son réchauffement climatique, ses guerres, le chaos social, la technologie qu’il ne connaît pas.

L’essentiel du roman se concentre sur Noam et sa vie à l’époque. On apprend à connaître son entourage et la façon dont son peuple vivait. Il nous raconte la relation avec son père, un personnage détestable, un homme égocentrique dont le fils n’a pas vraiment d’importance pour lui. Le père et le fils sont très différents. Noam est un personnage qui se questionne continuellement alors que son père crée beaucoup de tensions familiales et il est craint par son peuple. Il réussit à instaurer la peur dans son entourage.
Noam quittera alors son peuple pour échapper à tout cela et ira retrouver son oncle, un géant et chasseur qui vit dans la nature. Le conflit entre Noam et son père va l’amener à voir autre chose, à aller au-delà de ce qu’il connaît. C’est l’occasion de s’ouvrir sur un autre monde pour mieux appréhender le sien. On apprend beaucoup de choses sur leurs différents clans, sur la survie, sur la façon dont la vie devrait être: plus libre et plus posée. Son oncle est sage et lui apprendra beaucoup de choses.

« La Nature nécessite la mort afin de perpétuer la vie. Regarde autour de toi. Cette forêt existe depuis toujours et se nourrit d’elle-même. Examine! Aucun débris, rien d’inutile. Ni les excréments, ni les cadavres, ni les pourritures. Des ramures sont tombés, dont la moisissure a engraissé les plantes, les champignons, les vers. Des animaux sont tombés et leurs chairs, leurs pelages, leurs os ont restauré leurs congénères. Lorsque tu marches au milieu des broussailles, des bruyères, et des surgeons entrelacés, tes pieds foulent les mille forêts précédentes. Les feuilles mortes forment des feuilles vivantes, la jeune tige jaillit d’une décomposition. Chaque chute produit une pousse, chaque disparition grossit l’être. Il n’y a pas de défaites. La Nature ne connaît ni arrêt ni fin puisqu’elle recycle en enchaînant les formes nouvelles. La mort, c’est ce par quoi la vie renaît, persévère et se développe. »

On retrouve dans Paradis perdus des liens avec l’histoire de l’Arche de Noé. On y voit donc des aspects se rapprochant de l’histoire biblique et de l’histoire de l’humanité. Pendant le roman, on va revenir à notre époque actuelle à quelques reprises, surtout au début et à la fin du livre, ce qui amène une nouvelle perception de l’histoire. L’auteur crée donc un roman foisonnant qui nous happe et nous amène à découvrir l’humanité d’une autre façon, toujours à travers le prisme de la fiction. Le lecteur va vivre aux côtés de Noam et de son clan, il va voir le fonctionnement de son peuple, les liens entre les personnages, la façon dont la hiérarchie fonctionne, les décisions sociales et politiques qui sont prises et la façon dont son monde est géré.

« Pannoam nous fait ce qu’il fait aux mouflons, aux chèvres, aux aurochs, aux chiens: il nous transforme en troupeau docile. En même temps que l’animal domestique, il invente l’homme domestique. La soumission gagne du terrain. Plus personne ne vit libre. »

Roman historique, chronique familiale, roman d’amour, ce livre est étonnant. C’est un roman sur l’histoire, sur l’évolution, mais aussi la grande histoire d’un homme. On vit les tensions qu’il vit, la tendresse qu’il éprouve pour son oncle qui lui est précieux, son amour pour Noura, même si cette dernière est un personnage changeant et difficile à cerner. Noam est le personnage central de cette grande épopée, mais j’ai beaucoup aimé Barak, qui reste mon préféré. Divertissant et drôle, il me plaisait beaucoup. Quant à Noam, c’est un personnage bon et attachant, dont on suit les aventures avec plaisir.

J’ai bien apprécié ma lecture. L’écriture de Schmitt est toujours très belle. J’aime énormément le lire pour le plaisir de retrouver sa plume. Le livre se lit très bien. Toutefois, à certains moments, vers la fin, le livre manquait légèrement d’un petit quelque chose pour nous pousser à lire la suite. J’ai hâte de voir la façon dont le second tome se déroulera, je suis très curieux de m’y plonger pour justement voir de quelle façon l’histoire prendra forme au fil du temps. Comme Noam ne vieillit plus, je me demande ce qu’il adviendra de lui puisque les autres autour continuent de vieillir. Le statut de Noam est intrigant. Pourquoi est-il «immortel»? Pour quelle raison est-il ici, de nos jours? Pourquoi cesse t’il de vieillir? On apprend au fil des pages certaines des raisons qui l’ont mené là. Certaines choses demeurent nébuleuses et j’ai hâte de voir ce qu’il adviendra de lui dans les autres tomes.

Le personnage de Noam est un lien continu entre les mondes. On peut le percevoir comme une sorte de fil conducteur entre son monde et notre époque d’aujourd’hui. Malgré les liens que l’on peut faire avec la Bible, ici avec le déluge par exemple, Paradis perdus n’est pas du tout un roman qui parle de religion. On en perçoit simplement les liens. Le regard qu’il pose sur notre monde d’aujourd’hui est intéressant. Il doit mentir pour ne pas se faire découvrir, afin de passer incognito, tant son histoire est incroyable. La confrontation de ces deux mondes et le regard que Noam pose sur son histoire personnelle sont intéressants à découvrir. Confronter les différents mondes à travers le temps permet à l’auteur de faire une synthèse intéressante de notre évolution en bâtissant sa propre idée, ancrée dans son imaginaire. Une sorte de réécriture de l’histoire de l’humanité.

Un travail assurément colossal!

La Traversée des temps t.1 – Paradis perdus, Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 576 pages, 2021

L’automne de la disgrâce

— Vous voulez voir le corps ?
Quand l’inspecteur Whitford fait cette proposition à Leo Desroches, le journaliste hésite. Pourquoi diable ce policier d’Edmonton l’amènerait-il sous la tente érigée par les techniciens en scène de crime au beau milieu de ce champ agricole ? Mais quand il pose les yeux sur le corps frêle, Leo comprend : il s’agit d’une jeune Autochtone. À l’époque, fort d’un tel scoop, Leo aurait fait un détour par le casino avant de filer au journal. Mais comme il a déjà tout perdu – famille, boulot, maison, estime de soi… – et que Larry Maurizo, qui connaît son triste passé, vient tout juste de l’embaucher, Leo résiste à ses anciens démons.
Bien entendu, Larry est enchanté par la primeur, et quand Leo lui apprend que Grace – la police a entretemps identifié le corps – serait la plus récente d’une série de disparitions de femmes amérindiennes, le rédacteur en chef lui demande d’assurer le suivi de l’histoire, mais désormais à titre de « reporter aux affaires autochtones » du Edmonton Journal – après tout, Leo n’est-il pas, malgré la pâleur de sa peau et ses cheveux roux, à moitié d’origine crie ? Acceptant sans enthousiasme sa « promotion », Leo entend néanmoins mener à bien sa mission. Or, pour cela, il devra renouer avec ses racines… et assumer son passé. Pour le meilleur et pour le pire !

J’étais vraiment contente de découvrir le premier tome de la trilogie Les Saisons de Leo Desroches. Celui-ci se déroule à l’automne. Les prochains, à paraître en français en 2022, s’attarderont sur l’hiver et l’été. Le parcours de l’auteur est intéressant. Né d’une mère canadienne-française et d’un père cri, il n’a découvert ses origines que sur le tard. Son personnage vit un parcours similaire en ce qui concerne ses origines. L’automne de la disgrâce a été une très belle surprise pour moi.

Leo Desroches est journaliste. Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a été détenu, a vécu dans la rue, a des problèmes de jeu, et il combat ses démons par… d’autres démons. Il se bat contre sa dépendance au jeu et essaie de garder la tête hors de l’eau. Il tente très fort de redresser ce qui ne fonctionne pas dans sa vie. Il a des racines à moitié canadiennes-françaises, à moitié autochtones, mais passe généralement pour un blanc, ce qui lui donne parfois l’impression de ne pas être à sa place. Leo est un bon journaliste. Quand il arrive par hasard le premier sur les lieux d’un crime et qu’on lui fait la faveur d’entrer dans la tente de scène de crime, Leo constate que la victime est une jeune prostituée autochtone. La plus récente d’une série de disparitions. Personne n’enquête vraiment sur ces filles. Personne ne s’y intéresse vraiment. Sauf Leo. Il décide alors d’en faire une affaire personnelle et de donner un visage à ces filles dont tout le monde se fout.

« C’est une blague, ai-je répondu avec un rire cruel. Vous voulez vous racheter de m’avoir montré un cadavre en m’offrant de me montrer un autre cadavre? Je pensais que c’était moi, le gars avec des problèmes métaux, mais vous vous montrez à la hauteur. »

Ce qui est passionnant avec ce roman, outre le fait qu’il aborde un sujet troublant, c’est son personnage assez atypique qui a un lourd vécu et qui raconte lui-même son histoire. On s’attache à lui et à son combat pour mener une meilleure vie. Leo sait faire preuve de lucidité et d’humilité sur son état et le roman est parfois teinté d’un peu d’humour. J’ai également beaucoup apprécié de plonger dans l’univers du journalisme. J’ai aimé suivre l’enquête, pas par l’entremise d’un policier comme on le voit généralement, mais plutôt d’un point de vue journalistique. On apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement du journal, des lois, de la corruption, de la politique. L’histoire se déroule à Edmonton. On y parle des différents quartiers, du mode de vie des gens quand le froid arrive, du hockey. C’est un roman qui prend le temps d’aborder en parallèle différents sujets. L’enquête est intéressante et Leo donne de la couleur au roman. Et que dire de la fin du livre! J’aime définitivement le ton de ce roman et les réflexions de Leo. Lui qui a été si longtemps à l’écart de sa propre vie, commence à se prendre en main (du moins il essaie) et découvre aussi un pan de son héritage autochtone.

L’automne de la disgrâce aborde la question des disparitions des femmes autochtones et la difficile condition des gens qui vivent avec une dépendance. C’est aussi un roman sur la quête de soi et de ses origines pour apprendre à mieux se connaître. Même si Leo est un antihéros dont la vie va mal la plupart du temps, il fait tout pour redresser les choses et on s’attache à lui. Il nous donne l’impression d’être proche de lui. Un très bon roman, que j’ai pris grand plaisir à lire. J’ai vraiment hâte au prochain pour retrouver Leo.

La suite, Un hiver meurtrier, devrait paraître au printemps 2022. Je l’attends avec impatience!

L’automne de la disgrâce, Wayne Arthurson, éditions Alire, 386 pages, 2021

Un crâne dans le petit bois

Le souvenir restait imprécis, pas net du tout, c’était très vague. Ça n’avait pas de contours, ça se dessinait à peine, mais ce souvenir-là tentait vraiment de remonter à la surface. Clara le savait, il y avait une histoire de tête de cheval qui traînait quelque part. Ça se sent, ces choses-là. Ce jour-là, Mad disait que les tresses de Clara sentaient le secret. Elle avait raison : Clara avait fait une incroyable découverte dans le petit bois ! Elle ne voulait en parler à personne, sauf à son ami Bab qui, par malheur, se faisait opérer samedi. Découvrir un crâne, ce n’est pas banal. Le mystère allait conduire Clara dans les méandres des mémoires de sa famille.

Un crâne dans le petit bois est un roman jeunesse particulier, avec une atmosphère intéressante. Il y a un petit côté suranné qui m’a plu dans cette histoire, avec des retours dans le passé, des journaux et aussi, le fait que Clara va à l’école à cheval et traverse tous les jours le petit bois. Le roman commence le jour où Clara découvre un crâne dans le boisé. C’est une découverte peu banale pour la jeune fille, qui en est un peu troublée et qui garde d’abord le secret avant de finalement se confier à sa grand-mère.

« Entre la crainte et la curiosité, elle avait eu très peur de découvrir un cadavre qui allait lui faire faire des cauchemars jusqu’à la fin de ses jours. »

Sa découverte mystérieuse sera l’occasion pour Clara d’enquêter sur la provenance du crâne. Passionnée par les chevaux, cette découverte la touche d’autant plus qu’elle y puise par la suite quelques histoires familiales. Ses recherches et celles de sa grand-mère leur permettront de creuser un peu plus l’histoire de la famille et de plonger dans le passé. 

Le livre se déroule sur deux semaines, chaque chapitre abordant une journée différente. Les chapitres peuvent être assez courts et la lecture est agréable. On a aussi droit à des passages de journaux qui nous offrent un aperçu du passé, en lien avec la découverte de Clara.

J’ai bien aimé l’atmosphère de ce roman jeunesse. Il est particulier et permet de plonger aussi dans les histoires de famille et d’en relever quelques secrets. Ce roman nous fait découvrir l’univers singulier de Clara, qui va à l’école à cheval, passe beaucoup de temps dehors, fait les mêmes rêves que sa grand-mère, utilise le traversier pour avoir des conversations avec elle et s’intéresse à la nature et aux histoires.

« Elle n’était pas très éloignée, l’île, on aurait presque pu construire un pont pour la rattacher à la terre ferme. Mais les îles n’ont pas toujours envie de faire partie de ce qui est à tout le monde. Elles préfèrent parfois se distinguer et conserver leur caractère solitaire et un peu farouche. »

Un roman jeunesse assurément diffèrent, tant par son thème que par sa construction. J’ai bien aimé cette lecture. À partir de 9 ans. 

Un crâne dans le petit bois, Christiane Duchesne, éditions Québec Amérique, 168 pages, 2021

Dieu en personne

Dans une file d’attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de « Dieu ». Il n’a pas de domicile, pas de papiers, ni de numéro de sécurité sociale. L’irruption de cette énigme métaphysique « en personne » déclenche un phénomène médiatique majeur… Un procès géant est bientôt organisé contre ce « Coupable Universel ».

Dieu en personne est une bande dessinée très divertissante, qui débute lors d’un recensement, alors qu’un homme dans la file doit présenter ses papiers d’identité. Il n’en a pas et quand on lui demande son nom, il répond… Dieu. Une personne sans pièce d’identité suscite de nombreux questionnements. Comment peut-on exister si on ne possède aucune preuve de notre existence? À partir de là, tout le monde se mêle de cette situation rocambolesque, l’analysant, faisant des tests, profitant de la présence du vieil homme pour en faire un objet publicitaire et le traînant même devant la justice, tout en débattant de son existence. Si Dieu est avec eux, il est donc responsable de tous les maux du monde. Sa présence dérange, évidemment. Chacun a son opinion sur cet homme.

« Dieu » devient alors un objet de recherches. Il porte une oreillette, ce qui intrigue grandement les gens. « Dieu » devient alors la source de toutes les spéculations possibles et inimaginables. Des scientifiques étudient son cerveau et découvrent des choses étonnantes sur cet homme. Les agences de marketing s’emparent de ce sujet incroyable. La médecine veut pouvoir l’étudier. « Dieu » devient le centre de toutes les attentions et chacun veut pouvoir en profiter.

Cette histoire loufoque est intéressante car elle amène une certaine forme de réflexion autour du genre humain. C’est aussi très amusant parce que la situation est assez intrigante.

La bande dessinée est en noir et blanc et j’ai bien aimé le dessin qui va très bien avec l’histoire. J’ai passé un très bon moment avec cette lecture! Le côté mystérieux du sujet, l’intrigue entourant « Dieu » est vraiment agréable à découvrir. La bande dessinée est, par moment, humoristique, tant les situations en lien avec l’humain et les réactions des gens font sourire. L’auteur garde bien le suspense quant à l’identité de l’homme. On veut donc savoir qui est cet homme qui fait tant de vagues autour de lui et suscite autant d’intérêt.

Cette histoire est aussi le portrait d’une facette de l’être humain, toujours avide de profiter de ce qui peut se présenter à lui, toujours à la recherche de popularité. C’est le propre de l’homme de tenter de profiter de tout ce qui peut lui rapporter, que ce soit financièrement par exemple, ou pour être présent au bon moment au cas où la situation pourrait lui profiter. C’est une critique de la société où chacun a quelque chose à dire sur tout. L’arrivée d’un personnage comme « Dieu » dans la société déclenche un véritable  raz-de-marée. Les deux citations en début de livre illustrent parfaitement l’idée de cette bande dessinée.

« En créant l’homme, Dieu a quelque peu surestimé ses capacités. » – Oscar Wilde

« En créant Dieu, l’homme a quelque peu sous-estimé les siennes. » – Anonyme

Dieu en personne est une excellente bande dessinée et m’a fait passer un très bon moment. L’histoire est originale. Malgré le titre, cette bande dessinée ne parle pas vraiment de religion. On a surtout affaire à un personnage omniscient, qui peut représenter n’importe quelle croyance.

Dieu en personne, Marc-Antoine Mathieu, éditions Delcourt, 128 pages, 2009