La sorcière secrète

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille. Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

La sorcière secrète est le second tome de la trilogie de Molly Knox Ostertag. J’avais beaucoup aimé Le garçon sorcière qui amenait le thème de l’identité et des stéréotypes d’une façon très originale, par le biais d’une famille de sorcières et de métamorphes, mais aussi en mêlant des humains qui n’ont pas de pouvoirs particuliers à tout cela.

Dans ce second tome, nous retrouvons Aster qui étudie maintenant avec les sorcières. Comme il est le premier garçon sorcière qu’elles connaissent, son intégration ne se fait pas aussi facilement qu’il l’espérait.

« Après tout, la meilleure façon de répliquer à ceux qui ne veulent pas que tu apprennes la sorcellerie, c’est de devenir excellent! »

Aster a longtemps espionné les cours de sorcellerie, mais ses connaissances sont très ciblées et il a du retard à rattraper. Sa grand-mère lui demande son aide, avec son frère. Même s’il ne le voit pas d’un bon œil, Aster et son grand oncle ont des points en commun.

Charlie, la fidèle amie d’Aster qu’il a rencontrée dans le premier tome, fait la rencontre d’une nouvelle amie, Ariel, à son école. Plutôt revêche et délaissée, Charlie tente de l’apprivoiser. En même temps, quelque chose semble s’acharner sur Charlie, une force bien plus grande qu’elle et très inquiétante.

« Quand la magie cause de la douleur et de la colère, elle devient corrompue et ne peut qu’infliger du mal aux autres. »

Charlie et Aster devront, chacun de leur côté, faire face à une magie complexe et dangereuse, une magie corrompue par la noirceur.

J’aime beaucoup que deux mondes se côtoient dans cette bande dessinée et dans la précédente. Le monde des humains avec Charlie, une fillette ouverte d’esprit, et le monde des sorcières et des métamorphes, régit par des lois non écrites plus stéréotypées. Aster brise certaines barrières pour faire accepter qui il est. Il ouvre aussi la porte à une meilleure compréhension des différences dans sa famille et de ceux et celles qui, comme lui, ne suivent pas le chemin tout tracé d’avance pour eux.

Le grand oncle d’Aster tient ici une place importante. On a pu le voir dans le premier tome et ici, on comprend un peu plus ce qu’il est et pourquoi il est devenu beaucoup plus sombre. Quand la noirceur et les blessures prennent toute la place, il reste beaucoup moins d’espace à la compréhension et à la bonté.

Quant à Ariel, c’est une jeune fille blessée, mais puissante. Elle devra faire des choix et décider si elle fait une place à l’amitié dans sa vie. D’ailleurs, un des thèmes sous-jacent à ces bandes dessinées est vraiment l’amitié. Le genre d’amitié à toute épreuve, qui est importante et qui marque pour la vie.

Une bd que j’ai beaucoup aimé, qui permet de mieux comprendre plusieurs personnages et d’en découvrir d’autres. Une belle leçon de vie se cache aussi derrière les intrigues liées à la magie. C’est rafraîchissant!

Mon avis sur le premier tome:

La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag , éditions Scholastic, 208 pages, 2019

Tomie

Tomie Kawakami est le mal incarné. Reconnaissable entre mille grâce à ses longs cheveux et son grain de beauté sous l’oeil gauche, elle attise les passions chez tous les hommes qui croisent son regard. Ses victimes, déchirées entre amour et folie, sombrent peu à peu jusqu’à commettre l’indicible et l’assassiner dans d’atroces circonstances. Mais le monde ne pourra jamais se débarrasser de Tomie. Pire, son pouvoir s’accroît inexorablement à chacune de ses renaissances.

Je ne connaissais pas du tout Junji Ito avant de mettre la main sur ce manga intégral et colossal de plus de 752 pages. Ce livre a été ma lecture graphique pour l’Halloween et c’était un choix parfait. Il faut savoir que Junji Ito est qualifié de « maître d’horreur du manga » et que ses influences sont autant de grands noms comme Stephen King ou Lovecraft. On retrouve d’ailleurs des airs d’un peu des deux auteurs dans ce manga. Toutefois, Junji Ito fait dans le très sanglant. C’est noir, sombre, terrifiant, gore, effrayant et vraiment efficace. Si vous êtes amateurs d’histoires d’horreur et de mangas ou de romans graphiques, c’est forcément un auteur que vous devez découvrir. Ce qui est amusant c’est que Junji Ito est un prothésiste dentaire tout ce qu’il y a de plus sérieux, qu’on n’imagine pas d’emblée créer des histoires aussi sanglantes. Il souhaitait ardemment se mettre au dessin. C’est un pari réussi assurément!

L’édition de Tomie parue chez Mangetsu est vraiment très belle. Le livre est épais, relié, sous couverture cartonnée avec jaquette. On a vraiment un produit de qualité, très agréable à lire. L’ouvrage est très soigné. On retrouve aussi plusieurs informations en début et fin de volume sur le projet Tomie et l’auteur. 

Alors, de quoi parle ce terrifiant manga? Tomie est une adolescente qui a été victime d’un crime crapuleux. On a retrouvé son corps découpé en morceaux. Alors que toute sa classe la pleure, on cogne à la porte. Tomie est là, sous l’incompréhension totale de ses camarades de classe et de son professeur, s’excusant d’être en retard… L’entrée en matière donne le ton à ce que deviendra Tomie au fil des pages.

Tomie est l’incarnation du mal et de la terreur à l’état pur. C’est un peu l’histoire d’un être revenu d’entre les morts pour se venger. Sauf que la nouvelle Tomie est une séductrice et une manipulatrice hors paire. Elle ment, pousse son entourage au crime et à la colère. Elle dépossède les gens de tout jugement. Les gens finissent par se sentir pris au piège quand ils entrent en relation avec elle, que ce soit par admiration, amitié, amour ou même, lorsqu’elle crée des liens familiaux avec ceux qui font office de figure parentale. Son existence se termine généralement dans un bain de sang… jusqu’à sa prochaine régénération. Et le cercle recommence. 

« Une créature multiple qui arbore toujours le même visage… et qui se régénère chaque fois qu’on la découpe, exactement comme la queue des lézards… Cette Tomie… est une femme effroyable… non… ce n’est même pas une femme… c’est un être obscur. »

Ce manga d’horreur réussit très bien à instiller la terreur et le dégoût. Très sanglant et morbide, ce manga est constitué de petites histoires qui ont toutes un lien entre elles: Tomie. On découvre donc la même entité, dotée des mêmes caractéristiques terrifiantes, qui fait une nouvelle rencontre. On voit se développer les liens d’amitié, d’amour, avant le dernier coup fatal. Même si elles peuvent donner un sentiment parfois répétitif, je trouve que c’est un manga parfait pour donner le frisson! On peut aussi lire une « histoire » de temps en temps, pour conserver l’effet « coup de poing » que chacune offre.

Visuellement, l’auteur offre un dessin plutôt classique, aux lignes marquées, en noir et blanc. Par contre sa maîtrise des scènes sanglantes et sa façon d’amener les scènes d’horreur est vraiment très efficace. C’est une expérience de lecture assez marquante, qui m’a plu parce que c’était assez inédit, même si j’aime l’horreur et que j’en lis quand même régulièrement. Amenée de cette façon et graphiquement assez terrifiante, ce fut une découverte intéressante. Junji Ito est un auteur qui vaut la peine d’être lu. 

Violent, sanglant, terrifiant, si vous aimez le genre, le monde de Tomie est assurément à découvrir!

Tomie, Junji Ito, éditions Mangetsu, 752 pages, 2021

Entre deux ciels

Le haïku célèbre ici le quotidien dans tout ce qu’il transporte de lumière et d’ombre. Le petit nuage blanc qui imite la lune, la lumière d’un héron au-dessus d’un embouteillage, des épinettes noires qui étirent le cou, mais aussi la lourdeur d’un dernier rendez-vous dans les yeux bleus d’un ami. Les haïkus de ce recueil témoignent d’un chemin entre deux ciels. 

Entre deux ciels est un très joli recueil de haïkus, accompagné de quelques photographies prises par l’auteure, que l’on retrouve au début de chaque chapitre. Le recueil commence avec un avant-propos de Dominique Chipot qui offre un bref descriptif des chapitres conçus comme des « tableaux » par l’auteure, ainsi qu’une appréciation sur la technique d’Hélène Leclerc à construire ses vers.

Entre deux ciels est un recueil où la nature tient une grande place. Il est divisé en quatre sections où le lecteur est transporté dans quatre environnements différents:

La route rose du GPS parle de tout ce que l’on peut retrouver sur notre route, toujours en rapport à la nature: animaux, flore, ciel, brefs instants lumineux.

Les grands courants aborde les courants de manière générale: des courants d’eau, des courants d’air, des bruits et des sons.

Le silence de nos doigts parle de silences et de moments de douceur, d’effleurements, de petits gestes. C’est la section consacrée au toucher.

Dans les yeux du cerf nous amène dans la forêt, auprès des animaux. Un chapitre qui met à l’honneur les différentes saisons, en commençant par l’hiver.

Ces poèmes sont un vrai plaisir pour le lecteur! Plonger dans les recueils d’Hélène Leclerc est un grand bonheur, tant ces textes sont des moments de véritable beauté. Ils nous apportent une quantité de belles images. Un livre plaisant, reposant, plein de lumière.

l’arbre solitaire
dans ses branches dénudées
le dessin du vent

Une lecture que j’ai beaucoup apprécié. Hélène Leclerc est une poète que j’adore. Je prend plaisir à chaque fois à découvrir ses haïkus et je m’émerveille toujours de la beauté et de la simplicité de ses mots. On se retrouve dans les petites scènes qu’elle capte, comme d’infinies beautés du quotidien.

Une auteure que je vais relire assurément, puisque je me suis procuré tous ses recueils. C’est chaque fois un plaisir. Je ne peux que vous recommander de découvrir sa plume tant les images que ses mots véhiculent sont belles. Sa poésie est très accessible. Elle sait capter ces instants où notre regard rencontre de fugitifs moments de la nature.

ciel de neige
au-dessus d’un panneau
les yeux du harfang

Entre deux ciels, Hélène Leclerc, éditions David, 88 pages, 2017

L’Horreur de Kill Creek

Quatre maîtres de l’horreur réunis dans une maison hantée : qu’est-ce qui pourrait bien mal tourner ? C’est l’idée de l’animateur d’un podcast à succès : les interviewer durant la nuit d’Halloween dans la demeure la plus tristement célèbre du Kansas. Mais ce qui ne devait être qu’un coup marketing va se muer en lutte pour survivre. Car dans les ténèbres de Finch House, dont les portes sont restées fermées si longtemps, quelque chose les attend. Une entité qui va faire basculer leur carrière et leur propre vie, pour les intégrer à l’héritage sanglant de Kill Creek…

J’ai lu L’horreur de Kill Creek de Scott Thomas pour l’Halloween. Je m’attendais à une histoire assez classique de maison hantée. Pourtant, si le début nous semble assez conventionnel, l’auteur va beaucoup plus loin qu’une banale histoire de demeure hantée et de fantômes. Il apporte à son roman un lot de particularités qui en font une histoire assez complexe et des réflexions intéressantes sur l’écriture et la popularité.

Le résumé donne tout de suite le ton à l’histoire que l’on s’apprête à découvrir. Quatre auteurs de romans d’horreur sont invités par un créateur de contenu populaire sur internet, qui souhaite présenter une entrevue dans un lieu inédit: une maison hantée la nuit de l’Halloween. Une maison célèbre pour ses légendes de morts étranges à travers le temps et un lieu qui donne le frisson. L’endroit est tout trouvé pour susciter l’intérêt du public et faire grimper les cotes d’écoute. Mais les lieux ont été désertés pendant longtemps et la présence du groupe a bousculé ce qui s’y trouvait. Les quatre romanciers rentrent chez eux en ramenant une chose venue tout droit des ténèbres. Une chose effrayante qui s’insinue dans leur quotidien… 

« Voilà la clé de l’horreur véritable. Si vous croyez que c’est réel, c’est réel. »

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture qui a été un excellent choix pour célébrer l’Halloween. Ce roman est intéressant pour de nombreuses raisons. Déjà, il est terrifiant. Il a vraiment sa place dans la collection Terreur de l’éditeur. Kill Creek est une histoire très efficace pour avoir des frissons. L’auteur construit son intrigue en nous racontant les légendes qui entourent la maison hantée et ce qui fait de ce lieu maudit un endroit que les écrivains en manque de popularité devraient assurément éviter. Sauf que le roman va beaucoup plus loin.

« L’écrit a toujours eu pour but d’expliquer aux hommes ce qui leur semble inexplicable. Nous écrivons pour comprendre l’univers, mais, surtout, nous écrivons pour comprendre la place que nous y occupons. »

En mettant en scène quatre romanciers, il offre aussi en parallèle une réflexion sur le processus de création, sur l’écriture et sur la recherche constante de popularité. Les personnages d’écrivains ne sont pas seulement un prétexte: on apprend vraiment à les connaître, on a droit à quelques extraits de leur travail, on comprend ce qui les a amené à l’écriture de romans d’horreur même s’ils sont tous très différents. Et que dire de la fin du roman, que j’ai adoré! Elle va dans le même esprit que le reste du livre. 

L’auteur de L’horreur de Kill Creek, Scott Thomas, écrit des scénarios et des téléfilms. Son roman est donc très visuel, avec des scènes d’horreur efficaces qui donnent froid dans le dos. Je me suis souvent fait la réflexion que ce serait un film génial si le texte était porté à l’écran. On a l’impression d’y être, de vivre avec les romanciers leur relation terrifiante avec cette maison hantée.

« Une maison souillée par le sang versé ne peut échapper à la peine sévère infligée par la rumeur. »

Si vous aimez le genre, je vous conseille vraiment ce livre. Une excellente lecture! 

L’Horreur de Kill Creek, Scott Thomas, éditions Bragelonne, 480 pages, 2021

 

Sueurs froides

« Je me suis fait larguer au pays des ours polaires ! » déclare Caz d’Astous en débarquant sur le tarmac enneigé et glacial de l’aéroport de Kuujjuaq pour rendre visite à sa tante pendant que sa mère et son amoureux se la coulent douce à Cuba. D’abord malheureux de ce programme, Caz change vite d’idée lorsqu’il rencontre Juani, jeune Inuit conducteur de traineau à chiens et champion de hockey. Au cours de son séjour, l’un des chiens de traineau appartenant à la famille de la belle Elisapie disparait de façon mystérieuse sur la toundra hostile. Malgré ses promesses de demeurer prudent, Caz est décidé à le retrouver. Saura-t-il survivre aux dangers extrêmes du Nord?

J’avais bien envie de découvrir ce roman jeunesse, dont la couverture sublime est très attirante. Le résumé m’attirait bien et je me suis dit que c’était l’occasion de lire quelque chose de nouveau. J’ai d’ailleurs bien aimé cette lecture.

Caz part chez sa tante qu’on surnomme Marie-Blizzard. C’est une femme particulière, qui a beaucoup voyagé. Elle vit maintenant au Nunavik où elle fait partie de la communauté. Caz débarque de l’avion et il a l’impression d’être un touriste. Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est la rencontre entre la culture des Blancs et celle des Premières nations. Caz se sent un peu bizarre. Il détonne dans le groupe et c’est quelque chose qu’il n’a jamais eu à expérimenter avant. Il est tellement pâle à côté des autres et tellement citadin!

« Voilà pourquoi mon grand-père insiste tant sur la transmission du savoir inuit. Conduire des chiens, construire des iglous, chasser notre nourriture, c’est non seulement une question de survie de notre culture, c’est une question de survie tout court. »

Il apprendra beaucoup de choses aux côtés de sa tante, de Jimmy, de Juani et de la belle Elisapie. Il réalise la puissance et la force de la nature du Grand Nord, surtout en plein hiver dans le blizzard. Il prend plaisir à apprendre de nouvelles choses et à expérimenter la vie au Nunavik, qui est très différente de chez lui. Il apprivoise la nourriture, la nature sauvage, les coutumes. Doucement, il va s’y habituer. Il réalise aussi qu’il partage certaines choses avec les gens qu’il rencontre: la passion du hockey et des chiens avec les gens du village.

« Nous longeons la rivière sur plusieurs kilomètres vers le nord. Des petites cabanes de pêche en planches parsèment le littoral. Enivré par la vitesse, le vent et la lumière, je me dis qu’aucune plage de Cuba ne peut rivaliser avec la beauté du Nord. Vraiment pas besoin de téléphone ni d’Internet haute vitesse pour faire passer le temps. »

L’intrigue du roman prend aussi une tournure mystérieuse quand des chiens du village disparaissent mystérieusement. Caz veut aider et tentera de s’immiscer dans les recherches. L’histoire mêle donc l’enquête aux premières expériences au Nunavik de Caz. Toutefois, c’est principalement sa découverte de la région, le traîneau à chiens, la participation à la course et la passion du hockey qui sont les aspects les plus intéressants du livre. Caz réalise aussi bien vite qu’il a plusieurs choses en commun avec les amis de sa tante. Les lecteurs qui aiment le hockey devraient aussi y trouver leur compte.

Sueurs froides est un bon roman jeunesse, à partir de 10 ans je dirais. C’est l’occasion pour les jeunes lecteurs de se confronter à une autre culture, pourtant proche de nous, mais qui demeure encore bien mal connue. Les auteurs ont réussit à rendre le roman instructif, assez prenant pour en faire une histoire dont on a envie de connaître la fin et surtout, de nous faire voyager dans notre propre province.

Le roman est complété par un petit glossaire des mots et expressions utilisées en inuktitut.

Sueurs froides, Michèle Plomer, Anne Brigitte Renaud, Les Éditions Chauve-souris, 200 pages, 2016