L’oiseau moqueur

« Pas de questions, détends-toi ». C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort individuel et leur tranquillité d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent ainsi vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où Paul, jeune homme solitaire, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université de New York. Le robot se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité ou la perdre définitivement ?

J’ai dévoré très rapidement le roman dystopique de Walter Tevis, que j’ai trouvé vraiment intéressant sur plusieurs aspects. Dans cet univers, le monde est régi par des robots. Créés il y a des années, il existe différentes classes de robots. Spofforth fait partie de la classe 9. Il ressemble à un humain et a le contrôle de toute la ville. Les humains eux, sont gavés de pilules afin de ne pas se poser de questions et rester toujours « heureux ». Les enfants et les jeunes n’existent plus. La nourriture est conditionnée, protéinée. Les vrais repas tels qu’on les connaît ont disparu. La famille est chose du passé, de même que la vie de couple. C’est d’ailleurs un crime que de cohabiter avec une autre personne. Les contacts humains n’existent plus, l’indépendance et l’intimité étant la priorité absolue. Personne ne sait lire et les livres servent à isoler les murs. Jusqu’à ce que Paul contacte le doyen de l’université avec une demande inédite: celle d’apprendre à lire aux autres. Car Paul est l’un des seuls qui sait lire, dans une société où la lecture est devenue criminelle.

« La lecture est trop intime. Elle conduit les humains à s’intéresser de trop près aux sentiments et aux idées des autres. Elle ne peut que vous troubler et vous embrouiller l’esprit. »

Paul est le personnage central du livre, avec Mary Lou, le femme qu’il rencontrera dans un zoo, et le robot Spofforth. Leurs destins sont intimement liés. Sans dévoiler l’intrigue, car il se passe énormément de choses à partir du moment où Paul se présente à l’université avec l’idée d’apprendre aux gens à lire, le roman passe par plusieurs étapes qui permettent à Paul de se remettre en question. L’idée d’engloutir des pilules pour « s’engourdir » ne lui plaît plus, surtout après avoir vécu pour la première fois des émotions reliées à l’amour d’une autre personne, à l’idée de former un couple avec celle qu’il aime, à la lecture d’œuvres qui lui donnent un aperçu de ce qu’a pu être la vie des gens qui l’ont précédé. Quand le monde était « normal » et humain. Les aventures que vit Paul et sa découverte de choses qu’il n’avait jamais expérimenté avant, le changeront forcément pour toujours.

« Rien dans mon éducation, cette éducation imbécile et prônant la haine de toute vie véritable, ne m’avait préparé à ce que j’allais entreprendre. »

Ce roman est vraiment captivant. On le compare à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, l’un de mes romans préférés. Même si les deux font de la lecture un acte criminel, L’oiseau moqueur aborde la société du futur dans son ensemble. L’acte criminel ne se limite plus aux livres, mais à l’identité et aux particularités qui font de nous des êtres humains. Ce que notre monde est devenu donne le frisson. L’amour, les émotions, le fait de réfléchir et de penser par soi-même n’existent plus.

« Une société hantée par la mort mais qui n’était pas assez vivante pour le savoir. »

Quand Paul y goûte à travers les livres qu’il découvre et son amour pour Mary Lou, il ne veut plus de cette vie complètement conditionnée. On peut s’amuser à faire la comparaison avec le roman de Bradbury, puisque même l’éditeur en fait mention sur sa quatrième de couverture. Cependant, chez Tevis, tout ne tourne pas qu’autour des livres, même si le salut de l’homme passe forcément par la lecture et, dans un aspect plus vaste, par la culture, dont en découle l’ouverture de l’esprit (et de l’âme).

« Je ne voulais plus imposer le silence à mon esprit, ni l’utiliser comme un simple catalyseur de plaisir. Je voulais lire, je voulais penser et je voulais parler. »

L’oiseau moqueur est un roman sur le droit de réfléchir par soi-même, d’apprendre, d’être imparfait, émotif, mais aussi sur le droit d’aimer. C’est une histoire sur le besoin inné de l’homme d’être entouré de ses semblables, chose qui n’existe plus dans le monde créé par William Tevis. C’est une histoire de liberté.

Un roman superbe, fascinant, terrifiant et beau à la fois. J’ai adoré!

L’oiseau moqueur, Walter Tevis, éditions Gallmeister, 336 pages, 2021

Heartstopper t.2: Un secret

Voici l’histoire de deux lycéens. Deux amis qui ont appris à se connaître, à s’apprécier. Puis un baiser a tout fait basculer. Un baiser et Nick a paniqué.
Il aime Charlie. Il veut être avec lui. Mais est-il prêt à affronter le regard des autres ? Cette question, il ne peut la résoudre seul. Heureusement, Charlie est à ses côtés. Et, ensemble, main dans la main, ils vont avancer.

Voici le second tome de la série Heartstopper. J’avais adoré le premier tome, dont j’avais trouvé l’atmosphère douce et bienveillante particulièrement belle. L’histoire de Charlie et Nick est empreinte de douceur même si les sujets qui sont abordés ne sont pas toujours faciles. Je crois que c’est la façon dont l’auteur amène ses personnages, le développement de leur relation et les beaux moments qu’ils passent ensemble qui font de ce roman graphique un petit plaisir de lecture. 

Ce second tome s’ouvre sur le malentendu qui terminait le premier tome. Charlie est dans son lit, torturé par ce qui s’est passé entre lui et Nick, alors qu’il s’est senti idiot et délaissé. Nick ne dort pas non plus. Il n’arrive pas à écrire à Charlie et à lui expliquer comment il s’est senti. La meilleure façon de régler tout cela: en personne. Et ensemble.

Nick est en pleine crise identitaire. Ce qu’il ressent le tourmente même si ça le rend heureux. Il doit faire taire la petite voix dans sa tête au profit de ce que ressent son cœur. Ce qui est beaucoup plus facile à dire qu’à mettre en pratique, surtout qu’il appréhende les réactions de son entourage. 

Malgré tout, la relation entre Charlie et Nick avance et évolue, dans le secret. Ils restent discrets, du moins ils le pensent. Nick ne sait pas encore clairement ce qu’il veut même si au contact de Charlie on dirait qu’il pétille. Il a beaucoup de chemin à faire, mais a envie de se rapprocher de Charlie et de son univers. Rencontrer ses amis est peut-être le premier pas à franchir.

Entre les premières fois qui sont par moments empreintes de timidité et les beaux moments qui bouleversent un peu le cœur, Nick et Charlie tentent de construire quelque chose qui leur est propre et qui leur ressemble, un petit pas à la fois. 

Toujours beau et agréable à lire, ce second tome de l’histoire de Nick et Charlie est réconfortant, tout comme le premier. On voit leur relation changer et évoluer. Charlie est heureux d’aimer quelqu’un qui l’aime réellement en retour et Nick apprend à faire des choix pour lui-même, même s’il ne s’y prend pas toujours de la meilleure façon. Leur histoire est belle et touchante. Les dessins, toujours si simples, véhiculent pourtant beaucoup d’émotions. 

Heartstopper est mon petit plaisir graphique que j’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver. Cette histoire en est une d’amour, de courage et d’identité. Une belle lecture!

Le roman graphique est complété par quelques petits plus en fin de volume. On y retrouve des portraits des personnages, des extraits du journal intime de Charlie ainsi qu’une mini BD sur l’histoire de Tara et Darcy, des personnages secondaires de Heartstopper. 

Mon avis sur le tome 1.

Heartstopper t.2: Un secret, Alice Oseman, éditions Hachette, 320 pages, 2020

Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Heartstopper t.1: Deux garçons. Une rencontre

Ceci est l’histoire de deux lycéens. Nick, le rugbyman au sourire solaire. Charlie, le musicien au cœur solitaire. Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, leur amitié n’était pas gagnée.
Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

Heartstopper a d’abord été un projet sur le web qui a longtemps été mijoté par l’auteure et qui a finalement été publié. J’ai vu le premier tome de cette série (qui compte trois tomes à ce jour) un peu partout sur Instagram et j’ai eu envie de voir si cette histoire me plairait. J’ai donc emprunté – et lu – le premier tome… avant d’acheter toute la série chez mon libraire jeunesse. La fin de ce premier tome nous donne naturellement envie d’en savoir plus et de rester en compagnie des personnages.

Heartstopper c’est l’histoire de Charlie et de Nick, qui se déroule sous forme de calendrier. Le livre débute en janvier alors que Charlie a une relation compliquée avec Ben qui le traite assez mal. Voulant cacher son attirance pour les garçons, Ben vit une sorte de double vie et utilise Charlie quand il en a envie. Lorsque Charlie se retrouve dans un nouveau groupe scolaire, il est placé à côté de Nick. Quelque chose de très fort se passe immédiatement entre eux. Amitié? Amour? Heartstopper est l’histoire de deux garçons qui apprennent à se connaître et se rapprochent.

Ce roman graphique est vraiment plaisant à lire. Le dessin est mignon, simple, mais très expressif. Les personnages sont adorables. La gentillesse est une belle qualité mise de l’avant dans cette histoire et ça fait du bien de voir que des personnages doux et gentils sont mis en lumière. Au fil des pages, on voit Nick et Charlie se rapprocher. On est témoins de leurs émotions, leurs questionnements et leur quotidien. Si Charlie est ouvertement gay, Nick a toujours été attiré par les filles. Toutefois, Charlie ne le laisse vraiment pas indifférent. On le voit tester ses émotions et tenter d’en comprendre toute la mesure.

« Charlie a l’air adorable. Quand l’as-tu rencontré?
-Il y a quelques mois. Il est dans mon groupe de mentorat.
-Il est très différent de tes autres amis, non? Tu est bien plus toi-même avec lui. »

Les personnages de ce roman graphique sont tellement attachants! Charlie est un adorable geek qui se passionne pour la musique, alors que Nick est le sportif typique au grand cœur. En apparence, ils semblent stéréotypés, mais ce n’est pas vraiment le cas. Charlie court très très vite et Nick est d’une grande tendresse. Les deux garçons finiront par découvrir l’univers de l’autre. Charlie apprend par exemple à jouer au Rugby alors que Nick découvre la batterie. Ils finiront par partager beaucoup de choses, toujours avec une belle complicité et de l’émotion que l’on ressent bien dans le dessin. J’aime aussi beaucoup la prof d’éducation physique et coach de l’équipe de rugby, même si on ne la voit pas beaucoup.

« Vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un est gay d’après son apparence. Et gay ou hétéro ne sont pas les deux seules possibilités. Quoi qu’il en soit, c’est très impoli de spéculer sur la sexualité des gens. Rentrez chez vous les garçons. »

L’auteure aborde aussi quelques sujets importants, même si l’ensemble n’est pas mélodramatique. On y parle de préjugés, de harcèlement, de violence et d’étiquettes apposées rapidement par la société, ainsi que des jugements faciles. Il y est aussi question de l’image que l’on projette et de l’opinion que peuvent avoir les autres de nous-mêmes.

Il y a de beaux passages dans ce roman graphique, qui sont empreints de douceur. Comme par exemple, cette neige partagée à deux, avec tout l’émerveillement et le plaisir de voir le ciel se remplir de flocons. Ou les petits bonheurs associés au fait de vivre des choses toutes simples avec quelqu’un qu’on apprécie énormément et avec qui on se sent bien.

Malgré tout, le premier tome se termine de façon abrupte et même si on se doute que les choses s’arrangeront, il vaut mieux avoir la suite sous la main pour poursuivre le plaisir de cette lecture. J’ai d’ailleurs relu ce premier tome dès que j’ai reçu ma commande et j’ai tout de suite poursuivi avec la lecture des deux tomes suivants. 

À la fin de ce premier roman graphique on retrouve une compilation sur cassette (virtuelle naturellement), créée par Charlie pour Nick. J’adore quand les auteurs partagent des pièces musicales qui les ont inspirés ou qui collent bien au livre. Musique et littérature sont tellement complémentaires pour moi. J’ai donc cherché et écouté les morceaux proposés. Il y en a vingt à découvrir (dix sur chaque face de la « cassette »). Je trouve qu’ils vont bien avec l’histoire et le caractère de Charlie.

Ce premier tome de Heartstopper a été une très belle lecture. J’ai adoré! Je trouve que le caractère des personnages y est pour beaucoup. Il y a une sorte de bonne humeur ambiante dans le roman quand Charlie et Nick sont ensemble, ce qui en fait une lecture réconfortante, malgré des passages un peu plus difficiles.

Alice Oseman a écrit, il y a quelques années, un roman intitulé L’année solitaire. Dans ce livre, les personnages que l’on retrouve dans Heartstopper avaient un tout petit rôle secondaire. Comme il n’est plus édité, je l’ai emprunté à la bibliothèque. Je n’ai pas accroché plus que cela et j’ai fini par l’abandonner. Je préfère largement ses romans graphiques.

Quoiqu’il en soi, ma découverte d’Alice Oseman ne s’arrêtera pas là. Elle me rappelle beaucoup tout le plaisir que j’ai à lire Rainbow Rowell par exemple. En ce qui concerne Heartstopper, un quatrième tome est prévu à l’histoire de Charlie et Nick et j’espère bien que l’auteure nous en réserve encore d’autres!

Heartstopper – t.1 – Deux garçons. Une rencontre, Alice Oseman, éditions Hachette, 272 pages, 2019

Les nuits enneigées de Castle Court

Sadie élève seule son enfant tout en soignant son cœur brisé. Cat, de son côté, est au bord du burn out car ses journées de chef-pâtissier sont trop longues. Les deux amies décident alors d’investir dans leur rêve : lancer Smart Cookies, leur propre biscuiterie artisanale dans la magnifique Castle Court, une cour abritant un espace de restauration de trois étages niché derrière les rues animées de Chester. Toutes deux découvrent bientôt que Castle Court est une vraie communauté, un petit havre de plaisir loin du stress du monde extérieur. Mais tout le monde n’apprécie pas leur arrivée : la pâtissière déjà installée n’est pas très heureuse de ce qu’elle considère comme une concurrence directe et Greg, qui dirige le bistrot chic du bout de la cour, pense que Sadie et Cat n’ont pas le talent ni le sens des affaires nécessaires pour réussir. Heureusement, le délicieux Jaren, propriétaire de la maison de gaufres néerlandaise installée en face, et Elin le propriétaire de la chocolaterie suisse, vont leur apporter leur soutien. Et si tout le reste échoue, les amis pourront toujours noyer leurs chagrins dans le bar à cocktails qui surplombe la cour ! Sadie et Cat réussiront-elles leur lancement et trouveront-elles à l’improviste un nouvel amour ?

Bien avant de lire le résumé, c’est la couverture enneigée (et dorée) du roman qui m’a attirée. J’avais lu un autre titre chez le même éditeur, Le bonheur dépend parfois d’un flocon, et je l’avais beaucoup aimé. Je trouvais le titre, Les nuits enneigées de Castle Court, plein de promesses!

« Dehors, elle vit dans le demi-jour que son jardin était couvert d’une fine couche de neige. Elle se planta devant la fenêtre de sa cuisine, les yeux rivés sur le manteau blanc. Lissy serait ravie quand elle se réveillerait: la neige conférait à toute chose un air magique, chatoyant, une fraîcheur qui suggérait de nouveaux commencements et des départs de zéro. »

Quand j’ai commencé ma lecture, je m’attendais à toute autre chose et ce roman s’est avéré une vraie belle surprise. Je croyais lire un livre de Noël très léger. C’est léger, oui, mais plus d’une façon « cocooning » qui m’a beaucoup plu. Et ce n’est pas un livre de Noël mais plutôt une histoire en différentes parties, qui se déroule sur une année. On a donc l’occasion de suivre deux amies, Cat la cuisinière et Sadie l’artiste décoratrice, qui viennent d’ouvrir leur biscuiterie. Leur histoire tourne autour des fêtes de Noël, de la Saint-Valentin, de Pâques, de l’été, de l’organisation d’un mariage et de l’Halloween. Le livre comprend quatre parties: Les nuits enneigées de Castle Court, Les petits matins froids de Castle Court, Tempête sur Castle Court, Ciel étoilé sur Castle Court, suivi d’un épilogue. C’est donc un livre parfait qu’on peut lire toute l’année, quand on en a envie, sans trop se limiter à la période de Noël. 

Si le roman reste romantique à souhait avec plusieurs intrigues amoureuses, le centre de l’histoire est vraiment lié à la biscuiterie de Sadie et Cat, située à Castle Court, un ensemble de petites ruelles commerciales qu’on imagine sans mal comme un lieu gourmand, fait de camaraderie, d’entraide et d’amitié. Les commerces qui gravitent autour de Castle Court et les appartements qui sont au-dessus, logent une quantité de personnages auxquels on s’attache beaucoup. Castle Court, c’est toute une communauté agréable à côtoyer. Adam et sa passion des abeilles. La petite Lissy qui rêve d’être un dinosaure. Andrew et Earl qui ont un resto américain et ponctuent leurs phrases de références geek. Cherie et sa pâtisserie, pour ne nommer que ceux-là. 

Ce roman est aussi un bon pavé, de plus de 500 pages, dans lequel on plonge pour passer un doux moment. L’atmosphère de ce roman est sans doute sa plus grande force. C’est d’ailleurs ce que j’ai le plus aimé de cette lecture. L’aspect réconfortant et gourmand des lieux, de la biscuiterie, des autres commerces qui mettent en avant le plaisir d’un bon repas, d’une petite douceur ou d’un bon verre. Même si Cat et Sadie doivent faire face à toutes sortes d’épreuves, dans leur vie professionnelle et leur vie personnelle, c’est un roman qui fait du bien et qui est agréable à lire pour passer un très bon moment. 

« … le premier commandement d’une entreprise, c’est le thé. Je réfléchis mieux avec une tasse à la main. »

J’ai passé un très bon moment à Castle Court, où l’on suit l’évolution de la biscuiterie, de l’ouverture des portes jusqu’à plus d’une année après. Ça m’a plu (et donné envie de biscuits et de gâteaux) et j’avais besoin d’une lecture comme ça. Ça fait du bien de temps en temps, de se plonger dans une histoire qui offre un dénouement positif, qui met en avant les petits plaisirs de la vie et qui invite au cocooning. C’est une lecture parfaite pour cette période de l’année!

J’ai vu que l’auteure a plusieurs livres à son actif, qui ne sont malheureusement pas traduits. J’espère qu’avec la publication de celui-ci, les éditeurs auront envie de traduire d’autres de ses livres. Je pense entre autre à Snowdrops at the Star and Sixpence, dont le premier tome se déroule à Noël dans un pub et qui comprend plusieurs tomes au fil des saisons. À surveiller peut-être!

Les nuits enneigées de Castle Court, Holly Hepburn, éditions Prisma, 528 pages, 2020