Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Heartstopper t.1: Deux garçons. Une rencontre

Ceci est l’histoire de deux lycéens. Nick, le rugbyman au sourire solaire. Charlie, le musicien au cœur solitaire. Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, leur amitié n’était pas gagnée.
Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

Heartstopper a d’abord été un projet sur le web qui a longtemps été mijoté par l’auteure et qui a finalement été publié. J’ai vu le premier tome de cette série (qui compte trois tomes à ce jour) un peu partout sur Instagram et j’ai eu envie de voir si cette histoire me plairait. J’ai donc emprunté – et lu – le premier tome… avant d’acheter toute la série chez mon libraire jeunesse. La fin de ce premier tome nous donne naturellement envie d’en savoir plus et de rester en compagnie des personnages.

Heartstopper c’est l’histoire de Charlie et de Nick, qui se déroule sous forme de calendrier. Le livre débute en janvier alors que Charlie a une relation compliquée avec Ben qui le traite assez mal. Voulant cacher son attirance pour les garçons, Ben vit une sorte de double vie et utilise Charlie quand il en a envie. Lorsque Charlie se retrouve dans un nouveau groupe scolaire, il est placé à côté de Nick. Quelque chose de très fort se passe immédiatement entre eux. Amitié? Amour? Heartstopper est l’histoire de deux garçons qui apprennent à se connaître et se rapprochent.

Ce roman graphique est vraiment plaisant à lire. Le dessin est mignon, simple, mais très expressif. Les personnages sont adorables. La gentillesse est une belle qualité mise de l’avant dans cette histoire et ça fait du bien de voir que des personnages doux et gentils sont mis en lumière. Au fil des pages, on voit Nick et Charlie se rapprocher. On est témoins de leurs émotions, leurs questionnements et leur quotidien. Si Charlie est ouvertement gay, Nick a toujours été attiré par les filles. Toutefois, Charlie ne le laisse vraiment pas indifférent. On le voit tester ses émotions et tenter d’en comprendre toute la mesure.

« Charlie a l’air adorable. Quand l’as-tu rencontré?
-Il y a quelques mois. Il est dans mon groupe de mentorat.
-Il est très différent de tes autres amis, non? Tu est bien plus toi-même avec lui. »

Les personnages de ce roman graphique sont tellement attachants! Charlie est un adorable geek qui se passionne pour la musique, alors que Nick est le sportif typique au grand cœur. En apparence, ils semblent stéréotypés, mais ce n’est pas vraiment le cas. Charlie court très très vite et Nick est d’une grande tendresse. Les deux garçons finiront par découvrir l’univers de l’autre. Charlie apprend par exemple à jouer au Rugby alors que Nick découvre la batterie. Ils finiront par partager beaucoup de choses, toujours avec une belle complicité et de l’émotion que l’on ressent bien dans le dessin. J’aime aussi beaucoup la prof d’éducation physique et coach de l’équipe de rugby, même si on ne la voit pas beaucoup.

« Vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un est gay d’après son apparence. Et gay ou hétéro ne sont pas les deux seules possibilités. Quoi qu’il en soit, c’est très impoli de spéculer sur la sexualité des gens. Rentrez chez vous les garçons. »

L’auteure aborde aussi quelques sujets importants, même si l’ensemble n’est pas mélodramatique. On y parle de préjugés, de harcèlement, de violence et d’étiquettes apposées rapidement par la société, ainsi que des jugements faciles. Il y est aussi question de l’image que l’on projette et de l’opinion que peuvent avoir les autres de nous-mêmes.

Il y a de beaux passages dans ce roman graphique, qui sont empreints de douceur. Comme par exemple, cette neige partagée à deux, avec tout l’émerveillement et le plaisir de voir le ciel se remplir de flocons. Ou les petits bonheurs associés au fait de vivre des choses toutes simples avec quelqu’un qu’on apprécie énormément et avec qui on se sent bien.

Malgré tout, le premier tome se termine de façon abrupte et même si on se doute que les choses s’arrangeront, il vaut mieux avoir la suite sous la main pour poursuivre le plaisir de cette lecture. J’ai d’ailleurs relu ce premier tome dès que j’ai reçu ma commande et j’ai tout de suite poursuivi avec la lecture des deux tomes suivants. 

À la fin de ce premier roman graphique on retrouve une compilation sur cassette (virtuelle naturellement), créée par Charlie pour Nick. J’adore quand les auteurs partagent des pièces musicales qui les ont inspirés ou qui collent bien au livre. Musique et littérature sont tellement complémentaires pour moi. J’ai donc cherché et écouté les morceaux proposés. Il y en a vingt à découvrir (dix sur chaque face de la « cassette »). Je trouve qu’ils vont bien avec l’histoire et le caractère de Charlie.

Ce premier tome de Heartstopper a été une très belle lecture. J’ai adoré! Je trouve que le caractère des personnages y est pour beaucoup. Il y a une sorte de bonne humeur ambiante dans le roman quand Charlie et Nick sont ensemble, ce qui en fait une lecture réconfortante, malgré des passages un peu plus difficiles.

Alice Oseman a écrit, il y a quelques années, un roman intitulé L’année solitaire. Dans ce livre, les personnages que l’on retrouve dans Heartstopper avaient un tout petit rôle secondaire. Comme il n’est plus édité, je l’ai emprunté à la bibliothèque. Je n’ai pas accroché plus que cela et j’ai fini par l’abandonner. Je préfère largement ses romans graphiques.

Quoiqu’il en soi, ma découverte d’Alice Oseman ne s’arrêtera pas là. Elle me rappelle beaucoup tout le plaisir que j’ai à lire Rainbow Rowell par exemple. En ce qui concerne Heartstopper, un quatrième tome est prévu à l’histoire de Charlie et Nick et j’espère bien que l’auteure nous en réserve encore d’autres!

Heartstopper – t.1 – Deux garçons. Une rencontre, Alice Oseman, éditions Hachette, 272 pages, 2019

Les nuits enneigées de Castle Court

Sadie élève seule son enfant tout en soignant son cœur brisé. Cat, de son côté, est au bord du burn out car ses journées de chef-pâtissier sont trop longues. Les deux amies décident alors d’investir dans leur rêve : lancer Smart Cookies, leur propre biscuiterie artisanale dans la magnifique Castle Court, une cour abritant un espace de restauration de trois étages niché derrière les rues animées de Chester. Toutes deux découvrent bientôt que Castle Court est une vraie communauté, un petit havre de plaisir loin du stress du monde extérieur. Mais tout le monde n’apprécie pas leur arrivée : la pâtissière déjà installée n’est pas très heureuse de ce qu’elle considère comme une concurrence directe et Greg, qui dirige le bistrot chic du bout de la cour, pense que Sadie et Cat n’ont pas le talent ni le sens des affaires nécessaires pour réussir. Heureusement, le délicieux Jaren, propriétaire de la maison de gaufres néerlandaise installée en face, et Elin le propriétaire de la chocolaterie suisse, vont leur apporter leur soutien. Et si tout le reste échoue, les amis pourront toujours noyer leurs chagrins dans le bar à cocktails qui surplombe la cour ! Sadie et Cat réussiront-elles leur lancement et trouveront-elles à l’improviste un nouvel amour ?

Bien avant de lire le résumé, c’est la couverture enneigée (et dorée) du roman qui m’a attirée. J’avais lu un autre titre chez le même éditeur, Le bonheur dépend parfois d’un flocon, et je l’avais beaucoup aimé. Je trouvais le titre, Les nuits enneigées de Castle Court, plein de promesses!

« Dehors, elle vit dans le demi-jour que son jardin était couvert d’une fine couche de neige. Elle se planta devant la fenêtre de sa cuisine, les yeux rivés sur le manteau blanc. Lissy serait ravie quand elle se réveillerait: la neige conférait à toute chose un air magique, chatoyant, une fraîcheur qui suggérait de nouveaux commencements et des départs de zéro. »

Quand j’ai commencé ma lecture, je m’attendais à toute autre chose et ce roman s’est avéré une vraie belle surprise. Je croyais lire un livre de Noël très léger. C’est léger, oui, mais plus d’une façon « cocooning » qui m’a beaucoup plu. Et ce n’est pas un livre de Noël mais plutôt une histoire en différentes parties, qui se déroule sur une année. On a donc l’occasion de suivre deux amies, Cat la cuisinière et Sadie l’artiste décoratrice, qui viennent d’ouvrir leur biscuiterie. Leur histoire tourne autour des fêtes de Noël, de la Saint-Valentin, de Pâques, de l’été, de l’organisation d’un mariage et de l’Halloween. Le livre comprend quatre parties: Les nuits enneigées de Castle Court, Les petits matins froids de Castle Court, Tempête sur Castle Court, Ciel étoilé sur Castle Court, suivi d’un épilogue. C’est donc un livre parfait qu’on peut lire toute l’année, quand on en a envie, sans trop se limiter à la période de Noël. 

Si le roman reste romantique à souhait avec plusieurs intrigues amoureuses, le centre de l’histoire est vraiment lié à la biscuiterie de Sadie et Cat, située à Castle Court, un ensemble de petites ruelles commerciales qu’on imagine sans mal comme un lieu gourmand, fait de camaraderie, d’entraide et d’amitié. Les commerces qui gravitent autour de Castle Court et les appartements qui sont au-dessus, logent une quantité de personnages auxquels on s’attache beaucoup. Castle Court, c’est toute une communauté agréable à côtoyer. Adam et sa passion des abeilles. La petite Lissy qui rêve d’être un dinosaure. Andrew et Earl qui ont un resto américain et ponctuent leurs phrases de références geek. Cherie et sa pâtisserie, pour ne nommer que ceux-là. 

Ce roman est aussi un bon pavé, de plus de 500 pages, dans lequel on plonge pour passer un doux moment. L’atmosphère de ce roman est sans doute sa plus grande force. C’est d’ailleurs ce que j’ai le plus aimé de cette lecture. L’aspect réconfortant et gourmand des lieux, de la biscuiterie, des autres commerces qui mettent en avant le plaisir d’un bon repas, d’une petite douceur ou d’un bon verre. Même si Cat et Sadie doivent faire face à toutes sortes d’épreuves, dans leur vie professionnelle et leur vie personnelle, c’est un roman qui fait du bien et qui est agréable à lire pour passer un très bon moment. 

« … le premier commandement d’une entreprise, c’est le thé. Je réfléchis mieux avec une tasse à la main. »

J’ai passé un très bon moment à Castle Court, où l’on suit l’évolution de la biscuiterie, de l’ouverture des portes jusqu’à plus d’une année après. Ça m’a plu (et donné envie de biscuits et de gâteaux) et j’avais besoin d’une lecture comme ça. Ça fait du bien de temps en temps, de se plonger dans une histoire qui offre un dénouement positif, qui met en avant les petits plaisirs de la vie et qui invite au cocooning. C’est une lecture parfaite pour cette période de l’année!

J’ai vu que l’auteure a plusieurs livres à son actif, qui ne sont malheureusement pas traduits. J’espère qu’avec la publication de celui-ci, les éditeurs auront envie de traduire d’autres de ses livres. Je pense entre autre à Snowdrops at the Star and Sixpence, dont le premier tome se déroule à Noël dans un pub et qui comprend plusieurs tomes au fil des saisons. À surveiller peut-être!

Les nuits enneigées de Castle Court, Holly Hepburn, éditions Prisma, 528 pages, 2020

Dash & Lily 1: Le carnet de défis

Je t’ai laissé quelques indices.
Si tu veux les avoir, tourne la page.
Sinon, repose ce carnet sur l’étagère, s’il te plaît.

Quand Dash met la main sur un mystérieux carnet rouge dans sa librairie préférée, il est loin de se douter qu’il est sur le point d’embarquer dans l’aventure d’une vie. Il découvre au fil des pages une liste de défis.
Un peu mélancolique à l’approche de Noël, il décide de suivre les instructions du carnet, qui l’emmèneront aux quatre coins de la ville qui ne dort jamais, dans les pas de Lily…

J’ai d’abord connu Dash et Lily avec la série présentée sur Netflix. Les séries de Noël sont plutôt rares et j’adore en découvrir de nouvelles. Je me suis donc intéressée à cette série. Je l’ai aimé, mais peut-être pas autant que je l’avais espéré. Si j’ai adoré les deux premiers épisodes de la série, très axés sur les livres, les indices et la littérature, j’ai eu l’impression que la série basculait dans le « très adolescent » à partir du troisième épisode. Pas que c’est mauvais, j’ai plutôt aimé la série, mais je l’aurais aimé encore plus si elle était restée dans la même ambiance littéraire et intello qui m’avait tant plu. J’aime quand des œuvres nous présentent des personnages et des mondes un peu différents et moins superficiels. 

Une amie m’a alors parlé des livres. Il en existe trois en anglais. Elle m’a proposé de faire une lecture commune avec elle du premier tome, le seul paru à ce jour en français. J’avais envie de voir si la série ressemblait au livre ou si le livre avait ce petit plus qui m’avait manqué dans l’adaptation. Alors j’ai accepté. Et j’ai beaucoup aimé le livre. Plus que la série.

Il faut d’abord savoir que la série est plus légère que le livre et que le côté littéraire axé sur l’écriture est bien plus présent dans le livre, jusqu’à la fin. Les scènes du livre et de la série sont par moments aussi très différentes. Si le début du livre ressemble beaucoup à ce qu’on a pu voir à l’écran, c’est moins vrai à partir du milieu du roman. Les péripéties sont assez différentes et certaines scènes m’auraient beaucoup plu à l’écran. 

Dash et Lily est une petite romance de Noël pour adolescents, mais c’est aussi une histoire toute douce, qui débute de façon intrigante, avec un carnet trouvé en plein cœur d’une librairie. J’ai aimé que la base de l’histoire soit un carnet et du papier, qu’elle prenne la forme d’une correspondance plutôt traditionnelle, comme on en connaît beaucoup moins aujourd’hui à l’ère des écrans et des textos.

« J’aime bien l’étymologie. Ça me plaît d’imaginer ce qui s’est passé au moment où le mot est né. »

C’est sans doute la plus grande force de cette histoire: renouer avec l’écriture papier et la passion des mots qui unissent Dash et Lily, deux ados singuliers qui détonnent un peu parmi les autres. C’est d’ailleurs ce qui les rend si attachants. La librairie qu’on retrouve dans le livre comme dans la série, Strand, est d’ailleurs un lieu qui fait rêver tous les amoureux des livres. Une librairie immense avec ses « vingt-neuf kilomètres de livres ».

« Quand j’allais chez Strand, j’était généralement d’humeur à ne rien chercher en particulier. Certains jours, je décidais que l’après-midi serait placé sous le signe d’une lettre spécifique, et je faisais le tour de toutes les sections pour examiner les titres classés à cette lettre. D’autres fois, l’envie me prenait de visiter une section de fond en comble, ou bien de fouiller les derniers arrivages, empilés dans des bacs qui ne se prêtaient jamais docilement au classement alphabétique. Ou bien je ne m’intéressait qu’aux couvertures vertes, parce que cela faisait trop longtemps que je n’avais pas lu un livre de cette couleur. »

À partir du carnet, Dash et Lily vont s’écrire. Il est souvent plus facile de se livrer et d’apprendre à se connaître lorsqu’on ne voit pas l’autre personne. C’est ce que les deux adolescents vont expérimenter. S’ils semblent assez différents au départ, Dash et Lily ont en fait beaucoup de points en commun et se comprennent bien l’un l’autre malgré tout. Le carnet deviendra le centre de leur univers et l’occasion pour relever des défis amusants et loufoques.

Le roman est rempli d’humour et la lecture est très agréable. J’ai passé un bon moment en compagnie de Dash et Lily, de leur passion pour les livres, les mots et les situations rocambolesques. Il y a des passages vraiment drôles, souvent en lien avec la littérature et les livres.  

« Elle me conduisit dans une pièce qui ne pouvait être qu’un boudoir. Les rideaux étaient si épais et les meubles, si capitonnés que je m’attendais presque à tomber sur Sherlock Holmes en pleine bataille de pouces avec Jane Austen dans un coin. »

L’histoire est originale et même si l’ensemble est assez léger et amusant, j’ai trouvé que c’était un bon roman pour adolescents, une jolie romance de Noël qui ne tombe pas dans la facilité des romances contemporaines clichées. C’est un très bon point pour ce premier tome.

J’ai bien envie de découvrir la suite et j’espère que l’éditeur traduira rapidement les autres tomes pour que l’on puisse continuer à découvrir les aventures de Dash et Lily. Si vous avez aimé la série, ça peut être très intéressant de découvrir le livre qui s’avère finalement assez différent. De mon côté, c’est la présence des livres et des mots qui m’a plu dans le roman, ce que je trouve rapidement mis de côté dans la série. 

Une jolie lecture de saison!

Dash & Lily 1: Le carnet de défis, Rachel Cohn, David Levithan, éditions Michel Lafon, 344 pages, 2020

Pourquoi pas nous ?

Arthur est à New York pour l’été, en attendant de savoir s’il va être reçu à Yale. Lorsqu’il croise le chemin de Ben dans un bureau de poste, c’est le coup de foudre. Il y voit un signe du destin. De son côté, Ben doute que le destin soit de son côté : il vient de rompre avec son petit ami, Hudson, et n’est pas vraiment prêt pour une nouvelle relation.
Pourtant, ni l’un ni l’autre ne parviennent à oublier cette première rencontre…

J’avais envie de lire quelque chose de léger (mais quand même pas trop) et de sympathique. J’ai donc choisi un peu au hasard Pourquoi pas nous? de Becky Albertalli et Adam Silvera.

Je n’avais jamais lu Adam Silvera, qui a écrit Et ils meurent tous les deux à la fin (juste le titre ne m’attire vraiment pas) et j’avais lu un titre de Becky Albertalli, Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, que j’avais plutôt bien aimé, mais dont j’ai quand même préféré l’adaptation au cinéma. Alors que je me suis dis que Pourquoi pas nous? pourrait être une lecture agréable.

L’histoire raconte la rencontre ratée entre Arthur et Ben au bureau de poste. Ils se parlent rapidement, se plaisent bien mais sont maladroits, puis une flash mob entre dans le bureau de poste et les sépare. Chacun pense à l’autre et décide de partir à sa recherche. Cette partie du roman est celle que j’ai préférée. C’était drôle et sympathique. C’est lorsqu’ils se retrouvent que ça se gâte un peu à mon avis.

À partir de ce moment, il s’agit d’une « romance » qui tombe dans les clichés. Ils se retrouvent et se repoussent, se remettent en question et se disputent. Ils se séparent puis se retrouvent, avant d’enchaîner les rendez-vous ratés et de tenter de les reprendre en mieux. Des centaines de pages de ce genre, c’est long. Vraiment très long.

J’ai trouvé les personnages assez peu attachants. Les caractéristiques intéressantes, quant à leur situation personnelle, familiale et leurs différentes origines, ne sont absolument pas développées, à peine effleurées. Les réflexions ne vont pas assez loin pour donner un peu de profondeur au roman et le langage utilisé est agaçant. J’étais en train de faire une overdose de « mais grave! » qu’on retrouve à toutes les pages. Ouf!

Je suis en général bon public si le texte offre un mélange d’humour ou de romance qui tient la route. J’aime lire parfois ce genre de livre, mais je n’adhère jamais à ceux qui tombe dans la facilité. Ici c’est le cas. Si les personnages n’offrent rien d’intéressant, alors je m’ennuie. Cette lecture, je l’ai trouvée longue sans bon sens. À plusieurs reprises, j’ai bien faillis abandonner le roman. J’espérais que ça s’améliorerait, mais ça n’a pas été le cas. J’avais l’impression que je n’en verrais jamais la fin.

Bref, ce fut une rencontre ratée avec ce roman. Je crois que ces deux auteurs ne sont juste pas pour moi. Il manque vraiment quelque chose aux personnages et à l’intrigue pour que ce soit romantique ou amusant. Même la fin est décevante, et surtout la façon dont nos deux personnages y arrivent. Je l’avoue, je m’attendais à quelque chose de bien différent. En voyant la couverture et en lisant le résumé, je m’attendais à lire un roman dans la veine de Alice Oseman (personnages mignons et romantiques), Benjamin Alire Saenz (intrigue intelligente et réflexions bien ciblée) ou de Rainbow Rowell (aux intrigues amusantes et aux personnages geeks intéressants). On en est vraiment très loin…

Pourquoi pas nous ?, Becky Albertalli, Adam Silvera, éditions Hachette, 380 pages, 2018