Trouver les mots

trouver les motsElle n’a plus envie de parler. Il n’a jamais su communiquer. Ensemble, ils vont s’aider.
Le jour où Kit Lowell, l’amour secret de sa vie, s’assoit à sa table de cantine, David est bouleversé. Il comprend que c’est le moment ou jamais de démarrer une conversation. Mais quoi de plus difficile pour un garçon solitaire, qui ne comprend rien aux conventions sociales ? Kit, elle, cherchait un endroit où on la laisserait enfin tranquille, après la mort de son père. Elle est loin de se douter de ce qu’elle va trouver en posant son plateau à côté de celui de David…

David souffre du syndrome d’Asperger, un trouble du spectre de l’autisme. Kit a perdu son père dans un accident de voiture et vit un deuil très douloureux pour de nombreuses raisons que l’on découvrira au fil des pages. David a du mal à vivre en société. Il est maladroit, ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui et parle rarement. Il est toujours seul à sa table à la cafétéria (depuis 622 jours précisément), avec son casque d’écoute sur les oreilles. Dans la vie, il ne dit que la vérité. Il ne comprend pas bien le concept de mensonge. Il dit les choses comme elles sont, même si parfois c’est rude. Kit en a assez des mensonges, des secrets et que tout le monde marche sur des œufs en parlant de la mort de son père. Elle souffre tellement qu’elle n’a plus envie de parler. Ses amies l’étourdissent et elle les fuit. Elle fuit tout le monde. David est donc le compagnon de tablée tout trouvé pour elle. C’est la raison pour laquelle, un beau midi, elle vient s’asseoir à sa table. Ce petit geste aura une très grande incidence sur les deux adolescents.

Le titre Trouver les mots fait à la fois référence à la façon pour Kit d’exprimer sa douleur et à David qui doit souvent chercher ses mots pour communiquer avec les autres. C’est aussi une façon de démontrer qu’ensemble, ils n’ont pas besoin de chercher les mots pour se parler. Le silence n’est pas gênant entre eux. Le roman met en relation un duo improbable. Kit est pourtant moins superficielle qu’elle n’en a l’air et David s’avère de meilleure compagnie qu’il n’y paraît. Leur relation, qui commence par quelques dîners partagés dans une cafétéria bondée va se transformer en amitié et en quelque chose de plus fort.

« Pourquoi faut-il que j’avance dans la vie en ne voyant qu’une partie du tableau, alors que tous les autres ont une vue d’ensemble? »

Le roman est écrit en donnant en alternance la parole à chacun des deux personnages. Avec eux, nous vivons les problèmes inhérents à la vie adolescente au secondaire. L’intimidation, la difficulté d’être différent des autres, la marginalité, les problèmes des réseaux sociaux. Chacun des adolescents doit gérer ses propres problèmes. Kit par rapport à la mort de son père et à la lourde charge des sentiments qu’elle peut ressentir. Heureusement, Kit a sa mère pour comprendre son deuil, avec qui elle partage une relation intéressante. Pas toujours facile, mais les mots échangés avec elle par exemple sont souvent plein d’esprit.

« À l’enterrement, quatre personnes ont eu le culot de me dire que mon père nous avait quittés pour un monde meilleur. Comme si se faire enterrer six pieds sous terre revenait à partir en vacances aux Caraïbes. Encore plus gonflé: les collègues de mon père ont osé dire qu’il était trop bon pour la vie ici-bas. Si on prend ne serait-ce qu’une seconde pour réfléchir, cette phrase ne veut RIEN dire. Seuls les méchants ont le droit de vivre, alors? C’est pour ça que je suis encore là? »

David lui, essaie de ne pas trop se faire remarquer et de gérer au mieux sa différence dans une école où il s’ennuie à mourir et où les gens le traitent de taré et de toutes sortes d’autres insultes. David a sa sœur, Lauren, qui l’aide à mieux comprendre la vie en société. Ils ont établi une liste de « personnes de confiance » et d’autres « de qui il faut se méfier ». Ça permet à David de savoir vers qui se tourner pour ne pas trop souffrir. La relation de David avec sa sœur m’a fait penser à la série Atypical (Atypique) que j’aime bien. Il ne saisit pas toujours  bien les émotions et les choses à dire. Lauren l’aide à ne pas perdre pied, même s’il est souvent décalé par rapport aux autres.

« Soudain, je comprends qu’il est tout à fait possible, voire vraisemblable, que j’aie vécu les deux plus belles minutes vingt-neuf secondes de toute ma vie pendant que Kit, elle, pleurait. »

Le roman nous permet de suivre le parcours des deux adolescents et de mieux les comprendre. Aux côtés de Kit, c’est le difficile thème du deuil et de la culpabilité qui est abordé, alors qu’avec David, c’est la différence et l’intimidation. David est d’autant plus attachant qu’il est maladroit. À son contact, Kit sort peu à peu de sa bulle et commence à se confier à lui. Ensemble, ils essaieront de régler le « dossier accident ». Non sans heurts…

J’ai lu ce livre en très peu de temps. C’est un roman très adolescent, mais dont les personnages nous accompagnent complètement tout au long de l’histoire. J’ai aimé cette alternance des deux voix, celle de Kit et celle de David, à tour de rôle. David est sans doute le personnage auquel on s’attache le plus. Sa différence le rend particulièrement intéressant et c’est aussi ce qui plaira à Kit. C’est également cet aspect qui apporte beaucoup d’humour à l’histoire, tant les réflexions de David sonnent parfois si justes, même si elles sont socialement moins appréciées ou acceptables. Son souci du détail et la clarté dont il a besoin au quotidien pour toutes les petites choses qui semblent anodines aux autres, apportent un plus à l’histoire. Kit, elle, changera considérablement à son contact et fera face à certaines choses qu’il était plus « facile » d’enfouir pour ne pas y réfléchir.

« À quel moment a-t-on décidé que ces gens-là seraient nos amis? Et si on prenait le temps de sympathiser avec des élèves d’autres groupes genre artistes ou théâtreux, si on sortait des schémas établis et qu’on ravalait nos stupides étiquettes, quelles découvertes ferait-on? »

Trouver les mots est une histoire sensible, triste et drôle. Même si ce roman n’est pas parfait, avec certains clichés sur l’adolescence, il aborde des thèmes importants et se lit avec grand plaisir. Une bien jolie lecture!

Trouver les mots, Julie Buxbaum, éditions Pocket jeunesse, 368 pages, 2018

Publicités

Hiver nucléaire

hiver nucleaire 1Dans un avenir rapproché où un accident survenu dans une hypothétique Gentilly-3 aurait créé un hiver perpétuel sur le Québec, Flavie prend le relais de sa meilleure amie Léonie sur son « shift » de courrier à motoneige, et doit se charger d’une livraison de bagels aux limites de la zone toujours habitée de Montréal…

J’ai lu pour la première fois cette bande dessinée à sa sortie en 2014. J’étais vraiment emballée par l’histoire et depuis, je l’ai relu chaque hiver. Vous savez, quand on tombe sur un livre qui nous correspond bien, qu’on adore l’univers et qu’on a l’impression qu’il a été écrit pour nous? C’est un peu ce que je vis avec cette série qui compte trois tomes.

Flavie est le personnage principal de la BD. C’est une fille atypique, différente et je l’adore pour ça. Elle est grognon, elle adore manger, conduire sa motoneige et porter des vêtements confortables et des bas de laine. Elle est courrier à motoneige et elle est toujours partante pour aller livrer même dans des coins de la ville qui ont été ensevelis et qui ne sont même plus déneigés. C’est que le monde de Flavie est assez particulier…

Elle vit à Montréal dans un monde hypothétique où un accident dans une centrale nucléaire, Gentilly-3, a créé un hiver perpétuel. La ville est donc recouverte de neige et certains quartiers sont délaissés, parce que la couche de neige qui les recouvre est trop épaisse. Il neige continuellement. Les services de déneigement ne réussissent même pas à s’y frayer un chemin. Certaines personnes cependant y vivent toujours et Flavie se porte volontaire pour effectuer des livraisons.

La ville a aussi été confrontée à neuf ans de radiations nucléaires et des changements morphologiques sont apparus chez les habitants et les animaux. Le cuisinier du restaurant où va Flavie a des airs de cyclope avec son seul œil et l’on retrouve une faune qui a évoluée de façon assez particulière (je pense à Marcel, le raton polaire aux yeux verts). Flavie, de son côté, a aussi son petit secret… Ce côté « science-fiction » de la BD est vraiment intéressant. Ça apporte quelque chose de plus à l’histoire et c’est aussi traité avec un brin d’humour.

C’est une livraison de bagels dans un coin enneigé à la limite des services qui lui fera rencontrer Marco l’écrivain, un personnage complètement à l’opposé de Flavie, dont l’appartement est continuellement bourré de monde qui font le party et qui vit avec une vraie tyran. Cette rencontre entre Flavie et Marco a quelque chose d’improbable, mais de réjouissant. Elle ouvre la porte à certains changements pour Flavie, habituée à son train-train quotidien…

Inutile de préciser qu’Hiver nucléaire est un coup de cœur! J’aime tout de cette histoire: le trait de crayon, les couleurs, l’idée, les personnages, le côté science-fiction apocalyptique, la neige en quantité et le thème, ma foi très original, surtout à cause du cadre de l’histoire. L’idée d’un Montréal post-apocalyptique me plaît et l’auteur traite le sujet de façon sympathique.

Si vous cherchez un univers enneigé, lancez-vous! De la neige ici, il en tombe jusqu’à ensevelir des quartiers entiers! Vous n’en manquerez pas.

Une BD québécoise que je vous conseille, qui est sans doute ma BD préférée! À lire et relire! Gros coup de cœur!

Hiver nucléaire, Cab, éditions Front Froid, 92 pages, 2014

Snow illusion

snow illusion“On a dit qu’elle n’était peut-être pas humaine…”
Dans une ville au bord de la mer, Susumu croise une femme venue d’on ne sait où. 
Son nom est Yuki.
Elle est belle, travailleuse.
Susumu l’épouse.
Leur vie ressemble au bonheur…
Jusqu’au jour où un autre homme sème le doute dans leur couple ! 
“Je cherche juste un homme avec lequel je pourrais vivre toute ma vie…”

Ce manga est un one shot qui m’a attirée à cause de son thème hivernal. Je ne savais rien de l’histoire en l’empruntant. En fait, il s’agit d’une réécriture du mythe japonnais de la Yuki Onna, la femme des neiges. Yuki Onna fait partie du folklore populaire et puise ses sources dans la mythologie japonaise. Ce personnage, que l’on dit être une femme des neiges, personnifie l’hiver et les tempêtes de neige. C’est une femme d’une grande beauté souvent présentée comme étant cruelle.

Avec le manga Snow illusion, Ikori Andô nous offre une vision particulièrement triste de ce personnage, incarné ici par une jeune femme frêle qui cherche le véritable amour. Yuki rencontre tout d’abord Susumu un jour de tempête de neige.

« Yuki est apparue de nulle part, le jour où il a neigé totalement hors saison… »

Ils sont amoureux et se marient. Susumu traite Yuki un peu comme une bonne à tout faire. Elle cuisine, le sert lui et ses amis, ce qui est plutôt choquant. Mais Susumu s’éloigne d’elle et l’inévitable fini par se produire: il trompe sa douce et « parfaite » femme. Dès que Yuki comprend que son mari ne l’aime pas vraiment, elle ne peut plus rester et le quitte. Elle disparaît, tout simplement. Son mari est effondré. Sauf que, comme tous les autres, quand la neige aura fondue, il aura tout oublié…

Le manga est conçu en plusieurs chapitres où chacun raconte une nouvelle rencontre et une nouvelle histoire. Un jour de neige, un homme tombe amoureux d’une jeune femme. Elle est perçue comme la femme parfaite, mais chaque homme qui tombe amoureux d’elle fini par ne plus l’aimer. Plus vraiment.

« Je cherche juste un homme avec lequel je puisse rester jusqu’à la fin de ma vie. »

On découvre rapidement que quelqu’un traque cette femme et cherche à découvrir son secret. C’est sans doute ce qui est le plus intéressant dans cette histoire: elle est présentée comme un mystère dont on ne comprend pas tous les rouages. On retrouve tous les éléments d’un conte un cruel, une roue sans fin, la magie de l’amour et de la neige, mais une magie d’aussi courte durée que les relations qu’entretient Yuki.

J’ai bien aimé ce manga qui est prenant et qui nous pousse à tourner les pages rapidement pour connaître l’étrange secret de Yuki. J’ai apprécié aussi que ce soit la réécriture d’une histoire tirée de la mythologie japonaise et que l’auteur l’ai adaptée à sa façon. La forme choisie, soit la répétition d’une histoire qui se termine toujours sensiblement pareille, instille un certain mystère autour de Yuki.

Un manga hivernal où tout commence par une tempête de neige et se termine lorsque la neige fond. J’ai bien aimé cette idée et la lecture m’a plu. C’est un one-shot agréable à lire, qui interpellera forcément ceux qui aiment les réécritures de conte ou de mythes, les histoires d’amour et les ambiances enneigées.

Snow illusion, Ikori Andô, Komikku éditions, 224 pages, 2015

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

minuit douze histoires d'amour a noelLa neige, les fêtes, les longues soirées d’hiver… C’est le moment de tomber amoureux! Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado.

J’ai lu cette anthologie présentée par Stephanie Perkins pendant les vacances de Noël, à raison d’une histoire (parfois deux) par jour. J’ai adoré cette façon de découvrir ce livre puisqu’elle permet de mieux savourer chaque histoire. Les auteurs regroupés dans cette anthologie sont d’ailleurs des auteurs pour la jeunesse reconnus. C’est agréable de les retrouver dans une toute autre forme, celle de longues nouvelles.

Chaque histoire du recueil Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, raconte effectivement une histoire d’amour. Sauf que chacune est bien différente et ne parle pas uniquement d’amour. Plusieurs sujets importants sont abordés, comme l’amitié, la famille, les choix, la pauvreté. Certaines histoires nous plongent aussi dans une ambiance plus fantastique alors que d’autres sont plus réalistes. Elles ont cependant toutes un brin de magie, pour une lecture propice à Noël ou à la saison hivernale.

« Il y a deux sortent d’enfants. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Chaque année, il semble que le nombre de ceux qui croient diminue encore. Papa dit qu’il n’est pas facile de demander à un enfant de croire en quelque chose qu’il ne peut pas voir; il dit que c’est bien ça qui le rend magique. Il dit que si l’on possède cette magie, il faut toujours la protéger et ne jamais la laisser disparaître parce que, une fois disparue, elle ne reviendra plus jamais. »

J’ai envie de vous proposer un petit tour rapide des différentes histoires qui composent l’anthologie. Vous verrez qu’on y retrouve de très bons auteurs pour la jeunesse!

Trois, deux, un (Rainbow Rowell)
J’adore Rainbow Rowell et la retrouver ici était un vrai plaisir. Cette histoire est à l’image de ses romans habituels. Une belle histoire d’amitié/amour qui trouve son dénouement la veille du Nouvel An. C’est une belle histoire sur le changement, les traditions, le plaisir d’être bien à deux et… les allergies!

La dame et le renard (Kelly Link)
Cette histoire puise dans le fantastique et c’est son atmosphère quelque peu intemporelle qui fait tout le charme de ce texte. Une histoire d’amour à travers le temps et une veste particulière avec une broderie de renard, recousue par des doigts de fée, vont changer le cours des choses.

Des anges dans la neige (Matt de la Peña)
L’histoire d’une rencontre particulière, un soir de tempête, entre deux étudiants qui semblent n’avoir rien en commun. C’est aussi une histoire de tuyaux gelés, de bouffe, de musique et de quelques mensonges. J’ai aimé cette histoire parce qu’elle aborde la pauvreté et le fait de se sentir comme un imposteur quand on se sent un peu à part des autres ou issu d’un milieu différent.

Sapin de solstice (Stephanie Perkins)
Cette histoire me plaît particulièrement pour plusieurs raisons. Elle met en scène un garçon dont la famille est propriétaire d’une exploitation de sapin de Noël, et une fille qui rêve de travailler pour un studio d’animation et est en quête de la voix parfaite pour son projet. C’est une histoire de sapin qui sera le prétexte à leur rencontre. Une histoire sensible et touchante sur la solitude et la famille qui doit se reconstruire.

Polaris, c’est là que tu me trouveras (Jenny Han)
L’auteure du populaire roman À tous les garçons que j’ai aimés (adapté par Netflix) présente ici une histoire fantastique sur une jeune fille adoptée par le père Noël et amoureuse d’un elfe. C’est un conte original sur la magie de Noël, mais aussi sur les amours qui ne sont pas partagées, avec un soupçon de magie et d’espoir.

Ton père Noël pour une nuit (David Levithan)
L’excellent David Levithan revient ici avec une histoire de Noël amusante et touchante. Connor, en grand frère dévoué, demande à son petit ami de se déguiser en père Noël pour surprendre sa petite sœur Riley. Il accepte de jouer le jeu. Une histoire sur les blessures familiales et les nouvelles amours. On retrouve ici l’univers bien connu de l’auteur, entre le rire et les larmes.

Krampuslauf (Holly Black)
Une fête de Noël où c’est plutôt Krampus que l’on célèbre, une créature munie de cornes, présent pour punir les enfants qui ne sont pas sages. Des adolescents décident d’organiser une fête pour régler certains comptes. L’arrivée d’invités particuliers bouleverse les choses. Krampuslauf, c’est une histoire d’amour et de tromperie, de clans différents dont certains proviennent des beaux quartiers de la ville et d’autres, des coins mal famés. Le tout avec une petite touche fantastique!

Bon sang, Sophie Roth, qu’est-ce qui t’a pris? (Gayle Forman)
Sophie n’arrive pas à s’adapter dans sa nouvelle université de Trou-perdu. C’est une remarque sur Les Simpson qui lui fait rencontrer Russell avec qui elle a beaucoup d’affinités, mais qui lui fera voir certaines choses qu’elle n’envisageait pas et l’aidera à déconstruire plusieurs de ses préjugés. Une belle histoire sur les différences et sur ce qui est imparfait.

Seaux de bière et petit Jésus (Myra McEntire)
Cette nouvelle est bien intéressante à plusieurs niveaux. Elle commence alors que Vaughn a mit le feu à l’église, rien de moins. Juste à temps pour Noël et pour la représentation de la crèche vivante. Comme il veut absolument quitter cette ville pour aller à la fac, il opte pour la seule option possible offerte par le juge: faire des heures de travaux communautaires pour l’église. C’est une histoire pleine d’humour et un comparatif entre ce que l’on considère comme « bien » et « mal », doublé d’une jolie histoire d’amour.

Bienvenue à Christmas, Californie (Kiersten White)
Christmas en Californie, un bled perdu au milieu de nulle part où Maria travaille comme serveuse dans un café au thème très inspiré de Noël. Son unique but dans la vie: partir très loin de Christmas. L’arrivée d’un nouveau cuisinier va changer certaines choses dans sa vie. Cette nouvelle est intéressante parce qu’elle aborde l’héritage familial et l’incompréhension au sein d’une famille dont le dialogue fait cruellement défaut. L’histoire est bien jolie. Et donne envie de plats réconfortants sortis de nos meilleurs souvenirs.

L’étoile de Bethlehem (Ally Carter)
Lydia est à l’aéroport quand elle fait la connaissance de Hulda qui souhaite faire changer son billet. Comme c’est impossible, elle lui propose alors de changer de place, du moins pour la période des Fêtes. L’embarquement est immédiat, elles n’ont pas de temps de faire une mise au point. Lydia se retrouve donc à prendre la place de Hulda, en route pour Bethlehem, un coin perdu au milieu de nulle part en Oklahoma…
Une histoire agréable, mais un peu précipitée, qui m’a quand même plu. Elle parle de la famille et du choix de faire de sa vie ce que l’on a envie.

Le réveil du rêveur (Laini Taylor)
Je suis un peu mitigée quant à la place de cette histoire dans ce recueil. Je trouve qu’elle parle d’un monde très loin de ce à quoi nous nous attendons avec un livre festif axé sur des histoires amoureuses qui trouvent leur dénouement pendant la période de Noël. C’est une histoire qui se rapproche plus d’une ambiance à la Servante écarlate, avec un monde restrictif régit par de drôles de règles, que d’une histoire de Noël. Dans le contexte du livre, c’est celle qui m’a le moins plu.

Toutes les nouvelles abordent, malgré leur apparente légèreté, des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. C’est ce qui m’a plu dans ces histoires, qui peuvent convenir autant aux ados qu’aux adultes. Ces derniers aurons sans doute un recul différent, mais n’en auront pas moins de plaisir à les découvrir. L’humour est régulièrement présent et la petite touche de fantastique de certaines histoire amène juste ce qu’il faut de magie à ce recueil.

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël est une anthologie que j’ai adoré, si l’on excepte la dernière histoire, qui détonne un peu dans l’esprit du recueil. Elle n’est pas très festive ni très romantique, en plus de ne pas avoir réellement d’atmosphère de Noël. Autrement, je vous suggère fortement ce recueil, les onze autres histoires en valent vraiment la peine. Elles sont parfaites pour se plonger dans l’ambiance des Fêtes et présentent un contexte à la fois magique (la magie étant aussi dans de petits gestes du quotidien) et romantique. Un livre que je relirais bien Noël prochain!

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, Collectif, éditions Gallimard Jeunesse, 485 pages, 2015

Sur ma liste

sur ma listeDepuis qu’elle a quitté son Danemark natal, Clara voyage là où l’envie la pousse. C’est ainsi qu’elle fait étape à Yulethorpe. Le petit village anglais est en plein émoi : on est à l’approche de Noël, et la boutique de jouets menace de fermer. Une catastrophe pour les habitants et les enfants… Touchée par le désarroi ambiant, Clara décide de redonner vie au magasin. Petit à petit, par la grâce de son art du bonheur à la danoise, elle transforme le quotidien des uns et des autres. C’en est trop pour Joe, le fils de la propriétaire de la boutique, financier londonien, radicalement différent de Clara, qui débarque à Yulethorpe avec l’idée de démasquer cette « aventurière » et de « remettre de l’ordre »…

J’ai acheté ce livre pour sa couverture. Je la trouvais vraiment jolie et le résumé me plaisait bien. Mais c’est la découverte du titre en anglais, The Hygge Holiday, qui m’a convaincue. Le hygge, c’est un concept qui me parle! Bougies, lainages, ambiance chaleureuse, éclairage, thé, vin, lecture, se blottir au coin du feu, se prélasser dans un bain chaud, être pleinement conscient du moment présent, toutes sortes de choses qui rendent la vie plus douce… et que l’on retrouve naturellement dans ce roman, qui me fait penser aux films de Noël que l’on regarde à la télé en cette période de l’année.

L’histoire est celle de Clara, qui n’a pour tout bagage qu’un sac à dos. Elle fait halte à Yulethorpe, dans un pub, où elle rencontre d’une étrange façon la propriétaire d’un magasin de jouets qui s’apprête à fermer ses portes. Clara se retrouve aux commandes d’un lieu poussiéreux, dans un village charmant mais complètement déserté. Le commerce en ligne a fait des ravages, les petites boutiques ont toutes fermées leurs portes. Ne reste que le pub où aller noyer sa peine.

Mais Clara fait des merveilles avec le magasin de jouets. Elle fait des merveilles avec l’ancien appartement de la propriétaire. Elle fait des merveilles dans un village où elle suscite à la fois l’amitié et l’envie, la méfiance et la crainte. C’est une étrangère et on se demande bien pourquoi elle est si gentille. Clara est danoise et elle applique le principe du hygge partout où elle passe. À son contact, les gens sourient un peu plus, l’atmosphère devient plus légère.

J’ai adoré retrouver du hygge plein les pages dans ce roman douillet. Les personnages sont sympathiques et ceux qui ne le sont pas, changent peu à peu leur vision des choses. Le principe de vie de Clara me rejoint beaucoup: travailler moins pour avoir une vie plus calme, profiter de tous les petits plaisirs, cultiver la bienveillance et la gentillesse, sourire, s’offrir des petits moments de détente. Je me suis retrouvée dans son personnage, qui a connu une vie bien différente avant… et dans le fait qu’elle n’a pas de téléphone cellulaire.

« Il essuya une saleté sur sa manche tandis que Clara s’arrêtait encore pour contempler le paysage. Que faisait-elle à la fin? Comment pouvait-on flâner de la sorte? Franchement qui, aujourd’hui, avait le temps de traîner ainsi, d’aller sentir les fleurs et de soupirer en enjambant des clôtures? »

Le roman est aussi rempli d’humour. Comme cette scène rigolote où Clara et son amie Lauren se « mettent au sport » en regardant un DVD d’aérobie, tout en mangeant du pop corn et en buvant du vin, bien assises dans un fauteuil confortable. Ou ce sacré perroquet qui regarde bien trop la télé et pousse en hurlant toutes sortes de répliques issues d’émissions, de Star Wars à South Park, bien souvent à des moments totalement incongrus ou carrément gênants!

Il y a de beaux passages aussi, sur les souvenirs, la vie folle que la société nous pousse à mener et le fait de prendre son temps. La nature, la beauté des petites choses et des moments passés avec des gens qu’on apprécie sont au centre du roman. Le bonheur de s’émerveiller aussi. Ça reste une romance et c’est plutôt léger, mais avec juste ce qu’il faut de moments « cosy » et d’humour pour en faire une lecture agréable et divertissante.

Sur ma liste cependant, porte vraiment mal son titre en français. Je me suis demandée tout le long de ma lecture de quelle liste on parlait… Je ne comprend pas ce choix pour la traduction française. J’aurais préféré quelque chose qui fasse allusion au hygge, qui est un peu le but du roman. Mis à part ce petit bémol et une traduction un peu trop « à la française » par moments (surtout au niveau des dialogues), c’est un livre que j’ai beaucoup aimé. L’ambiance très chaleureuse des lieux m’a semblé parfaite pour cette période de l’année. Le livre se déroule un peu avant Noël. Même s’il n’est pas vraiment question de l’atmosphère fébrile du temps des Fêtes mais plutôt de l’ambiance que l’on peut créer grâce au hygge, lire ce livre pendant les vacances était parfait! C’est plus un livre d’hiver qu’un livre de Noël.

Si une petite romance assez chaleureuse à l’ambiance sympathique vous intéresse, c’est un bien joli livre que nous offre Rosie Blake. Bienveillant, à l’humour très présent et aux personnages attachants. Une petite touche de hygge peut changer bien des choses! Allumez une bougie, faites-vous un thé ou un chocolat, sortez une couverture bien chaude et plongez-vous dans cette lecture qui fait du bien.

Sur ma liste, Rosie Blake, éditions J’ai lu, 317 pages, 2018