Le vilain petit canard

Depuis son jeune âge, Hans Christian Andersen se savait différent des autres. Il a écrit Le Vilain Petit Canard comme une métaphore de sa propre vie. Dans cette nouvelle version sanglante, le personnage principal nous relate une existence beaucoup plus funeste… Un informaticien orphelin aspirant à une vie plus palpitante, qui ne trouve le réconfort que dans les jeux vidéo. Une intrigante voisine aux mystérieuses sorties nocturnes. Une bande de marginaux dirigée par un personnage controversé se faisant appeler Démon. Un nightclub clandestin recelant un passage vers l’antichambre de l’enfer.

Je trouve les couvertures des livres de la collection Les contes interdits superbes. La collection a quelque chose d’attirant et l’ensemble me semble visuellement très réussi. C’est pour une raison aussi simple que celle-là que j’ai eu envie de tester un des titres de la série. Mon choix s’est porté sur Le vilain petit canard, un conte que j’ai beaucoup entendu raconter étant enfant. J’avais envie de sortir de ma zone de confort (et avec ce livre, c’est vraiment le cas) afin de découvrir cette réécriture plus sombre et très sanglante de l’œuvre originale. Ici, nous sommes donc dans un conte horrifique, très loin du conte original. 

Informaticien, orphelin, geek, joueur et solitaire, Clay se sent à part des autres. C’est un jeune homme très timide et mal à l’aise. Amoureux de sa voisine, il n’a aucune idée de ce qui l’attend quand il se rapproche d’elle et fait la rencontre de Démon, qui l’invite à une soirée. La prestance de Démon l’attire et lui fait peur, mais il pense surtout à Isabella, qui lui plaît. Cette soirée changera complètement sa vie. 

« Je ressentis un long frisson glacé me parcourir l’échine, et mon pouls s’accélérer. Qui était cette personne? Comment pouvait-elle être encore en vie? Allait-on me réserver le même sort pour m’être aventuré là où je ne le devais pas? Devais-je faire demi-tour? Appeler la police? »

Clay a toujours été à part des autres. C’est un solitaire, rejeté des autres. Il n’a pas vraiment de liens avec sa famille. Il s’enferme donc sur lui-même et passe son temps à jouer à des jeux vidéos violents. On découvre, au fil des pages, ce qui se cache derrière l’évolution de Clay. C’est un peu le lien avec le conte original, l’évolution du personnage principal qui est mal-aimé et seul, et qui fini par inspirer le respect et s’intégrer à un groupe. 

J’ai aimé l’écriture de Christian Boivin, simple, mais prenante, qui nous amène dans son univers déjanté et sanglant, un monde fait de vampires et de chasseurs, en marge de notre vie quotidienne. Avec cette réécriture de conte très sanglante, je suis sorti de ma zone de confort. Il s’agissait de mon premier Conte interdit. Le vilain petit canard n’a pas été un coup de cœur, mais j’ai tout de même aimé cette lecture. Ça m’a quand même surpris d’avoir su apprécier ce livre malgré tout, et d’avoir passé un bon moment, car l’horreur n’est pas vraiment un genre que j’affectionne normalement. C’était vraiment très différent de mes lectures habituelles!

Le vilain petit canard, Christian Boivin, éditions Ada, 185 pages, 2018

La Couleur tombée du ciel

Un projet de barrage promet d’engloutir toute une vallée reculée de la campagne américaine. Bizarrement, son dernier habitant se réjouit de voir le lieu disparaître sous les flots, en particulier la parcelle de terrain voisine… Les Gardner y ont vécu paisiblement pendant des années, jusqu’à ce que la chute d’une météorite juste devant leur maison fasse basculer leur quotidien. Des scientifiques ont tenté d’étudier ce roc venu de l’espace, sans succès. La matière ne ressemblait à rien de connu et se distinguait par sa couleur inexistante sur Terre… Après cet événement, la faune et la flore ont commencé à s’altérer, les phénomènes étranges se sont multipliés, entraînant la famille Gardner dans une spirale de malheurs…

Après avoir lu Les Montagnes hallucinées tome 1 et Les Montagnes hallucinées tome 2 de Gou Tanabe, adaptés des histoires de H. P. Lovecraft, j’ai eu très envie de poursuivre la découverte de ses œuvres. Je suis rapidement tombée sous le charme du trait de crayon de Gou Tanabe et de sa façon spectaculaire d’adapter les livres de Lovecraft. Il était donc tout naturel que je poursuive ma découverte et j’ai choisi La Couleur tombée du ciel

Sans surprise, j’ai vraiment adoré cette histoire, publiée pour la première fois en 1927. Ici, l’auteur nous raconte la vie de la famille Gardner, des fermiers qui ont un grand lopin de terre sur lequel ils cultivent toutes sortes de plants et s’occupent aussi de plusieurs arbres fruitiers. Ils sont amis avec leurs voisins, mènent une vie agréable, plutôt paisible et travaillent fort pour faire fructifier leurs terres. Un beau jour, une météorite très particulière atterrit avec fracas dans leur jardin.

« Ce n’était qu’une couleur – mais aucune des couleurs de notre terre ou des cieux. »

L’étrange objet attire des scientifiques et des professeurs qui tentent de l’étudier. Après la chute de l’objet, la ferme commence à être la proie d’événements étranges et dramatiques. Les Gardner changent. Leurs voisins ne les reconnaissent plus. Leurs terres deviennent infertiles. D’étranges choses y poussent. Rien ne sera jamais plus comme avant pour les Gardner… Ce qui est intéressant, c’est la façon dont l’histoire nous est racontée. Bien après les événements, un jeune homme chargé d’effectuer des relevés topographiques arpente les lieux désertés et fait la connaissance du voisin des Gardner. 

« Avant même d’arriver dans la vallée dont j’étais chargé d’effectuer les relevés pour la construction d’un nouveau réservoir, j’avais déjà été prévenu que les lieux étaient maudits. »

Cette histoire est intrigante, horrifiante, prenante et vraiment bien menée. C’est vraiment une lecture qui vaut la peine, dans laquelle on plonge avec inquiétude. L’intrigue est terrifiante, puisque l’histoire joue beaucoup avec la normalité, qui devient du jour au lendemain irréelle et incontrôlable. Tout dérape pour les Gardner et c’est avec étonnement que l’on découvre les événements qui perturbent leur vie à jamais. Il faut dire que Lovecraft a le don de créer une intrigue qui crée l’inquiétude et monte crescendo vers l’horreur. Les dessins sont parfaits pour contribuer à cette atmosphère terrifiante qui se referme doucement sur les personnages.

« Ce sont ces incidents insolites qui, en se propageant par le bouche-à-oreille, constituèrent le socle de la légende qui se forma dans les années qui suivirent. »

J’ai adoré cette histoire qui se déroule sur une ferme. Déjà, l’objet-livre est superbe, avec son format un peu plus grand et sa couverture suédée. L’adaptation est sombre et époustouflante. Le trait de crayon de Gou Tanabe me fascine à chaque fois. Il est précis, détaillé et réussit à rendre à merveille toute l’horreur inspirée par le texte de Lovecraft.

Je crois vraiment que Gou Tanabe va devenir l’un de mes mangaka préféré!

La Couleur tombée du ciel, Gou Tanabe, d’après H.P. Lovecraft, éditions Ki-oon, 192 pages, 2020

Les Montagnes hallucinées tome 2

À son arrivée au campement de Pr Lake, l’équipe du Pr Dyer découvre un véritable charnier… Seul Gedney, l’assistant du biologiste, aurait vraisemblablement réussi à fuir en traineau. Mais l’homme a t-il réellement une chance de survivre dans ces contrées hostiles? Rien n’est moins sûr… Il est pourtant le seul qui saurait expliquer le spectacle de désolation que les scientifiques ont sous les yeux, et surtout le mystérieux tumulus qui renfermait les spécimens décrits par son mentor quelques jours plus tôt ! Bien décidé à retrouver le disparu, le géologue part en expédition au-delà des montagnes…

J’avais adoré ma lecture du premier tome de cette histoire. Il s’agit de l’adaptation en manga du roman de H.P. Lovecraft, Les montagne hallucinées. Le premier tome m’avait beaucoup plu, tant au niveau de l’histoire que de son adaptation graphique. Le dessin est d’une précision et d’une beauté, c’est vraiment magnifique. Je n’ai encore jamais lu Lovecraft, mais la découverte de ce manga me donne une furieuse envie de me lancer dans son œuvre et de découvrir par le même fait, les autres adaptations qu’en a fait Gou Tanabe. J’en ai d’ailleurs deux autres qui m’attendent et que j’ai très hâte de lire: Dans l’abîme du temps et La couleur tombée du ciel. Il faut dire que la qualité est vraiment au rendez-vous. On sent que l’adaptation est soignée, tant pour le scénario que pour le dessin. 

Ce deuxième tome se poursuit là où on avait laissé l’équipe de sauvetage dans le premier tome. Après avoir fait la « découverte du siècle », l’équipe du professeur Lake en informe ses collègues, sans mentionner de quoi il s’agit, puis c’est le silence radio. N’ayant plus de nouvelles, une équipe de sauvetage part sur les traces du professeur pour comprendre ce qui s’est passé. Elle retrouve le campement dévasté et seul un des leurs semble avoir disparu. Le retrouver est leur unique chance de comprendre et d’expliquer ce qui a pu se passer. 

« C’était donc vrai… Edgar Allan Poe a bien eu accès à des sources insoupçonnées et dangereuses en écrivant ses « Aventures d’Arthur Gordon Pym » il y a un siècle! »

Cavernes, blocs gravés, étranges dessins dans la pierre, vestiges, ce que les hommes découvrent dépasse l’entendement. Ils ne sont même pas certains de ce que c’est, mais une chose est sûre, tout ce qui apparaît devant leurs yeux est très vieux et rappelle les mythes primitifs. Ils se donneront quelques heures pour explorer le terrain et tenter de mettre la main sur Gedney, leur collègue mystérieusement disparu. Leur découverte donne le frisson et coupe le souffle. Ils ne s’attendaient assurément pas à ce qui se présentera à eux et ils en reviendront totalement changés.

Avec ce deuxième tome et les découvertes faites par l’équipe de sauvetage, nous entrons à pieds joints dans la légende, profonde, mythique, effrayante. Plusieurs chapitres nous plongent dans l’histoire des Anciens, les Shoggoths, le mythe de Cthulhu, l’époque glaciaire et les guerres féroces entre différentes espèces. Le dessin de Gou Tanabe est d’ailleurs un véritable tour de force pour représenter avec autant d’effets, tout l’imaginaire horrifique de Lovecraft. C’est avec une étonnante précision graphique qu’il réussit à nous amener avec lui dans un univers sombre et terrifiant.

« Nous décidâmes d’abandonner le matériel, et dès le lendemain matin, le 27 janvier, tous les appareils regagnèrent notre ancienne base. Le 28, nous étions de retour au détroit de McMurdo. Cinq jour plus tard, l’Arkham et le Miskatonic, avec tous les hommes et l’équipement à bord, quittaient le rivage glacé de ce continent maudit. »

En mêlant la science, la science-fiction, l’horreur et les mystères venus d’un autre âge, le texte de H.P. Lovecraft adapté par Gou Tanabe est toujours bien effrayant aujourd’hui. Tranquillement, il instille l’horreur et joue sur le moment précis de la découverte étonnante faite par l’équipe de sauvetage. Nul besoin de préciser que l’intrigue est très efficace et que ce que l’on découvre est totalement surprenant. J’ai adoré le travail de Gou Tanabe qui est vraiment magnifique. Son trait de crayon est juste, précis, détaillé et recrée parfaitement une atmosphère inquiétante et incertaine. 

Cette lecture des deux tomes de l’adaptation en manga du roman Les Montagnes hallucinées, m’a donné envie de lire les autres œuvres de Lovecraft adaptées par Gou Tanabe. Elle m’a aussi donné envie de plonger dans l’univers de H.P. Lovecraft pour découvrir ses écrits et, pourquoi pas, éventuellement sa biographie? 

Mon avis sur le premier tome.

Les Montagnes hallucinées tome 2, Gou Tanabe, d’après l’œuvre de H.P. Lovecraft, éditions Ki-oon, 336 pages, 2019

Les Montagnes hallucinées tome 1

En 1931, une expédition de sauvetage découvre le campement en ruines du Pr Lake, parti explorer l’Antarctique quelques mois plus tôt. Son équipe de scientifiques avait envoyé un message annonçant une découverte extraordinaire avant de sombrer dans le silence… Sur place, des squelettes humains dépouillés de leur chair laissent imaginer les scènes d’horreur qui ont pu se dérouler. Plus perturbantes encore : les immenses montagnes noires aux pics acérés au pied desquelles le Pr Lake et ses compagnons ont rendu l’âme… Ces terres désolées semblent cacher de terribles secrets. Gare aux imprudents qui oseraient s’y aventurer !

Avant de découvrir cette adaptation de Gou Tanabe en manga, je n’avais encore jamais lu Lovecraft, ce qui est tout de même étonnant puisque je m’intéresse aux classiques, à la littérature fantastique et à l’horreur. Cette lecture, qui est une adaptation du roman Les montagnes hallucinées, a été une belle découverte. Je ne peux comparer avec l’œuvre originale, toutefois, le manga m’a semblé être de grande qualité à tous les niveaux, tant pour la trame narrative que pour les dessins qui sont époustouflants. Et l’objet-livre en lui-même est fabuleux, avec sa couverture souple et gravée qui rappelle le cuir, et son format un peu plus grand que les mangas habituels.

« Quel fascinant continent que l’Antarctique. Il recèle tant de mystères et de trésors! »

Dans ce premier tome, une expédition montée par des universitaires, chercheurs et spécialistes, arrive en Antarctique avec l’intention de faire des recherches scientifiques. Ils se retrouvent sur des lieux historiques, le Mont Terror et le Mont Erebus. Puis, leurs recherches débutent. Les lieux sont arides, difficiles, intrigants et le groupe est victime à quelques reprises de mirages. Leurs recherches ne se déroulent pas vraiment comme ils l’espéraient et sont assez décevantes. Toutefois, le professeur Lake fait une curieuse découverte: des stries particulières dans des morceaux d’ardoise. Il en est obsédé et demande de pouvoir poursuivre ses recherches un peu plus loin. Le groupe se sépare alors. C’est à ce moment qu’il annonce par radio à ses compagnons, avoir fait la découverte du siècle. Puis c’est le silence total. Une équipe de secours est lancée à sa poursuite. Ce qu’il découvriront dépasse l’entendement.

Contrée glacée et inhospitalière, découvertes incroyables, expédition de survie, rencontre macabre, ce manga se dévore comme un véritable roman d’aventure. On suit avidement les recherches de l’expédition envoyée en Antarctique avec beaucoup d’intérêt. Surtout que ces lieux semblent cacher quelque chose d’incroyable et d’abominable. Avec ce premier tome, l’auteur met en place les personnages et le début de l’expédition et nous abandonne alors que l’équipe de secours vient de faire une découverte troublante et effrayante. La suite est à découvrir dans le tome 2.

« L’exploration du vaste continent blanc et glacial s’étendant au sud du globe constituait pour l’homme, toujours désireux de repousser les limites de l’inconnu, le dernier grand défi géographique mondial. »

Ce premier tome des Montagnes hallucinées est tout simplement génial! L’histoire, vraiment très prenante, est portée par des illustrations magnifiques et réalistes. C’est du grand art! J’ai bien envie maintenant de lire les autres titres de Gou Tanabe, qui a entreprit de transposer en mangas, les chefs-d’œuvre de Lovecraft. J’ai tout aimé de cette première adaptation que je découvre: le format du manga, les illustrations, le récit, les références à Edgar Allan Poe que j’aime beaucoup, le côté sombre de l’histoire et l’horreur qui est doucement instillée au fil des pages.

Une lecture vraiment remarquable, à tous points de vue! J’enchaîne avec le second tome, qui promet d’être aussi bon et prenant que le premier.

Les Montagnes hallucinées tome 1, Gou Tanabe, d’après l’œuvre de H.P. Lovecraft, éditions Ki-oon, 310 pages, 2018

Le Molosse surgi du soleil

Castle Rock, le 15 septembre. Kevin Delevan fête son anniversaire. Pour ses quinze ans, il reçoit un appareil photo, un Soleil 660. Ravi, il l’essaie sans attendre… et sans savoir que parfois, quand on tente de capturer l’instant, c’est lui qui vous saute à la gorge.

Depuis quelques temps, les éditions Albin Michel publient certains textes de Stephen King plus accessibles aux adolescents et jeunes adultes. J’ai lu Le corps et Brume dans la même collection. Les livres sont vraiment très beaux, avec leurs couvertures caractéristiques. J’ai beaucoup aimé les deux précédents et j’avais très hâte de lire Le Molosse surgi du soleil, surtout quand j’ai compris que ça parlait de photographie.

Stephen King a eu l’idée de cette histoire quand sa femme Tabitha a commencé à se passionner pour la photographie. Dans une note au début du livre, l’auteur explique un peu d’où lui est venue l’idée. Il parle également un peu de son travail. Puis, l’histoire commence.

Kevin fête son anniversaire et il reçoit un appareil-photo, un Soleil 660, un polaroïd dont on peut voir instantanément les photos. Ce type d’appareil a fait un retour ces dernières années, mais ça m’a rappelé des souvenirs puisque ce cadeau a aussi été l’un de mes cadeaux d’anniversaire à l’époque. D’ailleurs, l’histoire a été originalement publiée en 1990 et c’est un peu cette époque que j’ai eu l’impression de retrouver dans ce livre.

Kevin teste donc son appareil-photo en capturant un portrait de famille. Cependant, la photo qui apparaît n’est pas tout à fait celle d’une famille joyeuse autour d’un gâteau d’anniversaire. Ce qui apparaît sur la pellicule est très étrange. Avec son père, Kevin va prendre plusieurs clichés et ils vont étudier cette bizarrerie sans ne rien comprendre. Il y a quelque chose de vraiment étrange, presque effrayant, dans ces photos.

On propose alors d’échanger le cadeau d’anniversaire. Le choix final revient à l’adolescent. Intrigué, Kevin ne veut pas l’échanger. Du moins, pas tout de suite. Il cherche à comprendre ce que fait son appareil et pourquoi les photos sont si étranges. Il est alors mis en contact avec Pop Merrill, le propriétaire d’une boutique où l’on retrouve tout et n’importe quoi. Un brocanteur qui offre aussi ses services pour réparer certains mécanismes et qui fait office de prêteur contre intérêts dans la ville de Castle Rock. Ce n’est pas le personnage le plus recommandable. C’est à partir de cette rencontre que les choses vont peu à peu déraper…

« Ce qui clochait, avec cette photo, était l’impression qu’elle donnait de clocher quelque part. Kevin n’avait pas oublié cette étrange sensation de malaise, éprouvée lorsqu’il avait fait poser sa famille, non plus que l’onde de chair de poule qui lui avait remonté le dos quand, pris dans l’éclair aveuglant du flash, il avait pensé: Il est à moi. »

L’histoire suit les réflexions et les démarches de Kevin, John et Pop Merrill, afin de comprendre ce qu’est cet étrange appareil-photo. Ils analysent les photos, tentent de saisir ce qu’on y voit et de trouver des indices qui pourraient expliquer ce qui s’y trouve. Si Kevin et John développent une certaine complicité, Pop Merrill est un personnage inquiétant et très bizarre de qui on ne peut que se méfier.

Dans ce roman, on retrouve une belle histoire père-fils qui évolue énormément au fil de l’intrigue. Kevin et son père sont très différents. John est raisonnable, plus cartésien. Kevin lui, est beaucoup plus intuitif et ouvert d’esprit. Ouvert à des choses… incompréhensibles. Ce qu’ils vont vivre va beaucoup les rapprocher et un sentiment de confiance va naître de part et d’autre. C’est un aspect sous-jacent à l’intrigue, mais j’ai trouvé que c’était très intéressant et que ça apportait beaucoup à la relation des personnages entre eux.

Ce roman est très visuel. Je ne cessais de me dire que ce Molosse ferait sans doute un superbe film, très intrigant et frissonnant, tellement le texte nous semble tangible. Peut-être aussi est-ce le sujet qui donne cette impression, vu qu’un appareil-photo est au centre de tout. L’image est donc très importante. Plusieurs passages de l’histoire constituent des moments clés dans la compréhension des événements par les personnages.

« … il y avait ce vent glacial auquel il aurait aimé réfléchir. Ce vent qui ne semblait pas souffler sur les photos mais en provenir directement, en dépit de leur trompeuse platitude, de leur surface trompeusement brillante. »

Le Molosse surgi du soleil est une histoire qui donne vraiment le frisson. King joue avec son lecteur, laissant le suspense et les faits inquiétants prendre de plus en plus de place. Tout se joue dans les petits détails. Comme souvent chez King, ce n’est pas tant le « monstre » qui fait peur que les réactions humaines tout autour. C’était vrai pour Le corps et aussi pour Brume.

J’ai trouvé l’intrigue particulièrement bien ficelée. Et quelle fin! Je crois que, dans les histoires de Stephen King publiées dans la collection Wiz, celle-ci est ma préférée.

Le Molosse surgi du soleil, Stephen King, éditions Albin Michel, 336 pages, 2020