Le corps

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts. Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Je voulais lire cette histoire depuis longtemps et la réédition de plusieurs longues nouvelles de Stephen King chez Albin Michel dernièrement, dans cette belle collection Wiz, était le moment parfait pour m’y plonger.

Le corps est donc une novella, une longue nouvelle, presqu’un roman, qui raconte la fin de l’été de quatre adolescents: Vern, Chris, Teddy et Gordon. L’histoire se déroule à la Fête du travail, avant le retour à l’école. Les jeunes partent en « camping » mais le but de cette étrange promenade le long de la voie ferrée qui sillonne la forêt, est de retrouver le corps d’un jeune garçon de leur âge, porté disparu alors qu’il cueillait des mûres, dont ils entendaient parler dans les journaux.

Cette nouvelle qui se déroule en 1960, raconte en fait le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est un thème cher à Stephen King qui revient dans plusieurs romans. L’histoire parle de courage, des peurs et du fait de les affronter. Des amitiés qui s’étiolent avec le temps. Des vacances, des nouveaux défis qui s’annoncent pour les garçons à la rentrée scolaire et du fait de partir à l’aventure « une dernière fois » avant d’être tous séparés. Les années 60, vécues par de jeunes garçons téméraires, sont particulièrement bien racontées. C’est un monde dur, où l’éducation ne se fait pas toujours avec douceur. C’est le moment pour les quatre amis de faire face également à quelques désillusions et à affronter des choses qu’ils ne voulaient pas forcément affronter. Du moins, pas réellement. Mais grandir, c’est aussi cela. 

J’ai beaucoup aimé cette histoire, que l’on peut qualifier de « roman d’initiation ». L’histoire se déroule à Castle Rock, ville fictive que l’on retrouve très souvent chez Stephen King dans plusieurs de ses romans: Dead zone, Cujo, Bazaar, Elevation, Brume, entre autres. 

Vern débarque à bout de souffle dans la cabane où flânent ses amis avec une question: 

« Vous voulez voir un mort, les gars? »

Naturellement, les garçons sont fascinés et préparent une expédition pour partir à l’aventure, à pied, tout le long de la voie ferrée, afin de voir le corps. C’est Gordon, doué pour inventer des histoires et les raconter, qui nous fait le récit de cet été où, avec ses amis, ils ont vu le corps. Gordon est maintenant adulte et il est devenu écrivain. Il raconte leur amitié, leur expédition, les dangers auxquels ils ont fait face pendant cette aventure loin des parents, dans la nature. 

« Quand on est de la ville, les ténèbres qui envahissent les bois ressemblent plutôt à une calamité naturelle qu’à un phénomène naturel, comme les crues de printemps de la rivière Castle. »

Au fil des pages, nous découvrons les différentes personnalités des quatre garçons, ce qu’ils sont devenus par la suite et la façon dont ils ont fait face aux événements de l’été où ils ont été confrontés à la mort. Les personnages sont tous différents, mais deux se démarquent un peu plus du groupe. Gordon est intéressant, par sa façon de voir et de raconter les choses. C’est l’écrivain du groupe. On retrouve certaines de ses histoires dans le texte. Même si c’est lui le narrateur, j’avoue avoir aussi beaucoup aimé le personnage de Chris, catalogué dès l’enfance comme étant un fauteur de troubles comme sa famille, alors qu’il s’avère être d’une compagnie précieuse pour les membres du groupe. C’est une vieille âme qui parle avec une lucidité effrayante de la vie. 

Le corps est une histoire qui donne le frisson. Pas au sens premier comme on pourrait l’imaginer, mais plutôt parce que le texte nous pousse à revisiter les peurs et les craintes enfantines. Comme par exemple, l’aventure qui est à la fois grisante et effrayante; les adultes qui peuvent nous faire peur surtout quand leur réputation est exagérée; les conséquences de ce que l’on fait et de ce que l’on appréhende. On peut aussi percevoir de nombreuses métaphores dans l’expédition des quatre garçons, qui seront finalement confrontés à leur plus grand défi: eux-mêmes.

stand-by-meEn 1986, il y a eu une adaptation de cette histoire au cinéma: Stand by me (ou Compte sur moi pour la traduction). Étonnamment je ne l’avais jamais vu, même si on y retrouve River Phoenix, trop tôt disparu, un acteur que j’adorais quand j’étais adolescente. Après avoir terminé le livre, j’ai tout suite regardé le film, qui s’avère être une très bonne surprise. Il n’a pas du tout vieilli et est encore très actuel. J’y ai retrouvé pratiquement ligne par ligne tout le texte de Stephen King, tant cette adaptation est fidèle au livre. Visuellement, c’est un film qui nous plonge totalement dans l’histoire. Les jeunes acteurs étaient parfaits pour leurs rôles. Le film m’a semblé peut-être un peu moins effrayant que le livre, mais tout aussi intéressant. 

J’ai passé un excellent moment de lecture et de visionnement avec ce classique de Stephen King, qui est une métaphore du long chemin vers l’âge adulte. C’est une œuvre puissante, encore aujourd’hui, qu’il est vraiment agréable de (re)découvrir. Je vous en suggère la lecture, si vous ne connaissez pas encore ce texte. 

Le corps, Stephen King, éditions Albin Michel, 320 pages, 2019

Félix Leclerc: L’alouette en liberté

Félix Leclerc L'alouette en libertéJe n’ai pas vu toutes les merveilles du monde, mais j’ai sûrement vu la plus belle et c’est mon pays.
Où que je sois sur terre, je l’emporte dans ma guitare. – Félix Leclerc

J’ai eu un immense coup de cœur pour ce magnifique ouvrage. Félix Leclerc est une véritable icône au Québec, qui a fait beaucoup pour la culture québécoise. C’est un auteur que les plus jeunes connaissent peu, malheureusement et cet album est parfait pour le (re)découvrir.

Les illustrations sont renversantes. Elles sont très représentatives du texte et du personnage. l’ouvrage est construit sous forme d’album et se rapproche presque, par moments, de la bande dessinée. C’est une sorte d’hybride entre les deux, vraiment agréable à feuilleter. Félix Leclerc: L’alouette en liberté est en fait une biographie illustrée des moments marquants de la vie de Félix Leclerc. Le livre nous offre un voyage tout en beauté à travers des moments de la vie de ce grand auteur.

On apprend où a commencé la carrière de Félix Leclerc. On découvre plusieurs des moments marquants de sa vie. Toujours avec des illustrations à couper de souffle. Félix Leclerc, auteur, scénariste, chanteur, un artiste multidisciplinaire. Il a voyagé à de nombreux endroits. J’ai appris énormément de détails dont j’ignorais l’existence, sur sa carrière et sur sa vie.

L’ouvrage nous offre des extraits de ses écrits, de ses rencontres. On voit la fierté que Félix Leclerc pouvait avoir du Québec et son travail pour  le faire vivre avec lui, où qu’il soit, toujours accompagné de sa guitare. Un auteur qui chantait le Québec comme peu l’ont fait. Sa passion pour son pays, la musique et l’écriture est communicative. Chaque double-page est conçue en fonction d’une pièce musicale, dont on retrouve la liste à la fin du livre.

« Félix s’est frayé un sentier sans pareil dans la francophonie, mais dans ses œuvres il revient toujours vers son pays et ses habitants. »

Félix Leclerc: L’alouette en liberté est un album coup de cœur, un livre magnifique à découvrir, pour les plus jeunes comme pour les adultes. Cet ouvrage est un vrai bonheur pour les yeux, que l’on devrait lire pour mieux comprendre la place et le travail de Félix Leclerc. Un album qui nous incite à connaître davantage l’homme et ses réalisations.

Un ouvrage à conserver précieusement, à relire et à partager autour de soi. Un chef-d’œuvre de beauté et de finesse, tant dans le style que dans le ton. Un livre qu’on a envie de prendre le temps de relire, en s’offrant la musique de Félix Leclerc en fond sonore.

Un incontournable à découvrir absolument!

Félix Leclerc: L’alouette en liberté, Christian Quesnel, Éditions de l’Hommes, 56 pages, 2019

La Vénus de Botticelli Creek

Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée “la Vénus de Botticelli Creek”, est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites. Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un homme empalé sur les bois d’un cerf géant. Accident ou meurtre ? Serait-ce une piste pour retrouver la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ? Aidée de son ami peintre, pêcheur et privé occasionnel, Sean Stranahan, Martha devra se confronter à un groupe fanatique de défense des animaux, le Clan du Loup à trois griffes, et à leur meneur au charisme destructeur. Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

J’adore cette série et j’étais plus que ravie de pouvoir lire la troisième aventure de Martha et Sean, découverts dans Meurtres sur la Madison puis dans Les Morts de Bear Creek. Avant toute chose, sachez que ce genre de série peut se lire dans l’ordre ou dans le désordre. Ce ne sont pas des tomes qui se suivent forcément, mis à part que, comme bien souvent dans ce genre de série, les personnages évoluent d’un livre à l’autre. Il est donc encore plus agréable de découvrir toutes les aventures dans l’ordre, mais on peut aussi choisir une histoire qui nous interpelle plus et la lire sans problème. 

Dans cette troisième histoire, nous retrouvons nos personnages habituels: la shérif Martha, Sean le beau pêcheur/peintre/détective, Harold le pisteur et Sam le guide de pêche. On croise aussi rapidement quelques membres du Club des menteurs et monteur de mouches, rencontrés dans l’enquête précédente.

Cette fois, Martha est appelée sur les lieux d’une disparition. Une naturaliste et guide de pêche manque à l’appel. Elle ne s’est pas présentée à une réunion de travail et même si elle avait prolongé la randonnée qu’elle avait décidé de faire, elle aurait dû être rentrée depuis longtemps. C’est lorsque Martha tombe sur le cadavre d’un cow-boy empalé sur des bois de cerf que les choses se compliquent dangereusement pour elle et son équipe.

Ce roman est très intéressant car, outre l’enquête autour de la disparition de la jeune femme et le cadavre de l’homme empalé, il aborde la question de la réintroduction des loups dans les Rocheuses. Il y est question des clans écologistes qui sont pour, de ceux qui veulent protégé leur bétail et qui sont contre, ainsi que tous ceux qui évoluent entre les deux, selon leur pensée et leur mode de vie. Les loups sont au centre du roman de plusieurs façons. Ils sont au cœur de l’enquête, puisqu’ils semblent y avoir eu des contacts rapprochés entre eux et les victimes. Ils représentent aussi une image très forte dans l’imaginaire et la mythologie. 

« « Lire le livre blanc » était une expression qu’Harold tenait de son grand-père, lequel lui avait appris à lire les traces laissées sur les premiers escarpements de la chaîne de montagnes bordant la réserve Blackfeet. « Lire le livre blanc » permettait de déchiffrer les histoires gravées dans la neige, les pages tournées par chaque animal qui vaquait à ses occupations quotidiennes. Qui est venu ici, quel est son nom, qui craint-il, entre les dents de qui est-il mort? Au début de l’automne, le livre comportait de nombreuses pages vierges, tandis que d’autres étaient écrites d’une encre qui s’effaçait, la neige tombant puis disparaissant, souvent au cours de la même journée. »

Le travail de Martha et de son équipe se complique beaucoup car la disparition de la jeune femme est plutôt étrange. Sean remonte la piste jusque chez le père de la disparue, alors que Martha suit les traces que la jeune femme a laissé ici et là, dans les différents emplois qu’elle a occupé. Des histoires issues du passé refont surface et des lettres anonymes écrites avec du sang sont envoyées à certains groupes bien ciblés…

L’enquête devient complexe car Sean et Martha marchent sur un chemin miné. C’est une enquête dangereuse que de tenter de retracer la jeune femme et d’enquêter sur ceux qui l’ont côtoyée et la connaissent bien. Plus les recherches avancent, plus les fils se nouent et se compliquent. D’autant plus que la sœur de la disparue est dans les parages et qu’elle décide d’engager Sean pour la retrouver… Il se retrouve rapidement coincé entre deux feux.

« Tu n’as pas de portable. Tu n’as pas de montre. Ta boîte aux lettres est sous un rocher et tu sens le chat mort. Ah, et les toilettes sont au bout du sentier. J’ai l’impression que tu t’engages à nouveau dans des années de perdition. »

Comme à l’habitude, les personnages apportent un plus à cette histoire. Certains dialogues sont assez drôles et Martha est une femme revêche qui ne s’en laisse pas imposer. On dirait par moments une ourse grognonne et elle me plaît beaucoup. Sean, toujours égal à lui-même, tombe facilement amoureux et essaie de ménager tous et chacun, tout en menant sa petite enquête de son côté, à la demande de Martha. Elle et Sean sont d’ailleurs tellement différents, que leur duo est aussi improbable qu’il fonctionne finalement à merveille. C’est ce que j’aime de ces personnages. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, mais s’apportent énormément l’un l’autre, malgré (ou avec) leurs différences. On croise Walt, l’aide de Martha et Sam qui a le don de se mettre les pieds dans les plats.

« Elle entendit un bruit de chasse d’eau. Sam apparut à la porte du dortoir. Il était en caleçon et grattait les poils sur sa poitrine, tel un chasseur néandertalien se réveillant un matin dans un Starbuck. »

J’aime aussi beaucoup le contexte des enquêtes créées par Keith McCafferthy. La Madison, lieu de pêche par excellence, les montagnes, les bêtes sauvages qui ne sont jamais très loin, les petits détails également concernant l’environnement et la nature. J’ai vraiment aimé cette lecture et j’étais très contente de retrouver Sean et Martha. Ce sont des personnages très intéressants qu’il est bon de retrouver d’une enquête à l’autre. D’autant plus que c’est la période idéale pour lire ce livre qui se déroule à l’automne, à l’aube des premières neiges. Un excellent roman! 

Mon avis sur les autres aventures de Sean et Martha:

  1. Meurtres sur la Madison
  2. Les Morts de Bear Creek

La Vénus de Botticelli Creek, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2020

L’été de Summerlost

L'été de SummerlostUn an déjà que le père et le plus jeune frère de Cedar ont disparu dans un accident de voiture. Ce premier été après le drame, l’adolescente, sa mère et son frère s’installent dans leur nouvelle maison de vacances, dans la petite ville d’Iron Creek, et tentent de se reconstruire. Très vite, les mystères se succèdent: qui est le garçon bizarrement costumé qui passe chaque jour à vélo devant la maison? Qui peut bien déposer des objets sur le rebord de la fenêtre sans explication? Dans les coulisses de Summerlost, un festival de théâtre, Cedar se laisse entraîner par Leo sur les traces d’une actrice disparue dans d’étranges circonstances…

C’est la sublime couverture qui m’attirée vers ce livre. On a toute suite l’impression qu’on ouvrira un livre estival et ensoleillé. Plein de la magie des petites soirées d’été et des promenades à vélo. C’est du moins l’impression que me donnait ce roman avant de l’ouvrir.

Il y a des choses que j’ai adorées dans ce roman et d’autres, beaucoup moins. Autant le roman de Dan Gemeinhart traitait de sujets difficiles d’une façon lumineuse et émouvante, autant L’été de Summerlost m’a semblé très plat à côté. Ce n’est pas un mauvais roman. Cependant, c’est un roman que j’ai trouvé étonnamment assez long, dans lequel on n’a pas l’impression d’avancer.

L’été de Summerlost raconte l’histoire de Cedar qui aménage dans une maison pour l’été, avec son frère et sa mère. Son père et son petit frère Ben sont décédés dans un accident. Le reste de la famille tente de faire son deuil. Ce qui n’est pas chose facile. Les réflexions, les craintes et les pensées de Cedar sonnent justes et sont universelles, toutefois je n’ai pas trouvé ce roman touchant du tout. Un peu à la fin, sans plus. Cedar pose des réflexions assez graves sur la mort. Sujet omniprésent dans le roman. Cedar et Miles se passionnent pour un vieux feuilleton très mal fait où il y est question d’une femme enterrée vivante. Pendant l’été, Cedar découvre également la vie de Lisette Chamberlain, une actrice morte tragiquement et dont on fête le vingtième anniversaire de.

« Tu passes trop de temps dans les cimetières. Tu participes à trop de visites sur des personnes disparues. Et tu regardes trop de feuilletons sur des personnes enterrées vivantes. »

J’ai cependant trouvé que le texte manquait d’émotions. Est-ce dû à la traduction? C’est possible. J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à Cedar, Leo et Miles.

Toutefois, ce que j’ai trouvé de vraiment intéressant dans le roman et qui est rarement mit en valeur dans un roman jeunesse, c’est tout ce qui entoure le festival de Summerlost. Les chapitres sont divisés en actes, comme au théâtre. Cedar et son nouvel ami Leo en qui elle découvre un véritable complice, y ont trouvé un petit emploi d’été. Leo se passionne pour une actrice de la région, Lisette Chamberlain, qui a fait une belle carrière et il entraîne Cedar dans sa passion. Leur été sera sous le signe du théâtre, du festival mettant Shakeaspeare à l’honneur et d’un mystère entourant la disparition de Lisette Chamberlain. Pour recueillir plus d’informations et aider son ami, Cedar fera du bénévolat auprès de la costumière du théâtre.

Tous les aspects entourant Shakespeare, le théâtre, le travail en coulisse et la présence des deux enfants est sans doute ce qui est le plus passionnant dans le roman. C’est ce que j’ai trouvé qui différenciait l’histoire des autres romans, justement parce que c’est peu abordé comme thématique. Leo est un personnage passionné et peut-être le plus intéressant du roman à mon avis.

Au fil des pages, on apprend beaucoup de choses sur la famille de Cedar, sa façon d’aborder le deuil, la relation qu’elle avait avec son frère décédé, qui était un garçon différent. Ce n’était pas facile tous les jours et par moments, la culpabilité étouffe Cedar qui a du mal à vivre avec la perte de la moitié de sa famille.

« Mon père disait souvent que la vie, c’était comme tourner les pages d’un livre. « Oh, regardez, disait-il en faisant semblant de tourner une page quand un coup dur nous arrivait. Pas de bol page quatre-vingt-dix-sept. Et quatre-vingt-dix-huit. Mais ça s’arrange pages quatre-vingt-dix-neuf! Tout ce qu’il fallait faire, c’était continuer à lire! » »

L’été de Summerlost est un roman qui avait beaucoup de potentiel, mais que j’ai trouvé assez long et peu touchant, malgré la gravité des sujets abordés. Certaines tentatives d’humour retombent assez vite et il manque vraiment quelque chose au texte pour en faire un roman marquant ou touchant. Le mystère entourant Lisette Chambelain est assez pauvre également.

C’est vraiment dommage parce que c’est un roman que j’aurais aimé adorer. Il y a de très belles trouvailles de la part de l’auteur. Cependant, je n’y ai pas trouvé ce que je m’attendais à lire. Je me demande si le texte original semble aussi peu vivant que l’est la traduction? J’ai beaucoup de mal à mettre le doigt sur ce qui manque à cette histoire, mais définitivement, le texte est plat et plutôt linéaire, même s’il y aurait eu matière à donner plus d’émotions et de qualités aux personnages, afin de les rendre plus attachants.

Un roman qui se lit bien, mais qui ne m’a pas marquée plus que cela. Dommage, car le cadre était bien prometteur…

L’été de Summerlost, Ally Condie, éditions Gallimard Jeunesse, 304 pages, 2017

Le dernier homme

le dernier hommeUn monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’ « humains » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

En commençant ce roman, je m’attendais à lire une seule histoire alors que je découvre que Le dernier homme fait partie d’une trilogie, avec Le Temps du déluge et MaddAddam. Deux titres que je voudrais bien lire également.

Le dernier homme de Margaret Atwood nous transporte donc dans le présent et le passé de Snowman (autrefois appelé Jimmy). Une catastrophe humaine a changé le cours de l’humanité et le monde que nous avons connu. Nous sommes alors transportés dans le présent de Snowman et très souvent, dans ses souvenirs. C’est à un voyage dans le temps que nous convie l’auteure. Le passé de Jimmy est en quelque sorte notre futur à nous, les humains d’aujourd’hui. Il y a des reliques du monde que nous connaissons, dans les décombres que l’on retrouve dans le l’univers de Snowman. Dans les méandres de l’internet qu’il consulte, du temps où il s’appelait Jimmy, on retrouve un peu de notre culture et de ce que nous avons été. Les personnages de ce monde futuriste critiquent notre monde, notre mode de vie, notre façon de gérer nos relations avec les autres.

L’auteure alterne entre le passé de Jimmy et le présent. Son présent, par rapport à nous, est un monde futuriste. Cependant, on a l’impression que son univers pourrait ne pas être si éloigné du nôtre dans un proche avenir. Le monde décrit dans le roman est très détaillé et offre un regard assez noir sur ce que pourrait devenir notre futur. C’est un univers particulier, rempli de vestiges du temps passé.

« Snowman ouvre les yeux, les ferme, les ouvre, les garde ouverts. Il a passé une nuit épouvantable. Il ne sait quel est le pire, un passé qu’il ne peut retrouver ou un présent qui le démolira s’il se penche trop dessus. Et puis il y a le futur. Pur vertige. »

Dans le passé, nous voyageons aux côtés de Snowman, de son meilleur ami Crake et de Oryx dont il est follement amoureux. Nous découvrons des compounds, des sociétés plus avancées qui évoluent à l’écart des autres. Ce monde est peuplé de créature particulières, comme les porcons et les louchiens, issus de la manipulation génétique. Le monde décrit dans Le dernier homme est très avancé du point de vue des technologies, de la science et de la génétique.

Crake, devenu adulte, façonne quant à lui ce qui sera le nouvel humain dans un présent désolé où tout est détruit et où il ne reste que des décombres et des déchets de l’ancien monde.  Il travaille beaucoup sur les créations transgéniques. Son but: créer la perfection, sans les défauts de l’humain. L’auteure offre avec ce personnage, une forme de critique et un avertissement concernant les manipulations génétiques qui peuvent s’avérer très dangereuses. En souhaitant effacer ce qui lui semble inégal et injuste, comme les hiérarchies et la jalousie, ses nouvelles créations ne sont pas forcément mieux. Le monde manque de saveur, de couleurs, d’identité.

L’histoire est un peu un constat et une critique du chemin que prend l’humanité avec les traitements génétiques et transgéniques, et l’envie de créer des êtres les plus parfaits possibles. L’auteure invoque du même coup les conséquences d’un monde futur, où l’obsession de l’homme à rechercher constamment la supériorité et la domination sur les autres espèces et sur la nature, l’amène plutôt à tout détruire autour de lui.

La pollution et l’écologie sont des thèmes qui reviennent souvent dans le livre. Certaines créations ou innovations faites par les scientifiques dans le roman le sont en cherchant à améliorer le monde que nous leur avons laissé. On ne peut s’empêcher de faire un certain parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui, surtout que dans le roman, un virus créé par l’humain est en voie de détruire l’humanité. Ici, il s’agit d’un roman naturellement, mais qui trouve certains échos à ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette histoire qui nous raconte un monde qui pourrait être probable, avec les avancées technologiques et scientifiques que nous connaissons.

Le dernier homme est ma première rencontre avec l’univers de Margaret Atwood. J’ai trouvé le roman très original, l’idée de cette vision futuriste est très intéressante et que dire de cette plume riche en vocabulaire et imagination! La traduction est également excellente et agréable à lire. J’ai par contre trouvé quelques longueurs au roman. La construction de l’histoire est assez lente. Il y a beaucoup de passages qui se déroulent dans le passé et j’avais souvent l’impression qu’il y en avait plus que dans le présent, alors que c’est à cette période que j’aurais préféré passer le plus de temps. Je la trouvais plus intéressante et plus intrigante.

Il y a donc des passages qui s’étirent en longueur et que l’on aurait pu raccourcir un peu. Le roman n’en est pas moins bon, mais il m’a manqué un peu de suspense pour rester totalement accroché à l’histoire. Peut-être est-ce parce que le livre est le début d’une trilogie? Ce que je ne savais pas en le commençant. Ma perception par rapport au dénouement et à mon envie de connaître les réponses plus rapidement aurait peut-être été différente de ce côté-là, en sachant que Le dernier homme place les bases d’une histoire beaucoup plus longue. Peut-être que cette impression sera plus ténue en lisant les autres volumes de la trilogie. Dans l’ensemble, je dirais que l’auteure réussit à pousser notre curiosité suffisamment loin pour avoir envie de découvrir la suite.

Malgré ce bémol, Le dernier homme m’a permis de passer un bon moment. J’ai trouvé le roman très intéressant, surtout parce que l’auteure réussit à créer un monde fascinant et terrifiant. Elle nous décrit un monde qui n’est pas très reluisant et qui est rempli d’incertitudes quant à ce qu’il adviendra dans le futur. C’est une lecture que j’ai aimé et qui m’a donné envie d’en savoir plus, surtout avec la façon dont l’histoire se termine. Je lirai assurément Le Temps du déluge et MaddAddam qui complètent le cycle commencé avec Le dernier homme.

Le dernier homme, Margaret Atwood, éditions 10-18, 480 pages, 2007