Les cousines vampires

cousines vampires photoÀ l’invitation de sa cousine Frédérique, Camille retourne dans le vieux manoir où elle a passé le plus bel été de son enfance. Mais plus rien, dans le sinistre paysage qu’elle découvre, ne correspond aux tendres souvenirs qu’elle chérissait… et les gens méfiants qu’elle rencontre à la taverne du village semblent craindre ce lieu qu’ils nomment « la maison du diable ». Quant à la mystérieuse Frédérique, elle n’aime décidément ni le potage à l’ail, ni la quiche à l’ail, ni la salade de gousses d’ail. Les cousines vampires se lit comme l’on regarde une vieille série B oubliée…

Il y a quelque chose dans cette bande dessinée de totalement réjouissant. On la lit d’une traite, parce que ça rappelle effectivement les séries télé ou un vieux téléfilm. Et j’ai vraiment beaucoup aimé!

Camille est un personnage d’une naïveté épouvantable qui nous fait sourire, alors que la BD se veut quelque chose « d’effrayant », mais toujours avec de l’humour. C’est ce qui fait d’ailleurs le charme de cette histoire parfaite pour Halloween. La façon dont le scénario est construit a quelque chose de très addictif.  On suit donc Camille qui revient dans la région où se sont déroulés ses plus beaux souvenirs d’été. Lorsqu’elle demande le trajet du manoir, tout le monde est horrifié, mais Camille ne remarque rien. Tout comme ça lui prend un très long moment avant de réaliser que Frédérique est plutôt spéciale…

On entre dans cette BD facilement et on se prend vite au jeu de découvrir le manoir aux côtés de Camille, Miss positivisme, qui ne voit que de belles choses autour d’elle. Elle détonne dans cet environnement sombre, un brin macabre et inquiétant. Elle ne remarque rien de tout cela. Frédérique pour sa part, cache quelque chose qu’elle tente de partager à sa cousine. Les deux sont totalement différentes, à l’opposé l’une de l’autre.

Le dessin m’a assez plu. Il est parfois plus détaillé pour certaines scènes, parfois plus esquissé, mais j’ai trouvé que ça s’accordait bien au scénario. Ce n’est pas lisse du tout et ça donne du punch à l’histoire.

J’ai adoré cette histoire, qui se lit toute seule et qui nous fait passer un vrai bon moment. Les auteurs ne réinventent pas le mythe du vampire, mais ils réussissent à l’amener d’une façon qui nous fait à la fois sourire et frissonner.

Une très belle découverte!

Les cousines vampires, Cathon & Alexandre Fontaine Rousseau, éditions Pow Pow, 136 pages, 2014

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Moby Dick, livre premier et livre second (BD)

Moby dick BD livre premier et livre secondL’adaptation magistrale d’un classique de la littérature américaine. Des campagnes de pêche de plus de trois ans, les dangers de l’océan, la chasse elle-même où, armés de simples lances et harpons à bord de légères chaloupes, les marins s’exposent aux réactions redoutables et aux assauts furieux de cachalots de plus de soixante tonnes. En plus de la chasse, le travail harassant de remorquage, de dépeçage et de fonte du lard afin d’en extraire la précieuse huile ; souvent trois jours d’efforts continus sans le moindre repos… Les conditions de vie extrêmes de ces hommes, les dangers quotidiens où les matelots exorcisent leur peur en la muant en rage à l’encontre des cétacés qu’ils massacrent. Rage sournoisement attisée par cette folie de vengeance aveugle et obsessionnelle du capitaine Achab envers Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché la jambe par le passé.

Après avoir lu le roman de Melville, j’ai eu envie de voir comment serait son adaptation en bandes dessinées. Je me suis d’abord penchée sur celle de Jouvray et Alary, que j’ai bien aimé. Puis sur celle-ci.

J’apprécie beaucoup le travail de Chabouté qui va toujours chercher une part de noirceur dans l’histoire pour la transmettre avec brio à travers ses illustrations. Cette BD n’y fait pas exception. Je n’ai pas tout lu de cet auteur, mais ce que j’en ai lu m’a plu. Il a un talent certain pour mettre le doigt sur les détails qui sont importants et qui font la différence, qu’il s’agisse d’une adaptation ou d’une oeuvre originale.

Le dessin de Chabouté est en noir et blanc, très approprié pour le texte de Melville. Il lui donne tout de suite un aspect un peu plus sombre, plus inquiétant, comme le sont certains passages du roman. Il nous avise tout de suite de rester sur nos gardes, car quelque chose va se produire. C’est ce que j’aime chez cet auteur. Ici, il transmet à merveille le côté sombre qu’on peut, par moments, retrouver dans Moby Dick.

Ce choix permet de présenter les personnages d’une manière différente, où ils sont beaucoup plus expressifs. On sent facilement leurs émotions, le dégoût, la haine, le désir de vengeance, la peur.

Divisé en chapitres, qui reprennent des bouts de texte du roman, l’auteur pose le cadre de l’histoire à venir et l’atmosphère. On retrouve les infimes détails des romans quant aux scènes clés du livre, avec plus de longueurs que la BD de Jouvray et Alary. Le roman est long (pour moi, ce n’est pas un défaut) et par ce choix, l’adaptation de Chabouté se rapproche bien plus du roman de Melville. Les personnages y sont plus détaillés et plus fidèlement représentés.

J’ai trouvé cette adaptation très intéressante, fidèle au livre de Melville, mais sans n’en être qu’un pâle résumé. C’est une histoire à part entière, prenante, portée par le souffle qui caractérise habituellement les livres de Chabouté que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.
La façon dont l’auteur manie le texte original, terminant le second livre par la célèbre phrase qui débute le roman, est brillant. C’est une adaptation à la fois fidèle et originale. Elle m’a beaucoup plu.

Sans doute une adaptation en BD presque parfaite. On y retrouve toute l’essence du roman de Melville. Comme elle tient sur deux livre, ce choix permet à l’auteur plus de latitude et offre une impression de lecture plus proche de l’œuvre originale.

À conseiller!

Moby Dick, livre premier, Christophe Chabouté, éditions Vents d’Ouest, 120 pages, 2014

Moby Dick, livre second, Christophe Chabouté, éditions Vents d’Ouest, 136 pages, 2014

Moby Dick (BD)

Moby Dick BD« Les grandes écluses du monde des merveilles s’ouvraient devant moi, et, dans les folles imaginations qui me faisaient pencher vers mon désir, deux par deux entraient en flottant dans le secret de mon âme des processions sans fin de baleines avec, au milieu, le grand fantôme blanc de l’une d’elles, pareil à une colline de neige dans le ciel. » – Herman Melville

C’est d’abord la magnifique couverture qui m’a attirée vers cette bande dessinée et le fait qu’il s’agit d’une adaptation du roman de Herman Melville. J’étais plutôt curieuse de voir comment on pouvait adapter en bande dessinée un monument littéraire comme Moby Dick.

Avec cette bd de plus de 120 pages, Jouvray et Alary nous offre une vision de l’oeuvre de Melville plutôt juste par rapport au roman. Les grandes lignes et les points tournant dans le roman y sont. Ce qui m’a plu, c’est que les premières pages abordent l’histoire par la fin. C’est une façon intéressante de la raconter, alors que contrairement au roman, on sait ici tout de suite ce qui est arrivé à Ishmaël. En partie du moins.

Si le dessin de la page couverture est magnifique, l’intérieur n’en est pas moins intéressant. Le trait de crayon donne tout de suite le ton à cette histoire, où l’on s’attend à plusieurs péripéties. Je dirais que l’histoire est plutôt fidèle à l’originale, très fidèle même, en résumant parfaitement le roman. Toutefois, les événements s’enchaînent assez vite. Comme il s’agit d’une adaptation, j’imagine bien que les auteurs ont fait ce choix, d’axer le récit sur les moments où l’action est plus présente. Ceux qui ont apprécié les détails du roman sur les baleines, la chasse et la vie marine seront déçus. On ne les retrouve pas ici. Mais plus de pages pour une bd auraient peut-être été trop. Cependant, c’est ce côté, sans doute, qui plaira un peu moins aux puristes, alors que ceux qui se sont ennuyés pendant ces passages devraient aimer l’adaptation. Moi, j’ai beaucoup aimé cette lecture, même si j’ai adoré le roman. Elle m’a donné l’impression de replonger dans l’histoire de Melville, cette fois en ayant des images de baleinier, de chasse et de bateau.

La bande dessinée est construite en trois chapitres, qui abordent chacun des moments clés de l’histoire. La première page de chaque chapitre se voit attribuée des couleurs allant crescendo, jusqu’au dernier chapitre, orangé et rouge sang, qui rappelle la chasse à la baleine. J’aime également beaucoup la fin de la bd. Pas qu’elle diffère du roman, mais la façon de transposer l’histoire est un peu différente et ça m’a plu.

Je trouve qu’il faut un certain courage pour oser s’attaquer à un classique du genre et j’ai trouvé l’exercice plutôt réussit dans le cas de cette bande dessinée. Les moments clés y sont et les caractéristiques des personnages également.

Une autre adaptation en bande dessinée m’attend dans ma pile. Je trouve intéressant, après avoir lu le chef-d’oeuvre de Melville, de comparer les différentes adaptations qui ont ensuite été faites. C’est une belle façon de poursuivre l’aventure du Pequod, un baleinier que je ne suis pas encore prête à laisser partir.

Moby Dick, librement adapté du roman de Herman Melville, Olivier Jouvray, Pierre Alary, Éditions Soleil, 122 pages, 2014

Shelton & Felter tome 2: le spectre de l’Adriatic

Shelton et felter 2Pauvre Felter ! Il doit se rendre aux obsèques de sa sœur en Angleterre, de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cela, pas le choix, il doit prendre le bateau. Lui qui souffre tellement du mal de mer… Heureusement, Shelton se propose de l’accompagner ! Mais le voyage sera loin d’être calme, avec une nouvelle enquête qui se profile à l’horizon pour notre duo de choc… En effet, dans la cabine B215, un passager vient de mettre fin à ses jours. Enfin, c’est ce que tout le monde croit avant que Felter, entre deux nausées, n’arrive et ne remarque certains détails troublants…

J’attendais avec une grande impatience la sortie du tome 2, tellement j’avais apprécié ma lecture du premier tome. Alors, qu’en est-il de ce deuxième opus?

Nous retrouvons Shelton et Felter, cette fois à bord de l’Adriatic, un navire de la White Star Line qui assurait le trajet entre New York et Liverpool à l’époque. Les deux personnages se retrouvent donc sur le bateau, en première classe, puisque Felter souhaite voyager dans les meilleures conditions possibles vu son mal de mer.

Shelton fait la rencontre sur le bateau d’une femme qui lui plaît bien. Il se promène aussi pas mal, allant souvent en troisième classe pour participer à des danses et autres réjouissances, vu que son compagnon de cabine est plutôt mal en point. De toute façon, Shelton est bien plus à l’aise avec les gens de sa propre classe. On voit bien le clivage entre les différentes classes de gens selon le statut et la richesse.

Pendant le voyage, les deux comparses font face à un autre mystère, un suicide étrange et la disparition de plusieurs biens. Malgré son mal de mer, Felter demeure tout de même alerte et mène sa petite enquête…

J’ai bien aimé ce second tome. Il conserve les caractéristiques plaisantes et amusantes des personnages rencontrés dans le premier tome: le passé de boxeur de Shelton, cet homme jovial et sympathique et l’hypocondrie maladive de Felter qui est souvent tournée à la blague. Surtout à la fin du livre quand Felter rencontre son semblable en quelque sorte. La fin d’ailleurs réserve une petite surprise à Felter… 🙂

L’album est plein d’humour, comme le premier. Je pense à la baronne qui mélange constamment les noms des deux comparses. Ça m’a fait rire parce que je dois aussi constamment y réfléchir avant de dire leurs noms, ayant tendance à mélanger les lettres! (Helter, Felton, Shelter…).

L’intrigue est assez intéressante, quoique pas vraiment nouvelle, mais j’ai pris plaisir à la découvrir. Je regrette simplement qu’il n’y ai pas eu, comme dans le premier livre, l’aspect historique un peu plus développé. Le premier tome parlait d’un fait historique particulier. J’aurais aimé qu’on retrouve un peu la même chose dans ce second album, un peu plus d’histoire. C’est ce qui m’avait vraiment plu dans le premier.

Ce tome 2 est tout de même bien intéressant, quoique j’ai préféré le tome 1 pour son aspect historique et anecdotique plus poussé. J’espère cependant que la série ne s’arrêtera pas là!

Shelton & Felter tome 2: le spectre de l’Adriatic, Jacques Lamontagne, éditions Kennes, 48 pages, 2018

Roller girl

roller girlAstrid, 12 ans, est inséparable de sa meilleure amie, Charlotte. Jusqu’au jour où elle découvre le Roller Derby. Astrid devra alors apprendre à surmonter ses craintes et s’entraîner dur pour devenir une véritable Roller Girl !

Roller girl est un roman graphique pour la jeunesse qui m’a rappelé un peu ceux créés par Raina Telgemeier (Souris!, Drame, Fantômes et Soeurs). Le format est semblable, l’abondance de couleurs est présente chez les deux auteures et le style est dynamique. Les deux auteures parlent du quotidien de jeunes filles au sortir de l’enfance. Si j’ai aimé les deux, ma préférence va à Victoria Jamieson pour son personnage d’Astrid.

Astrid a douze ans et connaît sa meilleure amie depuis qu’elles sont bébés. Elles sont très différentes, Charlotte étant le portrait de la typique jeune fille passionnée par les « trucs de filles » et la danse. Astrid est différente. Elle se cherche un peu. Elle s’habille en noir et n’a pas grand chose en commun avec les autres filles. Sa mère l’amène faire des « sorties culturelles » afin de s’ouvrir au monde et elle trouve que c’est parfois ennuyant. Jusqu’à ce qu’un beau jour, elle amène Astrid et Charlotte assister à un match de roller derby. Les yeux d’Astrid s’illuminent. Elle propose à Charlotte de s’inscrire au camp de roller derby avec elle. C’est là que les choses vont se compliquer entre les deux filles.

J’ai adoré ce roman graphique que j’ai lu d’une traite. Astrid me fait beaucoup penser à moi, un peu indépendante, un peu rebelle et qui s’intéresse à des activités qui n’intéressent pas les autres filles. Elle est attachante, maladroite et pas si douée pour le roller derby, mais elle est persévérante. Entre les mensonges à sa mère pour ne pas avouer qu’avec Charlotte ça ne va plus, et sa « correspondance mystère » avec une joueuse plus âgée qui l’encourage beaucoup, on découvre une petite fille qui a de belles qualités même si elle est un peu revêche et qu’au début, elle pense tout abandonner. Il y a de très beaux passages dans cette BD sur l’amitié (mais aussi quand les chemins entre deux amies finissent par prendre des directions différentes), sur l’accomplissement de soi et sur le sport.

J’ai aimé la façon dont l’auteure met en avant le roller derby, un sport plutôt brutal et peu abordé dans la littérature. J’ai eu un beau coup de cœur pour Astrid, un personnage qui nous présente un autre portrait de jeune fille, différent de ce que l’on voit souvent. Toutes les filles – et les femmes – ne sont pas identiques, toutes ne s’intéressent pas aux mêmes choses. D’avoir un modèle de petite fille différent dans un roman graphique destiné à la jeunesse me plaît particulièrement. J’aurais tellement aimé le lire à l’âge d’Astrid!

Un roman graphique coloré et vraiment intéressant que je suggère fortement!

Roller girl, Victoria Jamieson, 404 éditions, 240 pages, 2016