Un billet pour nulle part

un billet pour nulle partUne fillette quitte son village accompagnée de son alter ego, une petite flamme noire à la personnalité abrasive. Alors qu’elle s’apprête à prendre d’assaut la route, elle se rend compte que l’aventure risque d’être plus périlleuse que prévue: chaque autobus qui s’arrête devant elle transporte des personnages à l’allure singulière, parfois inquiétante, qui la feront craindre le voyage.

Cette bande dessinée est une bien jolie découverte. Le dessin est tout en douceur, en plus d’avoir un petit quelque chose qui rappelle à la fois le manga et la BD plus traditionnelle. C’est délicat tout en étant expressif et ça m’a beaucoup plu.

L’histoire d’Un billet pour nulle part est celle d’une fillette qui part en voyage. Elle va à la gare attendre son bus. La bande dessinée est divisée en trois sections qui correspondent à des heures de passage de différents autobus: 9h00, 13h00 et 16h00. Chaque autobus est une métaphore de notre vie effrénée: l’omniprésence du travail et des écrans; les plaisirs futiles et les abus qui nous amènent à ne plus être nous-même; le manque de couleurs, de saveur et d’originalité de nos vies qui nous poussent à être « tous pareils » et à cultiver cette normalité au détriment de l’imagination.

J’ai trouvé le propos de cette histoire très original à cause de la façon dont l’auteure l’aborde. L’autobus est une métaphore au voyage que représente la vie.

« Si tous les voyages pouvaient être comme celui-là! »

On ne peut s’empêcher de voir dans cette BD un brin enfantine, une métaphore sur la vie et la société. Chaque train nous montre un aspect de notre vie quotidienne, bien souvent inquiétante. La décision finale de la fillette, après être descendue du dernier bus, démontre que la grande richesse et l’aventure se situe bien souvent en nous-même.

Une bande dessinée fantastique et intelligente qui nous pousse à la réflexion sur notre mode de vie. Une bien belle publication!

Un billet pour nulle part, Nunumi, éditions Front Froid, 92 pages, 2019

 

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Montana

MontanaEn route pour rendre visite à un ami, Tex Willer découvre les lieux d’un carnage. Une tribu indienne au complet a été massacrée par le redoutable Tirrell et ses hommes de main, trafiquants de fourrure. Refusant de laisser un tel crime impuni, Tex décide de les traquer.

Le personnage de Tex Willer existe depuis 1948 et est culte en Italie, où plusieurs scénaristes et illustrateurs se sont intéressés à lui. Il existe des centaines d’histoires de ce personnage, d’abord publiées sous forme de fascicules. Je n’avais jamais lu une histoire de Tex Willer avant de repérer celle-ci, créée par Giulio de Vita et Gianfranco Manfredi. Ils font revivre le personnage dans ce western hivernal sous forme de one-shot qui a tout d’un fabuleux récit d’aventure.

« Territoire du Montana. Le climat le plus inhospitalier d’Amérique. On peut commencer la journée en chevauchant sous un ciel serein… pour ensuite se trouver enveloppé, quelques heures plus tard, par le vent glacial du nord! »

En route donc pour le Montana! Tex chevauche dans les magnifiques paysages de cet état américain, en route pour voir un ami. La découverte qu’il fait l’amènera à suivre les traces de trafiquants, à se battre contre un ours, à tenter de cerner les gens et leurs potentielles attaques, avant de reprendre la route pour retrouver Birdy, son grand ami. On a apprend d’ailleurs à travers certains souvenirs de Tex pourquoi Birdy mène maintenant la vie qu’il a en ce moment.

Pendant son voyage, la nuit a apporté avec elle beaucoup de neige. Les paysages sont à couper le souffle et l’illustrateur les rend magnifiquement bien. Visuellement, c’est une bande dessinée vraiment agréable à découvrir. Le dessin est soigné, très réaliste et vraiment très beau.

Tex retrouve son ami, qui s’occupe maintenant du poste de traite le plus éloigné de l’American Fur Company. Il est en territoire indien, mais n’avait jamais eu de problèmes avant l’arrivée de Tirrell, une brute sanguinaire aux décisions qui ont de graves conséquences. Il est dangereux et Tex devra l’affronter…

Montana est un western classique, avec juste ce qu’il faut d’histoire et d’action pour être captivante. J’ai passé un excellent moment avec Tex et Birdy. La présence amérindienne, les grandes chevauchées dans des paysages enneigés époustouflants et l’univers de la traite des fourrures avaient tout pour me plaire. Ce fut donc une excellente lecture! Si les mêmes auteurs décident de reprendre le personnage de Tex et de lui offrir d’autres aventures, je suis preneuse!

Montana, Giulio de Vita & Gianfranco Manfredi, éditions Le Lombard, 48 pages, 2018

L’esprit du camp 2

esprit du camp 2Même si l’étrange été d’Élodie tire à sa fin, elle n’entend pas pour autant quitter le Camp du Lac à L’ours sans avoir élucidé le mystère entourant le directeur et cette lumière fantomatique qui est apparue dans la forêt. Avec Catherine… c’est compliqué -ou complexe- rien n’est trop sûr, mais entre des rouquines toujours aussi monstrueusement adorables et des légendes qui semblent prendre vie, Élodie mène l’enquête, malgré la peur et l’épuisement.

L’esprit du camp est une histoire en deux tomes. Si le premier mettait en place l’atmosphère et les personnages, le tome 2 me semble encore plus intéressant!

Nous suivons toujours Élodie qui cherche à comprendre ce qui se passe au Camp du Lac à L’ours. Le tome 2 commence donc au chapitre 5, là où se terminait le tome 1. Il est donc impératif de lire les deux et c’est encore plus plaisant si vous les avez sous la main. Parce que, mine de rien, on veut comprendre ce qui se passe. Pourquoi le directeur est si bizarre? Que cache cette forêt étrange, les attaques d’animaux et les lumières qu’Élodie aperçoit? Surtout qu’elle ressemble maintenant à un zombie: malade et complètement crevée. Elle doit laisser son groupe de rouquines à quelqu’un d’autre et passe de longues heures au lit.

Même si le mystère du camp s’épaissit et que l’ambiance est plus sombre, cette bande dessinée a beaucoup d’humour. Il n’y a qu’à penser à Hector, un employé qui a reprit le groupe d’Élodie et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds! Les réparties et expressions des personnages sont savoureuses. Les rouquines sont toujours aussi drôles et quand même très attachantes, même si elles sont épuisantes. Je l’avoue: elles vont me manquer!

J’ai aimé aussi que certaines thématiques soient abordées, comme l’homosexualité ou les stéréotypes de genre:

« Si je comprends bien, les filles qui jouent à la poupée ou se coiffent sont ridicules, alors que celles qui jouent aux guerrières sont cinglées. T’as un problème avec les filles, mec, tu devrais consulter. »

L’auteur nous offre, à nouveau, un lexique à chacun des chapitres, pour que les lecteurs francophones d’ailleurs comprennent nos expressions typiquement québécoises. Et ça demeure toujours aussi rigolo!

Ce second tome clôt ce diptyque plein de nostalgie sur les étés de notre adolescence, avec un brin de mystère et de fantastique. Il sera difficile d’oublier le clan des rousses et ce camp si particulier qui a opté pour Black Sabbath comme chanson-thème…

Une bande dessinée à découvrir assurément pour passer un très bon moment!

Mon avis sur le tome 1.

L’esprit du camp 2, Michel Falardeau, Cab, Studio Lounak, 104 pages, 2018

L’esprit du camp 1

esprit du camp 1Une adolescente est envoyée de force par sa mère dans un camp de vacances, où elle devra travailler comme monitrice tout l’été. Perdue en pleine forêt, entourée d’inconnus avec lesquels elle ne semble pas avoir d’affinités, Élodie considère déjà que ses vacances sont fichues… mais le camp du Lac à l’Ours lui réserve plusieurs surprises; un jour après l’autre, un groupe de petites rousses à l’imagination débordante, un mystérieux directeur de camp et une collègue attentionnée transformeront son séjour en véritable aventure.

Nous sommes à l’été 1994. Élodie est en perpétuel conflit avec sa mère, avec qui ça ne va pas très fort. Pour qu’elle s’occupe pendant l’été et fasse un peu d’argent pour ses études, sa mère la pousse à aller travailler dans un camp d’été. Élodie est maussade, n’a pas envie d’y être. Elle déteste les autres moniteurs, n’aime pas particulièrement les enfants même si elle a un don avec eux, préfère être à l’écart pour écrire son journal et passe beaucoup de temps à bougonner.

Ce premier tome (de deux), raconte l’arrivée d’Élodie au camp, son installation, la prise en charge de son groupe et la vie avec les autres moniteurs. Plusieurs choses étranges semblent se produire au camp. À commencer par le directeur vraiment très bizarre qui la fait constamment sursauter et qui est complètement décalé. Il terrifie Élodie, mais elle semble bien la seule… Ou ces « chansons de camp » qui parlent de satan et qui n’ont rien à voir avec ces joyeuses comptines sur le soleil… Il y a aussi la lumière bleue étrange qui apparaît dans le bois la nuit et cette légende terrifiante sur un esprit de la forêt qui n’a pas grand chose à voir avec les histoires que l’on raconte d’ordinaire aux enfants… Mais qu’est-ce qui se passe vraiment au camp du Lac à l’Ours? Élodie commence à enquêter…

« Ici, les gens sont tous soit étranges, soit stupides, soit les deux à la fois. »

Il y a de belles trouvailles assez réjouissantes dans cette bande dessinée. L’ambiance un peu mystérieuse, le comportement renfrogné d’Élodie, les amitiés ou alliés qu’elle trouve au camp et qui la surprennent beaucoup. Il y a aussi le clan des rousses, le groupe d’enfants dont Élodie doit s’occuper pour l’été. Elles sont hilarantes! Elles ne tiennent pas en place, parlent de sexe sans aucune retenue, ce qui gêne énormément Élodie. L’une d’entre elles, Christie, a les cheveux devant le visage et toujours un truc dans la bouche: une pierre, une chaussure, un crapaud (!).

L’esprit du camp raconte l’été dans un camp, avec ses rivalités, ses conflits, la relation entre les moniteurs et les enfants, mais surtout, l’étrange directeur. Le dessin est très beau et l’ambiance de la BD m’a rappelé des souvenirs. Il y a une pointe de mystère et surtout, beaucoup d’humour, amené par le caractère bizarre du directeur, par la vivacité des jeunes campeurs et par des situations parfois cocasses. Le dosage entre les deux genres, humour et mystère, est juste parfait pour nous faire passer un excellent moment. C’est une excellente bande dessinée, j’ai eu un plaisir fou à la lire.

À noter que chaque chapitre de la BD commence par une sorte de glossaire des mots québécois. C’est sûrement utile pour les européens, mais souvent très drôle à lire, comme ça, même pour nous. J’ai bien aimé!

Je vous parlerai très bientôt du tome 2 que j’ai déjà lu depuis.

L’esprit du camp 1, Michel Falardeau, Cab, Studio Lounak, 104 pages, 2017

Hiver nucléaire 3

hiver nucleaire 3La vie de Flavie a beaucoup changé depuis la folle quête de sirop du Mont-Royal. La routine est revenue dans sa vie et dans son couple… jusqu’au jour où elle retrouve un ancien professeur de météorologie et son équipe de jeunes chercheurs. Ces derniers préparent une expédition à travers Montréal afin de valider une nouvelle hypothèse au sujet de l’hiver perpétuel. L’appel de l’inconnu est parfois plus fort que tout…

Enfin, le troisième tome d’Hiver nucléaire! J’ai adoré cette BD à ma première lecture et l’univers de Flavie est si attachant (même si elle a parfois mauvais caractère). J’ai lu et relu les deux premiers tomes en attendant le troisième qui, en principe, devrait être le dernier et clôturer la trilogie. Bon, j’ose quand même espérer qu’un jour Cab nous reviendra avec une autre histoire de Flavie, mais sinon, je considère que les trois tomes de cette série sont vraiment tous excellents. L’idée d’un Montréal irradié où l’hiver nucléaire sévit depuis une dizaine d’années est excellente. J’étais donc plus que contente de découvrir enfin la conclusion de cette histoire.

Comme tous les lecteurs, j’attendais un certain dénouement entre Flavie et Marco. J’ai toujours trouvé Marco mignon comme tout, mais peut-être pas le genre qu’il fallait à Flavie. Les choses ne sont pas au beau fixe entre eux. Leurs passions divergent beaucoup, ainsi que leur style de vie. Flavie trouve refuge à l’université où elle intègre un groupe qui s’intéresse aux stations météo. Flavie est passionnée par la météo et a une station chez elle. Le groupe doit relever les différentes données de chacune des stations. Flavie mettra à profit son expérience pour contribuer à sa façon. Elle fera de nouvelles rencontres, dont Alex, et prendra des risques pour mener à bien le projet avec ses nouveaux amis. Parcourir la ville (et les coins mal famés) pour faire des relevés météo et affronter les radiations n’est pas de tout repos!

Le tome 3 nous laisse aussi supposer que l’hiver nucléaire tire à sa fin. Certaines parties enneigées commencent à fondre. Le rapport des recherches faites par le groupe de Flavie affilié à l’université laisse penser que l’hiver aura un jour une fin. Tout serait donc à reconstruire… y compris l’aéroport de Montréal, démoli à cause de l’hiver nucléaire. La fin est belle, mieux que je ne l’espérais! On quitte une Flavie plus sereine, qui s’apprête à laisser entrer de nouvelles choses (et de nouvelles personnes) dans sa vie. La fin pourrait aussi laisser supposer qu’on pourrait revoir Flavie un jour (j’aimerais donc ça moi!). Cet album clôt tout de même la trilogie de façon très satisfaisante. Je relirai pour ma part la série l’hiver prochain, juste pour le plaisir!

En attendant, je vous conseille de lire cette trilogie de science-fiction très accessible, pleine d’humour, visuellement magnifique, enneigée, avec une héroïne terriblement attachante. Le plus beau? Cette bande dessinée met l’hiver à l’honneur et est bien de chez nous. Lisez la!

Mon avis sur les autres tomes:

Hiver nucléaire 3, Cab, éditions Front Froid, 92 pages, 2018