Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos

Les pieds dans la mousse de caribou la tete dans le cosmosChargé de ses cannes à pêche, Jean-Yves Soucy sillonne le Québec avec son épouse, en direction de la Côte-Nord. En chemin, il tombe en amour avec Baie-Trinité et sa Zec où il pourra taquiner la truite et peut-être pêcher enfin son premier saumon. Il installe sa roulotte sous les arbres du camping devant le fleuve, et y passe trois longs étés. C’est là qu’il mijote ce livre. Il prend abondamment de notes et de photos sur place, mais graduellement le récit qu’il envisageait se transforme, élargit son horizon et devient la réflexion approfondie d’un homme non seulement sur sa poursuite d’un poisson «légendaire», mais aussi sur l’intrication de sa vie personnelle à la Vie en général, sur la nature, sur l’histoire, sur la place dérisoire et pourtant centrale qu’il occupe dans l’Univers, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Car l’être humain, en tant que «poussières d’étoiles», devient la matière qui se contemple elle-même.

Ce récit de Jean-Yves Soucy est un véritable bonheur de lecture! Le livre en lui-même est très beau. Le titre, déjà, est plein de promesses. C’est à la fois poétique et invitant. La couverture est sobre, simple, magnifique. Elle colle si bien à l’univers de l’auteur, malheureusement trop tôt disparu. Jean-Yves Soucy est décédé en 2017. Écrivant ce récit sous son titre de travail, L’été du saumon, il remet en question son contenu et sa forme, puis décide de séparer certaines parties. L’une deviendra Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos et l’autre, Waswanipi, un livre inachevé, paru cette année, qui est dans ma pile à lire.

Avec Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos je découvre le bonheur de lire la plume à la fois reposante, simple, instructive et touchante de Jean-Yves Soucy. Ses mots célèbrent le bonheur des petites choses, du quotidien, des découvertes. Même s’il fait le constat qu’il a vieillit, qu’il lui reste moins d’années devant lui, sa perception du monde et de la vie est réconfortante. C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien, même si elle m’a profondément émue.

J’ai aimé la forme que prend ce livre, que je vois comme une sorte de collage, dont le point de départ est un long séjour à Baie-Trinité sur la Côte-Nord, pour pêcher dans une zec, une zone d’exploitation contrôlée qui permet à tous de profiter de la nature.

« Oui, je me sens chez moi à Baie-Trinité, comme dans toutes les régions dont Montréal est éloignée. Même si j’ai passé la moitié de ma vie dans la métropole, c’est l’autre moitié qui m’a le plus marqué… »

À travers les différents chapitres, Jean-Yves Soucy aborde toutes sortes de sujets. Si le thème principal demeure la nature, son propos se tourne aussi vers l’histoire, il raconte des anecdotes diverses, nous parle de la faune, de la flore, des champignons, de la pêche naturellement mais surtout, de la vie. Sa vie personnelle, la vie qu’il célèbre à travers sa façon d’en profiter, entre ses excursions, son travail d’écrivain et d’écriture, le quotidien avec sa compagne, ses petits-enfants et ses amis.

« Des amis se demandent comment Carole et moi pouvons habiter à deux dans seize pieds sur sept, sans nous gêner ni éprouver un sentiment d’étouffement. C’est mal nous connaître. Nous avons développé la capacité à être « seuls ensemble », c’est-à-dire à nous plonger dans le silence et la solitude tout en restant confinés dans un espace restreint. »

Plonger dans ce récit, c’est s’accorder une petite pause. C’est plonger dans une forme de quiétude réconfortante. Chaque fois que je revenais vers ses textes, j’éprouvais un sentiment de grand calme. L’auteur, sa façon d’être, invite à cela. Il y a naturellement des moments plus touchants, surtout lorsqu’on sait que l’auteur a perdu son combat contre le cancer. On sent dans ses écrits qu’il est conscient que la vie aura une fin, bientôt peut-être. Mais il n’y a rien de larmoyant dans ce livre. Jean-Yves Soucy célèbre la nature et partage avec nous des informations diverses et passionnantes.

Avec sa façon toute particulière et délicate de raconter ses découvertes, l’auteur nous amène à découvrir la géologie de son coin de pays, à nous parler d’histoire, d’oiseaux, d’ours, de champignons, de la vie dans la forêt qui s’entremêle et se connecte entre les différents organismes qui y vivent. Il raconte le bonheur d’être pêcheur, nous parle des poissons, de la biologie, de la botanique, des rivières, de généalogie, de science, de ses rencontres avec toutes sortes de gens avec qui il prend le temps de discuter. Pour lui, l’histoire de chaque personne compte énormément.

« À présent, les yeux rivés à leur téléphone intelligent, les gens se promènent tête basse, inconscients de leur environnement, bernés par l’illusion de communiquer avec la planète entière. Le progrès technologique devrait nous faire gagner du temps, nous ouvrir au monde; trop souvent, hélas, il isole dans une solitude plus grande encore. Chacun émet, mais qui réceptionne, qui écoute vraiment? »

Je me suis souvent retrouvée dans les mots de Jean-Yves Soucy. Je me suis sentie proche de lui à travers sa vision du monde et sa façon de s’intéresser à tout ce qui l’entoure. C’est un raconteur paisible, qui sait nous emporter et qu’on écoute avec intérêt.

« Ce moment de fulgurance lorsqu’on trouve chez un autre une pensée qui nous va comme un gant, qu’on portait sans jamais l’avoir exprimée. »

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos est avant tout un livre qui parle de la vie. C’est le récit d’un écrivain passionné qui a gardé l’émerveillement d’un petit garçon. À découvrir, assurément!

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos, Jean-Yves Soucy, éditions XYZ, 244 pages, 2018

En vol

En volAux commandes d’un antique Cessna, un jeune naturaliste téméraire et un pilote vétéran de la Seconde Guerre mondiale décident de suivre la migration d’un faucon pèlerin à travers l’Amérique. Ce périple inédit les entraînera du golfe du Mexique aux confins de l’Arctique et ne manquera pas de mettre leur vie en danger : après avoir dérobé du matériel militaire, s’être fait arrêter par la police et menacer par des trafiquants de drogue, les deux hommes ne reviendront pas indemnes de leur épopée.

J’ai lu ce livre pour la première fois il y a 12 ans, un récit que j’avais eu beaucoup de difficulté à emprunter, puisque l’éditeur à l’époque, débutait et n’était pas toujours très présent en bibliothèque ou en librairie. Heureusement, les choses ont changées depuis. J’ai toujours gardé un fabuleux souvenir de ce livre. Je l’avais adoré. J’attendais une nouvelle réédition de ce titre depuis très longtemps. J’étais heureuse quand Gallmeister a annoncé une réédition dans sa très belle collection Totem. J’avais hâte de pouvoir me replonger dedans.

En vol est définitivement un livre trop peu connu. L’histoire racontée par Alan Tennant me semble souvent confinée à être « un récit en avion pour suivre des faucons ». Alors que c’est beaucoup plus que cela. En vol est un plaidoyer pour la nature, pour ouvrir les consciences et permettre aux gens de réaliser à quel point le monde est précieux, infiniment grand, et qu’il va beaucoup plus loin que ce que nous connaissons autour de nous.

« Un royaume de nobles, de serfs et de sorciers, un royaume antique où l’arrivée annuelle des faucons depuis les étendues glacées au-delà du monde connu avait tant marqué les hommes, toujours penchés sur leurs champs, qu’ils baptisèrent cet oiseau d’un nom de vagabond: pèlerin. »

Alan Tennant raconte dans ce très beau récit, l’histoire de deux hommes qui décident de suivre la migration d’un faucon pèlerin à travers l’Amérique. Alan est fasciné par la nature. Enseignant, naturaliste, grand voyageur et guide d’expédition, il fait la rencontre de George Vose, un pilote de CESSNA et ancien pilote de combat, un vrai de vrai, qui en a vu de toutes sortes. Ils travaillent ensemble sur un projet de l’armée sur la surveillance des faucons pèlerins. Leur rêve: en suivre un, pour vrai, en avion. Il faut vous rappeler que ce livre a été écrit avant que la technologie permette de suivre sur de longues distances les faucons. Alan veut en suivre un. George sait piloter. Le premier réussit à convaincre le second de se joindre à lui. À deux, ils vont s’envoler sur la trace des faucons pèlerins et de leur migration.

Récit de voyage et de nature writing qui se lit comme un véritable roman d’aventure, En vol nous permet de suivre les découvertes et les déboires des deux hommes qui font face à toutes sortes d’obstacles pendant leur périple. Le livre est construit en trois parties: Padre Island, En vol et La baie de Mexico. Nous suivons les premiers essais des hommes pour capturer un faucon et lui installer un petit émetteur. Vient ensuite le voyage extraordinaire dans les airs pour suivre le vol des oiseaux de proie. Finalement la dernière partie se déroule au sud des Etats-Unis et en Amérique du Sud, sur les traces de faucons arrivant au bout de leur migration. Ce voyage, plein de péripéties fabuleuses et incroyable, est un témoignage fascinant sur le travail qui a été fait par Alan et George pour mieux connaître la migration des faucons.

« Même s’ils permettent des avancées spectaculaires dans la connaissance des déplacements planétaires des faucons migrateurs, les satellites ne vous disent pas ce qui se passe sur le terrain – ils ne vous montrent pas ce qu’un jeune de l’année un peu désemparé ou un adulte expérimenté voit jour après jours, quel temps il fait, et quelle sensation provoque le vent qui glisse sur son corps chez quelqu’un qui voyage en sa compagnie. »

Leur départ ne se fait pas forcément dans les règles de l’art. À bord d’un vieil avion souvent en panne, qui donne de grands moments de frousse à Alan, le duo vivra au rythme des sons de l’émetteur qui leur permet de suivre les faucons. D’abord Amelia, nommée en l’honneur d’Amelia Earhart la célèbre aviatrice, puis Anukiat, Gorda et Delgada. Ils observent leur migration, traversent des tempêtes effrayantes, se posent parfois en catastrophe sur des pistes qui leur réserve bien des surprises, tout en espérant ne pas perdre le signal de leurs faucons. Il y a quelque chose de très fort et d’émouvant dans leur voyage, qui se place en position d’égalité, dans le ciel, avec les oiseaux de proie. Toucher du bout des ailes ce qui échappe au commun des mortels me fascine beaucoup. Ce périple en est aussi un pour mieux comprendre la nature et percer le mystère de ce qui arrive aux faucons pendant leur migration.

Alan nous raconte d’autres expériences en parallèle à son voyage avec George. Ses histoires nous permettent de comprendre un peu mieux l’homme qu’il est. Il nous partage plusieurs réflexions sur l’écologie et la nature, la place des bêtes dans l’écosystème, des anecdotes qu’il a vécu, parfois rigolotes ou terrifiantes, ses rencontres avec des ours par exemple ou encore son triste constat sur ce que l’humain fait subir à la nature qui nous entoure. Il y est question de destruction, de pollution, d’écologie et de la vie elle-même, aussi forte et incroyable qu’elle peut l’être, malgré tout.

« Sans compagnon, guidée seulement par la mémoire ancestrale qu’elle portait en elle, notre vaillante petite pèlerine était en train de jouer son destin. L’immensité vitale de l’entreprise dans laquelle cette minuscule tache, là-bas, s’était engagée avec détermination, avait de quoi nous rendre très humble. »

Outre les oiseaux, En vol parle de façon générale d’écologie et de la nature. Il nous parle d’histoire, de biologie, de paléontologie, de la météorologie, des tempêtes, il aborde également la pollution par l’homme, qu’elle soit en lien avec le pétrole ou les produits chimiques comme le DDT ou bien les pesticides. Il nous fait réaliser à quel point ce que l’humain fait à un bout du monde peut avoir un impact significatif à son opposé. Le monde bouge, il est en mouvement. Les espèces se promènent d’un endroit à l’autre. Un faucon pèlerin peut, par exemple, rapporter avec lui en Alaska des produits chimiques ingérés en Amérique du Sud.

L’auteur nous parle aussi de plusieurs initiatives pour réintroduire des espèces disparues d’un environnement donné ou pour soigner des espèces menacées. Fasciné par tout ce qui est animal et végétal, Alan Tennant est aussi un chasseur d’ouragan. Avec lui et George, on a l’impression de voyager. De vivre pendant un moment, un peu de l’Alaska jusqu’aux Tropiques, en passant par les grandes forêts, les prairies et les canyons. En vol est un récit qui nous fait côtoyer le danger et les merveilles de la nature. C’est un récit sensible et touchant sur la grandeur du monde.

« Je comprenais une fois encore que le véritable rêve, c’est nous qui l’avions eu. La vision selon laquelle en rejoignant l’antique voyage des pèlerins nous pourrions d’une façon ou d’une autre faire partie de ce qu’Edward Abbey appelait l’héroïsme et la grandeur de la vie… »

En vol est plus qu’une simple histoire de faucon et d’aviation. C’est un récit écologique, un constat sur la nature et sur sa complexité, en plus d’être un récit de voyage absolument unique, qui nous amène à découvrir l’Amérique d’un bout à l’autre, vu des airs. Un livre qui mérite d’être lu et relu tant il est fascinant. Découvrez-le, si la nature et l’aventure vous intéresse. C’est un livre passionnant, touchant et instructif. À lire de toute urgence!

En vol, Alan Tennant, éditions Gallmeister, 480 pages, 2019

Le Tigre

TigreAu tout début du XXe siècle, un fait divers singulier défraye la chronique de Saint-Pétersbourg, la capitale de l’Empire russe: un tigre monstrueux fait régner la terreur dans la lointaine Sibérie. Il décime les troupeaux et massacre les villageois. Rares sont les voyageurs qui échappent à ses assauts. Le Tsar promet alors à qui osera l’affronter et parviendra à l’abattre une récompense fabuleuse: le poids du monstre en pièces d’or. Les chasseurs de prime se lèvent en masse mais sans grand succès. Le Tigre semble doué de prescience. Il évente leurs pièges et de gibier mis à prix se fait chasseur impitoyable, puis s’évanouit à nouveau dans la steppe. C’est alors qu’un jeune Pétersbourgois, Ivan, décide de se lancer à son tour dans l’aventure.

Le Tigre est l’un des premiers textes de Joël Dicker, écrit pour un concours littéraire. Je n’ai pas lu les autres romans de l’auteur, mais ce livre-ci m’attirait beaucoup à cause de son format et de l’objet-livre en lui-même. L’ouvrage a une belle couverture rigide colorée avec une jaquette. La qualité de l’ouvrage est agréable avec un signet intégré. L’histoire est magnifiquement illustrée par David de las Heras.

Le conte commence alors que deux moines qui traversaient le pays, font halte à Tibié, espérant être bien accueillis. Le village est plongé dans un calme inquiétant et les deux moines découvrent un véritable carnage. C’est aussi là qu’ils tombent nez à nez avec le tigre. C’est à partir de ce moment que l’histoire commence.

« Mais au détour d’une maison, leurs deux montures se cabrèrent soudain, apeurées. Les moines venaient de tomber nez à nez avec le responsable du massacre, le pelage encore taché de sang frais: un énorme tigre. »

Des chasseurs sont mis à profit pour trouver l’animal, qui se déplace de village en village. Le Tsar finira par mettre la tête du tigre à prix, attirant quiconque souhaite s’enrichir. Les volontaires ne sont pas nombreux, mais la récompense attire un jeune homme, Ivan, qui tentera sa chance. Vif, intelligent, il ne manque pas d’idées pour aller au bout de sa quête.

Le conte amène un très bon suspense, qui monte au fil des pages et de la traque du tigre. Comme bien souvent dans les contes, il y a une belle leçon à retenir. On voit également plusieurs facettes de l’homme. Il y a la bonté des gens qui veulent aider, mais aussi un portrait de l’homme gagné par la fièvre de l’or, aux actions pas toujours honnêtes ni justes. À ne penser qu’à soi, on fini par se faire prendre à son propre jeu. La témérité peut payer, jusqu’à un certain point.

L’histoire m’a beaucoup plu. J’ai adoré ce livre. Les images sont vraiment très belles et accompagnent parfaitement l’histoire. Les paysages enneigés et la traque dans la nature sont aussi bien rendus par le texte que par les illustrations. Ce livre se prête également très bien à une lecture à haute voix, ce que nous avons fait à la maison pour ce conte. Ce fut un très beau moment.

Un conte que j’ai adoré découvrir et que je vous conseille. C’est une belle lecture.

Le Tigre, Joël Dicker, illustrations de David de las Heras, éditions de Fallois, 64 pages, 2019

Haïkus: La voix des animaux

Haikus la voix des animauxCe nouveau volume des « Classiques en images » propose de renouer avec la tradition du poème court japonais à travers une sélection de 60 haïkus de Genshi, Kikaku, Bashô, Issa, Shôha, Buson, Yorie, Shiki, Jôsô, Hashimoto… exclusivement consacrés au monde animal. Ce recueil célèbre avec poésie, fantaisie et respect autant les animaux qui accompagnent le quotidien (chien, chat, poule…) que les bêtes sauvages surprises dans un coin de nature (libellule, sauterelle, grenouille…).

Haïkus: La voix des animaux est un recueil de poèmes courts japonais. Il met en lumière plusieurs haïkus qui illustrent chaque animal représenté dans les poèmes. L’ouvrage fait partie de la collection Classiques en images. Je découvre d’ailleurs cette collection avec ce livre et il m’a donné très envie d’en lire d’autres, tant les poèmes et les illustrations sont sublimes.

Quelques mots sur l’objet en lui-même. Ce livre m’a tout de suite attiré à cause de sa mises en page, de son format. Le volume est magnifique. La couverture est rigide, le dos est relié et le titre est en relief. L’intérieur de l’ouvrage est aussi beau que l’extérieur. Chaque poème est accompagné d’une image, une estampe, qui représente l’animal dont il est question et illustre le court poème.

Je suis une tortue et je suis belle
il ne me manque que des ailes

pour imiter les hirondelles

Issa

La poésie est celle des grands maîtres du haïkus et poème court japonais. On retrouve donc Buson, Tôta, Kikaku, Issa, Bashô, Shôa, Genshi, Sôseki, Yorie, Shiki, Jôsô, Hekigodô, Kyorai, Kyoshi, Otsuyu, Hashimoto, Seisensui, Hasegawa, Gyôdai, Kyûhachi, Shirao, Onitsura, Saiô, Chora, Chinshi, Hokushi et Tairo. Certains auteurs sont représentés plusieurs fois alors que d’autres n’ont qu’un seul poème.

Les haïkus parlent du faisan, de l’oie, du sanglier, de l’ours, du chien, du cheval, du loup, du martin-pêcheur, du papillon, du faucon et bien d’autres. Les poèmes abordent autant les caractéristiques des animaux que le lien entre l’animal et la mythologie. Il y a également, à travers les haïkus, de petites anecdotes en lien avec les animaux. La nature est omniprésente, qu’on aborde les animaux, la flore, les insectes ou même les saisons.

Le faucon revenu dans ma main
dans son œil
le soleil

Tairo

J’ai adoré cette lecture. Le livre est magnifique, la poésie est pleine de douceur et de simplicité. C’est un bonheur de prendre le temps de les découvrir, tant pour le plaisir des yeux que pour celui des mots. Les images sont, de plus, vraiment magnifiques. Chaque double page présente un haïku et une estampe.

Un ouvrage parfait pour ceux qui aiment l’art, la poésie, la nature et les animaux, ou tout simplement les beaux-livres qu’on a envie de conserver et relire pour le plaisir. Un très bel ouvrage qui sait transmettre la beauté du monde animal.

Haïkus: La voix des animaux, Collectif, éditions du Seuil, 128 pages, 2019

Wander

WanderWander, un jeune loup, grandit paisiblement dans le Nord-Ouest des États-Unis en compagnie de ses frères et sœurs. Il lui tarde d’être assez grand et fort pour se mettre à chasser, puis devenir à son tour chef de meute, mais un drame survient : une meute ennemie les attaque pour conquérir leur territoire, et Wander se retrouve seul, perdu, affamé et sous la menace de multiples périls, dont les hommes et leurs engins de mort, armes, véhicules. Que va faire le jeune loup ? Tenter de rentrer chez lui ou refaire sa vie ailleurs ?

Wander est un roman passionnant, qui donne la parole à Swift, un loup des montagnes. En sa compagnie, on apprend à connaître sa famille et la dynamique au sein de sa meute.

« La meute appartient aux montagnes, et les montagnes appartiennent à la meute. Et sur nous tous brille la lumière de l’étoile du loup. »

Quand l’histoire commence, Swift est encore un tout petit louveteau qui tente de faire sa place. Chaque loup au sein de la meute a son caractère, ses forces et ses faiblesses. On découvre la façon dont la meute fonctionne pour la quête de nourriture, pour la chasse, pour le guet et la protection de tous. On voit également avec les yeux de Swift ce qui l’entoure: les autres bêtes, les insectes, les montagnes, les arbres, la menace humaine. En vieillissant, Swift, plus petit que les autres, veut faire ses preuves. Jusqu’à ce que leur territoire soit attaqué par une autre meute et que Swift se retrouve seul.

« Il m’arrivait souvent de partir seul à l’aventure. Dans les montagnes, la beauté se dissimule derrière chaque talus – un lac, un hallier de baies, un carré de verglas oublié par le soleil. Mais je finissais toujours par rentrer auprès de ma famille. De toute ma vie, jamais je n’ai dormi seul. Pas même une fois. »

Un jeune loup qui se retrouve seul, sans protection, sans nourriture et qui doit se débrouiller par lui-même, c’est un loup plus fragile qui est parfois en danger. Il doit fuir et son voyage est l’essence même de ce roman à la fois tragique (mais pas larmoyant), et fascinant. Dans une nature sauvage qu’il ne connaît pas, où le danger vient tout autant de la présence humaine, des feux de forêt, de la machinerie de culture ou d’autres animaux, Swift grandit en devenant peu à peu le loup qu’il sera un jour.

Dans ce roman, les aventures vécues par Swift et les découvertes qu’il fait dans des montagnes qui ne sont pas les siennes, sont aussi passionnantes que nécessaires pour permettre au jeune loup de prendre de l’expérience et de faire des choix pour sa propre survie. La perte de sa famille devient un leitmotiv pour le pousser à sauver sa peau, à devenir un meilleur loup et à se créer son monde à lui.

L’écriture de ce roman et le choix de la narration sont parfaitement justes. L’histoire de Swift est touchante, intrigante, passionnante. Son histoire est pleine d’aventures, d’apprentissage et aussi de l’expérience de diverses émotions et états: la faim, la peur, le courage, l’amitié, l’entraide, le courage, la liberté.

J’ai énormément aimé cette histoire, qui devrait plaire assurément aux amoureux des loups et à ceux qui aiment la nature et l’aventure. Wander est un roman magnifique, qui s’inspire d’une histoire vraie, celle du loup gris Oregon 7 que les spécialistes ont pu étudier grâce à un collier GPS. Quelques notes en fin d’ouvrage nous informent de cette belle et véritable histoire.

Wander est aussi un roman d’aventure passionnant, qui se déroule dans des paysages majestueux, en Oregon et dans l’État de Washington, et nous permet de mieux comprendre la vie d’une meute de loups dans la nature.

« Le museau tourné en direction du soleil couchant, j’examine la prairie dans toute son immensité, ses hardes de wapitis, ses troupeaux de vaches et de moutons. Warm me rejoint. Il se roule en boule juste sous mon menton, ainsi, j’entends son cœur battre à l’unisson du mien. Je suis né sur ces terres. J’en adore chaque cours d’eau, chaque bosquet. »

Une lecture qui plaira tant aux jeunes qu’aux adultes. Si vous avez lu le livre Pax et le petit soldat ou même Robot sauvage, Wander est un peu dans le même genre, même si son sujet est différent.

À découvrir, assurément!

Wander, Rosanne Parry, éditions L’école des loisirs, 139 pages, 2019