Si près, si loin, les oies blanches

Si près si loin les oies blanchesTout au long de ce livre, deux pistes se croisent au fil des lieux, des époques et des saisons : celle des grandes oies blanches et celle des gens qui les ont admirées, convoitées. Sur la toile de fond des cycles naturels, la halte immémoriale des oies en bordure du Saint-Laurent devient ainsi le germe d’une réflexion sur les liens entre les humains et les animaux, sur le territoire et le vivre-ensemble, sur la liberté, la solidarité et la détermination. Si près, si loin, les oies semblent nous livrer un message… Dans leur sillage, s’ouvrent nos propres routes migratoires…

Cet essai de Gérald Baril est une vraie petite merveille. Ayant comme point de départ les oies blanches, l’auteur aborde une foule de sujets, nous parle de quantité de livres et nous raconte l’univers des oies et de ceux qui les ont observées et admirées.

« Que l’on soit scientifique, chasseur, artiste, amant de la nature ou simple témoin de leur passage saisonnier, la multitude des oies captent l’attention et frappe l’imagination. Ce temps d’arrêt, que nous intime la grandiose et fugitive présence des oies blanches, nous porte à méditer sur les rapports entre les humains et les animaux, sur le territoire et sur la notion de communauté. Si près et si loin de nous, les oies semblent nous livrer un message. »

Le livre est divisé en quatre grandes sections, qui couvrent le passage des saisons. Chaque moment de l’année amène son lot de découverte, de bonheurs. Toujours avec les oies en premier plan ou par moments, en toile de fonds. Ces oiseaux sont aussi l’occasion pour l’auteur d’aborder des sujets qui lui sont chers: la culture, l’art, la littérature, la gastronomie, la politique, la nature, les moments passés au chalet ou avec des amis, l’écriture, la chasse, l’environnement, la toponymie (le Village-aux-Oies par exemple, aujourd’hui complètement rasé), la science, la biologie, l’aménagement du territoire, son exploitation et sa protection. Le passage des grandes oies annonce le changement des saisons et a quelque chose de très émouvant.

Le livre est aussi une sorte de « voyage » pour suivre les oies. L’auteur nous parle de l’incontournable Baie-du-Febvre (si vous n’y êtes jamais allés, c’est un lieu fabuleux et impressionnant pour voir les oies), du Cap Tourmente et de l’Île Bylot. Il puise dans notre histoire, celle des premiers explorateurs d’autrefois et des scientifiques d’aujourd’hui, pour nous offrir un voyage passionnant à la découverte des oies blanches. Avec l’auteur, on suit les comportements des oiseaux, leur façon d’évoluer en groupe et de migrer vers des contrées plus propices pour la reproduction par exemple. On apprend beaucoup de choses sur le travail des chercheurs et le baguage des oies.

De nombreux chapitres sont consacrés aux Amérindiens et à leur relation avec les oies. On parle également de chasse et j’ai adoré le propos de l’auteur à ce sujet, sa façon de percevoir la chasse, les points qu’il apporte en sa faveur et son point de vue par rapport aux croisades qui ont brimé les droits des Premières nations. Il rejoint sur beaucoup de points ce que je pense de la chasse, de sa perception dans la société. La place des oies dans l’imaginaire des Inuits est très importante.

« Il fut un temps au Québec où personne n’aurait songé à blâmer la chasse, tellement l’activité était parfaitement intégrée dans les mœurs. Tous ne chassaient pas, mais beaucoup en profitaient. »

Cet essai raconte à la fois la biologie des oies, la façon dont elles sont nommées, leurs particularités alors qu’elles entreprennent de grandes traversées. Au-delà des détails plus techniques ou biologiques, le texte est empreint d’une belle sagesse, d’une délicatesse et de détails passionnants qui nous amènent sur la trace de la sauvagine. Revisiter l’influence des oies dans nos vies, s’imprégner de la nature et de ce qu’elle nous apporte et réfléchir à une foule de sujets allant du véganisme à la politique, apportent à l’essai une dimension humaine et très intéressante.

À la fin de chaque grand chapitre, l’auteur nous convie à une petite tranche de vie, à une réflexion plus intime, autour des sujets précédemment abordés. Les passages sont en italiques dans le livre et marquent une sorte de pause, J’ai beaucoup aimé. On a le sentiment de suivre d’un peu plus près l’auteur en plongeant dans son quotidien et ses pensées.

Les chapitres sont agréablement construits. Un repas entre amis autour d’une oie aux deux pommes peut être le début de longues réflexions sur la chasse par exemple, la gastronomie, le territoire. C’est à la fois convivial et intéressant, un peu comme si on y était. J’ai adoré cette atmosphère, qui rend l’essai beaucoup plus proche du lecteur et moins « didactique ». L’écriture est par moments presque poétique. C’est une petite merveille.

« Les refuges d’oiseaux migrateurs et tous les espaces protégés dans le but de maintenir la biodiversité sont éminemment précieux, mais ne doivent pas être seulement des fenêtres à travers lesquelles on imagine un monde disparu. Ils doivent être vus comme des avant-postes d’un monde à venir, plus respectueux des cycles naturels auxquels nous aussi, les humains, sommes partie prenante. »

On y retrouve de nombreuses références culturelles aux oies: dans les chansons de Félix Leclerc, dans la poésie de Félix-Antoine Savard, chez Gabrielle Roy. L’auteur m’a donné envie de (re)lire Robert Lalonde, Selma Lagerlöf, Jean Provencher, Sheila Watt-Cloutier (dont le livre Le droit au froid m’attend dans ma pile). Il m’a aussi donné envie de découvrir l’histoire de la Petite-ferme du cap Tourmente (lecture à venir très bientôt d’ailleurs!)

« Raconter, c’est un peu faire ses comptes. Les mots conter et compter ont une origine commune dans l’expression latine computare, « calculer ». Travail minutieux d’artisan, tant de fois avant moi reconduit. Et pourquoi raconter? Pourquoi ressasser ces choses d’un autre temps? Parce que c’est là une faculté de notre espèce, de faire que soient à nouveau les choses qui ne sont plus. »

Le retour des oies blanches est sans cesse un spectacle fascinant et impressionnant, qui revient chaque année pour mon plus grand bonheur. C’est donc avec un immense plaisir que je me suis plongée dans les mots de Gérald Baril. Un essai passionnant, tout en finesse. J’adore!

Vous aimez ce genre de livre? Je vous suggère aussi Hiver: cinq fenêtres sur une saison qui est construit un peu dans le même genre et nous apprend une foule de choses passionnantes!

Si près, si loin, les oies blanches, Gérald Baril, XYZ éditeur, 336 pages, 2020

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos

Les pieds dans la mousse de caribou la tete dans le cosmosChargé de ses cannes à pêche, Jean-Yves Soucy sillonne le Québec avec son épouse, en direction de la Côte-Nord. En chemin, il tombe en amour avec Baie-Trinité et sa Zec où il pourra taquiner la truite et peut-être pêcher enfin son premier saumon. Il installe sa roulotte sous les arbres du camping devant le fleuve, et y passe trois longs étés. C’est là qu’il mijote ce livre. Il prend abondamment de notes et de photos sur place, mais graduellement le récit qu’il envisageait se transforme, élargit son horizon et devient la réflexion approfondie d’un homme non seulement sur sa poursuite d’un poisson «légendaire», mais aussi sur l’intrication de sa vie personnelle à la Vie en général, sur la nature, sur l’histoire, sur la place dérisoire et pourtant centrale qu’il occupe dans l’Univers, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. Car l’être humain, en tant que «poussières d’étoiles», devient la matière qui se contemple elle-même.

Ce récit de Jean-Yves Soucy est un véritable bonheur de lecture! Le livre en lui-même est très beau. Le titre, déjà, est plein de promesses. C’est à la fois poétique et invitant. La couverture est sobre, simple, magnifique. Elle colle si bien à l’univers de l’auteur, malheureusement trop tôt disparu. Jean-Yves Soucy est décédé en 2017. Écrivant ce récit sous son titre de travail, L’été du saumon, il remet en question son contenu et sa forme, puis décide de séparer certaines parties. L’une deviendra Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos et l’autre, Waswanipi, un livre inachevé, paru cette année, qui est dans ma pile à lire.

Avec Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos je découvre le bonheur de lire la plume à la fois reposante, simple, instructive et touchante de Jean-Yves Soucy. Ses mots célèbrent le bonheur des petites choses, du quotidien, des découvertes. Même s’il fait le constat qu’il a vieillit, qu’il lui reste moins d’années devant lui, sa perception du monde et de la vie est réconfortante. C’est une lecture qui m’a fait beaucoup de bien, même si elle m’a profondément émue.

J’ai aimé la forme que prend ce livre, que je vois comme une sorte de collage, dont le point de départ est un long séjour à Baie-Trinité sur la Côte-Nord, pour pêcher dans une zec, une zone d’exploitation contrôlée qui permet à tous de profiter de la nature.

« Oui, je me sens chez moi à Baie-Trinité, comme dans toutes les régions dont Montréal est éloignée. Même si j’ai passé la moitié de ma vie dans la métropole, c’est l’autre moitié qui m’a le plus marqué… »

À travers les différents chapitres, Jean-Yves Soucy aborde toutes sortes de sujets. Si le thème principal demeure la nature, son propos se tourne aussi vers l’histoire, il raconte des anecdotes diverses, nous parle de la faune, de la flore, des champignons, de la pêche naturellement mais surtout, de la vie. Sa vie personnelle, la vie qu’il célèbre à travers sa façon d’en profiter, entre ses excursions, son travail d’écrivain et d’écriture, le quotidien avec sa compagne, ses petits-enfants et ses amis.

« Des amis se demandent comment Carole et moi pouvons habiter à deux dans seize pieds sur sept, sans nous gêner ni éprouver un sentiment d’étouffement. C’est mal nous connaître. Nous avons développé la capacité à être « seuls ensemble », c’est-à-dire à nous plonger dans le silence et la solitude tout en restant confinés dans un espace restreint. »

Plonger dans ce récit, c’est s’accorder une petite pause. C’est plonger dans une forme de quiétude réconfortante. Chaque fois que je revenais vers ses textes, j’éprouvais un sentiment de grand calme. L’auteur, sa façon d’être, invite à cela. Il y a naturellement des moments plus touchants, surtout lorsqu’on sait que l’auteur a perdu son combat contre le cancer. On sent dans ses écrits qu’il est conscient que la vie aura une fin, bientôt peut-être. Mais il n’y a rien de larmoyant dans ce livre. Jean-Yves Soucy célèbre la nature et partage avec nous des informations diverses et passionnantes.

Avec sa façon toute particulière et délicate de raconter ses découvertes, l’auteur nous amène à découvrir la géologie de son coin de pays, à nous parler d’histoire, d’oiseaux, d’ours, de champignons, de la vie dans la forêt qui s’entremêle et se connecte entre les différents organismes qui y vivent. Il raconte le bonheur d’être pêcheur, nous parle des poissons, de la biologie, de la botanique, des rivières, de généalogie, de science, de ses rencontres avec toutes sortes de gens avec qui il prend le temps de discuter. Pour lui, l’histoire de chaque personne compte énormément.

« À présent, les yeux rivés à leur téléphone intelligent, les gens se promènent tête basse, inconscients de leur environnement, bernés par l’illusion de communiquer avec la planète entière. Le progrès technologique devrait nous faire gagner du temps, nous ouvrir au monde; trop souvent, hélas, il isole dans une solitude plus grande encore. Chacun émet, mais qui réceptionne, qui écoute vraiment? »

Je me suis souvent retrouvée dans les mots de Jean-Yves Soucy. Je me suis sentie proche de lui à travers sa vision du monde et sa façon de s’intéresser à tout ce qui l’entoure. C’est un raconteur paisible, qui sait nous emporter et qu’on écoute avec intérêt.

« Ce moment de fulgurance lorsqu’on trouve chez un autre une pensée qui nous va comme un gant, qu’on portait sans jamais l’avoir exprimée. »

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos est avant tout un livre qui parle de la vie. C’est le récit d’un écrivain passionné qui a gardé l’émerveillement d’un petit garçon. À découvrir, assurément!

Les pieds dans la mousse de caribou, la tête dans le cosmos, Jean-Yves Soucy, éditions XYZ, 244 pages, 2018

En vol

En volAux commandes d’un antique Cessna, un jeune naturaliste téméraire et un pilote vétéran de la Seconde Guerre mondiale décident de suivre la migration d’un faucon pèlerin à travers l’Amérique. Ce périple inédit les entraînera du golfe du Mexique aux confins de l’Arctique et ne manquera pas de mettre leur vie en danger : après avoir dérobé du matériel militaire, s’être fait arrêter par la police et menacer par des trafiquants de drogue, les deux hommes ne reviendront pas indemnes de leur épopée.

J’ai lu ce livre pour la première fois il y a 12 ans, un récit que j’avais eu beaucoup de difficulté à emprunter, puisque l’éditeur à l’époque, débutait et n’était pas toujours très présent en bibliothèque ou en librairie. Heureusement, les choses ont changées depuis. J’ai toujours gardé un fabuleux souvenir de ce livre. Je l’avais adoré. J’attendais une nouvelle réédition de ce titre depuis très longtemps. J’étais heureuse quand Gallmeister a annoncé une réédition dans sa très belle collection Totem. J’avais hâte de pouvoir me replonger dedans.

En vol est définitivement un livre trop peu connu. L’histoire racontée par Alan Tennant me semble souvent confinée à être « un récit en avion pour suivre des faucons ». Alors que c’est beaucoup plus que cela. En vol est un plaidoyer pour la nature, pour ouvrir les consciences et permettre aux gens de réaliser à quel point le monde est précieux, infiniment grand, et qu’il va beaucoup plus loin que ce que nous connaissons autour de nous.

« Un royaume de nobles, de serfs et de sorciers, un royaume antique où l’arrivée annuelle des faucons depuis les étendues glacées au-delà du monde connu avait tant marqué les hommes, toujours penchés sur leurs champs, qu’ils baptisèrent cet oiseau d’un nom de vagabond: pèlerin. »

Alan Tennant raconte dans ce très beau récit, l’histoire de deux hommes qui décident de suivre la migration d’un faucon pèlerin à travers l’Amérique. Alan est fasciné par la nature. Enseignant, naturaliste, grand voyageur et guide d’expédition, il fait la rencontre de George Vose, un pilote de CESSNA et ancien pilote de combat, un vrai de vrai, qui en a vu de toutes sortes. Ils travaillent ensemble sur un projet de l’armée sur la surveillance des faucons pèlerins. Leur rêve: en suivre un, pour vrai, en avion. Il faut vous rappeler que ce livre a été écrit avant que la technologie permette de suivre sur de longues distances les faucons. Alan veut en suivre un. George sait piloter. Le premier réussit à convaincre le second de se joindre à lui. À deux, ils vont s’envoler sur la trace des faucons pèlerins et de leur migration.

Récit de voyage et de nature writing qui se lit comme un véritable roman d’aventure, En vol nous permet de suivre les découvertes et les déboires des deux hommes qui font face à toutes sortes d’obstacles pendant leur périple. Le livre est construit en trois parties: Padre Island, En vol et La baie de Mexico. Nous suivons les premiers essais des hommes pour capturer un faucon et lui installer un petit émetteur. Vient ensuite le voyage extraordinaire dans les airs pour suivre le vol des oiseaux de proie. Finalement la dernière partie se déroule au sud des Etats-Unis et en Amérique du Sud, sur les traces de faucons arrivant au bout de leur migration. Ce voyage, plein de péripéties fabuleuses et incroyable, est un témoignage fascinant sur le travail qui a été fait par Alan et George pour mieux connaître la migration des faucons.

« Même s’ils permettent des avancées spectaculaires dans la connaissance des déplacements planétaires des faucons migrateurs, les satellites ne vous disent pas ce qui se passe sur le terrain – ils ne vous montrent pas ce qu’un jeune de l’année un peu désemparé ou un adulte expérimenté voit jour après jours, quel temps il fait, et quelle sensation provoque le vent qui glisse sur son corps chez quelqu’un qui voyage en sa compagnie. »

Leur départ ne se fait pas forcément dans les règles de l’art. À bord d’un vieil avion souvent en panne, qui donne de grands moments de frousse à Alan, le duo vivra au rythme des sons de l’émetteur qui leur permet de suivre les faucons. D’abord Amelia, nommée en l’honneur d’Amelia Earhart la célèbre aviatrice, puis Anukiat, Gorda et Delgada. Ils observent leur migration, traversent des tempêtes effrayantes, se posent parfois en catastrophe sur des pistes qui leur réserve bien des surprises, tout en espérant ne pas perdre le signal de leurs faucons. Il y a quelque chose de très fort et d’émouvant dans leur voyage, qui se place en position d’égalité, dans le ciel, avec les oiseaux de proie. Toucher du bout des ailes ce qui échappe au commun des mortels me fascine beaucoup. Ce périple en est aussi un pour mieux comprendre la nature et percer le mystère de ce qui arrive aux faucons pendant leur migration.

Alan nous raconte d’autres expériences en parallèle à son voyage avec George. Ses histoires nous permettent de comprendre un peu mieux l’homme qu’il est. Il nous partage plusieurs réflexions sur l’écologie et la nature, la place des bêtes dans l’écosystème, des anecdotes qu’il a vécu, parfois rigolotes ou terrifiantes, ses rencontres avec des ours par exemple ou encore son triste constat sur ce que l’humain fait subir à la nature qui nous entoure. Il y est question de destruction, de pollution, d’écologie et de la vie elle-même, aussi forte et incroyable qu’elle peut l’être, malgré tout.

« Sans compagnon, guidée seulement par la mémoire ancestrale qu’elle portait en elle, notre vaillante petite pèlerine était en train de jouer son destin. L’immensité vitale de l’entreprise dans laquelle cette minuscule tache, là-bas, s’était engagée avec détermination, avait de quoi nous rendre très humble. »

Outre les oiseaux, En vol parle de façon générale d’écologie et de la nature. Il nous parle d’histoire, de biologie, de paléontologie, de la météorologie, des tempêtes, il aborde également la pollution par l’homme, qu’elle soit en lien avec le pétrole ou les produits chimiques comme le DDT ou bien les pesticides. Il nous fait réaliser à quel point ce que l’humain fait à un bout du monde peut avoir un impact significatif à son opposé. Le monde bouge, il est en mouvement. Les espèces se promènent d’un endroit à l’autre. Un faucon pèlerin peut, par exemple, rapporter avec lui en Alaska des produits chimiques ingérés en Amérique du Sud.

L’auteur nous parle aussi de plusieurs initiatives pour réintroduire des espèces disparues d’un environnement donné ou pour soigner des espèces menacées. Fasciné par tout ce qui est animal et végétal, Alan Tennant est aussi un chasseur d’ouragan. Avec lui et George, on a l’impression de voyager. De vivre pendant un moment, un peu de l’Alaska jusqu’aux Tropiques, en passant par les grandes forêts, les prairies et les canyons. En vol est un récit qui nous fait côtoyer le danger et les merveilles de la nature. C’est un récit sensible et touchant sur la grandeur du monde.

« Je comprenais une fois encore que le véritable rêve, c’est nous qui l’avions eu. La vision selon laquelle en rejoignant l’antique voyage des pèlerins nous pourrions d’une façon ou d’une autre faire partie de ce qu’Edward Abbey appelait l’héroïsme et la grandeur de la vie… »

En vol est plus qu’une simple histoire de faucon et d’aviation. C’est un récit écologique, un constat sur la nature et sur sa complexité, en plus d’être un récit de voyage absolument unique, qui nous amène à découvrir l’Amérique d’un bout à l’autre, vu des airs. Un livre qui mérite d’être lu et relu tant il est fascinant. Découvrez-le, si la nature et l’aventure vous intéresse. C’est un livre passionnant, touchant et instructif. À lire de toute urgence!

En vol, Alan Tennant, éditions Gallmeister, 480 pages, 2019

Winterkill

winterkillFin décembre, tombée de la nuit, énorme tempête de neige annoncée sur le massif des Bighorn. Le garde-chasse Joe Pickett a garé son 4×4 en lisière de la forêt et surveille un troupeau de wapitis lorsque les premiers coups de feu retentissent. Très vite c’est le massacre, les animaux tombant sous les balles les uns après les autres. Beretta en main, Joe s’approche du tueur et, stupéfait, s’aperçoit qu’il s’agit de Lamar Gardiner, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest. Il l’arrête, mais celui-ci réussit à s’enfuir. Pas pour longtemps : quelques instants plus tard, Joe le retrouve sauvagement assassiné. Mais par qui ? Déjà difficile, l’enquête devient carrément impossible lorsqu’un groupe de marginaux, les Citoyens souverains, vient s’installer dans les montagnes, ajoutant à la confusion… et à la violence.

Winterkill est le troisième tome des aventures du garde-chasse Joe Pickett. Cette nouvelle histoire est très intense au niveau de l’action, des émotions et des événements qui s’y déroulent. L’histoire débute alors que c’est l’hiver dans le Wyoming.

« Une tempête de neige était annoncée sur le massif des Bighorn. C’était la fin décembre, quatre jours avant Noël, dernière semaine de la saison de chasse aux wapitis. »

Joe Pickett est témoin d’une scène particulièrement difficile et gratuite, le superviseur du district pour la Twelve Sleep National Forest abat des wapitis les uns après les autres. Quand il l’intercepte, l’homme s’évade puis se fait tuer.

« Tandis que la tempête s’abattait sur la région, Joe se retrouva sans renfort, sans contact radio et avec le cadavre du superviseur de la Twelve Sleep National Forest sur les bras. »

Ce qui devient complexe c’est que plusieurs différentes juridictions s’intéressent à ce crime. Le shérif, l’Office des forêts, dont la fameuse Mélinda Strickand, une femme terrifiante par ses capacités à prendre des décisions dangereuses pour tout le monde, toujours en ne pensant qu’à elle et sa carrière.

« -Melinda Strickland, cette cinglée, n’a même pas voulu discuter et attendre samedi, vous savez pourquoi? Parce qu’elle ne voulait pas bosser pendant le week-end! Elle ne tue les gens que pendant les heures ouvrables! »

Une femme qui fait des ravages partout où elle passe. La journaliste qui l’accompagne est tout aussi inquiétante, tant son admiration sans borne pour Strickland lui fait perdre la raison. Entre la présence de ces deux femmes, la congrégation de survivalistes qui cachent des secrets, l’arrivée de plusieurs caravanes et un second crime, Joe est débordé de travail et le voilà une fois encore, impliqué dans une enquête pour meurtre.

Il est difficile pour Joe de voir à quel point tout ce qui se déroule devant ses yeux est très loin de l’idée qu’il se fait de la justice. Il n’a jamais eu une très bonne opinion du système judiciaire, mais cette affaire – ou plutôt ces affaires – ne font qu’empirer son opinion sur la façon dont la justice est rendue.

L’autre événement perturbant pour Joe et sa famille, c’est le retour dans la région de Jeannie Keeley. Si vous avez lu les tomes précédents, ce personnage vous rappellera quelque chose. Le mari de Jeannie avait été tué et la famille de Joe a accueillit April, la fillette de cette femme. Ils tentent de l’adopter depuis le départ de Jeannie de la région, mais son retour complique énormément les choses. D’autant plus que cette femme vit maintenant avec un groupe, les « Citoyens souverains », qui vient de s’installer sur un ancien terrain de camping de la région, ce qui ne fait pas l’affaire des autorités. Une « guerre » différents départements commence à se faire ressentir…

« Comment était-il possible que les survivants, les criminels, les complices, les sympathisants et les victimes d’événements parmi les plus tragiques des États-Unis aient pu se regrouper et décider de s’installer dans sa montagne à lui? Et que parmi eux se trouve Jeannie Keeley, venue récupérer April? »

Ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs, de Joe ou de quiconque tente de mettre de l’ordre dans ce qui se déroule, c’est la quantité de neige que la région ne cesse de recevoir. Les difficultés pour se déplacer son accrues et la neige rend compliqué la recherche d’indices. Malgré tout, on imagine facilement les magnifiques paysages dans lesquels évolue Joe et les autres personnages.

« La blancheur éclatante de la lumière l’éblouit un instant. Il eut une impression de vertige. Il n’y avait plus ni ciel, ni prairie, ni arbres, ni montagnes. Seulement du blanc opaque. »

Dans ce roman, j’ai adoré la présence du personnage de Nate Romanowski. Un homme particulier, qui n’hésite pas à se faire justice si besoin est, mais qui est tout de même très attachant. Victime du système, vivant en marge de la société, son travail comme fauconnier est fascinant. J’aime quand C. J. Box met en scène de tels personnages. Ils ne sont ni blancs ni noirs, toujours un peu en bordure de la loi, mais tellement intéressants!

« …ce Romanowski était un drôle de type – une espèce de reclus qui utilisait un arc et des flèches pour tuer le gibier dont il se nourrissait et qui élevait des oiseaux de proie pour la chasse. Joe venait de se rappeler où il avait entendu ce nom. Romanowski lui avait envoyé une demande de permis de chasse au faucon. C’était la première fois qu’il recevait une telle requête depuis qu’il exerçait son métier. »

Romanowski a bien saisi le genre de personnage qu’est Joe Pickett et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs il lui demande son aide.

Comme toujours, les romans de C. J. Box sont intéressants pour le cadre naturel qu’ils mettent en scène. On en apprend toujours un peu plus sur le travail de Joe et sur la façon dont les liens se tissent et se rompent entre les différentes autorités de la région: les citoyens, le garde-chasse, le bureau du shérif, l’Office des Forêts, les forces de l’ordre.

Winterkill est un roman enneigé et assez triste. Il se passe énormément d’action, peut-être un peu trop pour les capacités de gestion de Joe Pickett et certains événements sont déplorables. Je me demande comment sa petite famille et son couple survivront à tout cela. À voir, avec le prochain tome!

Voici mon avis sur les autres tomes de la série du garde-chasse Joe Pickett:

  1. Détonations rapprochées
  2. La Mort au fond du canyon

Winterkill, C. J. Box, éditions du Seuil, 386 pages, 2005

La Mort au fond du canyon

mort au fond du canyon«Au troisième jour de leur lune de miel, Stewie Woods, écolo activiste à la notoriété douteuse, et son épouse, Annabel Bellotti, cloutaient des arbres dans la forêt nationale des Bighorn lorsqu’une vache explosa et les mit en pièces. Jusque-là, leur union avait été sans nuages.» Ainsi commence ce deuxième roman de C. J. Box. 
Humour, certes, mais la situation est grave. Un sénateur est étranglé à Washington après avoir, semble-t-il, reçu une visite galante, un avocat de l’Oregon périssant, lui, dans l’incendie de sa maison. Etc., etc., pourrait-on dire, jusqu’au jour où Joe Pickett, le garde-chasse qui a accompagné le shérif sur le lieu du premier drame y revient, intrigué par certains détails troublants. Tout devient alors très compliqué… et terriblement dangereux. 

Je poursuis ma relecture des aventures du garde-chasse Joe Pickett avec ce second volet: La mort au fond du canyon. Cette histoire est assez explosive et être garde-chasse au Wyoming n’est visiblement pas de tout repos si on en croit les aventures que Joe vit depuis deux romans. Ce tranquille père de famille est toujours en quête de justice et sa détermination met parfois sa vie en danger.

Avec cette deuxième histoire (qui peut aussi se lire indépendamment de la première si le thème vous interpelle plus), on plonge dans une guerre qui date de Mathusalem entre de riches propriétaires terriens et des éleveurs de bétail. Il faut remonter dans l’histoire pour en comprendre toute la portée, ce que fait Marybeth, la femme de Joe, qui est bibliothécaire. Son mari de son côté, met son nez partout et se retrouve rapidement en mauvaise posture quand Marybeth commence à recevoir des coups de téléphone… d’outre-tombe.

Ce roman débute avec l’explosion d’une vache, dans la Targhee National Forest. L’image est marquante et annonce le début d’une enquête complexe, puisqu’elle met en scène plusieurs personnages et joue dans des domaines délicats: soit l’écoterrorisme. One Globe, un groupe écolo d’activiste a pour insigne deux clés à molette, hommage à Edward Abbey. C’est un groupe écologiste qui n’hésite pas à faire des gestes marqués et à aller très loin dans leurs demandes.

« Joe n’avait évidemment aucune expérience pour ce qui était de notifier à un éleveur que ses vaches avaient explosé – sans compter que, présenté comme ça, c’était passablement ridicule. »

On apprend plusieurs choses sur le travail de Joe Pickett et sur la façon dont les groupes, qu’ils soient écologistes ou représentent des propriétaires terriens, sont gérés dans l’ombre. Les magouilles ne sont jamais vraiment loin. On fait aussi la rencontre de deux personnages terrifiants: le Vieux et Charlie, un duo qui sème sur son passage quantité de cadavres. On dirait des missionnaires sanguinaires en guerre contre les écologistes. Chaque groupe n’hésite pas à se battre pour ses convictions et à aller très très loin. Joe Pickett étant en quelque sorte coincé au milieu, tente de dénouer les fils de son enquête.

« -Vous autres, reprit-il, ce sont les idées qui vous plaisent; par exemple celle de réintroduire les loups. Vous vous sentez mieux. D’accord pour dire que, dans l’ensemble, c’est bénéfique. Seulement voilà: vous n’aimez pas trop regarder comment ça se passe quand ces nobles idées se concrétisent dans la réalité, pas vrai? »

L’histoire est par moments assez étonnante et prenante. Entre les riches propriétaires terriens qui font la pluie et le beau temps avec leurs contacts au gouvernement, les écologistes qui clament haut et fort qu’il faut sauver la nature à tout prix, les éleveurs de bétail qui ne veulent pas perdre leur travail, il se passe beaucoup de frictions entre les différents groupes. L’auteur en profite pour soulever des questions écologiques intéressantes, par l’entremise de son personnage Joe Pickett, un homme droit qui tente de faire appliquer la loi et d’être le plus juste possible.

J’aime énormément le cadre des romans de C.J. Box. La nature est omniprésente, avec la description de magnifiques paysages et de nature. Des parcs aux canyons, en passant par les animaux qui y vivent, Joe Pickett est amoureux de ces grands espaces autant que semble l’être son créateur. Le personnage, tout autant que ses aventures, sont à la fois passionnantes et inspirantes. La violence des crimes est contrebalancée par la richesse et la beauté des lieux.

Quant à l’histoire, il faut la lire pour savoir ce qu’il advient de la guerre entre les écolos et les propriétaires terriens, ainsi qu’avec les associations comme One Globe et le Stockman’s Trust, dont l’étrange histoire remonte à très loin… Un très bon roman d’enquête dont le cadre est exceptionnel et qui devient rapidement une chasse à l’homme où chacun se bat pour sauver sa peau.

Une petite parenthèse: je trouve les romans de C.J. Box visuellement très intéressants. Il est facile de s’imaginer les lieux et les personnages. Chaque fois, je me fais la réflexion que ce serait tout à fait le genre de livres qui se transposeraient bien à l’écran. Peut-être un jour aurons-nous la chance de voir Joe Pickett en chair et en os!

Je poursuis avec la troisième aventure du garde-chasse, pour qui je me prend de plus en plus d’affection.

La Mort au fond du canyon, C. J. Box, éditions du Seuil, 304 pages, 2004