Le Clan de la rivière sauvage t.1: L’Œil du serpent

Dans le petit village de Saint-Isidore, la vie est tranquille. Un peu trop d’ailleurs pour le jeune Zaki, qui rêve de vivre en vrai les aventures qu’il trouve dans les livres. Jusqu’au jour où Anacharsis, Grand Conteur itinérant, arrive et raconte aux habitants une histoire de pirates. Lorsque Zaki et son copain Choco apprennent que le vieil homme va repartir sans achever son récit, ils décident d’en découvrir la fin par eux-mêmes. Ils s’introduisent alors dans la chambre du conteur pour lire son gigantesque recueil, et sont surpris par cette peste de Mélie et sa petite sœur Loulou. Les quatre enfants sont loin d’imaginer le pouvoir du livre qu’ils vont feuilleter, ou les convoitises qu’il peut attirer…

J’ai eu envie de découvrir Le clan de la rivière sauvage depuis que ce livre a été finaliste au Prix des libraires jeunesse, dans la catégorie bande dessinée hors Québec. Le résumé me parlait bien aussi: une histoire d’aventure et de livre très spécial. J’avais donc beaucoup d’attentes en le commençant.

Cette bande dessinée est le premier tome d’une série qui, je suppose, aura une suite éventuellement. Je l’espère bien puisque l’histoire s’y prête parfaitement. Je pense que la mise en place de cet univers particulier et magique pourrait donner de bien belles autres histoires à venir. Alors, qu’est-ce que Le clan de la rivière sauvage? C’est un improbable trio constitué de Zaki, Choco et Amélia, qui rêve d’aventures et d’histoires de pirates. Leur envie de vivre des choses extraordinaires est exacerbée lorsque le trio reçoit dans son patelin, d’étrange et fascinants personnages.

« Je me demande d’ailleurs ce qu’on attend… Qu’est-ce qui nous empêche d’aller de l’autre côté de la rivière et de partir à l’aventure là maintenant? »

Le Grand Conteur est de passage dans la ville et c’est tout un événement! Les trois enfants assistent à l’histoire qu’il leur raconte. Mais un étrange personnage, qu’ils ont croisé en forêt, fait son apparition à l’hôtel où séjourne le Grand Conteur. C’est alors que les enfants découvrent l’existence du Répertoire, un livre unique (et magique) qui va mener le trio dans une des plus grandes aventures qui soit!

J’ai beaucoup aimé l’histoire de cette bande dessinée. L’intrigue est fascinante et donne naturellement envie d’en savoir plus. On aurait presque le goût nous aussi de mettre la main sur le Répertoire! Au début, cependant, entre les différentes histoires racontées par les personnages, je n’étais pas trop certaine de la construction de l’intrigue. Elle me semble peut-être un peu mélangeante pour des enfants. Mais de mon côté, j’ai vraiment apprécié ce qui se cache derrière le Répertoire et toute l’histoire autour du Grand Conteur. C’est inventif et assez intéressant pour quiconque croit au pouvoir des livres!

En ce qui concerne le dessin, j’ai mis un temps à m’y habituer. Je suis moins sensible à ce style, je crois. Certains personnages sont plus attractifs que d’autres également. Par contre, les couleurs sont franches et bien présentes et j’ai aimé cet aspect. Cette bande dessinée, c’est un peu le début d’une aventure, qui met en avant la force de l’imaginaire, le pouvoir des mots et des histoires chez les humains. 

La fin de cet album laisse forcément présager une suite. Je suis très curieuse de voir comment cette histoire de livre magique sera menée. Je lirai le deuxième tome quand il sera disponible. J’ai hâte! 

Le Clan de la rivière sauvage t.1: L’Œil du serpent, Régis Hautière, Renaud Dillies, éditions de la Gouttière, 88 pages, 2021 

Stranger Things Runaway Max

Qui est Max Mayfield? – Quand on s’est installés à Hawkins, j’étais convaincue que c’était le genre d’endroit où rien n’arrivait jamais. Et pour moi, jusqu’ici les monstres étaient des hommes, comme mon demi-frère Billy… Mais ce soir, la créature que j’essaie d’arrêter vient d’ailleurs, d’une autre dimension. Je suis bien décidée à en finir avec elle, et avec tous les autres monstres. Une bonne fois pour toutes…

J’aime toujours beaucoup découvrir les livres inspirés de la série Stranger Things et les romans officiels. J’ai donc décidé de sortir de ma pile à lire Stranger Things Runaway Max, un roman dans l’univers de la série qui met en vedette le personnage de Max Mayfield, arrivée dans la seconde saison. Au fil de la série, elle prend de plus en plus de place et elle a un rôle très important dans la quatrième saison sortie il y a peu. C’est un personnage que j’aime beaucoup, justement parce qu’elle a du caractère. C’était donc le bon moment de lire ce roman.

Alors, qu’est-ce que j’en ai finalement pensé? J’ai plutôt bien aimé cette lecture, ça se lit facilement. L’idée de me replonger dans l’univers de Max, à son arrivée à Hawkins, me plaisait bien. J’ai aimé ce que j’ai découvert sur elle, même si je trouve que ça ne va pas assez loin à mon goût. Cependant, comme c’est un roman officiel, Max est fidèle au personnage de la série et à ce qu’on peut imaginer d’elle avant Hawkins, avant les monstres et avant que Billy fasse partie de sa famille. On y retrouve aussi des clins d’œil à l’époque où se déroule Stranger Things, soit les années 80: Radio Shack, Terminator au cinéma, les bornes de jeux vidéo et les arcades.

« Les films d’horreur racontaient tous que les monstres pouvaient être vaincus… et les suites, qu’ils revenaient toujours. »

Ce livre a été une lecture sympathique mais loin d’être incontournable. Contrairement aux autres romans de la série que j’ai lu, celui-ci n’apporte pas beaucoup de nouvelles choses. Il se déroule avant et pendant la saison 2 de la série. On apprend des choses sur la vie de Max avant Hawkins, des choses sur son père, sur la dynamique familiale difficile après la séparation de ses parents et le mariage de sa mère avec Neil, qui a amené dans son sillage le violent et terrifiant Billy… On apprend des choses sur le meilleur ami de Max, Nate et sur ses autres amis avec qui elle faisait du skate avant de déménager. Dans son « ancienne vie » ses meilleurs amis étaient aussi un groupe de garçons. On découvre à quel point Neil, son beau-père, est aussi effrayant que son fils et pourquoi Max a fait quelques tentatives de fugue…

« J’avais été une vraie idiote de croire que ma famille pouvait me protéger. Je connaissais la vérité maintenant. Le monde était un endroit immense et chaotique, et j’y étais seule, toute seule. »

Autrement, la seconde partie du roman est une réécriture en accéléré des événements de la saison 2 vécus par Max et racontés de son point de vue. C’était agréable à lire, mais j’aurais aimé que ça pousse un peu plus loin dans la découverte du personnage, surtout que j’ai toujours beaucoup aimé Max. L’aspect le plus intéressant du roman est ce que l’on apprend de sa vie avant Hawkins.

Une bonne lecture donc, un plaisir pour les fans de la série, mais ce n’est pas une lecture marquante. 

Stranger Things Runaway Max, Brenna Yovanoff, éditions Hachette, 306 pages, 2019

Mort et déterré t.3: Les derniers jours d’un zombie

Yan Faucher, 13 ans, est un ado qui se fait accidentellement poignarder par un dealer. Un an après son inhumation, il se réveille et arrive à quitter son cercueil. Il décide de mener une double quête : retrouver son assassin et reconstruire sa famille en pleine décomposition depuis son décès. Avec l’aide de son pote Nico, un fan d’histoires de zombies, et d’Alice, une amie spécialiste en maquillage secrètement éprise de lui, Yan va mener l’enquête et retrouver sa famille. Mais Yan a peu de temps pour arranger ses histoires de famille car son assassin a tué Alice, et Yan n’a plus qu’une obsession : ramener son amoureuse à la vie !

J’attendais ce troisième tome avec grande impatience! Aussitôt reçu, aussitôt lu! Cette série est vraiment sympathique et elle réécrit à sa façon les codes des histoires de zombies. Yan est un personnage très attachant et c’est toujours avec grand plaisir qu’on suit ses aventures rocambolesques.

 » Si j’avais su que la mort serait aussi épuisante, je serait resté dans ma tombe! »

Dans ce troisième tome, on retrouve Yan alors qu’il déambule dans notre monde. Sorti de sa tombe dans le premier tome, il a vécu toutes sortes d’aventures, certaines plus éprouvantes que d’autres, et il va enfin retrouver sa famille. Malheureusement, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes depuis qu’il est mort. Sa mère voit quelqu’un d’autre, son père boit, ses parents vont se séparer et sa famille se disloque de tous les côtés. Depuis son décès, tout va mal pour eux. Ils n’arrivent plus à être une vraie famille.

Parallèlement, Yan tente de sauver Alice, son amie décédée des mains du même assassin que lui. Si lui-même est revenu à la vie, Alice le pourrait aussi, non? C’est ce qu’il tente d’accomplir. Mais Yan est un mort-vivant vraiment malchanceux: la police lui en veut constamment, il fait la une des nouvelles avec ses mésaventures et il en perd littéralement la tête! Les événements aussi drôles qu’absurdes s’enchaînent pour lui, pour notre plus grand plaisir.

Cette série est un vrai plaisir à découvrir avec plusieurs bons gags de zombies, beaucoup d’humour et des personnages très attachants qu’on aime beaucoup suivre d’un livre à l’autre. J’ai même l’impression que c’est meilleur à chaque fois!

« -C’est pas si amusant que ça, d’être allongée dans un cercueil.
-En effet, c’est très surévalué comme expérience. »

Sur le dessus de l’album, c’est indiqué qu’il s’agit de la finale de la trilogie. MAIS! À la toute fin c’est indiqué « Fin du premier cycle ». La fin étant ouverte, on peut donc espérer d’autres aventures! J’en suis bien contente et j’ai très hâte car j’espère bien suivre Yan encore un petit moment. J’adore les histoires de zombies, mais je les aime encore plus quand les auteurs mêlent beaucoup d’humour à tout cela. Je trouve que le sujet s’y prête bien et c’est le cas ici. Cette série est vraiment un pur plaisir!

Mon avis sur les autres tomes:

Mort et déterré t.3: Les derniers jours d’un zombie, Jocelyn Boisvert, Pascal Colpron, édition Dupuis, 56 pages, 2022

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

J’ai lu Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers pour la première fois en 2015. J’avais adoré ce livre qui m’avait énormément touchée. Depuis, j’ai lu aussi L’insaisissable logique de ma vie toujours de Benjamin Alire Sáenz. Cet auteur est l’un de mes écrivains pour la jeunesse préféré. Il réussit à aborder des sujets graves avec une certaine tendresse et ses personnages sont attachants. Mais surtout, il écrit de façon intelligente. J’avoue que j’ai parfois un peu de mal avec le langage de cour d’école dans les romans pour ados. Benjamin Alire Sáenz s’adresse aux jeunes (et aux moins jeunes) avec un discours intelligent tout en restant ancré dans le quotidien de ce que ces adolescents peuvent vivre. Avec la sortie du second tome d’Aristote et Dante, et le film qui est en post-production, c’était le moment parfait pour le relire.

Aristote et Dante débute en 1987. C’est un vrai roman d’été, même s’il se déroule sur une plus longue période. C’est un livre plein de souvenirs pour moi, du temps où l’on passait nos vacances dehors (ou à la piscine). Ces moments d’insouciance et de questionnement, entre les amis, les petits emplois saisonniers, les jeux et la quête de soi-même. J’adore ce roman et je sais que je le relirai encore éventuellement.

Aristote rencontre Dante à la piscine, par une chaude journée d’été. Ari s’ennuie et il n’a pas d’amis. Dante lui apprendra à nager. Ils deviennent rapidement très proches. Aristote est un garçon en colère, qui parle peu, comme son père revenu de la guerre marqué par ce qu’il a vu.

« Le problème, c’est que ma vie était l’idée de quelqu’un d’autre. »

Leur relation n’est pas facile et Ari se pose énormément de questions. Surtout qu’il est le plus jeune de sa fratrie, avec un bon écart entre son frère et ses sœurs. Ari a d’ailleurs un frère en prison dont on ne parle pas. C’est un fantôme qui n’existe plus, il a été effacé de l’histoire familiale. Ari vit cette absence de relation de façon très pénible. C’est lui-même qui nous raconte son quotidien et son histoire. Il a quinze ans à l’été où il rencontre Dante.

« J’étais donc le fils d’un homme qui portait tout le Vietnam en lui. J’avais de quoi m’apitoyer sur mon sort. Et avoir quinze ans n’aidait pas. Parfois, je me disais qu’avois quinze ans était la pire tragédie qui soit. »

Dante est le fils d’un prof de littérature. C’est un garçon étrange, qui porte aussi un prénom particulier, comme Aristote. Il parle avec des mots qu’Ari ne comprend pas toujours et lit plein de classiques, qu’il finit par partager avec son ami, qui lui les partage avec son père. C’est leur façon de se parler, par livres interposés. Dante adore ses parents. Il partage une belle complicité avec son père. C’est un garçon sensible, qui pleure facilement, qui aime les oiseaux et les animaux (et veut les sauver).

Pendant l’année qui suivra, Aristote et Dante vont essayer de grandir tout en restant amis. Il y aura beaucoup d’événements et de changements dans leurs vies. Il y a aussi Legs, le chien d’Ari que les deux garçons adorent, et ce camion rouge qu’il apprend à conduire et avec lequel il va dans le désert, dans son endroit préféré, regarder les étoiles. Avec Dante, parfois.

Tous les deux, ils partagent quelque chose de si grand que ça changera toute leur vie. Ensemble, ils vont tenter de comprendre les secrets de l’univers.

J’aime définitivement énormément cet auteur. Cette relecture n’a fait que le confirmer. J’ai lu le livre en trois heures, d’une traite. Retrouver Aristote et Dante était un vrai plaisir. L’auteur a une façon de raconter qui me touche droit au cœur. Ses romans sont beaux, intelligents. Je ne peux que vous les conseiller. Chaque fois c’est un merveilleux moment de lecture!

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 368 pages, 2015

La Baleine bibliothèque

Quelque part entre les eaux du roman graphique et celles du livre jeunesse, Zidrou et Judith Vanistendael nous entraînent dans le ventre d’une baleine qui abrite une bibliothèque. Et nous narrent sa rencontre avec un postier maritime qui aime les histoires qui finissent bien. Une ode à la lecture sensible et poétique qui nous raconte la vie, la mort et l’éternité. Et touchera tous les amoureux des belles lettres. Lesquelles finissent toujours par arriver à bon port.

J’ai découvert ce livre par hasard. Naturellement, c’est le titre qui m’a attirée. Difficile de passer à côté d’un livre qui parle de bibliothèque et de baleine. Le titre et les illustrations avaient tout pour me séduire et j’ai tellement adoré cette lecture que je ne peux que vous la conseiller!

Le narrateur est facteur auprès de la poste maritime. Il doit laisser son amoureuse, enceinte, quand il part au large pour travailler. Leurs retrouvailles sont toujours de tendres moments, plein de douceur et d’amour. Alors qu’il est en mer, le narrateur rencontre par accident une baleine avec qui il se lie d’amitié. Elle cache un trésor en elle: une immense bibliothèque. Elle lui offre alors de lui prêter un livre, puis un autre…

J’ai adoré cet ouvrage, entre le roman graphique, l’album et la bd. C’est un livre que je vais conserver précieusement et relire à l’occasion. Les illustrations à l’aquarelle et aux crayons de couleur sont magnifiques, vivantes et elles transmettent une foule d’émotions.

« On apprend à raconter des histoires comme on apprend à nager. Pour ne pas se noyer. »

C’est un livre pour les adultes, avec un format qu’on aimait enfant. J’adore quand on nous offre un livre qui n’entre pas dans les cases. Malgré le format, je suggère cette lecture plus pour les adultes et les ados. Ce n’est pas un album pour les petits.

La baleine bibliothèque est un très beau livre qui se lit comme un conte, qui parle de l’amour, de la vie, de la mort aussi puisque ça fait partie de notre existence. C’est un livre qui parle des histoires que l’on raconte et qu’on lit, mais surtout de la beauté de les transmettre. Une histoire sur les bibliothèques, leurs richesses et surtout des livres qu’on se doit, comme lecteurs, de partager et de faire découvrir autour de nous.

« Pour une lettre, partir n’est rien. Pour un homme, partir est tout. »

Une lecture vraiment belle et touchante. Un petit bijou!

La Baleine bibliothèque, Judith Vanistendael & Zidrou, éditions Le Lombard, 80 pages, 2021