L’Odyssée des neiges

odyssée des neigesJeune joueur de hockey talentueux, Théo Marchand n’aspire à rien de moins qu’à une carrière dans la Ligue nationale. La tête un peu enflée, rien ne peut arrêter cet adolescent d’Ottawa jusqu’à ce qu’un grave accident mette un frein à son rêve. Les mauvaises nouvelles se succèdent dans sa vie. Ses parents se séparent et il déménage avec sa mère à Sudbury. C’est là qu’il dénichera une vieille motoneige ayant appartenu à sa grand-mère. Avec l’aide de ses nouveaux amis, Alexis et Sophie, Théo finira par la remettre en marche. Une fois l’hiver arrivé, les adolescents s’inscriront à une grande course, l’Odyssée des neiges, qui les mènera à parcourir un long circuit dans le nord de l’Ontario. La compétition sera parsemée d’embûches. Les émotions seront vives.

L’Odyssée des neiges est un roman pour ados, qui m’a attirée à cause de cette grande course de motoneige dont il est question dans le résumé. L’histoire peut se diviser virtuellement en deux parties. Dans la première, nous suivons Théo, un jeune hockeyeur très talentueux, mais doté d’une forte tête. Il est bien souvent convaincu que sans lui, l’équipe ne fonctionnerait pas. L’esprit d’équipe ce n’est pas son point fort.

Sa vie se résume au hockey. C’est ce qui est le plus important pour lui. Il a aussi la chance de jouer avec son meilleur ami, Tyler. Les deux jeunes progressent ensemble depuis des années. Les choses changent le jour de l’accident. Il tombe durement sur la glace, il est victime d’une commotion et sa moelle épinière est légèrement touchée. Il se retrouve d’abord alité, obligé de faire de la réadaptation, puis de marcher avec des béquilles. C’est un coup dur pour Théo qui passait le plus clair de son temps sur des patins!

Cette première partie du roman raconte tous les changements survenus dans la vie du jeune joueur, de sa blessure à son découragement, en passant par l’éclatement de sa famille et son déménagement. Il choisira de s’exiler pour repartir à neuf.

La seconde partie du livre s’intéresse particulièrement à la grande course de motoneige. Le périple est captivant et met en valeur le nord de l’Ontario. C’est l’occasion pour Théo de se faire des amis et de s’intéresser à autre chose qu’à lui-même et ses problèmes. Cette course en motoneige, il faut la préparer. Il y a près de 1000 kilomètres à parcourir et plusieurs photos à rapporter pour prouver le passage de chaque équipe aux différentes étapes. C’est l’occasion de travailler en équipe pour y arriver, de faire des compromis et de réaliser à quel point l’amitié est précieuse.

Il y a de très beaux personnages dans ce roman. Tout d’abord, l’auteur brosse le portrait de deux femmes fortes, la grand-mère de Théo âgée de 81 ans, maniaque de motoneige et avide de vitesse, alors que son mari lui, préférais le calme du ski de fond! C’est grâce à elle que les jeunes pourrons participer à L’Odyssée des neiges. Cette grand-mère est tout simplement géniale et attachante. Le personnage de Sophie est aussi atypique. Cette jeune fille veut travailler en médecine sportive et est une pro… de la mécanique! Ce sont de beaux modèles féminins. J’ai aussi apprécié Alexis, qui est à l’origine d’une foule d’émotions pour le lecteur et Tyler, qui vit avec ses deux pères. Même s’il ne s’agit pas du sujet du roman, je trouve ça fantastique d’avoir des personnages comme ceux-là.

Plusieurs thématiques sont aussi abordées en filigrane: l’éclatement d’une famille, les relations entre différentes générations, le sport, la maladie, la mort, l’amitié, l’amour, la dépression et les crises d’anxiété. L’écriture est simple, cependant j’ai trouvé que la première partie manquait un peu d’émotion. L’auteur en revanche se reprend grandement dans la seconde partie!

Le roman de Pierre-Luc Bélanger est une belle histoire, portée par des personnages fort intéressants. C’est une lecture qui devrait plaire aux jeunes (et moins jeunes!) intéressés par le sport et par les épreuves d’envergure comme L’Odyssée des neiges.

Une belle lecture!

L’Odyssée des neiges, Pierre-Luc Bélanger, Les Éditions David, 188 pages, 2018

 

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Trouver les mots

trouver les motsElle n’a plus envie de parler. Il n’a jamais su communiquer. Ensemble, ils vont s’aider.
Le jour où Kit Lowell, l’amour secret de sa vie, s’assoit à sa table de cantine, David est bouleversé. Il comprend que c’est le moment ou jamais de démarrer une conversation. Mais quoi de plus difficile pour un garçon solitaire, qui ne comprend rien aux conventions sociales ? Kit, elle, cherchait un endroit où on la laisserait enfin tranquille, après la mort de son père. Elle est loin de se douter de ce qu’elle va trouver en posant son plateau à côté de celui de David…

David souffre du syndrome d’Asperger, un trouble du spectre de l’autisme. Kit a perdu son père dans un accident de voiture et vit un deuil très douloureux pour de nombreuses raisons que l’on découvrira au fil des pages. David a du mal à vivre en société. Il est maladroit, ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui et parle rarement. Il est toujours seul à sa table à la cafétéria (depuis 622 jours précisément), avec son casque d’écoute sur les oreilles. Dans la vie, il ne dit que la vérité. Il ne comprend pas bien le concept de mensonge. Il dit les choses comme elles sont, même si parfois c’est rude. Kit en a assez des mensonges, des secrets et que tout le monde marche sur des œufs en parlant de la mort de son père. Elle souffre tellement qu’elle n’a plus envie de parler. Ses amies l’étourdissent et elle les fuit. Elle fuit tout le monde. David est donc le compagnon de tablée tout trouvé pour elle. C’est la raison pour laquelle, un beau midi, elle vient s’asseoir à sa table. Ce petit geste aura une très grande incidence sur les deux adolescents.

Le titre Trouver les mots fait à la fois référence à la façon pour Kit d’exprimer sa douleur et à David qui doit souvent chercher ses mots pour communiquer avec les autres. C’est aussi une façon de démontrer qu’ensemble, ils n’ont pas besoin de chercher les mots pour se parler. Le silence n’est pas gênant entre eux. Le roman met en relation un duo improbable. Kit est pourtant moins superficielle qu’elle n’en a l’air et David s’avère de meilleure compagnie qu’il n’y paraît. Leur relation, qui commence par quelques dîners partagés dans une cafétéria bondée va se transformer en amitié et en quelque chose de plus fort.

« Pourquoi faut-il que j’avance dans la vie en ne voyant qu’une partie du tableau, alors que tous les autres ont une vue d’ensemble? »

Le roman est écrit en donnant en alternance la parole à chacun des deux personnages. Avec eux, nous vivons les problèmes inhérents à la vie adolescente au secondaire. L’intimidation, la difficulté d’être différent des autres, la marginalité, les problèmes des réseaux sociaux. Chacun des adolescents doit gérer ses propres problèmes. Kit par rapport à la mort de son père et à la lourde charge des sentiments qu’elle peut ressentir. Heureusement, Kit a sa mère pour comprendre son deuil, avec qui elle partage une relation intéressante. Pas toujours facile, mais les mots échangés avec elle par exemple sont souvent plein d’esprit.

« À l’enterrement, quatre personnes ont eu le culot de me dire que mon père nous avait quittés pour un monde meilleur. Comme si se faire enterrer six pieds sous terre revenait à partir en vacances aux Caraïbes. Encore plus gonflé: les collègues de mon père ont osé dire qu’il était trop bon pour la vie ici-bas. Si on prend ne serait-ce qu’une seconde pour réfléchir, cette phrase ne veut RIEN dire. Seuls les méchants ont le droit de vivre, alors? C’est pour ça que je suis encore là? »

David lui, essaie de ne pas trop se faire remarquer et de gérer au mieux sa différence dans une école où il s’ennuie à mourir et où les gens le traitent de taré et de toutes sortes d’autres insultes. David a sa sœur, Lauren, qui l’aide à mieux comprendre la vie en société. Ils ont établi une liste de « personnes de confiance » et d’autres « de qui il faut se méfier ». Ça permet à David de savoir vers qui se tourner pour ne pas trop souffrir. La relation de David avec sa sœur m’a fait penser à la série Atypical (Atypique) que j’aime bien. Il ne saisit pas toujours  bien les émotions et les choses à dire. Lauren l’aide à ne pas perdre pied, même s’il est souvent décalé par rapport aux autres.

« Soudain, je comprends qu’il est tout à fait possible, voire vraisemblable, que j’aie vécu les deux plus belles minutes vingt-neuf secondes de toute ma vie pendant que Kit, elle, pleurait. »

Le roman nous permet de suivre le parcours des deux adolescents et de mieux les comprendre. Aux côtés de Kit, c’est le difficile thème du deuil et de la culpabilité qui est abordé, alors qu’avec David, c’est la différence et l’intimidation. David est d’autant plus attachant qu’il est maladroit. À son contact, Kit sort peu à peu de sa bulle et commence à se confier à lui. Ensemble, ils essaieront de régler le « dossier accident ». Non sans heurts…

J’ai lu ce livre en très peu de temps. C’est un roman très adolescent, mais dont les personnages nous accompagnent complètement tout au long de l’histoire. J’ai aimé cette alternance des deux voix, celle de Kit et celle de David, à tour de rôle. David est sans doute le personnage auquel on s’attache le plus. Sa différence le rend particulièrement intéressant et c’est aussi ce qui plaira à Kit. C’est également cet aspect qui apporte beaucoup d’humour à l’histoire, tant les réflexions de David sonnent parfois si justes, même si elles sont socialement moins appréciées ou acceptables. Son souci du détail et la clarté dont il a besoin au quotidien pour toutes les petites choses qui semblent anodines aux autres, apportent un plus à l’histoire. Kit, elle, changera considérablement à son contact et fera face à certaines choses qu’il était plus « facile » d’enfouir pour ne pas y réfléchir.

« À quel moment a-t-on décidé que ces gens-là seraient nos amis? Et si on prenait le temps de sympathiser avec des élèves d’autres groupes genre artistes ou théâtreux, si on sortait des schémas établis et qu’on ravalait nos stupides étiquettes, quelles découvertes ferait-on? »

Trouver les mots est une histoire sensible, triste et drôle. Même si ce roman n’est pas parfait, avec certains clichés sur l’adolescence, il aborde des thèmes importants et se lit avec grand plaisir. Une bien jolie lecture!

Trouver les mots, Julie Buxbaum, éditions Pocket jeunesse, 368 pages, 2018

Neiges rouges

neiges rougesSoupçonnant un trafic de stupéfiants, le poste de la Sûreté du Québec de Nottaway dépêche Vincent Parent et son partenaire Antoine Lemay au domicile d’Anna Wabanonik, dont le dossier criminel est vierge. Mais à leur arrivée, l’Autochtone et Kanti, sa fille de quatorze ans, surprennent les policiers en s’enfuyant en raquettes à travers les forêts enneigées.
À la suite d’une pénible poursuite – le froid est mordant et les agents sont mal chaussés –, le drame survient : sans l’ombre d’un geste menaçant de la part d’Anna, Lemay pointe une arme sur elle et l’abat. Horrifié, Parent, qui a remarqué que le revolver utilisé n’est pas le Glock de service de son collègue, exige des explications. « Écoute, Vincent. J’ai une femme, j’ai deux beaux p’tits gars… Y’est pas question qu’une guidoune vienne scraper ça », lance-t-il en redirigeant son arme vers Parent. 
Une semaine plus tard, Vincent Parent, qui a été plus rapide – et précis ! – que Lemay, se remet de ses blessures. Or, si l’enquête menée par le sergent-détective Jean-Pierre Vadeboncœur, du Service de police de la Ville de Montréal, confirme qu’il a agi en situation de légitime défense, deux questions monopolisent son esprit : que signifient les dernières paroles de Lemay, et où diable, en plein hiver, a pu se réfugier la jeune Kanti, dont on a perdu la trace depuis la mort tragique de sa mère ?

Neiges rouges est un très bon roman, lu en à peine quelques heures. Je m’attendais à un simple roman d’enquête mais en fait, c’est beaucoup plus que ça. Il faut dire que j’ai déjà lu quelques livres de François Lévesque et chaque fois, c’est un plaisir de lecture, peu importe le genre dans lequel il évolue. Qu’il s’agisse de ses nouvelles ou ses romans, je pense à L’esprit de la meute (fantastique), En attendant Russell (un roman « hors genre » sur l’intimidation) ou Neiges rouges (policier), l’auteur se renouvelle et crée toujours un univers accrocheur et différent. Avant de le commencer, j’étais assurée que ce serait une excellente lecture. Et ça l’est!

Neiges rouges se présente tout d’abord sous forme d’enquête policière. On retrouve deux personnages rencontré dans Une maison de fumée, Vincent Parent et Dominic Chartier. Je n’ai pas lu ce roman, qui semble s’attarder sur l’enfance de Dominic et la rencontre des deux amis, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier énormément Neiges rouges. On peut le lire sans problème, même si on n’a pas lu l’autre roman.

Dans cette nouvelle enquête, Vincent et son partenaire Lemay suivent les traces d’une femme autochtone et sa fille, Kanti. La traque se transforme en cauchemar. Lemay meurt, Vincent doit se remettre de ses blessures.

« T’es comme mon frère…
Une fraction de seconde.
Une fraction de seconde au cours de laquelle Vincent plongea son regard dans celui d’un homme qu’il croyait jusque-là connaître et qu’il aimait, oui, comme s’il s’était agi de son propre frère.
Une fraction de seconde terrible à l’issue de laquelle il comprit qu’il n’avait aucune idée de qui était son partenaire. »

Dominic, son bon ami va venir passer du temps avec lui. Les deux sont policiers, les deux s’entendent très bien. Leur amitié a quelque chose d’amusant et de surprenant à la fois et ça fonctionne à merveille. On s’attache à eux et à leur franc parler. Pendant la convalescence de Vincent, ils vont pêcher, parlent de chasse, se cuisinent de bons petits plats. Sauf qu’en arrière-plan, l’enquête tente d’évoluer quand même. Officieusement, Vincent et Dominic vont chercher un peu de leur côté pour faire avancer les choses…

L’enquête est toujours là, en toile de fond. D’autres éléments criminels s’ajoutent à l’histoire et on avance doucement dans sa résolution au fil des pages. Sauf que l’aspect intéressant de ce roman n’est pas seulement son enquête. Ce sont ses personnages. Vincent et Dominic sont liés par une belle amitié qui nous les rend vraiment attachants. Il y a beaucoup d’humour dans leurs échanges et de blagues entre eux. Vincent doit se remettre de sa blessure. Sa convalescence ne se passe pas au mieux et il fait des rêves plus vrais que nature. Avec Dominic et l’enquête qui suit son cours, même leurs moments tranquilles n’en sont pas réellement…

« Des profondeurs de la forêt, un vent faible mais constant charriait tantôt le bruit d’un pic-bois affairé à percer un tronc, tantôt le craquement solitaire d’un arbre blessé par le froid. Il y avait quelque chose de sinistre et de beau dans cette désolation sylvestre; sauvage, mais pur. »

La nature est très présente dans le roman, qui se passe « dans l’nord », dans un petit village où Vincent s’est acheté une maison à l’écart, pour avoir la paix. Il chasse, pêche, fait de la motoneige. Il vit seul, ce que lui reproche un peu Dominic. Le passé des deux personnages est abordé dans le livre: l’enfance difficile de Dominic qui tente de se reconstruire et de bâtir une nouvelle relation avec une fille restée en ville, et l’homosexualité de Vincent qui l’a conduit à couper les ponts avec sa famille. Il y a de très beaux passages, touchants, sur ce qu’ils ont vécus.

En parallèle, l’enquête met au jour de lourds secrets et des crimes terribles. Entre la présence de la jeune Kanti, toujours en fuite, et les indices qu’elle laisse volontairement derrière elle, l’enquête prend une ampleur que les deux policiers ne soupçonnaient pas. L’histoire est d’actualité puisqu’elle aborde le pouvoir des figures d’autorité et les abus des blancs sur les femmes amérindiennes. Une choquante réalité.

« Elle lui enseignerait ce qu’elle savait.
Ce que sa mère à elle lui avait enseigné. 
Transmettre.
Et continuer d’exister. »

Un excellent roman, comme toujours, lorsqu’on lit François Lévesque. Il m’a permit de découvrir l’improbable amitié de Vincent et Dominic. J’espère qu’il y aura d’autres enquêtes les mettant en scène et je me pencherai assurément sur Une maison de fumée qui pourrait être très intéressant à découvrir.

C’est l’hiver, on ne manque certainement pas de neige en ce moment. Neiges rouges est donc un roman parfait à lire en cette période de l’année. On passe un excellent moment. Le mélange d’humour et d’enquête policière est justement dosé. Les personnages sont des plus sympathiques. Une belle découverte!

Neiges rouges, François Lévesque, éditions Alire, 269 pages, 2018

Sur ma liste

sur ma listeDepuis qu’elle a quitté son Danemark natal, Clara voyage là où l’envie la pousse. C’est ainsi qu’elle fait étape à Yulethorpe. Le petit village anglais est en plein émoi : on est à l’approche de Noël, et la boutique de jouets menace de fermer. Une catastrophe pour les habitants et les enfants… Touchée par le désarroi ambiant, Clara décide de redonner vie au magasin. Petit à petit, par la grâce de son art du bonheur à la danoise, elle transforme le quotidien des uns et des autres. C’en est trop pour Joe, le fils de la propriétaire de la boutique, financier londonien, radicalement différent de Clara, qui débarque à Yulethorpe avec l’idée de démasquer cette « aventurière » et de « remettre de l’ordre »…

J’ai acheté ce livre pour sa couverture. Je la trouvais vraiment jolie et le résumé me plaisait bien. Mais c’est la découverte du titre en anglais, The Hygge Holiday, qui m’a convaincue. Le hygge, c’est un concept qui me parle! Bougies, lainages, ambiance chaleureuse, éclairage, thé, vin, lecture, se blottir au coin du feu, se prélasser dans un bain chaud, être pleinement conscient du moment présent, toutes sortes de choses qui rendent la vie plus douce… et que l’on retrouve naturellement dans ce roman, qui me fait penser aux films de Noël que l’on regarde à la télé en cette période de l’année.

L’histoire est celle de Clara, qui n’a pour tout bagage qu’un sac à dos. Elle fait halte à Yulethorpe, dans un pub, où elle rencontre d’une étrange façon la propriétaire d’un magasin de jouets qui s’apprête à fermer ses portes. Clara se retrouve aux commandes d’un lieu poussiéreux, dans un village charmant mais complètement déserté. Le commerce en ligne a fait des ravages, les petites boutiques ont toutes fermées leurs portes. Ne reste que le pub où aller noyer sa peine.

Mais Clara fait des merveilles avec le magasin de jouets. Elle fait des merveilles avec l’ancien appartement de la propriétaire. Elle fait des merveilles dans un village où elle suscite à la fois l’amitié et l’envie, la méfiance et la crainte. C’est une étrangère et on se demande bien pourquoi elle est si gentille. Clara est danoise et elle applique le principe du hygge partout où elle passe. À son contact, les gens sourient un peu plus, l’atmosphère devient plus légère.

J’ai adoré retrouver du hygge plein les pages dans ce roman douillet. Les personnages sont sympathiques et ceux qui ne le sont pas, changent peu à peu leur vision des choses. Le principe de vie de Clara me rejoint beaucoup: travailler moins pour avoir une vie plus calme, profiter de tous les petits plaisirs, cultiver la bienveillance et la gentillesse, sourire, s’offrir des petits moments de détente. Je me suis retrouvée dans son personnage, qui a connu une vie bien différente avant… et dans le fait qu’elle n’a pas de téléphone cellulaire.

« Il essuya une saleté sur sa manche tandis que Clara s’arrêtait encore pour contempler le paysage. Que faisait-elle à la fin? Comment pouvait-on flâner de la sorte? Franchement qui, aujourd’hui, avait le temps de traîner ainsi, d’aller sentir les fleurs et de soupirer en enjambant des clôtures? »

Le roman est aussi rempli d’humour. Comme cette scène rigolote où Clara et son amie Lauren se « mettent au sport » en regardant un DVD d’aérobie, tout en mangeant du pop corn et en buvant du vin, bien assises dans un fauteuil confortable. Ou ce sacré perroquet qui regarde bien trop la télé et pousse en hurlant toutes sortes de répliques issues d’émissions, de Star Wars à South Park, bien souvent à des moments totalement incongrus ou carrément gênants!

Il y a de beaux passages aussi, sur les souvenirs, la vie folle que la société nous pousse à mener et le fait de prendre son temps. La nature, la beauté des petites choses et des moments passés avec des gens qu’on apprécie sont au centre du roman. Le bonheur de s’émerveiller aussi. Ça reste une romance et c’est plutôt léger, mais avec juste ce qu’il faut de moments « cosy » et d’humour pour en faire une lecture agréable et divertissante.

Sur ma liste cependant, porte vraiment mal son titre en français. Je me suis demandée tout le long de ma lecture de quelle liste on parlait… Je ne comprend pas ce choix pour la traduction française. J’aurais préféré quelque chose qui fasse allusion au hygge, qui est un peu le but du roman. Mis à part ce petit bémol et une traduction un peu trop « à la française » par moments (surtout au niveau des dialogues), c’est un livre que j’ai beaucoup aimé. L’ambiance très chaleureuse des lieux m’a semblé parfaite pour cette période de l’année. Le livre se déroule un peu avant Noël. Même s’il n’est pas vraiment question de l’atmosphère fébrile du temps des Fêtes mais plutôt de l’ambiance que l’on peut créer grâce au hygge, lire ce livre pendant les vacances était parfait! C’est plus un livre d’hiver qu’un livre de Noël.

Si une petite romance assez chaleureuse à l’ambiance sympathique vous intéresse, c’est un bien joli livre que nous offre Rosie Blake. Bienveillant, à l’humour très présent et aux personnages attachants. Une petite touche de hygge peut changer bien des choses! Allumez une bougie, faites-vous un thé ou un chocolat, sortez une couverture bien chaude et plongez-vous dans cette lecture qui fait du bien.

Sur ma liste, Rosie Blake, éditions J’ai lu, 317 pages, 2018

Flocons d’amour

flocons d'amourUne terrible tempête, un train bloqué dans la neige. Gracetown : tous les voyageurs descendent ! Gracetown, bourgade perdue au milieu de nulle part… Pourtant Jed, Jubilé, et les autres vont y vivre le réveillon le plus insolite de leur vie. Dans un café bondé de pom-pom girls ou au détour d’une route enneigée, les rencontres inattendues se multiplient. Les couples se font, se défont et se refondent…

J’ai lu ce roman pour la première fois il y a quelques années déjà et je l’ai tout de suite adopté. C’est devenu mon roman de Noël préféré que je relis chaque année ou presque. Je me garde un moment dans les préparatifs des Fêtes pour le relire, avec un bon thé ou un chocolat chaud. Je sais à l’avance que lorsque je me replongerai dedans, j’y retrouverai une atmosphère enneigée, une envie irrésistible de manger des gaufres et boire des cafés de Noël et que je m’amuserai beaucoup. J’aime énormément ce roman pour le plaisir de lecture qu’il m’apporte chaque année et pour son ambiance festive et rigolote.

Alors, qu’est-ce qui me plaît tant dans ce roman? Flocons d’amour est écrit par trois auteurs reconnus pour la jeunesse: John Green, Lauren Myracle et Maureen Johnson. Le roman est séparé en trois parties, qui mettent l’emphase sur certains personnages. L’univers est le même pour toutes les histoires et partent du même événement majeur, soit une immense tempête de neige qui bloque tout et qui a occasionné un accident de train. Les personnages se croisent et se recroisent dans chacune des histoires et chaque événement a des répercussions que l’on retrouve aussi dans les autres partie. La construction est fluide et vraiment intéressante de ce côté-là.

Chaque histoire offre une ambiance de Noël enneigée, remplie de toutes ces petites choses qui font les souvenirs les plus plaisants du temps des Fêtes. Chaque histoire est aussi une histoire d’amour, mais pas une romance classique au sens où on l’entend. C’est plutôt une histoire d’amour mignonne, née de plusieurs événements et petites difficultés.

L’aspect le plus fort de ce roman à trois voix est pour moi l’humour qui est très présent dans les trois histoires. Il y a plein de moments rocambolesques et impossibles qui sont vraiment drôles: ce restaurant rempli de pom-pom girls qui s’appellent toutes Amber et Madison; les parents en prison pour avoir fait partie d’une émeute pour se procurer des maisonnettes d’un village de Noël (!), la course pour un jeu Twister dans une tempête de neige impossible; JP en habit de neige en pilou (qui heureusement pour ses parents n’est pas mort attifé de cette façon); un p’tit cochon nommé Gabriel dans une tasse du Starbucks; Monsieur Alu… et j’en passe! Chaque fois ces passages me font sourire, quand je ne ris pas franchement. Les dialogues sont rigolos, les personnages très attachants. J’aime particulièrement Stuart, Le Duc et Jeb, mais tous les autres ont un petit quelque chose d’intéressant.

Le roman contient ces trois histoires, qui n’en forment finalement qu’une seule:

  • Le Jubilé Express (Maureen Johnson)
  • Un miracle de Noël à pompons (John Green)
  • Le Saint patron des cochons (Lauren Myracle)

Le ton est léger, tout en abordant des thématiques plus importantes: l’amitié, la générosité, l’égocentrisme, les relations amoureuses, l’identité de genre, la différence, la famille. L’humour de ces auteurs fonctionne parfaitement avec moi. Plusieurs phrases sont devenues des moments clés de ma relecture annuelle qui me font chaque fois bien rire. J’aime aussi cette forme de tendresse qu’ont les auteurs envers leurs personnages qui, même s’ils vivent des choses difficiles, n’en sont pas moins humains (et touchants). C’est parfait en cette période de l’année.

J’ai suggéré plusieurs fois ce titre à des amies qui ont un sens de l’humour semblable au mien et chaque fois, ça a bien fonctionné. Cette histoire les a fait rire et passer un excellent moment de lecture pendant le temps des Fêtes.

Le seul bémol que j’ai en rapport à ce livre, c’est son titre en français! Sérieusement… on aurait pu faire mieux sur ce coup-là! Le titre anglais, Let it snow, est beaucoup plus parlant (petit clin d’œil à ce titre sur ma photo). Au moins, la nouvelle édition française a laissé de côté sa couverture avec un cœur pour une couverture plus représentative de l’esprit du livre: des flocons de neige!

On peut se réjouir aussi de savoir que les droits cinématographiques de ce livre ont été repris par Netflix après avoir traîné un bon moment dans les tiroirs d’Universal. Le tournage devrait commencer en janvier 2019! Inutile de vous dire que j’ai très très très hâte!

En attendant, vous pouvez découvrir le livre, qui vous fera assurément passer un excellent moment!

Flocons d’amour, John Green, Maureen Johnson, Lauren Myracle, éditions Hachette, 345 pages, 2010