Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

J’ai lu Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers pour la première fois en 2015. J’avais adoré ce livre qui m’avait énormément touchée. Depuis, j’ai lu aussi L’insaisissable logique de ma vie toujours de Benjamin Alire Sáenz. Cet auteur est l’un de mes écrivains pour la jeunesse préféré. Il réussit à aborder des sujets graves avec une certaine tendresse et ses personnages sont attachants. Mais surtout, il écrit de façon intelligente. J’avoue que j’ai parfois un peu de mal avec le langage de cour d’école dans les romans pour ados. Benjamin Alire Sáenz s’adresse aux jeunes (et aux moins jeunes) avec un discours intelligent tout en restant ancré dans le quotidien de ce que ces adolescents peuvent vivre. Avec la sortie du second tome d’Aristote et Dante, et le film qui est en post-production, c’était le moment parfait pour le relire.

Aristote et Dante débute en 1987. C’est un vrai roman d’été, même s’il se déroule sur une plus longue période. C’est un livre plein de souvenirs pour moi, du temps où l’on passait nos vacances dehors (ou à la piscine). Ces moments d’insouciance et de questionnement, entre les amis, les petits emplois saisonniers, les jeux et la quête de soi-même. J’adore ce roman et je sais que je le relirai encore éventuellement.

Aristote rencontre Dante à la piscine, par une chaude journée d’été. Ari s’ennuie et il n’a pas d’amis. Dante lui apprendra à nager. Ils deviennent rapidement très proches. Aristote est un garçon en colère, qui parle peu, comme son père revenu de la guerre marqué par ce qu’il a vu.

« Le problème, c’est que ma vie était l’idée de quelqu’un d’autre. »

Leur relation n’est pas facile et Ari se pose énormément de questions. Surtout qu’il est le plus jeune de sa fratrie, avec un bon écart entre son frère et ses sœurs. Ari a d’ailleurs un frère en prison dont on ne parle pas. C’est un fantôme qui n’existe plus, il a été effacé de l’histoire familiale. Ari vit cette absence de relation de façon très pénible. C’est lui-même qui nous raconte son quotidien et son histoire. Il a quinze ans à l’été où il rencontre Dante.

« J’étais donc le fils d’un homme qui portait tout le Vietnam en lui. J’avais de quoi m’apitoyer sur mon sort. Et avoir quinze ans n’aidait pas. Parfois, je me disais qu’avois quinze ans était la pire tragédie qui soit. »

Dante est le fils d’un prof de littérature. C’est un garçon étrange, qui porte aussi un prénom particulier, comme Aristote. Il parle avec des mots qu’Ari ne comprend pas toujours et lit plein de classiques, qu’il finit par partager avec son ami, qui lui les partage avec son père. C’est leur façon de se parler, par livres interposés. Dante adore ses parents. Il partage une belle complicité avec son père. C’est un garçon sensible, qui pleure facilement, qui aime les oiseaux et les animaux (et veut les sauver).

Pendant l’année qui suivra, Aristote et Dante vont essayer de grandir tout en restant amis. Il y aura beaucoup d’événements et de changements dans leurs vies. Il y a aussi Legs, le chien d’Ari que les deux garçons adorent, et ce camion rouge qu’il apprend à conduire et avec lequel il va dans le désert, dans son endroit préféré, regarder les étoiles. Avec Dante, parfois.

Tous les deux, ils partagent quelque chose de si grand que ça changera toute leur vie. Ensemble, ils vont tenter de comprendre les secrets de l’univers.

J’aime définitivement énormément cet auteur. Cette relecture n’a fait que le confirmer. J’ai lu le livre en trois heures, d’une traite. Retrouver Aristote et Dante était un vrai plaisir. L’auteur a une façon de raconter qui me touche droit au cœur. Ses romans sont beaux, intelligents. Je ne peux que vous les conseiller. Chaque fois c’est un merveilleux moment de lecture!

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 368 pages, 2015

La Baleine bibliothèque

Quelque part entre les eaux du roman graphique et celles du livre jeunesse, Zidrou et Judith Vanistendael nous entraînent dans le ventre d’une baleine qui abrite une bibliothèque. Et nous narrent sa rencontre avec un postier maritime qui aime les histoires qui finissent bien. Une ode à la lecture sensible et poétique qui nous raconte la vie, la mort et l’éternité. Et touchera tous les amoureux des belles lettres. Lesquelles finissent toujours par arriver à bon port.

J’ai découvert ce livre par hasard. Naturellement, c’est le titre qui m’a attirée. Difficile de passer à côté d’un livre qui parle de bibliothèque et de baleine. Le titre et les illustrations avaient tout pour me séduire et j’ai tellement adoré cette lecture que je ne peux que vous la conseiller!

Le narrateur est facteur auprès de la poste maritime. Il doit laisser son amoureuse, enceinte, quand il part au large pour travailler. Leurs retrouvailles sont toujours de tendres moments, plein de douceur et d’amour. Alors qu’il est en mer, le narrateur rencontre par accident une baleine avec qui il se lie d’amitié. Elle cache un trésor en elle: une immense bibliothèque. Elle lui offre alors de lui prêter un livre, puis un autre…

J’ai adoré cet ouvrage, entre le roman graphique, l’album et la bd. C’est un livre que je vais conserver précieusement et relire à l’occasion. Les illustrations à l’aquarelle et aux crayons de couleur sont magnifiques, vivantes et elles transmettent une foule d’émotions.

« On apprend à raconter des histoires comme on apprend à nager. Pour ne pas se noyer. »

C’est un livre pour les adultes, avec un format qu’on aimait enfant. J’adore quand on nous offre un livre qui n’entre pas dans les cases. Malgré le format, je suggère cette lecture plus pour les adultes et les ados. Ce n’est pas un album pour les petits.

La baleine bibliothèque est un très beau livre qui se lit comme un conte, qui parle de l’amour, de la vie, de la mort aussi puisque ça fait partie de notre existence. C’est un livre qui parle des histoires que l’on raconte et qu’on lit, mais surtout de la beauté de les transmettre. Une histoire sur les bibliothèques, leurs richesses et surtout des livres qu’on se doit, comme lecteurs, de partager et de faire découvrir autour de nous.

« Pour une lettre, partir n’est rien. Pour un homme, partir est tout. »

Une lecture vraiment belle et touchante. Un petit bijou!

La Baleine bibliothèque, Judith Vanistendael & Zidrou, éditions Le Lombard, 80 pages, 2021

Middlewest t.3: Résilience

Kidnappés et exploités par Nicolas Raider dans ses champs d’ethol, Abel, Bobby et les dizaines d’autres enfants retenus avec eux tentent de survivre dans cet environnement toxique où le moindre geste malheureux peut leur être fatal. Abel aimerait tellement pouvoir revenir en arrière et retrouver le doux foyer du clan Hurst. Si seulement il n’avait pas tout gâché en laissant sa colère prendre le dessus… Mais l’heure n’est plus aux regrets. Il lui faut désormais aller de l’avant. Et s’il veut enfin faire la paix avec lui-même et envisager son avenir sous un jour plus serein, il va lui falloir affronter une fois pour toute les démons de son passé.

Ce troisième tome de Middlewest complète la trilogie créée par Skottie Young et Jorge Corona. J’ai beaucoup aimé cette histoire, tant le scénario et les personnages, que le dessin. Middlewest est l’histoire touchante d’un père et de son fils, brisés par un pouvoir appelé « cœur d’orage ».

Dans ce dernier tome, Abel, Bobby et d’autres enfants ont été enlevés et sont forcés de travailler dans une ferme où ils s’occupent de l’éthol, des plants hautement inflammables et dangereux. Ils sont traités à la dure, comme une main d’œuvre facile et bon marché. Jusqu’à ce qu’Abel tombe dans les bonnes Grâces du propriétaire qui lui offre alors une « promotion »…

« Le labeur, c’est la clé du bonheur. »

De leur côté, les forains rencontrés dans les autres tomes sont à la recherche d’Abel et de Bobby. Ils devront faire face à de nombreux obstacles, mais ils ont la population de leur côté. Beaucoup de gens ont perdu un fils ou une fille aux mains du fermier aux pratiques douteuses. Quant au père d’Abel, il se déplace à grande vitesse, semant tempête et orage sur son passage. Il est toujours en quête de son fils. Dans ce troisième tome, la menace provient de toutes parts et les enfants sont en grave danger.

« Je pense seulement que deux vieux croûtons, un renard, un corbeau et un robot construit par une enfant ont peu de chances de prendre d’assaut la forteresse de Raider. »

Ce livre termine bien la trilogie. Je crois cependant que le deuxième tome était mon préféré. Cette trilogie est pleine de belles qualités et exploitent des trouvailles intéressantes, autant au niveau des personnages que du monde particulier où ils évoluent. J’ai bien aimé ce tome aussi, qui est en quelque sorte un combat entre le bien et le mal, entre père et fils. La scène finale est bien touchante!

Une trilogie qui a été une très bonne lecture. Je suis toujours sous le charme des dessins et de l’imaginaire entourant le monde de Middlewest. Visuellement, c’est magnifique et l’histoire est bien prenante. Young et Corona sont des auteurs que je relirai assurément si j’en ai l’occasion. J’ai beaucoup aimé leur collaboration sur cette histoire originale. 

Mon avis sur les autres tomes de Middlewest:

Middlewest t.3: Résilience, Skottie Young, Jorge Corona, éditions Urban Link, 176 pages, 2021

Frissons au Mont Hemlock

Survivre aux terribles événements qui se sont déroulés à Smoke Hollow a rapproché Ollie, Brian et Coco, désormais inséparables. Arrivés pour un séjour de ski au Mont Hemlock, les trois amis comptent bien profiter de chaque instant ! Mais une tempête de neige les piège à l’hôtel. Sans aucun moyen de contacter l’extérieur, ils se laissent peu à peu gagner par la peur. D’autant qu’Ollie est persuadée d’entendre d’étranges bruits… et même de voir un fantôme ! Cette fillette qui la supplie de l’aider aurait été enfermée là et laissée pour morte. Une nouvelle fois entraîné dans les recoins sombres de l’horreur, le trio sortira-t-il indemne de cette rencontre surnaturelle ?

Katherine Arden est une auteure que j’aime particulièrement. J’avais adoré découvrir sa Trilogie d’une nuit d’hiver: L’Ours et le RossignolLa fille dans la Tour et L’Hiver de la Sorcière. Quand j’ai vu qu’elle avait écrit aussi pour la jeunesse, j’étais persuadée que ce serait bon. J’ai lu Terreur à Smoke Hollow avec un grand plaisir. C’est un roman assez terrifiant, tout à fait propice à l’Halloween. J’avais donc très hâte de découvrir la suite. 

Frissons au Mont Hemlock reprend les mêmes personnages, Ollie, Coco et Brian, cette fois campés dans un décor hivernal, un nouvel hôtel encore fermé au public. Avec le père d’Ollie et la mère de Coco, ils ont l’opportunité d’y passer des vacances pour skier. D’autres privilégiés doivent se joindre à eux, mais la température est si mauvaise que c’est un vrai parcours du combattant de réussir à s’y rendre. Une tempête de neige d’une rare intensité s’abat sur la région. Ils peinent à arriver à l’hôtel et sont pratiquement les seuls clients. Une panne de courant, des animaux empaillés inquiétants, d’étranges bruits, des fantômes et une légende effrayante sur un vieil orphelinat, transforment leurs vacances en vrai cauchemar!

« Les fantômes aiment que nous ayons peur. Ça veut dire que nous reconnaissons leur présence. »

Cette série de romans jeunesse est vraiment efficace. Ce sont des romans d’horreur, plutôt effrayants, avec toujours une foule de personnages inquiétants et de lieux sombres aux recoins terrifiants. Ils sont conseillés à partir de 10 ans, mais l’auteure puise dans de nombreuses situations propices à la peur. Les légendes et le fantastique ne sont jamais bien loin. Si on aime frissonner, on peut prendre plaisir à lire ce livre même en étant adulte. Ce fut mon cas, encore une fois.

L’atmosphère est aussi terrifiante qu’elle peut être agréable. On retrouve comme dans le premier tome, une ambiance conviviale, faite de bons petits plats, de gourmandises, de feux réconfortants, de beaux moments en famille et entre amis. Jusqu’à ce que tout dérape.

« N’écoute pas les voix mortes. N’entre pas dans les placards. Et ne regarde pas dans les miroirs. »

Les personnages reviennent d’un tome à l’autre et j’ai vu qu’un troisième tome est paru en anglais, qui se déroule cette fois l’été. J’espère qu’il sera traduit prochainement. J’aime beaucoup ce qu’écrit Katherine Arden, que ce soit pour les adultes ou pour les jeunes. Son univers est riche, s’inspirant chaque fois de légendes et de mythes. C’est un vrai plaisir de découvrir un nouveau livre d’elle. 

Vivement la suite!

Frissons au Mont Hemlock, Katherine Arden, éditions Pocket Jeunesse, 264 pages, 2021

Middlewest t.2: Fear

Pour sauver sa peau, Abel n’avait qu’une seule solution : fuir la toxicité de Dale, son père. Mais tourner le dos à son passé n’était que la première épreuve d’un long et périlleux voyage. Le mal qui ronge le garçon semble si intense que même l’aide apportée au détour du chemin ne semble pas suffire à apaiser ses démons. Seule la stabilité offerte par les forains de la Hurst Family lui laisse entrevoir le bonheur car, pour la première fois de sa vie, Abel se sent aimé par cette famille d’adoption. Un sentiment inédit, puissant, à l’image de la colère qui anime toujours son père, furieux d’avoir vu son autorité remise en question. La traque a commencé, et le spectre de Dale se rapproche dangereusement.

Le premier tome de Middlewest avait été une belle surprise. Ce second tome est exactement dans la même lignée et j’ai passé un excellent moment. Comme les personnages sont déjà connus et qu’on suit l’intrigue qui se poursuit, j’ai pris encore plus de plaisir à lire celui-là. 

Ce tome fait suite à l’histoire d’Abel, dans le tome 1, qui a fui son père en colère en compagnie de son renard. Il a trouvé refuge chez les forains, mais sa tranquillité ne sera pas de longue durée. Son père veut le retrouver et le traque sans relâche. Abel, qui a hérité de quelque chose qu’il ne comprend pas bien, se fait montrer la porte par ceux qu’il considère comme sa nouvelle famille. Il est à nouveau en fuite et il devra affronter seul les « bois hivernaux ».

Middlewest est une très belle découverte. Plus j’avance dans cette trilogie, plus je la trouve intéressante. C’est une histoire de drames, d’aventures, de famille, mais avec des personnages extravagants et parfois, inquiétants. Le monde de Middlewest est teinté de fantastique et amène plusieurs idées intéressantes. Le meilleur ami d’Abel est un renard au sale caractère, mais sans doute le plus précieux allié qu’il peut avoir. On en apprend un peu plus sur ce qui affecte Abel, tout ce qui tourne autour du « cœur d’orage ». On fait la connaissance des Nowaks, un peuple des légendes. Et on découvre dans ce tome les bois hivernaux où Abel doit aller seul et qui cache quelques réponses à certaines de ses questions. J’ai tellement aimé le visuel de ces pages enneigées! Le dessin de cette série est magnifique. 

L’univers de Middlewest est assez unique et fascinant. Visuellement, c’est vraiment une réussite. J’adore les couleurs et les illustrations. Ce livre est complété par des crayonnés et dessins de recherche pour la création des personnages ainsi que des couvertures alternatives.

Le tome trois m’attend et j’ai bien hâte de m’y plonger!

Middlewest t.2: Fear, Skottie Young, Jorge Corona, éditions Urban Link, 160 pages, 2021