Une forme claire dans le désordre

À l’occasion du vingtième anniversaire de leur résidence à la Villa Médicis, quatre amis artistes louent ensemble un appartement à Rome pour y passer un long weekend. Deux décennies durant, Adèle, Thomas, Peter et Yosr ont beaucoup vécu. Alors qu’ils arpentent les rues d’une cité dont le dessin leur semble à la fois familier et déroutant, une question résonne à chacun de leurs pas : qui sont-ils devenus?

J’ai terminé Une forme claire dans le désordre (quel beau titre!) d’Éléonore Létourneau et j’ai passé un beau moment de lecture. C’est ma première rencontre avec la plume agréable et l’écriture soignée de l’auteure. J’ai beaucoup aimé sa façon d’amener son sujet et de parler de ses personnages. 

Ce court roman nous raconte l’histoire de quatre amis artistes qui se retrouvent après vingt ans, à Rome. Ils étaient une douzaine de pensionnaires à l’époque, à créer et profiter des lieux, ils ne seront que quatre pour ces retrouvailles: Adèle, française ayant vécu au Japon et qui est écrivaine; Yosr, photographe, native de Tunisie, impliquée dans sa communauté; Peter, artiste de land art, qui tente de faire le deuil de Mia; et Thomas, musicien de Brossard, qui espérait vivre le rêve américain. Des personnages que l’on suit au fil du temps et qui se livrent, peu à peu.

« Ils étaient revenus comme on renverse le cours du temps. »

L’histoire nous raconte leur séjour à Rome alors qu’ils tentent de se retrouver eux-mêmes, de définir leur parcours et leur évolution après toutes ces années. Les retrouvailles se déroulent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, même si le temps a fait son œuvre, que les expériences se sont accumulées, parfois pour le meilleur comme pour le pire. Ce retour à Rome est l’occasion pour eux de se redéfinir, de réaliser qui ils ont été et qui ils sont maintenant. Entre les souvenirs et les réflexions sur leur vie actuelle, l’histoire brosse un portrait délicat de personnages qui ont vécu pour et par leur art.

Le roman est aussi ancré dans l’actualité. On y retrouve des réflexions sur les changements climatiques, les guerres, les injustices et les révolutions. Le texte nous fait voir les combats et les implications de chacun des personnages, dans leur vie personnelle et à travers leur art. L’écriture est vraiment agréable, les chapitres défilent vite. J’ai trouvé le livre à la fois dépaysant, puisqu’il m’amenait vraiment hors de mes habitudes de lectures, et intéressant dans son questionnement sur ce que nous choisissons de faire de nos vies, sur l’amitié et sur la création.

« Dans la vastitude des territoires inexplorés, des millions, des milliards de personnes conduisaient des vies solitaires et entrelacées, faites de continuité et de ruptures, de lutte et d’abnégation, d’effusions et de déchirements. Ce tissu d’existences tenait le monde, comme une trame, en dépit des guerres et des enjeux nationaux. On ne vivait pour rien d’autre que pour sentir ça. Cette grandeur jusque dans l’infime, ces marées intérieures berçant l’univers. »

Un roman dont la lecture m’a beaucoup plu. Une belle découverte! 

Une forme claire dans le désordre, Éléonore Létourneau, VLB éditeur, 144 pages, 2021

Sauvagines

Sur les terres de la Couronne du Haut-Kamouraska, là où plane le silence des coupes à blanc, des disparus, les braconniers dominent la chaîne alimentaire. Mais dans leurs pattes, il y Raphaëlle, Lionel et Anouk, qui partagent le territoire des coyotes, ours, lynx et orignaux, qui veillent sur les eaux claires de la rivière aux Perles. Et qui ne se laisseront pas prendre en chasse sans montrer les dents.

J’avais bien aimé Encabanée, le premier livre de l’auteure. Il était cependant très court et la lecture était passée un peu trop vite à mon goût. Il avait aussi quelques petits défauts d’un premier roman, mais j’étais ravie de cette lecture puisque ce genre de livre est assez rare dans le paysage littéraire québécois. J’avais donc très hâte de retrouver Gabrielle Filteau-Chiba et cette seconde lecture a été vraiment excellente. J’ai adoré ce roman.

Dans Encabanée, on suivait Anouk qui s’était exilée dans une cabane dans le bois. Ici, on suit Raphaëlle, une agente de protection de la faune désabusée par son travail. Elle a l’impression que son rôle consiste beaucoup plus à protéger l’économie et les récalcitrants, que la faune de nos forêts. Il faut dire que ses ressources sont assez minces, que le territoire est grand et que les lois ne sont pas forcément conçues pour protéger réellement la faune.

« Mon rôle est entre autres de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi, non pas comme un ermite piégeant par légitime subsistance dans sa lointaine forêt, non pas comme les Premiers Peuples par transmission rituelle de savoirs millénaires, mais par appât du gain, au détriment de tout l’équilibre des écosystèmes. »

Raphaëlle vit sur le site d’une vieille érablière abandonnée, proche de la nature. Elle se promène avec la photo de son arrière-grand-mère autochtone dans son camion, une femme qui la fascine et l’intrigue. Elle côtoie les animaux de près, dont une ourse qui se promène sur son terrain. Le livre débute alors qu’elle adopte un animal, mi-chien, mi-coyote, qui sera sa compagne de tous les instants. Sa route croise alors celle d’un braconnier assoiffé de sang, protégé par le silence de ceux qui vivent près de lui. C’est un petit monde, personne ne veut faire de vagues. Quand Raphaëlle découvre qu’il ne traque pas seulement les coyotes et qu’il l’observe, en plus de s’immiscer chez elle, elle ne peut pas se laisser faire.

En parallèle, Raphaëlle découvre le journal qu’une femme, Anouk, a oublié à la laverie. Le carnet s’intitule « Encabanée ». J’ai adoré le recoupement entre les deux romans de l’auteur par l’entremise de ce journal fictif qui fait le pont entre les deux histoires. On découvre alors une nouvelle facette d’Anouk, le personnage du premier livre, et une belle histoire entre elle et Raphaëlle. C’est aussi pour le lecteur l’occasion de faire la rencontre d’un personnage doux et gentil, Lionel, qui fait office de figure paternelle pour Raphaëlle. J’ai vraiment aimé ce beau personnage, droit et ayant soif de justice pour ceux qu’il aime.

« Lionel le solide, le bon vivant, le généreux. Tout ce qu’on espère d’un papa. L’incarnation de l’homme des bois de tous les combats. Celui qui connaît l’âge des arbres, associe le nom des oiseaux à leur chant. Celui qui réconforte ma petite fille intérieure par sa seule présence ici. Quiconque voudrait m’atteindre devra d’abord lui passer sur le corps. »

L’écriture de Gabrielle Filtrau-Chiba est vraiment très belle. Ça se lit comme du bonbon, c’est poétique, militant sans être moralisateur, c’est un livre qui sent le bois d’épinette et l’eau de la rivière, dans lequel on plonge avec un immense plaisir! Si Encabanée était un tout petit livre, Sauvagines est beaucoup plus consistant et le troisième qui m’attends dans ma pile, Bivouac, est encore plus gros. J’ai vraiment hâte de le lire. En retrouvant Gabrielle Filteau-Chiba, ça m’a rappelé à quel point elle a une belle plume. Et surtout, que le roman « long » lui va bien. Elle a le style et le sens de l’histoire pour cela je trouve. 

« Je suis convaincu, moi, que pour défendre le territoire, il faut l’habiter, l’occuper. »

Dans Sauvagines, on retrouve cette fois encore de jolies illustrations, comme dans le premier livre. C’est vraiment agréable tout au long de la lecture. J’ai adoré aussi la signification magnifique du titre qu’on découvre au fil des pages. L’image de ce qu’il représente est très forte. 

Sauvagines est un hommage à la forêt et aux animaux, un plaidoyer pour l’utilisation responsable des ressources et d’une meilleure justice. Une excellente lecture! Une auteure à découvrir et à surveiller, que de mon côté j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures. 

Sauvagines, Gabrielle Filteau-Chiba, éditions XYZ, 320 pages, 2019

Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières

Une île maudite peuplée de sorcières, de trolls et de loups damnés: la suite tant attendue du Club de l’Ours Polaire. Personne n’est jamais revenu vivant du Mont des Sorcières, or c’est justement là que se dirige le père de Stella… Accompagnée d’Ethan, Shay, Dragigus et de Gideon, un explorateur du Club du Chat de Jungle pas très coopératif, la jeune fille doit à tout prix lui venir en aide.

Le mont des sorcières est le titre du second tome de la série Le club de l’ours polaire. J’avais passé un excellent moment de lecture avec le premier tome intitulé Stella et les mondes gelés. Les trouvailles d’Alex Bell pour créer l’univers du Club de l’ours polaire sont très intéressantes. Il s’agit d’un club d’explorateurs dont il existe d’autres regroupements, qui ont chacun leurs règles et leur code de conduite. Il existe aussi le Club du Calmar Géant, celui du Chacal Doré et celui du Chat de Jungle. À la fin du livre, on retrouve d’ailleurs des informations sur les différents clubs et on croise de plus en plus des membres d’autres clubs, ce qui nous permet d’en découvrir toutes les particularités.

Dans cette nouvelle aventure, nous retrouvons les personnages du premier tome: Stella la princesse des glaces, Shay le chuchoteur de loup, Dragigus le guérisseur et Ethan le magicien. Un vautour tente de s’en prendre à Stella et son père, Felix, part pour le Mont des sorcières afin de découvrir qui envoie le volatile. Mais ce Mont effrayant et rempli de dangers est un endroit dont on ne revient pas… Stella ne veut pas perdre son père et, avec l’aide de ses amis, elle part à la recherche de Felix avant qu’il ne soit trop tard…

Le groupe n’a pas du tout l’accord du club pour partir en expédition puisque le Mont des sorcières n’est pas un lieu recommandé. Qu’à cela ne tienne, rien n’empêchera Stella de voler au secours de son père adoré! Avec ses amis, elle s’envole pour les lieux sombres et infestés de pièges du Mont des sorcières. Les lieux sont à la fois effrayants et magiques. Le groupe devra mettre ses forces en commun pour réussir à affronter tous les obstacles qui se présentent à lui. Il y a de belles trouvailles dans ce roman, comme la couverture-forteresse qui fait littéralement rêver ou les différents animaux et dangers que croisent le groupe. J’aime que les animaux de compagnie de Stella soient un ours polaire nommé Mal-Léché et un petit dinosaure nain.

« Mme Sap n’avait pas apprécié l’arrivée de Mal-Léché – vraiment pas – et ne cessait de soutenir à son maître que les ours polaires n’étaient pas des animaux domestiques et qu’ils ne devraient pas être autorisés à entrer dans une maison, ni à se laver dans la grande baignoire sur pieds de la plus belle salle de bains, ni à se coucher sur le grand lit à baldaquin de la chambre d’amis quand il n’y avait pas d’invités (et même occasionnellement quand il y en avait…) »

Le personnage de Stella est intéressant car elle hérite d’un titre – princesse des glaces – qu’elle n’a pas envie d’avoir. Les princesses des glaces ont le cœur glacé et deviennent de mauvaises personnes. Stella doit donc aller au bout d’elle-même et apprendre à aimer qui elle est pour réussir à affronter les épreuves qui l’attendent. Elle découvre ses dons particuliers et doit apprendre à les utiliser, en dosant savamment ce qu’elle peut accomplir et les dangers qui la guettent. Être princesse des glaces n’est pas tout ce qui la définie.

« Stella est une princesse des glaces parmi bien d’autres choses, répondit tranquillement Felix. Avant tout, c’est une remarquable navigatrice, une exploratrice intrépide, une fille adorée par son père, une excellente patineuse, une lectrice infatigable, une amie fidèle et une fabricante virtuose de licornes en ballons. »

C’est donc un roman qui parle en filigrane de l’identité et de l’héritage que l’on reçoit. Felix est un père adorable, qu’on aime tout de suite. On apprend d’ailleurs plusieurs petites choses sur lui dans ce tome. J’adore également le personnage de Shay, vraiment doux et courageux, qui entend les loups et a un animal totem. L’univers du Club de l’ours polaire est à la fois magique et intéressant. C’est l’occasion de vivre beaucoup d’action et c’est ce qui me plaît de cette série. C’est un roman d’aventure magique, quelque part entre Harry Potter et À la croisée des mondes. J’adore l’imaginaire de l’auteure et les aventures improbables et étranges qu’elle fait vivre à ses personnages. Le texte est parfois teinté d’humour, souvent par l’entremise d’Ethan, un magicien bourru et grognon. 

« Ce n’est pas possible! Cette expédition est en train de devenir la plus malchanceuse de l’histoire des explorations. Un tapis volant apparaît miraculeusement devant nous, mais il ne fait que sauver une vache, un dinosaure et une bande de fées! »

Plus je découvre cette série pleine de magie et de personnages fantastiques, plus je l’aime! Le troisième tome est dans ma pile à lire et je compte bien le dévorer très bientôt. Je reviendrai vous en parler prochainement. En attendant je vous invite à découvrir cette série enneigée et pleine d’aventures et de magie!

Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières, Alex Bell, illustrations de Tomislav Tomić, éditions Gallimard Jeunesse, 400 pages, 2019

Heartstopper t.1: Deux garçons. Une rencontre

Ceci est l’histoire de deux lycéens. Nick, le rugbyman au sourire solaire. Charlie, le musicien au cœur solitaire. Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, leur amitié n’était pas gagnée.
Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

Heartstopper a d’abord été un projet sur le web qui a longtemps été mijoté par l’auteure et qui a finalement été publié. J’ai vu le premier tome de cette série (qui compte trois tomes à ce jour) un peu partout sur Instagram et j’ai eu envie de voir si cette histoire me plairait. J’ai donc emprunté – et lu – le premier tome… avant d’acheter toute la série chez mon libraire jeunesse. La fin de ce premier tome nous donne naturellement envie d’en savoir plus et de rester en compagnie des personnages.

Heartstopper c’est l’histoire de Charlie et de Nick, qui se déroule sous forme de calendrier. Le livre débute en janvier alors que Charlie a une relation compliquée avec Ben qui le traite assez mal. Voulant cacher son attirance pour les garçons, Ben vit une sorte de double vie et utilise Charlie quand il en a envie. Lorsque Charlie se retrouve dans un nouveau groupe scolaire, il est placé à côté de Nick. Quelque chose de très fort se passe immédiatement entre eux. Amitié? Amour? Heartstopper est l’histoire de deux garçons qui apprennent à se connaître et se rapprochent.

Ce roman graphique est vraiment plaisant à lire. Le dessin est mignon, simple, mais très expressif. Les personnages sont adorables. La gentillesse est une belle qualité mise de l’avant dans cette histoire et ça fait du bien de voir que des personnages doux et gentils sont mis en lumière. Au fil des pages, on voit Nick et Charlie se rapprocher. On est témoins de leurs émotions, leurs questionnements et leur quotidien. Si Charlie est ouvertement gay, Nick a toujours été attiré par les filles. Toutefois, Charlie ne le laisse vraiment pas indifférent. On le voit tester ses émotions et tenter d’en comprendre toute la mesure.

« Charlie a l’air adorable. Quand l’as-tu rencontré?
-Il y a quelques mois. Il est dans mon groupe de mentorat.
-Il est très différent de tes autres amis, non? Tu est bien plus toi-même avec lui. »

Les personnages de ce roman graphique sont tellement attachants! Charlie est un adorable geek qui se passionne pour la musique, alors que Nick est le sportif typique au grand cœur. En apparence, ils semblent stéréotypés, mais ce n’est pas vraiment le cas. Charlie court très très vite et Nick est d’une grande tendresse. Les deux garçons finiront par découvrir l’univers de l’autre. Charlie apprend par exemple à jouer au Rugby alors que Nick découvre la batterie. Ils finiront par partager beaucoup de choses, toujours avec une belle complicité et de l’émotion que l’on ressent bien dans le dessin. J’aime aussi beaucoup la prof d’éducation physique et coach de l’équipe de rugby, même si on ne la voit pas beaucoup.

« Vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un est gay d’après son apparence. Et gay ou hétéro ne sont pas les deux seules possibilités. Quoi qu’il en soit, c’est très impoli de spéculer sur la sexualité des gens. Rentrez chez vous les garçons. »

L’auteure aborde aussi quelques sujets importants, même si l’ensemble n’est pas mélodramatique. On y parle de préjugés, de harcèlement, de violence et d’étiquettes apposées rapidement par la société, ainsi que des jugements faciles. Il y est aussi question de l’image que l’on projette et de l’opinion que peuvent avoir les autres de nous-mêmes.

Il y a de beaux passages dans ce roman graphique, qui sont empreints de douceur. Comme par exemple, cette neige partagée à deux, avec tout l’émerveillement et le plaisir de voir le ciel se remplir de flocons. Ou les petits bonheurs associés au fait de vivre des choses toutes simples avec quelqu’un qu’on apprécie énormément et avec qui on se sent bien.

Malgré tout, le premier tome se termine de façon abrupte et même si on se doute que les choses s’arrangeront, il vaut mieux avoir la suite sous la main pour poursuivre le plaisir de cette lecture. J’ai d’ailleurs relu ce premier tome dès que j’ai reçu ma commande et j’ai tout de suite poursuivi avec la lecture des deux tomes suivants. 

À la fin de ce premier roman graphique on retrouve une compilation sur cassette (virtuelle naturellement), créée par Charlie pour Nick. J’adore quand les auteurs partagent des pièces musicales qui les ont inspirés ou qui collent bien au livre. Musique et littérature sont tellement complémentaires pour moi. J’ai donc cherché et écouté les morceaux proposés. Il y en a vingt à découvrir (dix sur chaque face de la « cassette »). Je trouve qu’ils vont bien avec l’histoire et le caractère de Charlie.

Ce premier tome de Heartstopper a été une très belle lecture. J’ai adoré! Je trouve que le caractère des personnages y est pour beaucoup. Il y a une sorte de bonne humeur ambiante dans le roman quand Charlie et Nick sont ensemble, ce qui en fait une lecture réconfortante, malgré des passages un peu plus difficiles.

Alice Oseman a écrit, il y a quelques années, un roman intitulé L’année solitaire. Dans ce livre, les personnages que l’on retrouve dans Heartstopper avaient un tout petit rôle secondaire. Comme il n’est plus édité, je l’ai emprunté à la bibliothèque. Je n’ai pas accroché plus que cela et j’ai fini par l’abandonner. Je préfère largement ses romans graphiques.

Quoiqu’il en soi, ma découverte d’Alice Oseman ne s’arrêtera pas là. Elle me rappelle beaucoup tout le plaisir que j’ai à lire Rainbow Rowell par exemple. En ce qui concerne Heartstopper, un quatrième tome est prévu à l’histoire de Charlie et Nick et j’espère bien que l’auteure nous en réserve encore d’autres!

Heartstopper – t.1 – Deux garçons. Une rencontre, Alice Oseman, éditions Hachette, 272 pages, 2019

Les nuits enneigées de Castle Court

Sadie élève seule son enfant tout en soignant son cœur brisé. Cat, de son côté, est au bord du burn out car ses journées de chef-pâtissier sont trop longues. Les deux amies décident alors d’investir dans leur rêve : lancer Smart Cookies, leur propre biscuiterie artisanale dans la magnifique Castle Court, une cour abritant un espace de restauration de trois étages niché derrière les rues animées de Chester. Toutes deux découvrent bientôt que Castle Court est une vraie communauté, un petit havre de plaisir loin du stress du monde extérieur. Mais tout le monde n’apprécie pas leur arrivée : la pâtissière déjà installée n’est pas très heureuse de ce qu’elle considère comme une concurrence directe et Greg, qui dirige le bistrot chic du bout de la cour, pense que Sadie et Cat n’ont pas le talent ni le sens des affaires nécessaires pour réussir. Heureusement, le délicieux Jaren, propriétaire de la maison de gaufres néerlandaise installée en face, et Elin le propriétaire de la chocolaterie suisse, vont leur apporter leur soutien. Et si tout le reste échoue, les amis pourront toujours noyer leurs chagrins dans le bar à cocktails qui surplombe la cour ! Sadie et Cat réussiront-elles leur lancement et trouveront-elles à l’improviste un nouvel amour ?

Bien avant de lire le résumé, c’est la couverture enneigée (et dorée) du roman qui m’a attirée. J’avais lu un autre titre chez le même éditeur, Le bonheur dépend parfois d’un flocon, et je l’avais beaucoup aimé. Je trouvais le titre, Les nuits enneigées de Castle Court, plein de promesses!

« Dehors, elle vit dans le demi-jour que son jardin était couvert d’une fine couche de neige. Elle se planta devant la fenêtre de sa cuisine, les yeux rivés sur le manteau blanc. Lissy serait ravie quand elle se réveillerait: la neige conférait à toute chose un air magique, chatoyant, une fraîcheur qui suggérait de nouveaux commencements et des départs de zéro. »

Quand j’ai commencé ma lecture, je m’attendais à toute autre chose et ce roman s’est avéré une vraie belle surprise. Je croyais lire un livre de Noël très léger. C’est léger, oui, mais plus d’une façon « cocooning » qui m’a beaucoup plu. Et ce n’est pas un livre de Noël mais plutôt une histoire en différentes parties, qui se déroule sur une année. On a donc l’occasion de suivre deux amies, Cat la cuisinière et Sadie l’artiste décoratrice, qui viennent d’ouvrir leur biscuiterie. Leur histoire tourne autour des fêtes de Noël, de la Saint-Valentin, de Pâques, de l’été, de l’organisation d’un mariage et de l’Halloween. Le livre comprend quatre parties: Les nuits enneigées de Castle Court, Les petits matins froids de Castle Court, Tempête sur Castle Court, Ciel étoilé sur Castle Court, suivi d’un épilogue. C’est donc un livre parfait qu’on peut lire toute l’année, quand on en a envie, sans trop se limiter à la période de Noël. 

Si le roman reste romantique à souhait avec plusieurs intrigues amoureuses, le centre de l’histoire est vraiment lié à la biscuiterie de Sadie et Cat, située à Castle Court, un ensemble de petites ruelles commerciales qu’on imagine sans mal comme un lieu gourmand, fait de camaraderie, d’entraide et d’amitié. Les commerces qui gravitent autour de Castle Court et les appartements qui sont au-dessus, logent une quantité de personnages auxquels on s’attache beaucoup. Castle Court, c’est toute une communauté agréable à côtoyer. Adam et sa passion des abeilles. La petite Lissy qui rêve d’être un dinosaure. Andrew et Earl qui ont un resto américain et ponctuent leurs phrases de références geek. Cherie et sa pâtisserie, pour ne nommer que ceux-là. 

Ce roman est aussi un bon pavé, de plus de 500 pages, dans lequel on plonge pour passer un doux moment. L’atmosphère de ce roman est sans doute sa plus grande force. C’est d’ailleurs ce que j’ai le plus aimé de cette lecture. L’aspect réconfortant et gourmand des lieux, de la biscuiterie, des autres commerces qui mettent en avant le plaisir d’un bon repas, d’une petite douceur ou d’un bon verre. Même si Cat et Sadie doivent faire face à toutes sortes d’épreuves, dans leur vie professionnelle et leur vie personnelle, c’est un roman qui fait du bien et qui est agréable à lire pour passer un très bon moment. 

« … le premier commandement d’une entreprise, c’est le thé. Je réfléchis mieux avec une tasse à la main. »

J’ai passé un très bon moment à Castle Court, où l’on suit l’évolution de la biscuiterie, de l’ouverture des portes jusqu’à plus d’une année après. Ça m’a plu (et donné envie de biscuits et de gâteaux) et j’avais besoin d’une lecture comme ça. Ça fait du bien de temps en temps, de se plonger dans une histoire qui offre un dénouement positif, qui met en avant les petits plaisirs de la vie et qui invite au cocooning. C’est une lecture parfaite pour cette période de l’année!

J’ai vu que l’auteure a plusieurs livres à son actif, qui ne sont malheureusement pas traduits. J’espère qu’avec la publication de celui-ci, les éditeurs auront envie de traduire d’autres de ses livres. Je pense entre autre à Snowdrops at the Star and Sixpence, dont le premier tome se déroule à Noël dans un pub et qui comprend plusieurs tomes au fil des saisons. À surveiller peut-être!

Les nuits enneigées de Castle Court, Holly Hepburn, éditions Prisma, 528 pages, 2020