Lola et les filles à vendre

Il y a le monde de Lola et puis celui des filles, Rosie, Katherine, Isabelle, Sophie et D. Toutes partagent la difficulté d’écrire, de dire, d’être amoureuse, de jouir et d’exister dans une mythologie qui exploite au même titre le sexe, la vie et la création. Lola et les filles à vendre est un texte polyphonique coup-de-poing qui ne s’encombre pas de faux-semblants ; bien au contraire, il fait tomber les masques, se prend de face tous les ressacs. Pornographies, privilèges, trafics, trébuchements et distorsions de l’amour sont ici autant de prémisses de ces « histoires nées du mot bouche / d’une gorge ».

Lola et les filles à vendre est une poésie qui traite de la prostitution, du sexe, de l’amour, de la souffrance, mais aussi de pédophilie, de pornographie et de trafics. À la base c’est un livre pour lequel j’étais un peu indécis, je ne savais pas du tout si j’aimerais. Je m’attendais à ce que le texte soit beaucoup plus dur, plus cru, même si la thématique abordée est compliquée et difficile. Le texte s’avère beau malgré tout, mais le monde que l’auteure décrit est très sombre. Portées par cette envie de dire les choses, d’exister autrement, les filles dont l’histoire nous est racontée essaient de parler d’elles, de ce qu’elles sont.

« j’aimerais avoir un arbre à vénérer
un arbre qui porte mon nom
qu’on a planté le jour de ma naissance
un arbre à moi »

Le texte est partagé en plusieurs chapitres, qui parlent de l’histoire de différentes filles: Rosie, Katherine, Isabelle, Sophie, D. et Lola qui est le personnage central du livre. À travers le récit de ces filles, l’auteure aborde avec un côté poétique et visuel, la prostitution, le goût de ces filles de parler de ce qu’elles vivent, de leur douleur et leur souffrance. Moins encouragées, elles finissent par ne pas se sentir légitimes de s’exprimer.

Vers la fin du livre alors qu’on est dans l’histoire de Lola, le livre aborde la vie que ces filles ne vivront jamais, de ce qu’elles ne connaîtront pas: l’épanouissement, le plaisir et l’amour par exemple. Leur estime d’elles-mêmes est affecté par leur quotidien où le sexe et la douleur dominent le reste.

« l’amour
c’est pour les filles qu’on reconnaît pas
dans la rue »

Elles n’osent pas écrire même si elles ont envie de le faire. Elles ont l’impression qu’elles ne seront pas entendues et n’osent pas parler de ce qu’elles vivent puisqu’il s’agit de sujets tabous et douloureux. L’envie d’exprimer de belles choses devient difficile quand notre quotidien est compliqué et qu’on traîne notre vécu comme un poids.

Lola est ses filles à vendre est un livre qu’il n’est pas simple de décrire car l’écriture est très fragmentée et se disperse. Ça amène forcement un inconfort de lecture pour le lecteur, mais c’est aussi un parallèle intéressant avec ce que vivent ces filles: une sorte de douleur permanente.

C’est un texte poétique qui se présente comme un coup de poing, avec une thématique difficile et un thème qu’on voit peu en poésie. J’ai plutôt bien aimé cette lecture, même si c’est très loin de mes lectures habituelles. Ce n’est pas une poésie confortable. Le livre raconte la réalité de femmes dans l’industrie du sexe. C’est une façon d’ouvrir les yeux sur cette réalité tabou, dont on ne parle jamais. Choisir la poésie pour en parler est atypique et intéressant.

Lola et les filles à vendre, Marisol Drouin, éditions La Peuplade, 104 pages, 2020

La mémoire est une corde de bois d’allumage

Avec bonté et résilience, Benoit Pinette retourne à son enfance – un pays en soi, une trajectoire – et pose le doigt sur ses instants douloureux, étudie l’équilibre des époques. Il construit de là sa compréhension des glissements du passé et sa volonté à faire mieux, à offrir le meilleur aux siens. Ce texte lance l’allumette dans le foin sec ; il carbonise des histoires anciennes, des angoisses, des corps pourris. La mémoire est une corde de bois d’allumage représente un chantier d’inquiétudes et de certitudes éphémères, mais parions que l’amour l’emportera sur la tâche à accomplir.

« ne me demandez jamais
qui je suis
je n’en sortirais pas vivant »

Vous connaissez sans doute Tire le Coyote, qui est le pseudonyme de Benoit Pinette comme auteur-compositeur-interprète. J’aime beaucoup ses textes et j’étais plus que ravie de découvrir son premier livre, La mémoire est une corde de bois d’allumage. Le titre est tellement parlant et poétique, totalement en accord avec le travail de Benoit Pinette en musique. Ça me plaît beaucoup!

Ce recueil de poésie puise dans l’enfance pour y retrouver ces moments de fragilité, ces petites épreuves douloureuses qui façonnent ce que l’on devient ensuite, lorsqu’on est adulte. Nos idées, nos choix, ces douleurs qui nous ont forgé, qu’on doit affronter pour apprendre à grandir.

« j’aurais aimé grandir ailleurs
que dans le cadre d’une porte battante »

Le texte est tellement beau, avec un petit quelque chose de poignant et de douloureux. Des mots qui cherchent la résilience et la paix avec le passé, pour réussir à appréhender le futur et à mieux vivre le présent. S’offrir au monde en étant un meilleur être humain. 

C’est un recueil touchant, qui cherche à faire le lien entre l’enfant qu’on a été et l’adulte que l’on devient, dans ce parcours difficile qu’est la vie. Avec, malgré tout, quelque chose de lumineux qui se cache tout au fond des mots. Une recherche d’équilibre. J’ai vraiment beaucoup aimé! C’est un recueil que je relirai assurément. Il y a des mots dans ce livre, qui touchent au plus profond de ce que nous sommes comme être humain.

« comment éteindre
ce qui brûle depuis toujours
quand nous sommes tous constitués
de tisons
qui refusent de mourir? »

Les mots de Benoit Pinette sont grands dans toute leur simplicité. C’est ce qui fait la beauté de ce recueil et sans doute la raison pour laquelle sa musique est aussi touchante. 

En complément, je vous laisse sur une de mes chansons préférées de l’auteur-compositeur-interprète. Elle est tirée de l’album Désherbage et s’intitule Chanson d’eau douce.

La mémoire est une corde de bois d’allumage, Benoit Pinette, éditions La Peuplade, 104 pages, 2021

La fenêtre au sud

Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l’infini de l’eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d’un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s’amuse ? se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire. La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d’un autre monde : le séisme de Fukushima, l’assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l’année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d’amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création. L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.

J’adore Gyrðir Elíasson. Tout ce que je lis de cet écrivain islandais est un coup de cœur. J’avais beaucoup aimé Les excursions de l’écureuil mais c’est avec Au bord de la Sandá que j’ai vraiment eu le sentiment de trouver un auteur qui me correspond. Gyrðir Elíasson a une plume particulièrement magnifique et des thèmes qui reviennent d’un livre à l’autre. C’est surtout vrai pour Au bord de la Sandá et La fenêtre au sud, puisque ces deux titres font partie d’un triptyque en lien avec la solitude. C’est un thème qui me rejoint beaucoup. J’ai donc pris beaucoup de plaisir avec ces deux livres, qui mettent en scène des ermites, qui aiment se promener dans la nature, lire et observer ce qui se passe autour d’eux. Il y a quelque chose de beau et de grave dans la plume de Gyrðir Elíasson. Ses livres me font l’effet d’être de petits bijoux dans lesquels je me sens bien. 

Quant à La fenêtre au sud, c’est un roman fabuleux. L’auteur a une plume à la fois concise et évocatrice, délicate et particulièrement belle. Le roman raconte le processus d’écriture d’un auteur, Jónas, au fil des quatre saisons. Il vit temporairement dans la maison d’un de ses amis, pour être un peu à l’écart de la vie en ville et pour tenter d’écrire son roman, qu’il tape à la machine à écrire. Un roman qu’il ne trouve pas très bon et qui ne semble pas l’inspirer plus que cela. Tous les prétextes sont donc bons pour faire autre chose.

Il lit beaucoup. On croise dans ce livre Oscar Wilde, Tove Jansson, Edgar Allan Poe, Albert Camus, Paul Auster, Georges Perec, Thomas Mann, Yukio Mishima, Pablo Neruda, Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Orhan Pamuk. Des bouts de ce qu’il lit, découvre. Il en parle peu, mais suffisamment pour que ce soit agréable à un lecteur qui aime les livres, de retrouver d’autres auteurs entre les pages.

Quand il ne lit pas, Jónas sort se promener. Il va au café du coin, tenu par une vieille dame renfrognée. Il essaie d’écrire. Il met souvent son travail de côté, tiraillé par l’angoisse de la page blanche. Il écrit quand même, se force à le faire et souvent, ce sont des poèmes qu’il couche sur le papier. 

« Les caractères imprimés par la machine à écrire s’estompent continuellement. Quelqu’un a dit que les artistes peintres produisaient leurs meilleures œuvres quand ils étaient sur le point de devenir aveugles. Il se peut que les écrivains soient au pinacle quand leurs mots deviennent presque invisibles. »

Le roman est divisé en quatre chapitres: un pour chacune des saisons. Les lieux où vit l’écrivain sont à l’écart, rarement occupés. L’achalandage varie d’une saison à l’autre. L’été, il y a plus de vie. Le reste de l’année, Jónas peut replonger dans sa solitude et sa contemplation, les autres retournent en ville, à leurs occupations. La fin de l’automne est marqué par des journées plus courtes et des soirées plus sombres. Le café ferme ses portes. L’herbe jaunit. Les montagnes au loin se voilent de blanc. On sent le passage des saisons.

Jónas raconte ses préoccupations quotidienne: acheter à manger, ses rares rencontres au café ou à l’épicerie, la température qui change, les appels de son ami pour savoir si tout va bien dans la maison. Jónas espère secrètement que l’homme ne reviendra pas. Il cultive sa solitude.

« Celui qui est seul est toujours seul, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer. Je suis un type comme ça. J’avance seul à travers tout. »

Le personnage est proche de la nature. Il apprécie d’être à l’écart, même s’il est là pour travailler et que ça n’avance pas comme il le voudrait. Les échos du monde autour de lui se font sentir. Le roman est entrecoupé d’extraits de nouvelles, de ce qui vient de l’extérieur et qui fini par rythmer le quotidien bien malgré lui.

« Tous les peuples sont égaux en bêtise mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Des nouvelles du monde qu’il n’a pas forcément envie de connaître, mais que les gens croient être importantes. 

Gyrðir Elíasson écrit avec poésie. Il raconte les petites choses du quotidien avec beauté, mélancolie et contemplation. J’aime ses mots. Ses livres me donnent l’impression de retrouver un vieil ami.

« Le nombre de pages empilées sur la table, devant la fenêtre sud, augmente lentement. Je continue d’en déchirer plus que celles qui s’ajoutent à la pile. Le soir, je les mets dans le poêle pour allumer le feu. C’est qu’elles flambent drôlement bien, ces feuilles mortes de la machine à écrire. »

Si vous ne connaissez pas encore cet écrivain, il est à découvrir. De mon côté, j’attends chaque fois une nouvelle parution avec impatience. Je suis très heureuse que les éditions La Peuplade traduisent peu à peu son œuvre. 

La fenêtre au sud, Gyrðir Elíasson, éditions La Peuplade, 168 pages, 2020

Le lièvre d’Amérique

Le lièvre d'AmériqueL’organisme de Diane tente de s’adapter doucement. Elle dort moins, devient plus forte et développe une endurance impressionnante. L’employée modèle qu’elle était peut encore plus se surpasser au travail. Or des effets insoupçonnés de l’intervention qu’elle vient de subir l’affolent. L’espace dans sa tête se resserre, elle sent du métal à la place de ses os. Tout est plus vif – sa vision, son odorat, sa respiration. Comble de la panique, ses cheveux et ses poils deviennent complètement roux en l’espace d’une nuit. Et puis les mâles commencent à la suivre. Quinze ans plus tôt, Diane connaît un été marquant de son adolescence à l’Isle-aux-Grues, ces jours de grosse mer où Eugène bravait les dangers, la fascination de son ami pour les espèces en voie d’extinction et – comment s’en remettre – le soir de l’incendie. Ce roman, une fable animalière néolibérale, s’adresse à celles et ceux qui se sont égarés.

Voilà un roman intrigant. La couverture, signée Stéphane Poirier, est splendide. Le rabat offre un résumé alléchant mais énigmatique. Je ne savais d’ailleurs pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce roman… ce qui s’est avéré parfait finalement. Moins on en sait, mieux c’est. On se laisse porter en se questionnant sur le chemin que prend l’histoire.

En fait, le roman de Mireille Gagné est un gros coup de cœur. J’ai commencé ma lecture en pensant ne lire qu’un chapitre ou deux, vu qu’il était tard. Eh bien, je n’ai pas pu lâcher le livre! Si particulière, si intrigante et si fascinante est l’histoire de Diane, sorte de fable animalière qui éclaire nos vies de fou.

Le roman a une construction particulière. J’aime les livres particuliers, surtout quand ils parlent de nature, de faune, de flore. Le roman est raconté en alternant différents modes de narration. Il y a toujours un chapitre qui parle du lièvre d’Amérique. Son habitat, son environnement, sa façon de se comporter, de vivre, de se reproduire, de combattre ses prédateurs ou de s’alimenter.

« À l’opposé de son cousin le lapin, le lièvre préfère fuir plutôt que de se cacher pour échapper aux prédateurs. »

Suit toujours un chapitre qui parle de l’adolescence de Diane à l’Isle-aux-Grues, alors qu’elle fait la rencontre d’Eugène, un garçon fascinant, débarqué du jour au lendemain avec sa famille. Passionné par les différentes espèces, il parcourt l’île afin de sauver les animaux coincés dans des collets et documenter les espèces d’oiseaux.

« Je me demande ce que ça fait en dedans, savoir qu’on est en voie de disparition. »

La dernière portion parle de Diane, aujourd’hui, et du nombre de jours depuis son opération ou avant son opération. Le texte est écrit différemment, presqu’à bout de souffle. On apprend à mieux connaître le personnage et ce qu’est sa vie. Souffrant d’anxiété de performance, étant une accro au travail, sa vie ne tourne qu’autour du bureau et de la réussite. Son quotidien est réglé comme du papier à musique.

« Que font les gens dans leur maison pour se distraire? Pour tuer le temps? Chaque fois qu’elle croise un de ses collègues qui quitte le bureau plus tôt que d’habitude en fin de journée, elle se questionne. Quelles raisons, quels passe-temps, quelles tâches et obligations les accaparent chez eux et leur font quitter le travail prématurément? Arrivent-ils à supporter le silence? L’ennui? »

Le roman est donc construit autour de ces trois parties: le lièvre, l’adolescence à l’Isle-aux-Grues et le quotidien de Diane aujourd’hui. Les chapitres alternent, passant d’une partie à une autre, au fil du texte. Si le début du livre est intrigant et qu’on a l’impression d’avancer à tâtons tant l’intrigue est particulière, les pages se tournent littéralement toutes seules.

L’atmosphère qui se dégage des différentes portions de texte est très différente. Chaque partie forme assurément un tout qui rend le texte de plus en plus fluide et compréhensible à mesure que l’on avance, même si le contraste est bien marqué entre les différentes étapes de vie. Tantôt ancrée dans la nature et le mystère, tantôt perdue dans les méandres du travail et de la productivité, la vie de Diane a grandement changée avec les années, la laissant perdue et désorientée. La fuite et la sensation d’égarement sont au centre même de ce roman qui prend des allures de fable. J’ai adoré les petites précisions à la fin du livre qui éclairent totalement toute l’histoire.

« Diane ne se souvenait pas de cette impression de faire entièrement partie du paysage, de la proximité des grandes oies des neiges, comme si elles piétinaient sa peau. C’est sûrement ça qu’elle avait oublié en partant subitement. L’appartenance. »

Gros coup de cœur pour ce livre si particulier et si fascinant, qui utilise l’imaginaire des légendes pour jeter un regard si juste sur notre vie d’aujourd’hui. Une vie souvent trop remplie, où la performance est primordiale. Une vie qui va trop vite et qui nous fait perdre de vue l’essentiel. Sans doute la plus belle surprise de cette rentrée littéraire!

Un roman que je relirai assurément!

Le lièvre d’Amérique, Mireille Gagné, Éditions La Peuplade, 184 pages, 2020

Et arrivées au bout nous prendrons racine

Et arrivées au bout nous prendrons racineIl y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un cœur de lièvre sous la dent. Ici, les bonheurs disponibles s’empilent sur tout ce dont on ne parle pas, des pères horizon, des mères à la gorge inquiète. Et arrivées au bout nous prendrons racine annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses. De doigts gelés et de pain chaud. Et, surtout, de silence.

Originaire de Natashquan sur la côté nord, l’auteure nous transporte dans une poésie riche en images qui nous amènent littéralement dans le passé, dans son enfance. Les images de divers moments s’entrecroisent au fil des mots, relatant la nature, les petites douceurs, les moments en famille. Tout ce qui nous berçait dans un passé pas si lointain.

« tête de bataille
d’oreillers

je me réveille
te grimpe quatre à quatre
c’est la nuit c’est les vacances c’est quand
que t’es arrivé
tu m’as ramené
des piasses en chocolat »

Sa poésie est faite de lieux passés, de gourmandises au goût de fruits, d’une Crush aux fraises, des bonbons du dépanneur. De petites choses du quotidien qui sont encore bien présentes à notre esprit. La beauté de la nature qui touche notre esprit, les routes qui nous ont fait voyager, les différents moments passés en famille, le retour aux racines, profondes et solides, pour mieux forger le présent et l’avenir.

La cuisine est très présente et les souvenirs qui y sont rattachés sont vivants et visuels. Parfois l’ennui ou l’inquiétude se pointent au détour des mots, pour nous plonger dans une atmosphère familiale faite de mémoire et de silence.

« derrière les bardeaux de peur
ça sent la poussière

d’heures
elles s’accumule le long des soirs
et devant la porte
le prélart roule
d’ennui »

Je perçois cette poésie comme une renaissance. C’est une façon de se ressourcer en puisant dans un passé riche en saveurs et en émerveillement. Une façon de retrouver ce qui a été, pour mieux harmoniser le présent.

Une poésie qui se lit aisément. La plume est très fluide, très belle. Les mots coulent comme l’eau d’une source. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette découverte. Le texte nous ramène à l’enfance, c’est donc une poésie qui nous offre simplicité et candeur, avec une certaine profondeur. L’auteure se remémore des souvenirs d’enfance et par le fait même, nous ramène un peu à certains de nos propres souvenirs. Des choses qui habitent le paysage autour de nous et qui vivent dans les mémoires.

Une belle lecture.

Et arrivées au bout nous prendrons racine, Kristina Gauthier-Landry, éditions La Peuplade, 128 pages, 2020