Au bord de la Sandá

au bord de la SandàUn homme vit et peint dans ses caravanes tout près de la Sandá, une rivière glaciaire aux confins de l’Islande. L’été s’achève, les tableaux s’entassent dans l’atelier, les visites sont rares et les nuits, de plus en plus froides et tranquilles. Avec en tête la biographie de Chagall ou les lettres de Van Gogh, l’artiste arpente la forêt, s’oubliant dans le courant du temps passé, que viennent interrompre les apparitions irréelles de la femme à l’imperméable rouge. Une seule chose lui importe : peindre la vérité des arbres qui l’entourent.

Au bord de la Sandá est un roman contemplatif, profondément ancré dans la tradition du nature writing, où tout se joue dans l’atmosphère et dans la lenteur d’une écriture que l’on déguste doucement. Ici, peu d’action, mais l’extraordinaire se cache dans la beauté d’une vie simple: un homme possède deux caravanes, dans un terrain en forêt, au bord de la rivière. Lors des beaux jours, d’autres familles vivent dans le même coin, en camping, pour profiter de l’été. Quand l’automne arrive, les gens partent et l’homme se retrouve seul avec ses pensées, la nature, ses livres et ses tableaux qu’il refuse maintenant de vendre.

« Être libre consiste, entre autres, à échapper aux invitations aux vernissages. »

Il peint, fait de longues promenades, boit du thé, garde le feu au chaud pour ne pas avoir froid.

L’histoire, quoique simple et courte, impose son rythme et demande de prendre le temps, alors même que les pages défilent presque toutes seules. On aurait tendance à croire que ce roman est simpliste. Pourtant, l’écriture presque méditative infuse une vie propre à chacun de ces moments de solitude racontés par le peintre, à chacun de ces instants puisés dans un quotidien vécu en pleine tranquillité.

La rivière rythme le roman, tout comme ces journées passées à tenter de peindre les arbres qui obsèdent tant le narrateur. La forêt, la couleur verte dominante dans la nature et les arbres, aident l’homme à calmer la tension intérieure. La nature est omniprésente et presque méditative.

« Je n’ai que les arbres en tête en ce moment et il ne me suffit pas d’être arrivé en caravane à la lisière de la forêt, il faut encore que je lise des livres sur les arbres. J’aime bien sentir le sous-bois dans les livres, car leur papier provient de forêts étrangères. »

Le passage du temps et des saisons prend une importance qui sublime le quotidien dans la caravane, à travers les occupations d’une grande simplicité qui occupent le peintre. Il y a quelque chose de réconfortant dans l’écriture de Gyrðir Elíasson, quelque chose de la belle et grande tradition de ces récits où la nature et le temps de vivre prennent toute la place. L’auteur cite d’ailleurs Thoreau et Gide en exergue de ses chapitres.

Le roman se déroule pendant deux saisons, l’été et l’automne. L’été étant une saison plus touristique, le peintre croise sur son chemin une mystérieuse femme en rouge, quelques estivants et le garde forestier. La belle saison se change en automne dans la seconde partie et le rythme du roman est tout de suite très différent. L’hiver approche et avec lui, le temps des décisions et la grande solitude de vivre au bord d’une rivière abandonnée pendant la froide saison.

Au bord de la Sandá est également un roman sur l’art, sur la création et sur la position des artistes dans la société. L’auteur initie une réflexion sur la place de l’art dans la vie quotidienne ainsi qu’un constat sur la différence qui peut séparer, isoler ou maintenir à l’écart ceux qui perçoivent le monde en ayant un côté artistique très fort et une vision plus simple des choses.

« Le fait de transférer ce qui vous passe par la tête sur une toile n’est tout simplement pas pris au sérieux au-delà d’un certain point, et c’est peut-être la réaction normale d’une société qui vise, ouvertement ou pas, à une réussite matérielle. »

L’homme du roman est confronté à une solitude et à un manque de relations humaines qui sont devenues « confortables » au fil des ans.

« Il semble que je n’arrive pas à établir ce contact avec qui que ce soit, qu’il s’agisse de ma soi-disant famille ou d’autres. À la limite, les arbres de la forêt me sont plus proches que les gens. »

Après avoir terminé la dernière page de ce roman, j’ai eu envie de le relire. Pour y rester un peu plus longtemps… J’ai noté une grande quantité de passages qui trouvaient un écho chez moi et me plaisaient particulièrement. L’auteur a une plume d’une beauté et d’une simplicité admirable, très reposante. Son roman donne envie de s’isoler, en pleine nature, pour aborder ce texte. Sa brièveté – à peine 160 pages – m’apparaît comme une des grandes forces du livre: il faut le savourer pleinement.

Un roman que je conseille assurément à ceux qui aiment la nature et aux lecteurs qui aiment prendre le temps de contempler. L’écriture de Gyrðir Elíasson devrait vous plaire! Pour ma part, j’ai très envie de découvrir les autres livres de l’auteur. Quant à Au bord de la Sandá, c’est une très belle découverte de mon côté et un grand coup de cœur! Elíasson a trouvé sa place dans ma bibliothèque auprès de mes auteurs de nature writing préférés!

Au bord de la Sandá, Gyrðir Elíasson, éditions La Peuplade, 160 pages, 2019

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Expo habitat

expo habitat photoElle a douze ans et autant de cabanes sur la câliboire de calvasse de câlasse de câlique de caltor de ferme, qu’elle a pourtant aimée plus que tout, sur les lignes de trappe, dans les traversées sinueuses où elle apprenait à marcher dans le noir, à dompter les pas inquiets, à habiter l’indépassable campagne.

Pour Marie-Hélène Voyer, chaque lieu est une manière d’être, une manière de dire – ou de taire. À travers un pays que l’on ne construit qu’en vivant, elle propose une formidable cavale poétique tout en épivardages, élancements, voyagements, enfargements et effarouchements. La voix ruse, se densifie, se transforme et s’adapte ; glisse la langue de l’enfance. Sur le mode de l’oscillation apparaissent une ruralité québécoise fascinante et angoissante, une urbanité creuse et décevante, et, ultimement, une boréalité salutaire.

Premier recueil de poésie de l’auteure, ce livre nous amène dans un univers où les mots et les images s’entremêlent, racontant des moments de vie sur la ferme familiale, de villages, de routes, de villes, de territoires. Sorte de journal poétique, Expo habitat raconte une enfance, un présent et une vision du passé.

Cette belle lecture commence sur les racontages d’une enfance à la campagne où voltigent des souvenirs imagés de champs, d’animaux, d’équipements de ferme. Une poésie où l’humour est souvent au rendez-vous.

Tombée du fenil
tu te réveilles sur le ciment
sonnée le front léché
par une vache
et tu découvres
quelque chose
comme la tendresse.

L’Auteure montre une belle maîtrise du texte et des sujets et nous offre de beaux jeux de mots très forts en image. C’est une poésie joyeuse, qui fait du bien et qu’on prend plaisir à lire. Le recueil nous propose 5 thèmes différents: Ferme familiale; Bic, village; Route, autoroutes, boulevard; Villes banlieues; Territoires et échappées. Chaque thème est un univers en soi.

Le temps traîne de la patte
prend des détours
brette un peu
dans le pareil au même
des chemins de terre
c’est que toutes les routes
sont faites en croix.
Je ne sais pas pourquoi. 

J’ai adoré cette lecture, c’est une forme de poésie qui me touche particulièrement et que j’aime lire. Un texte très imagé me plaît beaucoup. Ici, on « voit » littéralement ce qu’elle décrit. Comme l’air de la campagne, ce premier recueil est très rafraîchissant. Il nous transporte dans différents moments de l’enfance, avec sa vision poétique des choses. La façon dont elle a perçu ce qui l’entourait quand elle était petite et à mesure qu’elle grandit. C’est à la fois coloré et très beau.

L’auteure aborde l’amour de la nature, de la campagne et de la vie rurale. Elle y parle autant de la période des foins sur la ferme, du travail à l’érablière que de la trappe. Écrit dans une langue qui nous est familière, pleine de souvenirs et très proche de nous,  c’est un recueil particulièrement plaisant à lire puisqu’on se sent interpellé par une langue qui nous ressemble.

Le texte m’a semblé plus vaste, plus oxygéné lorsqu’il aborde la campagne que lorsqu’il parle de la ville. Cependant, la campagne n’est jamais loin. Les mots de Marie-Hélène Voyer habitent l’espace et nous touchent.

Une auteure à lire et à découvrir. Un très beau moment de lecture pour moi.

Expo habitat, Marie-Hélène Voyer, éditions La Peuplade, 176 pages, 2018

96 Bric-à-Brac au bord du lac

bric a brac au bord du lacQue disent les objets ? D’abord il y a le BOUM du petit cœur qui est grand de l’enfance. Suit l’ère des made in, articles du quotidien, chéris ou rêvés, brisés ou usés, recyclés ou partagés, retentissant en BANG, VLAN ou SMASH. Dans ce fabuleux bazar d’écrire se déballe un théâtre poétique unique, tiraillé entre une volonté incontestable d’éviter l’accumulation de la surconsommation et son revers, l’attachement aux choses qui font sourdre la langue, qui illuminent ce qui est, et réveillent la tendresse du bord du lac.

J’adore la poésie de Charles Sagalane que j’ai découvert avec 47 atelier des saveurs, un recueil de poésie qui a une place importante dans ma bibliothèque. J’aime énormément son travail et je possède la plupart de ses ouvrages. Sa poésie est particulière, elle est ancrée dans le quotidien et il réussit à travers ses mots, à donner de la grandeur aux toutes petites choses. Il sait manier la plume avec aisance, parfois un brin d’humour et beaucoup de sensibilité. Il a une façon de percevoir ce qui l’entoure qui me touche particulièrement. Il y a des auteurs, comme ça, qui viennent nous chercher plus que d’autres. Pour moi, Sagalane est un auteur qui incarne parfaitement la beauté d’une poésie contemporaine tout en tournant son regard vers le passé et les souvenirs. C’est réconfortant de le lire. Et comme chaque fois, j’ai envie de tout noter dans ses livres, puisque certains passages sont si beaux, si imagés et si parlants.

Bric-à-Brac au bord du lac raconte la poésie des objets, des choses accumulées au fil du temps, offertes, données, prêtées, les choses issues d’un « musée personnel » d’articles, un héritage de choses et d’autres. J’ai aimé comprendre certains choix de mots, comme ce nom de plume hérité d’un savoureux mélange de noms. Les jeux de mots, qui puisent dans la petite histoire familiale ou dans les souvenirs, qui font resurgir des choses qui ont été et qui ne sont plus. Un bagage du passé que l’on redécouvre à travers ces objets. Et souvent, un brin d’humour.

« Qui a semé le vent récoltera l’abri Tempo. »

D’outils qui ont durement travaillés, en passant par un globe terrestre où certains pays n’existent plus, le bric-à-brac cache autant de joyeux souvenirs que de moments nostalgiques. Il y a ce bâton CCM autographié, du temps où notre équipe de hockey gagnait encore des Coupes Stanley, le charme du catalogue Sears et toutes ces reliques d’un monde révolu.

L’auteur s’amuse aussi à créer un manifeste et des « lois » autour de la conservation des objets. Collectionner, accumuler, consommer, c’est tout autant une poésie qu’une critique de la société. Juste pour lire sa Harangue contre les consommastheures, ce livre en vaut la peine. Ce texte montre à quel point notre façon de consommer est détournée de la réalité.

« Ça fait pas si longtemps que les objets ont perdu de vue leur fabricant. On a attrapé ça je sais pas comment, la misère de pitonner pis payer, livrer pis déballer, effleurer pis jeter. […] Ça fait pas longtemps qu’on a désengendrer les objets. Dans le temps, personne aurait songé à entasser chez lui des fantaisies qu’on rapaille à crédit. »

Le livre est construit en plusieurs parties, avec un texte bien souvent éclaté: grosseur des caractères qui changent, titres ludiques, texte particulier, etc. Jouer avec les mots n’a jamais aussi bien démontré qu’avec ce livre. Il y a même une section poésie sous forme de devinettes! De quoi trouver son compte dans ce recueil si particulier et si parlant!

« rien ne sert 
d’acquérir

il faut se départir
à point. »

Avec 96 Bric-à-Brac au bord du lac, Charles Sagalane dresse un inventaire de choses accumulées au fil du temps, de petits héritages familiaux, d’objets du passé qui parlent aussi au présent. Il joue avec les mots, il utilise l’humour et le souvenir comme moyen de remonter le temps. Il nous parle des objets sous toutes leurs formes et de notre façon de se les procurer au fil des générations, de les transmettre, de les utiliser, de les jeter, ainsi que de notre attachement pour certains d’entre eux.

Un livre à découvrir et surtout, un auteur qu’il faut lire absolument! Que ce soit ce livre ou un autre, Sagalane est un poète qui nous offre toujours un grand bonheur de lecture.

96 Bric-à-Brac au bord du lac, Charles Sagalane, éditions La Peuplade, 240 pages, 2018

Les Bleed

Les Bleed (2)À Mahbad, la famille Bleed règne depuis trois générations. Le dernier-né, Vadim Bleed, sollicite un second mandat lors d’une élection présidentielle aux allures de spectacle à grand déploiement. Ce n’est qu’une formalité, après tout : la journée est réglée au quart de tour, et si quelques bulletins de vote disparaissent, ce ne sera pas la fin du monde. Mais les événements tournent mal. Sur la Place de la Révolution et dans les rues de Qala Phratteh, de violents affrontements éclatent alors que la population réclame un nouveau gouvernement. Les résultats du scrutin se font attendre, les forces de l’ordre fourbissent leurs armes, et Vadim Bleed manque à l’appel. Son père, Mustafa Bleed, éminence grise ou pantin désarticulé, croyait pourtant avoir les choses en main.

Je trouve intéressant, parfois, de sortir de sa zone de confort en lisant autre chose que ce qu’on a l’habitude de lire. C’est pourquoi, lorsque j’ai reçu Les Bleed, j’ai décidé de le lire même si je n’avais pas choisi ce livre. Je ne connais pas du tout l’auteur, mais j’aime ce que publie La Peuplade en général. Cet éditeur est au centre de beaucoup de mes lectures « coups de cœur ».

Présenté comme un thriller politique, Les Bleed raconte la longue déchéance d’une dynastie politique, perpétuée de père en fils depuis trois générations. À la tête du pays, le clan Bleed, dont les femmes sont les grandes absentes, dirige tout (ou manipule tout). Mais le dernier né, Vadim, en quête d’un second mandat, n’est pas à la hauteur de l’héritage familial.

« C’est une chose d’être dirigé par un farouche dictateur, c’en est une autre de l’être par l’ombre absente de son héritier. »

Le roman de Dimitri Nasrallah est un récit à deux voix, en alternance: d’un côté Vadim, qui brille la plupart du temps par son absence et son je-m’en-foutisme de la machine électorale (alors qu’officiellement c’est lui qui doit être réélu) et son père Mustafa, qui tire les ficelles du jeu politique et magouille pour redonner à nouveau à la famille Bleed son prestige.  On réalise vite en lisant le roman que sous les apparences, l’empire politique n’est qu’une vaste supercherie en train de couler et ce, même si les Bleed dirigent tout, changent les livres d’histoire à leur convenance et n’hésitent pas à perdre quelques boîtes de vote ou à faire tomber des têtes qui dérangent.

Le père, Mustafa, dirige dans l’ombre avec le souvenir de son propre père comme ayant grandement accompli pour le pays alors que la population demande la fin du règne de la famille Bleed. Vadim, lui, est un adulte qui n’a pas grandi. Toujours partant pour faire la fête, il voyage en avion comme on prend le métro, baigne dans la drogue et est grisé par la vitesse. En parallèle de leurs doléances mutuelles, le roman est entrecoupé d’extraits de blogues, de journaux, d’articles d’opinion. C’est à travers le cri du peuple que se dessine la révolte qui tournera à la guerre civile. Cette construction permet d’être dans la tête des personnages principaux et de vivre avec la population, le déchirement d’une élection qui ne semble pas avoir de fin.

« Je connais ce pays depuis sa construction, j’ai traversé son histoire à travers six déclarations d’état d’urgence, une guerre civile et d’innombrables défilés de la victoire. Les jeunes d’aujourd’hui sont incapables de se souvenir de ce qui s’est passé le mois dernier. Et, si vous voulez le savoir, c’est la raison pour laquelle nous avons nos problèmes actuels, selon moi. »

Je dois l’avouer, je m’attendais à plus de thriller et un peu moins de politique avec ce roman . Je ne vais pas d’emblée vers des ouvrages de politique, même de fiction. C’est sans doute l’un de sujets qui me passionne le moins. Le roman se lit bien, c’est accessible, même pour ceux qui ne sont pas férus de politique. On assiste aux coulisses du pouvoir, à la mise en place d’une dictature, aux dessous d’une élection qui vire à la guerre civile. Ça reste tout de même intéressant, mais ça ne m’a pas passionnée plus que ça. Ce n’est pas vraiment un sujet pour moi.

Cependant, je crois qu’il existe assez peu de romans qui tourne autour de l’univers politique, d’une dynastie politique comme celle qui nous est racontée dans Les Bleed. C’est donc un livre que je pourrais suggérer à quelqu’un qui s’intéresse à la politique. Moi, je suis plutôt passée à côté.

Les Bleed, Dimitri Nasrallah, éditions La Peuplade, 272 pages, 2018

Borealium tremens

borealium tremensDavid Gagnon veut rénover la Maison brûlée, dont il hérite à la mort de son grand-oncle, une maison-fantôme comme les autres dans le fond d’un rang de Saint-Christophe-de-la-Traverse. Il veut aussi y cultiver la terre et y terminer son roman, malgré les menaces d’expropriation, les voix qui vibrent, les hallucinations, les racines qui gagnent du terrain, les tiques et l’hiver féroce. Engoncé dans son tombeau de bois pourri, dans l’alcool et dans les archives de sa famille, le jeune écrivain est appelé à accomplir la prophétie sauvage, celle qui avait autrefois animé Auguste et plusieurs autres avant lui, et qui animera ceux qui ne sont pas encore nés.

J’ai adoré ce roman de Mathieu Villeneuve. J’avais beaucoup d’attentes. Le titre, le thème, le sujet et la publicité me donnaient une bonne impression du roman. Je n’ai vraiment pas été déçue, bien au contraire!

Voilà un livre étrange, intrigant, inquiétant, plein de bois, de terre, de folie. Un livre qui ne plaira certainement pas à tout le monde, mais qui a été un beau coup de cœur pour moi. Borealium tremens (sorte de folie du nord) s’inspire de l’expression delirium tremens, état délirant associé au sevrage d’alcool. Ici, c’est toute la folie qui s’empare de David, alors qu’il hérite d’un bout de terre, au Saguenay. Le bois, la vieille maison brûlée, l’alcool en quantité, la folie… tout devient le cadre parfait pour que quelque chose d’étrange et d’inquiétant se produire. David prend possession de la maison et repousse tout et chacun pour partir en quête de ses ancêtres, cultiver son lopin de terre envahi par les peupliers et rénover une maison qui s’effondre de plus en plus.

Ce roman est étrange parce que l’histoire qui débute normalement, commence peu à peu à s’enfoncer dans les délires de David, reliés aux légendes, aux croyances, aux traces laissées par ses ancêtres. On ne sait plus ce qui est réel de ce qui ne l’est plus, mais c’est cet aspect si particulier qui fait de ce livre un vrai envoûtement. J’ai adoré l’écriture, l’odeur de bois, qui se dégage de ces pages. Les lieux sont tellement imagés et bien décrits qu’on s’y croirait. C’est un roman de la terre version contemporaine, où l’ombre des contes ainsi que les esprits des premiers colons planent quelque part au-dessus des pages.

C’est un roman maîtrisé, particulier, que j’ai vraiment aimé. Naturellement, il faut être prêt à être déstabilisé par le texte, à se laisser porter par la folie de David pour l’apprécier. Chaque fois que je m’installais avec ce roman j’avais l’impression de partir très loin et j’ai vraiment adoré cette lecture.

« Dans les campagnes du nord du lac Saint-Jean, les souvenirs hantent le présent, les morts de la route arpentent les fossés, les maisons anciennes appartiendront toujours à ceux qui les ont bâties. Le poids de toute l’Amérique profonde, sa démesure, sa solitude, voûte les épaules, creuse les joues, durcit les regards. La neige et les canicules donnent soif toute l’année. Le Nord, ici, est la frontière du monde. » 

Un coup de cœur pour ce livre si particulier, si prenant, à la fois étrange et un peu inquiétant. À découvrir assurément!

Borealium tremens, Mathieu Villeneuve, éditions La Peuplade, 366 pages, 2017