Nous étions le sel de la mer

Ce matin-là, Vital Bujold a repêché le corps d’une femme qui, jadis, avait viré le cœur des hommes à l’envers. En Gaspésie, la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. Les interrogatoires dérivent en placotages, les indices se dispersent sur la grève, les faits s’estompent dans la vague, et le sergent Moralès, enquêteur dans cette affaire, aurait bien besoin d’un double scotch.

Nous étions le sel de la mer est un livre dont j’entends parler depuis très longtemps. J’avais beaucoup d’attentes et j’espérais moi aussi être emballée par ce livre. En fait, j’ai adoré cette lecture qui nous amène littéralement en Gaspésie. On sent l’odeur de la mer, le bruit des vagues, l’atmosphère des petits villages, les histoires de pêche et les secrets bien enfouis.

Dans ce roman, qu’on pourrait qualifier « d’enquête policière poétique », on suit plusieurs personnages qui vivent en Gaspésie ou qui viennent d’y arriver. Il y a les pêcheurs, le restaurateur, le curé, l’aubergiste, la touriste. Catherine se promène sur la plage, fait la connaissance des gens qui vivent au bord de la mer et reste discrète sur son passé. Chacun a ses motivations et ses secrets. La mer est là, offerte aux pêcheurs, propice à la réflexion ou tombeau pour certains marins malchanceux. C’est un lieu qu’on ne peut fuir, beau, tragique, bouleversant. La façon qu’a l’auteure de raconter la mer, la façon dont ses personnages la perçoive et ne peuvent s’en détacher, donne aux lieux une impression enveloppante. J’ai adoré cette ambiance. 

« Cyrille, il disait que la mer était une courtepointe. Des morceaux de vagues attachés par des fils de soleil. Il disait qu’elle avalait les histoires du monde et les digérait longuement, dans son ventre cobalt, pour n’en renvoyer que des reflets déformés; il disait que les événements des dernières semaines sombreraient lentement dans la pénombre de la mémoire. »

Ce matin-là, on repêche dans les filets le corps d’une femme, connue pour sa fougue, son esprit d’aventure, ses longs départs en bateau et sa propension à virer le cœur des hommes à l’envers. Ce décès bouleverse tout le monde: les hommes qui l’ont aimée, celle qui la recherche, les autorités. Débarque alors l’enquêteur Joaquin Moralès, mexicain de Longueuil, qui essaie de dénouer les fils de ce décès tout en essayant de garder la tête hors de l’eau alors que son couple part à la dérive… Pas toujours très habile, ayant un tout autre mode de vie en ville et perturbé par ce qui se passe dans sa vie personnelle, il a l’impression d’arriver dans un autre monde qu’il ne comprend pas. Ses méthodes ne fonctionnent pas et on apprend peu à peu, au fil des pages, à connaître cet inspecteur un peu brusque et maladroit, arrivé un beau jour du Mexique. Malgré sa rudesse, j’ai aimé ce personnage car il est différent de ceux que l’on retrouve dans les livres policiers. En fait, tout le roman est différent de ce qu’on s’attend à voir dans un roman d’enquête. C’est sans doute pour cela qu’il m’a autant plu. J’aime aussi beaucoup le titre si poétique et imagé du roman. Nous étions le sel de la mer

« La Gaspésie, c’est une terre de pauvres qui a juste la mer pour richesse, pis la mer se meurt. C’est un agrégat de souvenirs, un pays qui ferme sa gueule pis qui écœure personne, une contrée de misère que la beauté du large console. Pis on s’y accroche comme des hommes de rien. Comme des pêcheurs qui ont besoin d’être consolés. »

Le ton est intrigant. Les dialogues sont colorés, bien de chez nous. C’est vivant. Les chapitres se promènent à travers le temps et les personnages. Peu à peu, on découvre l’histoire de la région et surtout de ses habitants. J’ai tellement aimé ce roman! La plume unique de Roxanne Bouchard, sa façon de raconter la mer et le cœur de ses personnages. C’est beau, coloré, doux-amer, un brin mélancolique, juste ce qu’il faut pour avoir l’impression de vibrer au rythme des vagues et des événements. Le genre de livre qu’on a envie d’étirer un peu, pour y rester plus longtemps. Heureusement, les deux autres enquêtes de Moralès m’attendent dans ma pile à lire. Je suis très emballée par cette série et j’ai bien hâte de lire les autres romans.

À découvrir, assurément!

Nous étions le sel de la mer, Roxanne Bouchard, éditions VLB, 360 pages, 2014

Justice indienne

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d’enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C’est là qu’intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à cœur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés. Lorsqu’une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Justice indienne est bien plus qu’un roman policier ou d’enquête. C’est une histoire qui nous plonge au cœur d’une réserve autochtone avec tous les défis auxquels fait face la communauté. L’auteur d’ailleurs, est membre de la nation lakota sicangu et ses personnages le sont aussi. On sent qu’il aborde des thèmes qui lui sont chers et qui sont importants pour lui et les siens. Il parle de nombreux sujets d’actualité sur la vie des autochtones, que ce soit sur la réserve ou à l’extérieur, sur leur façon de tenter de se reconstruire. C’est sans doute l’aspect le plus intéressant et important du roman. 

« Autrefois, avant Christophe Colomb, il n’y avait que des Indiens ici, pas de gratte-ciel, d’automobiles, de rues. Bien entendu, on n’utilisait pas les mots « indien » ou « amérindien », à l’époque; nous étions seulement des gens. Nous ne savions pas que nous étions soi-disant des ivrognes, des paresseux ou des sauvages. Je me demandai comment ce serait, de vivre sans ce poids sur ses épaules, sans le poids des ancêtres assassinés, de la terre volée, des enfants maltraités, le fardeau qui pesait sur tous les Amérindiens. »

L’histoire raconte le quotidien de Virgil, qui élève seul son neveu. Sa sœur étant décédée, il a accueillit l’enfant, devenu maintenant un adolescent de quatorze ans. Virgil s’est assagi au fil du temps. Il a cessé de boire et essaie d’être présent pour son neveu. Déçu par ce qu’il a vécu, il a repoussé une partie des coutumes ancestrales de la réserve et tente encore de se retrouver entre ce qu’il est, comme autochtone, et ce qu’il souhaite devenir. La vie sur la réserve n’est pas facile tous les jours. Les habitants sont les grands oubliés du système en place, qu’il soit médical, politique ou judiciaire. 

Comme la vraie justice est inexistante sur la réserve – la justice tribale n’a aucun vrai pouvoir et la justice américaine s’en balance – Virgil agit comme « homme de main ». Il casse quelques bras et jambes quand il est temps de faire comprendre à quelqu’un qu’il a dépassé les bornes. Il s’en prend aux violeurs, aux batteurs de femmes, aux gars violents, aux profiteurs ou à ceux qui font souffrir les autres. Il sert de justicier pour ceux qui sont oubliés par le système judiciaire. Quand une nouvelle drogue apparaît dans la réserve, Virgil est mandaté pour s’en occuper et tenter de retrouver un homme de la réserve qui utilise sont statut d’autochtone pour faire entrer plus facilement la marchandise dans la région. Son enquête prend tout de suite une autre tournure lorsque c’est Nathan, son neveu, qui est arrêté. Ce combat contre les trafiquants de drogue devient alors une bataille personnelle.

Dans son roman, l’auteur parle énormément de la culture et des cérémonies lakotas: la hutte de sudation, la cérémonie d’attribution de nom lakota, le yuwipi, les winter counts, entre autres. Virgil cherche sa place entre les traditions de son peuple et la vie américaine. Toutes ces informations sur la vie dans la réserve, la spiritualité des lakotas et leur culture apportent énormément au roman et en font une lecture vraiment très intéressante. Oui, il s’agit d’un roman policier, puisqu’il y est question d’enquête, de cartels de drogues et de la façon dont la justice est faite sur la réserve, mais c’est à une véritable plongée dans le quotidien d’une réserve autochtone que nous convie l’auteur.

De plus, l’enquête au cœur d’un cartel de drogue est bien menée, avec juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous garder en haleine. J’avais beaucoup de difficultés à lâcher ce roman très prenant. Nathan et Virgil, malgré leurs erreurs, sont sympathiques et on veut, tout comme les personnages, tenter de comprendre les dessous de cette affaire de drogue. Afin de sauver la peau de son neveu, et lui éviter d’être jugé comme un adulte, Virgil creusera là où il ne pensait certainement pas aller. Il déterre aussi de vieux fantômes et des blessures passées. Au fond, lui et son neveu se ressemblent beaucoup et vivent des choses semblables. 

« Il n’y a pas de mot pour dire adieu en lakota. Voilà ce que ma mère me répétait. Bien sûr, il existe des mots comme toksa, « plus tard », que les gens utilisent comme substitut moderne. Elle m’avait dit que les Lakotas n’avaient pas de terme pour l’adieu parce que nous étions connectés pour toujours. Dire adieu signifierait que le cercle était brisé. »

J’ai adoré découvrir la culture lakota ainsi que les croyances. Pour Virgil, il est parfois difficile d’y adhérer, mais les événements auxquels il doit faire face vont lui apporter beaucoup pour renouer avec les gens de sa réserve et celui qu’il est en tant qu’autochtone. Il y a une belle évolution du personnage. D’autres apportent aussi un regard neuf, comme l’amie de Virgil, Marie ou le cuisinier qui tente de remettre au menu la cuisine traditionnelle autochtone au lieu des cochonneries américaine dont tout le monde s’empiffre. L’approche de l’auteur face à sa propre culture, à ce qui se perd et au travail qui est fait par des gens de la communauté pour se réapproprier leur identité, est vraiment passionnante. 

Bien plus qu’un simple roman d’enquête, Justice indienne est définitivement un grand roman!

Justice indienne, David Heska Wanbli Weiden, éditions Gallmeister, 416 pages, 2021

Sur les ossements des morts

Janina Doucheyko vit seule dans vin petit hameau au cœur des Sudètes. Ingénieure à la retraite, elle se passionne pour la nature, l’astrologie et l’œuvre du poète et peintre William Blake. Un matin, elle retrouve un voisin mort dans sa cuisine, étouffé par un petit os. C’est le début d’une série de crimes mystérieux sur les lieux desquels on retrouve des traces animales. La police mène l’enquête. Les victimes avaient toutes pour point commun une passion dévorante pour la chasse

J’ai choisi ce roman car il m’intriguait beaucoup. Le résumé laisse planer quelque chose de mystérieux et d’inquiétant. J’avais très envie de découvrir ce que c’était, d’autant plus que je ne connaissais pas du tout l’auteure, Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature en 2018. 

Ce que je retiens essentiellement de cette lecture, c’est son atmosphère si particulière. Des chalets plantés sur un plateau au cœur des Sudètes, des gens qui vivent doucement, se passionnent pour des choses simples comme l’entomologie, la traduction de poésie ou les longues promenades dans la nature. Le tout baigne peu à peu dans une brume un peu mystérieuse et inquiétante, lorsqu’un premier corps, puis un second, puis encore un autre sont découverts. Au centre de l’intrigue, une vieille femme, professeure, qui s’occupe des maisons de saisonniers qui viennent habiter dans le coin quelques mois par année. C’est elle qui découvre les corps. C’est avec elle également que nous suivons le développement de l’affaire et la vie quotidienne sur ce plateau un peu à l’écart du monde. 

« La vie st une sorte de champ d’expérimentation d’une extrême exigence. Tout compte dans une vie, tout ce qu’on entreprend, aussi bien nos pensées que nos actes, non pas à cause d’un châtiment futur ou d’une récompense, mais parce qu’ils servent à construire notre monde. »

Janina Doucheyko est un personnage particulier. On l’imagine sans mal, se promener dans de longs lainages, s’occuper de son petit coin du monde, converser avec ses voisins et ses amis. C’est aussi une femme qui a des convictions et n’hésite pas à harceler les policiers pour faire connaître ses opinions. Elle sème des lettres à tout vent pour partager son point de vue et ce qui la choque. La nature lui est importante. Elle est végane, contre la chasse, détonne un peu dans son entourage, même si elle a des amis qui la soutiennent. Par moments, je comprenais son point de vue et ses idées sur la nature, ainsi que ce sentiment d’impuissance quand les autorités ne font rien face à des désastres écologiques. Par moments aussi je la trouvais aussi un peu agaçante.

Le roman rappelle le polar, de par sa construction ascendante vers le mystère, mais ce n’en est pas tout à fait un non plus, à cause de la façon dont l’intrigue se déroule. Du moins, ce n’est pas un polar au sens propre, comme on peut s’y attendre. L’histoire met en scène des sujets assez rares pour ce type de roman: le droit animal, la chasse, le véganisme. J’ai par contre trouvé le propos un peu trop tranché. Tout n’est pas que noir ou blanc, que l’on soit végane ou chasseur. L’histoire, cependant, va aussi au-delà de cela en abordant la question humaine et son rôle dans la nature. Il y a des propos intéressants dans ce roman.

L’écriture m’a beaucoup plu. Elle est à la fois poétique et intelligente. C’est un roman qui est vraiment bien écrit, la traduction est aussi très agréable à lire. J’ai lu de nombreux chapitres avec beaucoup d’intérêt, mais quelque chose m’a fait un peu décrocher au fil de ma lecture. Le personnage principal est une adepte d’astrologie, qui crée des horoscopes et consulte les cartes du ciel. Si, au début du roman, elle n’en parlait que de façon anecdotique, plus le roman avance, plus elle se lance dans de longs monologues sur l’alignement des planètes et sur les événements qui y sont rattachés et qui suivent forcément l’influence des astres. Elle tente même de partager sa passion aux autres personnages, qui n’en ont aucun intérêt. Comme moi. 

« Si la police tenait compte des remarques des astrologues, cela permettrait à de nombreuses personnes d’échapper au malheur. »

C’est dommage parce que cette caractéristique, qui n’apporte finalement pas grand chose à l’intrigue, m’a peu à peu lassée. Ça crée un flottement au centre du livre qui m’a donné l’impression de perdre un peu le fil du roman et d’avoir envie de le terminer plus rapidement, juste pour connaître la fin. C’est donc avec un sentiment partagé que j’ai refermé ce roman. J’ai aimé l’aspect intrigant et mystérieux, j’ai adoré l’écriture et l’atmosphère dans laquelle baigne le livre, mais d’autres points m’ont parfois ennuyée. Malgré tout, j’ai été contente de découvrir ce roman qui donne tout de même à réfléchir. D’autant plus qu’il s’agit de ma première incursion dans la littérature polonaise.

Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk, éditions Libretto, 288 pages, 2020

Si ça saigne

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Si ça saigne: un recueil de quatre nouvelles de Stephen King. Quatre excellentes nouvelles dont l’une est la suite directe du roman L’Outsider. J’avais tellement aimé ce roman que j’étais très heureuse de retrouver Holly, Jerome, Ralph, Barbara et plusieurs références à l’enquête. Cette histoire de L’Outsider est vraiment très prenante et très originale. Si vous n’avez pas lu le roman, j’en profite pour vous le suggérer. C’est une atmosphère inquiétante qu’on a beaucoup de mal à lâcher! J’étais donc très contente de voir qu’une nouvelle faisait suite à cette histoire. Holly est un personnage différent et attachant. Je crois que Stephen King avait hâte d’y revenir aussi, surtout si je me fie à sa note en fin de recueil. Je me suis donc un peu retenue pour ne pas me lancer dans la troisième nouvelle du livre et plutôt les lire dans l’ordre de présentation. 

Voici un petit résumé des quatre histoires de ce recueil: 

Le téléphone de M. Harrigan
Cette nouvelle se déroule au tout début des nouvelles technologies. Craig est un jeune garçon engagé par son nouveau voisin Harrigan pour lui faire la lecture et s’occuper de ses plantes. L’homme lui offre un petit salaire (de radin, selon le père de Craig) et quelques billets de loto de temps à autres. Quand Craig gagne, il offre un téléphone intelligent première génération à Harrigan qui va alors découvrir le « World Wide Web ». J’ai adoré cette histoire qui parle de plusieurs générations et de l’apprentissage des nouvelles technologies. Avec un petit frisson en prime! 

La vie de Chuck
Cette nouvelle débute alors que nous sommes dans un monde apocalyptique, où partout des affiches apparaissent: « Charles Krantz. 39 années formidables! Merci, Chuck! » Si le début est un peu déstabilisant, la suite est à la fois belle, triste et terrifiante. Cette histoire est très intéressante à cause de sa construction atypique. Elle est présentée de façon antichronologique en trois parties, qui racontent des moments précis de la vie de Chuck.

Si ça saigne
C’est l’histoire que j’attendais avec le plus d’impatience, puisqu’elle reprend le contexte de L’Outsider, quelques temps après. On retrouve donc Holly et les autres, ainsi que l’agence Finders Keepers. Une explosion dans un collège qui fait plusieurs victimes trouble énormément Holly. Dans le secret, elle va donc se pencher sur cette affaire et faire quelques recherches. Dans le même genre que L’Outsider, cette nouvelle est pleine de rebondissements. J’ai adoré! Ça se lit tellement bien et c’est très prenant. 

Rat
Drew est professeur. Il a publié quelques histoires et quand il s’est essayé à un roman quelques années auparavant, il a sombré dans la dépression et a failli mettre le feu à sa maison. Quand il annonce à nouveau à sa femme qu’il a une idée de roman et va partir un mois au chalet de son père pour écrire, elle est soudainement très inquiète… et avec raison! Une histoire incroyable et inquiétante. J’aime toujours beaucoup quand King met en scène des écrivains. 

Plus je lis King, plus je l’aime! Qu’il écrive des romans, des nouvelles, qu’il tende plus vers le fantastique ou l’horreur, il me surprend toujours. Les quatre nouvelles sont bonnes, étonnantes et variées, tant dans la construction que dans le thème, même si certaines choses reviennent toujours un peu chez King, peu importe ce qu’il écrit. Il parle beaucoup des nouvelles technologies par exemple. Avec la première nouvelle, c’est le tout début des téléphones intelligents et de la découverte des possibilités. Dans Si ça saigne, on est au cœur de l’informatique et de tout ce qui nous est offert présentement. J’aime définitivement beaucoup King parce que ses écrits s’insèrent parfaitement dans notre époque, sont de vraies critiques de notre société, mais toujours aussi avec un petit côté nostalgique du temps passé. Ça me plaît énormément!

« Maintenant, je pourrais croire à tout et n’importe quoi, je pense, des soucoupes volantes aux clowns tueurs. Car il existe réellement un deuxième monde. Et il existe parce que les gens refusent d’y croire. »

La nouvelle n’est pas toujours un genre privilégié par plusieurs lecteurs. C’est dommage mais si vous n’aimez pas les nouvelles, King pourrait être une très bonne façon d’aborder ce genre. Il est bon pour en écrire car elles sont tellement longues, complètes et descriptives, qu’on dirait de petits romans.

« Et quand on grandit dans un endroit sans feux rouges, avec des routes de terre, comme Harlow, le monde extérieur est un endroit étrange et attirant. »

De mon côté, j’ai passé un excellent moment avec ce recueil. C’était vraiment très très bon, si bien que j’avais beaucoup de mal à le lâcher, ne serait-ce que pour aller travailler… King me fait toujours cet effet. C’est drôle parce que lorsque j’étais adolescente, King était aussi très à la mode. Ses livres me faisaient très peur et je n’arrivais pas à le lire. Mais aujourd’hui, il aborde tellement de sujets, joue avec tellement de styles différents, que plus je le découvre, plus j’adore le lire, qu’il s’agisse de ses premiers livres ou des plus récents.

« La réalité était profonde. Lointaine. Elle renfermait d’innombrables secrets et ne connaissait pas de limites. »

Je vous conseille donc fortement la découverte de Si ça saigne. Si vous avez déjà lu (et aimé) L’Outsider, n’hésitez même pas! C’est un bonheur de retrouver Holly et le même univers que le roman. Bonne lecture! 

Si ça saigne, Stephen King, éditions Albin Michel, 464 pages, 2021

L’hôtel de la Dernière Chance

L’hôtel de la Dernière Chance est un endroit très particulier ; le jardin y est probablement enchanté, les murs ne se contentent pas d’avoir des oreilles, ils peuvent aussi parler, et le garçon de cuisine, Seth Seppi, a empoisonné par mégarde le sorcier le plus important du pays ! Mais si le jeune garçon est le suspect numéro 1, le bâtiment grouille de magiciens aux pouvoirs tous plus loufoques les uns que les autres… et chacun avec une excellente raison de faire le coup ! 

Ce roman m’a tout de suite interpellée. La couverture est attirante et l’histoire d’un jeune garçon de cuisine accusé d’un crime qui rappelle les meurtres en chambre close, me plaisait bien. D’autant plus que l’hôtel de la Dernière Chance est le lieu d’un étrange regroupement de… sorciers!

Seth travaille aux cuisines de l’hôtel dirigé par Nora et Horace Miche, depuis que le père de Seth n’est plus. Ancien chef cuisinier du temps où l’établissement affichait toujours complet, c’est Henri Moisi qui l’a remplacé. Seth lui vient en aide. Il est très compétent et pendant ses temps libres, il cuisine aussi, même si c’est de façon non-officielle. Seth n’a pas la vie facile. Tiffany, la fille des propriétaires, le harcèle et profite de ses talents de cuisinier tout en usant de chantage pour obtenir ce qu’elle veut de lui. Henri Moisi quant à lui, passe son temps à médire sur le père de Seth.

« Le vœu le plus cher de Seth, c’était qu’un jour son talent de cuisinier lui permette de quitter cet endroit. Il aspirait à préparer le genre de plats qui attireraient des gens venus de loin. Comme son père autrefois. »

La vie de Seth se déroule la plupart du temps au fin fond des cuisines, à tenter de passer inaperçu. Quand il peut, il cuisine et s’échappe dans le magnifique jardin autour de l’hôtel, un jardin où l’on peut trouver tout ce dont on a besoin, même si ce n’est pas la saison. Quand de mystérieux invités se présentent à l’hôtel pour assister à un étrange événement nommé l’Épreuve, Tiffany force Seth à s’occuper des desserts à sa place. C’est alors que sa crème à l’abricot empoisonne le Dr Thallomius… un des plus grands sorciers de tous les temps!

« Les sorciers sont-ils vraiment devenus aussi rares? […] Les guérisseurs. Les gens qu’on consultait en cas de problème. À une époque, tout le monde connaissait la magie comme une force bénéfique. »

Seth découvre alors par le même fait que la magie existe et qu’il est accusé du crime d’un personnage très important dans sa communauté. Enfermé dans un placard à balai, étant sollicité par une invitée à qui Seth ne fait aucunement confiance, c’est avec l’aide de son chat Belladone que le jeune garçon va tout faire pour enquêter et trouver le véritable coupable. Quand il découvre un étrange carnet noir, les choses se compliquent un peu…

« La magie fait perdre la tête à beaucoup de gens. »

J’ai bien aimé cette lecture, assez intéressante, qui confronte deux univers: le nôtre et l’univers magique. Seth est un jeune garçon gentil et attachant, souvent coincé dans des situations qui le placent dans une position inconfortable voire dangereuse. Orphelin, il doit se débrouiller seul et n’a pas vraiment d’alliés.

Au fil de son enquête, Seth découvre que le Dr Thallomius avait de grands projets pour la communauté magique et qu’il est possible que ses idées ne fassent pas l’unanimité. Dans ce monde, la magie est en train de se perdre et la transmission familiale ne suffit plus. Il y a de belles trouvailles dans ce roman pour mettre en avant le monde de la magie. J’ai particulièrement aimé la carte de bibliothèque magique, très intéressante pour un amoureux des livres! Que ce soit au niveau des objets magiques que découvrira Seth, de certaines caractéristiques des gens ou de l’évolution des événements, l’histoire est portée par une enquête policière qui laisse présager le pire pour l’avenir de Seth.

Une bonne lecture, dont l’univers est plutôt intéressant! À noter qu’il existe un second livre de cette série mettant en vedette Seth: Le Phare du bout du monde. Il me tente bien, je le lirai sans doute l’été prochain puisque le livre a un petit côté très estival.

L’hôtel de la Dernière Chance, Nicki Thornton, éditions Michel Lafon, 350 pages, 2019