Le Baiser des Crazy Mountains

À la recherche d’inspiration dans un bungalow du Montana, le romancier Max Gallagher a la fâcheuse surprise de trouver sa cheminée bouchée. Il en retire un chiffon rouge : en fait, un bonnet de père Noël. Intrigué, et surtout frigorifié, il monte sur le toit jeter un coup d’oeil et découvre dans le conduit le cadavre d’une jeune femme. La victime s’appelle Cindy Huntington, une jeune star de rodéo disparue depuis des mois. A-t-elle voulu entrer dans le chalet par le conduit de cheminée, avant de se retrouver tragiquement coincée ? Ou a-t-elle été assassinée – mais quel serait le mobile de ce crime ? La shérif Martha Ettinger, aidée de Sean Stranahan, aquarelliste, pêcheur à la mouche et enquêteur à ses heures, se lance dans une investigation en terrain glissant. 

Voici la quatrième enquête de Sean et Martha: Le baiser des Crazy Mountains. J’adore cette série! Chaque fois que je découvre un nouveau titre, je sais que je vais passer un très bon moment de lecture. Sean est un ancien détective, reconverti en peintre, qui a reprit les enquêtes lors de son aménagement dans le Montana. On l’aime tout de suite! Martha est la chérif de la région, une femme qui ne s’en laisse pas imposer, mais qui gère parfois très mal ses aventures amoureuses. Elle est soupe au lait et grognon, mais c’est une bonne enquêtrice. Avec eux, il y a toute une équipe que l’on retrouve d’une enquête à l’autre et qu’on apprend à mieux connaître au fil du temps.

« Tu te prives d’un bonheur présent pour t’épargner de le perdre par la suite. Ce n’est pas une façon très courageuse de vivre. »

Dans les romans de Keith McCafferthy, les décors sont aussi importants que l’intrigue et ils nous amènent en pleine nature. On imagine très bien les lieux et souvent, les descriptions sont à la fois rudes et reposantes. La vraie nature sauvage du Montana! Les personnages sont attachants et souvent drôles, avec un petit côté décalé et des dialogues savoureux. Les enquêtes sont suffisamment complexes pour être captivantes, toujours dans un contexte de « nature writing » qui me plait particulièrement.

« Savourant à pleins poumons l’air des cimes, il laisse son regard se promener sur l’étang niché en contrebas du bungalow. Les berges sont frangées de glace, pas un brin de vent ne souffre, et la surface de l’eau reflète en taches lilas et fuchsia la voûte céleste de cette belle soirée printanière du Montana. »

Dans cette quatrième enquête, on retrouve le corps d’une jeune femme coincée dans la cheminée d’un chalet de location, avec un bonnet de père Noël. Cindy Huntington était portée disparue depuis des mois. Elle vivait dans un ranch un peu plus bas. Une adolescente comme tant d’autres. Cette affaire est intrigante surtout quand on découvre qu’il s’agit d’un meurtre, sans aucun mobile apparent. Sean est engagé par la mère de Cindy pour enquêter, pendant que Martha de son côté essaie de dénouer les fils de cette étrange et triste affaire, avec toute son équipe habituelle.

J’ai beaucoup apprécié cette enquête et j’aime énormément suivre les personnages d’une histoire à l’autre. Ici, l’auteur nous amène dans la vie sur un ranch. Parallèlement, nous découvrons certaines choses sur le chalet où elle est retrouvée, un lieu mis à la disposition de différentes personnes dans un contexte très particulier. L’enquête s’enlise et se complique, puisque plusieurs éléments qui semblent n’avoir aucun lien, se coupent et se recoupent. Il est intéressant de suivre Sean de son côté, pendant son enquête, alors qu’il devient très proche de la mère de Cindy; ainsi que Martha qui a un statut plus officiel en tant que shérif. 

Le dénouement est intrigant et l’auteur nous offre une galerie de personnages intéressants dont on veut connaître les faits et gestes afin de dénouer, nous aussi, toute cette étrange affaire. Le baiser des Crazy Mountains est un roman d’enquête en pleine nature, qui offre des dénouements inattendus et débusque de nombreux secrets… Même si cette enquête est la quatrième de la série, il est possible à mon avis de lire les livres séparément si on le souhaite. De mon côté, j’aime beaucoup suivre l’évolution des personnages d’un livre à l’autre, mais les enquêtes sont indépendantes et donc, se suffisent à elles-mêmes.

J’aime énormément Keith McCafferthy, qui me rappelle un peu les romans de William G. Tapply, trop tôt disparu. C’est toujours un plaisir de retrouver Martha et Sean. J’ai déjà hâte à la traduction de la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres livres de la série:

Le Baiser des Crazy Mountains, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 496 pages, 2021

En plein cœur

Three Pines, dans les Cantons-de-l’Est, est un petit coin de paradis. Un matin, durant le week-end de l’Action de grâce, Jane Neal est trouvée morte dans les bois, le cœur transpercé. Le réveil est brutal pour cette communauté tranquille, car ce qui pourrait n’être qu’un bête accident de chasse laisse perplexe Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec dépêché sur les lieux. Qui pourrait bien souhaiter la mort de Jane Neal, cette enseignante à la retraite, artiste à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village et qui dirigeait l’association des femmes de l’église anglicane ? En détective intuitif et expérimenté, Armand Gamache se doute qu’un serpent se cache au cœur de l’éden, un être dont les zones d’ombre sont si troubles qu’il doit se résoudre au meurtre. Mais qui ?

J’avais très envie de relire toute la série Armand Gamache enquête de Louise Penny et ce, depuis un bon moment. J’ai donc eu envie d’organiser un défi lecture: Un Penny par mois. C’est donc dans ce cadre que j’ai relu le premier volet des histoires se déroulant dans le petit village fictif de Three Pines. Il s’agit d’une troisième relecture pour moi. J’ai toujours adoré les livres de Louise Penny. Je l’avais découvert dans un article de journal à l’époque alors que ses romans n’étaient pas encore traduits. J’étais tellement contente quand une première traduction en français avait été annoncée. Je l’avais lu à sa sortie, en 2010. 

En plein cœur est la première enquête de l’inspecteur Armand Gamache. Elle se déroule à Three Pines, un petit village qu’on ne retrouve pas sur les cartes. C’est un lieu qu’on imagine magnifique, invitant, un petit village typique des Cantons-de-l’Est.

« Three Pines ne figurait sur aucune carte routière, trop loin des routes principales et même secondaires. Comme Narnia, on tombait généralement dessus par hasard, étonné qu’un village aussi âgé soit resté caché si longtemps dans cette vallée. Ceux qui avaient la chance de le dénicher en retrouvaient habituellement le chemin. L’Action de grâce, en octobre, était le moment parfait. L’air était habituellement pur et vif, les odeurs estivales des vieilles roses et des phlox étaient remplacées par celles, musquées, des feuilles d’automne, de la fumée de bois et de la dinde rôtie. »

Le ton est donné et l’ambiance bien en place. On a assurément envie de visiter Three Pines et de passer un moment avec les personnages imaginés par Louise Penny. Naturellement, cette série en est une d’enquêtes. Malgré les crimes et les meurtres – fortement concentrés pour un si petit village idyllique – l’écriture, la psychologie des personnages et de l’humain en général, la présence importante des fêtes et des saisons, nous donnent envie d’y rester.

En plein cœur raconte la découverte d’un corps dans les bois, dans la magnificence de l’automne. Jane, une ancienne institutrice appréciée dans sa communauté, est découverte sur un vieux sentier. La mort semble suspecte et c’est pourquoi on dépêche l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec sur les lieux, Armand Gamache. On aime tout de suite cet homme doux et gentil, fin psychologue, qui est cultivé, réfléchi, qui aime sa femme depuis trente-deux ans et prend soin de sa famille. Ça nous change beaucoup de tous ces inspecteurs de police tourmentés et alcooliques. Gamache et son équipe doivent donc élucider le crime. Mais qui donc, dans ce petit village chaleureux et charmant a bien pu vouloir la mort d’une gentille femme sans histoires?

En plein cœur est ce que l’on pourrait qualifier de polar réconfortant. C’est un roman où la psychologie humaine prend une grande place (comme toujours chez Louise Penny) et où les lieux agréables et réconfortants abondent: bistro très particulier qui donne envie de s’attarder, bonne bouffe, librairie, petite auberge, etc. Dans ses romans, l’art sous toutes ses formes et l’histoire prennent beaucoup de place. Ici, dans cette première enquête, il est surtout question d’artistes et d’arts visuels. On plonge dans une petite communauté d’artistes, on entrevoit leur travail et le statut différent de plusieurs des personnages qui sont artistes. C’est aussi une sorte d’hommage à l’art en général et aux émotions qu’il peut susciter. 

L’enquête s’intéresse aussi aux chasseurs, principalement à cause de l’arme du crime. L’automne, on le sait, les bois sont envahis par les chasseurs désireux de faire une belle prise. Il y a tout un monde qui gravite autour d’eux, du choix des armes, aux sentiers et à la façon de tirer. Il suffit de vivre dans un petit village où les camps de chasse sont légion pour y retrouver un peu de cette atmosphère automnale particulière. Gamache traque les criminels en s’attardant à la façon dont les gens se comportent entre eux.

« Je pense que bien des gens adorent leurs problèmes. Ça leur donne toutes sortes d’excuses pour éviter de grandir et de se mettre à vivre. »

Sans surprise, j’ai adoré ce roman, même après une troisième relecture. C’est pour l’atmosphère et les personnages si attachants (si imparfaits et si humains) qu’on lit Louise Penny. Un vrai plaisir! Il y a aussi une pointe d’humour que j’apprécie particulièrement dans ses livres.

« En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n’avait jamais, au grand jamais, entendu parler d’un crime. Si l’on verrouillait les portes, c’était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte. »

Mais c’est aussi pour les enquêtes, qui nous amènent à sonder un peu l’âme humaine. Dans ce livre, Jane était sur le point de présenter un tableau au grand jour, elle qui avait toujours été une artiste très discrète. C’est intéressant de découvrir ce que cachent ses motivations et les liens avec l’enquête.

Le village compte une petite librairie que l’on imagine aisément, surtout en tant que lecteur. Voisine du bistro de Gabri et Olivier, tenue par Myrna, cette librairie est un lieu fascinant. Gamache y trouve refuge, pour réfléchir et discuter. J’aime aussi beaucoup ces références littéraires que l’on retrouve dans le roman: Virginia Woolf, Herman Melville, W.H. Auden. 

« Le mal n’est jamais spectaculaire et toujours humain. Il dort dans nos lits et mange à nos tables. »

J’ai passé à nouveau un excellent moment à Three Pines et je suis très contente de faire ces lectures en compagnie d’autres passionnés avec le défi Un Penny par mois. C’est un vrai plaisir que de replonger dans les enquêtes de l’inspecteur Gamache, de retrouver le petit village, ses habitants gentils et sympathiques, même si tout n’est pas toujours parfait. Malgré les crimes et les enquêtes, ce sont des livres dans lesquels on se sent bien, ce qui est plutôt paradoxal, mais totalement réjouissant. Le texte mise beaucoup sur l’atmosphère et sur ce qui rend la vie agréable.

Un roman parfait en cette période de l’année. Si vous ne connaissez pas encore Louise Penny, c’est le moment de vous lancer! 

À noter qu’une série est en cours de tournage qui s’intitulera Three Pines. Il n’y a pas encore de date de sortie connue. Un livre de recettes est également prévu éventuellement. Plein de belles choses seront donc à découvrir prochainement autour de l’univers de Louise Penny, pour notre plus grand plaisir!

En plein cœur, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 416 pages, 2013

Stranger Things: Colo de sciences

Dustin passe ses vacances d’été dans une colonie scientifique au milieu des bois, et pour la première fois depuis longtemps, il est loin d’Hawkins et de ses amis. Tout en étant confronté à une bande de petits intellos despotiques qui cherche à l’intimider, il doit faire face à une menace bien plus importante : une sinistre silhouette masquée vient perturber le camp. Quand les moniteurs commencent à disparaître les uns après les autres, Dustin comprend qu’il ne pourra pas résoudre ce mystère seul. Mais arrivera-t-il à se mettre sur la même longueur d’onde que Suzie et les autres adolescents ?

Stranger Things Colo de sciences est une autre bande dessinée dans l’univers de la série télé présentée sur Netflix. J’attends d’ailleurs avec impatience la saison 4, dont la sortie est prévue pour 2022. Cette bande dessinée fait partie de celles offertes depuis un moment par Jody Houser. Avec d’autres collaborateurs, elle revisite les personnages de la série pour offrir des réponses à ce qu’on ne voit pas à l’écran. Ce qui s’est passé entre les saisons, ce qui est arrivé avant, ce genre de choses. Pour les fans, c’est toujours intéressant de découvrir des facettes non connues de nos personnages préférés. En ce qui concerne Colo de sciences, je l’ai beaucoup appréciée celle-là parce qu’on suit Dustin, un personnage que j’aime particulièrement, alors qu’il passe un mois au camp de sciences. Cette histoire se déroule donc entre les saisons 2 et 3, juste avant la saison 3 quand Dustin retrouve ses amis après être allé au camp. On découvre alors ce qu’il a pu vivre.

« Les gros durs détestent avoir l’ai faibles. Je me suis dit que les gros durs intelligents détesteraient avoir l’air ignorants. »

Dustin est très emballé par le camp de sciences et après tout ce qu’il a vécu à Hawkins avec ses amis, il prend un peu plus confiance en lui. C’est un Dustin un peu plus affirmé, qui profite du fait que les autres ne le connaissent pas pour se forger une image d’un gars cool que rien ne déstabilise. De toute façon, son expérience auprès de ses amis et toutes les horribles choses qui se déroulent à Hawkins devraient l’avoir endurci. Il en a vu de bien pire! Mais il se passe quand même de drôles de choses au camp. Une première monitrice disparaît, puis une deuxième. Dustin décide donc d’enquêter avec ses nouveaux amis campeurs.

C’est aussi dans cette bande dessinée que l’on découvre comment Dustin et sa chère Suzie se sont rencontrés. J’ai bien aimé, c’est assez amusant de voir ce qui les lie. Il y a même un petit clin d’œil à LA chanson de L’histoire sans fin comme on la retrouve dans la série. C’est justement tout ce qu’est Dustin qui me le rend si attachant!

J’aime beaucoup revisiter les histoires des personnages en marge de la série et celle-là est l’une de mes préférées. Moins sombre peut-être que les autres bandes dessinées, que ce soit celles de Jody Houser ou celle de Greg Pak. L’histoire ne réinvente rien non plus, c’est un peu dans l’optique des films de série B ou des vieux films d’horreur un peu convenus. Malgré cela, cette histoire reste quand même l’une de celles que j’ai le plus aimée. Sans doute que le sympathique Dustin y est pour beaucoup!

À la fin, la bd contient une seconde histoire de quelques pages intitulée La quête d’Erica. Un autre personnage que j’adore! Cette histoire se déroule après la saison 3 de la série. On y découvre comment la vie de geek peut être difficile pour une petite fille qui parle beaucoup trop.

Stranger Things: Colo de sciences, Jody Houser, éditions Mana Books, 112 pages, 2021

La Mariée de corail

« Sous l’eau, elle semblait flotter. Maintenant, son vêtement lui colle à la peau comme une algue encombrante. Sous l’eau, elle aurait pu devenir du corail. On aurait fait des bijoux avec ses ossements. Mais elle a décidé de remonter vers la surface. » Quand Joaquin Moralès est appelé à enquêter sur la disparition d’une capitaine de homardier, il hésite : son fils vient tout juste de débarquer chez lui, soûl comme un homme qui a tout perdu. Mais lorsque le corps d’Angel Roberts est retrouvé, il ne tergiverse plus, car cette femme, c’est aussi la fille de quelqu’un. La mer, dans ce roman policier poétique, évoque la filiation et fait remonter à la surface les histoires de pêcheurs, véridiques ou réinventées, de Gaspé jusqu’au parc Forillon.

Je voulais lire Roxanne Bouchard depuis longtemps. Quand j’ai découvert Nous étions le sel de la terre, j’ai tout de suite su que c’était une auteure que j’allais aimer. La lecture de la seconde enquête de l’inspecteur Joaquin Moralès a confirmé ma première impression. J’adore la plume et la façon de raconter de l’auteure. Si j’avais adoré la première enquête, je crois que j’ai encore plus aimé celle-ci.

« Pour les pêcheurs, la richesse, c’est la mer. Les filets pleins, les cages lourdes, les reflets du soleil sur l’eau. Pour Clément Cyr, la mer était belle parce que, quand il levait la tête, parfois, il voyait le bateau de sa femme dans l’horizon. »

Dans la première enquête, nous faisions connaissance avec l’inspecteur Moralès, un Mexicain de Longueuil, exilé en Gaspésie après plusieurs années de travail en ville. Son couple bat de l’aile, rien ne va avec son épouse. Dans ce second livre, Moralès tente de s’adapter à son environnement. Il est un peu moins catalogué comme « le nouveau venu » et est moins maladroit. Il commence à se faire une place, sans la femme avec qui il a partagé presque toute sa vie. C’est alors que son fils Sébastien arrive à l’improviste, soûl et en colère. Il a quitté son chez-lui, son travail et sa blonde. Il n’a que ses casseroles de cuisinier et est accueillit par le silence d’un père qui ne sait pas lui parler. Sébastien bouille d’une colère contre son géniteur, à qui il attribue plusieurs de ses problèmes. Ces retrouvailles entre père et fils ne se feront pas sans flammèches.

C’est alors que Joaquin est mandaté pour s’occuper d’une nouvelle affaire. Le corps d’une capitaine de homardier est retrouvé. L’enquête s’immisce dans les histoires de familles de la région, fouille ce que les gens n’ont pas envie de laisser sortir au grand jour. Le monde de la pêche est difficile, les familles se battent pour survivre, malgré les quotas et les permis, malgré les rancunes et les jalousies passées. Tout le monde se connaît depuis toujours ce qui peut exacerber les l’animosité, mais aussi tisser la communauté de façon à ce que leur univers ne soit pas étalé sur la place publique. C’est une enquête difficile pour Moralès, qui doit aussi faire face à de nouveaux collègues difficiles.

La mariée de corail est un fabuleux roman policier sur la famille, sur ce qu’on lègue à ceux qui nous suivent et sur le désir de s’affranchir des erreurs passées. C’est un roman sur le silence et le bruit de la mer. Sur ce qu’on ne dit pas, par pudeur, par crainte, par maladresse. Comme avec la première enquête, la Gaspésie habite littéralement ce roman, elle enveloppe tout et s’incarne entre ce qu’un père et son fils ne se disent pas. J’ai trouvé ce livre encore plus profond que le premier, d’une façon différente. J’ai adoré la façon dont l’auteure décrit la relation entre Joaquin et Sébastien, ce qui les lie, l’idée qu’ils se font l’un de l’autre et la façon dont, tous les deux, vivent avec les racines mexicaines de Moralès. Cette seconde enquête est vraiment intéressante, les relations familiales étant au cœur de toute l’histoire, que ce soit dans la communauté de pêcheurs ou dans la vie privée de Moralès. Les liens entre les gens, les liens qui unissent les membres des différentes familles que l’on retrouvent dans le roman, sont au centre de l’intrigue et fournissent des points de vue différents sur la filiation.

« C’est ainsi qu’à cinquante-deux ans l’enquêteur Joaquin Moralès avait commencé à danser avec son fils, en pleine nuit, dans une cuisinette d’auberge. Il ignorait toujours ce que Sébastien fuyait ou venait chercher, mais n’était-il pas lui-même empli d’ombres tapies dans le silence? De désirs et de fuites? »

Ce qui est le plus beau avec cette série policière, c’est le texte. Un texte magnifique et poétique. La plume est belle sans bon sens, pleine d’images et de contemplation. La mer devient un personnage en soi qui prend une grande place dans le texte. Je suis d’ailleurs chaque fois étonnée, lorsque je lis les histoires de Moralès, d’être dans un roman policier. La plume est tellement différente des romans policiers auxquels nous sommes habitués. Ici, les mots et le texte ont autant d’importance que l’intrigue. Les lieux sont incarnés, profonds, vivants. Il y a toute une poésie qui habite les mots et les décors. L’atmosphère maritime nous suit bien longtemps après avoir tourné la dernière page.

« Depuis qu’il est en Gaspésie, la mer lui monte dans les veines. Froide et dure, boréale et spectaculaire. »

C’est le second roman de Roxanne Bouchard que je lis et encore une fois je me fais la réflexion que personne d’autre n’écrit comme elle. C’est un vrai plaisir de lecture, chaque fois. Une enquête aux effluves de bord de mer et d’eau salée. À lire! Assurément un beau coup de cœur!

Mon avis sur la première enquête de Joaquin Moralès:

La mariée de corail, Roxanne Bouchard, éditions Libre expression, 392 pages, 2020

Meurtre au petit déjeuner

Abandonnant le Texas pour l’air salin du Maine, Natalie Barnes a risqué le tout pour le tout en achetant l’auberge de la Baleine grise, un charmant Bed & Breakfast situé dans le Maine, sur Cranberry Island. Cuisinière hors pair, elle adore préparer pour ses invités des gâteaux décadents aux bleuets et des carrés au chocolat au goût d’enfer. Mais le jour où l’un de ses hôtes est retrouvé mort, la police – et la plupart des habitants de l’île – croient qu’elle a en plus trouvé la recette du meurtre parfait. Natalie doit donc mettre la main à la pâre pour trouver le véritable meurtrier si elle ne veut pas perdre l’auberge de la Baleine grise. Ou tout simplement la vie…

J’ai ce livre dans ma pile à lire depuis plusieurs années. Je l’ai lu une fois à sa sortie en 2008 et j’avais bien envie de le relire. Meurtre au petit déjeuner est le premier volet de la série Mystères de l’auberge de la baleine grise qui compte seize titres jusqu’à maintenant. Toutefois, seuls les deux premiers ont été traduits en français, malheureusement. L’éditeur n’a jamais poursuivi la traduction de la série. Avec la mode des polars réconfortants, ce pourrait être une belle idée de les éditer à nouveau. Pour ma part j’ai aussi le second tome dans ma pile à lire, que je compte lire cet automne.

Meurtre au petit déjeuner met en scène une aubergiste, Natalie, nouvellement arrivée dans le Maine. Elle a tout quitté pour ouvrir son auberge et y a investit toutes ses économies. Quand le roman commence, sa nièce Gwen vient de s’y installer pour lui donner un coup de main. L’auberge, la Baleine grise, est située sur une petite île pittoresque appelée Cranberry Island. L’auberge vient tout juste d’ouvrir, elle en est à ses premiers pas et l’argent se fait rare. Un gros promoteur immobilier lorgne sur le terrain adjacent à l’auberge. Il souhaite y construire un complexe hôtelier de luxe. Il détruira du même coup l’habitat et les nids des sternes qui y vivent. Les villageois se mobilisent et un conseil tente d’arrêter l’investisseur. Quand un des hôtes de l’auberge est retrouvé mort, Natalie, qui est encore la petite nouvelle de l’île – dont certains se méfient – devient la coupable parfaite! Elle décide d’enquêter de son côté pour prouver son innocence… ce qui ne se fera pas sans heurts.

Je gardais un bon souvenir de cette lecture et ma relecture a confirmé le plaisir que j’avais eu à lire ce roman. J’ai beaucoup aimé! C’est divertissant et agréable à lire. L’enquête est classique, les personnages sont sympathiques. Il y a un petit côté écologique avec la sauvegarde des nids des sternes et l’aspect maritime (les pêcheurs, les bateaux, le homard) est bien présent. Mais c’est surtout l’ambiance qui est intéressante. Une île du Maine magnifique où l’esprit maritime est très présent, avec ses bateaux et l’éloignement avec le continent. Un lieu où les gens vivent doucement et où les touristes viennent peindre la nature et se ressourcer dans les sentiers.

L’auberge, endroit accueillant par excellence, avec la description des pièces, la cuisine réconfortante de Natalie qui prépare le petit-déjeuner pour ses hôtes. L’épicerie du village tenue par Charlene, qui sert le thé d’après-midi et où Natalie va livrer de petites douceurs à vélo. Une ambiance, une île et une auberge qui donnent assurément envie d’y être. De plus, si vous êtes gourmands, le livre regorge de descriptions de gâteaux et de biscuits. On dévore de bonnes choses à toutes les pages. La fin du livre offre également quelques recettes des plats concoctés par Natalie dans le roman. 

« Après avoir attaché la boîte de scones à l’arrière de mon vieux vélo Schwinn, j’empruntai la route menant à l’épicerie. Tout en pédalant, je respirais à pleins poumons l’odeur des épinettes et des sapins. Seul le bruit de mes roues et des vagues au loin venait briser le silence. C’était si bon d’être dehors au grand air. »

L’enquête, sans être complexe, est quand même intéressante. Les rebondissements sont nombreux et on lit avec plaisir les aventures de Natalie, qui met son nez partout et a tendance à se mettre les pieds dans les plats. On découvre les habitants de l’île et leurs caractéristiques amusantes. 

Une lecture fort agréable, un polar réconfortant et mystérieux où l’atmosphère nous permet de passer un très bon moment!

Meurtre au petit déjeuner, Karen MacInerney, éditions Ada, 337 pages, 2008