Beyond the Clouds t.1

Beyond the clouds 1Dans la Ville jaune, les usines crachent leur fumée jour et nuit, cachant le ciel et ses astres. Le jeune Théo n’a jamais vu les étoiles, ni passé les portes de la ville. Enfant, il rêvait de partir à l’aventure, à la poursuite des créatures fantastiques de ses livres préférés, mais la réalité l’a rattrapé. Son travail à l’atelier de réparation Chikuwa devient son quotidien. Sa routine est chamboulée le jour où il tombe sur une fillette pas comme les autres : c’est une humaine ailée, une espèce appartenant pourtant au monde des légendes ! Inconsciente après être tombée du ciel, elle a perdu une de ses ailes, ainsi que la mémoire… Théo fera tout pour percer le mystère de cette rescapée des cieux !

Voici un manga tout à fait étonnant, à la fois enfantin et poétique, magique et fantastique. Les illustrations sont magnifiques et que dire de la page couverture ainsi que de l’image en couleur du début! Il y a quelque chose de l’enfance dans le travail de Nicke et toujours ce petit penchant vers la magie. D’ailleurs, l’univers se situe quelque part entre celui des rêves et celui du steampunk. Le mariage est fort réussi!

La Ville jaune rappelle assurément l’époque industrielle. C’est une ville d’artisans, dont la fumée jaune des cheminées masque le ciel. L’air est saturée et ne permet pas de voir les étoiles. Pour un rêveur comme Théo, c’est vraiment dommage.

Théo est un personnage que j’ai adoré. Il a seize ans, travaille pour monsieur Chikuwa qui l’a recueillit et il lit beaucoup. C’est un grand lecteur, qui adore les univers fantastiques et même s’il n’a pas beaucoup d’argent, il garde toujours quelques sous de côté pour s’acheter des livres. Les histoires l’ont façonné et il a toujours cru qu’il partirait à son tour à l’aventure une fois devenu grand. Sauf qu’il travaille et a certaines responsabilités. Même s’il est toujours rêveur, son rapport au monde des songes et des histoires a changé.

« En grandissant, j’ai appris que les dragons, les poissons ailés et les cavernes scintillantes, ça n’existait pas. Je sais que je ne pourrai jamais contempler de mes yeux les mondes merveilleux décrits dans mes contes. Comme les songes qui s’échappent avec la nuit… les livres sont devenus pour moi de simples objets de papier… »

Les choses vont changer quand Théo trouve une humaine ailée. Si plusieurs peuples cohabitent ensemble dans le monde de Beyond the Clouds (humanoïdes, hybrides et hommes-animaux), les humains ailés sont extrêmement rares. Théo croyait d’ailleurs qu’il ne s’agissait que d’une légende!

Cependant, la petite Mia est blessée puis malade. Théo découvre aussi que sa condition d’humaine ailée est si rare qu’elle en devient une proie recherchée. Théo se donne pour mission de l’aider et de la protéger. Il prend soin d’elle, tente de palier son aile brisée grâce à ses talents de créateur et surtout, il lui fait la lecture, lui transmettant par le fait même l’amour et le grand pouvoir imaginaire des livres. Les livres et les histoires occupent une place importante dans le monde de Beyond the Clouds. Ils servent d’exutoire à la peur, à la solitude et à la tristesse. Ils alimentent la rêverie, l’imaginaire et la petite étincelle qui anime bien souvent Théo.

La dernière partie du manga est présenté comme une nouvelle mission pour Théo, qui doit rejoindre le sage de la forêt. C’est très prometteur pour le tome deux, puisque la maladie de Mia ouvre des portes à plusieurs péripéties et personnages fantastiques ou effrayants à venir.

Le manga se termine avec un chapitre spécial, Le monde de Beyond the Clouds, qui comprend une entrevue de l’auteure, des secrets de la création du manga et des croquis préparatoires des personnages. C’est ce que j’aime des mangas, les auteurs partagent souvent les dessous de la création de leur histoire.

Le monde de Beyond the Clouds est ce qui fait la plus grande force de ce manga. Un monde étrange, réel sans l’être vraiment, où tout ce que l’on retrouve dans les livres peut possiblement arriver. Les dessins sont vraiment beaux et l’histoire nous transporte de péripéties en péripéties.

Vivement la sortie du tome 2, celui-là je l’attends avec grande impatience!

J’ai lu ce livre pour le Pumpkin Autumn Challenge.

Beyond the Clouds: la Fillette tombée du ciel t.1, Nicke, éditions Ki-oon, 224 pages, 2018

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Les chants du large

les chants du largeIl y a, sur une île éloignée, une famille qui lutte pour freiner l’inéluctable exode. Alors que le nombre d’habitants et de bateaux diminue, les Connor s’attendent au pire. Cora tue le temps en décorant les maisons abandonnées aux couleurs de pays lointains, tandis que ses parents sont contraints d’accepter un emploi en alternance au loin. Puis il y a Finn, l’ingénieux garçon du clan qui, du haut de ses onze ans, toise la tempête qui se profile à l’horizon. Il ne laissera pas sa famille cabossée couler ainsi. Il fera revenir les poissons.

J’ai tellement aimé ce roman! Quand je l’ai commencé, le résumé me plaisait, mais je ne m’attendais pas du tout à ce genre de livre. Après quelques pages j’étais envoûtée. Je l’ai lu en deux jours, complètement absorbée par l’histoire. En fait, c’est plus que l’histoire. C’est surtout la façon de la raconter qui m’a profondément touchée. Une écriture délicate, parfois hachée, qui laisse par moments de grands blancs, de grands vides, comme le vent. Des blancs pour laisser passer le temps, pour montrer l’attente ou la solitude. Une répétition de mots, de bouts de chansons, de dialogues qui n’en sont pas tout à fait. Des passages du présent, qui parlent de Cora et Finn, et des passages du passé pour raconter aussi Aidan et Martha, leurs parents. Le même coin du monde, deux époques différentes qui se ressemblent tout de même un peu. Et la mer, toujours, pleine de promesses mais aussi de périls.

« Quand un corps, ou deux, s’embarque sur un bateau et ne revient pas après une tempête, les gens disent qu’il s’est noyé, même s’il existe, vraiment, d’innombrables façons de perdre la vie. »

À l’époque de Cora et de Finn, le hameau se vide de ses habitants. Il n’y a plus de poissons, donc plus de travail. Les gens abandonnent tout pour partir travailler ailleurs. Même le boulanger est parti, cuisinant ses derniers ingrédients pour ne pas les perdre et les offrant aux villageois avec la simple note: « Servez-vous s’il vous plaît. »

Aidan et Martha n’ont pas totalement abdiqué. Ils vivent toujours au village au bord de l’eau, mais quittent la région à tour de rôle pour partir travailler en Alberta. Ils travailleront sur les chantiers chacun leur mois, avant d’inverser les rôles. Pendant l’absence de l’un ou l’autre des parents, Cora utilise les guides de voyage du biblio-bateau pour recréer le monde dans les maisons abandonnées par les marins.

Puis, Finn trouve un poisson dans une mer qui ne devrait plus en contenir, faisant affluer les journalistes, et Cora disparaît. Aidan et Martha s’éloignent l’un de l’autre, pendant qu’une ancienne championne olympique revient au hameau et que d’étranges lettres arrivent peu à peu dans les maisons vides reconverties en pays. Emma Hooper nous amène dans un monde à la fois délicat et étrange où les éléments sont durs, mais représentent aussi le quotidien de gens pour qui la mer est le monde.

Les chants du large est un roman d’amour, mais pas au sens où la plupart des gens l’entendent. C’est un roman sur l’amour de la mer, la place qu’elle prend dans la vie des insulaires. Un roman sur l’amour entre un pêcheur et une tisseuse de filets. Entre un frère et une sœur. Entre des adultes qui se sont perdus puis retrouvés. Un roman sur l’amour d’un lieu, qu’on aime, qu’on déteste, qu’on veut parfois quitter mais où l’on revient toujours. À la fois s’inspirant des chansons de marins, de la mer et des contes, avec un petit quelque chose de l’émerveillement qui leur est associé.

« Tout le monde croyait, tout le monde savait que les sirènes étaient les morts de la mer qui vous chantaient leur amour. Quand la pluie ou les vagues ne faisaient pas trop de bruit, vous pouviez les entendre dans le vent, la plupart des nuits. »

Les personnages d’Emma Hooper sont des gens de peu de mots, qui communiquent beaucoup plus à travers leurs gestes et à travers la musique. Quelques gestes posés pour raconter la tristesse, le plaisir, l’impatience, le désir, l’amour. L’importance magnifiée de petites choses qui représentent, en fin de compte, tout. L’importance d’une plume d’oiseau, des filets de pêche, des mots. Mais la musique, toujours présente, rythme le texte et le quotidien des personnages.

« C’est très important, insista Aidan. C’est très, très important que tu continues ta musique, un point c’est tout.

Mais papa, c’est plus important que des chaussures? demanda Cora. Tu crois? Vraiment?

Oui ça l’est, dit son père. »

L’humanité avec ses failles et ses grandeurs dans tout ce qu’elle a de plus simple. L’importance des toutes petites choses, dans un monde abandonné où ne reste que l’espoir du retour des poissons, l’attente d’une vie presque normale.

L’originalité de ces mêmes petites choses, dans les maisons délaissées des pêcheurs,  l’imagination de Cora qui fait venir le monde à Big running, alors que le monde l’a justement abandonné. L’atmosphère qui sent la mer salée, l’humidité, les chandails de laine et le kool-aid au raisin.

Un livre que je relirai, pour retrouver cet univers si particulier, mais au fond si simple, qui raconte une histoire presque universelle, d’une façon unique. Une auteure dont je veux aussi découvrir le premier roman, Etta et Otto (et Russell et James).

Les chants du large est un coup de cœur, sûrement une de mes lectures les plus marquantes de l’année. J’ai aimé passionnément ce livre au point d’avoir envie de me perdre dedans, d’y rester un moment. Une belle découverte, une lecture envoûtante, qui m’a accompagnée et enveloppée pendant deux jours. J’espère simplement que vous y trouverez ce que moi j’y ai trouvé.

Le plaisir et l’envoûtement. La musique. Et un peu aussi, le vent du large…

Les chants du large, Emma Hooper, éditions Alto, 448 pages, 2018

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilité

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilitéMais qu’est-ce que les autres vont penser? Cette question habite nos pensées et conditionne nombre de nos gestes. En cherchant ainsi l’approbation de notre entourage, nous faisons la preuve de notre désir d’être aimés. En effet, craindre le regard de l’autre, c’est vivre dans l’angoisse de ne pas être à la hauteur de ce qu’il attend de nous et de lui déplaire. Sournoisement, la peur du jugement d’autrui s’installe ; nous plongeons dans l’abyssale culpabilité de ne pouvoir combler ses attentes. À la question de départ s’ajoute alors une deuxième interrogation, tout aussi nocive, car elle entrave notre liberté : « Et si je n’étais pas aimé DE TOUS ? » 

J’ai bien aimé cette lecture du court livre de Marthe Saint-Laurent. Je trouve qu’aujourd’hui, dans une société qui se dit évoluée, le jugement des gens est de plus en plus impitoyable. C’est encore plus vrai avec les réseaux sociaux, qui offrent des opportunités faciles à tous pour s’exprimer librement, même à ceux qui ne le font pas avec respect et qui s’amusent à écorcher les autres au passage. Le jugement des gens apporte la culpabilité et j’ai l’impression qu’elle nous vient très facilement au Québec, peut-être à cause de notre éducation ou de notre histoire. C’est donc un livre tout à fait pertinent à notre époque.

L’ouvrage débute par une citation que j’ai adoré, de Eleanor Roosevelt, et qui est tellement pertinente:

« Personne ne peut te faire sentir inférieur sans ton consentement. »

Et effectivement, si le jugement des autres nous touche tant, c’est qu’on lui laisse bien souvent beaucoup de place pour nous atteindre.

Le propos du livre tourne autour de la place de l’autre. De la société et des gens dont nous avons besoin, mais aussi du problème que l’autre peut devenir lorsqu’on lui laisse le soin de nous définir.

« Nous laisser définir par le regard d’autrui, c’est y accorder toute l’importance jusqu’à en oublier qui nous sommes. »

Les premières pages m’ont moins intéressée. L’auteure parle du développement du jugement, d’abord de l’enfant et de l’adolescent, puis sa mise en pratique à l’âge adulte. Par la suite, l’ouvrage revient vers le jugement des autres comme on le perçoit dans la société actuelle, de la jalousie, du regard des autres, du jugement que nous avons envers nous, de la culpabilité, de l’estime de soi, de l’intuition et de la liberté que l’on retrouve lorsqu’on choisi de se recentrer sur nous-mêmes. On ne parle pas d’égoïsme ici, mais plutôt de s’écouter et de mieux se connaître pour gérer ce que l’on perçoit comme les attentes des autres face à nous-mêmes.

« Très souvent, la culpabilité naît lorsque nous croyons ne pas avoir comblé les attentes des autres. »

Le livre ne donne pas de moyens pratiques de faire face au jugement et à la culpabilité, de gérer le stress que cela engendre. Il faudra se tourner vers un ouvrage spécialisé pour cela, de méditation ou autre. Cependant, à travers de très nombreux exemples que l’auteure a vécu ou dont elle a été témoin, elle nous présente ce qu’est ce problème de société (le jugement et la culpabilité) et donne des pistes de réponse pour mieux appréhender ces instants qui nous empoisonnent la vie.

« Le silence possède une profondeur à laquelle personne ne peut résister. »

Elle aborde aussi la pleine conscience dans son ouvrage comme moyen d’être plus en phase avec soi-même. Les propos sont accessibles, surtout si on souhaite aborder ce sujet pour la première fois. Le livre offre une vision intéressante de notre façon d’aborder ces jugements souvent gratuits et j’ai apprécié les propos de l’auteure sur beaucoup de thématiques abordées dans le livre. Et puis la couverture me plaît bien! Ensoleillée et très parlante!

Si le sujet vous intéresse, c’est un livre pertinent à découvrir.

Pour en finir avec le jugement des autres et la culpabilité, Marthe Saint-Laurent, Les éditions Québec-Livres, 144 pages, 2018

Ma vie dans les bois t.3: Fumage et fumées

Ma vie dans les bois 3Shin Morimura et sa femme s’habituent à peu à leur nouvelle vie, et commencent même à mieux connaître l’environnement qui les entourage. Mais pour accéder à l’autonomie alimentaire, cultiver un potager ne suffit pas ! En effet, pour vivre au fil des saisons, se posent les questions de la cuisine, mais aussi et surtout de la conservation des aliments… Le couple a décidément encore beaucoup de travail !

L’été commence à s’en aller doucement et l’automne pointe le bout du nez. C’est la saison du fumage qui débute pour Shin et Miki. À l’aide de chutes de bois, Shin a construit lui-même son fumoir sous le regard incrédule de Miki. Comment pourront-il fumer leurs aliments à l’aide d’une simple boîte? Miki me fait souvent sourire puisqu’elle pose les questions que le lecteur se pose. Toutefois, comme d’habitude, Shin a un projet bien plus grand que de fumer simplement du maquereau ou du bacon…

Avec tout ce que rapportera Shin, lui et sa femme nous parlent de la façon dont ils vont apprêter leurs futurs repas. Si on s’intéresse à la cuisine et au fumage des aliments, c’est un manga très intéressant et très instructif.

« Je fais comme si j’étais maître dans l’art du fumage, mais il s’agit de mon premier de A à Z. »

Shin raconte la façon dont il a construit son fumoir et les différents types de fumages pour les aliments. J’aime beaucoup sa vision des choses. Il pêche pour se nourrir, mais a aussi un grand respect pour les animaux qu’il tue et pour la nature en général. Ce troisième tome aborde beaucoup la question de la pêche et la conservation des prises. C’est intéressant et ça donne envie de s’essayer à différentes techniques.

Shin n’est pas le plus doué pour la pêche et la façon dont il nous raconte ses erreurs, l’attente du poisson et sa difficulté à pêcher alors que tout le monde y arrive est pleine d’humour. Sa vision de lui-même et de son travail pour mener une vie autosuffisante est très lucide. J’aime beaucoup sa façon de raconter. Les réflexions qu’il amène autour de la nature, de la société, des choix de vie sont particulièrement justes.

« On ne fait que nous parler de progrès tout le temps… mais il existe beaucoup de choses qui ne changent jamais et qui sont formidables, magnifiques, et rendent heureux. »

Après quelques chapitres sur la pêche, le livre aborde aussi le thème des champignons (de la cueillette à la dégustation) et du charbon. Ce sont de gros projets dans lesquels se lance Shin. Cultiver ses propres champignons et faire lui-même son charbon. Des techniques qui ne sont plus couramment connues aujourd’hui.

Toujours accompagné de textes de l’auteur et de photographies à chaque chapitre, ce troisième manga aborde un autre aspect de la vie en autarcie et est toujours aussi captivant!

« Il n’y a ni progrès ni succès sans travail et erreurs. »

Vraiment, cette série vaut la peine si vous vous intéressez à l’autosuffisance et à la vie dans les bois. Une vie différente, en marge de la société. Le sympathique Shin (et son humour) est aussi pour beaucoup dans le plaisir de découvrir son aventure dans les bois!

Ma vie dans les bois t.3: Fumage et fumées, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2018

Pumpkin Autumn Challenge 2018

citrouilleCette année, je participe pour la première fois au Pumpkin Autumn Challenge qui se déroule du 1er septembre au 30 novembre et qui est organisé par Le terrier de Guimause. Le thème de cette session est Magies et sorcières et le défi consiste en quatre menus différents.

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Je vise donc l’option Un appétit de Goule, puisque j’ai sélectionné toutes les sous-catégories de tous les menus! Je vise grand!

Voici maintenant chacun des menus que l’on peut tenter de valider. J’adore les titres des sous-catégories!

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Pour ma première participation, puisque j’adore l’automne (les livres, les couleurs et les films qui y sont dédiés) je vais tenter de valider le défi en choisissant tous les menus.

Voici en image mes choix de livres:

Pour s’y retrouver:

Et vous, participez-vous au Pumpkin Autumn Challenge? Bon défi à tous et un bel automne!