Les Perronismes

PerronismesJean Perron, ex-entraîneur du Canadien, est un poète du lapsus. Béats d’admiration devant ce maître des impairs linguistiques, Michel Morin et Yvon Landry, alors co-animateurs de la Jungle à CHIK-FM, ont décidé de créer des «perronismes» de leur cru. Ces gags ont connu un succès fou auprès des auditeurs. Les meilleurs perronismes véridiques ou inventés sont maintenant réunis dans un livre drôle à vous «dilater la mâchoire».

Ce petit livre de moins de 100 pages s’inspire des jeux de mots de l’ex-entraîneur du Canadien, Jean Perron. Les premières pages reprennent certaines de ses citations les plus connues. Les auteurs se sont ensuite inspirés  de la façon de parler de Jean Perron afin de créer de nouveaux jeux de mots à partir de proverbes déformés et teintés d’humour.

La grande majorité des citations du recueil sont inventées et ce sont les auteurs qui se sont amusés à mettre dans la bouche de l’homme des proverbes modifiés et inventés. Il s’agit donc d’un recueil humoristique, qui se moque un peu de la façon de s’exprimer de Jean Perron.

Le recueil est par moments un peu drôle, par moments beaucoup moins. La démarche derrière ce livre peut être contestable, même si l’idée de départ vise à amuser le lecteur, surtout si on connaît le personnage qui a inspiré les auteurs.

Je n’ai pas particulièrement aimé le recueil, même si certains proverbes détournés font parfois sourire. C’est une lecture moyenne, qui ne m’a pas marqué plus que cela. En général je préfère d’autres formes d’humour que ces gags plutôt faciles.

Un livre qui ne marquera pas vraiment la littérature humoristique, les proverbes remaniés étant souvent semblables les uns aux autres. Une lecture facile, qui n’est pas très marquante.

Les Perronismes, Michel Morin, Yvon Landry, éditions Les Intouchables, 90 pages, 2001

 

Métis

MétisDe courts tableaux tissent ce roman autobiographique dans lequel un adolescent porte un regard lucide et émouvant sur l’histoire peu commune de sa famille métisse, au milieu du siècle dernier. Avec justesse et authenticité, il témoigne de la vie en territoire algonquin, à l’époque des camps de bûcherons, et dresse un portrait saisissant de ceux qu’il côtoie quotidiennement.

Métis est un livre qui nous permet de vivre aux côtés d’une famille métisse dont le père est amérindien et la mère québécoise. Le personnage principal est bien sûr le fils, Pierre (Pien), mais son père, Shipouln (qui veut dire Jean-Paul en français) est toujours présent tout au long de l’histoire. Il est le lien entre la compagnie forestière, les bûcherons et les Algonquins. Pierre est très proche de son père et intéressé par ses racines, les coutumes algonquines et le mode de vie de ce peuple qui est aussi le sien. Il a un énorme intérêt pour tout ce que son père peut lui apprendre. La mère de Pierre est catholique et très pratiquante alors que le père du jeune homme a pour Dieu, la nature. Les conjoints, dans leurs différences frappantes, se respectent l’un l’autre.

À travers l’enfance de Pierre, le lecteur peut vivre les moments importants du quotidien des Amérindiens et des Métis, dont la vie n’était pas facile. Ça nous permet de voir les deux mondes, celui des Blancs et celui des Amérindiens. Les mentalités d’un peuple versus celles de l’autre. Il y a aussi tout le côté familial d’une enfance passé entre les coutumes et particularités de deux peuples différents et c’est ce qui donne au roman tout le plaisir qu’on a à le lire.

« Le gouvernement veut que je dise que je suis canadien. Je ne suis pas canadien. Je ne suis pas indien non plus, je n’habite pas les Indes. On nous appelle « Indiens » par erreur. Nous ne sommes pas des Sauvages non plus. Nous sommes des gens civilisés. Nous avons notre culture, nos langues, nos valeurs, notre patrimoine, nos croyances. Notre pays à nous, les Premières Nations, c’est l’Amérique du Nord. Nous sommes des Nord-Américains. »

Le roman, en partie autobiographique, aborde les relations des deux peuples. La vie des bûcherons est aussi au cœur du livre, puisque ceux-ci travaillent dans les forêts bordant la réserve. Les Amérindiens on un souci de la nature que l’homme blanc n’a pas nécessairement. On parle aussi de la trappe, de la drave, des pensionnats indiens, de la religion, mais également des… comics books!

La nature est importante dans ce roman, mais également tout l’aspect spirituel qui y est rattaché. L’auteur brosse ici le portrait d’une nature souvent saccagée par les Blancs, malmenée et décimée. Le roman est à la fois un hommage à la nature et, aussi, un constat écologique sur ce que devient la forêt à force d’en puiser toutes les ressources et d’y laisser toutes sortes de déchets.

Il y a de magnifiques passages entre Pierre et son père, où l’homme explique au garçon toutes sortes de choses sur la vie, sur la faune et la flore. C’est un excellent raconteur. Les histoires prennent d’ailleurs beaucoup de place dans l’histoire. Les personnages sont très attachants et leurs émotions sont communicatives.

Métis est assurément un coup de cœur que je vais garder précieusement dans ma bibliothèque tant j’ai adoré cette lecture. Je compte d’ailleurs le relire. Avec ce roman, je découvre Michel Noël et ce ne sera assurément pas ma dernière lecture de cet auteur. Métis est un roman émouvant, magnifique, poétique, instructif, drôle et merveilleusement bien écrit. C’est un roman familial, accessible aux jeunes comme aux adultes. J’ai fait un très beau voyage dans le temps en lisant ce livre. J’ai vécu une belle brochette d’émotions.

Un livre à lire et à découvrir assurément!

Métis, Michel Noël, éditions Bayard Canada, 251 pages, 2019

Sauvage

SauvageÀ dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Sauvage m’a tout de suite attirée, à cause de son titre, de sa splendide couverture et de son thème: l’Alaska, les mushers et la neige. Un livre pour moi, avant même de l’avoir ouvert. J’avoue aussi que le petit mot signé John Irving sur la quatrième de couverture, faisant référence aux sœurs Brontë et à Stephen King m’a grandement intriguée. En plus, il s’agit d’un premier roman. La barre était très haute. C’est donc avec beaucoup d’attentes et l’envie de plonger dans quelque chose de différent que j’ai commencé ma lecture.

Tracy vit avec sa famille en Alaska. Ils ont un chenil et participent à des courses de traîneaux à chiens, dont la célèbre Iditarod. Cependant, tout a changé depuis la mort de sa mère. Le père de Tracy et de Scott a cessé de courir. Ils ont beaucoup moins de chiens qu’avant. Tracy se fait virer de l’école, se bagarre avec les autres, tente de retrouver sa place depuis la mort de sa mère avec qui elle partageait de nombreux secrets.

« Avant , je pouvais tout lui dire. Je lui faisais part d’un problème, il me disait comment le résoudre. Il y avait pas de secrets entre nous. Et puis il y a eu un truc que j’ai pas pu lui dire. Le problème quand on a un secret c’est qu’on en a vite deux. Puis trois, puis tellement qu’on finit par avoir l’impression que tout risque de se déverser sitôt qu’on ouvre la bouche. »

Sa vie est un peu compliquée, alors que celle de Scott, son jeune frère, est un long fleuve tranquille: il lit et dessine la plupart du temps. Tracy, elle, est le genre de fille à passer tout son temps dehors. Elle a besoin d’être dans la nature, de sortir courir, chasser, trapper. C’est vital pour elle.

« Il y a de la satisfaction à courir vite. Quand vous courez vous allez quelque part, mais vous laissez aussi un autre lieu derrière vous. Il y a cette sensation qui se pose sur vous comme une couverture. Elle vient se draper autour de votre esprit et fait taire vos pensées, de sorte que vous pouvez cesser d’écouter les voix qui parlent dans votre tête… »

Elle se passionne pour la trappe et la chasse, pose ses pièges et s’occupe des chiens. Elle lit et relit sans cesse le même récit de survie d’un certain Peter Kleinhaus, Je suis fichu. Elle tente de créer des liens avec certaines personnes – Jesse et Helen – alors qu’elle essaie de protéger ses secrets qui pèsent lourds pour elle…

Il faut savoir avant de lire ce livre, que cette histoire n’est probablement pas ce à quoi vous vous attendez. C’est encore meilleur. Il est toutefois important de ne pas oublier la comparaison avec Stephen King en quatrième de couverture. Parce que Sauvage flirte avec le fantastique. Et que ce qui s’y trouve est étonnant. Le roman a un côté étrange et dérangeant, sanglant par moments, mais toujours surprenant. J’ai adoré parce que l’auteure est inventive. Elle s’approprie certains aspects fantastiques pour en faire une histoire originale.

« Flocons amples, alanguis, pas de vent, le jour tout silencieux autour de moi en dehors du bruit de l’eau qui file sur les galets. Ce genre de silence qui vous pousse à entrer en vous-même, et vous prenez conscience de votre propre respiration, et les pensées qui d’ordinaire fusent et rebondissent dans votre tête, s’apaisent. »

L’histoire a tout du meilleur roman de nature writing: les grands espaces, la neige, le froid, l’hiver où se déroule l’essentiel du livre. La chasse et la trappe. Les courses de traîneaux. La famille peine par moments à joindre les deux bouts. Il y a un petit côté sombre chez chacun des personnages. Outre Tracy, Scott et leur père, il y a l’ombre de la mère de Tracy qui survole constamment le roman, même si elle est décédée. La jeune fille nous la raconte à travers ses souvenirs et les points qu’elles ont en commun. Il y a l’inconnu, que Tracy est persuadée d’avoir blessé puis il y a aussi l’arrivée inopinée de Jesse qui loue le petit cabanon de la famille et aide au chenil. C’est un personnage fascinant, que j’ai énormément apprécié. L’auteur en profite pour aborder certains thèmes importants avec ce personnage.

Jamey Bradbury réussi avec Sauvage, à créer un univers totalement prenant, où plane à la fois un certain mystère et quelque chose d’un peu inquiétant. On ne sait pas trop où l’auteure nous mène. On ne sait pas vraiment ce que l’on va découvrir à travers les pages. Il y a un côté à la fois sauvage et sanglant dans ce livre que j’ai trouvé totalement fascinant. C’est un roman très visuel, fort en images, que ce soit dans sa descriptions des lieux ou de ses personnages. Tracy est une jeune fille solide et sauvage, que j’imagine aisément filer comme le vent à travers les bois, chasser, courir dehors et ne vivre que pour ces moments passés en extérieur. Les autres personnages sont aussi très complets. Ils sont riches et on se les imagine aisément. J’ai vraiment aimé l’arrivée de Jesse. La façon dont l’auteur donne vie à des personnages différents qui vivent des problématiques particulières est très intéressante.

J’aurais aimé en savoir un peu plus sur Jesse, surtout à la fin du roman. Une fin qui est logique, vu le personnage plein d’énergie qu’est Tracy, quoique un brin trop brusque. J’ai donc frôlé le coup de cœur avec ce roman. Ce fut pour moi, une excellente lecture.

Sauvage c’est la nature, enneigée et glaciale, une meute de chiens de traîneaux, des mushers, une jeune fille sauvage qui fonce au fond des bois pour calmer le vide qu’il y a en elle. Une histoire un brin fantastique, une variation intelligente, ingénieuse et étonnante sur un thème connu, réinventé ici à la manière du nature writing. Et c’est vraiment très bon. J’ai passé un excellent moment en Alaska auprès de Tracy.

« On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. »

Une auteure à découvrir assurément!

Sauvage, Jamey Bradbury, éditions Gallmeister, 320 pages, 2019

Celle que je suis t.2

Celle que je suis 2Tandis que Manase a compris qui elle est, Ayumi semble prête à tout pour séduire Masaki. Mais ce dernier, après une nuit de plaisir, lui fait une étonnante révélation… Pendant ce temps, Etsuko subit, plus que jamais, de la pression de la part de ses parents, qui souhaitent la voir se marier. La roue du destin est en marche, et semble ne devoir épargner les sentiments de personne…

J’attendais le tome deux de ce diptyque avec impatience puisque j’avais beaucoup aimé le premier tome. J’y avais trouvé quelque chose de presque poétique, une belle réflexion sur la transidentité et sur la façon pertinente utilisée par l’auteur pour nous parler du questionnement et des tourments de Yûji Manase, mal à l’aise avec son corps de garçon. J’ai donc commencé ce tome avec beaucoup d’attente.

Ce tome deux reprend les personnages rencontrés dans le premier tome. Étonnamment, même si mes lectures ont été rapprochées et même si l’auteur a écrit ces deux mangas la même année, j’ai senti un décalage entre les deux tomes. Le premier me semblait plus poétique et introspectif, ce qui me plaisait beaucoup, alors que le second est plus brut, avec des revirements amoureux qui m’ont beaucoup moins intéressée.

On retrouve Manase qui, avec l’aide d’un ami, rencontre Kaoru qui va l’aider à apprivoiser sa véritable nature. Il y a aussi sa visite à sa famille, où il ne se sent pas lui-même et j’aurais aimé que cette partie soit plus développée. J’ai eu un peu l’impression qu’on délaissait Manase pour se concentrer sur les déboires amoureux de Masaki, d’Ayumi, d’Etsuko… Il est question de relations difficiles et de mariage. Masaki fera une « fugue amoureuse » alors que lui et Manase se verront face à face pour une rare fois.

« Même si cet amour n’a pas d’avenir, je ne regrette pas de t’avoir connu… »

J’ai trouvé ce second tome un peu confus, entre toutes les relations amoureuses des uns et des autres, je trouve que le personnage de Manase, son questionnement, le but premier de ce manga, est laissé ici au second plan. J’ai l’impression que ce manga est inachevé et un peu expédié. C’est moins intéressant que le premier tome et beaucoup plus axé sur Masaki, qui ne m’intéresse au fond pas tant que ça.

On sent aussi que ce manga se déroule à une autre époque et dans une société plus fermée. La petite morale de la fin sur l’acceptation de soi m’a un peu agacée. Je comprends que les conditions et l’ouverture d’esprit de la société dans laquelle évolue Manase ne lui permet pas vraiment d’être la personne qu’il voudrait être. J’aurais cependant aimé un peu plus de poésie, de compréhension ou quelque chose dans le même style que le premier tome. Ça m’a manqué pour cette deuxième partie qui termine cette histoire.

Une bulle de fraîcheur dans cette histoire: le Tigre, un ami gentil et compréhensif qui ajoute un baume aux tourments de Manase. Heureusement qu’il est présent dans ce deuxième manga!

« Si tu te tracasses pour tout et pour rien, tu vas finir par suffoquer, non? Est-ce qu’il serait pas temps que tu t’occupes un peu de toi, et uniquement de toi? »

Un tome 1 qui avait été une belle surprise et un tome 2 un peu plus décevant. C’est dommage!

Mon avis sur le tome 1.

Celle que je suis t.2, Bingo Morihashi, Suwaru Koko, éditions Akata, 208 pages, 2019

Z comme Zacharie

Z comme ZacharieSur la terre ravagée par un cataclysme, Ann reste seule dans sa vallée miraculeusement épargnée. Avec quelques animaux, la petite ferme, elle redécouvre le travail danse la nature comme avant les machines. Mais il y avait un autre survivant… Est-ce la promesse d’une vie à deux où tout peut renaître ? Ou bien l’inconnu porte-t-il avec lui une menace plus redoutable que celle des radiations mortelles?

Robert Leslie Carroll Conly était journaliste pour National Geographic. Comme son contrat ne l’autorisait pas à publier pour un autre éditeur, il commença à écrire des livres sous le nom de Robert C. O’Brien. Principalement des livres jeunesse. À la base, Z comme Zacharie devait être un livre pour adulte, mais il a été publié sous l’étiquette « roman jeunesse ». Il est paru à titre posthume, un an après la mort de l’auteur. C’est sa femme et sa fille qui en ont terminé l’écriture d’après les notes qu’il avait laissé.

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Écrit au début des années 70, ce roman post-apocalyptique est plutôt intéressant, même s’il a un peu vieillit. Je m’y suis intéressée en tombant sur le film qui en a été adapté. Je ne l’ai pas encore vu car je souhaitais lire le roman en premier. Par contre, les premières images que j’en ai semblent assez différentes quant à la dynamique des personnages dans le film. Ils semblent être trois alors que dans le livre, il n’y a que deux personnages.

Dans le roman, écrit sous forme de journal, nous suivons Ann Burden, une jeune fille de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est dévasté par la radioactivité. On ne sait pas grand chose de cette catastrophe, si ce n’est que ça se déroule après la guerre et que tout, ou presque, semble avoir subit des radiations. Ann se retrouve seule sur la ferme familiale, dans une vallée toujours verte et sensiblement encore viable et en bonne santé. Elle tente de survivre et son quotidien se partage entre les animaux de la ferme, les cultures, le magasin et le temple. Le reste est mort et il n’y a personne d’autre. Jusqu’à ce jour où elle aperçoit quelqu’un qui semble avancer tranquillement dans la vallée.

C’est à l’arrivée de cet homme que tout change pour Ann. Ce qu’elle attendait de la présence d’un autre être humain, ce qui avait nourri ses rêves d’adolescente de ne pas terminer sa vie seule au monde, semble se concrétiser. Cependant, elle se retrouve vite à devoir s’occuper de l’homme surgit de nulle part et leur relation prend une tournure inattendue, voire inquiétante…

« Je vis dans la peur constante d’être repérée et pourchassée. »

L’idée derrière le roman est vraiment intéressante et l’auteur réussit à nous faire vivre plusieurs émotions aux côtés d’Ann. On voit rapidement que ce roman a été écrit à une autre époque et que les rêves qui animent Ann – fonder une famille, devenir enseignante, s’occuper d’enfants, se marier ainsi que l’aspect religieux – a un petit côté suranné, tant dans les dialogues que dans l’apparente docilité de la jeune fille. Ça peut sembler agaçant au début, mais en replaçant le roman dans son contexte, Ann se révèle assez forte et décidée. Elle sait ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas accepter. C’est aussi pour son petit côté un peu vieillot que le roman se lit aujourd’hui avec plaisir.

L’histoire est racontée par Ann, sous forme de journal personnel. Les entrées sont datées, mais sans année. Le roman laisse donc penser que l’auteur souhaitait conserver un flou quant au moment exact des événements. Ils pourraient se passer à n’importe quelle époque. Dans son journal, Ann parle de l’inconnu, John, un chercheur spécialiste de la contamination radioactive. Elle parle de son arrivée et de la grande solitude qu’elle ressentait à l’idée de se croire seule au monde. Elle parle des solutions qu’elle tente de mettre en place pour survivre et améliorer son quotidien sans épuiser les ressources qu’elle a sous la main.

« Même après tout ce temps, j’ai encore du mal à admettre que je ne serai rien du tout, que je n’aurai jamais aucun métier, que je n’irai nulle part et ne ferai rien, sinon ce que je fais ici. »

Z comme Zacharie est un roman que j’ai trouvé intéressant à lire, surtout parce que l’auteur réussit à garder un certain suspense quant à ce qui va se passer entre Ann et le nouveau venu. Sa vie sur la ferme va changer du tout au tout et pourtant, elle demeure forte et n’est pas amère. Elle croit qu’il y a quelque chose de beau au-delà des difficultés qu’ils peuvent traverser, même quand la vie semble anéantie partout autour d’elle. C’est un personnage plein de gentillesse, qui pense bien souvent aux autres avant elle-même.

J’ai hâte de voir l’adaptation du film car je crois qu’avec la vision d’aujourd’hui, il y a sûrement une idée intéressante à en tirer. De mon côté, ce livre m’a beaucoup plu. Il semble introuvable aujourd’hui et n’a jamais vraiment été réédité. C’est pourtant une histoire plutôt captivante, qui aborde l’écologie, la survie, la vie quotidienne sur la ferme quand les ressources sont très limitées. C’est également un beau portrait de jeune femme, surtout pour son époque, qui met en lumière de belles qualités: la gentillesse, le don de soi et la débrouillardise.

Une belle lecture.

Z comme Zacharie, Robert C. O’Brien, éditions Le livre de poche, 317 pages, 1986