Anna Caritas tome 1: Le sacrilège

Anna CaritasLe retour de Marianne Roberts au prestigieux collège Anna Caritas semble avoir enclenché une série d’événements bizarres dans la petite ville de St-Hector. William Walker n’a jamais cru à ce genre de phénomène. Pourtant, lorsque ses amis et lui décident d’interroger l’au-delà, ils réveillent quelque chose d’étrange dans la maison de Sabrina et, bientôt, cette force surnaturelle semble s’attaquer à eux sans répit. Forcé d’admettre son impuissance face à l’ennemi invisible, William, accompagné de ses fidèles complices, Anthony et Gabrielle, n’aura pas d’autre choix que de se tourner vers celle qu’il essayait d’éviter à tout prix: Marianne.

À l’approche de l’Halloween, je voyais ce livre un peu partout sur les réseaux sociaux. L’horreur pour la jeunesse est assez rare, j’étais curieuse de voir ce qu’un auteur comme Patrick Isabelle en avait fait et j’ai donc eu envie de lire ce roman pour m’en faire une petite idée.

Anna Caritas c’est le pensionnat privé de la ville. Un pensionnat très cher, reconnu à travers le pays pour la qualité de son instruction. Un pensionnat d’élite qui accueille quand même les locaux à moindre coût pour les accommoder. Ce qui crée certaines tensions parmi les jeunes.

L’auteur a créé une petite ville, St-Hector, avec une carte en début de volume, des personnages variés, son pensionnat privé et plusieurs détails assez intéressants. Will est le narrateur et il nous parle de la ville, très conservatrice, de son histoire et surtout de Marianne Roberts.

« L’été, autour des feux de camp, c’est l’histoire du meurtre des Roberts qu’on se raconte pour se foutre la trouille. Le soir de l’Halloween, la police locale doit même patrouiller devant l’ancien manoir abandonné pour repousser les jeunes un peu trop aventureux. En deux ans, Marianne est devenue un mystère, certains allant jusqu’à dire que c’est elle qui a assassiné son père et sa belle-mère de sang-froid. »

L’atmosphère est mise en place rapidement. Will et ses amis, un soir, décident de jouer avec une vieille planche de Ouija. C’est à partir de ce moment-là que les choses dégénèrent pour eux. Sans trop raconter l’histoire, on peut dire que leur séance a libéré quelque chose de beaucoup plus puissant qu’eux et de très effrayant. Le groupe commence alors peu à peu à se diviser, à se disloquer, à se quereller et à subir des choses épouvantables.

J’ai aimé beaucoup de choses de ce roman, qui se lit d’ailleurs tout seul, mais il y a certains aspects qui m’ont un peu moins plu. Tout d’abord, on embarque rapidement dans l’histoire que Will nous raconte. La petite ville intrigue, le mystère Marianne Roberts aussi et on veut rapidement en savoir plus. La séance de Ouija est efficace pour instiller l’horreur avec des peurs et une curiosité un peu malsaine pour les esprits qu’on a souvent à l’adolescence. J’ai eu quelques souvenirs de frissons vécus également avec une planche de Ouija à l’adolescence.

« L’imagination prend souvent des airs de réalité et s’immisce dans les souvenirs. »

Entre le moment où les jeunes font une séance avec la planche de jeu et l’arrivée de Marianne Roberts, il y a un moment de flottement que j’ai trouvé un peu long. Ce qui m’a dérangée aussi c’est la faiblesse des personnages. Même si on sait plein de choses sur leur statut familial et social, je les ai trouvé un peu fades. Ils ne sont pas vraiment attachants et commencent à avoir de la substance alors que le livre est plus avancé. Il manque définitivement un petit quelque chose de plus que l’histoire d’horreur pour me plaire totalement. J’aurais aimé des personnages plus consistants.

Même si l’auteur joue avec un domaine immatériel – les esprits, la possession – il y a certaines choses qui m’ont donné l’impression de rester dans le flou. Peut-être que le tome deux donnera la réponse à certains événements? Car oui, un tome deux vient de paraître. Je pense que je le lirai mais pas tout de suite.

La fin nous laisse sur un bon suspense. On a envie d’en lire encore. De ce côté, l’horreur est bien menée parce que c’est essentiellement à cause de cet aspect de l’histoire que je veux lire le tome 2. Dans la dernière partie du livre, les personnages s’améliorent, ils m’ont beaucoup plus intéressée parce que leur dynamique est moins lisse et qu’elle change. L’arrivée de Marianne Roberts y est pour beaucoup!

Le roman s’adresse à des adolescents et il met en scène des jeunes de secondaire 2. Par contre, même si le texte s’adresse clairement aux ados, avec tous les codes du genre, j’ai eu une impression constante de personnages beaucoup plus vieux à la lecture.

Malgré quelques bémols, l’horreur dans Anna Caritas est bien amené et l’histoire est plutôt réussie. J’ai aussi apprécié la mise en page du roman, où chaque titre de chapitre est un mot en latin et un symbole. Les deux contribuent à donner une ambiance inquiétante au livre. Je salue la parution d’un roman du genre pour les jeunes car ils se font rares. Le roman est efficace même si je trouve les personnages moins intéressants que dans d’autres livres pour la jeunesse. Une lecture assez agréable quand même.

Anna Caritas tome 1: Le Sacrilège, Patrick Isabelle, éditions Les Malins, 325 pages, 2018

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La colline

la collineJared et Kyle ne pourraient être plus différents.
Jared et Kyle ne pourraient être plus mal pris.

La colline est un roman mystérieux, prenant, qui met en scène deux personnages d’adolescents, Jared et Kyle.

Jared est un garçon de la ville, dont les parents divorcés sont riches à craquer. Vêtu à la dernière mode, ayant tout ce qu’il désire, ses parents comblent leur absence par des biens matériels. Jared est suffisant et se croit supérieur aux autres. L’argent mène son monde.

Kyle a été élevé dans la nature. Il est issu de la nation Cri. C’est un amérindien qui est proche de sa famille, sait comment se nourrir avec ce que la nature a à offrir, parle plusieurs langues, passe une partie de l’année au camp dans la forêt avec ses grands-parents. La nature mène son monde.

Kyle et Jared n’auraient jamais dû se rencontrer. Sauf que l’avion privée du père de Jared qui amenait l’adolescent chez son père à Yellowknife s’est écrasée en pleine forêt. C’est Kyle qui va le trouver, mais Jared est têtu et n’en fait qu’à sa tête. En croyant pouvoir capter quelque chose avec son téléphone pour demander de l’aide, Jared va pousser les deux adolescents à grimper la colline. Une colline où personne ne doit aller.

« Kokum nous prévient chaque année. On ne monte pas sur la colline. »

C’est alors le début de l’aventure des deux garçons, dans un monde parallèle au nôtre, qui donne vie à une légende issue de la mythologie amérindienne, celle de Wîhtiko (ou plus couramment connue sous le nom de Windigo). C’est une aventure teintée de suspense et de frissons qui les attend. Très vite, les deux adolescents doivent surpasser les préjugés qu’ils ont l’un pour l’autre et s’entraider pour réussir à survivre.

Au début du roman, Jared et Kyle se détestent. Ils ne se comprennent pas, ne saisissent pas comment l’autre fonctionne ni comment chacun vit. Si Jared est mal outillé pour survivre en pleine nature alors que c’est le territoire familier de Kyle, chacun apporte une contribution, quoique différente, à la survie des deux. Ils doivent unir leurs forces pour battre ce qui s’acharne sur eux et qui souhaite leur mort. La survie devient rapidement tout ce qui compte.

« En ville, il n’avait jamais songé au soulagement que c’était de respirer encore. Il avait cru que tout lui revenait de droit. La nourriture, la sécurité, le luxe. La vie. »

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est l’omniprésence de la nature, les détails quant à la façon de se débrouiller dans la forêt avec une force obscure qui vous traque. Le roman mélange habilement techniques de survie et surnaturel, tout en offrant le portrait de deux mondes différents qui ne se comprennent pas toujours: les Blancs et les Amérindiens.

Les deux adolescents sont obstinés et ont des idées préconçues sur la manière de vivre de l’un et l’autre. Ils ne sont pas tendres dans leurs échanges. Leurs querelles deviennent presque un leitmotiv pour continuer à avancer. Kyle maudit la bêtise de Jared, alors que ce dernier grogne contre la force et la facilité de Kyle à évoluer en forêt. Tout le long de l’aventure, Jared dresse en parallèle de l’histoire, la liste de tous les points pour lesquels lui et Kyle ne seront jamais amis. Jamais?

Malgré quelques longueurs et certaines situations similaires d’un chapitre à l’autre, le roman est captivant et réussit à dresser un beau portrait d’amitié de jeunes qui avaient tout pour se détester. L’adversité peut unir les gens et si chacun prend la peine de découvrir l’autre, on peut avoir de belles surprises.

La touche de fantastique et l’atmosphère de légendes dans lequel baigne l’histoire ajoute beaucoup à l’intrigue. Un très bon livre, qui se lit avec grand plaisir! J’ai été contente de cette découverte.

Le livre a été finaliste pour de nombreux prix littéraires canadiens en 2017 et 2018: le Prix Sunburst, le Prix Snow Willow, le Prix du livre Rocky Mountain et le Prix OLA Forêt de la lecture Red Maple.

La colline, Karen Bass, éditions Québec Amérique, 387 pages, 2018

L’insaisissable logique de ma vie

l'insaisissable logique de ma vieSal mène une vie paisible et sans histoires, dans une famille moitié mexicaine, moitié américaine. Mais tout bascule le jour de sa rentrée en terminale. Pour défendre l’honneur de son père adoptif, il sort les poings et frappe. Surprise, colère, satisfaction, culpabilité se bousculent dans la tête du jeune homme, qui se met à douter de tout, même de sa propre identité. Alors, avec l’aide de Sam, sa meilleure amie, et de son père, Sal va tenter de comprendre l’insaisissable logique de sa vie.

Ce que j’ai pu aimer ce roman! Il m’a fait vivre toute une gamme d’émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été émue, j’ai souri et le livre m’a fait réfléchir. En tournant la dernière page, je me suis rappelée pourquoi j’avais tant aimé Aristote et Dante du même auteur et pourquoi, Benjamin Alire Sáenz est sans doute l’un des auteurs pour la jeunesse qui me parle le plus.

Son talent est définitivement d’aborder des sujets graves – les thématiques LGBT, le deuil, les ruptures, l’amour et ses sentiments si forts, la drogue, l’alcool, la mort, l’adoption, la recherche de soi-même – tout en écrivant un roman qui est aussi réconfortant. Qui fait du bien. Qui agit un peu comme un baume. Parce que la vie, c’est tout ça à la fois. Du beau, du plus difficile, des gens qui en valent la peine et des moments qui sont de vrais instants de bonheur. C’est ce que j’aime chez cet écrivain. Il montre que la vie, même la plus dure, peut avoir des moments de pure lumière. Il met en scène des adolescents pas comme les autres, parle énormément des mots, de leur pouvoir, des langues et ses personnages sont intéressants. La dualité entre la culture blanche américaine et la culture mexicaine est souvent abordée dans ses livres. L’auteur aborde les thèmes reliés à l’identité. Il écrit des romans jeunesse intelligents et sensibles.

L’insaisissable logique de ma vie parle d’un jeune homme de dix-sept ans qui a été adopté tout petit, Salvadore. Appelé aussi Sal, Sally (qu’il déteste!) et Salvie, selon les gens qui s’adressent à lui. Il vit avec son père, Vicente, qui l’a adopté bébé. Sal mène une vie plutôt tranquille avec son père. Il a une meilleure amie, Sam, une grand-mère qu’il adore et une famille mexicaine géniale qui aime faire des repas en famille et manger. Ils m’ont d’ailleurs donné faim avec leurs tacos et leurs tortillas (j’aime la cuisine mexicaine!)

Les choses se mettent à débouler dans sa vie quand quelqu’un insulte son père à l’école et que Sal décide de se battre, ce qui lui arrive ensuite de plus en plus souvent. Il reçoit aussi une étrange lettre qui lui fait remettre en question beaucoup de choses…

« Je savais pourquoi les gens avaient peur de l’avenir. Parce que l’avenir ne ressemblerait pas au passé. C’était effrayant. »

Ce roman se lit presque d’une traite. Les chapitres sont courts, il se passe beaucoup de choses dans la vie de Sal que lui-même ne comprend pas. Comme dans Aristote et Dante, le roman raconte la recherche et la compréhension de soi-même. Dans le cas de Sal, enfant blanc, adopté, vivant dans une famille mexicaine, beaucoup de questions surgissent alors qu’il ne comprend plus son comportement, ses excès de colère et qu’il se demande s’il n’est pas en train de devenir comme son père biologique qu’il ne connaît pas.

Entre ce que lui-même vit, ce que son père et son copain Marcos vivent et ce que ses amis, Sam et Fito doivent traverser, Sal apprend à grandir et à se comprendre. Il cherche un sens à sa vie et cherche surtout à en comprendre la logique.

« Y a-t-il jamais un bon moment pour quoi que ce soit? Vivre est un art, pas une science. »

Le roman m’a plu parce qu’en plus de l’histoire, il y a de beaux personnages et de beaux moments dans ce livre. Les mots sont importants et entre Sal et Sam, les mots ont une grande histoire. Une histoire d’amour. Parce que les mots sont puissants. Les jeunes s’envoient chaque jour un « MDJ » (Mot Du Jour) afin de partager leurs émotions et ce qu’ils vivent.

« Les mots n’existent qu’en théorie. Et un jour, on tombe nez à nez avec un mot pour de vrai. Et alors, ce mot devient une personne que l’on connaît. Ce mot devient une personne que l’on déteste. Et on emporte ce mot avec soi, où qu’on aille. Et on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. »

Il y a également de belles choses dans la famille que deviendront Sal et son père. S’ils vivent à deux au départ, plusieurs autres personnages vont se greffer à leur univers au fil du temps et j’ai trouvé que c’était amené avec une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Pour couronner le tout, un petit plus bien personnel, parce que moi ça me plaît toujours beaucoup: le livre se déroule pendant la période de l’automne à l’hiver et nous vivons avec les personnages toutes les Fêtes, de l’Halloween à Thanksgiving, en passant par Noël.

J’ai eu un gros coup de cœur pour cette histoire qui parle d’homoparentalité, d’amitié, de deuil et aussi d’amour (mais pas l’amour auquel on pense en premier). C’est un roman bien écrit, dans lequel on plonge avec plaisir. Difficile de ne pas être sensible à l’univers de Sal, Sam et Fito. Et que dire de Vicente, un père exceptionnel! Pas parfait, mais à l’écoute, intelligent et incroyable. On l’aime tout de suite! Un très beau personnage, vraiment!

L’univers de Sal est remplie de sensibilité. Il aime les étoiles, fait de la course à pied pour aller mieux et apprécie la force et la sonorité des mots. Je me suis retrouvée dans ces détails qui rendent l’histoire tellement plus dense et intéressante.

Un roman coup de cœur, tout comme l’a été Aristote et Dante. Il y a quelque chose dans les livres de Benjamin Alire Sáenz qui fait du bien. Beaucoup de bien. On a envie d’y rester un peu plus longtemps. Ça m’avait fait la même chose avec son premier roman. Si vous ne connaissez pas cet auteur, foncez! Ses livres valent vraiment la peine d’être lus!

L’insaisissable logique de ma vie, Benjamin Alire Sáenz, éditions Pocket Jeunesse, 505 pages, 2018

 

La maison des merveilles

la maison des merveillesTout commence par un voyage en mer en 1766 sur le Kraken où se joue une pièce de théâtre… Entrez dans cette histoire en images et suivez une grande famille de comédiens, les Marvels, de génération en génération, jusqu’en 1900. Puis, découvrez, un siècle plus tard, l’histoire de Joseph, échappé d’un austère pensionnat. Le garçon vient chercher refuge à Londres chez son oncle Albert Nightingale. Ce dernier vit dans une étrange maison comme sortie d’un autre monde… Qui vit entre les murs ? Qui sont ces Marvels dont les portraits fleurissent partout ? Joseph décide de percer le mystère des lieux…

J’aime passionnément le travail de Brian Selznick qui a en quelque sorte redonné ses lettres de noblesses aux romans illustrés. Dans ses livres, l’illustration n’accompagne pas l’histoire, elle EST l’histoire. Après L’invention de Hugo Cabret et Après la foudre, voilà qu’il nous offre La maison des merveilles. Un livre qui porte fabuleusement bien son titre. Il s’intitule The Marvels en anglais et a été traduit en France sous le titre Les Marvels, mais je trouve la traduction de Scholastic au Canada beaucoup plus éloquente.

Avant toute chose, avant même d’ouvrir le livre, j’ai été conquise par la couverture. Bleue et dorée, elle est cartonnée et elle brille de partout tout en mettant en scène toute la fantaisie de l’histoire. On retrouve sur la couverture, en haut du mât, la devise qui reviendra tout au long du livre: Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas.

Le temps est aussi un élément important dans les livres de Selznick et celui-ci n’y fait pas exception. La maison des merveilles, le temps qui passe (ou qui ne passe pas), la montre arrêtée à 11h16 et les indices de temps dans les pièces de Shakespeare.

« Peut-être que le temps de l’oncle Albert aussi était resté figé. Peut-être était-ce pour cette raison que la maison, et tout ce qu’il y avait à l’intérieur, avait un aspect si ancien. Peut-être que sa famille avait des problèmes avec le temps. »

Selznick excelle pour mettre en image et en texte des histoires magiques singulières, inspirées d’anecdotes historiques particulièrement intéressantes. J’ai lu ce roman en deux soirées, le traînant partout avec moi. Il est de la grosseur d’un dictionnaire, donc pas des plus pratiques, mais j’avais chaque fois l’impression d’ouvrir un grimoire magique, quelque chose qui nous amène ailleurs, là où l’imagination est possible et où l’on peut s’émerveiller. Brian Selznick est un magicien des temps modernes, rien de moins!

L’histoire est étonnante. Tout commence en 1766 par un naufrage. Qui nous mène à un ange, puis à un théâtre, puis à de nombreuses références à Shakespeare. Toute cette partie historique est illustrée. Pas de mots, sauf un article de journal ou deux. Le reste est raconté par l’image. C’est addictif et intrigant.

Puis vient le texte et avec lui, les années 1990 et cette fois, l’histoire de Joseph. Un jeune garçon curieux, qui s’intéresse aux livres et qui cherche à en savoir plus sur sa famille. Ses parents le délaissent, ne s’intéressent pas à lui. Il s’accroche à son oncle qui ne veut pas vraiment de lui. Jusqu’à ce qu’il commence à fouiller dans la maison des merveilles, une maison remplie de toutes sortes d’objets du passé et figée dans le temps. Aidé par Frankie qui vit à côté, les deux enfants cherchent à comprendre leur histoire familiale. Joseph veut reconstituer le passé de sa famille et comprendre pourquoi cet oncle Albert est toujours resté à l’écart de la famille. Frankie souhaite pour sa part retrouver une partie de son frère disparu trop jeune.

Quand Joseph s’approche trop de la vérité, Albert est contraint de lui donner quelques explications. Qui ne sont absolument pas celles que le jeune garçon attendait – et nous non plus! L’histoire prend une tournure étonnante et très émouvante. Une histoire dans l’histoire.

La maison des merveilles est un hommage à la beauté de l’imagination, aux gens marginaux et à ceux qui croient que s’émerveiller reste l’une des plus belles choses de ce monde. C’est aussi un hommage au théâtre, à Shakespeare, à Dickens et à Yeats. C’est une histoire captivante et émouvante, qui m’a à la fois touchée et fait vibrer. Je me suis laissée embarquée dans l’histoire des Marvels et dans celle de Joseph et son oncle. C’est à la fois merveilleux et élégant, magique et tragique.

À la fin du roman, l’auteur explique d’où lui est venu son inspiration. Je n’élaborerai pas plus même si ce n’est pas l’envie qui manque de partager des liens et des idées sur ce livre, puisque le grand plaisir de cette histoire demeure dans son mystère. Il ne faut pas en savoir trop avant d’en commencer la lecture. Si vous le lisez et avez envie d’en discuter, n’hésitez pas!

Un roman qui a été un vrai coup de cœur pour moi! Je l’ai littéralement dévoré et je regrette de ne pas l’avoir acheté. C’est mon préféré des trois romans de Selznick et je le relirai éventuellement.

À la fin, il y a une citation qui résume bien tout le livre:

« Est-ce une histoire vraie?
-J’ai dit: Elle l’est maintenant. »

Wim Wenders, The Act of Seeing

La maison des merveilles, Brian Selznick, éditions Scholastic, 672 pages, 2017

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens

 

moi simon 16 ans homosapiensMoi, c’est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d’Atlanta. J’ai deux sœurs, un chien, et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréo, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue. Blue est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. Je le croise peut-être tous les jours, mais je ne sais pas qui c’est. On se dit tout, sauf notre nom. A part Blue, personne ne sait que je suis gay. Personne n’est au courant à part Blue… et maintenant cette fouine de Martin Addison qui a lu mes e-mails et menace de tout révéler…

Le film adapté de ce roman est sorti en mars dernier au Québec et je voulais lire le livre avant de voir le film, ce que j’ai fait. Je suis allée voir le film le lendemain de ma lecture. J’aime bien de temps en temps un bon film pour ados, dans la même lignée des films adaptés des romans de John Green par exemple. Revenons toutefois au livre.

J’ai bien aimé ce roman, qui se lit tout seul, est souvent assez drôle par moments et raconte l’histoire de Simon, qui se sent coincé dans sa vie et son identité. Quand il rencontre Blue via internet, un garçon de son école, qu’il connaît peut-être même en vrai sans savoir qui il est, les choses changent. Ils commencent à échanger et à se raconter toutes sortes de choses, sous des pseudonymes et en masquant les noms de leur réalité quotidienne afin de conserver cette liberté d’échange entre eux. Mais voilà, cette relation « virtuelle » devient vraiment importante pour Simon…

Ce roman est un vrai roman adolescent, avec tout ce qu’on attend d’y retrouver, mais le fait que le personnage principal soit gay apporte beaucoup à l’histoire. Ça reste quand même marginal de beaux romans LGBT pour adolescents, qui ne sont pas des histoires dramatiques ou terrifiantes. Celui-ci est beau et amusant, touchant aussi par moments. Il y a un certain mystère autour de la relation de Simon avec Blue puisqu’on ne connait pas l’identité de ce dernier. J’ai aimé la relation de Simon avec ses amis, avec ses parents et la passion de Simon pour le théâtre. C’est intéressant également de suivre sa correspondance avec Blue. Le texte alterne entre leurs échanges et l’histoire principale. Les échanges entre Blue et Simon sont les parties que j’ai préféré. J’ai un faible pour les romans épistolaires contemporains, les échanges par courriel, par textos et via les réseaux sociaux.

Le roman est loin d’être parfait. Il y a quelques longueurs quand les amis sont entre eux et qu’ils passent juste du temps ensemble. Ces parties sont un peu creuses, mais ça reste un bon petit roman.

avec amour simon

J’ai été voir le film par la suite et j’ai vraiment beaucoup aimé, sans doute même plus que le livre. C’est Xavier Dolan qui double Nick Robinson (Simon) au Québec et je l’apprécie beaucoup. Le film est souvent drôle, assez intéressant, plus dynamique que le livre. Il y a de beaux développements, comme la relation qu’entretient Simon avec ses parents. C’est une très belle famille et ça fait du bien de voir des choses positives dans un film pour ados. Au cinéma, la salle était pleine, il y avait des gens de tous les âges, et ça m’a plu. Le film est assez fidèle au livre de manière générale, même si certaines scènes ont été changées. L’adaptation est intéressante.

La sortie du film m’a permis aussi de redécouvrir la musique de Bleachers, un groupe d’indie pop dont la musique se retrouve en grande partie sur la bande sonore du film. Elle a accompagnée ma lecture et je l’écoute encore régulièrement. ♪♫

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, Becky Albertalli, éditions Hachette, 320 pages, 2015