La liste des choses qui existent

Cathon et Iris aiment les objets. Les objets amusants, brillants, décoratifs, mobiles, pliables ou fashion… Les deux auteures aiment tellement les objets qu’elles les mettent en images! Dans La liste des choses qui existent – L’intégrale, vous apprendrez, entre autres, d’où viennent les lunettes et comment ont été inventées la chaussure et la boîte de conserve! 

​Cette bande dessinée instructive et pleine d’humour est la version intégrale et regroupe en un seul volume La liste des choses qui existent et Encore plus de choses qui existent. Je dois dire que j’adore le travail de Cathon et d’Iris. J’aime énormément leur humour. Les deux filles sont animées par la même curiosité envers ce qui les entoure et aussi, elles sont très différentes. Leur personnalité se sent dans les réflexions qu’elles font autour des objets du quotidien. 

Saviez-vous qu’il existe un nom pour l’étude des déchets? Que la chaussure et le miroir sont des objets très présents dans les contes classiques? Que le premier four à micro-ondes coûtait 35 000$? Qu’une épicerie de Nortwich en Angleterre, offre un rabais à ses clients qui se présentent en pyjama? Qu’à la caserne des pompiers de Livermore en Californie, une ampoule au carbone brille depuis plus de cent ans?

Dans ce livre, Cathon et Iris nous présentent trente-six objets du quotidien, allant de la poubelle à la frite, et elles nous en font découvrir l’origine. C’est à la fois instructif, mais surtout très drôle. Leurs exemples ne sont pas à prendre au premier degré. On sent bien le passage entre les informations réelles et les exemples loufoques qu’elles nous donnent. 

J’ai souvent beaucoup rit. Les exemples sont hilarants et le dessin est aussi très rigolo. Les personnages et leurs expressions me faisaient souvent bien rire. C’est le genre de lecture que j’adore, puisqu’elle permet de passer un bon moment, tout en apprenant des choses. Le ton est léger, curieux et extravagant. J’ai vraiment apprécié. 

Comme La liste des choses qui existent est assez longue, on peut choisir de lire tout, d’un seul coup. Le livre se dévore rapidement. Ou alors, de ne lire qu’un chapitre de temps en temps pour faire durer le plaisir. 

La liste des choses qui existent est aussi une websérie aux épisodes assez courts. On peut la trouver sur le site de l’ONF ou celui de Télé-Québec. Les épisodes sont un peu différents de ce que l’on retrouve dans la bande dessinée. 

Si vous aimez le genre, je vous conseille de découvrir la bande dessinée de Zviane, Le bestiaire des fruits qui a un humour similaire. 

La liste des choses qui existent – L’intégrale, Iris & Cathon, éditions La Pastèque, 232 pages, 2018

Une histoire du monde sans sortir de chez moi

Une histoire du monde sans sortir de chez moiSi l’Américain Bill Bryson nous a déjà régalés de désopilantes chroniques sur ses compatriotes, c’est dans un vieux presbytère anglais qu’il a élu domicile. Mais au lieu de s’y reposer après avoir aussi exploré l’univers (Une histoire de tout, ou presque), il découvre que beaucoup d’événements qui se sont produits sur Terre depuis au moins deux siècles se retrouvent sous forme d’objets et de rituels dans notre intérieur. Il entreprend alors un Grand Tour à l’échelle d’une maison pour raconter de pièce en pièce l’aventure du génie humain.Au fil de cette histoire humoristique et sérieuse de l’envers du décor, vous croiserez des personnages aussi différents que Virginia Woolf (qui n’aimait pas sa bonne) et Karl Marx (qui couchait avec la sienne). Vous saurez tout sur l’invention de la tapette à souris et la construction de la tour Eiffel ; vous pénétrerez dans d’immenses châteaux, mais aussi dans votre matelas, que squattent deux millions d’acariens ; et puis vous comprendrez que sans les «water-closets à chasse d’eau» il n’y aurait pas eu de révolution industrielle.

Je voulais lire Bill Bryson depuis très longtemps. J’en ai entendu énormément de bien et tous ses livres sans exception m’intéressent beaucoup. Je compte d’ailleurs en lire un de temps en temps. J’ai donc choisi de commencer par Une histoire du monde sans sortir de chez moi. C’est un titre ambitieux pour un livre qui, finalement, ne se prend pas au sérieux et nous apprend une foule de choses. Rempli d’humour et d’anecdotes de toutes sortes, ce livre est plein de choses non essentielles qui deviennent finalement hyper essentielles à notre histoire et qui nous permettent de comprend pourquoi aujourd’hui on vit comme on le fait.

« …en fait c’est surtout cela, l’histoire: des quantités d’individus qui font des choses banales. »

Je crois que c’est d’ailleurs la grande force de ce livre: nous raconter la petite histoire, en passant par les gens plus ou moins connus qui ont, à leur façon, changé le monde. Le concept du livre est très intéressant. L’auteur entreprend de nous raconter le monde, en s’inspirant d’une maison, un vieux presbytère anglais où il vit. Chaque chapitre est en fait une pièce ou une composante de la maison: hall, cuisine, panneau électrique, cellier, cave, couloir, chambres, jardin, bureau, escalier, grenier, pour ne nommer que ceux-là. Chaque lieu est chargé d’histoire et c’est l’occasion pour l’auteur de nous raconter notre propre évolution et les petits gestes qui ont changé notre façon de vivre.

« L’histoire de la vie à la maison n’est pas seulement celle des lits, des canapés et des fourneaux, comme je me l’étais vaguement figuré; c’est aussi celle du scorbut et du guano, de la tour Eiffel et des punaises de lit, des déterreurs de cadavres et d’à peu près tout ce qui est arrivé un jour. La maison n’est pas un refuge contre l’histoire. C’est le lieu où l’histoire aboutit. »

Saviez-vous que le lieu le plus fréquenté de l’Exposition universelle de 1851 était les toilettes? Que les malles de voyage ont un couvercle bombé parce que ça permettait d’évacuer l’eau lors des traversées en bateau? Qu’avant le XVIIe siècle, le verre était si rare qu’une maison pouvait être léguée à quelqu’un… et ses fenêtres à une autre personne? Que Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’indépendance des États-Unis est aussi le père de la frite américaine? Que c’est la pollution qui rendit la brique populaire? Que jusqu’au XIXe siècle, il était courant dans les auberges de devoir partager son lit avec un autre voyageur? Qu’au Moyen-Âge, faire le vœu de ne pas se laver vous assurait la gloire éternelle? Qu’en Europe, les salles de bain ont longtemps été réservées aux domestiques, les nantis étant très réticents à les utiliser? Que beaucoup de femmes portant des crinolines sont mortes brûlées en s’approchant trop près d’une cheminée? Qu’en Grande-Bretagne, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux fut fondée soixante-ans avant son équivalent pour les enfants?

« Si de nos jours les enfants ne se font pas mordre par des truies, ce n’est pas parce qu’ils sont mieux surveillés. C’est parce qu’on n’élève plus de truies dans les cuisines. »

Avec toutes sortes d’histoires et d’anecdotes parfois très drôles, Bill Bryson brosse le portrait des hommes et des femmes et de ce qu’ils sont devenus au fil du temps, afin que leur monde devienne celui que l’on connaît aujourd’hui. Il répond en parallèle à une foule de questions, sur les débuts de l’évolution humaine, sur la raison pour laquelle nous vivons dans des maisons, sur les grands changements qui ont eu lieu dans le monde. Il nous parle d’évolution, de biologie, de nature, d’archéologie, d’art, de construction, d’invention, de gastronomie, de la vie domestique, de religion, d’innovation, d’industrie et de jardins.

« Nous sommes tellement habitués à jouir du plus grand confort – à avoir chaud, à être propres et bien nourris – que nous oublions à quel point tout cela est récent. En réalité, il nous a fallu une éternité pour y parvenir, et dès lors tout est allé très vite. »

Un ouvrage que j’ai adoré, qui m’a souvent fait sourire et qui m’a permis d’apprendre énormément de choses sur notre monde et notre façon de vivre. Bill Bryson donne également, à travers son ouvrage, une place à tous ces gens tombés dans l’oubli, dont le nom ne s’est pas vraiment retrouvé dans les livres d’histoire et qui, pourtant, ont participé à changer la face du monde.

Un livre à découvrir, fascinant, passionnant, humoristique et merveilleusement essentiel. Un auteur que je relirai assurément tant j’ai adoré sa plume et son regard plein d’humour sur ceux qui nous ont précédés.

Une excellente lecture!

Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Bill Bryson, Éditions Payot, 608 pages, 2014

Basketful of Heads

June Branch mène une vie des plus tranquilles… jusqu’au jour où quatre criminels parviennent à s’évader de prison et enlever son petit ami, Liam. Pour leur échapper, June n’a d’autre choix que de se munir d’une arme étrange… une hache viking du VIIIe siècle ! Mais celle-ci est dotée de propriétés bien singulières : à même de décapiter un homme, elle laisse cependant les têtes fendues… conscientes ! Pour sauver Liam, June n’a plus qu’une seule solution : garder la tête (ou plutôt tout un panier de têtes) froide

Basketful of Heads de Joe Hill et Leomacs est une bande dessinée d’horreur et d’humour, d’abord parue sous forme de comics. Sans surprise, j’ai adoré cette bande dessinée. J’aime énormément le travail de Joe Hill et les illustrations de Leomacs donnent un petit air vintage à l’histoire, qui se déroule en 1983. C’est donc un très bon duo que le travail de ces deux créateurs.

L’histoire de Basketful of Heads est plutôt surprenante. Elle met en scène des personnages qui vont beaucoup plus loin que ce que l’on peut imaginer d’eux. Il y a quelque chose d’à la fois horrifique et drôle dans le dénouement de certaines scènes et dans la façon dont June évolue. Ce qui en fait un vrai plaisir de lecture.  

L’été tire à sa fin. June retrouve donc son petit ami Liam, adjoint saisonnier pour le chef de police. En cours de route, les amoureux sont témoins d’une tentative d’évasion de prisonniers et le chef demande à Liam de s’assurer que tout va bien chez lui, que sa femme et son fils sont en sécurité. Liam amène donc June avec lui et ils s’apprêtent à passer une soirée de surveillance tranquille quand un intrus pénètre dans la maison. Le jeune couple est séparé et c’est là que Liam est enlevé. Pour se défendre, June décrochera une étrange hache viking de la collection du chef, une hache très spéciale…

La façon dont l’intrigue est construite, le côté « années 80 » qui me plaît beaucoup. Les illustrations sont pleines d’action et elles apportent toutes un aspect cinématographique à cette bande dessinée. Je me suis d’ailleurs fait la réflexion plusieurs fois pendant ma lecture, à quel point cette histoire ferait un film d’horreur complètement déjanté. 

Cette bd a un humour sanglant très particulier, auquel, de mon côté, j’adhère totalement. Plusieurs scènes sont à la fois grotesques, drôles et perturbantes. J’aurais envie de vous raconter plein de choses sur cette bd, mais ce serait gâcher le plaisir d’en dire trop. Disons que Joe Hill est fidèle à lui-même et utilise des éléments du quotidien, un panier, une hache, pour amener le lecteur dans une histoire rocambolesque. Si vous aimez l’humour un peu gore, les livres avec un personnage féminin qui n’a pas froid aux yeux et les histoires d’horreur, cette bande dessinée devrait vous plaire! Pour ma part, je ne pouvais assurément pas passer à côté. 

Si vous lisez la bd, portez attention, il y a un clin d’œil à la prison de Shawshank au début de l’histoire, lieu fictif créé par Stephen King, le père de Joe Hill, et que l’on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. J’aime beaucoup lire King ou ses fils, puisqu’on y repère souvent des allusions aux œuvres de l’un ou l’autre.

Deux entrevues avec les auteurs complètent la bd et quelques planches supplémentaires, qui ont été créées comme couvertures alternatives aux comics, sont ajoutées à la fin.

Basketful of Heads, Joe Hill, Leomacs, éditions Urban Comics, 192 pages, 2021

Des réguines et des hommes

Des réguines et des hommes est un roman en pièces détachées, à l’image de ce qui traîne dans la remise d’un gars.  «Chérie» a quitté la ville pour rejoindre son chum à la campagne. Elle nous raconte ses observations du quotidien, teintées de l’ambitieuse réorientation de carrière de son homme, qui a décidé de gagner sa vie en faisant pousser des légumes. Chérie accompagne donc son amoureux dans le démarrage de sa production maraîchère bio. Elle le suit ainsi à travers ses réguines, ses visites à la quincaillerie, son amour pour Kijiji et ses plans un peu boiteux, tout en espérant intensément des rénovations qui ne se feront sûrement jamais. Dans ce livre, les gars s’organisent à leur façon. Et les filles en font à leur tête. En essayant de concilier le tout au jour le jour. Des scènes écrites avec humour et amour: juste assez d’humour pour sourire malgré tout, juste assez d’amour pour ne pas prendre ses jambes à son cou et retourner en ville.

J’ai découvert Des réguines et des hommes de Julie Myre Bisaillon un peu par hasard. Et ça été une belle surprise! J’ai passé un très bon moment avec ce livre. C’est drôle, mais sans en faire trop. J’ai parfois tendance à fuir les romans qui semblent trop légers. Parfois la barre est mince entre les deux et on ne sait pas trop quoi en penser avant de l’avoir lu. Mais ici on est vraiment dans autre chose. J’ai lu ce roman d’une traite. Les dialogues sont vivants et on s’attache aux personnages.

« C’est une drôle d’affaire, les voisins. En ville, on ne veille pas sur le perron, à moins de vouloir scèner chez les voisins. On veille en arrière de la maison, à l’abri, entouré d’une haie de cèdres. Je ne comprends donc pas encore les voisins qui veillent en avant de leur maison sur des chaises de parterre vintage en aluminium pliantes, genre tressées turquoise, quand ils ont 20 acres de terrain, en arrière de la maison, avec une vue de malade. »

Dans de courts chapitres qui abordent des sujets divers, l’auteure raconte l’histoire de « Chérie » qui a quitté la ville pour aller vivre sur la ferme de son chum qui démarre une production maraîchère biologique. Elle a deux enfants, Enfant fille 1 et Enfant fille 2. Les personnage n’ont pas de nom, ce qui ajoute un peu d’humour au texte. Quant au chum, il adore aussi les réguines, même s’il n’a pas toujours le temps de les réparer. Alors on peut retrouver trois weed eater en bordure de la remise qui ne fonctionnent plus et ne servent à personne… Le chum adore aussi Kijiji où il trouve toutes sortes de deals boiteux. La maison aurait aussi besoin de beaucoup de rénos… entre la porte qui traîne dans le salon et le patio qui vient de sacrer le camp par terre. Sauf que les légumes occupent tout son temps. Même l’hiver, quand il n’y a pas de légumes à faire pousser et que « Chérie » et son chum partent en voyage, il leur arrive toutes sortes de mésaventures. 

On lit ce roman le sourire aux lèvres. Entre les légumes, les outils qui ne fonctionnent pas, les voisins, la vie à la campagne, les soirées jeux vidéo en bobettes et les visites à la quincaillerie, c’est dans le quotidien que se cachent les moments les plus drôles et aussi, un peu de tendresse. Julie Myre Bisaillon brosse le portrait d’un couple attachant mais imparfait, qui tente de concilier le travail dans les jardins au quotidien un peu bancal. C’est rafraîchissant et ça m’a fait du bien. Il y a des passages qui sont épiques et tellement bien décrits! Comme le dit l’auteure:

« L’important, c’est que la vie, faut que ça reste drôle! »

J’ai vraiment passé une belle soirée avec ce roman, et je suis très heureuse d’avoir sous la main son second livre, sorti tout récemment. L’humour reste quand même assez rare en littérature et ça fait du bien à lire.

Une bien belle découverte que la plume de Julie Myre Bisaillon. J’espère qu’il y aura d’autres romans à venir!

Des réguines et des hommes, Julie Myre Bisaillon, éditions Hurtubise, 220 pages, 2018

La plus belle crotte du monde

Dans la clairière du Bois des Fées se réunit une curieuse assemblée. Qui, de la belette ou du renard, du blaireau ou du putois, fait les plus belles crottes du monde ? Les animaux veulent tous participer. Mais ce faisant, ils oublient de rester sur leurs gardes. Or la forêt est un endroit bien dangereux quand les hommes s’en approchent…

Quand ce livre m’est passé entre les mains, je trouvais le titre amusant. Auprès des enfants, ce genre de livre fonctionne toujours très bien. J’ai feuilleté un peu l’album grand format que je trouvais vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques et le format du livre est assez gros, ce qui est plaisant pour la lecture avec des petits. Visuellement, cet album est très beau. On plonge littéralement dans la forêt, auprès des animaux qui l’habitent.

L’histoire est courte et amusante. Une souris annonce à un écureuil qu’elle fait les plus belles crottes du monde. Naturellement, l’écureuil veut lui prouver que ses crottes à lui sont encore plus belles. Curieux et voulant jouer à leur tour, les autres animaux de la forêt, la belette, le putois, le blaireau, le renard, le loup et le cerf, se prêtent au jeu. C’est l’occasion pour les auteures de faire un survol des animaux qui peuplent la forêt, du plus petit au plus gros.

Arrive alors le chasseur, qui s’apprête à tirer sur l’un d’entre eux. Branle-bas de combat dans la forêt, tout le monde prend la fuite. Sauf que… le petit jeu des animaux quelques minutes avant sera, à leur étonnement, très utile face au chasseur. L’album devient assez rigolo et amusant. Le lecteur rit des déboires du chasseur et de ses petites mésaventures!

La plus belle crotte du monde est un très bel album qui devrait plaire aux jeunes enfants et qui amène de façon amusante l’idée de protection de la nature et des animaux, en déboutant les plans du chasseur. Arrivé comme une menace dans la forêt, l’homme devient rapidement la risée des animaux… pour notre plus grand plaisir! L’histoire pleine d’humour est portée par des illustrations douces, détaillées, colorées et vraiment très agréables.

Pour les enfants de 4 ans et plus.

La plus belle crotte du monde, Marie Pavlenko & Camille Garoche, éditions Little Urban, 32 pages, 2020